Bonjour à tous, en cette période de confinement je me lance enfin et vous livre ce petit prologue d'une fiction qui sera probablement longue. C'est la première fois que j'écris et que je fais lire aussi, donc je vous demande un petit peu d'indulgence ! Cette fiction sera à mon image : vous allez voyager les amis !

J'espère que vous me laisserez quelques avis, même négatifs, il n'y a rien de mieux pour progresser !

J'espère également qu'au bout de plusieurs relectures il n'y a plus de faute, mais n'hésitez pas à me le signaler si vous en voyez une.

A bientôt.

Cha !


*Londres, 04 août, 8h*

Le concierge tambourina à la porte sous l'œil éberlué d'une vieille voisine.

«J'vous ai dit, ça fait six jours que j'lai pas vu sortir dchez lui,» lâcha-t-elle d'une voix chevrotante.

Ladite porte était celle de l'appartement 13, appartenant à Mordecai Berrycloth, auror de profession, situé au 3ème étage du 16 Charterhouse Street, une petite rue aux maisons typiquement londoniennes. Mordecai Berrycloth travaillait au département de la justice magique, collègue de Harry Potter, il partageait avec ce dernier son gout pour le Quidditch et pour les rousses. Mordecai Berrycloth était un homme grand et carré d'à peine une trentaine d'années. Son teint plutôt pâle et sa chevelure blonde le rendait presque fade et son regard noir était surmonté de deux épais sourcils. Il était réputé pour être d'une adresse surprenante sur le terrain, et pour son acuité visuelle particulièrement utile pour reproduire sur papier les scènes et les visages. En somme, Mordecai Berrycloth était un auror dont les compétences étaient très appréciées au sein de la brigade. Il vivait donc dans un petit logement, sobrement décoré, et composé du strict minimum pour qu'un célibataire bien payé vive confortablement. A la connaissance de ses équipiers et de ses voisins, Mordecai Berrycloth n'avait ni femme ni enfant, un frère qu'il voyait peu et des parents très âgés, des amis fidèles qu'il recevait de temps à autres, un emploi du temps normalement meublé par son travail, les tâches domestiques, le sport, et une vie sociale. Il était très cordial avec ses voisins, ne payait jamais son loyer en retard, ni même en avance, n'était pas vraiment bruyant, et ramassait tous les jours son courrier. Mordecai Berrycloth était un sorcier plutôt jeune, assez séduisant dans son genre, au mode de vie d'un célibataire occupé, et ne passait par conséquent pas une journée sans sortir de chez lui. Voilà pourquoi cette vieille voisine s'était inquiétée, à la vue de ce courrier s'amoncelant sur le palier, au silence envahissant, et au défilé social qui sonnait puis s'en allait. Elle avait alors pris l'initiative de prévenir le concierge, qui a présent se démenait depuis quelques minutes, sans oser utiliser sa baguette pour pénétrer dans cet appartement 13, vous comprenez, ce n'est pas légal, et un auror a sûrement mis en place une protection sur son domicile. C'est finalement un collègue et ami de Mr Berrycloth qui s'y employa et qui entra dans le trois-pièces. Deux choses le frappèrent : l'absence de lumière, et l'odeur qui y régnait. Par réflexe il utilisa Lumos et une clarté blanche révéla soudain la scène morbide.

L'habitation était sans dessus dessous. Le sol était maculé d'un mélange d'encre verte, de plume et de sang coagulé, couvert par les chaises renversées et la mousse sortant d'un canapé à rayure éventré. La table basse de verre s'était brisée répandant des éclats de verre minuscules dans chaque recoin de la pièce, mélangés à ceux de la vitre disloquée. Les rideaux en lambeau pendaient lamentablement devant les volets fermés. Un feulement creva le silence et un chat ébouriffé sorti de la cuisine. Au beau milieu des traces de lutte un corp était étendu, les bras en croix, une expression d'horreur figée sur son visage et la marque gravée au fer rouge sur son torse à travers sa chemise trouée par la brûlure. Voilà pourquoi Mordecai Berrycloth ne répondait plus depuis tout ce temps. Un auror assassiné, voilà qui allait faire du bruit, un auror assassiné et une marque des ténèbres dessinée par son agresseur, voilà qui allait remuer tout le ministère et la population entière. Deux choses étaient alors primordiales : il fallait prévenir la brigade, et faire taire la gazette et tout autre périodique qui pourrait relater de fausses informations.


