Chapitre 9 : Second souffle.

Hercule était, à n'en pas douter, très déprimé quand il quitta avec Tempête l'endroit où Cassandre officiait en tant que prophétesse.

Et en même temps, il y avait de quoi !

Certes, Tempête croyait ce qu'il lui disait, et c'était déjà très bien, mais Cassandre, elle, celle-là même qu'il était supposé convaincre si il espérait un jour défaire tout cela, elle était celle qui voyait, celle qui savait, et pourtant...

Pourtant, elle n'avait rien vu...

Elle ne le croyait pas.

Elle l'avait oublié, c'est vrai, comme tout les autres, mais après avoir discuté avec Tempête, avoir réalisé qu'elle lui faisait confiance, il avait cru, il avait espéré que, peut-être...

Mais non, rien du tout...

Rien ne s'était passé.

Et maintenant, il ne savait absolument plus quoi faire.

Cassandre était son amie, sa meilleure amie, et sans elle, sans son soutien, il était complètement perdu, il avait besoin d'aide, d'alliés, à lui tout seul, il ne serait pas capable de renverser la dictature impitoyable d'Hadès, et si elle ne l'aidait pas...

Alors c'était peine perdue, et Hadès avait gagné d'avance.

Enragé par la situation, il ne put se retenir et envoya son poing dans un arbre à proximité et en sentant la douleur l'envahir, il poussa un cri inaudible, se souvenant soudainement qu'il n'avait plus ni super-force, ni super-résistance...

Ouch...

Grimaçant de douleur, il porta son regard aux alentours, avant de tout à coup croiser le regard de deux jeunes femmes qu'il ne connaissait que trop bien.

Circé et Méduse.

Que diable faisaient-elles ici ?

Tempête les remarqua finalement à son tour.

« Hercule... est-ce que tu les connais ? Dit-elle, déjà prête à les attaquer si jamais elles se révélaient être dangereuses, et Hercule ne l'en aima que d'autant plus pour ça.

- Oui... Elles sont... elles étaient... mes amies. Avant qu'Hadès ne réécrive la réalité. »

Pour Méduse, c'était la stricte vérité, pour Circé, en revanche... c'était plus compliqué.

C'était une sorcière qui aimait changer ses anciens petits-amis en animaux, autrefois, et il en avait certes fait les frais, temporairement, mais à vrai dire, maintenant qu'il n'avait absolument presque plus aucun moyen de lutter contre Hadès, toute aide était la bonne, et de ce qu'il savait, elle avait fini par arrêter d'avoir cette... mauvaise habitude.

« Donc... on peut leur faire confiance ?

- Oui. »

Ce n'était pas un mensonge.

Pas vraiment.

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire de réalité réécrite ? Demanda Circé en fronçant les sourcils.

Hercule soupira.

- C'est une longue histoire, écrivit-il, une très longue histoire. »

§§§§

« C'est une histoire de fou, murmura Circé, blême, assise juste en face d'Hercule. »

Ils s'étaient rendus entre temps dans la maison de Tempête (qui n'abritait désormais officiellement comme officieusement plus les Centaures) et c'était là que cette dernière, aidée par l'ancien apprenti héros, avait commencé à essayer d'expliquer toute la situation – complexe à n'en pas doute – aux deux jeunes femmes.

La Tapisserie du Destin, les actions d'Hadès, la réalité réécrite, les mensonges, ce faux monde créé par le Dieu et pourtant si semblable au vrai, les changements qu'il avait effectués à leur insu, leur mémoire effacée, leur vie chamboulée...

Absolument tout.

Oui, exact, mais c'est aussi et surtout la vérité.

Comment pourrait-il y arriver, comment saurait-il les faire croire ?

Et même s'il y arrivait seulement, qu'est-ce que ça changerait ?

Hadès était tout puissant, et il avait déjà gagné !

Hercule était actuellement désemparé.

Jetant un rapide coup d'œil autour de lui, il faillit avoir un éclat de rire terriblement désabusé et triste.

Un héros muet qui n'en est plus vraiment un, une guerrière déchue, une sorcière sans son bâton magique, et une gorgone aveugle...

Vraiment, quelle fine équipe de héros ils formaient !

Pathétiques, ils étaient juste tellement pathétiques, eux, tous autant qu'ils étaient...

Mais comment, par tout les dieux de l'Olympe (et les dieux nordiques, hein, tant qu'il y était... Voire les dieux égyptiens aussi... enfin, toutes les divinités existantes quoi.), oui, comment avait-il bien pu croire qu'à lui tout seul il allait réussir à mener une rébellion contre Hadès ?

Ça n'avait juste pas le moindre foutu sens !

Et pourtant...

