Chapitre 1 : Le monde selon Hadès.
Cinq ans plus tard.
Lorsque Cassandre reprit conscience, après une nuit de sommeil bien trop courte à son goût, elle souffrait d'un terrible mal de crâne.
La jeune voyante cligna des yeux, un peu perdue, ignorant pendant encore quelques secondes où elle se trouvait, avant de se le rappeler soudainement.
Elle était dans une chambre d'hôtel, à Athènes.
Elle regarda autour d'elle, et se força à sourire, ouvrant et fermant à plusieurs reprises ses yeux fatigués.
Son impression de confusion finit par enfin se dissiper, tout comme son sentiment de malaise, et cette fois-ci, un véritable sourire s'épanouit sur ses lèvres.
Un autre sentiment apparut en elle à cet instant, mêlé de satisfaction et de fierté, alors qu'elle voyait être inscrit, sur une sorte de parchemin-poster placardé temporairement sur un mur de sa chambre : Cassandre, voyante de légende, donnera bientôt une conférence sur la lecture de l'avenir au lycée Prométhée.
La jeune femme de désormais vingt-et-un ans laissa le sentiment de joie l'envahir complètement, se disant qu'elle avait réussi.
Ce qui lui plaisait là-dedans, ce n'était en aucun cas la célébrité qui avait découlé de sa progressive ascension, non.
Ça allait bien plus loin que ça...
C'était le fait qu'on croyait enfin en ses prédictions, chose qu'elle n'aurait jamais pu espérer auparavant.
Après son départ du lycée Prométhée, trois ans plus tôt, son diplôme en poche, elle était allée se former auprès de voyants professionnels, acquérant alors une meilleure maîtrise de la lecture de l'avenir, commençant peu à peu à réussir à contrôler ce don qu'elle voyait toujours comme étant une véritable malédiction.
Et le fait est que cela restait un problème.
La voyance n'avait jamais été sa passion véritable, mais c'était ce qu'elle était, une voyante compétente, mais jamais écoutée, jamais crue, c'était une chose dont elle ne pouvait pas se débarrasser, c'était ce pour quoi elle était faite.
Sauf que cela ne changeait rien.
Elle avait beau être de plus en plus performante et douée à ce qu'elle faisait, personne ne la croyait jamais.
Comme d'habitude, en somme.
Ce n'est pas comme si elle ne s'y était pas faite, à force.
Et puis, un jour, inopinément, il y avait eu un véritable miracle.
Ce miracle résidant dans le nom d'Hadès.
Le roi des Dieux.
Aussi respecté qu'il était craint, celui-ci n'avait pas pour habitude de se mêler aux humains, en tout cas, avant qu'elle ne finisse par le prier, complètement désespérée, Cassandre ne l'avait jamais rencontré avant.
Quand il était apparut devant elle, tout en majesté, un air de bienveillance sur le visage, elle n'avait pas réussi à en croire ses yeux.
Un sourire dont Cassandre n'avait pas compris le sens avait tordu le visage de la toute puissante divinité, avant qu'il ne change ce rictus en un sourire empli de gentillesse.
« Bonjour ma chère Cassandre.
La voyante, toujours à genoux, en pleine génuflexion depuis le début de sa prière, avait alors cligné des yeux, stupéfaite.
- Comment... Comment connaissez-vous mon nom ?
Il avait sourit une nouvelle fois, et si Cassandre s'était souvenue de toute la vérité, peut-être aurait-elle vu tout ce qu'il y avait de mauvais dans ce sourire.
- Mais enfin ma chère, tout le monde en Olympe connaît ton nom ! »
La jeune femme se releva.
« Ah oui ? Demanda-t-elle, terriblement cassante et froide. Et comment me connaît-on ? Comme la folle ? Celle que personne n'écoute ni ne prend au sérieux ? Celle qui a été maudite par Apollon sans jamais le mériter ?
- Oui, admit-il, je te l'accorde, mon neveu n'a pas été tendre avec toi, en te maudissant dès ton enfance... C'est très fâcheux... »
L'étudiante frissonna.
Apollon...
Oh, comme elle le haïssait !
Il était celui qui avait détruit sa vie, qui l'avait dotée d'un don magnifique à la fois merveilleux et funeste.
