Chapitre 13 : A l'attaque !

Hélène et Paris avaient été étonnement faciles à convaincre.

En fait, il semblait étrangement simple désormais de réussir à faire voir au uns et aux autres que la réalité n'était pas telle qu'elle aurait dû l'être, surtout quand ils étaient en présence d'Hercule, très probablement parce que, si l'on exceptait la perte de sa super-force, il était l'un de ceux qui avait été le moins modifié par l'action de la Tapisserie.

Il était la preuve vivante que quelque chose n'allait pas dans ce monde.

Une autre chose plutôt satisfaisante de ce nouveau monde, était le fait qu'Hélène avait enfin et pour de bon cessé de sortir avec ce connard d'Adonis, et lui avait préféré Paris, qui était de toute évidence plus sympathique que le prince de Thrace (ce qui n'avait rien de bien compliqué...), et il espérait vraiment qu'une fois que les choses seraient revenues à la normale, tout ne redeviendrait pas forcément comme avant non plus.

Ça incluait bien évidemment les pouvoirs de voyante de Cassandre et le fait qu'elle soit crue par les autres.

Ainsi, après avoir finalement réussi à convaincre Cassandre de se joindre à eux, ils avaient pu constater que leur petit groupe de héros était désormais plutôt conséquent.

Tout d'abord, il y avait bien évidemment Hercule lui-même, ainsi que Tempête, Méduse et Circé, mais encore Hélène et Paris, et finalement Cassandre et Galatée, ce qui était déjà pas mal.

Et... oui, c'était tout, et c'était peu, mais il ne fallait pas oublier que, seulement quelques mois plus tôt, Hercule était encore tout seul et enfermé dans le Tartare, on pouvait donc voir qu'il y avait un certain progrès de ce côté-là.

Les Muses, quant à elles, préféraient ne plus intervenir et rester de côté afin de ne pas attirer l'attention d'Hadès sur elles et ne pas éveiller ses soupçons.

Et cela valait mieux, autant tout faire pour que le terrible roi des dieux ne se rende pas compte de ce qu'il était en train de se passer.

Plusieurs semaines s'écoulèrent alors, durant lesquelles les différents membres du petit groupe s'entraînèrent avec un certain acharnement au combat, et à la magie en ce qui concernait Méduse, Galatée et Circé.

Et au bout d'un moment, alors, ils se sentirent enfin prêts, et décidèrent de pour de bon lancer leur attaque.

Advienne que pourra...

§§§§

Attaquer l'Olympe à eux huit aurait clairement été du suicide, une inconscience terrible, ils n'étaient que des mortels, face à des dieux immortels et invincibles, non, ça aurait été stupide, ils auraient été réduits en miette en un instant, avant même d'avoir eu le temps de dire ouf, sans avoir réussi à blesser un seul des Olympiens.

Les Titans avaient essayé, autrefois, et ils avaient perdu.

Sans compter qu'Hercule n'avait pas la moindre envie de s'en prendre à sa famille, ça lui aurait déchiré le cœur de devoir se mesurer à sa mère ou à ses oncles et tantes ou frères et sœurs.

De plus, ce n'était pas son projet, il n'attaquait plus frontalement (non ça, c'était avant quand il avait assez de super-force pour se permettre de foncer dans le tas sans réfléchir), l'idée était tout simplement de prendre Hadès à son propre piège, et de mettre la main sur la Tapisserie, afin de remettre le monde à la normale.

Ou, au moins, de rendre la mémoire à tout le monde, pour confondre le monstre qui lui servait autrefois d'oncle...

Une fois que ce serait fait, ils pourraient enfin arrêter Hadès et il retrouverait sa famille.

Donc non, leur destination n'était certainement pas l'Olympe, mais rien de moins que les Enfers, et ce, pour une simple raison.

C'était le seul endroit possible et logique où la Tapisserie avait pu être dissimulée par Hadès une fois qu'il s'en était servi pour la dernière fois – puisqu'il n'avait pas pu la laisser là où les Moires étaient autrefois – tout d'abord parce que personne ne voulait s'y rendre de son plein gré, Zeus étant le seul dieu à s'y trouver, le seul être vivant tout court, puisque, ensuite, en dehors de lui, on n'y trouvait que les âmes des morts.

