Chronologie : Harlock et Tochirô ont adopté deux petites filles dont ils avaient détruit l'orphelinat. Elles semblent s'être bien acclimatées à la vie de pirate ("à bord d'une frégate, c'est la plus belle des vies", comme on disait chez le Capitaine Crochet) et font désormais d'autres découvertes.

L'alcool en est une.

Bonne lecture ^^-


Un conte de Noël

Qui a dit qu'on ne pouvait pas fêter Noël à la plage ?

21 décembre 2019 (posté en 2022 ... Je l'avais oublié, oups ^^)


Le Death Shadow s'était posé sur l'Île de l'Ombre de la Mort. Ils avaient désespérément besoin de vacances, et on s'était rendu compte qu'une date précise approchait à grands pas. Si la plupart des membres de l'équipage étaient athés, et qu'on le faisait rarement, il avait été décidé que cette année, on fêterait Noël. Les filles voyaient vaguement ce dont il s'agissait : à l'orphelinat, ça leur était arrivé de célébrer Noël, une fois par an. Mais elles n'auraient pu expliquer ce dont il s'agissait exactement, et elles se rappelaient seulement qu'on leur offrait des fruits. Elles n'avaient ainsi jamais cru au Père Noël, ce dont Tochirô s'était rendu compte.

La question s'était posée, pour savoir si l'on devait le leur expliquer pour ensuite jouer le jeu, mais Harlock n'avait très clairement pas la tête à ça à ce moment précis. Les deux pirates s'étaient tout de même mis d'accord sur le fait que leurs cadeaux resteraient une surprise, et s'étaient débrouillés pour passer leurs commandes à droite à gauche.

Autre petit détail : ils avaient signifié à leurs camarades qu'ils passeraient volontiers les fêtes ensemble (surtout que le petit ingénieur avait plus que hâte de revoir sa belle), et il était prévu qu'ils se retrouvent tous sur l'Île de l'Ombre de la Mort pour le 24 décembre.

Harlock avait râlé quand Tochirô lui avait annoncé qu'Aiko et Zéro seraient là : si le pirate n'avait absolument rien contre l'idée que son amie d'enfance soit présente, il ne comprenait pas pourquoi Zéro devait être, lui aussi, de la partie.

- Il est hors de question qu'un militaire vienne sur notre île, est-ce que je suis clair ?

- Harlock, tu l'as missionné toi-même pour qu'il te ramène du vin, à ton avis, tes bouteilles sont-elles en capacité de s'amener elles-mêmes jusqu'ici ?

- J'ai mandaté Aiko, y'a une nuance !

- Et vu tout ce qu'on lui a demandé de prendre – notamment les cadeaux des filles, elle ne pourra pas tout amener seule. On leur bandera les yeux pendant le trajet, promis.

Le balafré grogna quelques injures, puis finit par lui faire promettre au moins quatre fois de suite d'empêcher Zéro de retrouver le trajet qu'ils effectueraient quelques jours plus tard.

Non mais, un capitaine de l'armée terrienne sur une île aux pirates, et puis quoi encore ?


Les filles avaient couru sur la plage, et s'étaient arrêtées devant la mer. Elles n'avaient jamais vu autant d'eau de toute leur vie, et restèrent béates devant la beauté paradisiaque bâtie par Tochirô.

Celui-ci était parti avec une navette, et laissait donc à Harlock la tâche de surveiller les filles. Le Capitaine, s'il n'aimait pas vraiment jouer les gardes d'enfants, préférait néanmoins largement son sort que de devoir traverser toute la Voie Lactée pour aller chercher deux militaires qui s'étaient incrustés à leur fête de Noël.

- Harlock, qu'est-ce que c'est ? le ramena soudain la petite voix de Claire, qui s'était mise à tirer doucement sur sa cape, très impressionnée par la mer devant elle.

- C'est la mer. Vous ne craigniez rien, vous pouvez aller dans l'eau.

- Mais …

Elle s'arrêta, saisie d'une soudaine curiosité. Avec Elyse, elles retirèrent leurs chaussures, et s'approchèrent de l'eau, mais reculèrent d'un coup quand une vague revint pousser le liquide transparent vers elles. Puis elles retournèrent vers le pirate, et se cachèrent derrière lui.

- Mais qu'est-ce que vous faites enfin ?

- Harlock … tu veux pas venir avec nous ?

- Vous êtes grandes, y'a pas de raison d'avoir peur voyons …

- S'il te plaît …

Peiné de les voir si effrayées par la mer, le pirate s'assit dans le sable, retira ses bottes et remonta les ourlets de son pantalon pour ne pas le mouiller. Voyant que les filles ne l'avaient pas fait, il fit de même avec les jambes de leurs vêtements, même s'il se doutait bien que dix minutes seulement après qu'elles aient mis le pied dans l'eau, elles seraient intégralement trempées.

Il leur adressa un sourire rassurant, puis détacha sa cape, pour ne pas l'abimer, et la plia à côté de ses bottes. Posant une main sur leurs cheveux, ils s'approchèrent tous les trois de la mer.

Peu rassurées, les filles lui prirent la main. Remarquant qu'elles n'avanceraient plus tant qu'il ne leur aurait pas prouvé que c'était sans danger, le pirate avança et un frisson lui remonta l'échine quand il enfonça ses pieds dans l'eau qui était tout de même un peu plus froide que sa peau. Mais ce n'était pas désagréable. Les filles avancèrent prudemment d'un pas, puis, réalisant que ce n'était pas dangereux, et même plutôt amusant, elles rejoignirent Harlock.

- Ah ! C'est quoi ? s'écria Elyse en voyant une forme bouger dans l'eau claire.

- C'est un poisson, tout va bien, soupira Harlock.

