Chapitre 11 : La rime est un jupon, et je m'amuse à la suivre.
Calliope, la muse de la poésie épique (rien que ça, excusez du peu...), se trouvait maintenant devant lui.
L'une de celles qui lui avait permis de s'évader du Tartare pour de bon.
Elle lui sourit.
« Bonjour Hercule.
- Bonjour Calliope, écrivit-il, je ne crois pas avoir eu la possibilité de vous remercier, vous et les autres Muses, pour ce que vous avez fait pour moi, me permettre d'échapper enfin à Hadès...
- Oh mais je t'en pris jeune héros, c'était un plaisir pour nous que de t'aider, apparemment, tu en avais bien besoin.
Le héros s'autorisa à sourire.
- Peut-être, mais... sans vous, je serais toujours un prisonnier, alors... merci... sincèrement. Dites-moi, je me demandais... je voudrais savoir...
Imperceptiblement, ses mains se mirent à trembler, et Calliope fronça les sourcils, légèrement inquiète.
- Hé bien quoi mon petit, qu'y a-t-il ?
- Est-ce que... est-ce que vous vous souvenez de la véritable réalité ? Lui demanda-t-il avec dans le regard une lueur d'espoir si désespérée que cela lui brisa le cœur.
- Je... non, avoua-t-elle, ni moi, ni aucune de mes sœurs nous ne nous souvenons de ce... ce monde dont tu me parles. Mais les Moires s'en souviennent, elles, semble-t-il, et nous leur faisons suffisamment confiance pour croire qu'elles disent la vérité, et que toi aussi.
Un air de déception apparut sur son visage, et il hocha la tête, résigné, un peu comme si il s'y attendait déjà.
- Très bien, je comprends. De toute façon, à part moi et Hadès tout le monde a oublié ce qu'il s'est passé, alors je suppose que je vais devoir me débrouiller avec ce que j'ai...
- Peut-être que, à mon échelle, je peux t'aider un tout petit peu.
- Comment cela ?
- Hadès, quand tu étais encore son prisonnier, t'a pris ta voix... Je peux te la rendre.
Hercule cligna des yeux à plusieurs reprises, stupéfait.
- Vrai... vraiment ?
- Oui, seulement... disons que ce ne sera pas aussi simple que cela non plus. Il risque d'y avoir quelques petites... complications. Fit-elle avec un air un peu contrit. »
Hercule la regarda avec un air suspicieux.
« Quoi ? Qu'est-ce que vous entendez exactement par « quelques petites complications » ? Qu'est-ce que cela veut dire ?
Calliope eut un sourire amusé.
- Ne t'en fais pas, rien de vraiment très grave, tout simplement... disons que tu seras... inspiré. Très inspiré. »
Hercule haussa un sourcil surpris et aussi un peu soupçonneux.
Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ?
§§§§
Il était l'heure de dîner lorsque Hercule retrouva Méduse, Circé et Tempête dans la maison de cette dernière.
« Alors, demanda Tempête à l'ancien dieu, est-ce que tu as pu voir Cassandre ?
- Non, il y avait trop de monde, en revanche j'ai croisé Galatée. En voyant l'air surpris sur le visage de ses amies, il ajouta. Une ancienne amie, avant... avant l'Effacement. (C'était le nom qu'ils avaient donné à ce qu'Hadès avait fait). Je pense qu'elle nous aidera peut-être, si j'arrive à la convaincre. Et qu'elle pourra peut-être nous aider à convaincre Cassandre de ce que nous avançons.
- Oh... Bien, très bien. Tant mieux alors, fit Méduse.
- Il y autre chose... La muse Calliope, elle... elle a réussi à me rendre ma voix.
- Alors dans ce cas-là, pourquoi continues-tu à écrire au lieu de nous parler ? Lui demanda Circé.
Il soupira.
- Je ne sais comment c'est arrivé,
Mais désormais je ne peux plus qu'en rimes m'exprimer !
La réaction de ses trois amies ne se fit pas attendre.
Elles éclatèrent immédiatement de rire.
Et Hercule, malgré sa mauvaise humeur quant à la « malédiction » qui était tombée sur lui, ne put s'empêcher de sourire un peu lui aussi.
