Chapitre 6 : C'est un gros bordel (pour faire court).

- Si tu l'oses : 35. Ville capitale.

- Défi des belles paroles : #21 Si le plan A ne marche pas, il reste encore 25 lettres dans l'alphabet.

- Collectionner les POP : Jack Skellington : Costume : Écrire sur Draco Malfoy ou sur un personnage qui change de costume tous les jours.

- Le défi des 200 citations de Contes des royaumes : 33. « Pourquoi es-tu si triste ? »

Cette situation n'avait aucun putain de sens.

Tempête ne s'était toujours pas remise des révélation d'Hercule, et le jeune homme paraissait tellement sûr de ce qu'il disait, et n'avait pas l'air d'être fou (enfin, pas plus que cela en tout cas, même si l'amazone devait admettre ne pas y connaître grand-chose niveau folie et perte de raison), mais même s'il lui semblait être certain de la véracité de ses paroles, cela ne changeait rien au fait… que ce n'était tout simplement pas possible.

Parce que cela remettait en question tout ce que la guerrière avait jamais cru savoir sur son monde.

À savoir que, même si tout n'allait pas bien pour elle, au moins, elle avait la quasi-certitude qu'il tournait rond.

Mais maintenant, même cette simple idée était en train de se révéler être moins sure et absolue qu'elle ne le croyait autrefois.

Le fait est qu'elle n'avait pas la moindre raison de faire confiance à ce jeune homme, pourtant, le désespoir qu'elle avait lu dans ses yeux avant qu'il ne s'effondre l'avait touchée, elle devait bien l'admettre.

Cela ne changeait absolument rien au fait que cela n'avait pas la moindre logique ni même le moindre sens.

Et malgré cela, en plus de l'émouvoir, son récit avait réveillé autre chose en elle.

Le désir d'être une héroïne, de faire quelque chose de bien, de noble, comme autrefois, quand elle était encore une fière amazone et pas une vulgaire voleuse.

Et cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas éprouvé cette sensation.

À force, elle avait presque oublié comment on faisait.

Elle ne savait plus comment être une guerrière, elle ne savait plus que se battre pour survivre, elle avait presque fini par oublier ce que ça faisait que de se battre pour les plus démunis, les défavorisés, les faibles, elle ne savait plus se battre pour l'honneur, ou pour ce qu'elle voyait comme juste autrefois.

Mais maintenant…

Maintenant, elle avait envie de se souvenir de ce que ça faisait, que d'être forte.

Elle regarda le jeune homme inconscient, et sentit de la pitié l'envahir.

Si ce qu'il lui disait était bel et bien vrai, alors…

Oh par tout les Dieux de l'Olympe et par les Titans…

Cela signifiait tout bonnement qu'il avait absolument tout perdu.

Et ça, ce n'était pas juste.

Mais rien ne l'était de toute façon dans son monde, pas vrai ?

Le monde tel qu'il l'avait autrefois connu n'était plus, sa famille l'avait oublié, ainsi que ses amis (oh le regard qu'Hercule lui avait lancé quand elle lui avait affirmé qu'elle ne l'avait jamais vu ou rencontré avant ce jour-là… Elle avait senti quelque chose se briser dans son cœur, dernier vestige du fait que peut-être, avant, elle tenait à lui), il avait été le prisonnier de son oncle pendant cinq ans, et il restait encore toutes les autres choses qu'il ne lui avait pas « dites ».

Elle le plaignait sincèrement.

Elle songea distraitement que, si jamais elle avait été fidèle d'une quelconque façon à Hadès, ça aurait été l'occasion parfaite de tout lui révéler, alors que le demi-dieu était inconscient et vulnérable, incapable de lui nuire.

Sauf qu'elle ne l'était pas.

Jamais le dieu n'avait fait quoi que ce soit pour elle, pourquoi aurait-elle voulu l'aider ou lui rendre service d'une quelconque manière ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle avait envie de se battre.

Elle ne savait pas encore ce qui dans ce jeune homme avait rallumé en elle la flamme de son ardeur guerrière, mais toujours est-il que, à son propre grand étonnement, imperceptiblement, l'amazone en elle était en train de se réveiller.

Et ça lui faisait un bien profond.

§§§§

N'importe qui de censé ayant connaissance de son projet lui aurait probablement affirmé avec une certaine certitude qu'il était impossible de défaire Hadès et de le battre, et il n'aurait sans doute pas eu tort.

Après tout, il était le roi des Dieux, le souverain suprême de la Grèce et de l'Olympe, qu'est-ce que eux, simples mortels, auraient pu faire contre lui exactement ?

