Rin se réveilla en entendant quelqu'un bouger près de lui. La lumière du soleil le fit cligner plusieurs fois des yeux, et se tourna vers Ryûji qui fouillait dans son sac.

"B'jour..." marmonna-t-il, se frottant les yeux en se retournant pour regarder le réveil. 07h30. "Oh, trop tôt... !" protesta-t-il d'une voix endormie.

Ryûji lui lança un coup d'oeil par-dessus son épaule, et réprima un sourire en voyant Rin replonger dans ses couvertures. "Bonjour. Tu vas continuer à dormir, princesse ?"

Ryûji se sentait un peu coupable de l'avoir réveillé, mais il était debout depuis bientôt deux heures, et il s'ennuyait un peu. En plus, Rin devait se préparer pour son entretien d'embauche, même s'il avait encore quelques heures devant lui.

Mais d'abord, une douche. Ryûji sortit ses vêtements de son sac, referma la fermeture éclair de celui-ci, et jeta à la poubelle le petit mot qu'il avait laissé plus tôt à l'intention de Rin quand il était sorti faire son jogging.

"Qui tu traites de princesse ?" grogna Rin en plissant les yeux à moitié sous les draps. "C'toi le coq, à te lever si tôt le matin". Il observa Ryûji une seconde avant de commencer à ricaner. "Remarque, avec tes cheveux, tu as déjà la crête..."

"Oi." Ryûji fronça les sourcils. Il résista à l'envie de se passer la main dans les cheveux. À la place, il leva fièrement le menton et sourit. "Mieux vaut être un coq qu'un gorille", dit-il d'une voix traînante. Il saisit la serviette autour de son cou et la jeta sur l'autre. "Allez. Si tu es réveillé, ne reste pas au lit. On doit profiter de notre temps ensemble".

"Hééé !" Rin repoussa la serviette humide et fit la moue. "Ouais, d'accord," grommela-t-il, mais il avait un petit sourire aux lèvres en sortant du lit pour s'étirer. "Tu vas te doucher ?" demanda-t-il avant de laisser ses bras retomber, se sentait un peu plus éveillé maintenant, même si c'était encore trop tôt. Rin savait que si Ryûji n'avait pas été là, il aurait roulé sur le côté et se serait rendormi pour quelques heures de plus. Mais son ami avait raison. Ils devaient profiter du temps dont ils disposaient.

"Ouais. Ça ne prendra pas longtemps". Même si Ryûji devait réfléchir à ce qu'il devait faire de ses cheveux. "... Tu voudras bien me faire visiter le quartier, après le déjeuner ?" Le plus grand adolescent ramassa la serviette tombée et la remit sur son épaule.

Rin hocha la tête. "Oui, on pourra faire des trucs. J'ai toujours..." Il fronça les sourcils. "j'ai encore du temps devant moi," termina-t-il en haussant les épaules. Il frotta l'arrière de son cou. "Je vais faire le petit déjeuner."

"Super. À plus tard, alors."

Vingt minutes plus tard, Ryûji se rendait à la cuisine. Finalement, avait décidé de continuer à se mettre une pince dans les cheveux, comme il l'avait fait en sortant pour son jogging. Enfin, c'était provisoire. Voir son reflet était toujours un peu bizarre, mais pas dans le mauvais sens du terme. Il avait toujours le même visage. Ses cheveux teints, le petit début de barbe qui poussait sur son menton et ses piercings lui donnaient un air un peu plus âgé, mais c'était... bien. Il ne le regrettait pas.

Ah oui... Il faut que je pense à lui montrer la photo de Shima ...

Penser aux cheveux de Shima le faisait encore sourire. Ce n'était pas comme si ce look ne convenait pas à son ami, mais il l'admirait pour avoir osé aller jusqu'au bout.

Le petit déjeuner était, sans surprise, délicieux. Ce n'était pas comme si Ryûji avait grandi en mangeant de la mauvaise nourriture, mais la cuisine de Rin était exceptionnelle. Et apparemment, les autres prêtres étaient du même avis.

"Tu devrais vivre avec nous, Ryûji-kun", déclara Izumi, riant alors qu'il posait son verre. "Nous n'avons jamais vu Rin se lever si tôt ! D'habitude, il dort jusqu'à midi".