En ces temps troublés, ils avaient tous besoin de rire un peu.
Malgré tout, il croisa les bras, un peu vexé.
- Ah oui je vois pourquoi tu... mais c'est génial ! S'écria Tempête, riant toujours. Donc ça veut dire que tu ne peux que parler comme cela désormais ?
- Oui j'en ai bien peur,
Et si je le pouvais je supprimerais cette contrariété sur l'heure !
De nouveaux rires, de nouveau sourires, l'oubli, pendant quelques précieuses secondes, de ce que leur monde était devenu, et malgré cette « complication », comme l'avait appelée Calliope, Hercule se surprit à vraiment sourire.
Pour la première fois depuis qu'Hadès s'était servi de la Tapisserie, il se sentait réellement, et pour de bon chez lui.
§§§§
Galatée était retournée voir Cassandre à plusieurs reprises, et à chaque fois qu'elle la voyait, oh, elle sentait son cœur bondir de joie dans sa poitrine.
Elle était définitivement amoureuse, tellement, tellement amoureuse d'elle que cela lui faisait presque mal.
Mais elle n'avait aucune chance avec elle, pas vrai ?
Elle n'était qu'une simple sculptrice, certes reconnue à Athènes, mais guère renommée non plus, alors que Cassandre était l'une des voyantes les plus reconnue, connue, aimée et admirée de toute la Grèce et du monde connu !
A se demander pourquoi elle n'avait toujours trouvé personne...
Galatée secoua la tête, tentant de se débarrasser de toutes ces pensées parasites.
Elle n'était pas là pour essayer de sortir avec Cassandre, seulement pour discuter avec son amie, comme elle le faisait déjà depuis le retour de celle-ci à Athènes, comme si les choses étaient redevenues comme avant que la voyante ne s'en aille au loin.
Dieux, comme elle lui avait manquée alors, et comme il était bon de parler avec elle à nouveau !
Oh, elle aurait bien aimé avoir plus, c'est vrai, mais si ce n'était pas le cas de Cassandre, hé bien, elle saurait apprécier ce qu'elle avait déjà.
C'était largement suffisant pour elle.
Elle saurait s'en contenter.
§§§§
Elle avait failli l'embrasser, avant l'Effacement.
Oh, Galatée n'aurait pas affirmé avec certitude qu'elle avait envie de le faire depuis le bal d'Aphrodite, ce moment où Aphrodite lui avait enfin donné une véritable personnalité, à vrai dire, à ce moment-là, elle découvrait encore tout ce nouveau monde pour elle qui n'était « née » que quelques jours plus tôt.
Elle avait encore du mal à savoir qui elle était à vrai dire, ou même ce qu'elle voulait.
Hercule, bien que parfois un peu (voire très à certains moments) stupide, était un garçon très gentil, et c'était avec joie qu'elle était devenue son amie après le bal, et elle s'était rapidement rendue compte que, une fois l'aspect « je suis folle de lui parce qu'une déesse m'a créée pour que je le sois » totalement effacé, hé bien, elle n'était définitivement pas attirée par le jeune héros.
Non, actuellement, c'était plutôt Cassandre la voyante qui l'intéressait.
Elle avait mis plusieurs semaines à le comprendre, et elle avait eu envie d'embrasser Cassandre à partir de là, elles étaient même allées à un autre bal ensemble « en amies » (n'importe qui était meilleur qu'Icare comme option pour Cassandre de toute façon, à part peut-être Adonis et Ajax) et...
Elle avait faillit l'embrasser, elle avait vraiment failli le faire.
Mais elle n'avait pas osé, n'avait pas su saisir sa chance.
Et quelques jours plus tard, Hadès avait modifié la Tapisserie du Destin à l'insu de presque tout le monde, et elle avait oublié.
§§§§
Galatée grimaça de douleur.
Cela faisait déjà quelques jours qu'elle avait ces flashs de souvenirs qui remontaient à la surface (depuis sa brève rencontre avec l'étrange jeune homme muet en fait), et elle ne comprenait toujours pas d'où ils pouvaient bien venir.
Elle ne se souvenait pas avoir vécu cela.
