Et voici le chapitre 40... de 8 000 mots, tout de même !

Juste pour info, Angeline, la prof de "Récitation des textes saints" est française, et par conséquent, dans la version anglaise, elle a un petit accent, malheureusement impossible à retranscrire dans cette traduction.

Bonne lecture !


C'était le milieu de la semaine. La plupart des élèves de la section d'exorcisme en étaient soulagés, car cela signifiait que le stage était bientôt terminé, et qu'ils pourraient ensuite revenir à leurs routines habituelles. Cependant, Ryûji ne s'en préoccupait pas trop. Certains pourraient dire que c'était parce qu'il aimait travailler dur, ou parce qu'il avait la possibilité de dormir avec son meilleur ami. Mais la vérité était qu'il était simplement beaucoup plus préoccupé par les événements survenus au cours des deux derniers jours. Tout comme Shiro l'avait prédit, Rin n'avait aucun souvenir de la conversation qu'ils avaient eu deux nuits plus tôt, ni de la nuit précédente, où il était allé jusque dans le lit de Ryûji pour chercher sa clé. En fait, Rin n'en savait absolument Rin. Il agissait comme il le faisait habituellement, et même si Ryûji s'en sentait en partie soulagé, une part plus profonde s'en sentait frustrée. L'adolescent n'aimait pas vraiment l'idée de garder le silence à propos de ces événements, et il sentait qu'il avait besoin d'en parler à Rin. Mais il savait qu'il devait obéir au père de son ami savait mieux que lui ce qu'il fallait faire.

Et donc, tout en bénissant le fait que Rin dorme comme une marmotte, Ryûji allait récupérer la clé chaque matin avant de procéder au réveil de son ami.

Il lui était un peu plus facile d'oublier ses soucis quand il parlait avec ses amis et voyait le sourire désinvolte de Rin. Les rares moments où il se trouvait seul, ou même quand il était en cours, étaient ses seules occasions de laisser son esprit vagabonder. Le plus difficile était de se séparer de cet inquiétant sentiment de malaise. Ryûji avait du mal à organiser ses pensées. Ses responsabilités, ses envies et ses problèmes personnels remplissaient chaque coin de son esprit, lui laissant peu de place pour penser à autre chose. Même les sutras ou la méditation ne l'aidaient.

"...monsieur Suguro ?"

Ryûji cligna des yeux. Entendre son nom l'avait fait revenir à la réalité. Il se redressa et vit le regard insistant du professeur posé sur lui.

"Euh..." hésita-t-il tandis que ses joues devenaient rouges de honte. Il était complètement perdu. Il n'avait aucune idée de ce que son professeur voulait qu'il fasse. Oups, pensa-t-il en cherchant une réponse appropriée.

Leur professeur de Récitation des Textes Saints, Angeline, comprit vite quel était le problème. La femme blonde lança à Ryûji un regard réprobateur.

"Vraiment, vous deux..."

Elle jeta un regard à Izumo et secoua la tête.

"Euh, sensei ?" Rin, qui levait la main, lançait de nombreux coups d'œils confus à Ryûji, et l'attention du professeur se dirigea vers lui. "Je... je peux essayer ?"

Angeline avait l'air surprise par sa demande, mais elle hocha la tête.

"Bien sûr, Okumura-san ! Allez-y."

Rin déglutit et se mit debout tandis que tous les yeux se tournaient vers lui. "Chaque jour, nous te bénissons. Et nous louons ton nom toujours et à jamais. Pitié Seigneur, g... garde nous du péché tous les jours..." Il s'arrêta une seconde, mais reprit rapidement avant que l'enseignante n'ait eu le temps de l'interrompre. "P-Prends pitié de nous, Seigneur, prends pitié de nous tous ! Que ta miséricorde, Seigneur, soit sur nous, ainsi nous l'espérons... Seigneur... ? En toi j'ai espéré ; que je ne sois jamais confondu !" termina-t-il avec un sourire ravi.

"Félicitations !"

Angeline semblait impressionnée. Les coins de sa bouche maquillée remontèrent lentement en un sourire satisfait. C'était la première fois que Rin récitait si bien dans sa classe. Généralement, il butait beaucoup plus sur les mots.

"Eh bien, je suis heureuse de constater qu'au moins un d'entre vous révise ses leçons," commenta-t-elle à voix haute, ce qui fit sourire Ryûji de fierté, sourire qui se changea en une grimace similaire à celle d'Izumo. "Même si vous avez encore des progrès à faire, Okumura-san." Les épaules de Rin s'affaissèrent un peu. "Un verset fatal est efficace seulement lorsqu'il est correctement récité. Vous devez garder une voix ferme. Un seul bégaiement, un seul mot mal placé peut se révéler dangereux, pour vous, tout comme pour vos coéquipiers. Mais c'était une belle performance." La femme fit signe à Rin de se rasseoir avec un petit clin d'œil avant de lever la main pour caresser la tête du chat blanc sur son épaule. "Continuez à vous entraîner, à vous perfectionner. Quand à vous autres," dit-elle à l'ensemble de la classe - même s'il était clair que ses paroles étaient surtout dirigées vers Izumo et Ryûji, "je vous conseille de prendre le temps de vous vider l'esprit et de vous débarrasser des soucis qui vous tracassent. La concentration est la clé du succès de tout exorciste, pas seulement celle des Arias," termina-t-elle avec un petit reniflement.