"On pensait qu'on allait avoir du mal à le faire se lever à temps pour son entretien !" confia Kyodo avec un rire.

"La ferme," marmonna Rin, le visage rouge. "Vous êtes énervants."

"Ne sois pas comme ça, Rin-kun." Maruta sourit. "Nous aimons tous te voir te lever si tôt."

"Vous aimez ça juste parce que je vous fais à manger !" lança Rin. "Sinon, où est le vieux ?"

"Ah, le Père Fujimoto parle à quelqu'un dehors. Ne le dérange pas, d'accord ?" l'avertit Nagatomo en continuant à manger.

Rin tendit le cou pour regarder par la fenêtre. Il vit son père en train parler à une femme en face du monastère. "Hm. Très bien. On va sûrement se balader un peu, Ryûji et moi, avant d'aller à l'entretien. " Rin se tourna vers son ami et sourit. "Ça te va ?"

"Oui," répondit Ryûji après avoir avalé une autre bouchée. "Je suis d'accord."

Rin sourit de toutes ses dents.

"Très bien. Eh bien, assure-toi que Rin revienne à temps, Ryûji-kun !" déclara Kyodo.

"Ne lui dit pas ce qu'il doit faire !"

Rin grommelait toujours un peu après avoir fini son petit déjeuner. Les deux adolescents quittèrent le monastère à temps pour voir Shiro discuter avec la femme qui avait une petite fille avec elle. Rin avait un commentaire acerbe sur le bout de la langue, mais il le ravala, conscient du fait que Ryûji était à côté de lui.

"Hé, le vieux." Rin le regarda avec un froncement de sourcils méfiant. "Ryûji et moi allons sortir un peu."

"Très bien. N'oublie pas de revenir à temps pour te préparer. Sans vouloir te mettre la pression," déclara Shiro avec un sourire chaleureux.

"Ouais, je sais, je sais," grogna Rin avant de passer à côté de lui.

Quand ils amorcèrent le premier virage, Ryûji se laissa se détendre, heureux d'être loin de la source de sa tension. Il était un peu mal à l'aise quand il croisait le regard du père Fujimoto, même si - non, spécialement parce que le visage du vieil homme ne trahissait aucun signe de tromperie. Cela le faisait se sentir mal à l'aise, mais la promesse qu'il s'était faite à lui-même la nuit dernière était plus facile à supporter.

En essayant de chasser ce problème de son esprit pour le moment, Ryûji remarqua la légère tension entre les épaules de Rin. Ses sourcils se froncèrent, mais cette expression le quitta quand il réalisa ce qui n'allait pas chez l'autre. Il est nerveux...

Ryûji n'était pas surpris. Son ami avait du mal à trouver un emploi, et encore plus de difficulté à en garder un. Il espérait qu'aujourd'hui, les choses se passeraient bien pour lui...

Pour tenter de détendre un peu l'autre, Ryûji entama la conversation.

"Alors ? Où est-ce qu'on va ?" demanda-t-il.

Rin regarda Ryûji, sortant de ses pensées. "Ah, désolé, à droite." Il sourit largement. "Par là. Je veux te montrer quelque chose." Il reprit le rythme, le guidant à travers la rue. Ils marchèrent quelques mètres encore, puis ils prirent un tournant, et Rin tendit la main en direction d'une petite aire de jeu. "Ta-da ~ !" chantonna-t-il joyeusement.

Ryûji regarda devant lui. Il n'avait vu ce terrain de jeu qu'en photo. Rin lui en avait envoyé plusieurs, et il en parlait beaucoup dans ses lettres. Il reconnut les arbres, le tourniquet au centre, les fleurs sur les bords du grillage - et bien sûr, elle était là. La fameuse balançoire était à quelques pas en face d'eux.

"Cet endroit n'a vraiment pas changé, pas vrai ?" Ryûji rit. "Tu viens encore jouer ici ?" dit-il avec un sourire taquin.

Rin sourit et sauta par-dessus la clôture. "Je ne joue plus beaucoup." Il mit ses mains dans ses poches et tira la langue à Ryûji. "Mais oui, je viens souvent ici." Rin s'approcha de la balançoire et s'assit machinalement, laissant les bras croisés en se balançant. "Je viens ici quand j'ai besoin de réfléchir." Il hocha la tête et planta ses talons le sol. "C'est trop dur, parfois, à la maison."

