Les deux adolescents étaient sortis par la porte de service bien cachée par la végétation. Il y avait eu un craquement, dû à son manque d'utilisation, mais ils furent dans la rue en quelques instants.

"Jusqu'à... Jusqu'où on doit aller avant d'appeler ?" Rin regarda Ryûji, n'osant pas s'arrêter de courir. Ils n'avaient nulle part où aller, mais ils devaient partir loin et le téléphone pesait lourdement dans sa poche.

Ryûji lui répondit brusquement en gardant un œil attentif sur leur environnement. "Fais-le maintenant. On sait pas où aller de toute façon."

Heureusement, les démons ne les poursuivaient plus. Il semblait qu'ils s'étaient tous dirigés vers le monastère, tout comme Shiro l'avait dit. Cela ne signifiait pas pour autant que la diversion marcherait longtemps.

Je ne peux pas les laisser nous trouver. Je ne peux pas les laisser prendre Rin, pensa-il en récitant dans sa tête le psaume que Shiro lui avait appris plus tôt.

Rin hocha la tête et sorti le téléphone de sa poche. "Allez." Il saisit la main de Ryûji et l'attira dans une ruelle étroite et sombre tout en ouvrant l'appareil. Il haletait légèrement, alla dans la liste des contacts et fronça les sourcils.

Il n'y avait pas de nom inscrit au-dessus du numéro. Juste une étoile. Mais c'était le seul numéro du répertoire, comme Shiro l'avait promis. Il cliqua sur le bouton entrer du téléphone et le pressa contre son oreille, écoutant la sonnerie.

Il ne fallut pas longtemps pour que la personne décroche.

"Eh bien, eh bien, c'est une surprise. Que me vaut ce plaisir, Shiro ?" une voix traînante parlait d'un ton mielleux.

"Euh..." Rin fronça les sourcils. Ce gars avait l'air assez... étrange. "C'est le fils de Shiro. Okumura Rin... il a dit que vous pourriez me protéger." Il jeta un coup d'œil à Ryûji, mais ce dernier était trop nerveux pour le remarquer.

Il y eut un bref silence sur la ligne, puis ; "Okumura Rin, dis-tu ?" La voix était devenue positive et joyeuse. "Oh, les choses doivent être assez graves s'il t'a dit de m'appeler." La déclaration fut suivie d'un ricanement silencieux qui se transforma en un grand rire. "E-Eh bien, alors, Okumura-kun," dit la personne une fois après avoir réussi à reprendre un peu le contrôle d'elle-même, "quel est le problème ?"

Rin enleva le téléphone de son visage, et activa le haut-parleur. "Vous pensez que c'est une blague ?!" gronda Rin dans le téléphone, et Ryûji se tourna enfin vers lui en entendant la colère dans sa voix. "Le vieux m'a dit que j'allais être pourchassé et que vous alliez m'aider ! Alors, vous allez m'aider ou pas ?!"

La demande ne sembla pas froisser le moins du monde l'homme à l'autre bout de la ligne.

"Ah, je vois. Donc, tu es déjà poursuivi ? Oui... Nous allons devoir faire quelque chose à ce sujet. Ils ne doivent pas t'emmener si tôt dans la Géhenne."

L'homme fredonna, puis reprit la parole. "Dis-moi, ton père t'a-t-il donné une sorte de clé ?" demanda-t-il.

Rin fronça un peu plus les sourcils en remarquant que l'homme devenait plus sérieux. "Juste ce truc qui sert à faire disparaître les choses. Il m'a dit de l'utiliser pour cacher l'épée qu'il m'a donné."

"...Vraiment ?" L'homme semblait agacé. "Dans ce cas, la meilleure chose à faire est d'aller à Southern Cross Mall. Vite. Et appelle-moi de nouveau une fois arrivé là-bas," dit-il.

Rin grimaça et saisit fermement la main de Ryûji. Southern Cross Mall était dans la direction opposée. Et ils devraient prendre un chemin encore plus long pour contourner le monastère. "Bien. Je le ferai." Sa voix était tendue. "Vous allez me rejoindre là-bas ?"

"Oui, donc ne traîne pas en chemin, et ne t'arrête nulle part ailleurs. Nous ne voudrions pas qu'il t'arrive quelque chose, n'est-ce pas ?"

Et ce fut avec ces mots d'adieu de mauvais augure que l'homme raccrocha.

