Cela faisait près de trois semaines qu'il avait écrit à Rin, deux semaines qu'il avait annoncé son départ à ses parents, et une semaine qu'il avait découvert que ses amis avaient décidé de partir lui. Ils avaient tout juste terminé leurs bagages la veille. Konekomaru et Shima s'installeraient en avance à l'école, tout comme le frère de Rin. Et, Ryûji...

Ryûji se rendait chez Rin.

Il était dans le train, attendant impatiemment le terminus. Rin lui avait dit qu'il le rejoindrait à la gare. Il y était sûrement déjà. Ryûji était vraiment nerveux. Il en avait rêvé des années durant, et y avait pensé et repensé des millions de fois depuis qu'il avait envoyé cette lettre. Il n'arrivait pas à croire que le moment arrivait enfin. Son estomac se nouait et dénouait, il avait du mal à rester en place, et tripotait machinalement le bracelet autour de son poignet.

Le temps semblait s'écouler au ralenti. Il regardait le paysage se transformer au fur et à mesure, à travers la fenêtre. De temps en temps, son reflet apparaissait sur la vitre, le rendant encore plus conscient de la situation.

Le matin-même, Ryûji et Shima s'étaient éclipsés et avaient fait quelque chose d'absolument scandaleux. Sans rien dire à leur famille, ils avaient fait teindre leurs cheveux. Ryûji avait failli le faire quand Kinzô avait blondi les siens deux ans plus tôt. Mais il n'avait pas osé, sachant que sa mère ne l'apprécierait certainement pas, mais maintenant qu'il la quittait... et bien, le temps était venu. Il voulait un changement, de toute façon. Il ne voulait pas être à tout jamais considéré comme le même vieux "Bon".

Et donc, sans l'ombre d'une hésitation, Ryûji avait teint la partie centrale de ses cheveux. Il s'était aussi percé les oreilles. Le résultat final lui avait beaucoup plu, même si ses amis l'avaient un peu taquiné d'avoir été aussi extrême.

Comme si Shima n'allait pas se faire vanner... pensa Ryûji avec un léger sourire. Son ami avait fait pareil que lui et teint ses cheveux en rose. Ce look lui convenait étrangement bien, mais ça leur avait demandé un certain temps d'adaptation.

"Attention, chers passagers, nous arriverons à la Station de la Croix Vraie dans quelques minutes. S'il-vous-plaît, assurez vous de rassembler tous vos effets personnels avant de passer la sortie à votre gauche".

Il fut pris au dépourvu par la voix dans l'interphone. Combien de temps encore ? Il vérifia inutilement l'heure sur son téléphone et murmura un sutra rapide pour tenter de calmer ses nerfs. Une fois le train arrêté, il se leva d'un bond, saisit son sac de voyage, et après un moment d'hésitation, fourra la casquette de baseball qu'il portait à l'intérieur avant de passer les portes.


Rin était debout sur la plate-forme, vérifiant sa montre. Cependant, au moment où il leva les yeux, le train commençait à entrer en gare, pile à l'heure. Il déglutit nerveusement, sautillant d'un pied sur l'autre et tripotant les perles autour de son poignet. Il observait les passagers qui descendaient du train autour de lui, cherchant un visage familier, un visage qu'il n'avait jamais vu que dans les photos qu'ils s'étaient envoyées au fil des ans. Chaque inconnu qu'il voyait enfonçait une sorte de poids dans son cœur - peut être qu'il avait manqué le train ? Peut être qu'il s'était trompé de date ? Il était sur le point de consulter pour la millième fois la note qu'il avait écrit lui-même, quand enfin, il le vit.

Les cheveux étaient différents, mais il connaissait ce visage. Il le connaissait depuis tous ces jours passés à contempler les photos, se demandant quand il pourrait enfin le voir en vrai. Il le connaissait, depuis le temps qu'il fermait les yeux quand ils se parlaient au téléphone, s'imaginant qu'ils étaient l'un en face de l'autre, comme s'il était là, qu'il lui passait un bras autour des épaules quand il touchait les perles autour de son poignet. Mais il était là. C'était réel.