Le reste du cours se déroula sans incident, et Angeline se retira. Malgré ses quelques erreurs, Rin était toujours fier d'avoir réussi à se souvenir de tout le psaume et d'avoir pu le réciter devant la classe. Il aurait souhaité que son père et son frère aient pu le voir.

"Tu vois ? Je savais que tu pouvais le faire !"

Comme on pouvait s'y attendre, Ryûji avait été le premier du groupe à le complimenter.

"On dirait que ton travail paye, hein ?" dit Shima en se balançant sur sa chaise, avant de poser sa tête sur ses bras croisés derrière lui. "À ce rythme, tu vas finir par me dépasser !" plaisanta-t-il.

"Yukio-kun t'aide lui aussi, pas vrai ?" commenta Konekomaru en se tournant vers son ami qui grimaça aussitôt.

"M'en parle pas," gémit le garçon aux cheveux roses. "Tous ces trucs me tuent le cerveau."

"Ce n'est pas si difficile," protesta Ryûji.

"Tu dis ça juste parce que tu es fort pour ce genre de trucs," grommela Shima.

"Oh, allez Renzô. Ce n'est pas si difficile !" répéta Rin avec un clin d'œil.

"Apprendre par cœur, c'est à la portée du premier imbécile venu." Izumo avait parlé assez fort pour que tout le monde l'entende.

La conversation amicale entre le groupe s'arrêta net. Ryûji tourna immédiatement la tête et plissa les yeux en direction d'Izumo, qui semblait indifférente à leurs réactions.

"Hein ? Tu peux répéter ?" fit Ryûji, l'air renfrogné.

"Tu as très bien entendu." Izumo le regarda droit dans les yeux. "C'est stupide d'être fier d'un truc pareil."

Rin fronça les sourcils. À côté de lui, la grimace de Ryûji s'approfondit. Son amour-propre de côté, elle disait implicitement que les efforts qu'avait fait Rin étaient inutiles. Il ne pouvait tolérer cela.

"Retira ça," grogna-t-il. Il serra les poings et se mit debout. Ses yeux lançaient des éclairs.

"Bon..." Konekomaru se mordit la lèvre. Lui et Shima avaient l'air alarmés, et ils les fixaient avec inquiétude.

"Ryûji, tu -"

"Pourquoi donc ?" Izumo se leva, ses lèvres recourbées en un rictus moqueur. "Pendant qu'il récite sa formule, l'Aria est sans défense. Le reste de l'équipe doit le protéger ! Une petite erreur, et c'est fini ! Les Arias sont juste des gros boulets !"

"C'était quoi, ça ?" Une veine battait sur le front de Ryûji. "On veut tous être Arias ici, et tu le sais !" L'adolescent fit un pas en avant, dépassant Rin, qui jusque là se tenait juste en face d'Izumo. Il baissa les yeux sur elle et son expression colérique se changea en un sourire condescendant.

"Tch. Avec une attitude comme la tienne, on se demande qui est le vrai boulet ici. Tu penses que quelqu'un voudra bien te protéger si tu te comportes comme ça ?"

"Qu-qui a dit que je voulais être protégée ?!" rétorqua Izumo, les poings serrés. "Si tu dois être protégé, alors tu ne seras jamais un exorciste ! Tu dois compter uniquement sur toi-même si tu veux survivre !"

"Pourquoi, tu... !" Ryûji perdit le peu de sang-froid qui lui restait. "Tu n'as rien appris, cette semaine ? Tu pourrais au moins être un peu reconnaissante envers Rin de t'avoir sauvée l'autre jour, mais si tu penses vraiment de cette manière, ce n'est pas étonnant que ta petite amie t'aie laissé tomber," railla-t-il.

"Comment oses-tu !" grogna Izumo, mais avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot de plus, Rin tira sur la manche de Ryûji.

"Ryûji, calme-toi !" ordonna-t-il. "Ne fais pas attention à elle. Elle n'en vaut pas la peine."

Les poings d'Izumo tremblaient tandis qu'elle regardait les deux garçons. "Je ne vous ai pas demandé de me sauver ! Je ne vous ai jamais demander de faire quelque chose pour moi, alors ne faites pas comme si j'avais une dette envers vous !"

"Tu t'entends parler ?" Ryûji était trop énervé pour écouter Rin. Son seul objectif était de faire rentrer le maximum de choses dans le crâne épais d'Izumo. "Tu ne voulais pas être sauvée ? Tu préférais qu'on te laisse mourir ? Arrête de te la jouer, pour une fois !" s'exclama-t-il.

