Chapitre 10 : On recrute !
Ce n'était que deux semaines plus tard que, pour la première fois, Méduse avait réussi à tenir environ deux minutes sans que ses pouvoirs de gorgone ne se manifestent à nouveau, changeant en pierre un autre arbre.
Mais, pendant cet intervalle de deux petites minutes, Circé eut l'opportunité d'apercevoir brièvement les deux yeux de la jeune femme.
Et elle avait pu découvrir que cette dernière avait les deux yeux noisette les plus beaux du monde.
« Tu as vraiment de jolis yeux, ne put-t-elle s'empêcher de dire et elle ressentit une certaine satisfaction en la voyant rougir.
- Oh, merci... je dois avouer que je n'y ai jamais fait attention, je n'ai jamais réellement pu le faire, que ce soit sous ma forme de gorgone, ou même sous ma forme humaine, je n'ai pas eu l'occasion de me regarder dans un miroir ou de voir mon apparence, soit parce que, si je m'étais regardée dans mon propre reflet, je me serais transformée instantanément en pierre, et après, hé bien... Achille m'a arraché les yeux, alors le problème était réglé.
Circé ne put s'empêcher de frissonner.
Elle savait que jamais elle n'oublierait ce moment où elle avait découvert la cécité de sa nouvelle amie.
Et elle se jura que plus jamais personne ne lui ferait le moindre mal.
C'était une promesse...
Puis, elle fronça les sourcils.
- Donc, en fait... tu ne sais pas à quoi tu ressembles ?
Les yeux de nouveau fermés, Méduse secoua la tête en signe de dénégation.
- Non, pas du tout...
- Jamais... vraiment jamais ? Tu ne t'es jamais vue de toute ta vie ?
- Non, jamais. »
Oh.
Ça c'était... plutôt triste.
Avant même qu'elle ait eu le temps de correctement réfléchir à une réponse acceptable, sa bouche fut plus rapide que son cerveau, et elle s'entendit dire :
« Je peux te dire à quoi tu ressembles si tu veux.
Le sourire de Méduse s'agrandit, et Circé pâlit brusquement.
Ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait dire.
Enfin... normalement.
Ou si...
Peut-être...
Sûrement.
- Je veux bien, oui... On m'a traitée de monstre toute ma vie de toute façon, alors je pense sincèrement que rien ne peut être pire... Alors, dis-moi, à quoi est-ce que je ressemble exactement ? »
Circé la contempla pendant quelques secondes, un peu incertaine de ce qu'elle allait lui dire exactement.
Tu... tu es magnifique.
Tout bonnement magnifique.
Tu es la plus belle femme que j'ai jamais vue.
Elle se mordit violemment la lèvre, et se força à se taire.
Les faits Circé bon sang, les faits, essaie de rester objective !
Facile à dire et difficile à faire dans ce genre de circonstances...
« Hé bien, tu... tu... tu... Elle prit une profonde inspiration, espérant que ça lui permettrait d'enfin arrêter de bégayer et de se rendre du même coup complètement ridicule face à son béguin. Tu as de longs cheveux bruns, de très jolis yeux noisette, et tu portes une très belle robe violette en ce moment.
Méduse fronça alors les sourcils, en une expression que Circé qualifia très rapidement dans sa tête de « terriblement adorable ».
- Alors... je suis jolie ?
Circé cligna des yeux, surprise.
Mais enfin, quelle question ?
Bien sûr que tu l'es !
- Hé bien... oui, tu es jolie Méduse ! Très jolie même, je pense que, une fois que toute cette histoire sera terminée, et qu'on retournera dans Athènes, tu vas faire tourner quelques têtes, tu as un joli visage, une jolie bouche, tu es très belle, tout simplement et... Et je pense que c'est le moment où je suis censée me taire avant de trop parler, comme d'habitude, pensa-t-elle. »
Fort heureusement (ou malheureusement, c'est selon...), Tempête vint les chercher toutes les deux pour l'entraînement avant que Méduse n'ait eu le temps de répondre quoi que ce soit.
Et si, suite à cette conversation, Circé avait les joues un peu rouges, hé bien, les autres eurent la délicatesse de ne pas le lui faire remarquer.
§§§§
Enfin, quelques jours après cette discussion, Méduse finit par pour de bon réussir définitivement à maîtriser son pouvoir de pétrification sans avoir besoin de fermer les yeux à un moment, elle ne risquait plus désormais de changer les gens en pierre, à moins d'en avoir réellement l'intention.
Et, pour la première fois de toute sa vie (ou du moins le croyait-elle) elle put se regarder elle-même sans avoir peur de se tuer.
Pour la première fois, elle put regarder quelqu'un droit dans les yeux sans avoir peur de le tuer.
Et ce fut très agréable.
Puis, elle sourit à Circé en la découvrant en chair et en os pour la première fois.