Qui lui permettait de voir, de savoir, mais qui ne lui permettait pas de changer les choses, parce que personne ne l'écoutait jamais, et aussi parce que, comment diable aurait-elle pu changer les choses à elle toute seule ?
Les dieux, ces chers dieux, ne leur étaient d'aucun secours, et elle en avait fait la douloureuse expérience, quand elle avait appelé, prié, imploré Apollon et qu'à chaque fois, à chaque fois, ce salopard ne lui avait jamais répondu.
(Aurait-elle eu un avis différent si elle avait su qu'il n'était en aucun cas coupable de son sort ? Si elle avait su que c'était Hadès qui était derrière tout ça ?)
Il n'y avait plus de héros, plus personne pour les sauver, alors les gens ordinaires devaient faire ce qu'ils avaient toujours dû faire.
Se sauver eux-même, et essayer de survivre.
C'était également pour cela qu'elle ne comprenait pas ce que faisait Hadès ici, si ce n'est pour la narguer.
« Oui, effectivement, fit-elle avec ce ton cynique et désabusé dont elle avait toujours eu le secret. C'est un problème très... embêtant, ironisa-t-elle, insistant sur le mot qui n'était qu'un euphémisme, et ne reflétait en aucun cas sa situation présente.
- Et c'est pour cela que je suis là ! Lança le dieu avec théâtralité. Pour t'aider.
La voyante ne put s'empêcher de hausser un sourcil sceptique.
- M'aider ? Comment ? En me libérant de mon fardeau ? Celui de voir et ne rien pouvoir faire ? Celui de savoir et de ne jamais être crue ?
- Oh mais pas du tout, pas du tout ! Lui assura le dieu avec un grand sourire. Bien au contraire. Voilà ce que je veux t'offrir... Ton don fonctionnera toujours autant, mais... Les gens te croiront. Pour de vrai. Enfin. »
Cassandre se figea, perdant pour la première fois depuis le début de la conversation son masque froid et imperturbable.
« Vous pouvez le faire ? Lui demanda-t-elle avec une lueur d'espoir mêlée de crainte dans le regard. Vraiment ? Vous voulez le faire ?
Il haussa les épaules.
- Bien évidemment ! Je suis là pour ça, après tout, fit-il d'un ton magnanime. »
Et pour la première fois depuis longtemps, Cassandre s'était permise d'espérer.
Et chose extraordinaire...
Elle avait eu raison.
Car oui, contre toute attente, le dieu des dieux l'avait aidée, et depuis, Cassandre lui vouait une reconnaissance qu'elle savait déjà éternelle et fondée.
Mais, et elle en avait vaguement conscience, sans comprendre vraiment à quel point cela allait lui peser, le fait est qu'elle lui était redevable.
Et ça, ce n'était en rien une bonne chose.
Sauf que, emportée par le tourbillon de la célébrité, la certitude que désormais, on allait enfin l'écouter, toujours, et qu'elle allait enfin pouvoir agir et changer les choses, et faire quelque chose de bien de sa vie, Cassandre ne s'était pas encore rendue compte du pacte maléfique qu'elle venait tout juste de passer avec le dieu.
Elle lui devrait quelque chose, elle était comme enchaînée à lui, malgré elle.
Et le fait est que, le jour où elle devrait se soulever contre lui, le choix serait difficile à faire.
Ce qu'elle ne savait pas encore, aveuglée par sa gratitude, c'est que la révolte contre le dieu avait déjà commencée.
§§§§
Hercule ne savait pas exactement quand tout avait commencé à mal tourner.
La dernière chose dont il se souvenait, avant que sa vie ne tourne au cauchemar, c'était d'à quel point lui et Icare étaient dépités de ne pas avoir pu obtenir de places pour le concert d'Orphée malgré tout leurs efforts (oh, comme cela lui semblait bien futile désormais ! Et stupide, également.) et qu'ils pensaient déjà à y retourner pour un troisième essai.
Et puis le hurlement de Cassandre avait retenti dans l'air, et il n'avait pas compris ce qui était en train de se passer.
Et soudain, le monde s'était effondré, et il avait su qu'il venait de tout perdre.
Il s'était retrouvé dans cette pièce atrocement exiguë, d'à peine 5m2 dans laquelle se trouvait pour lui à peine de quoi survivre, et tout d'abord, il n'avait pas compris ce qu'il lui arrivait.