Ryûji suivit Rin des yeux, sentant le poids derrière la déclaration. "...Oui, je comprends," dit-il après un moment en haussant les épaules.

Et c'était vrai. Aussi spacieux qu'était le temple était, il était parfois difficile d'avoir son intimité. Les membres de la Myôda étaient un groupe rassemblant la famille Shima et la famille Hôjô, pour ne pas parler du reste de leurs membres, et Bon était toujours entouré par beaucoup de gens.

Rin leva les yeux vers son ami et se pencha un peu, cognant son genou contre le siège à sa droite. "En parlant de maison, comment ça s'est passé avec tes parents quand tu es parti ?" demanda-t-il en se balançant de nouveau, les mains autour des chaînes de la balançoire.

Ryûji grimaça un peu à cette question.

"Aussi mal que tu peux l'imaginer," marmonna-t-il en s'approchant de l'autre balançoire. "Je me suis encore disputé avec l'autre vieux type. M'man avait déjà deviné que je voulais partir, mais lui, il a été choqué comme pas possible. Pas étonnant, vu qu'on ne se parle pratiquement jamais." Ryûji eut un sourire dérisoire. Ses doigts se serrèrent un peu plus autour de la chaîne, et il continua. "Et quand je leur ai dit que j'étais déjà inscrit... ha ! Tu aurais dû voir leurs têtes. Impayable."

Il se sentait un peu mal d'avoir chagriné sa mère, mais ils s'étaient quittés en bons termes. Quant à son père... Ryûji ne l'avait pas vu durant les trois dernières semaines, pas même une fois. Il était contrarié, mais le sentiment de revanche accomplie devant son visage lorsqu'il lui avait annoncé son départ lui servait de consolation.

"Après ça, j'ai découvert que Konekomaru et Shima partaient aussi, comme je te l'ai dit. J'étais super occupé une fois que toute la famille a appris que je partais. Je suis content d'être enfin débarrassé de tout ça."

Rin écoutait, mais il ne comprenait pas complètement. "Mh... Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ils ont étés complètement choqués comme ça." Il se tourna pour faire face à Ryûji. "Ce n'est pas comme si tu n'allais plus jamais revenir leur rendre visite, non ? Alors en quoi est-ce un problème ?"

Ryûji eut du mal à soutenir le regard de son ami. "Je..." il hésita et pensa à ses promesses, celles qu'il avait faites pour lui même, pour sa famille. Pour Rin.

"... Je n'ai pas prévu de rentrer à la maison," déclara-t-il d'une voix calme, le regard baissé sur ses genoux. "Enfin, pas durant mes études. Pas avant d'être devenu un grand exorciste." Pas avant d'avoir battu Satan, pensa-t-il, se détestant de ne pas pouvoir le dire à haute voir. Avec tous ses discours sur la sincérité dans ses lettres, il n'avait jamais parlé à Rin de cet objectif. C'était irrationnel. C'était ridicule. Il faisait confiance à Rin. Et pourtant... même maintenant, l'idée de voir Rin se moquer de lui comme tous les autres le remplissait d'effroi.

Il ne sait même pas que sont vraiment les exorcistes, se rappela-t-il amèrement, frustré.

"Oh." Rin regarda Ryûji, son froncement de sourcils, et baissa à nouveau les yeux. Il y eut un long silence avant qu'il ne reprenne la parole. "Je comprends." Il hocha la tête, repoussant ses jambes et laissant le siège se bloquer en arrière. "Ouais. Je pense que je comprends. Parce que chaque fois que je perds mon emploi... rentrer à la maison est difficile". Rin sourit à Ryûji. "Tu veux rentrer à la maison glorieusement, non ? Tu veux te sentir fier et savoir qu'ils vont tous être fiers de toi aussi".

Rin hocha la tête et se pencha en arrière, serrant les chaînes alors penchait la tête en bas. "Ouais, je comprends", répéta-t-il. "Dans ce cas, je suppose que tu dois aussi se sentir mal. Parce que suis sûr qu'ils te manquent".

Ryûji grimaça légèrement. "Ils s'en fichent que je sois là ou pas... " murmura-t-il. Mais les paroles de Rin avaient frappé le cœur du problème.

Je vais vivre comme je le veux, je l'ai dit... mais j'aimerai vraiment que papa soit...