"Ryûji !" hurla presque Rin, l'excitation et pure et simple, non diluée de joie irradiant de lui. Il courut droit sur lui et, sans une once d'hésitation, lui bondit dessus pour l'enlacer étroitement, continuant à sautiller sur place.

"Rin !" laissa-t-il échapper dans un souffle. Ryûji eut du mal à garder l'équilibre, mais dès qu'il fut stable, il enroula ses bras autour de la taille de Rin, oubliant les gens autour d'eux. Quelque chose brûlait dans sa poitrine, comme des feux d'artifice, puis, progressivement, comme une douce chaleur. Tout son corps se détendit d'un coup.

Un rire secoua la poitrine de Rin et il resserra son emprise sur son ami d'enfance. Rin était si heureux, il pouvait à peine se contenir, mais après quelques instants d'étreinte, il s'écarta pour essuyer les quelques larmes qui lui montaient aux yeux. "Oh mec..." Sa voix était presque tremblante. "Désolé, c'est tellement bête". Rin rit, s'essuyant les joues avec les coins de sa capuche. "Je suis juste... tellement heureux !"

Ryûji sentit à nouveau son cœur faire des bonds. "Pareil," admit-il d'un ton bourru, se grattant la nuque d'un air embarrassé. Au contact de sa peau, il sentit qu'elle était chaude -il était en train de rougir. "J'arrive pas à croire que je suis enfin ici," dit-il avec un rire bref qui lui échappa. Il ne pouvait pas cesser de regarder le visage de Rin. Il continua à le fixer un moment comme si il avait attendu toute sa vie pour ce moment.

Il comprenait exactement pourquoi l'autre pleurait. Pourtant, il le taquina. "Allez, imbécile. Tu ne vas pas pleurer pendant tout le chemin du retour, quand même ?"

"Je ne pleure pas !" protesta Rin, un rire derrière sa voix. Il prit une profonde inspiration (et un reniflement bruyant) puis se redressa, les yeux dépourvus de larmes. Il avait toujours un grand sourire sur son visage et il était sûr qu'il serait là probablement toute la journée. Peut être même toute la semaine. Mais à présent, il était temps d'aborder un autre sujet qui avait attiré son attention.

"Et tes cheveux !" Rin leva la main et toucha la partie teinte. "Il sont vraiment cool. Tu ressembles à un punk." Il laissa échapper un ricanement. "Quand est-ce que tu l'as fait ? Et tes piercings !" s'écria-t-il quand il remarqua les oreilles de Ryûji.

"Qui tu traites de punk ?" Ryûji baissa légèrement la tête pour cacher son sourire. Un léger frisson lui parcourut l'échine quand il sentit les doigts de Rin passer sur les racines de ses cheveux. "J'ai tout fait faire ce matin. Shima aussi. Il a teint ses cheveux en rose." Ryûji jeta un regard à l'expression émerveillée de Rin et sentit son sourire s'élargir. "J'ai pris une photo quand il ne regardait pas mais je te la montrerai plus tard. On rentre d'abord ?" demanda-t-il.

"Rose !" ricana Rin. "Je ne peux pas attendre de voir ça !" Il était encore merveilleusement heureux quand il hocha la tête. "Ouais ! J'ai cuisiné un super repas pour ton arrivée ici. C'est encore dans le four. Allez, viens." Rin lui montra le chemin de la sortie de la gare et se dirigea vers le trottoir. Alors qu'ils marchaient, Rin parlait sans interruption.

"J'ai eu toute une semaine de congé pour ça !" Rin se sentit immédiatement mal d'avoir menti et corrigea sa précédente phrase. "Enfin... Je veux dire que je me suis fait virer il y a deux jours, mais je vais cherche un autre emploi quand tu seras parti. Je ne veux pas prendre du temps pendant que tu es ici". Rin sourit largement à Ryûji.