Bon sang, si leurs gamines avaient peur de l'eau, ça leur faisait une belle jambe en tant que marins, à Tochirô et lui.

- Il est où Tochirô ?

- Il est parti chercher des amis. On vous a dit qu'on faisait la fête ce soir ?


En parlant de fête, cela était loin de l'être dans la navette du petit ingénieur. Il leur avait demandé de mettre ces fichus bandeaux pour qu'ils ne puissent pas deviner où se trouvait l'Île de l'Ombre de la Mort, et les deux militaires n'en étaient pas ravi.

- Non mais sérieux, Tochirô ! plaida Aiko. Je peux comprendre l'idée, mais vous ne nous faites pas confiance ?

- Ce sont les ordres d'Harlock, et il va me pourrir sur les dix prochaines années si je ne les applique pas, donc mettez ces masques, qu'on en finisse.

- Depuis quand tu appliques les ordres du balafré ? demanda Zéro, relativement amusé par la situation.

Le militaire comprenait qu'on pouvait ne pas lui faire confiance : après tout, il était leur ennemi, sur le papier. Pour Aiko, en revanche …

- Ça, ça me regarde, marmonna Tochirô. Bon, Aiko, met ce masque, on arrive bientôt, allez.

De mauvaise grâce, la jeune femme s'exécuta, traitant intérieurement son ami de rabat-joie.

- Je te jure que je m'en rappellerais, de la confiance que vous m'accordez avec Frankenstein …

- Qui ça ? s'étonna Zéro.

- Harlock !

Tochirô rit en enclenchant le warp. Il fallait absolument qu'il prenne une photo d'Aiko et Zéro, c'était bien trop drôle de les voir parler les yeux bandés.


- Capitaine ! Un vaisseau va atterrir !

- J'arrive, donne-moi deux minutes.

Ne voulant pas laisser les filles seules près de l'eau (elles ne craignaient pas grand-chose, mais à six ans, le risques de noyade était tout de même présent, surtout qu'elles ne savaient probablement pas nager), le pirate leur demanda de l'accompagner.

- Claire, Elyse, venez, un vaisseau va atterrir.

Aussitôt, les deux gamines sortirent de l'eau, et se mirent à courir vers la zone de chargement, pieds nus. Harlock, pris au dépourvu, n'eut pas d'autre choix que de les suivre sans prendre, lui non plus, le temps de mettre ses bottes. La zone de chargement n'était pas un endroit pour des enfants, et il ne voulait pas qu'elles se mettent en danger.

Il les suivit en courant, pour ne pas les laisser échapper de son champ de vision une seule seconde. L'homme les rattrapa, et leur indiqua les escaliers menant à la salle surplombant le sas de décompression pour l'accès au hangar. Ils grimpèrent tous trois, et rejoignirent deux des pirates, qui supervisaient l'atterrissage.

Le Queen Emeraldas descendit lestement entre les portes étanches donnant accès à la zone d'amarrage de l'île de l'Ombre de la Mort. L'immense vaisseau en forme de dirigeable entra tout entier dans le sas, puis les portes se refermèrent, et les machines laissèrent filtrer de l'oxygène, pour pressuriser à nouveau le sas.

- On va les accueillir ? proposa Harlock aux deux fillettes.

- Oui !

L'équipage du pirate les couvait souvent d'un regard attendri, puisque malgré ce qu'avait pu signifier le capitaine quand ils avaient récupéré les deux petites, l'homme s'y était énormément attaché. Elles avaient beau être insupportables parfois, elles n'étaient pas si difficiles, et leur grande curiosité était attendrissante.

Une passerelle s'abaissa, et deux femmes descendirent du vaisseau. Les deux gamines reconnurent la longue cape d'Emeraldas, vers qui elles se précipitèrent.

- Emeraldas !

La pirate rousse reçut, étonnée, un câlin de la part des deux petites. La jeune femme blonde qui l'accompagnait se mit à rire, amusée de voir l'entrain de ces deux furies miniatures.

- Bonjour les filles, sourit doucement Emeraldas en leur ébouriffant les cheveux d'une main.

Elyse remarqua l'autre femme qui l'accompagnait, qu'elles ne connaissaient pas. Redevenue un peu timide, la fillette lui adressa un petit « bonjour », avant de retourner se cacher derrière Harlock, bientôt imitée par Claire. Le pirate s'amusa de leur comportement, et leur présenta la jeune femme.

- C'est Maetel, la sœur d'Emeraldas.

- Bonjour les filles, sourit Maetel, en s'agenouillant pour être à leur hauteur. Comment vous vous appelez ?

- Claire.

- Elyse.

- Ravie de vous rencontrer.

Les filles sourirent, puis la princesse de Râmetal se releva pour faire face au pirate.

- J'ai récupéré Maetel, son arrêt de train était sur ma route, expliqua Emeraldas.

La pirate s'arrêta, remarquant qu'Harlock était étrangement plus petit qu'à son habitude. Essayant de ne pas laisser paraître son étonnement, elle jeta un coup d'œil aux pieds du pirate, et comprit qu'il ne portait pas ses bottes. Elle eut énormément de mal à ne pas laisser échapper son amusement.

Harlock le comprit vite, et soupira.

- J'étais sur la plage avec les filles … s'expliqua-t-il. Tochirô est allé chercher Aiko, il ne devrait pas tarder.

N'ayant que peu d'intérêt pour leur conversation d'adultes, les deux petites remarquèrent Miimé qui passait pour remonter dans le vaisseau.

- Harlock, on peut aller avec Miimé ?

- Oui, allez-y.

Elles déguerpirent en courant, rejoignant la Nibelung.

