Chapitre 7 : Pauvres âmes en perdition.
Warnings : Non-con droit droit devant.
Une fois qu'elle fut certaine qu'Hercule était suffisamment remis sur pieds pour pouvoir sortir et marcher un peu dans Athènes même et dans ses rues sans risque réel de tomber par terre tout les trois mètres, Tempête se décida alors à l'y emmener.
Après tout, ce n'est pas comme si elle avait vraiment mieux à faire de son propre temps...
Elle avait décidé de finalement laisser tomber pour de bon les centaures (pourquoi elle ne l'avait pas fait depuis longtemps, elle se le demandait bien), afin de mener à bien son nouveau projet, à savoir aider Hercule de son mieux à reprendre du poil de la bête et à reprendre l'entraînement de héros, afin d'au moins reprendre un peu de sa force physique d'autrefois, à défaut de réussir à revenir à son niveau de l'époque (il avait encore une super-force alors...) et qu'il puisse si possible se trouver des alliés.
Alors qu'il pensait à la base que ce serait un jeu d'enfant d'amener le peuple à se soulever contre Hadès, le jeune héros avait fini par comprendre que cela dépendrait en fin de compte de pas mal de facteurs.
Est-ce que les gens étaient heureux dans ce nouveau monde, est-ce qu'en changeant la Tapisserie et le monde avec, Hadès s'était soucié de les emprisonner encore plus dans leurs illusions en leur faisant croire qu'ils y étaient heureux, que ce monde était le bon et qu'ils n'avaient aucune raison d'en changer ?
Et surtout...
Est-ce que les gens à qui il raconterait cette folle histoire allaient le croire ?
Il avait déjà eu assez de mal à convaincre Tempête alors qu'ils étaient autrefois amis, qu'ils se connaissaient bien, qu'elle le connaissait avant qu'elle ne l'oublie à cause de la Tapisserie, et que c'était probablement ce souvenir résiduel de ce qui avait été autrefois entre eux deux qui l'avait poussée à lui faire confiance, très certainement.
Et il ne pouvait pas lui en vouloir.
Après tout, il n'avait absolument aucune preuve de ce qu'il avançait !
À leurs yeux, il allait seulement apparaître comme un fou, c'était certain.
Si elle elle avait eu du mal à y croire, alors que dire des autres ?
Alors qu'Athènes s'étalait sous ses yeux, Hercule réalisa que, en dehors de son séjour dans le Tartare, jamais il n'avait eu aussi peu d'espoir de pouvoir changer les choses.
§§§§
En un mois, les choses n'avaient pas particulièrement changé à Athènes, la foire et ses « monstres » était toujours là, et Cassandre avait encore quelques conférences à donner avant de repartir dans une autre ville de Grèce.
En un mois, Circé avait eu l'occasion de venir voir Méduse à plusieurs reprises, mais elle n'avait toujours pas osé lui parler.
Non pas qu'elle en ait réellement eu l'occasion non plus à vrai dire.
La pauvre femme, qui n'avait plus de gorgone en elle que le nom, lui faisait vraiment pitié, gardée ainsi en cage en permanence.
Elle ne méritait pas cela, la sorcière en était persuadée.
Elle avait l'air d'être tellement... triste !
(Et elle était si jolie aussi.
Ça devait jouer, un peu.
Circé n'avait jamais su résister aux jolies filles.)
Il était plutôt tôt lorsque la jeune femme prit enfin son courage à deux mains et se rendit du côté de la cage de la prisonnière, qui n'était pas gardée pour une fois.
Comment aurait-elle pu s'enfuir de toute façon ?
Une nouvelle fois, Circé regretta de ne pas avoir emporté son bâton magique avec elle, grâce à ça, Méduse aurait été libre en deux temps trois mouvements...
Elle soupira.
Ce n'était pas avec des regrets ni avec des si qu'elle allait la faire sortir de là.
« Bonjour ! Lança la belle brune d'une voix hésitante, et en voyant la gorgone se figer, très clairement animée par la peur, Circé serra les poings de colère.
- Qui... Qui me parle ? Demanda Méduse avec la même hésitation dans la voix que son interlocutrice.
- Je... je m'appelle Circé.
- Pourquoi êtes-vous là ? Pourquoi me parlez-vous ?
Plus que de la peur, il y avait presque... presque de la colère et clairement de la méfiance dans la voix.
Et ses mains, elles tremblaient si fort.
Oh, Dieux...
- Oh par Hécate, fit-elle d'une voix emplie d'horreur, sentant sa gorge se nouer, regardant la pauvre Méduse qui avait tourné la tête dans sa direction mais sans pouvoir la voir. Elle faisait à Circé l'effet d'une louve blessée prête à s'attaquer à la première personne qui s'en prendrait à elle. Qu'est-ce que les humains ont bien pu vous faire ? »
Méduse fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que vous venez de dire ?
