Contexte : Pour ce qui est du contexte, cette histoire se passe juste après notre mémorable cuite ; nous avions (un peu) abusé de la bouteille, et prit la fuite après qu'Harlock nous soit tombé dessus. Ayant pris Tadashi, jeune mousse martyrisé de son état, en otage, nous nous étions enfuies en fracassant une porte étanche à coups de lasers (Harlock n'en peut vraiment plus de nous, je vous assure), et avions vogué au gré des courants spatiaux à une vitesse de croisière bien supérieure aux limitations indiquées par le Code de la Route spatial, jusqu'à être arrêtées par le Karyu qui passait par là. Quand Harlock nous récupéra, la punition tomba comme un couperet : privation d'alcool jusqu'à nouvel ordre. Cependant, soyez certains que nous n'allons pas nous laisser faire sans broncher ...
De l'épique à l'échec
Suite des évènements
22 janvier 2018
L'Arcadia avait rarement été aussi calme. Ce qui était très étrange d'ailleurs. Claire et Elyse venaient d'être punies d'alcool quelques heures auparavant, et s'étaient cloîtrés dans leurs cabines respectives. Si l'une grattait sur son violon, l'autre était bien silencieuse. Elles étaient très fâchées d'être privées de binouze jusqu'à nouvel ordre, et vivaient très mal la punition - en application effective depuis exactement six minutes trente-huit secondes et neufs centièmes, au moment où elles trouvèrent une idée de vengeance.
Harlock se baladait dans un couloir de son vaisseau, plus précisément dans le segment B-9. Il était fatigué, mais luttait contre l'épuisement. Ses deux pupilles s'étaient enfuies à bord d'un Space-Wolf moins de vingt-deux heures avant ce moment, où il faisait un tour d'inspection dans son bâtiment. Le stress de cette disparition l'angoissait encore, et il n'osait pas les quitter des yeux une seule seconde pour l'instant. Il était tout aussi en colère que ses filles, pour d'autres raisons certes, mais il avait de bonnes justifications - ses gamines venaient quand-même d'envoyer une porte voler en éclats dans l'espace, puis s'étaient enfuies sur un vaisseau ennemi. Un bâtiment neutre, pourquoi pas, mais chez l'ennemi ! Certes, il ne définissait pas le Karyu comme fondamentalement du côté adverse puisque son amie d'enfance y accomplissait son service, (et que Zéro n'était pas un mauvais bougre en soi) mais ce n'était pas une raison valable !
Le Capitaine s'était mis dans une telle colère que son commandant en second avait bien failli lui balancer un seau d'eau gelée au visage. Il avait dit des choses atroces, qu'il regrettait maintenant, mais il ne l'avouerait pour rien au monde. Quand il avait appris que ses gamines, ses petites filles s'étaient torchées la gueule dans son bureau, le pirate était tout de suite allé voir ce qu'il se passait dans ses quartiers. Il les avait grondées, mais les deux ados s'étaient enfuies en courant, avaient provoqué une réaction au dichlore dans un couloir – ce qui l'avait d'ailleurs bien endommagé – puis avaient échappé à sa poursuite, pris le mousse en otage, et s'étaient envolées en fracassant une porte blindée à coup de lasers. Le pirate balafré, quand il avait reçu un coup de fil du capitaine du Karyu l'informant qu'Elyse et Claire étaient à bord de son bâtiment, avait clairement fait comprendre à Zéro qu'il ne voulait plus les voir. Mais en père – adoptif – surprotecteur qu'il était, Harlock avait fini par s'inquiéter. Elles étaient loin d'être sobres quand elles avaient fait leurs bêtises, et ses deux pupilles seraient probablement choquées d'avoir fait de tels dégâts.
Cependant, l'angoisse et la rage lui avaient malgré tout coupé l'appétit et le sommeil. Il effectuait donc une énième ronde dans le vaisseau. Mais il trouvait l'Arcadia étrangement placide, à croire que tous dormaient. Quelque chose clochait. Pourtant, le ronronnement incessant des moteurs signalait que tout fonctionnait pour le mieux – et ça c'était rare.
Le pirate se décida à aller du côté de la cabine des filles. Il frappa à la porte de Claire. Personne ne lui répondit. Il entra. La chambre était vide. Inquiet, le pirate traversa le couloir d'un pas vif, et entra dans la chambre d'Elyse. Personne non plus.
Où étaient-elles ?
De l'autre côté de l'Arcadia, Claire et Elyse étaient dissimulées dans un placard, et attendaient patiemment de pouvoir coincer une certaine Nibelung. Cette dernière jouait de la harpe dans sa cabine, et le placard était une position certes étroite mais tactique, pour prendre leur camarade par surprise. Mais si Miimé ne se décidait pas rapidement à sortir de la pièce, les deux ados allaient bientôt mourir étouffées dans ce petit placard. Surtout que la colonne d'eau passait dans le fond du cagibi, et que c'était assez inconfortable. Très inconfortable pour être honnête. Mais par l'interstice de la porte laissée entrouverte, Claire aperçu Tori qui passait dans le couloir en se dandinant.