Ryûji résista à l'envie de grimacer devant la nouvelle. Il se demandait ce qui s'était passé cette fois-ci, mais ne posa pas la question, ne voulant pas gâcher l'ambiance. "... Je vois. Eh bien, je ne partirai pas avant d'avoir enfin goûté à ta nourriture," dit-il en lui souriant en retour. "Ce serait mieux que ça vaille le détour. Tu t'en es vanté depuis des siècles maintenant. J'ai intérêt à être sacrément impressionné," l'avertit-il, le poussant avec son coude.

"Tu le seras !" Rin mis ses mains derrière sa nuque et sourit avec un sourire détendu, même si ce n'était pas du tout le cas. "Je suis heureux que tu puisse enfin tester ce que je prépare. Je me souviens encore d'à quel point j'étais impatient de savoir ce que tu pensais des cookies que je t'avais envoyé une fois !" Il laissa échapper un soupir de bonheur. "Ah. Je me sens nostalgique tout à coup."

"Tu repenses au mignon petit gosse que tu étais avant ?" rit Ryûji. "Bien que tu sois encore un petit enfant, n'est-ce pas ? Tu es plus petit que je ne m'y attendais," dit-il d'un air suffisant.

"Ne suis pas petit !" s'exclama Rin d'un air indigné. "C'est toi qui es géant !"

"Tu es petit", insista Ryûji, sans pitié. "Je parie que ton frère te frotterait le dessus du crâne s'il n'était pas si gentil".

"Tu vas voir !" Rin sauta et décoiffa délibérément les cheveux de Ryûji. "Descend de là, mon grand !" Il recommençait déjà à rire.

"Eh !" Ryûji repoussa la main. "Arrête ça," grogna-t-il. Il passa ses doigts dans ses cheveux et repoussa en arrière sa frange qui lui tombait sur le front.

Rin ricana de nouveau pendant que Ryûji se recoiffait en gromellant. "Tu devrais mettre de la laque, ou du gel peut être", lui dit-il.

"Mmm, oui. Ça pourrait le faire." Bien qu'il ait délibérément teint ses cheveux ainsi, il n'avait pas pensé que ce serait aussi ennuyeux. La casquette qu'il avait porté auparavant n'avait probablement pas arrangé les choses.

La jauge de stress intérieure de Ryûji commença à augmenter de nouveau en pensant à ses cheveux.

"Alors... ton, euh, père doit être à la maison, hein ? Le reste des prêtres aussi ?"

"Ouais !" Rin sourit à la question. "Ils sont tous impatients de te rencontrer".

Ryûji résista à l'envie de remettre sa casquette sur sa tête. "...Vraiment ?" marmonna-t-il. "Et, euh, ton frère ? Déjà parti ?"

"Ouais. Il est parti tôt ce matin." Rin regarda Ryûji, reconnaissant ce genre de ton. "Me dit pas que tu stresses à cause de ça ? T'inquiètes. Ils vont t'adorer," dit-il avec un sourire rassurant.

Ryûji se sentait rougir. "Je stresse pas !" grogna-t-il. "... Juste un petit peu nerveux, c'est la première fois et tout," murmura-t-il, serrant un peu plus sa sangle de son sac à dos.

C'était, en un sens, plus angoissant que de rencontrer Rin. La peur qu'il avait ressentit avant avait fondu comme neige au soleil quand il avait posé les yeux sur son ami, et il s'était senti... bien, soulagé et heureux d'une façon qu'il n'avait jamais connue avant, mais la famille de son meilleur ami... eh bien, il voulait faire bonne impression. Ryûji leur avait déjà parlé au téléphone, et il savait qu'ils l'appréciaient. Il voulait juste être à la hauteur des attentes qu'ils devaient avoir à son égard.