- Quoi ? Comment cela ?
- Vous... vous avez dit humains ! S'exclama-t-elle avec une voix tremblante d'espoir. Comme... comme si vous... Vous... vous non plus vous n'êtes pas complètement humaine alors ?
Circé hésita pendant quelques secondes.
Elle aurait pu mentir, dire que c'était une erreur, qu'elle s'incluait dans le groupe des humains, juste pas dans celui qui lui avait fait du mal.
Elle aurait dû selon toute espèce de logique et de prudence, c'est ce que sa famille lui aurait dit s'ils avaient été là avec elle.
Mais elle n'en avait pas envie.
Elle ne voulait pas mentir ni se cacher.
Pas avec Méduse.
- Je... je suis une sorcière. »
Avec n'importe qui d'autre, Circé ne se serait pas risquée à révéler son secret le plus profond et le mieux caché aussi facilement, elle n'aurait pas été assez stupide pour le faire.
Mais Méduse, contrairement à tout les autres, était comme elle, et à l'inverse de Circé, sa particularité (que d'autres auraient appelé monstruosité) était écrite sur son visage.
Et Circé sentait, confusément, même si elle ne la connaissait pas, ne savait absolument rien d'elle, si ce n'est le fait qu'elle était une gorgone, qu'elle pouvait lui faire pleinement confiance.
D'elles deux, Méduse était celle qui était probablement la plus encline à se méfier d'elle.
Méduse se mit à sourire.
Et Circé réalisa à quel point elle était jolie quand elle semblait être heureuse.
C'est là qu'elle réalisa qu'elle avait véritablement le béguin pour elle.
« Vrai... vraiment ?
- Oui ! Mais je ne peux pas me servir de ma magie en ce moment, alors je ne pourrai pas t'aider à sortir d'ici, je suis désolée.
Elle vit de la déception l'espace de quelques secondes dans l'expression du visage de sa... nouvelle amie (?), mais moins qu'elle ne l'aurait cru.
Elle continua même de sourire.
- Ce n'est pas grave, en fait... c'est la première fois que quelqu'un me propose d'essayer de me faire m'évader, alors... merci.
- J'aimerais pouvoir faire plus.
- Tu es la première personne que je rencontre qui ne hurle pas en me voyant, et qui ne me traite pas en monstre... Tu fais déjà beaucoup pour moi Circé...
- Je t'ai dit mon nom, réalisa-t-elle alors, mais tu ne m'as pas dit le tien... comment est-ce que tu t'appelles ?
Jamais l'homme qui avait présenté la gorgone n'avait dit son nom.
- Je m'appelle Méduse.
Puis, alors qu'elle essayait de sortir ses doigts hors de la cage pour trouver sa main, Circé fit passer la sienne à travers les barreaux juste pour pouvoir serrer sa main dans la sienne.
- Hé bien Méduse... je suis heureuse de te rencontrer.
- Moi de même Circé... maintenant... je sais que je ne suis plus seule.
- Moi aussi... »
Alors qu'elles passaient un moment de paix, de calme et de silence, ce dernier fut finalement ruiné par une voix en colère :
« Hé toi ! Qu'est-ce que tu fabriques avec ma Gorgone ?
Circé leva aussitôt les yeux au ciel, regrettant d'autant plus de ne pas avoir son bâton avec elle pour au moins pouvoir le lui balancer dans la gueule.
Elle n'est pas à vous !
« Je suis désolée... murmura Méduse.
Circé lui sourit.
- Ce n'est pas grave, je vais y aller, mais je reviendrai, je te le promets... Au revoir, et... à bientôt, fit-elle avant de furtivement embrasser sa main à défaut de sa joue, et de prendre la fuite juste après, les joues rouges, n'ayant pas le temps de voir la réaction de l'autre femme, qui était elle aussi en train de rougir. »
§§§§
Hercule avait actuellement envie de hurler.
Encore.
La foire, il connaissait ça, il y en avait déjà eu avant que tout ne soit chamboulé et que son monde ne vole en morceaux, c'est vrai...
Mais à vrai dire...
Voir Méduse, avec son apparence humaine que lui avait donnée brièvement Hadès à l'époque où elle avait passé ce marché avec lui afin de devenir humaine pour toujours, mais avec en plus dans ses cheveux des serpents morts issus de son ancienne apparence de gorgone ET en ayant les yeux bandés (parce qu'ils avaient été arrachés, comme le lui avait indiqué Tempête), hé bien...