Ce n'est pas comme si elle était toujours l'héritière des amazones, ou comme si elle avait le moindre poids politique ou une quelconque réelle influence...

Là, peut-être, elle aurait pu essayer de faire quelque chose, sauf qu'elle était véritablement pieds et poings liés.

Et pourtant...

Pourtant, malgré cela, malgré tout les obstacles qui se dressaient d'avance devant elle, si jamais quelqu'un lui avait dit que le plan qu'elle était en train de concocter pour rendre si possible sa voix à Hercule et également détruire Hadès ainsi tout ce qu'il avait fait de leur monde avec la Tapisserie, elle aurait immédiatement rétorqué avec froideur et sécheresse : « Si le plan A ne marche pas, il reste encore 25 lettres dans l'alphabet. »

Blague à part, elle savait parfaitement, lucide qu'elle était, qu'Hadès serait un adversaire redoutable, et à ne surtout pas sous-estimer, très certainement le plus dangereux qu'elle aurait jamais à affronter.

(Pas comme dans la majorité de la série quoi...

Hécate était bien plus efficace et effrayante que lui la plupart du temps.)

Pour la troisième fois depuis qu'Hercule avait de nouveau sombré dans le sommeil, elle le regarda encore une fois.

Il était certes mal en point, maigre comme un clou, des cernes sous les yeux, une grande tristesse dans le regard et il risquait à coup sûr de tomber malade dans les prochains jours, mais Tempête ne pouvait nier quelque chose.

Il était quant même sacrément mignon.

Par simple curiosité, elle se demanda quel type de relation ils partageaient à l'époque dans ce... monde alternatif où elle, Hercule et tout les autres vivaient autrefois avant que le Dieu ne chamboule absolument tout.

Amis, amants, anciens amants ?

Quand elle lui avait posé la question, Hercule n'avait pu s'empêcher de rougir.

Qu'est-ce qu'il pouvait lui dire exactement ?

Qu'il avait eu autrefois le béguin pour elle et que c'était toujours le cas, et que ça l'avait amené à parfois faire des choses totalement stupides ?

(Un parfait résumé de beaucoup des épisodes de la série...)

Amoureux de Tempête, il l'avait été, et l'était encore, et c'était son souvenir seul ainsi que celui de tout ceux qu'il aimait, ses amis et sa famille, qui l'avait permis de tenir au cours de ces cinq longues années de captivité.

Il avait préféré jouer la sécurité (elle le regardait à peine à l'époque où ils étaient amis, pourquoi l'aurait-elle fait alors qu'elle l'avait totalement oublié ?) tout en restant sincère et vrai.

On était amis. On s'entraînait ensemble au combat parfois aussi, dans le cadre de mon entraînement avec Philoctète pour devenir un héros et redevenir enfin un Dieu.

L'amazone haussa un sourcil surpris et intéressé.

« Oh... et est-ce que je te battais souvent ?

Pour la première fois depuis son réveil, et ce pour la plus grande joie de Tempête, le jeune homme se mit à sourire.

- Hé bien, on faisait à peu près jeu égal la plupart du temps...

Puis, son sourire s'évanouit.

- Mais je doute de pouvoir en être capable, maintenant qu'Hadès m'a pris ma super-force, et après cinq d'inactivité... Je ne pense pas réussir à retrouver mon niveau de combat d'autrefois.

- Ne dis pas ça ! S'exclama l'ancienne amazone, désireuse de le réconforter. Je suis certaine que tu seras très vite remis sur pieds.

- Je l'espère... »

Puis, faisant finalement attention à l'endroit où ils se trouvaient, aux habits de Tempête et au fait qu'ils n'étaient pas sur l'Île des Amazones comme il aurait pu s'y attendre, mais dans une maison miteuse et petite (celle qu'elle occupait chez les centaures, étant la seule humaine de leur groupe), Hercule se demanda ce qui avait bien pu se passer en cinq ans pour qu'elle en arrive là.

Qu'est-ce que la Tapisserie avait bien pu faire d'elle ?

Sans compter son regard, qui, quand elle avait l'impression que l'ancien dieu ne la regardait pas était tellement triste.

Ce fut cela qui le poussa à poser cette question :

« Pourquoi es-tu si triste ? »

Tempête sursauta, surprise, puis son expression se fit encore plus chagrinée.

« C'est une longue histoire... une très longue et très triste histoire. Elle soupira. Tu dois probablement déjà le savoir, mais je suis une amazone. Et pas n'importe laquelle ! Une des meilleures qui soit ! Ou du moins je l'étais...

- Que s'est-il passé ?