Tout comme elle ne se rappelait pas avoir vécu tout ces autres souvenirs qui envahissaient peu à peu sa tête, et ça la terrifiait.
D'où cela venait-il au juste ?
Qu'est-ce qui était en train de lui arriver ?
§§§§
En voyant Galatée arriver vers elle, Cassandre se mit à sourire.
Depuis quelques jours, elle avait des migraines persistantes, et le simple fait de la revoir apaisait un peu ses douleurs, sans qu'elle ne sache réellement comment ou pourquoi.
Galatée était son amie, l'un de ses premiers béguins aussi, si ce n'est son premier, et celui qui durait depuis le plus longtemps, parler avec elle était très agréable, rentrer à Athènes et la revoir, c'était comme enfin rentrer à la maison.
Elle était amoureuse d'elle, depuis longtemps, tellement longtemps, elle la trouvait mignonne depuis leur rencontre, même si durant le bal d'Aphrodite elle avait été plus qu'irritée qu'autre chose par la situation absurde qu'Hercule avait créée par sa propre stupidité, et...
Attendez une seconde...
Qu'est-ce que...
QUOI ?
D'où cette pensée lui venait-elle exactement ?
Quel bal, où, quand, comment ?
Imperceptiblement, elle sentit quelque chose se déchirer dans son esprit, et la douleur ressurgit alors, plus forte que jamais.
§§§§
Hercule, fils de Zeus et d'Héra, ancien dieu, actuellement demi-dieu et apprenti héros, étudiant au lycée Prométhée et âgé de seize ans, était officiellement le plus grand crétin de l'univers et de l'Antiquité toute entière.
(Oui, vous ne rêvez pas, devant Triton lui-même, même si il n'était en réalité pas si idiot que cela dans son épisode d'apparition, seulement absurdement maladroit, le pauvre... La faute aux scénaristes sans la moindre imagination.)
Ou tout du moins, c'était l'opinion de sa meilleure amie (quelqu'un a dit Icare ? Oh, j'ai dû mal entendre...), la prophétesse maudite Cassandre.
Elle le lui avait dit pourtant, elle lui avait dit et répété que c'était stupide que de demander une petite-amie à Aphrodite juste pour un stupide bal !
La preuve, elle, elle n'en avait pas de petite-amie, pour y aller, et elle s'en portait très bien !
Bon, d'accord, elle était globalement misanthrope contrairement à son ami, mais ça ne changeait pas grand-chose à la stupidité de ce qu'il avait fait.
Pas besoin d'avoir son don de voyance pour prévoir ou seulement savoir que ce serait un complet désastre.
Et ça l'avait été.
Levant les yeux au ciel, elle s'était contentée de regarder Hercule enfin faire appel à Aphrodite, et faire finalement le bon choix.
Qu'il avait été stupide, vraiment.
Dommage qu'elle soit définitivement nulle en interactions sociales...
Parce qu'elle était vraiment jolie cette Galatée, totalement son type de fille.
§§§§§
Ce n'était jamais arrivé.
Et pourtant, une part d'elle-même s'en souvenait.
Quelque chose...
Quelque chose d'étrange, de vraiment étrange était en train de se passer.
Et devant elle, Galatée s'était figée à son tour, comme semblant partager le même souvenir, la même scène, ce qui avait encore moins de sens, parce que cela ne s'était jamais produit !
Galatée, semblant encore perdue dans ses souvenirs, brusquement pâle désormais, déglutit avec difficulté, et osa enfin se lancer.
« Cassandre, dis-moi... est-ce que... est-ce que le nom de Hercule te dit quelque chose ? »
La voyante ferma les yeux et soupira, les poings serrés.
Elle eut alors la ferme conviction qu'elle n'allait définitivement pas aimer ce qui allait suivre.
Et elle avait peur, aussi.
Peur que son monde ne se déchire en mille morceaux.
§§§§
Il était tard, il faisait nuit, et Hercule n'arrivait pas à dormir.
Et apparemment, il n'était définitivement pas le seul, puisque, alors qu'il sortait dans le jardin de la maison de Tempête, il trouva la jeune amazone en train de s'entraîner à l'épée, toute seule.