"Alors, on fait quoi ?" demanda Ryûji après que Rin ait remis le téléphone dans sa poche.

"On va à Southern Cross Mall." Rin regarda son ami et fronça les sourcils. "C'est... C'est un peu loin d'ici, mais ce type a dit qu'il nous rejoindrait là-bas." Il n'avait pas confiance en cet homme. Mais en ce moment, il était tout ce qu'ils avaient. Courir sans but était le meilleur moyen pour Ryûji et lui de s'attirer encore plus ennuis.

Ryûji fronça les sourcils. "J'espérais qu'on n'aurait pas à courir longtemps... Tch. Allons-y, alors." Il commença à tirer Rin hors de la ruelle, et après lui avoir demandé la direction, il continua à le tirer derrière lui par le poignet.

"Il vaut mieux passer par les rues. Les démons aiment les endroits sombres, le temps est en notre faveur pour le moment," dit-il en faisant un geste vers le soleil. "J'espère juste qu'on va pas tomber sur un truc trop mauvais." murmura-t-il entre deux inspirations.

Rin hocha la tête, suivant Ryûji et lui tenant fermement la main. Alors qu'ils couraient dans la rue, il serra la sangle autour de son épaule, celle qui tenait le manchon rouge contenant l'épée que son père lui avait donné. Il se rappelait la façon dont son ami l'avait regardée, et même si ce n'était pas vraiment le moment, il ne put s'empêcher de lui poser la question qui lui brûlait la langue.

"Ryûji !" appela-t-il, accélérant pour se rapprocher de lui. "Tu... Tu connais cette épée, pas vrai ? On aurait dit que oui."

Ryûji jeta un coup d'œil à Rin avant de se regarder de nouveau vers l'avant en fronçant les sourcils. "... C'est un héritage de mon temple," expliqua-t-il brièvement. "C'est pas quelque chose que ton vieux aurait pu obtenir facilement. Mince, c'est quelque chose qu'il n'aurait jamais dû être en mesure obtenir."

"Ton temple ?" répéta Rin, sidéré. "J'ai jamais entendu dire que mon vieux était allé à Kyoto." Il fronça les sourcils. Il se sentait un peu perdu et aurait voulu poser plus de questions, mais il savait que Ryûji et lui étaient dans le même bateau. Il lui serra un peu plus fort la main et continua d'avancer.

Il dépassèrent bientôt le quartier résidentiel. La population commença à augmenter quand ils arrivèrent dans la partie commerciale de la ville. Des adolescents profitant de leurs derniers jours de vacances flânaient sur les trottoirs et les marchands interpellaient les femmes au foyer. Ryûji et Rin furent contraints de ralentir leur rythme pour éviter de percuter les passants. Cependant, ils avançaient avec empressement et ne s'arrêtèrent que quand un ruban de signalisation leur barra la route.

"Merde. Et maintenant ?"

Il ne connaissait pas bien les alentours, mais Rin lui avait dit qu'ils atteindraient le centre commercial en suivant ce chemin. Son regard balaya la rue.

"Ça mène quelque part ?" demanda-t-il en pointant le détour le plus proche avec agitation.

Rin étaient en train de chercher un itinéraire de rechange dans sa tête quand il vit l'allée que son ami lui indiquait. "Ouais." Il se gratta la tête. "Ouais, je pense. Ça devrait nous mener à South Avenue si on s'y prend de la bonne façon."

Il se précipita dans la ruelle d'un air résolu, entraînant Ryûji à sa suite. Mais ils n'étaient dans l'allée que depuis quelques minutes quand une sensation de malaise se répandit dans sa poitrine. Ne t'arrête pas. Son souffle se coupa, il pouvait presque entendre les gloussements des Coaltars tandis que des ombres apparaissaient autour d'eux. Avaient-ils étés repérés ?

Oh non.

Ryûji resserra sa prise sur la main de Rin et continua à courir. Son cœur battait de façon irrégulière dans sa poitrine, mais il se concentra sur la sortie de la ruelle avec détermination.

Juste un petit peu plus... Allez... !

Une des ombres surgit devant eux. Ryûji sursauta et tira rapidement Rin en arrière par le col. L'adolescent eut le souffle coupé, se cognant contre la poitrine de son ami et agrippant sa chemise.

"Le sentier des justes ne sera pas révélé à l'infidèle ! Je descend l'échelle de Jacob, aidé par le Seigneur !" cria Ryûji. Le démon ne disparut pas.

