Ryûji se mordit la lèvre tandis que Yukio se penchait sur sa blessure. Le plus jeune des deux frères s'était rendu à son dortoir pour lui donner les cours à rattraper, ainsi que pour soigner ses plaies. Ryûji appréciait ce geste, mais en ce moment, il n'aurait rien souhaité de plus que de pouvoir continuer à se reposer. Il savait que c'était un peu ingrat de sa part, mais il se sentait épuisé, même après avoir dormi une journée entière.

C'était probablement la faute des antidouleurs. Ryûji avait pris tous les traitements prescrits, et la plupart étaient très efficaces. Malgré les légers tiraillements de qu'il ressentait de temps en temps, il était complètement engourdi. Et bien sûr, la migraine qui commençait à se former dans son crâne n'était pas prête à partir.

C'est le pire... pensa-t-il, renfrogné. Il était énervé contre lui-même de s'être laissé blesser à ce point. Même s'il était sorti de l'hôpital la veille, Ryûji savait qu'il était en pleine période de convalescence. Il n'avait même pas été autorisé à aller à l'école, cette semaine. Ce qui le contrariait grandement, même s'il était bien conscient qu'il n'aurait pas été capable de ce concentrer.

Ryûji grimaça quand Yukio resserra les bandages autour de son épaule.

"Ah, je t'ai fait mal ? Désolé, Ryûji-kun," déclara Yukio derrière lui. Il passa les mains sur les pansements pour vérifier que tout était en place avant de l'aider à remettre son bras en écharpe.

Ryûji lui offrit un sourire forcé.

"Tout va bien." L'adolescent ravala son malaise et se pencha précautionneusement en arrière sur les oreillers qui le soutenaient. "Merci," lui dit-il à voix basse. "T'étais pas obligé de te donner tant de mal pour moi."

"Absurde." Yukio remit ses affaires dans son sac et s'assit au bord du lit avec un sourire. "Après tout, tu es le meilleur ami de Nii-san, et aussi celui de Ren-kun. Il n'y a aucun problème. Comment se passe le traitement ?"

Si Ryûji avait pu hausser les épaules, il l'aurait fait. À la place, une légère grimace franchit ses lèvres. "J'ai toujours un peu mal," avoua-t-il, "mais ça va. Les médocs me fatiguent, par contre."

"Oui, il est vrai que tes médicaments sont un peu forts." Yukio eut un sourire sympathique. "Mais ils sont indispensables, pour une semaine minimum. Et je suis sûr que Nii-san t'aide quand il le peux. Pas vrai ?"

À la mention de Rin, l'expression de Ryûji s'éclaircit légèrement. "Oui, il garde un œil sur moi," dit-il, un doux sourire se formant sur son visage. Il croisa à nouveau le regard de Yukio, plus détendu. "Lui et Konekomaru ne me lâchent pas d'une semelle depuis que je suis rentré. Ton frère voulait même sécher les cours pour rester ici," lui dit-il d'un air à la fois amusé et désapprobateur. "Shima voulait faire pareil, mais heureusement, Neko a réussi à les convaincre de venir en cours ce matin."

"Je vois." L'expression de Yukio s'adoucit. "Très bien. Ces deux-là sont vraiment incorrigibles."

"Ah, m'en parle pas."

Cependant, le sourire de Ryûji faiblit. Son expression devint plus grave quand il croisa le regard de Yukio. "Est-ce que tu as obtenu plus d'infos sur ce qui s'est passé l'autre jour ? Sur comment ce démon a réussi à entrer ?"

"Ah, oui. C'était juste une défaillance dans les barrières de protection de l'Académie. Ils avaient négligé l'entretien." Yukio remonta ses lunettes et sourit. "Ça ne se reproduira plus, tu n'as pas à t'inquiéter de ça."

Ryûji laissa échapper un soupir de soulagement. "Super," marmonna-t-il. "Je ne pense pas être capable de supporter une nouvelle confrontation, dans cet état." Il jeta un regard noir à son bras invalide.

Le sourire de Yukio disparut. "Justement, je voulais avoir une discussion avec toi à ce sujet." Il se leva et croisa les bras. "Je suis sûr que ça ne va pas te plaire, mais il faut que je te le dise. En récitant des psaumes pour essayer de te faire prendre pour cible, tu vous a mis, Nii-san et toi, dans une situation très dangereuse. Vous auriez pu mourir. Un Aria n'est pas censé se trouver sur le front. Un Aria est censé laisser les autres le défendre. La façon dont tu as agi était tout sauf orthodoxe et tu as dépassé les bornes. Il y avait déjà des exorcistes prêts à agir et, de ce fait, ton intervention a conduit le démon hors de leur portée." Il fronça les sourcils. "Tu ne peux pas agir sur un coup de tête si tu veux devenir un exorciste. Il y a certaines règles de conduites à respecter. Donc, tu ne dois pas te mettre, ou mettre les autres en danger. Comprends-tu ?"