Il n'avait pu que la cacher ici.

C'était la seule chose qui faisait sens.

Ils iraient aux Enfers donc.

Et ils allaient sauver le monde.

L'échec n'était définitivement pas une option.

§§§§

Aller aux Enfers, ça, Hercule commençait un peu à y être habitué, à force...

Ça lui faisait mal au cœur, vraiment, d'imaginer son père forcé de vivre ici, et si Hadès n'avait pas été un tel enfoiré vis-à-vis de leur famille, peut-être aurait-il également ressentit de la peine pour lui qui avait subi le même sort pendant des siècles.

Oui mais...

Il pensa à sa mère, à son père, à tout ces pauvres gens qui souffraient depuis que la Tapisserie avait déchiré leur monde en mille morceaux, il pensa à ce qu'il avait lui-même subi et enduré pendant cinq ans dans le Tartare et toute la compassion qu'il aurait pu ressentir pour lui s'évanouit instantanément.

C'était Hadès qui avait commencé tout cela, et s'il voulait la guerre, hé bien...

Il l'aurait.

Retourner aux Enfers, même à plusieurs, ne fut pas si compliqué que cela en fin de compte, Hercule commençait réellement à en avoir l'habitude, à force, il avait compris et appris comment faire pour y aller sans se faire repérer par Charon ou par Peine ou Panique (et ces deux derniers n'y étaient plus, ce qui rendait tout cela encore plus facile).

Ce n'était pas entrer aux Enfers le problème de toute façon, ni même le fait d'en sortir, non, il s'agissait tout bonnement de trouver l'endroit où était cachée la Tapisserie elle-même.

Ils se rendirent compte très rapidement de plusieurs choses.

Déjà que, effectivement, la Tapisserie y était, et qu'elle était gardée par ni plus ni moins qu'Arachnée elle-même, ce qui ne surprit pas Hercule plus que cela, après tout, lors de leur deuxième tentative pour changer la Tapisserie, Icare était justement mort, tué par Arachnée qui était la gardienne de la Tapisserie avec les Moires (puis avait été ramené à la vie par Hercule, ce qui si vous voulez mon humble avis est une idée complètement stupide, mais bon, qu'est-ce que vous voulez...), il était assez logique qu'Hadès se soit resservi d'elle pour garder sa précieuse Tapisserie.

Ça allait être dur de l'affronter et de la détruire.

Et ensuite...

Zeus.

Zeus était là.

Ça aussi c'était tout sauf surprenant, mais une petite part d'Hercule avait vraiment et désespérément espéré que son père ne serait pas là ce jour-là, mais plutôt sur le Mont Olympe.

Au moins, ça leur aurait évité quelques complications.

Hercule regarda son père droit dans les yeux, qui ressemblait désormais si peu au père qu'il aimait, qui n'avait pas pu l'élever, tout comme Héra n'avait pas pu le faire non plus, ce dieu qui tenait à lui et tenait plus que tout à ce qu'il redevienne un dieu un jour, il le regarda, et dans ses yeux, il ne vit absolument rien.

Pas d'amour, pas de fierté, pas de tendresse, aucun signe qu'il le connaissait ou se souvenait de qui il était, qu'il se rappelait qu'il s'agissait de son fils.

Et Hercule sentit son cœur se briser en mille morceaux.

Alors quoi, ils y étaient c'est ça ?

Il allait devoir se battre contre son propre père ?

Oh par tout les dieux, c'était cruel, tellement cruel qu'on le force à faire ça, et pourtant, c'était le seul moyen !

Alors il serra les poings, serra les dents, et se lança dans la bataille, comme tout ses amis, et pria pour que son père finisse par se souvenir de lui.

§§§§

Il y avait des intrus aux Enfers, et ce n'était pas normal.

Zeus ne savait pas pourquoi ils étaient ici, la vérité, c'est qu'il n'y avait rien d'intéressant aux Enfers pour eux, eux qui étaient vivants, ils n'avaient absolument rien à faire là, alors pourquoi ?

Pourquoi étaient-ils venus ?

Il reconnut seulement l'un d'entre eux, le jeune homme condamné au Tartare par Hadès cinq ans plus tôt et... comment...