Pourquoi ?! pensa-t-il, les yeux écarquillés, se figeant de terreur. Un de ses bras était enroulé autour du cou de Rin de manière protectrice, et l'autre chercha la bouteille d'eau bénite que le père de Rin lui avait donné. Mais le démon, déjà irrité par le psaume raté, s'élança, Ryûji dans sa ligne de mire.

Il eut juste le temps de pousser Rin sur le côté avant de s'écraser lourdement sur le sol. Un brouillard noir de consistance boueuse entourait la gorge, la bouche et le nez de l'adolescent.

"Ryûji !" Rin se releva à l'aide du mur et se précipita sur le démon, sautant dessus pour l'attaquer. Mais il passa à travers lui, comme si ce n'était qu'un nuage. Rin tomba durement sur le béton.

Ryûji ne pouvait pas respirer.

Il s'étranglait, la fumée suffocante passant de force par ses lèvres et entrant dans sa gorge. Il essaya de recouvrir sa bouche avec sa main, mais l'effort était vain.

Va...t'en... ! pensait désespérément Ryûji, se débattant avec agitation et touchant une fois de plus d'atteindre la bouteille dans sa poche. Il sentait que sa conscience se brouillait, entendant le démon murmurer dans son cœur, d'une voix faible et familière.

Tu veux vaincre Satan ...? Hahahaha... Ne sois pas ridicule !

La bouteille glissa de ses doigts, roulant au sol.

Rin regarda avec horreur le corps de Ryûji commencer lentement à mollir. Le démon au-dessus de lui... l'étranglant.

Non... Qu'est-ce qu'il était supposé faire ?! Un mouvement attira son attention et Rin aperçu la grenade d'eau bénite rouler lentement de la main de son ami. Il se précipita en avant, essayant de l'attraper, mais elle continua de rouler sur le sol légèrement en pense, en direction d'une petite cavité. Nononon ! Rin plongea, mais il était trop tard. La bouteille passa à travers ses doigts et tomba dans la sombre cavité. (1)

Que devait-il faire maintenant ?!

"C'est un sabre pourfendeur de démons connu sous le nom de Kurikara."

Rin se figea, la sangle noire devenant subitement très lourde sur son épaule. Ne la dégaine jamais, répétait la voix de son père dans sa tête. Si tu le fais, tu reprendras immédiatement son corps de démon, et tu ne seras probablement jamais en mesure de redevenir humain.

"Très bien..." Rin laissa tomber le tissu rouge. Et saisit le manche de l'épée. Il prit immédiatement sa décision. Parce que vivre une vie humaine en perdant Ryûji... ce n'était pas la vie qu'il voulait vivre.

Quand il sortit l'épée de son fourreau, la ruelle fut baignée d'une brillante lumière bleue. Rin sentit un éclair de douleur et une vague de chaleur, mais bientôt, un sentiment de soulagement et de puissance se répandit en lui. Les flammes caressaient ses oreilles pointues tandis que les démons autour d'eux hurlèrent de terreur.

Les flammes saintes ! criaient-ils. Il pouvait clairement les entendre. Du respect mêlé de crainte.

Rin ouvrit la bouche et rugit, ses crocs pointus découverts, les yeux brûlants de rage fixés sur le démon retenant Ryûji. Il recula, mais c'était trop tard. Rin brandit le Kurikara et sauta, fendant le démon en deux avec une facilité dérisoire. Il le regarda se désintégrer, et il sentit une satisfaction malsaine lui tordre la poitrine.

Ryûji... Rin revint à la réalité et remit l'épée dans son fourreau. Immédiatement, il sentit les flammes disparaître, mais il se sentait différent. Il ne pouvait pas vraiment le doigt dessus, mais il décida d'y revenir plus tard. "Ryûji ! Tu vas bien ?" Il s'agenouilla à côté de l'adolescent face contre terre, inquiet.

Ryûji grommela. Il voyait flou et sentit la main de Rin sur sa poitrine.

"Qu ... ?" dit-il d'une voix rauque, ayant du mal à parler. Sa vision devint plus nette et le visage de Rin apparut.

Ses yeux bleu acier étaient remplis d'inquiétude. Ryûji tenta de lui offrir un sourire forcé, mais il ressemblait plus à une grimace. "... s'est passé ?" murmura-t-il, se forçant à s'asseoir.