Ryûji grimaça légèrement au ton qu'avait pris Yukio, mais il savait qu'il méritait ce sermon. Ce qu'il avait fait était stupide, et il le reconnaissait. Mais...

"Oui. Bien sûr que oui. Mais je ne voyais pas d'autre solution," dit-il. "Je ne savais pas quand les secours arriveraient et nous étions dans une situation délicate. Si je ne l'avais pas fait, Konekomaru serait ici à ma place. Ou pire, Rin aurait pu..." Ryûji fit une pause et espéra que le regard qu'il avait lancé à Yukio était assez significatif pour qu'il n'ai pas à finir sa phrase. Il serra les dents, se souvenant de comment Rin s'était accroché à son sabre. Si les secours n'étaient pas arrivés à temps, Ryûji savait qu'il aurait risqué d'être découvert pour le sauver, comme il l'avait fait auparavant en réveillant ses pouvoirs. Il se sentit frustré par sa propre faiblesse. Combien de fois devrait-il compter sur quelqu'un d'autre pour le sauver ?

"Je ne voyais pas d'autre solution," répéta Ryûji. "Je préfère encore être le seul à être blessé."

"Ce n'est pas le bon choix, Ryûji-kun." Le ton de Yukio était dur et sévère. "Tu n'es pas un bouclier. Tu n'es pas un héros. L'attaque a eu lieu dans l'Académie de la Croix Vraie ! Comment as tu pu ne pas penser que des exorcistes se trouvaient à proximité ?" Il secoua la tête. "En te jetant sur le devant de la scène, tu as mis Nii-san plus en danger que si tu avais juste laissé les exorcistes faire leur travail. Avec ta blessure, tu as entraîné Rin dans une impasse. Si mon père n'était pas arrivé à temps, il aurait dévoilé sa véritable identité pour te sauver la vie."

Yukio fronça les sourcils et le regarda droit dans les yeux. "Si cela s'était produit, ils auraient fait disparaître Nii-san comme n'importe quel autre démon, et ils se seraient félicités d'avoir tué le fils de Satan."

Le sang de Ryûji gela dans ses veines. La seule pensée que l'Ordre apprenne pour Rin le rendait malade. Au fond de lui, il avait déjà deviné ce qui se passerait si c'était le cas, mais il avait toujours refusé d'y penser.

À présent, Yukio faisait resurgir ses inquiétudes.

"Tu n'es pas obligé de le dire. Je le sais !" lâcha-t-il, surmontant son dégoût de lui-même. Ils avaient été chanceux, et il le savait. Mais il ne s'attendait pas à ce qu'une telle chance se reproduise. Il ne pouvait pas prendre ce risque. Il allait faire tout ce qui était en son pouvoir pour protéger Rin.

Il était sûr que Yukio ressentait la même chose. Il savait que c'était la raison pour laquelle il semblait tellement en colère contre lui. Ryûji ne pouvait pas lui en vouloir, compte tenu de ce qui était arrivé. Mais il voulait s'assurer que l'autre comprenne qu'il était d'accord avec lui. C'est pourquoi, malgré la douleur croissante qui lui vrillait les tempes, il soutint le regard de Yukio.

"Je suis aussi inquiet pour lui, Yukio. Ne t'inquiète pas. Ça ne se reproduira plus. Je ne laisserai pas Rin mourir, pas sous mes yeux."

Le jeune Okumura le regarda quelques secondes avant de soupirer. "Aussi têtu l'un que l'autre," murmura-t-il dans un souffle alors qu'il remontait ses lunettes. Il prit son sac et le mis sur son épaule;

"Ecoute-moi, Ryûji-kun." Yukio fronçait toujours les sourcils, mais il parlait plus doucement qu'avant. "Quelles que soient tes intentions, et fait est que, dans ton état actuel, tu es une fissure dans l'armure de Nii-san. Si tu continues à être téméraire, si tu continues à agir en te fiant à ton instinct, tu tomberas et tu entraîneras Rin dans ta chute. S'il te plaît, réfléchis-y." Le jeune exorciste tourna les talons et quitta la pièce sans lui laisser le temps de répondre.

Ryûji regarda Yukio partir avec un léger froncements de sourcils. Il poussa un soupir et il pencha sa tête en arrière, l'appuyant sur le mur derrière lui d'un air fatigué.