Comment avait-il pu s'échapper ?

Et soudain, en voyant quelques personnes du groupe s'approcher de la Tapisserie, il sut que c'était pour cela qu'ils étaient ici, et tout doutes qu'il aurait pu avoir s'évanouirent immédiatement.

Il fallait qu'il les arrête, personne n'avait le droit de se servir de cet artefact magique, on ne pouvait pas changer le destin !

(Oh, s'il avait su la vérité, si seulement il avait su !)

Il regarda le jeune homme et sentit pourtant quelque chose en lui se déchirer.

Et il ne comprit pas.

Il ne le connaissait même pas alors pourquoi...

Pourquoi avait-il aussi mal ?

Il laissa ses sentiments de côté, et commença à riposter, tentant malgré tout de ne pas les blesser.

Il n'était pas un tueur non plus que diable !

Malheureusement, il semblait qu'Arachnée ne possédait pas les mêmes scrupules que lui, et, quelques minutes plus tard, un hurlement d'horreur déchira l'air.

C'était la voix de Circé...

Et quand Hercule se retourna, il vit... il vit...

Oh !

Oh non, non, non, tout mais... tout mais pas ça !

Méduse gisait sur le sol, les yeux grands ouverts, et vides, vides, vides de vie, le corps transpercé de part en part par l'un de dards de l'araignée, qu'elle avait malgré tout eu le temps de métamorphoser en pierre juste avant de mourir.

Ça n'était pas supposé arriver.

Ça n'aurait pas dû se passer comme ça.

Personne n'aurait dû mourir.

Jamais il n'avait prévu de tuer et encore moins de sacrifier qui que ce soit.

Et il y avait du sang, tellement de sang, partout, le sol était maintenant recouvert de rouge, et tout le monde s'était figé stupéfait.

Puis Circé s'était remise à hurler, étreignant le corps sans vie de celle qu'elle avait appris à aimer.

Hercule regarda une nouvelle fois son père, le suppliant du regard de les laisser passer, s'emparer de la Tapisserie, espérant un sursaut de sa part, quelque chose, n'importe quoi, je t'en supplie, reconnais-moi, je suis ton fils, s'il te plaît, dis-moi que tu ne m'as pas complètement oublié !

Quelques secondes, graves, solennelles, terribles, s'écoulèrent alors, une attente qui ressemblait à de la torture, et Hercule espéra, espéra, espéra vraiment.

Mais de nouveau, rien du tout.

La magie de la Tapisserie était bien trop puissante.

Et, en voyant le nouveau dieu des enfers former une boule de feu dans ses mains, Hercule se résigna et courut en direction de Méduse et Circé, et se rapprocha enfin de la Tapisserie tant convoitée, uniquement pour constater que...

Qu'il n'y avait qu'une partie de la Tapisserie, et que les aiguilles manquaient.

Avant même qu'il ait eu le temps de se lamenter ou de réfléchir au pourquoi du comment, il sentit quelque chose le brûler dans son dos.

Apparemment son père s'était décidé à enfin l'attaquer, et cette réalisation lui fit avoir les larmes aux yeux, peut-être même plus que la boule de feu elle-même en fait.

Il s'écroula immédiatement, terrassé par la douleur, et quelques minutes plus tard, il sentit que Tempête l'avait mis sur son épaule, et il réalisa soudainement qu'il se trouvait maintenant sur Pégase, qui allait les évacuer tous des Enfers, les uns après les autres, tandis que Circé avait réussi à immobiliser Zeus avec sa magie pendant quelques minutes qui allaient leur permettre à tous de s'échapper des Enfers.

Ils avaient réussi à s'échapper, certes, mais à quel prix ?

Méduse était morte, et ils n'avaient pas pu avoir accès à la Tapisserie.

C'était un échec complet.

Et Hercule ne pouvait se dire qu'une seule chose.

C'était de sa faute.

Il les avait entraînés là-dedans après tout...

§§§§

Ils avaient perdu, personne ne pouvait nier cela.

« Zeus va rapporter ce qu'il s'est passé à Hadès, j'espère que vous en êtes tous conscient ? Lâcha Tempête, tout son corps animé par une seule chose, une unique émotion : la rage.