Le fait est qu'Hercule n'était pas un idiot, il se souvenait parfaitement de l'action que pouvait avoir la tapisserie du destin, et, connaissant la passion d'Hadès pour les coups tordus, il avait fini par réaliser que son oncle avait dû le surprendre en train de modifier la tapisserie, et avait dû reprendre cette idée à son compte.
Une fois qu'il s'était rendu compte que tout cela était arrivé uniquement par sa faute, le jeune homme avait voulu se cogner la tête contre les murs pour se punir de sa stupidité.
Enfin bon, ce n'est pas comme si c'était la première fois qu'il foutait tout en l'air.
Comme quand il avait détruit Sparte en combattant Peur et Terreur.
Ou quand il avait détruit en partie la Thessalie.
Ou même lorsqu'il avait mis en ruine une bonne partie des cités de la Grèce.
Ou toutes les fois où il avait abîmé/détruit/fait s'effondrer son école.
Ou quand...
Ouais, comme héros supposé améliorer la vie des gens, il ne faisait pas vraiment un très bon boulot.
Sauf qu'au moins, à ces différents moments d'échec et de ratés (parfois des très gros ratés), il avait pu arranger les choses, ou faire en sorte que cela ne se termine pas trop mal.
C'était la première fois qu'il perdait de façon semble-t-il inévitable, la première fois qu'il se trouvait à la merci de son oncle.
La première fois, aussi, qu'il se retrouvait seul sans aucune information sur le monde extérieur.
Le première fois qu'il n'avait aucune idée de quoi faire.
Les jours avaient passé dans sa prison, toujours les mêmes, et en fait, Hercule avait découvert quelque chose d'affreux seulement cinq minutes après avoir réalisé la raison de sa présence ici.
Sa super force avait complètement disparu.
Il avait eu beau taper sur les murs, encore, et encore, et encore, cela n'avait rien changé à l'affaire, et ne lui avait servi qu'à se faire mal, et il avait dû amèrement reconnaître que sur ce coup-là, son oncle n'avait pas été idiot.
(Contrairement à ce qu'il se passe dans les trois quarts des épisodes de la série, soit dit en passant...)
En modifiant la tapisserie, Hadès avait veillé, chose étrange, à ce qu'Hercule conserve sa mémoire, sans doute pour mieux le punir encore, en lui faisant réaliser l'ampleur de sa défaite, mais il lui avait cependant ôté la seule chose qui lui permettrait de le vaincre.
(Parce que faut avouer que même si le héros n'était pas stupide, ce n'était pas grâce à son intelligence qu'il avait réussi à vaincre de nombreuses fois le méchant dieu.
Dieu qui lui-même avait assez peu utilisé son cerveau également...)
Hercule avait dû attendre trois semaines avant d'enfin voir Hadès daigner lui rendre une petite visite de « courtoisie », ruminant sa colère et tâchant de toutes ses forces de trouver un moyen de s'échapper.
Hormis le nécessaire pour lui permettre de ne pas mourir, il n'y avait rien dans cette pièce, à part un lit, de quoi se nourrir, boire, quatre murs, et une fenêtre permettant de laisser passer un mince filet de lumière qui essayait de donner l'illusion à Hercule qu'il n'était pas totalement coupé du monde.
Il avait mis au moins deux jours entiers avant de réaliser que, ironie suprême, sa prison se trouvait en fait non pas aux Enfers – ce qui aurait été logique pour lui, puisque dans son esprit, Hadès était encore le maître de cet endroit – mais bel et bien au mont Olympe.
La demeure de sa famille, sa maison, l'endroit où il tentait de retourner en tant que dieu depuis qu'il avait seize ans et qu'il savait qui il était, là où se trouvaient tout ceux à qui il tenait.
Il y était enfin, mais sans que cela ne lui serve à rien, puisqu'il était prisonnier de son oncle sans scrupules.
Lorsqu'Hadès se décida enfin à venir le voir, Hercule n'en crut pas ses yeux.
Hadès...
Hé bien, Hadès ressemblait à Zeus.
Physiquement parlant, il était toujours le même, la peau bleue comme d'habitude, les mêmes yeux, le même visage, rien n'avait changé en somme.
À l'exception de deux choses qui, si elles pouvaient sembler être parfaitement anodines au premier abord, ne l'étaient en fait pas du tout.