Ça s'est plutôt bien passé, pensa-t-il en fermant les yeux. Sa tête résonnait sourdement, mais Ryûji l'ignora du mieux qu'il put pour réfléchir aux derniers mots de Yukio. Le plus jeune des jumeaux avait raison. Il devait vraiment être plus prudent. Sinon...

Ryûji repensa au regard inquiet de Rin qui le fixait alors qu'il était allongé sur le lit d'hôpital. Il repensa à la détermination farouche qui s'était installée sur la mince ligne qui formait ses lèvres. Ryûji se sentit troublé. Pire, il était effrayé. Les paroles de Yukio firent fortement écho dans son esprit.

Il devait devenir plus fort. Pour le bien de Rin. Ryûji ne serait pas celui qui tirerait son ami vers le bas.

"Ryûji, on est de retour !"

Les pensées de Ryûji furent interrompues par une voix forte, familière. Rin se précipita dans la chambre, suivi par Konekomaru. Il avait son sac de cours sur le dos et une boîte à lunch dans la main.

"Renzô voulait aussi venir mais on a croisé Yukio en bas et ils sont partis ensemble," expliqua-t-il en souriant. Il se laissa tomber sur le lit de Ryûji, rebondissant légèrement en lui tendant la boîte. "C'est le dîner ! Comment tu te sens ?"

Ryûji grimaça légèrement au son de la voix forte de Rin, mais le repas que son meilleur ami lui avait fait lui fit oublier son mal de tête. "... Je vais bien," dit-il, ignorant le regard que Konekomaru lui lança en posant son sac sur le bureau.

"Je vais bien !" insista Ryûji, l'air renfrogné. Il jeta un coup d'œil à la boîte à lunch. "Qu'est-ce que t'as préparé ?" demanda-t-il à Rin.

"Du tonkatsu !" La voix de Rin était un peu plus calme, cette fois, et il rapprocha ses jambes pour s'asseoir en tailleur. Il se pencha pour enlever le film plastique qui enveloppait la boîte.

"Merci." Ryûji posa la boîte sur ses genoux et attrapa les baguettes avec sa main droite. "Alors, comment c'était en cours aujourd'hui ? Les cours d'exorcisme, je veux dire. Ton père va bien ?"

Rin hocha la tête et sortit des manuels de son sac. "Il boîte toujours un peu, mais il va mieux qu'hier." Son ton se fit légèrement plus doux tandis qu'il posait son cahier sur ses genoux.

Ryûji fronça les sourcils. Il n'était pas surpris, mais il se sentait coupable de savoir que l'homme avait été blessé. Sa précédente conversation avec Yukio lui fit se demander si Fujimoto-sensei aurait pu éviter de se faire blesser s'il avait agi différemment.

Ça ne sert à rien de regretter ce qu'on a déjà fait, se rappela l'adolescent à lui-même. Il prit distraitement une bouchée de nourriture et essaya de ne pas laisser ses pensées atteindre son humeur.

"C'est Yukio qui te les a apportés ?"

Konekomaru avait rompu le silence en posant ses manuels sur le bureau de Ryûji. Il désigna la pile de documents soigneusement rédigés que Yukio avait déposé.

"Ah, ouais." Ryûji regarda la petite pile qui attendait d'être lue. Même s'il n'avait manqué que deux jours de cours cette semaine, son irritation augmenta. "Je détester manquer les cours," grommela-t-il en fronçant les sourcils.

"T'en as pas manqué beaucoup !" Rin ouvrit le livre sur ses genoux avec une grimace. Il baissa les yeux sur le texte et soupira. "Même si c'est dur à comprendre quand tu n'es pas là pour m'expliquer."

"Désolé de te décevoir," fit sèchement Ryûji avant de prendre une autre bouchée. Il avait déjà fini plus de la moitié de son plat. "Je serai de retour lundi, alors accroche-toi en attendant."

Rin cilla et tourna la tête pour mieux le regarder. Ses sourcils se froncèrent légèrement. "Tu vas bien ?" murmura-t-il.

Ryûji leva les yeux vers Rin, surpris par sa question. Le pli sur son front s'approfondit, et en croisant le regard inquiet de Konekomaru, il réalisé que l'air maussade qui s'était formé sur son visage après la visite de Yukio avait du mal à disparaître.

"Désolé. Mon humeur est un peu..." Ryûji haussa les épaules. Ou plutôt, la seule épaule qu'il pouvait bouger. Son estomac se noua de frustration. "J'ai juste envie de guérir tout de suite," grommela-t-il en reposant ses baguettes sur son repas inachevé.