- Tori ! l'appela-t-elle à voix basse.
L'oiseau tourna la tête vers le placard, mais ne vit pas qui l'appelait.
- Elyse, y'a des gâteaux dans ma poche, vite !
- J'ai plus de sang dans le bras !
La jeune fille – écrasa son amie – dégagea son bras, et récupéra le paquet de biscuits. Claire en sortit un du sachet, et entrouvrit plus la porte. Tendant le gâteau au cormoran, la jeune fille s'apprêtait à le lancer dans la chambre de Miimé, pour que l'oiseau aille la dégager vite fait bien fait de son fauteuil. Tori s'approcha, intéressé. Quand il fut suffisamment près, Claire jeta le biscuit vers la harpe de la Nibelung. Le cormoran se précipita dans la salle, et battit des ailes pour attraper le gâteau, qui avait eu le malheur d'atterrir sur les genoux de la femme aux yeux jaunes. L'oiseau imita le biscuit, et Miimé eut du mal à se débarrasser du cormoran d'un coup trop affectueux. Elle y parvint enfin quand elle réalisa que ce n'était pas elle qui intéressait l'oiseau, mais le sablé sur ses genoux. Miimé ceintura Tori, et sortit de sa cabine pour le jeter dehors telle une vieille loque plumeuse. À l'instant où elle posait un pied sur le pallier, les filles bondirent de leur placard et se ruèrent vers sa harpe.
- Qu'est-ce ...
- La clef de la cave contre ta harpe !
- Sortez de là, j'appelle Harlock !
- Tu fais ça, on te la renvoie en mikado !
La Nibelung risquait de s'énerver d'une minute à l'autre, mais restait encore indécise quant à ce qu'elle allait faire.
Les filles ne voulaient pas vraiment boire de nouveau – enfin, pas tout de suite – après leurs récentes mésaventures sur le Karyu. Elles avaient surtout mal digéré la punition, et une idée de basse vengeance à jouer à leur tuteur et pirate en chef de l'Arcadia était née dans leurs têtes, nécessitant les clefs de ladite cave.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ! tonna une voix au bout du couloir, alertée par les éclats vocaux s'échappant de la cabine de la Nibelung.
- Bordel, voilà le borgne ! jura Claire.
- Replis !
Les deux adolescentes lâchèrent la harpe, et passèrent en trombe devant Miimé, qui n'eut pas le temps de les attraper, pour les dénoncer au capitaine. Cependant, ce dernier eut un réflexe assez vif, et ceintura Elyse avant qu'elles n'aient le temps de s'enfuir.
- Claire ! s'écria Harlock, sur un ton ne donnant pas lieu aux tergiversations.
La jeune fille se tourna, ralentissant sa course. Elle revint sur ses pas, s'approchant du pirate en colère. La rouste, au moins verbale, qu'elles allaient recevoir serait mémorable. A moins que ...
Claire attrapa un gâteau dans sa poche, et siffla, attirant l'attention d'un certain cormoran. Brandissant le biscuit devant elle, la jeune fille lança le sablé à sa comparse, encore bloquée dans les bras de son tuteur, qui l'attrapa au vol. L'oiseau s'envola, voulant manger le gâteau. Elyse agita le biscuit sous le bec de Tori, puis le glissa dans le col de la cape du plus grand pirate de la galaxie. L'oiseau plana jusqu'à l'accueillante épaule du pirate, et plongea son bec dans le col du grand tissu noir et rouge. Harlock gesticula pitoyablement pour essayer de dégager cet oiseau stupide hérité à la mort de Tochirô – en vain. Ce vaisseau était devenu une vraie animalerie : un chat-pardeur, un cormoran bizarroïde, ... Pourquoi pas des lapins capillarophages tant qu'on y était ?
Mais en dehors de ces considérations, Harlock luttait désespérément contre l'oiseau un peu trop entreprenant, gesticulant comme un possédé. Si les héros étaient généralement reconnus pour leur physique, c'était la palme du corps de lâche qu'avait obtenue le Capitaine bien longtemps auparavant. Miimé était trop hilare pour l'aider, regrettant de ne pas avoir d'appareil photo. Il avait lâché Elyse – il avait beau être le plus grand pirate de l'univers, il n'avait que deux bras – qui s'était enfuie à grands pas.
Leur plan pour remplacer les bouteilles du capitaine par de la grenadine était malheureusement avorté, mais ce qui venait de se passer le valait largement.
Quand Harlock parvint à retirer sa cape, et par conséquent, le stupide oiseau qui allait avec, les filles avaient disparu.
Il ne les retrouverait vraisemblablement pas avant un moment. Il les connaissait, les adolescentes allaient se terrer dans les cales, loin de sa vue colérique pendant longtemps.
Elles avaient des réserves de nourriture prévues pour subsister plus de huit jours selon les endroits.
Et heureusement, car elles en auraient besoin.