- Miimé ! s'exclamèrent les deux petites en lui sautant dans les jambes.

L'ombre d'un sourire passa sur son visage extra-terrestre, et elle ébouriffa par habitude les cheveux des deux fillettes.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle avec douceur.

- On a vu la mer ! s'extasia Claire, des étoiles scintillant dans ses grands yeux bruns.

- Tu fais quoi ? renchérit Elyse, curieuse.

La Nibelung rit, attendrie.

- Je décharge quelques caisses de vin pour faire du rangement dans la cave, comme Zéro nous ramène de nouvelles bouteilles.

- Mais le Docteur est encore sur l'île pourtant ? releva Claire, voyant passer le médecin susnommé, qui à défaut d'une caisse de vin, transportait Mii dans ses bras.

- Ce n'est pas le docteur qui va nous ramener du vin ma belle, Zéro est un ami d'Harlock et Tochirô.

Les deux petites opinèrent, un peu surprise, et curieuses à la fois de rencontrer un nouvel ami de leurs tuteurs. Et un Zéro supplémentaire de surcroit. Quand Miimé leur proposa de venir l'aider à ranger la cave à vin, le sanctuaire impénétrable dans lequel elles n'avaient encore jamais eu l'autorisation d'entrer, elles approuvèrent et suivirent leur tutrice dans les couloirs du Death Shadow.


Si la plupart des membres de l'équipage avait prévu de passer la soirée ensemble sur la plage, Harlock avait plutôt choisi de réquisitionner le salon couvert un peu plus loin sur le pourtour de la mer ; ils y seraient au calme, et de là, ils pourraient surveiller les filles si elles décidaient d'aller jouer dans l'eau.

Tandis que les deux petites étaient occupées à faire du rangement avec Miimé, le vaisseau de Tochirô rentra dans le sas, puis se posa, la petite navette faisant assez pâle figure en comparaison du Death Shadow ou du Queen Emeraldas.

Le petit ingénieur, après avoir méticuleusement pris une photo de leurs hôtes masqués, les prévint qu'ils étaient arrivés, et qu'ils allaient pouvoir décharger.

- Regardez qui je ramène ! lança-t-il à la cantonade, voyant que les deux pirates et Maetel discutaient encore dans le hangar.

- Bonjour tout le monde ! rit Aiko en les saluant d'un geste de main, tandis que Zéro restait plus discret.

Ils ouvrirent la soute de la navette, et récupérèrent les « quelques » paquets qu'ils avaient chargé à bord. Harlock, Maetel et Emeraldas virent à leur rencontre pour les aider à décharger.

Zéro et Aiko sortirent de la cale un sapin d'une taille respectable. L'arbre en pot devait bien faire deux bons mètres de noble verdure, ramené tout droit d'une pépinière spatiale du côté du quadrant huit.

Ne parvenant à se garder de sourire en voyant Emeraldas, Tochirô la rejoignit rapidement avant de vider leur chargement de caisses et autres emballages bariolés qui se mêlaient les uns aux autres. Timidement, ils échangèrent un baiser, tandis que les autres détournaient des regards attendris. Aiko se rapprocha de Maetel, qu'elle prit dans ses bras : la princesse de Râmetal lui rendit son étreinte, amusée.

- Tu m'as manqué, souffla la militaire, heureuse de la revoir.

- Moi aussi. Il faudrait vraiment que tu prennes le train plus souvent.

- Tu pourras débattre de mon planning avec mon supérieur, rit-elle. Il est juste là.

Le supérieur en question se trouvait face à Harlock : s'il avait envie de se montrer le plus responsable des deux, l'ambiance était à la fête, et le soldat brûlait d'envie de taquiner le pirate, qui grommelait visiblement de voir qu'il était venu.

- Tiens, sourit-il en récupérant une caisse et en la lui tendant. Celle-ci tu nous la mets au frais, c'est pour ce soir.

- Merci, soupira Harlock, à qui la gratitude brûlait les lèvres, apparemment.

- Tu fais des progrès Franky, rit Aiko en venant embrasser son ami sur la joue, juste pour l'embêter.

- Fais attention, la mer n'est pas loin, et tu restes la plus légère de nous deux, souffla-t-il, le défi clairement sensible dans la voix.

- Au poids d'une cape près, répliqua-t-elle.

Zéro eut du mal à dissimuler son fou rire tandis qu'Harlock le fusillait du regard.

Ils déchargèrent ainsi les caisses dans la bonne humeur, puis le pirate leur expliqua ce qui restait à préparer pour la soirée. Puisqu'ils ne se mêlaient pas à l'équipage pour l'occasion, ils trouvaient assez normal de se débrouiller seuls.

- Tochirô, elles sont où vos pitchounes ? demanda Aiko pendant qu'Harlock donnait ses directives. Ça fait des mois que tu me parles d'elles, et je ne les ai toujours pas vues.

Emeraldas, près de son amant, jeta un regard étonné à la militaire.

- Tu n'as toujours pas vu les filles ? Vous n'êtes pas doués, soupira-t-elle à l'égard de son compagnon.

- On n'a pas eu le temps de faire les présentations officielles : c'est vrai, reconnut l'ingénieur. Mais si ce n'était pas le bazar dans toute la galaxie aussi …

- Je rêve, rit Aiko, amusée. La pagaille dans l'univers passe après la famille, non ?

Tochirô la dévisagea, exaspéré.

- Depuis quand on a un livret de famille commun ?

- Tochirô, Aiko, vous pouvez m'écouter deux secondes, vous vous disputerez après, les arrêta Harlock, qui n'avait pas l'habitude de jouer les policiers (puisque normalement, c'était le job de Tochirô). Amenez les cadeaux des filles dans la cabane à outils derrière la tonnelle, Zéro et moi on prend le sapin.