Disons qu'il ne s'y attendait pas du tout et que cela l'horrifiait et l'écœurait au plus au point.
Tout ça lui rappelait sombrement quelque chose.
Il se souvenait d'Hadès manipulant Méduse et voulant d'elle qu'elle le tue en le changeant en pierre, et que ça n'avait pas marché, ce qui lui fit comprendre que c'était probablement pour la punir de cet échec qu'il lui avait donné une vie si misérable et solitaire.
Il n'arrivait même pas à être surpris.
C'était de son oncle dont on parlait après tout.
Alors qu'il assistait à la représentation, au spectacle, le héros murmura silencieusement :
« Je suis désolé Méduse. Je suis tellement désolé... »
§§§§
Le pire fut probablement de revoir Cassandre.
Il ne vit que peu Icare, mais comprit assez rapidement que le jeune homme était heureux dans ce monde, mais il avait globalement la même attitude et la même personnalité que dans le monde de base.
C'était toujours lui, en un sens.
Mais Cassandre...
Oh, Cassandre était tout simplement radieuse.
Disparue, la médium morose, cynique, dégoûtée de la vie et dépressive que personne n'écoutait jamais, ne croyait jamais, seule et à qui personne ne prêtait jamais attention.
Maintenant, Hercule voyait une femme enfin prise au sérieux, enfin heureuse, se sentant enfin à sa place, et il sut en croisant son regard qu'il ne servirait à rien de lui dire quoi que ce soit.
Pourquoi le croirait-elle alors que tout dans sa vie était parfait ?
Alors qu'elle le voyait, son sourire se ternit.
Un frisson de mauvais pressentiment la traversa.
Ce n'était pas une vraie prophétie, certes, mais...
Elle ne savait pas encore qui il était, non.
Ce qu'elle savait en revanche, c'est qu'il ne lui apporterait que des ennuis.
§§§§
Dans l'Olympe, Hadès ne se doutait d'absolument rien.
Et en vérité, il n'avait aucune raison de le faire.
Il avait gagné, Hercule, la seule menace crédible contre lui, avait été mis hors d'état de nuire, de même qu'Athéna, et tout ce qu'il pouvait et voulait faire actuellement, c'était se repaître de sa victoire.
Et quelle meilleure manière de le faire qu'en compagnie de sa chère compagne Héra ?
Avachi sur le lit autrefois occupé par Zeus, il regarda sa si belle épouse, profitant d'une journée de repos bien méritée.
Dieux, elle était si belle.
Et il l'aimait tellement.
Oh, il aurait dû le savoir, à force.
Ce n'était pas de l'amour.
Ça n'en avait jamais été.
C'était juste du désir.
Tout simplement de l'obsession.
Mais Héra, elle, n'en avait pas la moindre idée.
Comment aurait-elle pu le savoir ?
D'entre eux tous, c'était probablement elle qui avait le plus changé, elle qui ressemblait le moins à celle qu'elle était autrefois, qu'elle était vraiment, elle qui avait subi le plus de dommages au niveau de son esprit.
Si l'on exceptait Hercule, elle était très certainement la personne de ce nouveau monde à avoir le plus souffert, sans même en avoir conscience.
Elle ne se souvenait pas d'à quel point ça avait été douloureux pour elle, plus que n'importe qui d'autre, de voir son esprit être déchiqueté en mille morceaux pour le bon plaisir du Dieu des enfers, encore et encore et encore. Et ce jusqu'à ce qu'il devienne tel que l'actuel roi des Dieux voulait qu'il le soit, elle avait oublié les heures atrocement longues durant lesquelles elle avait hurlé de douleur alors qu'elle sentait la Tapisserie jouer avec son esprit, tout comme Cassandre avait elle aussi hurlé en sentant ce qui se passait.
Peut-être valait-il mieux qu'elle ne se souvienne jamais.
Son esprit trituré dans tout les sens, mis sens dessus dessous sans qu'elle puisse se défendre, usé et abusé par celui qui prétendait l'aimer, sans oublier la douleur constante que même la Tapisserie n'avait pas pu faire disparaître, et qui se traduisait par des migraines quasi-constantes.
Oui, sans doute devait-elle ne jamais s'en souvenir.
Et, si jamais son esprit ne gardait aucune trace de tout cela, son corps…
Oh son corps allait se souvenir de bien d'autres choses…
Elle ne le savait pas encore, mais ce qu'elle vivait en ce moment-même avec Hadès…
Ce… ce n'était pas bien.
Pas normal, pas juste, pas humain, pas sain.
Si elle avait su, si elle avait compris, elle aurait très probablement hurlé de douleur.
Donc oui.
Peut-être devait-elle, pour son propre bien, ne jamais se souvenir.
A suivre…