Sa mémoire était un peu brumeuse. Tout ce dont il pouvait se rappeler était la sensation écœurante du démon aspirant sa volonté, se nourrissant de tous les sentiments et les pensées sombres qu'il ait jamais pu avoir. Le rire moqueur résonnait dans sa tête. Il avait étouffé, s'enfonçant dans les profondeurs froides de son esprit alors que sa conscience avait commencé à se brouiller...

Et puis une chaleur s'était infiltrée dans ses os, purifiant cette ombre, cette sensation d'être en train de se faire aspirer l'âme disparaissant en un éclair, juste comme avant.

C'était... si proche...

Ryûji frissonna et porta une main à son front, le sentant palpiter de douleur. Très vite, ses souvenirs lui revinrent, le percutant comme un accident de train. L'adrénaline monta de nouveau en lui quand il se rappela la rapidité à laquelle tout s'était passé. Il fronça les sourcils et se retourna vers Rin-

Et sa bouche s'ouvrit.

Ryûji eut une expression choquée alors que ses yeux parcouraient les oreilles pointues et allongées de Rin, ses canines acérées, le truc noir se balançant derrière ses épaules.

"Rin..." Souffla Ryûji, "qu'est-ce que tu as fait... ?"

Rin résista à l'envie de reculer en arrière à l'expression de Ryûji. Il y avait quelque chose dans cette expression qui lui remuait les entrailles. Mais il vit que ses yeux allaient de droite à gauche et il baissa les yeux pour voir un mince appendice noir enroulé autour de son ventre. Il l'attrapa instinctivement et sentit immédiatement un frisson de gêne redresser sa colonne vertébrale.

"Ah..." Rin le déroula et regarda derrière lui. Ça venait de sous sa chemise... Une queue. C'était ça. Rin se souvenait du démon à qui ils avaient échappé ce matin même. Il avait une queue lui aussi. Et des cornes. Rin passa ses mains sur sa tête et fut soulagé de constater que ces choses craignos n'avaient pas poussé sur son crâne. Mais lorsque ses doigts s'abaissèrent, ils passèrent le long des bouts pointus de ses oreilles. Rin se mordit la lèvre et grimaça quand ses canines pointues percèrent la chair tendre de sa bouche.

"Désolé..." Il mit sa main sur sa lèvre inférieure. "C'est... ce truc était sur toi et je savais pas quoi faire..." Rin souleva un peu le Kurikara pour que Ryûji puisse le voir, incapable de dire les mots lui-même.

Ryûji pouvait à peine détacher son regard du visage de l'autre. Son cœur tomba dans son estomac quand un sentiment d'échec écrasant l'accabla. Rin avait... avait utilisé l'épée... il avait brisé le sceau qui retenait ses pouvoirs démoniaques... pour le protéger.

"... Espèce d'idiot..."

Les épaules de Ryûji tremblaient. Une irrationnelle étincelle de colère le secouait tout entier.

"Merde... !" jura-t-il. "À quoi tu pensais ?!" cria-t-il. Son poing saisit le col de la chemise de Rin et il le tira si près que leurs fronts se heurtèrent douloureusement.

"Crétin..." siffla-t-il en martelant la poitrine de l'autre de ses poings, fermant les yeux en secouant la tête de frustration et de dégoût de lui-même.

Rin grimaça et encaissa facilement. Il attrapa lui aussi la chemise de Ryûji, le fusillant du regard. "Appelle-moi comme tu veux, mais je pouvais pas te laisser comme ça !" Il secoua la tête. "Je n'allais pas laisser cette chose te..." Rin pâlit, se souvenant de la fumée noire que le démon poussait dans la gorge de Ryûji. Que serait-il advenu s'il n'avait pas dégainé l'épée ? "Je ne pouvais pas !" termina-t-il d'un ton dur et colérique.

"Tch !" Ryûji n'écoutait pas. Il releva les yeux vers Rin et resserra un peu plus son emprise. "Est-ce que t'as entendu ce que t'a dit ton père ?! Tu ne peux pas revenir en arrière !" cria-t-il, le secouant un peu.

"Je sais !" répliqua Rin, un léger tremblement dans sa voix alors que son nouveau membre s'enroulait autour de l'une de ses jambes. "Je sais, merde, mais je pouvais pas te laisser clamser !"

Les mots firent tressaillir Ryûji. Il laissa échapper un bruit indéchiffrable et serra les dents.