*Rue d'Istanbul – août 2005 – 21h30*

La jeune femme rabattit sur son front un foulard vert sombre et se faufila dans les ruelles étroites et hautes de la vieille ville. En cette soirée d'été la température était peu clémente, 32°, c'était suffisant pour que la foule s'amasse à l'air libre lorsque le soleil baissait. Istanbul vivait la nuit, cette intrigante l'avait expérimenté durant sa mission sur ce terrain. Généralement les premiers bruits et signes de vie s'élevaient aux alentours d'onze heure et duraient jusque quatre heures du matin dans les quartiers les plus animés. Jamais elle n'avait vu jusqu'alors un vendeur de fruit ouvert toute la nuit. A vingt-et-une heure trente, les parents tiraient leur progéniture bruyante par la main à l'entrée d'un restaurant, les vieillards sirotaient un thé une longue pipe de narguilé à la main, un artiste de rue grattait un air oriental attirant les touristes avides de clichés exotiques. On sentait l'agneau grillé, les mélanges d'épices, une fumée à la pomme, le tout alourdi par une pollution environnante que l'on ne percevait même plus si l'on vivait dedans depuis trop longtemps. Ici, comme à Londres, Séoul, Moscou ou Lima, cette joyeuse population évoluait sous les regards d'une communauté dont personne ne soupçonnait l'existence et qui pourtant s'infiltrait dans ces vies ordinaires. Communauté à laquelle appartenait celle qui depuis un moment déjà avait disparu de cette civilisation.

Le quartier touristique, était occupé par cette immense place de jardins et fontaines encadrés par les deux monuments emblématiques de cette cité. D'un côté se dressait la fière et rose Sainte Sophie face à la jeune et insolente Mosquée bleue. Si l'on regardait attentivement, et que par hasard l'envie nous prenait de nous enfoncer dans ce dédale historique, nous choisirions de nous rendre, comme la demoiselle ayant étudié savamment son guide, dans ce grand bazar quelques kilomètres plus loin. Une voix amplifiée par un haut-parleur appelant à la prière creva le brouhaha, suivie par une autre quelques secondes plus tard. Momentanément arrêtée par le muezzin elle leva la tête, écouta les premières notes avant de s'éclipser par une porte en bois quasiment invisible car cachée dans un renfoncement entre l'un des portails massifs d'entrée du bazar et la devanture d'une boutique étalant des foulards de soie étincelants. Débouchant dans une arrière-cour minuscule et couverte, elle sortit sa baguette qu'elle agita rapidement, murmura deux mots latins. Sans surprise elle regarda les pierres disparaitre et entra dans un Istanbul caché, un Istanbul sorcier. Chez les moldus comme chez les sorciers, les étrangers étaient tenus de respecter les coutumes, il n'était certes pas nécessaire de se couvrir la tête, mais lorsque l'on était en mission, il n'y avait rien de mieux que se fondre dans la masse en devenant comme monsieur et madame tout le monde, surtout lorsque sa chevelure est reconnaissable entre mille.