Rin ricana en voyant la tête que faisait Ryûji. Il avait toujours connu son ami comme un individu confiant, mais cela l'amusait de le sentir nerveux. "Tout va bien se passer". Il sourit et hocha la tête.

"C'est ici".

Ils étaient enfin arrivés devant le monastère. Rin sourit un peu et regarda Ryûji pour voir son impression sur sa maison.

Ryûji leva les yeux aux mots de Rin et la première chose qui attira son attention fut le grand cerisier en pleine floraison. Quelques pétales roses se détachaient sous le vent, et tombaient au sol jusqu'à arriver à leurs pieds. Ils s'arrêtèrent devant l'entrée, juste devant la porte principale. Devant lui se trouvait un grand bâtiment qu'il n'avait vu que sur des images.

"Wouah..." fit Ryûji, se sentant étrangement impressionné d'être ici après tout ce temps. C'était un peu surréaliste.

Le monastère était plus grand qu'il ne le paraissait dans les photos. Il était vieux, un peu usé mais évidemment bien entretenu. C'était un spectacle assez pittoresque et familial, surtout qu'il était entouré par les nombreux gratte-ciel de la ville.

Rin sentit la fierté remplir sa poitrine à la vue de l'expression de son ami. "Ouais, c'est plutôt pas mal." Il sourit et inclina la tête vers le bâtiment."Allez. Allons-y." Son sourire se fit taquin. "Tombe pas dans les pommes, d'accord ?"

Ryûji ouvrit grand les yeux de stupeur. "Comment ?" grommela-t-il, marchant après Rin qui passait la porte;

"J'suis rentré !" s'exclama Rin.

Un grand prêtre avec des cheveux bruns hirsutes sortit de la cuisine et sourit en les voyant.

"Bienvenue à la maison, Rin. Et Ryûji-kun est ici !" L'homme s'avança vers lui pour lui serrer la main. "Rin parle toujours de toi. J'ai l'impression que nous nous connaissons déjà bien." Il se mit à rire.

"Ne lui dis pas ça !" souffla Rin, les joues rouges pendant que les autres prêtres arrivaient suivis par Shiro Fujimoto. Les prêtres avec qui Ryûji avait brièvement discuté au téléphone l'accueillirent chaleureusement, laissant Shiro parler en dernier.

"P'pa !" Rin se tourna vers son père en redressant la tête. "C'est Ryûji."

"Yep." Shiro sourit. "Ravi de te rencontrer enfin. Rin parle de toi avec beaucoup d'affection."

Rin rougit et détourna de nouveau les yeux au commentaire.

Ryûji se sentait un peu dépassé par les événements. Il accepta poliment les salutations de chacun, essayant de ne pas paraître aussi nerveux qu'il ne l'était, mais ils ne battirent même pas d'un cil devant son apparence, et ses épaules se détendirent automatiquement. Il baissa la tête pour masquer son sourire.

Il releva le regard quand le père de Rin intervint pour le saluer. Son pouls s'accéléra. "Père Fujimoto !" Il s'inclina légèrement. "Je vous remercie de m'accueillir chez vous cette semaine. Je jure que je ne provoquerai aucun problème et, euh... Je suis content de finalement vous rencontrer, monsieur."

Shiro laissa échapper un petit rire. "Ne sois pas si formel. Tu es un bon ami de Rin, et tu es le bienvenu dans cette maison, pas de problème !" Il sourit. "Maintenant, Rin, va aider ton ami à s'installer puis va voir comment se porte le dîner."

"Ah ! C'est vrai !" Rin sourit largement à Ryûji. "Viens. Je vais te montrer où tu peux déposer tes affaires". Il tira sur la manche de Ryûji pour le conduire à travers la petite foule de prêtres qui étaient déjà en train de commérer sur eux deux. Ils traversèrent un couloir et montèrent les escaliers.