"Bon sang, Rin," murmura-t-il, se sentant toujours aussi en colère, désespérément paniqué. Sa main tremblait et il se sentait incapable de le lâcher. Rin non plus.

Mais ils le devaient.

Le bref répit des démons prit fin. Les ricanements des Coaltars reprirent. Ryûji fut saisi de panique en se souvenant de la sensation terrible du démon essayant de se glisser dans sa gorge. Il regarda Rin, la bouche sèche, le cœur battant.

Cette même envie désespérée de protéger l'autre résonnait à l'intérieur de lui. Ce fut la seule chose qui le poussa à bouger. Ryûji lâcha la chemise de son ami et lui saisit le poignet.

"Viens, alors," dit-il brusquement uns fois qu'ils furent sur pied. "On va pas leur rendre la tâche encore plus facile. Cours !"

Et ils coururent. Rin glissa le Kurikara dans son sac à bandoulière sans ralentir son rythme, et bientôt, ils furent de retour sur la place publique. Rin passa la sangle par-dessus sa tête. Il se tourna vers Ryûji, sa culpabilité se confrontant au fait qu'il savait que ce qu'il avait fait était la seule option possible.

Cette nouvelle sensation était plutôt étrange. Ce nouveau membre. Il en était atrocement conscient maintenant qu'il courrait. La queue remuait, se déroulait et s'enroulait à nouveau autour de sa taille. Pendant un certain temps, Rin n'avait pas pu s'empêcher de regarder en arrière, mais il fit de son mieux pour se concentrer sur ce qu'il devait faire. Et heureusement qu'ils couraient, parce que les gens semblaient plus intéressés par deux adolescent les ayant bousculés que le fait que l'un deux ait une queue.

Ils ne passèrent que dans les rues à partir de cet instant, restant le plus possible dans la lumière. À chaque tournant qu'ils prenaient, ils pouvaient entendre des ricanements et Rin savait qu'ils étaient suivis. Il se demandait comment se débrouillait le vieux...

"C'est ici !" fit Rin quand il repéra le quartier commercial.

Ryûji sentit une vague de soulagement se répandre sur lui."Super ! Et maintenant ?!"

Il s'arrêtèrent devant l'entrée principale. La foule animée continuait son chemin, inconsciente du danger qui poursuivait les deux adolescent. Un groupe de filles gloussa quand ils les regardèrent. Les lampadaires commençaient à clignoter dans tous les coins à présent que le soleil commençait à se coucher.

Ryûji lança un regard noir autour d'eux, méfiant, s'assurant qu'il n'y avait aucun danger.

"Il a dit de l'appeler, attends." Rin prit le téléphone portable dans sa poche, sans faire attention aux gloussements des filles.

Il composa à nouveau le numéro et le pressa contre son oreille tandis qu'il sonnait, regardant autour de lui et restant près de Ryûji.

Le téléphone sonna mais personne ne le décrocha. Rin grogna de frustration après avoir entendu un jingle de dessin-animé et la voix d'une femme lui disant de "laisser un message après le bip". Il se tourna à nouveau vers le téléphone et était sur le point de composer à nouveau le numéro quand quelque chose se jeta sur lui, lui faisant lâcher le téléphone.

"Hey !"

Ryûjise tourna brusquement vers lui et eut un temps d'arrêt.

"Qu'est-ce...?"

Un petit chien blanc avec un foulard rose enroulé autour de son cou avait ramassé le téléphone dans sa gueule et s'était enfui, loin de la foule.

"OI !" Rin grogna et tira Ryûji vers l'avant. "REVIENS ICI, SALETÉ DE CLEBS !" Il courut après le chien aussi vite qu'il le pouvait, sentant son cœur battre de colère et de panique. Il devait reprendre ce téléphone !

Le chien se déplaçait aisément à travers la foule de personnes, mais Ryûji et Rin avaient plus de mal à faire la même chose. Pourtant, ils ne perdirent pas de vue le chien malgré avoir dû ralentir quelques fois et être rentrés dans des gens. Curieusement, il semblait presque que le chien se retournait vers eux durant ces moments.

Mais c'est ridicule, pensa Ryûji alors qu'ils continuaient de le pourchasser.

Quelques minutes plus tard, il reconsidéra son opinion.

Le chien les avait conduit à une zone moins fréquentée. Il y avait encore des gens autour d'eux, mais le chien courut dans une ruelle à l'arrière de l'un des magasins. Il s'arrêta juste derrière la ligne où les ombres apparaissaient, et il était maintenant assis là, en face d'eux, avec le téléphone dans la gueule et sa queue remuant.

