Chapitre 5 : La guerrière déchue.

- Collectionner les POP : POP n1 : Jack Skellington : Bouche cousue : Écrire sur un personnage muet ou qui a choisi de ne plus parler.

- Si tu l'oses : 33. Empoigner.

- Le défi des 200 citations de Contes des royaumes : 158. « Bien. Parfait. ».

- Défi des belles paroles : #26 Ignore ceux qui parlent dans ton dos, c'est là qu'est leur place : derrière toi pendant que toi, tu continues d'avancer.

- Toujours plus :Fusionner 4 défis.

Quand Tempête s'aperçut qu'un inconnu s'était écroulé devant le pas de sa porte, elle se figea, interloquée.

Il était très rare que des gens viennent se perdre aux environs de sa « demeure », à elle et aux centaures, notamment en raison de sa mauvaise réputation.

Réputation qu'elle regrettait toujours autant, sa déchéance lui pesait profondément, et il est vrai que passer de fille de reine et future reine à vulgaire brigande n'avait été en aucun cas une partie de plaisir.

Sans oublier tout les racontars sur son compte...

Ignore ceux qui parlent dans ton dos, c'est là qu'est leur place, lui avait dit sa mère Hippolyte autrefois, derrière toi pendant que toi, tu continues d'avancer.

Elle avait essayé d'appliquer ce principe, mais ce n'était pas facile tout les jours.

Après avoir vaincu le chef des centaures, elle avait pris sa place, et depuis ce temps-là, à part lors de leurs rapines hebdomadaires (qui ne se passaient pas toujours bien pour eux), elle n'était pas habituée à voir des humains.

Regardant Hercule avec circonspection, elle pesa le pour et le contre, avant de finalement se décider.

Il avait l'air terriblement mal en point, et semblait avoir besoin d'aide.

Les trois quarts de ses « associés » étaient encore en prison, et elle n'avait donc pas souvent l'occasion d'avoir de la compagnie, ni même de faire quoi que ce soit en général.

Elle décida donc d'empoigner l'inconnu avant de le charger sur ses épaules (inconnu qui ne pesait pas grand-chose d'ailleurs, ce qui l'aurait sûrement inquiétée, si elle en avait eu quelque chose à faire de lui), avant de le balancer de façon plus ou moins douce sur son lit, afin de le laisser se reposer.

Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas accompli quelque chose d'aussi noble que de sauver la vie de quelqu'un.

Enfin, même si elle n'avait pas fait grand-chose en vérité...

Et puis le type en question avait un cheval volant, on sait jamais, ça peut toujours servir...

« Bien, murmura-t-elle, un peu moins misérable que quelques minutes auparavant. Parfait. »

§§§§

Pendant les heures qui suivirent, Tempête passa tout son temps à regarder Hercule, après avoir nourri Pégase, attendant que son invité ne se réveille.

Ce qui arriva finalement environ quatre ou cinq heures plus tard.

Et avant cela, Tempête s'ennuya à mourir.

Autrefois, quand elle était encore une fière amazone, qu'elle pouvait se rêver en guerrière héroïque et forte, elle n'avait pas le temps de chômer, entre ses études à l'académie Prométhée, ses devoirs de princesse et future reine, et ses combats contre les différents monstres qui semaient la terreur à Athènes.

Mais maintenant...

Elle n'avait plus rien, plus de trône, plus de famille, plus d'avenir, plus d'honneur, et elle avait tellement honte de ce qu'elle était devenue.

Et recueillir ce jeune homme chez elle ravivait d'anciens souvenirs.

Elle cligna des yeux, tandis qu'elle revoyait des flashs envahir son esprit pendant quelques secondes, des images qu'elle ne comprit pas, des phrases qu'elle ne se souvenait pas avoir prononcées.

« Je ne mange que les animaux que j'ai chassés de mes propres mains !

- Ah oui ? Hé bien moi aussi je sais faire plein de trucs avec mes mains... »

« En fait, tu n'es pas aussi insupportable que je le pensais.

- Oh, je parie que tu dis ça à tout les demi-dieux... »

Quelques secondes plus tard, tout cela disparut.

Elle fronça les sourcils.

Que venait-il donc de se passer ?

Tempête n'eut pas le temps d'y penser plus longtemps, qu'Hercule finissait enfin par ouvrir les yeux.

Il était toujours aussi mal en point, pâle et très maigre, et elle sentit quelque chose s'agiter dans ses entrailles alors qu'elle le voyait encore prêt à perdre connaissance.