Tout d'abord, à la place de ses cheveux en flammes bleues, il possédait les cheveux blancs autrefois présents sur la tête de Zeus, et à la place de sa tunique sombre, noire et sinistre, il était habillé de la tunique rose pâle que portait d'ordinaire le roi des dieux, à savoir Zeus.
À moins que...
Quand les pièces du puzzle commencèrent à s'assembler dans sa tête, Hercule commença à blêmir.
Oh non...
Tout mais pas ça !
Hadès, qui ne disait toujours rien, restait devant lui, en dehors de la cellule, bien sûr (dont la porte était désormais transparente, grâce à l'action des pouvoirs du dieu), attendant seulement que son neveu comprenne enfin tout ce qu'il avait fait.
En voyant le visage de l'ancien dieu se décomposer au fur et à mesure que ce dernier réalisait l'horrible vérité, il se mit à sourire.
« Tu as utilisé la tapisserie du destin ! S'exclama Hercule, autant pour s'en assurer que pour tout simplement dire quelque chose. Et tu as pris la place de mon père en tant que roi des dieux.
Le sourire mauvais d'Hadès ne fit que s'accentuer.
- Bravo mon cher neveu, tu n'es donc pas si idiot que je le pensais... Et d'ailleurs, encore merci pour l'idée de la tapisserie, c'était très brillant de ta part. Grâce à toi, j'ai pu réussir mon plan de conquête contre les dieux sans avoir seulement à bouger le petit doigt ! À part en changeant la tapisserie bien évidemment...
- Tu ne t'en sortiras pas comme ça ! Les autres dieux finiront bien par se rendre compte que quelque chose ne va pas, et ils renverseront ta tyrannie !
- Oh, tu crois ? Mais tu oublies une chose, Hercnule, c'est que j'ai déjà gagné. Sans oublier le fait que, pour eux, cette situation, où c'est moi qui domine le monde, est leur vie, celle qu'ils connaissent depuis toujours. Pourquoi voudraient-ils en changer ?
- Parce que tu es un monstre, Hadès, et parce que personne de sain d'esprit ne pourrait accepter d'être gouverné par toi, et que... »
Soudain, une autre chose finit par le frapper.
« Attends... Et ma mère ? Héra. Qu'as-tu fait d'elle ? Et qu'as-tu fait de mon père ?
- En ce qui concerne ce cher Zeus, il se trouve là où a toujours été sa place, c'est-à-dire à la mienne ! Il est désormais le malheureux roi des Enfers, tout comme je l'étais pendant ces derniers siècles. Après tout, il trouvait cette place très bonne pour son cher frère, alors pourquoi ne pourrait-il pas l'essayer lui aussi pendant disons, un temps... indéterminé ?
Chacun son tour, j'ai envie de dire... Quand à cette chère Héra... Son sourire se fit alors encore plus mauvais qu'avant. Elle est désormais mon épouse heureuse et bien-aimée, qui coule des jours paisibles à mes côtés tout en gouvernant l'univers. C'est beau, tu ne trouves pas ? »
Hercule lui lança immédiatement un regard empli de dégoût.
« Tu... tu lui as lavé le cerveau ! Tu lui fais penser qu'elle t'aime alors que ce n'est absolument pas le cas ! Tu es un monstre Hadès !
Il haussa les épaules.
- Tu penses vraiment que c'est en me listant tout mes crimes et faits d'armes que tu vas me faire réaliser que oh, ce que j'ai fait est terriblement mal ? Cause toujours, Hercnule, fit-il, insistant sur le surnom rabaissant. »
Son neveu fronça alors les sourcils.
« Dis-moi... Pourquoi m'as-tu enfermé ici ? Pourquoi est-ce que je me souviens toujours ?
- Oh, ne t'en fait pas à ce sujet, tu ne vas rester ici très longtemps, je ne suis pas non plus un idiot fini, j'ai conscience que si jamais tu parvenais à t'enfuir d'ici et à contacter un des dieux de l'Olympe, les choses risqueraient de peut-être mal tourner pour moi... Non, je voulais juste que tu comprennes mieux tout ce que tu as perdu. D'ici peu, ne t'en fait pas, je déplacerai ta cellule dans un lieu nouveau, éloigné et inconnu de toi.
Et quand à ta seconde question, hé bien... Pour te faire souffrir, bien sûr, toi et ton cher père, qui m'avez toujours empêché d'avoir ce que je voulais !