Hermione Granger, puisque c'était bien elle, s'essuya le front du dos de la main. Il faisait bien trop chaud pour faire du terrain. L'héroïne de guerre savait que c'était nécessaire, on ne pouvait choisir de fermer ou non le ministère, renvoyer les employés chez eux et interrompre tous projets en cours sous prétexte que les températures n'étaient pas idéales et que Merlin avait décidé de faire suer tous ceux qui avaient l'audace de le défier en mettant le nez dehors. Elle n'avait qu'une envie, lâcher son équipier, rentrer à l'auberge, prendre une douche et un repas digne de ce nom puis se coucher. Elle aurait très bien pu le faire s'il n'y avait pas ce contact qui lui avait donné rendez-vous, détenant selon ses dires des informations-de-la-plus-haute-importance-dont-dépendait-l'avenir-du-monde-sorcier, argument avancé par la plupart des interlocuteurs civils du département des Aurors. Elle flânerait bien dans cet Istanbul sorcier, qui lui semblait très intéressant. Il est vrai que tout était fait pour attirer les regards, des robes de sorciers bariolées, « Kingsley adorerait », songea-t-elle, aux étals de friandises aux propriétés les plus farfelues les unes que les autres. Les loukoums sauteurs et le gâteau à la citrouille, aux amendes et au miel auraient tout à fait leur place chez Honeydukes. Une sorcière à l'air extravagant refermait une boite en fer sentant le thé vert dépassé et pliait une table recouverte d'un drap scintillant. La vitre laissait entrevoir un magasin rempli de breloques et grigris divers et variés, Hermione devina dans le fond une rangé de bocaux renfermant des poudres aux couleurs criardes. Au plafond étaient suspendus ce qu'elle supposa être des attrapes rêves, constitués de guirlandes de graines séchés au bout desquels étaient accrochés des petits triangles de tissus allant d'un camaïeu de vert à un mélange de roses. La vieille sorcière attrapa sa main et entreprit de dessiner quelques formes indéfinissables sur sa paume. Hermione s'empressa de se retirer et de s'éloigner, tout ce qui touchait de près comme de loin à la divination ne l'enchantait guère.

Quelques minutes plus tard elle poussa enfin la porte d'un salon de thé typique. Il fallait descendre trois marches de pierre, devant lesquelles s'étendaient une myriade de tapis traditionnels tissés décorés de mandalas dont les tons alternaient entre les bleus et les rouges. Des assortiments de petites tables basses et de tabourets carrés en bois étaient disposés jusqu'au fond de la salle, abritant les conversations autours d'une tasse de thé vert fumant et d'une coupelle de loukoums jaunes, roses ou verts, saupoudré finement de sucre blanc. Le plafond était vouté, la salle éclairée par ces petites lampes aux mosaïques de verres chatoyantes, qui projetaient leurs ombres sur les murs. Il y faisait tout aussi chaud. Hermione Granger balaya rapidement l'assemblée avant de repérer une ombre près du mur assise seule. Quelques secondes plus tard elle se tenait devant lui, il leva les yeux, hocha la tête et désigna le tabouret en face de lui du menton.

«Je serai bref. Des cellules dormantes jusqu'à il y a peu ont entendu l'appel qui provenait de chez vous, d'Angleterre. Vous-savez-qui

- Voldemort, coupa sèchement Hermione à voix basse.

-Taisez-vous, vous ne savez pas ce que vous dites. Vous êtes une héroïne de guerre, nous vous connaissons ici aussi, mais vous n'en restez pas moins une étrangère. Personne ne prononce ce nom ici, sauf les touristes imprudents, soyez tranquille pendant quelques jours, quand vous rentrerez chez vous vous parlerez comme bon vous semble.

- Continuez.

- Vous-savez-qui a été vaincu, mais pas ses idées, ni ses partisans. Mais Rome ne s'est pas faite en un jour, il a fallu sept ans pour s'organiser, aujourd'hui, entre une dizaine et une quinzaine de pays compte une unité disposée dans une ville, je n'ai pas plus de détail. Je sais qu'Istanbul abrite l'un de ces groupuscules.

- Ce sont là des informations obsolètes que vous me donnez. Pourquoi croyez-vous que je suis ici, si je ne m'étais pas assurée qu'il y avait des preuves concrètes d'une menace, nous ne pouvons accorder du crédit à tous ceux qui nous vendent des tuyaux, surtout concernant d'anciens mangemorts, pour beaucoup il s'agit de faire justice par soit même. Je veux du concret, où se réunissent-ils à Istanbul et quand ?

- J'ai eu vent d'une soirée privée dans l'Istanbul moldu, rendez-vous à la petite sainte Sophie, dans l'ancienne chapelle sous la mosquée actuelle, ce qui aux yeux des moldus ne sont que les ruines des fondations. Dans deux jours, à 22h15. Soyez discrète.»

Hermione jeta quelques mornilles d'argent sur la table, termina son thé qui lui brula la langue. Elle devait rentrer au plus vite et envoyer un patronus à Harry. Remerciant rapidement son interlocuteur elle quitta le salon de thé. Sa montre lui indiqua 22h09. L'auberge dans laquelle elle résidait était à deux pas d'ici. « Pourvu que Seamus ait commandé le repas, je meurs de faim. » La délicieuse odeur de riz et de poulet qui parvint à ses narines lorsqu'elle pourra la porte de la chambre lui arracha un sourire, le premier de la journée.