« Tiens, fit-elle en lui tendant un verre d'eau, tu dois avoir soif... »

Il vida son verre d'un trait, et, la regardant enfin, il écarquilla les yeux de surprise.

Que... Tempête ?

S'il y avait bien quelqu'un sur qui il ne pensait pas tomber en s'échappant des Enfers, c'était sur son crush d'autrefois, et en la voyant, Hercule s'autorisa à sourire.

Il avait envie de pleurer, sa famille l'avait oublié, il n'avait plus rien d'un héros, tout le monde pensait que la réalité dans laquelle ils vivaient était la bonne, et cela le rendait malade, surtout alors qu'il pensait à son impuissance à faire quoi que ce soit durant les cinq années précédentes, mais...

Mais Tempête était là, et, s'il n'avait pas été aussi affaibli, peut-être aurait-il remarqué qu'elle ne portait plus sa tenue d'amazone d'autrefois, mais des habits moins bien prestigieux et en moins bon état également.

Il avait de la chance de ne pas être tombé sur un des innombrables serviteurs d'Hadès, et la simple idée de croiser Peine ou Panique le faisait frissonner d'horreur.

Non pas parce qu'il avait peur d'eux en eux-même, ils n'étaient pas très effrayants la plupart du temps.

Enfin, sauf quand ils étaient suffisamment intelligents pour utiliser leur pouvoir de polymorphes pour se transformer en monstres pouvant tenir tête au jeune héros... Ce qui n'était pas arrivé très souvent dans le passé, il fallait bien le reconnaître... Encore que, maintenant qu'il n'avait plus sa force, ça risquait d'être plus compliqué pour lui, pour réussir à bien se battre.

Non, si jamais Peine et Panique réalisaient qu'il s'était évadé du Tartare, ils le rapporteraient à Hadès, qui l'enfermerait de nouveau dans sa cellule, en s'assurant qu'il ne pourrait plus s'évader de nouveau.

Et tout ses efforts auraient été réduits à néant.

Revoir Tempête lui permit de se raccrocher à un espoir qu'il avait fini par abandonner au fil du temps, et...

Tempête, aide-moi je t'en supplie, je suis perdu, je ne sais plus quoi faire, Hadès a conquis le monde, il a tout ruiné, tout détruit, et je ne sais pas si je me remettrai un jour de ce que j'ai enduré ces dernières années, et j'ai peur maintenant, tellement peur d'échouer encore, et de ne plus rien valoir du tout, s'il te plaît, aide-moi !

Mais, alors qu'il essayait de prononcer ces mots, et ouvrait la bouche pour parler, tout ce qu'il put laisser échapper fut :

« ... »

Ah oui, c'est vrai, il l'avait oublié...

Il était muet.

Merde.

Bon...

Ça risquait d'être beaucoup plus compliqué que prévu.

§§§§

Une fois qu'il se fut restauré, Hercule rédigea son histoire, que Tempête lut avec beaucoup de... circonspection.

« Donc... résuma l'ex-amazone, tu t'appelles Hercule, tu dis que tu es le fils du roi et de la reine des dieux et que ce n'est pas Hadès le roi légitime, mais Zeus, et que ce dernier n'est pas le dieu des Enfers... Sans compter également que tu prétends avoir été prisonnier des geôles d'Hadès dans le Tartare, dont personne ne peut s'échapper, et que tu en as été libéré grâce à l'intervention des Muses et des Moires...

Hercule hocha la tête.

- De plus, continua-t-elle, tu déclares également que si les choses sont telles qu'elles sont désormais, c'est parce que la Tapisserie du Destin, dont je n'ai jamais entendu parler auparavant, a été modifiée par ton... oncle, qui a appris son existence et ses fonctionnalités parce que toi et ton ami Icare vous vouliez aller à un concert d'Orphée ? »

Et cette fois-ci, l'incrédulité qu'elle ressentait était plus que palpable dans ses paroles.

Exact, écrivit rapidement Hercule sur la tablette juste devant lui.

Elle cligna des yeux, abasourdie par le sérieux que démontrait le jeune homme, alors qu'elle s'attendait à ce qu'il éclate soudainement de rire, tant son histoire était proprement.. absurde.

Et pourtant, rien...

Absolument rien du tout.

Bordel de merde...

Ce type était vraiment sérieux en fait !

« C'est moi ou c'est juste complètement con ? »

- En rétrospective oui, je l'admets, c'était vraiment stupide.

(Merci les scénaristes !

Ou pas...)

- Oh putain tu m'étonnes, marmonna-t-elle, sentant une terrible migraine pointer le bout de son nez.