Rin fronça les sourcils et baissa les yeux sur son livre avec un air sombre. "Désolé."

"Je voulais pas dire-' Ryûji se sentit coupable d'être la cause de cette expression sur le visage de Rin. "T'as pas à t'excuser pour ça. Ce n'est pas ta faute."

C'est moi seul qui me suis mis dans cette situation, pensa Ryûji, frustré, inconscient de l'effet que ses paroles avaient eu sur ses amis, qui se sentaient coupables pour ses blessures.

"Juste... laisse-toi un peu aller, Bon." dit finalement Konekomaru. "Tu seras remis sur pieds avant même de l'avoir remarqué. Ne déprime pas pour une chose comme ça."

Ryûji se sentait toujours frustré, mais il savait que son ami avait raison. Il poussa un profond soupir et leur offrit à tous les deux un léger sourire d'excuse. "Ouais, je suppose que tu as raison..."

Rin sourit. "Ouais, et on va rester ici jusqu'à c'que tu sois rétabli." Son ton était plus léger. "Alors mange ta nourriture ! Tu dois prendre des forces !"

Ryûji regarda sa boîte à lunch, et même s'il n'avait plus vraiment faim, il reprit ses baguettes dans sa main. "Je sais, je sais. Je vais le faire.," dit-il.

Un silence tendu tomba dans la pièce, mais personne n'eut le courage de le briser. Après un long moment, Rin renonça à faire ses devoirs et ferma son livre. Il n'y arriverait jamais sans l'aide de Ryûji, de toute manière.

Mais quand il leva les yeux, entrouvrant la bouche pour parler, Rin se trouva face à un rare spectacle. La tête de Ryûji tombait en avant et les baguettes glissaient de ses doigts.

"Ça doit être les médicaments," fit la voix douce de Konekomaru. Rin hocha la tête, et les deux amis installèrent Ryûji sous les couvertures, plaçant soigneusement sa tête sur l'oreiller. L'adolescent dormait profondément quand Rin retira la boîte à lunch pas tout à fait vide de ses mains.

"Je devrais y aller." Rin sourit et salua Konekomaru.

Le chemin du retour fut long et solitaire avec ses pensées pour seules compagnes, qui n'étaient pas des plus agréables. Le souvenir du moment où Ryûji s'était fait poignarder hantait son esprit, ne lui laissant aucun répit. Même à présent, quand il fermait les yeux, il ne voyait plus que le sang coulant des blessures de son ami. Rin ne pouvait pas s'empêcher d'y penser.

Il arriva au dortoir beaucoup plus tôt qu'il ne l'avait cru. Alors qu'il fermait la porte derrière lui, quelqu'un saisit brusquement la poignée et elle s'ouvrit de nouveau. Rin se retourna. La personne en face de lui n'était nulle autre que son père.

"Hey. Je t'ai appelé. Tu ne m'as entendu, pas vrai ?" Shiro entra et ébouriffa les cheveux de son fils. Rin souffla et repoussa ses mains. "Comment va Ryûji-kun ?"

Rin soupira, mais réussit à sourire. "Il a l'air d'aller mieux. Il s'est endormi à cause de ses médicaments."

"Je vois." Shiro baissa les yeux vers le demi-démon et referma la porte derrière eux. "Bon, viens. Allons prendre le dîner. Yukio n'a pas l'air d'être ici. Il ne m'a pas envoyé de message."

"On l'a croisé en allant à l'hôpital et il est parti avec Renzô." Rin suivit son père dans le couloir menant à la cuisine et à la cafétéria. Ses yeux fixaient la jambe droite de l'homme, qui claudiquait un peu en s'efforçant de ne pas s'appuyer dessus. Shiro rit, et son sourire se fit plus doux.

"Très bien. Ils vont probablement dîner ensemble." Le prêtre tapota des doigts sur le comptoir devant fenêtre de la cuisine. "Ukobach. Tu voudrais bien nous préparer quelque chose à manger ?"

Le petit démon apparut dans un cri de joie et acquiesça avant de commencer à s'activer dans la cuisine.

"Et maintenant, toi..." Shiro se retourna vers son fils, et avant que Rin ne puisse s'échapper, il l'attrapa par la nuque et se dirigea vers l'une des tables." Tu vas t'asseoir et me dire ce qui ne va pas."

"Ah ! Lâche moi !" Rin battit des bras en trébuchant quand son père le laissa tomber sur une chaise. "Qu'est-ce que tu fiches, le vieux ?!" grogna-t-il.