Quand ils arrivèrent dans la chambre de Rin, Ryûji se sentit intérieurement soulagé. Il avait senti les regards des prêtres sur lui même une fois hors de vue. Ce n'était pas mauvais, juste... différent. Sympathique.

Il ne le laissa pas paraître sur son visage.

"Donc. Tu parles de moi tout le temps, hein ?" lança Ryûji à Rin. Il lui tira un petit sourire espiègle en laissant tomber son sac à côté du lit de son ami. Il observa tranquillement la salle, ses yeux s'attardant sur le bureau pendant une seconde, avec de se concentrer de nouveau sur Rin lui-même.

Le visage de Rin rougit de nouveau et il attrapa le mot d'adieu que Yukio avait écrit et la fourra dans un tiroir.

"Oh la ferme", grommela-t-il. "Je parle un peu de toi... tu es mon meilleur ami, tu sais. Mais il font croire que je ne fais que ça."

"Quoi qu'il en soit... tu le fais". Le sourire de Ryûji s'élargit juste un peu, mais il se sentait heureux. "Allez. Il est temps que tu m'impressionne", dit-il en inclinant la tête vers la porte. "On peut faire ça après. J'ai des trucs pour toi."

"Ah, sérieux ?" Les yeux de Rin s'élargirent à l'idée de cadeaux de Kyoto. Il n'était jamais allé au voyage scolaire de Kyoto, il avait quitté l'école trop tôt. En plus de cela, ce que Ryûji avait apporté serait certainement très spécial. Mais les cadeaux pourraient sûrement attendre pour plus tard.

"Ouais, viens. J'espère que tu as faim !" Il sourit, sortant à reculons de la salle avant de se retourner et de trottiner dans les escaliers en direction de la cuisine.

Maintenant qu'il n'était plus aussi nerveux qu'avant, Ryûji prit de temps d'observer les environs. De l'intérieur, le monastère avait l'air tout aussi usé, mais il était propre, sans aucun signe de poussière ne s'attardant sur le bord des appuis de fenêtre. Il était évident que l'endroit était bien entretenu. Ils passèrent devant quelques peintures représentant des figures religieuses qu'il ne reconnut pas, sauf pour quelques-uns, les ayant étudié auparavant.

Mais alors que la majorité de l'endroit semblait sacré, comme il l'avait prévu, la cuisine avait l'air plus chaude et accueillante.

Le territoire de Rin, pensa Ryûji avec un sourire discret.

Le couvert avait déjà été mis et il y avait une odeur alléchante provenant du four. L'estomac de Ryûji exprima son appétit, à son embarras.

Rin fredonnait en sautillant à travers la pièce, enfilant ses gants de cuisine posés sur le plan de travail. Alors qu'il ouvrait le four pour vérifier la nourriture, une présence apparu aux côtés de Ryûji.

"Il a acheté tous les ingrédients lui-même." Shiro se tenait à côté de l'adolescent, souriant alors qu'il regardait son fils de prendre la grande casserole. "Il a nagé dans les livres de recettes, la semaine dernière, pour préparer ton arrivée." Il sourit et regarda Ryûji. "Il a planifié tous les repas de la semaine. Il a dit que tu étais impatient de goûter à sa cuisine".

Ryûji flancha un peu à la voix. Son cœur battait encore fort dans sa poitrine quand il se retourna vers le père de Rin. Quand est-ce qu'il ...?

Il se força à se détendre et à suivre les mots de l'autre.

"O-Oh ?" Une légère teinte rose-rouge apparut sur ses joues à la pensée de tous les efforts que Rin avait fait juste pour lui. "Je vois..." Quand il se retourna vers Rin, il vit un sourire heureux sur son visage.

Shiro regarda Ryûji pendant quelques instants. "Il m'a aussi dit que tu allais à l'Académie de la Crois Vraie. Vas-tu participer aux cours... particuliers ?"