Rin s'arrêta, regardant le chien assis là avec un air totalement innocent. Il grogna. Ce damné chien, qui pensait-il être, en se comportant de manière si arrogante ?!

Il prit une profonde inspiration et gonfla sa poitrine. Il devait se comporter intelligemment. "Je gère, Ryûji." Rin lâcha la main de son ami et hocha la tête avec confiance. "Yukio et moi, on a l'habitude de jouer avec ce chien, il vient rôder autour du monastère de temps en temps," dit-il d'un ton rassurant.

Rin s'accroupit et se rapprocha doucement. "Hey, le chien..." il parlait d'une voix calme. "Tu peux lâcher ça ?" L'adolescent continua à se rapprocher de plus en plus près, sa queue s'agitant derrière lui.

Ryûji regarda Rin approcher le chien avec une expression incrédule.

"Tu restes ici !" Il saisit son ami par la capuche et le tira en arrière, loin de la ruelle. Rin atterrit sur son postérieur et se remit rapidement sur pieds, levant les yeux vers l'autre. Ryûji l'ignora. Son attention était concentrée sur la ruelle en face d'eux. Même si l'ambiance bruyante du quartier commercial masquait certains bruits, il pouvait clairement distinguer les ricanements des ombres un peu plus loin.

Il plissa les yeux. "Ce n'est pas un chien ordinaire," gronda-t-il. "Il doit être possédé, ou..." Ryûji s'arrêta en apercevant le pendentif attaché au foulard du chien.

"Un exorciste ?" lâcha-t-il. Le familier de quelqu'un ?

Ces mots provoquèrent une réaction inattendue.

Le chien cligna lentement des yeux et sa queue remua encore plus. Plus, en l'espace d'une seconde, il y eut une explosion de fumée rose qui se dispersa pour révéler... un clown ?

L'homme devant eux semblait être aussi excentrique que l'on pouvait l'être. Ses cheveux violets et sa barbiche étaient saisissants, mais sa tenue flashy l'était encore plus. L'homme eut un petit rire, et son haut-de-forme à la main, il s'inclina devant eux un moment avant de se redresser.

"Eh bien, eh bien, je suis impressionné. Je dois admettre que je ne m'attendais pas à ce qu'il te fasse accompagner par quelqu'un, mais c'est ce qui rend le jeu intéressant."

C'était la même voix qu'au téléphone.

Ryûji ne le savait pas. Le grand adolescent lança un regard noir et soupçonneux à l'homme en face de lui, sa tension montant tandis qu'il repéra le téléphone de Rin dans l'une de ses mains gantées.

"Qu'est-ce que vous blablatez ? Qui êtes-vous ?" grommela-t-il.

"Tss. C'est impoli de demander un nom sans se présenter en premier, tu ne crois pas ? Mais je suppose que je vais laisser passer ça juste pour cette fois." Il leur sourit et fit un pas en avant, rendant le téléphone à Rin.

"Je représente la branche Japonaise de l'Ordre des Chevaliers de la Croix Vraie. Mon nom est Méphisto Phélès et je suis un ami du révérend Fujimoto. Ravi de vous rencontrer ~."

Rin était sans voix, tripotant le téléphone et luttant pour ne pas retomber en arrière. Mais bon, il venait de voir un chien se transformer en homme, ce n'était pas vraiment quelque chose à laquelle il s'attendait. Cette journée devenait de plus en plus étrange. Il saisit le téléphone à deux mains et se leva rapidement.

"Pourquoi vous nous avez fait courir dans tout le quartier commercial ?!" Rin remit le téléphone dans sa poche de manière presque protectrice. Sa queue se contractait derrière lui, montrant son irritation. "Vous aviez dit que vous alliez nous rencontrer, pas nous faire courir !'

"Pardonnez-moi, mais un homme prestigieux tel que moi ne peut pas être vu en public," expliqua Méphisto avec un petit haussement d'épaules. "Je devais vous conduire loin de la foule pour pouvoir me révéler."

"Vous êtes... le Principal ?!" Le fait qu'un homme aussi important soit venu les voir laissait Ryûji bouche bée. Mais qui était le père de Rin...?