C'était la seule chose qui lui permettait de ne pas craquer, de ne pas s'écrouler.

Pas encore.

Pas avant qu'Hadès n'ait payé pour ses crimes, et pour la mort de Méduse.

- Qu'est-ce que ça change au juste ? Demanda Cassandre, retrouvant son cynisme d'autrefois. On n'a pas la Tapisserie avec nous, on ne peut rien faire contre lui...

- Voyons, il ne faut pas être défaitiste à ce point, tenta de dire Hélène, je suis sure... qu'on trouvera une solution pour tout arranger.

Circé la fusilla du regard.

- Méduse est morte ! S'exclama-t-elle, des sanglots dans la voix. Elle est morte et elle ne reviendra pas ! Elle est morte, pour de bon, et nous avons échoué ! Je n'appelle pas ça être défaitiste, moi, seulement réaliste.

- Tout espoir n'est pas envolé

Car avec la Tapisserie nous pourrons la ramener.

- Oui, sans doute, fit la sorcière, acerbe, le seul problème c'est qu'on a pas la Tapisserie.

- Elle est en deux parties, dit Galatée, où se trouve donc le reste de la Tapisserie si elle n'est pas aux Enfers ?

- Probablement en Olympe, déclara Paris, seuls les dieux peuvent s'y rendre normalement, si je devais cacher quelque chose d'important et de précieux, je choisirais soit les Enfers, soit le Mont Olympe.

- Alors le problème reste le même, soupira Cassandre, et c'est même encore pire, nous ne pouvons pas y aller, aucun de nous n'a de sang divin, si ce n'est Hercule, qui n'est normalement qu'un demi-dieu, et de toute façon, ça, tout le monde l'a oublié.

- Peut-être pourrions-nous y entrer,

En demandant audience à Hadès qui en tant que dieu des dieux ne pourra nous la refuser

Et alors là nous pourrons le confronter

Sur tout ses mensonges et toutes ses faussetés

Ainsi que toutes les choses qu'il a manigancées !

- Ça... ça pourrait marcher, admit Tempête. Ne pas attendre qu'Hadès nous attaque, et nous en prendre à lui sur son propre terrain... On peut toujours essayer, après tout... on a plus rien à perdre, non ?

- On va devoir prendre contact avec un des dieux avant cela, leur indiqua Circé, quelqu'un pour nous introduire dans le Mont Olympe... Quelqu'un a une idée ?

Hercule y réfléchit pendant quelques secondes.

Il se rappela de ce qu'Hadès avait fait à Athéna, et réalisa qu'elle ne pouvait pas être une option, pas cette fois.

- Athéna a vu sa personnalité être modifiée,

Je pense que c'est Aphrodite qu'il nous faut appeler. »

Comme l'avait si bien souligné Tempête, ils n'avaient absolument plus rien à perdre.

§§§§

Hadès ne se souvenait pas avoir jamais été aussi en colère.

Son frère venait à peine de l'informer de « l'incident » qui s'était déroulé aux Enfers et il était tout bonnement furieux.

« Peine ! Panique ! Rugit-il en appelant ses deux sbires

- Euh... quoi donc votre atrocité ? Demanda Peine avec de la peur dans le regard.

- J'ai entendu aujourd'hui mon frère me dire une chose bien étrange... Qu'il avait combattu un groupe de jeunes mortels décidés à s'emparer de la Tapisserie du Destin... et il se trouve que l'un d'entre eux ressemblait à Hercule... celui-là même que vous êtes supposés garder en prison depuis cinq ans !

Si Hadès avait encore eu son ancienne apparence, on aurait pu voir des flammes se dégager de ses cheveux.

- Hé bien nous, nous... balbutia Panique.

- Oui ? Hé bien, j'attends...

- Nous... nous pensions que, enfin que... Que le Tartare serait suffisant pour le garder prisonnier pour toujours... »

Hadès leva les yeux au ciel.

« Bande d'incapables ! »

Une chance pour lui que Zeus lui soit totalement loyal, sans cela, jamais il n'aurait été mis au courant de ce qu'il venait de se passer.

Il n'était pas vraiment inquiet dans le fond, son emprise sur ce monde était total, ce n'était pas son freluquet de neveu qui allait tout chambouler d'un seul coup...