"Mmmh, enfin. Tu commences à agir comme dans ton état normal. " Shiro sourit, et Rin rougit.

Il y eut un long silence, ponctué uniquement par les tintements des ustensiles de cuisine qu'utilisait Ukobach. Rin fixait la surface de la table, les souvenirs de la blessure de Ryûji refaisant surface une fois de plus. Son père l'avait remarqué, c'était évident. Il était donc si facile à cerner ?

Rin soupira. "Je suis juste inquiet pour Ryûji, c'est tout."

"Vraiment ?" Shiro s'accouda à la table. "Je veux dire, nous sommes tous inquiets pour lui. C'est normal, après l'épreuve que vous avez traversé tous les trois, et nous sommes chanceux qu'il ne soit rien arrivé de pire."

Rin grimaça. Ils avaient eu de la chance. Mais avant que ses sombres pensées n'aillent plus loin, le jeune adolescent sentit une lourde main se poser sur la tête. Elle était plus douce que celle qui l'avait poussé sur la chaise.

"Ce n'est pas de ta faute, Rin." Shiro parlait doucement. "Tu n'es pas responsable de ce qui est arrivé."

"Tu sais qui je suis." Rin fronça les sourcils et serra les poings sur ses genoux, sans lever les yeux ou bouger le tête. "Et si ça l'était ? S'il était venu pour moi ?"

"C'était juste une coïncidence-"

"Mais si ça ne l'était pas ?!"

Rin avait levé la tête, à présent. Ses yeux écarquillés étaient remplis de l'inquiétude qui avait couvé dans sa poitrine durant ces derniers jours. "Et si... Et si ça recommençait ?" Sa voix tremblait. Il se sentait comme un enfant. Ryûji aurait tout aussi bien pu être à Kyoto à ce moment là que ça n'aurait rien changé, il n'avait rien pu faire pour sauver son ami. Rin ne voulait pas se sentir à nouveau si impuissant. Il ne voulait pas que Ryûji souffre à cause de lui et de son maudit géniteur.

Shiro le regarda et soupira. "Alors que ferais-tu ?" La question prit Rin au dépourvu. Shiro laissa glisser sa main sur la tête de son fils, jusqu'à ce qu'elle atteigne son épaule, qu'il agrippa fermement. "Et si c'était bien après toi qu'ils en avaient ? Que ferais-tu s'ils reviennent pour toi ?"

Rin regarda fixement son père, un frisson lui parcourant la colonne vertébrale. "Je... Je m'éloignerai le plus possible de Ryûji. Pour le protéger."

"Et tu penses que Ryûji-kun accepterait cela ?"

Rin le réalisa avant que Shiro n'ait fini sa question. "Non."

"Alors ce n'est pas la bonne réponse. Que ferais-tu s'ils reviennent te chercher ?" La voix de Shiro était forte et sévère, mais quand Rin croisa son regard, il y trouva une lueur protectrice. On l'avait protégé toute sa vie. La réponse était simple. Évidente.

"Je... Je ne peux pas laisser mes amis se faire blesser," répondit doucement Rin.

"Alors étudie. Entraîne-toi. Deviens plus fort pour pouvoir combattre. Mais aussi plus réfléchi." La main de Shiro bougea de nouveau. Cette fois-ci, elle reposait sur la joue de Rin dans une caresse affectueuse, bien différente du ton sévère avec lequel il parlait. "Tu peux le faire, Rin. Tu peux les protéger. Mais il faut que tu deviennes plus compétent."

Rin déglutit. Il tourna la tête et appuya son front contre la paume de son père en prenant une profonde inspiration. Il se redressa et posa ses mains à plat sur la surface de la table. À ce moment là, une vague d'énergie le parcourut. Peut-être qu'un jour, il n'aurait plus jamais besoin de craindre pour la vie de son ami... Il le voulait. Rin le voulait désespérément.

"Je sais qui tu es, Okumura Rin. Tu es un imbécile au grand cœur."

Rin sentit une seconde vague déferler sur lui. C'était ça. Il n'était pas seulement le fils de Satan. Il allait devenir exorciste. Tout comme son père. Avec cette force, il pourrait protéger ses proches.

"Je le ferai." Il hocha la tête. "Je ferai de mon mieux pour apprendre à me battre. Et... Et mes amis ne souffriront plus jamais."

Shiro sourit. "Et toi non plus."

Ukobach leur apporta le dîner et ils mangèrent tranquillement en silence, dans une atmosphère calme et complice. Shiro aida Rin à faire ses devoirs, et le jeune adolescent sombra rapidement dans un sommeil sans rêves.