«tu rentres tard.»

Une voix grave provenant de la salle de bain la fit sursauter.

«J'ai des informations. Je dois prévenir le bureau des Aurors. Seamus nous avons vu juste. J'ignore combien ils sont, où ils sont, notre contact a simplement confirmé ce que nous pensions. Ils sont dans une dizaine ou une quinzaine de ville, chacune dans un pays différent. Le ministère était au courant pour Londres, le Macusa avait des suspicions à New York, et maintenant Istanbul. Un pays, une grande ville, une région du monde. C'est maigre, mais nous devons suivre ces pistes.»

Tout en parlant elle avait retiré son épaisse robe de sorcier et le foulard vert qui laissait uniquement entrevoir ses yeux. Elle se trouvait maintenant dans un simple pantalon de toile beige et un débardeur blanc. Les entrainements lui avaient donné une musculature fine, et sèche, des abdos se dessinaient sans effort sous une peau mate. Elle défit ses deux petites nattes. Seamus sorti de la salle de bain, une serviette autours de la taille et croisa les bras sur son torse.

«Après demain, la petite sainte Sophie, 22h15. C'est là que se réunira le groupuscule d'Istanbul. On doit les coincer Seamus, Répondit Hermione à son interrogation silencieuse.»

Sa remarque arracha un soupir au jeune homme, inutile de lutter, Hermione n'était pas sa directrice d'unité, mais même Harry ne pouvait pas dire non à cette entêtée. Ce dernier n'allait pas tarder à recevoir une loutre argentée qui délivrerait les différentes informations obtenues par Hermione au reste de l'équipe. Cela fait, elle s'empressa d'attraper un pilon de poulet en soupirant de satisfaction.


*Londres – 21h*

«Harry, quelle heure il est à Istanbul ?

- 23h Ron, ils ont deux heures de plus que nous. Tu manges à la maison ce soir ? Ginny va nous tuer si on ne lui donne pas des nouvelles de Turquie.

- Hermione peut très bien le faire elle-même…»

Harry pointa du doigt la lumière blanche qui venait d'apparaitre dans son bureau.

«Non, je crois qu'elle compte sur nous pour ça. Va réveiller Malefoy.»

Ron esquissa un sourire goguenard et jeta un œil sur son collègue dont la tête était soutenue par une main glissant dangereusement. Le rouquin se glissa derrière le bureau une plume à la main, prêt à lui chatouiller l'oreille.

«Tu fais ça jte casse la main,» grommela Drago avant d'entrouvrir un œil. Il se réveilla tout à fait lorsque le patronus le rendit soudain plus attentif.

La voix reconnaissable entre mille s'éleva, leur expliquant la situation, que leurs intuitions avaient été malheureusement juste. Elle précisait avec un ton sans appel qu'elle partait en mission d'infiltration, ce n'était pas négociable, Seamus assurerait ses arrières, après tout, elle était l'Auror de terrain la plus redoutable. Ses propos arrachèrent un soupir à Ron, Harry retira ses lunettes pour se frotter les yeux, Drago continuait de fixer la loutre d'un air stupéfait avant de secouer la tête. Le duo sembla l'entendre marmonner un de ses « stupides Gryffondors… » légendaire. Hermione terminait son message en leur suggérant de réunir le plus d'informations possibles sur ces groupuscules, de collaborer avec le Macusa, et de chercher en Amérique du Sud, « Bogota, Cali, bref la Colombie, je le sens bien ce terrain-là. Préparez-vous à faire le tour du monde. Harry embrasse Ginny, Ronald -elle lui rappelait sa mère- ne sois pas trop impulsif, à plus Malefoy. » Les trois hommes se jetèrent un regard appuyé.

«C'est typique de Granger, tout le monde à droit à un gentil mot, et moi à un "à plus" laconique qui ne laisse pas vraiment place à l'imagination. Bordel. Comptez pas sur moi pour aller la chercher, elle se fourre encore dans la merde jusqu'au cou, c'est votre copine.»