Les petits groupes se formèrent rapidement, tandis que le commandant de la flotte se rapprochait du pirate pour qu'ils s'occupent du sapin susmentionné.

- Alors comme ça je te manquais ? s'amusa Zéro du choix surprenant d'Harlock en matière de partenariat.

- Non, je te surveille, rien à voir, répliqua Harlock, avec une lueur d'amusement dans le regard.

- Soyez sages tous les deux, leur signala Maetel avec sa douceur habituelle. On tient à notre sapin !

S'ils n'avaient pas eu des caisses dans les mains, elle aurait pour un peu été applaudie par Aiko et Tochirô, tandis qu'Emeraldas, chargée des sacs de nourriture, souriait, positivement exaspérée.

- Donc c'est elle qu'on noie en premier ? demanda Zéro.

- Ouaip, approuva le pirate. Même si Aiko est avant sur ma liste.

- Là il faudra que je t'en empêche.

- On verra si t'y arrives, lâcha Harlock, plutôt ragaillardi. Bon, tu m'aides à le porter, ce sapin ?


Tochirô passa une tête par l'encadrure du panneau coulissant marquant l'entrée de la cave. Il y trouva Miimé et ses deux filleules en train de ranger activement l'espace.

- Vous êtes là … soupira l'ingénieur. Je me demandais où vous étiez passées.

- Tochirô ! s'exclamèrent les filles en se précipitant vers lui.

Il leur fit un câlin, un large sourire aux lèvres.

- Vous voulez venir préparer le sapin ?

- C'est quoi un sapin ?

L'homme rit, voyant leur insatiable curiosité dévorer leurs regards.

- C'est un arbre qu'on décore pour faire la fête. On en a mis un sur la plage, vous venez mettre les décorations avec nous ?

- Oui !

Il les prit par la main, et sourit à la Nibelung qui achevait de vider une caisse.

- Je te les emprunte ?

- On avait fini. Par contre, on va manquer de vin, lui fit remarquer Miimé. Il faut que vous arrêtiez de laisser les caisses vides en plan avec Harlock. Je vais lui en toucher deux mots, tiens, je vous accompagne.

Dans une joyeuse ambiance de babillages divers et des grommèlements de l'extra-terrestre en colère, les quatre pirates revinrent vers la plage. Miimé fila droit vers Harlock, tandis qu'Emeraldas les accueillit, tenant des décorations de Noël dans chaque main :

- On vous a attendu, mais il va falloir que tu empêches Harlock et Zéro de s'entretuer pour placer l'étoile en haut … dit-elle à son amant. Aiko rit beaucoup trop pour les arrêter.

- Mais ils ont quel âge enfin … soupira l'ingénieur.

- Les filles, les interpella Maetel, vous voulez mettre des guirlandes ?

- Oh oui !

Elles rejoignirent la princesse de Râmetal, qui leur tendit avec sa douceur habituelle de jolies guirlandes plumeuses qui imiteraient la neige. Les deux enfants commencèrent alors à mettre en place les décorations, mais furent bien vite limitées par leur petite taille.

- C'est trop haut, se plaignit Claire. Ah !

On l'avait soudainement enlevée du sol, et elle se trouvait maintenant sur les épaules d'un homme qu'elle ne connaissait pas.

- Tiens-toi bien, hein, lui recommanda Zéro.

Loin de paniquer, la petite, tenant toujours sa guirlande, se mit à pétiller.

- Harlock regarde ! Je suis plus grande que toi ! s'exclama l'enfant.

Le pirate, lui, paniqua :

- Zéro, ne touche pas à ma gamine !

De loin, Tochirô l'entendit, et soupira :

- J'aurais dû l'enregistrer …

Le commandant du Karyu rit de la réaction de son collègue.

- Ça a l'air de l'amuser, sourit-il.

Il n'avait jamais pu faire cela avec sa propre fille, et était plutôt content que Claire apprécie de se trouver sur ses épaules.

- Oui, mais pas moi, répliqua le pirate, qui détestait ne pas pouvoir protéger ses pupilles.

- Harlock, moi aussi je veux être plus grande que toi ! se plaignit Elyse en s'agrippant à sa cape, n'ayant que peu de cas à faire de leurs débats stériles de grandes personnes.

Pris au dépourvu, le capitaine du Death Shadow s'arrêta un instant, puis en levant les yeux au ciel, attrapa la fillette et la plaça sur ses épaules.

- T'as raison, c'est trop chouette ! s'écria-t-elle à l'intention de Claire, ébouriffant au passage la crinière de son tuteur.

Un flash stupéfia les deux capitaines sur place, et le sourire d'Aiko surgit de derrière l'appareil photo qu'elle tenait.

- Alors ce sont vos deux petites ? demanda-t-elle avec tendresse tout en escamotant l'appareil dans une poche pour éviter les ennuis avec le pirate.

- Oui. Efface cette photo.

- Non. Vous vous appelez comment les filles ?

Elles se présentèrent une fois de plus, assez impressionnées par la cicatrice sur sa joue. Ça commençait à faire beaucoup de balafrés !

- Enchantée ; je suis Aiko, une vieille connaissance de vos papas.

Zéro se décala d'un pas en direction du pirate.

- Je ne savais pas que vous étiez en couple avec Tochirô, statua-t-il dans le but de taquiner Harlock.

- Toi, t'es mort.

- C'est pas très Noël, répliqua Zéro.

- Harlock ! Je peux descendre ? demanda Elyse en s'agitant. Je veux mettre plus de décorations sur le sapin !

- Moi aussi ! s'exclama Claire.