Encore que...

Le simple fait qu'il soit encore libre était un problème.

Hercule aurait dû rester prisonnier pour toujours, pas réussir à s'évader du jour au lendemain sans qu'il en ait la moindre connaissance !

Il pensa brièvement à utiliser une nouvelle fois la Tapisserie afin de se débarrasser de ce petit... problème, avant de se rappeler qu'il n'avait plus la possibilité de le faire.

Peu importe.

Il avait déjà gagné de toute façon.

Hercule n'avait aucun moyen de mettre la main sur les deux parties de la Tapisserie, il en était sûr et certain.

Mais d'un autre côté, beaucoup de ses certitudes avaient été balayées en seulement quelques heures.

Il n'aurait pas dû être aussi confiant...

C'était ce qui allait causer sa perte.

§§§§

Ils étaient sur le Mont Olympe.

Hadès ne comprenait pas ce que ces mortels faisaient ici, mais il savait une seule chose, c'est qu'ils n'avaient absolument rien à faire là.

Et surtout, comment... comment avaient-ils bien pu entrer ?

Le roi des dieux, bien conscient du fait qu'il devait agir au plus vite afin de reprendre les choses en main, reprendre le contrôle tout court, avait décidé d'organiser une réunion extraordinaire entre tout les dieux du panthéon, afin de discuter de ce qu'il s'était passé quelques heures plus tôt aux Enfers, mais il ne s'attendait clairement pas à ce que les intrus se trouvent là eux aussi.

Si ils avaient été enchaînés, l'immortel se serait dit qu'ils avaient été appréhendés par l'un des autres dieux, peut-être même par Zeus lui-même, après tout, c'était bien lui qui les avait vus aux Enfers, il était le seul à pouvoir les reconnaître, en dehors d'Hadès, enfin, si l'on exceptait Hercule bien sûr.

Mais...

Ils étaient libres, ne semblaient pas le moins du monde être effrayés, avaient l'air d'être venus ici de leur plein gré (une véritable aberration en soit) et Hercule était en train de le regarder avec un air narquois qui ne lui plut absolument pas.

Il avait le sentiment que son neveu avait reprit du poil de la bête, et il n'aimait pas ça, pas du tout.

Il ne laissa pourtant rien paraître de son trouble, et lança uniquement un regard noir à l'assistance.

« Pourrais-je savoir ce que ces... ce que ces mortels font ici ? Qui leur a permis d'entrer ?

- C'est moi ! Tonna une voix que le dieu ne s'attendait certainement pas à entendre dans ces circonstances.

Celle d'Aphrodite, la déesse de l'amour, la dernière qu'il aurait pu imaginer organiser une chose pareille.

À croire qu'il n'aurait pas dû la sous-estimer...

- Et... pourquoi as-tu fait cela, ma très chère Aphrodite ?

- Parce qu'ils me l'ont demandé, bien évidemment ! »

Il fronça les sourcils.

Son regard...

Il y avait quelque chose dans ses yeux, une lueur, qui ne s'y trouvait pas avant et qu'il n'aurait pas dû y avoir.

Il ne savait pas ce qu'il s'était passé durant ces dernières heures, mais quelque chose avait changé en elle.

Et en effet, lorsqu'elle avait été convoquée par les huit (enfin sept désormais, maintenant que Méduse... maintenant qu'elle n'était plus... plus là), donc par les sept mortels pour qu'elle leur accorde leur aide, elle avait au début pensé à ne pas le faire.

Et puis, elle en avait reconnu certains, et des flashs de souvenirs qui n'auraient pas dû se trouver dans sa tête lui étaient finalement revenus.

Sur le jeune homme autrefois muet et qui s'exprimait désormais en rime (elle en aurait ri, dans d'autres circonstances), et elle entendit sa propre voix déclarant « Hey dis donc, tu ne serais pas le fils de Zeus toi par hasard ? » (non sens complet, Zeus n'avait pas de fils.).