« Toi aussi tu es très jolie Circé, fit-elle avec un ton taquin, et elle se mit à sourire en la voyant soudainement rougir et balbutier, ainsi que perdre tout ses moyens. »
C'était... mignon, vraiment.
§§§§
Quand, quelques jours plus tard, Hercule et Tempête virent Méduse et Circé s'embrasser pour la première fois, ils ne furent à vrai dire pas vraiment surpris.
§§§§
Hercule savait déjà bien que ce n'était qu'une perte de temps que de retourner au cœur d'Athènes pour tenter de convaincre Cassandre qu'il lui disait la vérité.
Peut-être que ce fut justement à cause de cela qu'il le fit.
Parce que c'était inutile...
Et parce que, quoi qu'il en dise, quoi qu'il en pense, il n'avait de toute façon plus rien à perdre.
Il n'avait plus qu'à espérer qu'Hadès n'apprenne jamais ce qu'il était en train d'essayer de faire, ni le fait qu'il avait réussi à s'évader de sa prison dans le Tartare.
Dans le cas contraire, ce serait une véritable catastrophe, et ils seraient tous perdus.
Et retourner... retourner dans le Tartare, retourner aux Enfers, dans son Enfer personnel, non, c'était juste non, hors de question, plus ça, plus jamais !
Plutôt mourir que de devoir revivre ça...
Il préférait s'arracher le cœur lui-même plutôt que... qu'être renvoyé là-bas.
Jamais non, plus jamais il ne serait une nouvelle fois à la merci de son oncle maléfique, ça, il se le jurait.
Il réduirait en cendres les Enfers et l'Olympe lui-même avant d'accepter de laisser une telle chose se produire.
Et que les Dieux en soient damnés, mais il refusait de perdre encore une fois.
Il avait déjà perdu, tout perdu, trop perdu.
Et Cassandre n'en avait peut-être pas conscience, mais elle avait au moins autant à perdre que lui dans cette histoire.
Aussi, ce fut d'un pas décidé et volontaire que le jeune héros se rendit à pied (y aller à dos de Pégase aurait un peu trop attiré l'attention sur lui, et ce n'était pas ce qu'il voulait. En fait, ça aurait équivalu à se peindre une cible en rouge sur le torse et signifier à Hadès « Hey, salut tonton, je suis là ! Viens me chercher, j'essaie de monter une petite rébellion contre toi, ça va être fun ! » Ouais, niveau discrétion, on pouvait trouver mieux.) jusqu'au centre-ville d'Athènes, tout seul, Tempête étant actuellement occupée à rechercher Hélène, dont Hercule espérait pouvoir s'en faire une alliée.
Ils avaient été amis, après tout, avant qu'Hadès ne réécrive le monde, peut-être pouvaient-ils encore l'être, peut-être qu'elle pouvait les aider, peut-être qu'elle les croirait, elle ?
D'accord, elle ne se souvenait plus de Tempête, l'avait en vérité à peine côtoyée autrefois, mais elle ne se souvenait plus de Hercule non plus alors ils n'étaient plus à ça près honnêtement.
Et puis, il fallait bien commencer quelque part...
Ils avaient besoin du plus d'alliés possible, et, plus le nombre de personnes qui connaissait la vérité était élevé, plus leurs chances de gagner le devenaient également, et plus il lui serait possible de faire en sorte que le voile qui couvrait les yeux de tout le monde quant à la fausseté de ce monde perverti finisse enfin par se déchirer.
Ils avaient encore une chance.
Peut-être.
§§§§
Il n'avait pas pu lui parler, il n'avait même pas pu la voir à vrai dire, tellement il y avait de gens qui avaient envie de la voir, la foule était encore plus nombreuse que d'habitude, et de toute façon, il sentit assez rapidement qu'il n'était pas le bienvenu ici.
On se demande bien pourquoi...
Quand elle l'avait vu, Cassandre avait brusquement blanchi, et ses yeux s'étaient écarquillés de terreur, puis elle avait porté ses doigts à ses tempes, semblant souffrir soudainement d'une terrible migraine, et Hercule, en constatant cela, n'avait pu s'empêcher de sourire.
Pas parce qu'il lui faisait peur, mais plutôt parce que, apparemment, sa simple présence lui faisait mal, ce qui signifiait très probablement que, maintenant qu'il lui avait dit la vérité, quelque chose dans sa perception du monde avait commencé à changer.
Elle était une prophétesse après tout, elle avait forcément une certaine sensibilité vis-à-vis des événements passés et à venir, elle avait dû sentir le changement quand Hadès avait utilisé la Tapisserie.
Quelque chose en elle, aussi ténu cette voix puisse-t-elle être, devait être actuellement en train de lui hurler que quelque chose n'était définitivement pas normal.
Il avait eu beau lui effacer la mémoire, ça n'avait pas retiré sa perception au sujet de ce genre de chose.
Peut-être était-elle en train de douter de la réalité de son monde, en fin de compte...
Soit ça, soit elle avait juste la migraine...