Posant les deux fillettes, les capitaines les regardèrent filer vers Maetel et Aiko, qui les aidèrent avec moins de concours de testostérone à placer des décorations. Tochirô et Emeraldas s'étaient évanouis dans la nature, profitant du grabuge pour s'isoler un moment.

Harlock réalisa que c'était le meilleur moment pour mettre à exécution les promesses (qu'il tenait, même quand elles étaient stupides) de noyade qu'il avait faites à Aiko : la fauchant après qu'elle ait suspendu une étoile dans le sapin avec les filles, le pirate la prit dans ses bras, et se précipita jusqu'au bord de mer.

- Harlock bon sang ! s'exclama-t-elle, ne comprenant pas l'intérêt d'une telle manœuvre avant de voir la mer se rapprocher. Harlock, pose-moi par terre ! Harlock du halbgetrunkenes Hähnchen ich werde dich

S'enfonçant dans l'eau jusqu'à la taille, le pirate la lâcha dans les vagues, avant de repartir très vite en sens inverse.

Malheureusement pour lui, la jeune femme bondit hors de l'eau, et d'un coup très bien placé, le fit tomber dans la mer à son tour. Non mais !

Ce fut ce moment qu'Emeraldas et Tochirô choisirent pour réapparaître.

- J'en ai marre, ils se démerdent, lâcha l'ingénieur.


Avec l'entrain général, le sapin fut très vite couvert de guirlandes et de suspensions rutilantes. Ils mirent en place les nattes et les larges coussins de sol ainsi que les tables basses sur lesquels ils pourraient poser les apéritifs qu'ils avaient prévu. Plusieurs seaux remplis de glaçons furent entreposés non loin, pour leur assurer un approvisionnement continu en alcool bien frais. Progressivement, le jour tomba, et ils allumèrent les lampions suspendus à la tonnelle qui les abritait.

Harlock (qui s'était changé) surveillait les filles jouant dans l'eau, et qui venaient de lui rapporter le vingt-sixième caillou de la journée. L'interminable soleil couchant brûlait les gouttelettes qu'elles projetaient dans tous les sens, et ça le faisait sourire.

C'était l'un des Noël les plus bizarres qu'il ait vécu, mais étrangement, ça lui plaisait.

Tochirô revint, et apportant des vêtements secs aux filles pour qu'elles ne prennent pas froid, il les ramena près de la tonnelle. Zéro était parti avec Maetel chercher les apéritifs, et revinrent alors que Miimé et Aiko terminaient de mettre en place les meubles.

- Apparemment, ça fait déjà la fête dans ton équipage, sourit Maetel à l'intention d'Harlock, qui mettait des bouteilles au frais.

- Ça ne m'étonne pas beaucoup, rit-il, ils l'ont bien mérité après ces derniers temps.

Aiko, elle, achevait de mettre en place les plats remplis d'apéritifs sur la table, et remarqua Claire, qui était venue en prendre pour elle et pour Elyse.

- Je t'y prends, petit chenapan, rit-elle en la voyant faire.

Claire planta son regard droit dans le sien.

- Je ne suis pas un chenapan, affirma-t-elle avec la plus grande innocence du monde ; j'suis une pirate !

Surprise, Aiko se mit à rire, avant de lui donner une assiette. Elles s'étaient dépensées, elles avaient sûrement faim.

Il faisait encore jour quand ils décidèrent qu'ils pouvaient entamer l'apéritif, tous baignés de rires et de soleil brûlant.

Les filles gravitaient entre les différents coussins où les adultes s'étaient installés pour discuter, et continuaient de courir dans tous les sens à la poursuite d'un papillon, ou pour ramener des cailloux brillants à chacun des convives. Harlock devait en être à son trente-huitième.

- Encore merci à tous d'être là, annonça Tochirô, qui s'il n'aimait pas les longs discours, tenait quand-même à faire les choses dans les formes. Je suis ravi de pouvoir tous vous voir ce soir. Les derniers temps ont été sportifs pour tout le monde, et je suis convaincu que la suite le sera encore plus. Néanmoins, je crois qu'on a tous mérité de prendre une soirée de repos. Et je tiens à préciser pour nos deux capitaines qui ne m'écoutent pas dans le fond, que même pendant la Seconde Guerre mondiale y'a eu une trêve pour Noël.

D'un geste vif, il attrapa une bouteille dans un seau.

- Bon, pour parler sérieusement : qui veut du brandy ?


Tori avait essayé de grapiller des apéritifs, et les deux petites s'étaient fait gronder quand elles lui avaient lancé les petits cubes de légumes pour qu'il essaye de les rattraper.

Les filles étaient alors venues se loger dans les bras de leurs tuteurs pendant le repas, celui-ci pris à même le sol en discutant joyeusement. Dans les bras d'Harlock, Claire n'arrêtait pas de gigoter, soit pour lui faire un câlin, ou attirer l'attention d'Elyse, elle-même proche de Tochirô. Puis en ayant assez des discussions assez peu intéressantes de leurs tuteurs avec Emeraldas, Miimé et Zéro, elles se dégagèrent de leurs étreintes pour aller voir si le sujet de conversation était plus intéressant du côté d'Aiko et Maetel.

- Ah, voilà les princesses, sourit la sœur d'Emeraldas. Qu'est-ce que vous nous racontez ?

- Vous avez déjà été sur Terre ? demanda l'une. Parce qu'ils ne font que parler d'elle là-bas.

- J'y suis allée une ou deux fois, acquiesça Maetel.

- Moi j'y suis née, rit Aiko. Oh, d'ailleurs, je peux vous raconter les bêtises qu'Harlock et Tochirô y ont faites à votre âge, si vous voulez.