"Argh ... Je ne veux plus penser à ça. Changement de sujet !" Demanda Ryûji en fronçant les sourcils. L'adolescent plus âgé mis tout son poids sur ses talons et se balança sur la balançoire comme s'il essayait d'arrêter de penser à son père.

Rin rit. "Très bien, très bien !" Il bougea les chaînes de son siège et se tourna de nouveau, en accrochant ses chevilles autour d'une des jambes de Ryûji. "Dis, tu étais tout en sueur ce matin", dit-il. "Où tu étais parti ?"

Ryûji serra un peu plus les chaînes et souffla d'exaspération en regardant sa jambe prisonnière. "Je suis sorti courir". Il regarda Rin avec désapprobation et se pencha pour repousser la frange qui tombait devant les yeux de l'autre. "J'ai essayé de me rendormir ce matin, mais j'ai eu du mal. Je ne suis pas habitué à ça.", expliqua-t-il, souriant légèrement devant la tête de son ai.

Rin laissa échapper un gémissement de protestation quand Ryûji tira sur ses cheveux mais il continua à maintenir son emprise sur sa jambe. "Courir ?" Il pencha la tête vers la main de son ami. "Bon sang, mais à quelle heure tu t'es levé ?"

"Cinq heures et demie". Ryûji prit un air suffisant. "Tout le monde ne dort pas jusqu'à midi, tu sais". La pique fut accompagnée d'un ébouriffage des cheveux de l'autre.

"Cinq heures et demie du matin ?" Les yeux de Rin étaient aussi larges que des soucoupes. Il pencha un peu la tête quand il lui passa la main dans les cheveux, trop choqué pour vraiment protester. "Mais que foutent les gens qui se réveillent à cinq heures et demie !"

"Oï ! Les gens normaux se réveillent à cinq heures et demie. Enfin, pas tout le monde", admit Ryûji. "Mais il y a un tas de gens qui le font". Après un dernier ébouriffage moqueur, il lâcha les cheveux de Rin et repoussa son front. "Enfin bon, quoi qu'il en soit, lâche ma jambe. On doit rentrer bientôt, non ?"

Rin se frotta le front avec un soupir avant de retirer ses jambes comme demandé. "Ouais..." murmura-t-il, son expression devenant plus grave. Il sentit sa poitrine se serrer et ses muscles se tendre, alors qu'il serrait encore un peu plus les chaînes. L'heure de l'entretien semblait approcher comme un mur de brique impossible à traverser. Il sentait une boule dans sa gorge et il souhaitait vraiment que les prêtres laissent tomber ça. Il voulait une semaine de bonheur. Juste une semaine à ne pas se soucier de l'avenir et profiter de la présence de Ryûji.

"Quelque chose..." commença Rin avec une petite voix, regardant le sol. "Quelque chose va encore mal se passer, n'est-ce pas ?"

À ces mots, Ryûji étudia Rin du coin de l'œil. La tension dans les épaules et les signes d'inquiétude sur son visage étaient revenus. Il avait l'air misérable. Tous les efforts de Ryûji pour distraire Rin avaient échoué.

Il se balança légèrement sur le côté, se heurtant à l'épaule de l'autre pour attirer son attention. "Hé," dit-il d'une voix calme, "Arrête de te faire du mauvais sang." Il rassembla ce qu'il espérait être un sourire rassurant. "Détends-toi. Et souris aussi. Personne ne va t'embaucher si tu fais cette tronche lamentable", le taquina-t-il.

Rin bascula sur le côté de l'épaule de Ryûji et regarda son meilleur ami avec un peu de gratitude. Ryûji était là pour lui. Que les choses se passent bien ou mal, il serait toujours son ami. Donc, c'était bien, non ? L'expression de Rin sembla se détendre à cette pensée. "Eh bien au moins je suis toujours plus beau que toi." Il frappa l'épaule de Ryûji d'un air entendu avant de se lever et de se diriger vers la sortie de l'aire de jeux, un sourire par-dessus son épaule.

Ryûji sentit un éclair de soulagement le traverser alors qu'un sourire apparaissait sur son visage. "Pas besoin de le dire, princesse !" Il le rattrapa rapidement, laissant la balançoire rebondir dans le vide derrière lui.

"Qui tu traites de princesse ?!"