Qui sait...
§§§§
C'était arrivé par accident.
Elle n'était même pas censée être là en fait, et lui non plus en vérité, à ce moment-là, elle était sur le point de retourner dans son atelier de sculpture (elle avait voulu passer voir Cassandre mais avait finalement renoncé en voyant la foule immense dans l'amphithéâtre) quand elle était tombée sur lui.
Littéralement.
Enfin, pas exactement, disons plutôt que le jeune héros, qui était reparti en direction de chez Tempête, quelque peu dépité après ce nouvel échec, ne regardant pas vraiment où il allait, tout comme elle, lui était rentré dedans, et ils étaient tout les deux tombés à la renverse.
Alors qu'Hercule reprenait petit à petit ses esprits, et tentait maladroitement de se relever, il se figea brusquement en entendant pour la première fois la voix de l'inconnue, et en réalisant qu'en réalité, il la connaissait déjà.
« Oh je suis désolée, vraiment, pardon, je suis tellement maladroite, c'est de ma faute, je ne regardais pas où j'allais, pardon, je suis navrée. »
Cette femme, c'était Galatée.
La jeune femme qu'Aphrodite avait créée pour lui, à l'époque où le monde tournait encore rond, et où il avait été stupide, tellement stupide en lui demandant que la personnalité de celle-ci se résume à une seule chose.
J'aimerais qu'elle soit complètement folle de moi.
MAIS QUEL CON !
Heureusement qu'il avait fini par comprendre de lui-même à quel point il avait été stupide, sinon cette histoire se serait de toute évidence très mal finie...
Enfin bref...
Il la regarda s'excuser, complètement mortifiée, et il se mit à sourire.
Un sourire teinté de tristesse cependant.
S'il y avait bien quelqu'un qui devait s'excuser, au vu de la situation actuelle, c'était bien lui, et non elle.
Tout était de sa faute, après tout...
Il n'avait pas su arrêter Hadès à temps, ne savait toujours pas comment faire concrètement pour tout réparer.
« Ce n'est rien, écrivit-il rapidement, ce n'est rien, vraiment, ne vous en faites pas, moi non plus, je ne regardais pas où j'allais.
- Oh ! Fit-elle un peu surprise en le voyant écrire et non parler, avant de sourire à son tour.
- Je me nomme Hercule, et vous quel est votre nom ?
Ça faisait mal, de lui mentir comme cela, à elle, qui était son amie, de faire comme si il ne la connaissait pas, mais il n'avait pas d'autre choix.
Elle l'avait oubliée.
Comme tout le monde.
Il aurait dû s'y habituer, à force...
- Je me nomme Galatée, et je suis sculptrice ici, à Athènes, depuis maintenant quelques années. »
Hercule sentit une bouffée de joie et de fierté teintée d'amertume en réalisant qu'elle était heureuse ici, dans cette réalité, et qu'il allait probablement devoir lui enlever tout ça.
Il lui sourit, la salua et décida de s'en aller.
La jeune femme fronça les sourcils, et resta figée pendant quelques secondes, presque persuadée de l'avoir déjà vu quelque part, sans parvenir à déterminer où exactement.
Et une voix qu'elle ne connaissait pas s'éleva alors dans sa tête.
Galatée, je suis désolé... Accepterais-tu de partager cette danse avec moi ?
Il y avait juste un tout petit problème.
Cette phrase, elle ne l'avait jamais entendue de sa vie.
Haussant les épaules, elle décida de ne plus y penser.
Si elle l'avait regardé plus attentivement, elle aurait vu qu'une larme avait roulé le long de la joue de cet homme qu'elle ne connaissait plus.
Hercule était désolé, sincèrement désolé de ne pas pouvoir faire plus pour réussir à ouvrir les yeux des autres, leur faire admettre la vérité.
Et soudain, il réalisa quelque chose.
Galatée et Cassandre avaient fini par devenir proches, très proches dans l'autre réalité, en fait, il était même certain que Cassandre en était finalement tombée amoureuse quelques semaines après le fameux bal d'Aphrodite (enfin, une fois que Galatée avait abandonné ses tendances meurtrières contre le demi-dieu une fois que la déesse lui avait donné une vraie personnalité, comme Hercule aurait dû le lui demander dès le début...), alors peut-être...
Peut-être que cela leur permettrait d'enfin avoir Cassandre de leur côté, si Galatée était du leur.
Il ne pouvait que l'espérer.
Hercule faillit se mettre à ricaner nerveusement.
Il avait l'impression qu'il n'avait plus que cela ces derniers temps, de l'espoir.
Ce n'était pas cela qui allait l'aider à gagner, ou même à avancer dans sa lutte contre Hadès.
Finalement de retour chez Tempête, il se figea encore en voyant apparaître devant lui quelqu'un qu'il n'avait pas vu depuis longtemps...
Oh !
Qu'est-ce qu'elle faisait là au juste ?
A suivre...