La conversation aurait déplu aux deux concernés, mais ce n'était pas là l'avis des petites qui s'assirent près d'Aiko pour écouter son récit. Maetel l'écouta aussi, et se rappelant quelques anecdotes de leurs adolescences, les raconta aussi.

- C'est le club pour dames, c'est ça ? intervint Emeraldas en venant s'assoir avec elles.

- Oui, nous avons décidé d'élever le niveau en ne parlant que de paillettes et de licornes, répondit Aiko, avec un sourire.

- Oh non, soupira Claire, moi je veux des dragons.

- Alors ça, sourit la pirate rousse, je peux t'en parler si tu veux.

Evidemment, il n'en fallait pas plus à la fillette pour accepter. Maetel en profita pour s'amuser avec les cheveux frisottants d'Elyse, et lui faire des petites tresses.

La soirée avançait, et la nuit étant tombée assez tard, les filles commençaient à fatiguer. Elyse s'approcha de Tochirô et lui réclama son verre ; oubliant ce qu'il contenait, l'ingénieur le lui donna.

Elle n'eut pas le temps d'en boire beaucoup que l'alcool relativement fort pour elle lui rappela la douloureuse expérience du whisky quelques mois auparavant.

- Ça brûle !

- Mince !

La fillette faisait la grimace, et but le verre d'eau que lui tendait son tuteur, avant de se mettre à pleurnicher.

L'ingénieur essaya de la réconforter comme il pouvait, mais rien ne parut être vraiment efficace : elle était plus fatiguée que blessée, tout comme il commençait à se faire vraiment tard pour les deux petites filles qu'elles étaient.

- Je crois que c'est l'heure de se calmer, sourit Miimé en la prenant dans ses bras, et en la berçant un instant.

- J'y pense, intervint Aiko, qui tenait Claire par la main, vous connaissez des chansons de Noël les filles ?

Elles secouèrent la tête.

La militaire s'assit donc à côté de Tochirô, prenant Claire dans ses bras, et avec un sourire, elle entonna le refrain que son grand frère lui avait appris alors qu'elle était elle-même petite fille :

Ein kleiner weißer Schneemann, der steht vor meiner Tür,

Ein kleiner weißer Schneemann, der stand gestern noch nicht hier,

Und neben dran der Schlitten, der lädt uns beide ein,

Zur aller ersten Schlittenfahrt ins Märchenland hinein.

Zéro et Harlock, qui discutaient encore de leur côté, l'avaient entendue entonner le refrain ; et si des bribes de souvenirs de lumières et de Berlin revinrent au pirate, le militaire, lui, fut plutôt surpris.

- C'est quoi cette version ? demanda-t-il, craignant de ne pas bien comprendre l'allemand qu'il ne parlait pratiquement pas.

- C'est Un petit bonhomme de neige blanche, l'informa Tochirô (qui la connaissait lui aussi) comme si c'était une évidence.

- Mais … C'est pas ça les paroles ! s'expliqua Zéro.

Cette surprenante information donna lieu au débat :

- C'est quoi la « vraie » version, pour toi ? lui demanda Harlock, intrigué.

Miimé attrapa sa harpe, et échangea un sourire avec le soldat, qui s'éclaircit la gorge, et le rouge lui montant légèrement aux joues, chanta ce qui, parmi ses souvenirs de la campagne anglaise où il avait grandi, voulut bien se rappeler à sa mémoire :

Dashing through the snow, in a one-horse open sleigh

Over the fields we go, laughing all the way

Bells on bobtails ring, making spirits bright

What fun it is to ride and sing a sleighing song tonight.

Les filles ne comprenaient aucunement les paroles, puisqu'elles n'avaient appris que la langue universelle qui avait remplacé les différents idiomes sur la plupart des planètes signataires lorsque leurs tuteurs avaient leur âge.

La question de la traduction fit débat, puisque personne ne savait vraiment pourquoi les versions étaient si différentes.

- Maetel, Emeraldas, vous n'en connaissez pas une version différente, vous aussi ?

Elles réfléchirent un instant.

- Je crois en avoir déjà entendu une version à la radio, mais je ne saurais pas m'en rappeler, déclina Emeraldas.

- Moi si, ils la passent dans le Triple Neuf quand c'est la période. C'est la version en langue universelle, et de ce que vous venez de dire, les traducteurs n'ont pas fait leur travail une fois encore, rit Maetel.

- Tu nous la chantes ? demanda Claire.

La jeune femme acquiesça, et voyant que Miimé la suivrait elle aussi, elle entonna enfin un couplet que les filles pouvaient comprendre :

Sur le long chemin, tout blanc de neige blanche,

Un vieux monsieur s'avance avec sa canne dans la main,

Et tout là-haut le vent, qui siffle dans les branches,

Lui souffle la romance qu'il chantait petit enfant.

Et le vieux monsieur descend vers le village,

C'est l'heure où tout est sage et l'ombre danse au coin du feu

Mais dans chaque maison il flotte un air de fête

Partout la table est prête et l'on entend la même chanson.

Les filles, malgré la fatigue pesante, auréolèrent son petit refrain d'applaudissements.

Aucun des adultes n'aurait su dire pourquoi mais les premiers bâillements des deux petites déclenchèrent les leurs, bien qu'il ne fût pas si tard pour eux. Le petit intermède musical leur avait sûrement tous fait comprendre qu'ils étaient épuisés par les combats et par tout le reste.

La nuit était finalement tombée, après de longues heures où le soleil artificiel avait semblé comme piégé dans l'ambre du couchant, à la façon d'une énorme luciole. Les adultes avaient tous un peu bu, et l'idée de camper dehors, bien qu'ils l'eussent envisagé dès le début de la soirée avec quelque pudeur, leur sembla alors bien plus évidente.