Il fallait qu'il essaie.

Pour ses parents, pour tout les pauvres malheureux qui souffraient à cause des actes de son oncle, parce que c'était la bonne chose à faire, pour rétablir la vérité, même si pour certains, celle-ci allait faire mal.

« Oui, je sais que c'est difficile à croire, mais... c'est la vérité, fit-il, tandis que Circé retranscrivait ses paroles pour Méduse.

- Est-ce que tu as des preuves de ce que tu avances ? Demanda Circé avec un ton froid et soupçonneux.

Il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça, à sa place, il aurait fait de même.

- Aucune. Seulement ma parole et ma bonne foi.

- C'est un peu maigre non ? Ironisa Circé. Et alors quoi, on est juste censées te croire, comme ça, sur parole ?

- Ça m'arrangerait beaucoup que vous le fassiez, oui...

Circé éclata tout bonnement de rire.

- Alors quoi, c'est tout ? Et tu espères qu'on te croira comme ça, sans plus d'informations ? Je ne sais pas moi... quelque chose qui prouverait effectivement que ce monde n'est pas le bon ?

- Le principe de la magie de la Tapisserie, lança Tempête avec froideur, c'est justement que toute trace du véritable monde a été complètement effacée ! C'est comme ça que ça marche.

- Et pourtant, toi tu te souviens de tout, dit Circé à Hercule, comment ?

- Hadès a décidé de me laisser me souvenir de tout pour me punir, il ne s'attendait visiblement pas à ce que je m'échappe. Et même ça ça risque de ne pas être suffisant.

- Est-ce que tu as des visions parfois ? Des rêves, des cauchemars, des choses qui te viennent à l'esprit et qui ne semblent pas être raccords avec ce que tu crois être vrai ?

- Non, répondit immédiatement Circé, beaucoup trop vite pour que cela ne semble pas être suspect.

Hercule leva un sourcil circonspect.

- Je crois que... je crois que moi, oui, dit Méduse en tournant ses yeux aveugles et fermés vers eux, se triturant les mains avec anxiété, des fois, je me souviens de quand j'avais mon apparence de gorgone, et mes yeux, et que... je pétrifiais parfois des gens quand j'étais sur mon île... Par accident, il suffisait que j'ouvre les yeux, que je les regarde, et puis... ils étaient changés en pierre. Sauf que... je ne me rappelle plus de cela, je ne me souviens pas avoir vécu cela.

- Et pourtant c'est arrivé... J'étais là, sur ton île, j'ai vu les statues... tu m'a même changé en pierre. Temporairement.

Une fois que Circé lui eut rapporté les paroles du héros, Méduse pâlit brusquement.

- Que... Quoi ? Mais comment... »

« Si seulement je pouvais avoir un ami qui n'ait pas un cœur de pierre... »

Elle se voyait elle-même, sur son île, seule, toute seule, parce qu'elle avait toujours été seule, uniquement entourée des statues de ceux qu'elle avait tués...

Elle se voyait parler avec un cyclope, alors qu'elle avait son apparence humaine, et qu'elle était dévorée par la culpabilité causée par son mensonge vis-à-vis d'Hercule, le fait qu'il n'avait aucune idée de sa véritable identité lui faisait tellement mal.

« Oh merci, tu es un ami !

- Hé hé, je t'en pris. »

Méduse se mit à trembler.

Quelque chose... quelque chose dans son esprit était en train de se réveiller, et elle ne savait pas ce que c'était exactement, mais elle était sure d'une chose.

Elle avait envie de le savoir.

Non, non, c'était plus fort que cela, elle en avait besoin.

Un air déterminé sur le visage, elle releva la tête.

« Il y a quelque chose qui cloche... Et j'ai envie de comprendre ce que c'est. Alors oui, je vous crois. »

Et Circé sut alors qu'elle n'avait plus le choix désormais.

Elle allait devoir les aider.

(Pas comme si elle avait mieux à faire de toute façon.)

Hors de question qu'elle laisse Méduse toute seule !

§§§§

Bon en fait, si, elle allait devoir le faire...

Mais c'était temporaire hein, seulement pour quelques jours, rien de plus, le temps qu'elle retourne sur son île pour récupérer son bâton magique.

Parce que, comme le lui avait judicieusement fait remarquer Hercule lui-même (qui savait déjà qu'elle était une sorcière avant qu'elle ne le mentionne – ce qu'elle n'avait pas fait en fait, par méfiance habituelle vis-à-vis des humains – ce qui signifiait soit qu'il s'y connaissait en magie – et elle en doutait – soit qu'il l'a connaissait déjà... Peut-être disait-il vrai alors. Peut-être cette histoire de fou était réelle), sans son bâton enchanté, sans aucun moyen d'utiliser sa magie, ils ne risquaient pas d'aller très loin, surtout qu'elle était la seule sorcière/créature magique de leur groupe.