Un peu comme d'ordinaire, en somme, et il se décida alors à faire de même, et à la rejoindre afin d'essayer de se remettre en forme.
Depuis maintenant plusieurs jours déjà qu'il s'entraînait avec la jeune femme, même s'il n'était pas redevenu aussi puissant et fort qu'à l'époque où il avait encore sa super-force, il se débrouillait quant même pas trop mal, l'entraînement de Phil avait beaucoup aidé, vraiment.
Aussi, cette fois-ci, il parvint à faire jeu égal avec la jeune femme pendant une bonne partie de la nuit.
Il était content qu'elle soit là, vraiment, il espérait sincèrement qu'à force de s'entraîner contre elle, il allait finir par s'écrouler de fatigue dans son lit, et ne pas faire de cauchemars, pas cette fois.
Depuis qu'il était enfin ressorti des Enfers et du Tartare (enfin, même avant à vrai dire), il faisait chaque nuit de terrible cauchemars en lien avec ce qu'il y avait vécu, ou à cause de sa culpabilité, ou par peur qu'Hadès réalise un jour qu'il s'était échappé.
Peut-être que, si jamais il était suffisamment fatigué, il ne ferait pas encore de cauchemar de ce genre...
Il savait déjà que ce serait peine perdu.
Il était amoureux d'elle, vraiment, ça datait de bien avant l'Effacement, depuis le temps qu'il la connaissait, c'est-à-dire plusieurs mois, il avait pu apprendre à la connaître, et constater à quel point elle était belle, forte, courageuse, drôle, un peu cynique et brutale parfois, mais à d'autres moments aussi gentille et amicale.
Se battre contre elle, surtout dans ces moments terribles, était véritablement réconfortant et revigorant, et lui permettait de ne pas penser au fait qu'il n'avait toujours aucune idée de comment tout arranger ou même d'où Hadès avait bien pu cacher la Tapisserie du Destin.
Oui, parce qu'il n'avait pas pu être assez stupide pour la laisser là où elle se trouvait avant qu'il ne change le monde, à savoir chez les Moires, qui étaient maintenant elles aussi les prisonnières du terrible dieu, comme il l'était encore quelques semaines plus tôt.
Mais, alors qu'il désarmait enfin Tempête pour la première fois depuis longtemps, il s'autorisa brièvement à ne plus y penser.
Il sourit à son béguin.
« On dirait bien votre majesté,
Que je ne suis pas aussi inapte que vous le pensiez ?
Elle éclata une nouvelle fois de rire.
- C'est définitif Hercule, j'adore quand tu me parles en vers comme ça, j'ai l'impression d'être face à un poète qui me récite des poèmes d'amour, je trouve ça plutôt mignon. »
Ah, la poésie !
Rahh !
Je n'ai que faire de ces vaines paroles, une amazone est faite pour l'action !
Un autre souvenir datant d'avant l'Effacement, sans doute...
Peu importe après tout, elle trouvait toujours cela joli.
Hercule faillit éclater de rire.
Oh, il n'avait jamais vraiment été doué pour la poésie, c'est un fait irréfutable (et n'essayez surtout pas de le réfuter, je sais que vous êtes en train de le faire.), ça n'avait jamais été son truc avant... avant que la muse ne lui rende sa voix... améliorée ?
Non, réellement pas.
L'habileté d'un héros... n'a d'égal que sa grande hardiesse.
L'agilité d'un héros... n'a d'égal que sa grande adresse.
Ouais, on pouvait franchement trouver mieux...
Calliope s'était bien foutue de sa gueule en lui offrant ce « don », même si ça parlait clairement d'une bonne intention.
Et en le voyant rougir, Tempête ne put s'empêcher de sourire, et de le trouver encore plus adorable.
Peut-être que ce fut justement cela qui la poussa à l'embrasser pour de bon.
Cela faisait déjà plusieurs jours qu'elle en avait envie, après tout.
Ce moment ne dura malheureusement pas suffisamment longtemps, puisque, seulement une ou deux minutes plus tard, ils furent interrompus par Circé, venue pour les prévenir que deux personnes venaient tout juste d'arriver.
Il s'agissait de Cassandre et Galatée...
A suivre...