Puis elle regarda la voyante, et une voix inconnue résonna à ses oreilles, « Comme dans ma vision », puis la sculptrice et ce fut sa propre voix qui lui revint en mémoire « Très bien, voilà la cavalière de tes rêves ! », et finalement, la jeune femme morte qui se trouvait allongée non loin, et c'était sa voix qui disait « Oh j'aurais dû faire appel à toi il y a longtemps », n'est-ce pas ?

Et elle avait su...

Elle avait compris, à cet instant précis que quelque chose n'allait pas, ce qui n'allait pas précisément.

Elle avait perdu la mémoire.

Et d'après ces personnes, c'était Hadès le responsable.

Les contours du monde étaient en train de se fissurer, de se craqueler, il ne tenait qu'à eux de tout faire pour le faire finalement exploser.

Et elle était prête à le faire.

§§§§

Aphrodite défia du regard celui qui osait se prétendre son roi.

Il avait osé modifier celle qu'elle aimait plus que tout au monde, il allait voir qu'on ne s'en prenait pas impunément à ceux qu'elle aimait.

« Soit, soit, soit... fit Hadès en gardant son calme. Et pourquoi l'avoir fait sans m'en parler ?

- Depuis quand sommes-nous censés te rendre des comptes au sujet du moindre de nos faits et gestes ? Siffla Aphrodite, acerbe et aussi quelque peu agacée.

Il cligna des yeux, guère habitué à ce qu'on lui réponde.

- Hé bien... je suis votre roi ! Sans compter que ce que tu oublies, ma chère, c'est que ces... ces individus ont été surpris aujourd'hui, il y a seulement quelques heures, à pénétrer par effraction aux Enfers, et ont tenté de s'emparer de la Tapisserie du Destin ! Niez-vous cela, oserez-vous le faire ?

- Nous ne nions absolument rien du tout ! Lui rétorqua Tempête, ayant récupéré toute sa fierté d'Amazone d'antant. Nous avons effectivement tenté de prendre cet objet, mais pour de bonnes raisons.

- Ah oui ? Et lesquelles ?

- Afin de te détrôner,

Et réparer l'harmonie de ce monde que tu as brisée !

- Oh te voilà maintenant poète jeune homme ? Ironisa le dieu.

- Ma voix tu m'as cruellement ôtée,

Du Tartare dans lequel tu m'as jeté

J'ai dû m'échapper

Tout seul je me suis débrouillé

Par les Moires et les Muses j'ai été aidé

Et grâce à la muse Calliope, me voilà maintenant inspiré !

- Vous avez dérobé la Tapisserie du Destin aux Moires, l'accusa alors Cassandre, vous l'avez ensuite utilisée, et vous l'avez modifiée pour votre propre profit, vous vous êtes approprié une place qui n'était pas la votre !

- Oh ma chère Cassandre, comment peux-tu... quelle ingrate tu fais ma pauvre enfant ! Je t'ai permis d'exploiter ton don, je pourrais tout aussi bien te reprendre ce que je t'ai donné...

- Faites le si vous le voulez, majesté, cracha-t-elle, je m'en moque bien. Je préfère un monde où je ne suis crue de personne qu'un monde où le mensonge règne en maître... »

Les autres dieux regardèrent cette conversation avec incrédulité.

Un fort sentiment d'irréalité les avait actuellement tous envahis.

Ils regardèrent Hadès, et il leur sembla que... que la réalité venait tout juste de se renverser.

Quelque chose clochait, non ?

Puis, tout bascula en seulement quelques secondes, et, sans que qui que ce soit ne s'y attende, les Muses surgirent sur le Mont Olympe, accompagnées des Moires, et ayant les deux parties de la Tapisserie dans les mains.

Les héros avaient envoyé Aphrodite pour les faire s'évader, et pour leur permettre d'aller là où la Tapisserie se trouvait, occupant Hadès pour qu'il ne s'aperçoive de rien.

Alors, Hercule se retrouva de nouveau face à la Tapisserie du Destin, les aiguilles dans les mains, bien décidé à enfin changer les choses.

Quelques coups par ci, quelques coups par là, rendre la mémoire à tout le monde, faire revenir Méduse à la vie, révéler au grand jour enfin les mensonges d'Hadès, voilà tout ce qu'il avait besoin de faire.

Et, soudainement, toute l'illusion fut alors enfin dissipée pour de bon...

A suivre...