Alors ils décidèrent de sortir les couvertures qu'ils avaient emportées, et pour prolonger l'aspect étrange de ce Noël, ils s'installèrent sur les larges coussins qu'ils avaient prévus.

Emeraldas et Harlock passèrent remettre une couverture à chacun, tandis que Miimé avait porté les filles sur un coussin, puisqu'elles avaient déjà commencé à s'endormir.

- Vous aurez peut-être une surprise demain matin, sourit la Nibelung en caressant leurs cheveux, les voyant sombrer dans le sommeil.

- Quelle surprise … ? demanda Elyse en luttant contre elle-même pour rester éveillée.

- Dors, tu verras bien.

Elle embrassa ses petites protégées sur le front, et les observa un instant, en souriant de ce mélancolique sourire sans lèvres qui lui était propre.

Tochirô s'approcha, et les recouvrit d'une épaisse couverture.

- Bonne nuit les filles, murmura-t-il en les embrassant à son tour.

- Bonne nuit Tochirô …

Harlock aussi vint les embrasser, et l'ingénieur les laissa, préférant poser les cadeaux sous le sapin avant d'aller dormir, pour ne pas gâcher la surprise au lendemain matin. Il reçut l'aide de Maetel, qui s'était portée volontaire pour l'accompagner jusqu'à la cabane, et ramener les multiples paquets colorés qu'ils y avaient entreposé.

Ils revinrent discrètement pour ne pas réveiller les deux petites qui dormaient déjà, et placèrent des piles de cadeaux sous l'arbre. Puis ils remarquèrent que si tout le monde s'était couché, Emeraldas tournait un peu en rond du côté de la plage.

- Va la rejoindre, lui proposa Maetel, je m'occupe des paquets qui restent.

Les pommettes dépassant de sous ses lunettes teintées de rose, Tochirô la remercia, frottant sa nuque d'une main, tout en ne parvenant pas à se débarrasser de son large sourire.

La princesse rit, puis retourna vers la cabane.

Quelques minutes après, tout le monde s'était couché.


- Harlock, Tochirô !

- Hmm ? grommelèrent de concert le pirate et l'ingénieur.

Chacun d'un côté de la tonnelle, les deux membres d'équipage du Death Shadow furent vigoureusement secoués par une petite furie blonde.

- Venez, y'a des cubes sous le sapin !

Des cubes ? Comment ça des cubes ?

Harlock se redressa, l'œil mi-clos et encore tout crispé du confort aléatoire de son coussin de plage.

- Qu'est-ce qu'y'a ? baragouina le pirate.

- Viens, y'a des cubes sous le sapin ! le pressa Claire, beaucoup trop vive pour l'heure matinale.

Le soleil ne les avait pas tout de suite réveillés, et était encore bas. Le pirate se leva, et entendit distinctement chacun de ses os craquer lorsqu'il se détendit. La fillette n'attendit pas cependant que la douleur dans son dos ne se tasse, et l'attira par la main jusqu'au sapin.

- Regarde, c'est quoi ? demanda la petite.

- C'est la surprise dont je vous parlais hier, expliqua Tochirô, traîné par Elyse en arrivant à leur hauteur. Ce sont des cadeaux ; mais on va attendre que tout le monde soit réveillé pour les ouvrir, d'accord ?

- D'accord ! s'exclamèrent les filles.

Néanmoins, les deux petites échangèrent un regard malicieux, avant de courir chacune dans une direction :

- Miimé !

- 'Meraldas !

Désespéré, Tochirô se tourna vers Harlock en frottant son début de barbe.

- J'ai bien dit « attendre », non ?

- Je crois que oui, soupira le pirate, aussi perplexe que son ami.

Les deux petites eurent bien vite fait de réveiller leurs invités, qui ne se seraient pas attendus à être tiré du lit d'aussi bon matin. Bien qu'il fallût admettre qu'il y avait plus confortable que ces coussins.

Maetel, rayonnante et fraîche comme le jour à peine tirée du lit, salua ses amis d'un grand sourire :

- On va chercher le petit-déjeuner avec les filles, on mangera en ouvrant les paquets. Aiko tu viens avec nous ?

Sans attendre sa réponse, la jeune femme attrapa le poignet de son amie, qui la suivit à la façon d'un zombie, somnolant encore.

- Hmm, Maetel …

Zéro s'approcha du pirate et de l'ingénieur en frottant lui aussi le début de barbe qu'Harlock était le seul à ne pas avoir aussi long (et ce qui le vexait, un peu).

- Cette femme n'est pas humaine, soupira-t-il en s'étirant avec entrain.

- Dit-il, répliqua le pirate en constatant qu'il semblait péter la forme.

- Bon, si ça ne vous dérange pas, grinça Tochirô, je retourne me coucher.

Et ce disant, il rejoignit Emeraldas qui n'avait elle non plus pas trouvé la force de sortir du coussin, et qui n'avait, pour sa défense, pas été traînée hors du lit par une gamine de six ans.

Maetel, Aiko et les filles revinrent vite avec le petit-déjeuner, et la fragrance du café pour certains, de chocolat pour d'autres, et le fumet des croissants chauds que Masu leur avait mis de côté finit par convaincre tout le monde de sortir du lit.

Et étrangement, tout le monde voulait s'assurer d'avoir son croissant.

- On peut ouvrir les cadeaux ? réclama Claire en s'accrochant à la cape de son tuteur.

- Oui, on peut.

Il les accompagna, et attrapant un colis, il se fit le chantre de la répartition des paquets.

- Celui-là c'est pour Tochirô, dit-il en le tendant à son ami. Celui-ci pour Emeraldas, celui-là …

Chacun reçut ses cadeaux, et ponctuant le son du papier déchiré par quelques gorgées de café, ils ouvrirent en riant leurs différents paquets.