Méphisto haussa un sourcil curieux à ces mots. "En effet, je le suis," confirma-t-il avec un petit clin d'œil. "Maintenant... qui es-tu ?" Il se pencha pour examiner Ryûji, passant un doigt ganté sous son menton.

Rin fronça les sourcils, les regardant à tour de rôle. Il repoussa courageusement la main de Méphisto du menton de Ryûji. "C'est mon ami et il vient avec moi. Maintenant, on y va ou quoi ?!" demanda-t-il.

La bouche de Méphisto s'étira en un large sourire. Le bord de son chapeau jeta une ombre sur ses yeux verts brillants.

"Patience, Okumura-kun. Tout à l'heure." Il se pencha en arrière, et domina les deux garçons de toute sa hauteur. Il croisa les yeux de Ryûji.

Ryûji le trouvait intimidant, mais il avait du mal à détourner le regard. Il y avait quelque chose chez cet homme qui le faisait frissonner jusqu'à la colonne vertébrale. Pourtant, il rassembla toute sa volonté et posa une main sur l'épaule de Rin. "Mon nom est... Suguro Ryûji," dit-il.

"Ah ...!" Les yeux de Méphisto s'élargirent légèrement. "Oui, je me souviens maintenant... Un de nos étudiants les plus prometteurs de cette année, n'est-ce pas ?" L'homme plus âgé commença à tripoter sa barbe, souriant en regardant les cheveux teints de l'adolescent. "Tu as plutôt changé depuis que tu as présenté ta demande."

Ryûji rougit un peu.

"C-Ce n'est pas contre le règlement de l'école," murmura-t-il avant de lever le menton avec défi.

Méphisto rit. "En effet, ça ne l'est pas. Et qui suis-je pour juger ? Je dis, il faut embrasser la jeunesse et sa culture, sans être retenu par les normes frivoles de la société normale !" déclara-t-il, sa voix montant en volume alors qu'il gesticulait avec animation.

Son regard se tourna bientôt vers Rin. Le sourire sur son visage cachait mille significations.

"Mais bien sûr, il y a toujours des cas particuliers à prendre en considération..." continua l'homme d'un ton ambigu, sans quitter Rin des yeux.

Ryûji resserra son emprise sur l'épaule de son ami, ses instincts criant "danger !". Mais le regard calculateur de Méphisto disparut aussi vite qu'il était venu. Un sourire bienveillant traversa son visage, et il sortit une clé en or de sa poche.

"Eh bien, si nous y allions ?"

Rin regarda la clé avec un froncement de sourcils. "Qu'est-ce que c'est ?" Cela ne ressemblait pas à une clé de voiture ou quelque chose du genre. Ça ressemblait à une vieille clé avec trop d'enjolivures. Rin ne pouvait pas imaginer comment elle pourrait être utilisée dans un endroit comme celui-ci.

"C'est une clé très spéciale qui nous emmènera loin d'ici," expliqua Méphisto en reculant dans l'allée. "De cette façon ~" dit-il, montrant du doigt la vieille porte de métal à l'arrière de l'immeuble.

Avec un froncement de sourcils incertain, Ryûji regarda l'homme insérer la clé dans la serrure.

"Hmm ?" Méphisto jeta un coup d'œil aux adolescents immobiles avant de comprendre et de se mettre à fredonner. "Oh, ne vous inquiétez pas pour eux. Ils ne feront que regarder."

Ses yeux verts fixèrent les ombres, qui frémirent sous son regard avant de disparaître.

... hein ?!

"Flippant..." murmura Ryûji avant de regarder Rin d'un air interrogateur.

Mais contrairement au froncement de sourcils de Ryûji, les yeux de Rin étaient presque brillants d'étoiles. La façon dont les ombres avaient disparu lui avait rappelé quelque chose dans l'un de ses mangas et il devait lutter pour garder son sang-froid.

"C'est... parti." Rin se redressa et fit de son mieux pour contrôler son excitation.

Souriant à ces mots, Méphisto ouvrit enfin la porte de métal.

La pièce en face d'eux ne ressemblait en rien à l'arrière-boutique d'un vieux magasin.

Non... C'était un bureau. Il était meublé dans un style européen, des peintures et des vases qui semblaient appartenir à un musée d'antiquités, et un grand bureau en bois qui était placé juste en face d'une grande fenêtre. Une fenêtre à partir de laquelle on pouvait voir la cité de la Croix Vraie.

Ryûji resta bouche bée d'étonnement. "Comment ...?"