- Quoi ? Alors ce n'est donc que par vengeance ?
- Bien évidemment. Il y a plusieurs siècles, ton cher père a décidé de m'octroyer les Enfers, dont personne ne voulait, et je n'ai pas eu le choix, j'ai dû accepter ce poste sans pouvoir rien dire. Et maintenant, il est temps pour moi de prendre ma revanche ! »
Hercule se figea.
Alors, ce n'était donc que ça ?
Juste de la basse haine, qui allait le conduire à condamner tout les autres dieux qui n'y étaient pour rien ?
Une autre inquiétude l'envahit alors.
« Qu'est-ce que tu comptes faire de moi ? Tu m'as déjà pris ma vie d'autrefois, mes amis, ma famille, ma super-force, tout mon monde. Tu as gagné, qu'est-ce qu'il te faut de plus !
Hadès se mit à ricaner d'une manière qu'il croyait sans doute être malfaisante mais qui, du point de vue d'Hercule, ne parvenait en réalité qu'à être ridicule.
- Oh, mais à nouveau, c'est très simple... Je veux te punir pour avoir tenté de t'opposer à moi, et pour m'avoir défié. Quel genre de souverain serais-je donc, si je laissais les traîtres être impunis ? Un piètre roi, de toute évidence.
- En quoi suis-je un traître ?
- Hum... Laisse-moi réfléchir, fit le dieu en prenant son menton dans sa main, semblant comme pris dans une intense réflexion, je crois que c'est parce que tu as voulu maintes et maintes fois empêcher mon accession au trône !
- Vraiment ? C'est de la trahison de tenter d'empêcher que tout tourne mal ? C'est nouveau, ça !
- Après tout, peu importe... Ton avis ne compte pas !
- Et donc ? Reprit Hercule, agacé de la manière dont Hadès semblait vouloir faire traîner les choses. Que vas-tu faire de moi ?
- Simplement une minuscule, pitoyable, ridicule petite chose... Je vais te garder en lieu sûr, enfermé, dans un lieu connu de moi seul, et tu y resteras pour toujours, jusqu'à ce que tu t'éteignes. Ce qui, si je ne me trompe pas, et puisque tu es mortel, devrait arriver approximativement d'ici, je ne sais pas... D'ici quatre-vingts ou quatre-vingt-dix ans, à vue de nez. »
Pour la première fois depuis le début de la conversation, Hercule tenta, bouillonnant de rage, de se jeter sur son oncle pour le frapper et lui faire ravaler ses paroles (oubliant temporairement que le dieu ne se trouvait pas dans sa cellule), avant que le dieu, d'un geste à demi-ennuyé, ne renvoie le demi-dieu contre le mur, utilisant ses pouvoirs pour y enchaîner ce dernier grâce aux chaînes qu'il venait tout juste de faire apparaître.
« Ah, Hercule, Hercule... Quand comprendras-tu donc que tu ne pourras jamais me battre ? »
Dépité, le jeune héros laissa sa tête retomber sur sa poitrine, et Hadès s'autorisa un nouveau sourire victorieux.
Alors que le monstre s'apprêtait à s'éloigner et à sortir de la prison, le héros déchu se permit de lui demander une dernière fois :
« Pourquoi ?
Il ne se retourna même pas pour lui répondre.
- Je te l'ai déjà dit. Pour te faire payer toi, et surtout faire payer ton cher père. Après tout, qu'y a-t-il de plus horrible et délicieusement ironique que le fait que ton père, qui t'a oublié, se trouve à la fois si proche et si loin de son cher fils ? Parce qu'après tout, vous vous trouvez dans le même monde... Même si ce n'est plus pour très longtemps !
En fait, vous serez bientôt encore plus proches, mais il ne le saura toujours pas ! Et je n'imagine même pas à quel point ça doit être épouvantable pour toi que de savoir comment tout arranger et ne pas pouvoir le faire ! Oh oui, ça c'est très moche... »
Hercule grinça des dents, tâchant toujours de se dégager de ses liens, avant de finir par renoncer.
Tout ce qu'il pouvait faire, maintenant, c'était attendre qu'Hadès le change de cellule.
Ce n'est qu'au bout de quelques secondes, quand il sentit que sa vision se brouillait, qu'il réalisa qu'il était en train de pleurer.