- Ma mère Hippolyte, la reine des Amazones, a été renversée et a perdu le trône il y a approximativement cinq ou six ans, je ne m'en rappelle pas vraiment à vrai dire, c'est plutôt flou dans ma tête (et le visage d'Hercule s'orna alors brièvement d'un sourire presque violemment sarcastique à ces mots).

Depuis, je vis seule à Athènes, en fugitive, simple voleuse vagabonde, à la tête d'une bande de centaures voleurs plus bêtes que leurs sabots qui accomplissent l'exploit de se faire arrêter par la police ou par le héros Achille au moins trois fois par semaine quand ils ont de la chance... Et après, c'est moi qui dois payer les pots cassés de leurs conneries... Voilà, c'est ma vie maintenant, ajouta-t-elle avec une lassitude palpable. »

Hercule la regarda, muet d'horreur, avec un air horrifié et incrédule.

Alors...

Alors quoi, c'était donc ça ce que Hadès et la Tapisserie la condamnaient à endurer pour toujours ?

(Revivre encore et encore l'intrigue d'Hercule et les Centaures ?

Quel enfer !)

Il avait déjà envie de faire subir les pires horreurs possibles à son oncle, mais maintenant qu'il voyait le sort misérable de cette pauvre Tempête qu'il aimait tant, il le voulait d'autant plus, et sa rage le reprit de plus belle, le poussant à serrer les poings, jusqu'à enfoncer ses ongles dans ses mains, ignorant la douleur.

C'était lui qui avait fait cela,il était celui qui avait guidé Hadès jusqu'à la Tapisserie du Destin, lui qui lui avait littéralement servit Athènes, la ville capitale, la Grèce, l'Olympe et tout le reste sur un plateau, c'était de sa faute.

À cause de lui, Hadès avait gagné, et il savait que jamais il ne se le pardonnerait si jamais ils échouaient dans leur combat contre lui.

Lui-même, ses parents, les autres Dieux en général, Tempête...

Eux-même avaient déjà tant perdu, qu'en était-il de tout les autres ?

Il se demandait avec désolation qui pouvaient bien être les pauvres autres âmes en peine qui avaient subi le couroux du Dieu cruel.

Il n'était pas vraiment sûr de vouloir le savoir.

Ça n'aurait fait que renforcer d'autant plus sa culpabilité.

§§§§

Hercule, comme Tempête l'avait prédit, était effectivement tombé malade peu de temps après, subissant tour à tour un mal de gorge, un rhume, ainsi que de la fièvre accompagnée de délire au cours des semaines suivantes, le laissant à moitié lucide, à moitié délirant et marmonnant des paroles incompréhensibles que personne ne pouvait entendre de toute façon.

Pendant ce temps-là, Tempête, s'attachant de plus en plus à cet inconnu – qui ne l'était pas tant que cela – s'occupa de lui et le soigna sans relâche, ne pensant même plus à ses alliés centaures, qui restèrent en prison durant cette période.

Cette situation dura pendant plus d'un mois, jusqu'à ce que, enfin, Hercule finisse par se rétablir et à reprendre quelque peu ses forces.

Oui, son corps guérissait petit à petit mais son esprit était toujours autant brisé en mille morceaux, tant il se sentait impuissant et inutile.

Sans que Tempête en sache rien, il passa des heures et des heures à hurler à plein poumons, en silence, sans que personne ne l'entende, sans que ça ne serve à rien, sans que sa peine ne se résorbe.

Il se contenta de hurler, encore et encore, et de pleurer sur ce qu'il avait perdu, jusqu'à ce que la voix qu'il n'avait plus se casse, jusqu'à ce que sa gorge se brise elle aussi, et que ses larmes et ses sanglots se tarrissent.

Il ne savait encore rien.

Il ne savait rien des vies des autres, celle d'Icare, de Cassandre, de Méduse.

Il ne savait rien de Circé, pauvre Circé qui était restée à Athènes elle aussi, qui tout les jours faisait semblant, qui changeait de vie, de costume surtout, jouait le rôle de la jeune femme innocente et sans pouvoirs, et qui avait de plus en plus de mal à le faire.

Non, il ne savait rien, mais il savait une chose en revanche.

Il ne pouvait pas laisser les choses continuer à empirer comme ça.

On l'avait sorti de prison pour qu'il améliore les choses, non ?

C'était ce qu'il était supposé faire, il était un héros normalement, pas vrai ?

Alors soit.

Il le ferait.

Quitte à mourir en le faisant.

Hors de question de laisser Hadès gagner, pas question de le laisser en paix.

A suivre...