Claire fut affublée de trois petits paquets de tailles égales, qu'elle s'empressa d'ouvrir. L'un venait de ses deux papas pirates, l'autre d'Emeraldas, et le troisième d'Aiko ; et quelle ne fut pas sa joie de constater que la belle équipe de forbans spatiaux s'était accordée pour lui trouver trois peluches pratiquement identiques de taille, qui portaient haut de belles et vives couleurs. Celui du paquet d'Harlock et Tochirô était bleu, et se verrait vite rebaptisé Nahahnu ; celui offert par Emeraldas, fidèle à la pirate, était rouge feu, ce qui lui vaudrait le nom de Zaanoltoor ; le noir, de la part d'Aiko, prendrait le nom de Lokkendov, et elle n'avait pas assez de ses petites mains pour tous les serrer dans ses bras.

Les dragons dont elle avait toujours rêvé.

Elyse, elle reçut une boîte un peu plus grande, flanquée d'un paquet flexible, et d'une enveloppe accrochée sur ce deuxième emballage. Les adultes avaient eu plus de mal à déterminer comment s'organiser pour son cadeau, mais finalement, c'était Warrius qui avait été chargé de le récupérer au dépôt, après avoir collecté l'argent auprès de ses tuteurs et de leurs proches, puisqu'Aiko était de service la semaine où il avait dû y aller.

Il s'agissait d'une poupée en porcelaine galmienne, fermement emballée dans sa boîte ; dans le paquet se trouvaient un petit violon en bois ainsi que des vêtements de rechange, et dans la lettre, la promesse par Masu qu'elle lui coudrait plus d'ensembles si elle voulait.

Les deux enfants se précipitèrent dans les jambes de leurs tuteurs pour les remercier à grands renforts de câlins et de cris de joie. Tochirô prit Claire sur ses épaules tandis qu'il aidait Harlock à terminer la distribution.

Les adultes aussi reçurent des cadeaux : Miimé avait reçu des disques de musique venant des quatre coins de la galaxie, Maetel une nouvelle écharpe pour aller avec son étole pourpre, Aiko s'était déjà lancée dans la lecture d'une demi-douzaine de partitions, Zéro étudiait un pull « j'ai sauvé la Terre », tandis qu'Emeraldas avait rapidement refermé le paquet remis par Tochirô en rougissant, avant d'échanger un regard complice avec son amant et de faire mine que le résumé du livre qu'il lui avait offert semblait passionnant.

Harlock et Tochirô avaient reçu quelques bouteilles d'alcools variées qu'ils avaient hâte d'étrenner ; l'ingénieur, en plus d'un livre complexe sur de la physique quantique, semblait lui aussi avoir eu un cadeau compromettant de la part de sa compagne, qu'il se hâta de cacher du regard curieux des filles et inquisiteur d'Harlock, craignant lui-même que leurs petites tombent dessus. Le pirate, lui, déballa un pull de la part d'Aiko, intitulé « moi au moins je porte ce qu'on m'offre », et un cache-œil neuf de la part de son amie harpiste.

Les commentaires et plaisanteries diverses allaient bon train, et le soleil grimpa haut dans le ciel, jusqu'à projeter droit sur eux une chaleur intense.

Les deux petites, s'amusant avec leurs nouveaux jouets, s'aventurèrent vers la mer, et la chaleur aidant, elles appelèrent leurs tuteurs pour qu'ils viennent se baigner avec eux. Finalement, tous le petit groupe estima qu'une baignade ne serait pas de refus, et en riant, Maetel et Aiko furent les premières à entrer dans l'eau, les deux enfants sur leurs épaules, tandis que les petites jouaient à se faire tomber dans l'eau.

Tochirô et Emeraldas les rejoignirent bientôt, tandis que les deux capitaines et Miimé les regardaient jouer, en profitant du soleil artificiel.

Sur la plage, trois dragons en peluche et une poupée étaient les seuls autres témoins de cette joyeuse assemblée.


Tout le monde avait fini par se séparer, et le retour à la réalité avait été rude. Les filles, accompagnées d'Harlock, regardèrent leurs amis décoller du hangar, serrant leurs jouets contre elles.

- On les revoit bientôt ?

- Je ne pense pas.

Remarquant leur mine un peu déçue, il ajouta rapidement :

- Mais ils ne vont pas disparaître, ne vous en faites pas.

Ils remontèrent aussi dans leur vaisseau, et le Death Shadow se mit à vrombir. Laissant les enfants à Tochirô le temps du décollage, le pirate se dirigea vers sa barre, qu'il prit avec détermination.

- Moteurs à 99%, Capitaine !

Sur le pont, quatre petits bruits de pas s'aventurèrent derrière le capitaine, qui ne les entendit pas.

- Puissance dans les moteurs auxiliaires à 72 !

- Barre à trois degrés tribords !

- Ouverture du sas !

- Décollage ! tonna Harlock, l'adrénaline pulsant dans ses poignets.

Le sas s'ouvrit, et leur dévoila l'espace noir et froid. Après le soleil de la plage, c'était impressionnant combien le vide semblait privé de chaleur.

Mais c'était sa maison.

Le vaisseau cornu s'arracha à la pesanteur artificielle, et s'élança vers l'immensité spatiale qui s'étendait à perte de vue.

- Harlock, regarde, l'appela Tochirô.

Le pirate se retourna, et dans son siège, remarqua deux petites furies, endormies avec leurs jouets tous récemment acquis.

C'était leur maison.


Merci d'être arrivé jusqu'ici, j'espère que ça vous aura plu ! N'hésitez pas à me le faire savoir en review.

Je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d'année, et un joyeux Noël !