Le sourire de Ryûji disparut aussi vite qu'il était venu. La surprise, la confusion, puis enfin la compréhension filtrèrent à travers son esprit. "Je... Oui". Il jeta un rapide coup d'œil à l'homme plus âge, les sourcils froncés, et aperçut finalement un pendentif familier accroché au cou du prêtre. C'était celui qu'il avait souvent vu autour de sa maison. Il ne pouvait pas croire qu'il ne l'avait pas remarqué plus tôt.

"Vous faites partie de l'Ordre aussi, n'est-ce pas, monsieur ?" murmura doucement Ryûji. Ça avait du sens. Rin ne l'avait-il pas mentionné une fois ? Cela faisait si longtemps, une remarque désinvolte dans l'une de leurs lettres, qui avait glissé de l'esprit de Ryûji.

Shiro rit. "Oui. J'en fais partie." Il leva un doigt et le posa sur ses propres lèvres. "Rin ne sait pas ce qu'être exorciste signifie vraiment. Alors je dois te demander de garder le silence à ce sujet. Je lui dirait quand le temps sera venu".

"Oi ! Qu'est-ce que vous marmonnez, vous deux ?" Rin les avait enfin repérés et jeta un regard méfiant à son père.

"Ah, je ne peux pas apprendre à connaître ton meilleur ami sans être interrogé ?" répondit Shiro d'un ton taquin.

"Tu étais probablement en train de lui poser des questions bizarres !" Rin agita sa fourchette d'une façon menaçante. "Sors d'ici, mon vieux, je t'appellerai quand le dîner sera terminé !"

Shiro se mit à rire et agita sa main de manière apaisante. "Très bien, très bien". Il regarda de nouveau Ryûji. "C'était agréable de parler avec toi. S'il te plaît, n'oublies pas mes derniers mots". Et sur-ce, il se tourna et quitta la cuisine.

Rin se dirigea vers Ryûji et regarda son père partir avec des joues légèrement roses. "Il ne t'a pas demandé quelque chose de bizarre, si ?"

"H-Hein ?" Ryûji essayait toujours de saisir en ce qui s'était passé. L'homme avec qui il venait d'interagir lui avait montré une facette de sa personnalité qu'il ne s'attendait pas à découvrir. Ryûji se sentait... intimidé. En outre, il était confus. Qu'est-ce que le prêtre avait voulu dire par là ? Rin ne savait pas ce qu'était l'Ordre ? Son père avait gardé le secret ?

La colère monta lentement dans son ventre, suivie d'une profonde déception. Un froncement de sourcils menaça de transformer son expression, mais Ryûji serra les dents et essaya de ne pas laisser ses sentiments intérieurs prendre le dessus. Il ne voulait pas causer de problèmes, pas aujourd'hui. Pas quand il était enfin là avec Rin. Ils étaient censés être profiter de ce temps. Il n'allait pas gâcher les choses.

... Ryûji décida de laisser passer cet incident pour le moment et se promit d'y revenir plus tard.

"C'était rien. Il m'a juste posé des question sur l'école," dit-il finalement, se forçant à se détendre. Bien qu'il se sentait toujours en difficulté, le sourire sur les lèvres arriva un peu plus facilement quand il regarda Rin "Et pour le dîner ? Besoin d'un coup de main ou quelque chose ?"

Rin regarda Ryûji un moment avant de lui sourire en retour. "Pas vraiment. Mais tu veux essayer ? Comme ça, tu me diras si c'est bon." Il prit une petit cuillère dans un tiroir. Il la passa dans un coin de la casserole et la posa sur une petite plaque, la remettant à Ryûji. "Voilà. Goûte ça."

Ryûji saisit la plaque, et pour plaisanter, avertit l'autre qu'il viendrait le hanter s'il mourrait d'un empoisonnement.

"Ça a l'air pas mal..."

Ryûji résista à la tentation de toute avaler d'un coup et souffla doucement sur la sauce pour la refroidir. Au moment où il mit la cuillère dans sa bouche, ses yeux s'élargirent.