- Je suis désolé Tempête, mais ce n'est que la stricte vérité.

- Ce n'est pas parce que toi tu y crois que c'est forcément vrai...

- Il faut que tu me crois, et que tu m'aides... Si tu ne le fais pas, je ne sais pas quoi faire, et je ne sais pas non plus vers qui me tourner ?

- Et ton ami Icare ? Il ne pourrait pas te venir en aide lui aussi ?

- J'ignore où il se trouve...

- C'est bien pratique... Ironisa-t-elle. Et Cassandre ? Ne me dis pas que tu ne sais pas où elle est en ce moment ou ce qu'elle fait, tout le monde en Grèce et même ceux habitant au-delà du monde grec la connaît !

Hercule fronça les sourcils, légitimement intrigué.

La dernière fois qu'il avait vu Cassandre, cette dernière était encore vue comme une paria, personne ne prenait jamais ses prédictions au sérieux, et elle était très malheureuse et misérable, en partie à cause de cela.

(Enfin, ça, et le foutu harcèlement d'Icare, aussi.)

- Comment cela ?

Tempête haussa un nouveau sourcil surpris.

- Okay... Tu sais rien du tout en fait ?

- Je te l'ai déjà dit, j'étais en prison ces... en fait je ne sais même pas combien de temps je l'ai été à dire vrai...

L'amazone lui offrit un regard compatissant.

- Je suis désolée Hercule, sincèrement... En bref, elle est devenue ces dernières années une des voyantes les plus renommées de toute la Grèce, voire du monde connu en général, presque à égalité avec Tirésias et la pythie de Delphes, entre autres... Tout le monde se l'arrache. D'ailleurs, tu as plutôt de la chance, elle fait une tournée de conférence en ce moment, et il se trouve qu'elle est à Athènes... »

Hercule se figea, estomaqué.

Il... ne s'attendait absolument pas à ça.

Il pensait arriver dans un monde ruiné et brisé pat Hadès, dans lequel tout le monde serait malheureux, et là, il apprenait que sa meilleure amie était reconnue pour son don de voyance par le monde entier ?

Et ce alors que c'était justement cela qui faisait qu'elle était tellement seule autrefois...

C'était tellement... étrange.

Et absolument pas prévu.

Par les dieux, que s'était-il donc passé ?

Comment cela était-il seulement possible ?

« Alors... elle est heureuse ? Écrivit-il avec quelques hésitations.

- Hé bien, je n'en sais rien, mais... je crois que oui. »

Le changement de réalité n'avait pas été mauvais pour tout le monde, comprit enfin le demi-dieu.

Et à cet instant précis, un horrible doute s'empara alors de lui.

Ce qu'il comptait faire, était-ce réellement juste ?

Si pour faire redevenir les choses telles qu'elles étaient auparavant, il devait sacrifier le bonheur de Cassandre et la faire retourner à sa vie misérable, est-ce que ce qu'il comptait faire était vraiment bien, en vérité, pourrait-il se considérer comme un héros après cela ?

Oui, Hadès était un monstre, à n'en pas douter, mais peut-être que ce qu'il avait fait n'était pas si affreux que cela...

Puis, il secoua la tête, décidé à se débarrasser de cette pensée parasite.

Hadès avait fait de la vie de Zeus un enfer, il avait asservi Héra, et si Cassandre était heureuse, elle devait être l'une des rares exceptions en Grèce.

Il devait être arrêté.

À tout prix.

Et, si jamais il pouvait éviter que la Tapisserie ne rende de nouveau Cassandre maudite, hé bien, ce serait pour le mieux.

Dans le cas contraire... il devrait se résoudre à ce sacrifice.

Pour le plus grand bien de tous...

Je suis désolé Cassandre, sincèrement, mais je n'ai pas vraiment le choix.

Il songea alors que, ironiquement, il avait en quelque sorte pris la place de Cassandre dans ce nouveau monde, puisque personne n'avait l'air de le croire, et il comprit pendant quelques secondes tout ce qu'elle avait pu ressentir pendant toutes ces années où on l'avait moquée à cause de ses prédictions, même si elles s'avéraient toujours exactes...

Ça avait vraiment dû être horrible pour elle...

Puis, alors qu'il se préparait à demander à Tempête où Cassandre se trouvait, il sentit son corps le lâcher une nouvelle fois, et il perdit encore une fois connaissance.

Apparemment, il n'avait pas assez récupéré durant le bref repos qu'il avait pris dans le lit de Tempête.

A suivre...