(Méduse ne comptait pas, elle n'avait plus ses fameux yeux permettant de changer les gens en pierre, ce qui leur aurait été bien utile n'empêche...)

Elle avait menti aux membres de sa famille, leur avait dit qu'elle parcourait la Grèce afin d'en apprendre plus sur sa magie et ses pouvoirs chez d'autres sorciers et sorcières comme elle, et ils l'avaient crue.

Quand elle était revenue, et était tombée sur Méduse, son cœur s'était mis à battre plus fort.

Et elle n'était même pas surprise.

Voilà, elle était en train d'en tomber amoureuse, c'est ça ?

Enfin bon bref, peu importe, ce n'était pas pour ça qu'elle était là de toute façon, elle avait une mission à accomplir, qui lui avait été confiée par Hercule.

Certes, elle ne faisait toujours pas vraiment confiance au jeune homme, mais c'était plus son côté asocial qui ressortait qu'autre chose.

Il lui avait demandé d'essayer d'utiliser sa magie pour rendre sa vue à Méduse, virer les serpents morts de ses cheveux et si possible lui rendre également ses pouvoirs.

Le tout serait bien évidemment de faire en sorte qu'elle réussisse à les contrôler, bien sûr, pour que le simple fait d'ouvrir les yeux ne soit pas forcément une condamnation à mort pour celui ou celle qui voudrait la regarder dans les yeux.

Ce qui serait quant même un poil con si jamais la personne en question n'était pas l'un de leurs ennemis et que leur but n'était pas de le ou la tuer...

Enfin bref...

Ça avait marché d'ailleurs, et une fois cela fait, Circé avait mené Méduse jusqu'à un endroit du jardin de Tempête où il n'y avait ni rien ni personne et où elle pourrait sans crainte ouvrir les yeux, sans risquer de pétrifier qui que ce soit.

« C'est bon ! Fit Circé à son amie, tu peux ouvrir les yeux.

- Il n'y a personne d'autre ici à part moi, personne en face de moi, tu es sure ? Je ne risque pas de faire de mal à qui que ce soit ?

- Non ne t'en fais pas, je te l'assure, il y a seulement un arbre... Regarde le et... essaie d'éviter de le changer en pierre, d'accord ?

- Je vais faire mon possible...

- Je crois en toi Méduse, lui dit Circé.

La gorgone se tourna vers elle et lui sourit, et la sorcière sentit son cœur s'affoler de plus belle.

(Qu'est-ce que ça aurait été si la jeune femme l'avait regardée droit dans les yeux en lui souriant comme ça ?

Son cœur aurait sûrement lâché dans la seconde...)

- Merci Circé... de m'avoir libérée et de m'avoir rendu mes yeux. Je t'en serai éternellement reconnaissante.

Là, tout de suite, c'était Circé qui était réellement reconnaissante du fait que l'autre femme soit toujours aveugle, comme ça elle ne pouvait pas voir qu'elle était encore en train de rougir.

Ça commençait vraiment à devenir une mauvaise habitude...

- Je... je t'en pris, bafouilla-t-elle, tentant de rester la plus calme possible, maintenant, il ne te reste plus qu'à... qu'à ouvrir les yeux.

Oui, bravo pour avoir réussi à remarquer l'évidence et à l'énoncer à voir haute... Se fustigea-t-elle.

La gorgone lui sourit une dernière fois (est-ce qu'elle essayait de lui faire avoir une crise cardiaque à force ?) avant de se retourner et de finalement ouvrir les yeux pendant une demie-seconde.

Ce qui fut suffisant pour changer en pierre l'arbre juste devant elle...

Oups...

Bon, ben...

Elle allait avoir besoin d'un peu d'entraînement pour réussir à contrôler tout ça...

§§§§

Plusieurs jours s'écoulèrent ainsi, Circé, qui était la seule de leur petit groupe à avoir des pouvoirs magiques, entraînait la gorgone, l'aidant à mieux maîtriser ses pouvoirs, tandis que Tempête, elle, tentait d'entraîner Hercule pour le remettre en forme, tout en entraînant également les deux jeunes femmes.

Elles allaient très probablement en avoir besoin dans leur lutte future contre le tyran Hadès, et puis, toute compétence était bonne à prendre et à apprendre de toute façon.

C'était étrange, vraiment étrange hein mais...

Hercule avait peu à peu le sentiment d'avancer malgré tout les obstacles qui se mettaient en travers de son chemin.

Il avait de l'espoir pour l'avenir.

A suivre...