"C'est super bon !" Ryûji n'avait jamais autant eu envie de manger un repas. "Tu ne te vantais absolument pas ! Je veux dire, les choses que tu m'as envoyées par la poste toutes ces années étaient bonnes, mais ça c'est carrément incroyable !"

Rin sentit son visage rougir immédiatement après avoir entendu les paroles de Ryûji et il baissa la tête, souriant au sol alors qu'il se balançait inconsciemment d'un pied sur l'autre. Il se sentait tellement soulagé et heureux que son ami ait aimé. "Content que tu aimes. Il va certainement en rester pour le déjeuner de demain, j'en ai un peu trop fait". Il sourit timidement à l'adolescent plus grand.

"Heh. Pas grave. Ton père m'a dit que tu avais tout planifié pour la semaine et après avoir goûté à ça, je peux pas dire que je ne suis pas impatient de voir la suite."

Rin était vraiment flatté et embarrassé et il rougit encore. "Oui, j'ai l'ai fait, je l'ai fait ! Je vais pas changer mes plans, mais je peux pas croire que t'ais dit quelque chose comme ça..." Il fit une grimace vers la porte que son père avait "oublié" de fermer avant de se tourner vers Ryûji avec un sourire. "Je suis vraiment content que tu ais aimé. Parce que j'ai fait ça juste pour toi, tu sais," dit-il timidement avant de remettre ses gants pour saisir le grand plat.

"Allez. Je vais dire à tout le monde de se mettre à table, et je vais chercher un truc à boire," dit Rin en prenant la casserole encore fumante sur la table.

Le dîner fut agréable. Ryûji était encore un peu intimidé par la famille de Rin, surtout après la discussion qu'il avait eu avec le père de ce dernier. Chaque fois qu'il regardait l'homme aux cheveux gris, qui agissait de la même manière nonchalante que son propre père, son estomac se tordait de malaise, mais à la vue du visage souriant de Rin et la familiarité chaleureuse des autres prêtres le mettait à l'aise et lui fit oublier les histoires de secrets.

Après tout, c'étaient les voix qu'il avait entendu au téléphone pour la plupart de sa vie, bien que brièvement, et pourtant, même maintenant, ils le traitaient avec tendresse, comme si il était là où il devait être.

C'était très agréable, un peu comme être à la maison.

"Oh ! C'est vrai. Rin, tu as de la chance ! Nous avons trouvé une offre d'emploi pendant que tu étais parti chercher Ryûji-kun. L'entretien est demain."

"Hein ?" Rin regarda Izumi, perturbé par la nouvelle. "Mais... Ryûji est ici !"

"Ryûji-kun sera ici pendant une semaine." Shiro le regarda sévèrement. "Tu ne peux pas te permettre d'attendre une semaine et espérer que le poste sera toujours disponible.""

"Oui, mais..." Rin fronça les sourcils, n'ayant pas l'air très heureux.

Ryûji poussa Rin du coude. "Hé, je ne partirai nulle part. Ça ne peut pas de faire de mal de saisir une chance, non ?"

Rin regarda Ryûji, sentant une sorte de sensation d'impuissance dans sa poitrine. "Très bien," grommela-t-il, en prenant une bouchée de sa nourriture avec un peu de mauvaise humeur.

À la déclaration, les prêtres regardèrent Ryûji, en état de choc. Il avaient prévu un véritable combat et s'étaient tous armés d'arguments pour convaincre Rin d'aller à l'entretien. Mais la lutte était terminée avant même d'avoir commencé.

"Ryûji-kun ! C'était incroyable ! Nous n'avons jamais vu Rin d'accord si vite !" s'écria Kyodo tandis que les autres prêtres acquiesçaient avec véhémence.

"Qu'est-ce que vous essayez de dire par là ?" grogna grossièrement Rin, poignardant du regard les prêtres.

Ryûji étouffa un sourire derrière une bouchée de nourriture.

Ouais, c'était comme être à la maison.