Les deux adolescents avaient l'air prêts à en venir aux mains. Heureusement, Rin s'en était aperçu et se préparait déjà à retenir Ryûji en arrière. Shima et Konekomaru s'étaient levés, juste au cas où. À quelques pas d'Izumo, Shiemi avait fait de même. La tension était si forte qu'elle prit la parole dans l'espoir de l'atténuer.

"S-S'il vous plaît, ne vous battez pas... !"

La petite blonde s'approcha timidement jusqu'à ce que sa main frôle la manche d'Izumo. Cependant, cette dernière ne sembla pas apprécier ce léger contact, et se retourna pour lui lancer un regard menaçant avant qu'elle n'ait pu esquisser le moindre geste. Ryûji perdit son sang-froid en voyant Shiemi reculer avec crainte, et il saisit Izumo par le col.

C'est alors qu'un sifflement aigu retentit à l'entrée de la salle de classe.

"C'en est assez," dit Shiro d'un ton sévère. À ces mots, le temps sembla se figer. Toutes les têtes se tournèrent dans sa direction, et Ryûji lâcha Izumo en grimaçant lorsqu'il croisa le regard désapprobateur de leur professeur. Yukio entra derrière son père, impassible, et leur présence suffit à faire disparaître toute la tension accumulée dans la pièce.

"Okumura-sensei." Shiro baissa les yeux vers Yukio, qui hocha simplement la tête. Sans un mot de plus, Shiro se retourna et quitta la salle de classe.

"S'il vous plaît, rangez vos affaires." Yukio sourit. "Nous retournerons au dortoir de manière calme et ordonnée. Je vous prie de garder le silence."

Toues les élèves obéirent, y compris ceux qui n'avaient pas été impliqués dans la dispute. Il se mirent en rang et commencèrent à sortir. Shima fut le seul qui sembla vouloir ouvrir la bouche, mais un regard de Yukio suffit à l'en empêcher.

Le retour au dortoir fut aussi calme et ordonné que Yukio l'avait demandé. Ils furent tous invités à déposer leurs sacs dans leurs chambres, et allèrent dans la salle qu'ils utilisaient généralement pour étudier et passer des contrôles, mais la longue table et les chaises avaient disparu. Shiro se tenait au centre de la pièce, et tout au fond se trouvait un tas de grosses pierres. Des visages terrifiés semblaient avoir été gravés dessus.

On leur ordonna de s'asseoir, et chacun eut droit à une grosse pierre sur les genoux.

"Faites attention de ne pas déplacer vos baryons." Shiro sourit. "Il vaut mieux ne pas les abîmer."

"Urgh... C'est quoi, ces machins... ?!" gémit Rin, dont le rocher pesait lourdement sur ses cuisses.

"Ce sont des démons de rang inférieur..." expliqua Konekomaru avec une grimace douloureuse. "Il s'alourdissent de plus en plus au fil du temps," dit-il, serrant fermement un petit chapelet dans ses mains pour s'empêcher de grimacer.

"Tadam ~ ! En effet, Miwa-kun. Vous avez parfaitement raison. Et maintenant, vous allez tous rester assis ici un moment et devenir amis." Izumo ouvrit la bouche, mais avant qu'elle n'ait pu prononcer une syllabe, Shiro l'avait arrêtée d'un geste de la main.

"Je me fiche de savoir qui a commencé. Je me fiche de savoir de quoi il était question." Le ton de Shiro était devenu plus sérieux. "Le fait est que vous êtes tous impliqués là-dedans, que vous le vouliez ou non. Vous êtes une équipe. Peu importe à quel point vous vous pensez compétent, les exorciste ne peuvent pas combattre seuls. Un Dragon a besoin qu'un Paladin tienne l'ennemi à distance pendant qu'il recharge son arme, un Paladin a besoin d'un Soigneur pour guérir ses blessures, un Dresseur a besoin de ses coéquipiers pour le protéger pendant qu'il appelle ses familiers, et un Aria a besoin de protection pendant qu'il récite un verset fatal."

Le groupe fixait Shiro en silence. Ce dernier mit ses mains sur ses hanches. "Vous êtes ensemble parce que chacun d'entre vous a ses faiblesses. Mais chacun d'entre vous a également la force de compenser les faiblesses de ses camarades. C'est pourquoi vous êtes une équipe. Mais si vous laissez le groupe se diviser, vous perdrez. Des personnes sont déjà mortes en missions pour des petites disputes de ce genre. Donc je me fiche de savoir qui a commencé. La seule chose importante, c'est la réconciliation. Les erreurs d'un seul membre peuvent entraîner de graves répercussions sur le groupe, c'est pourquoi vous êtes tous assis ensemble en ce moment."

La gravité des mots de Shiro n'avait pas échappé aux élèves. Ils avaient tous compris le message qu'il essayait de leur communiquer, même si certains d'entre eux prenaient le sermon encore plus au sérieux. Ryûji se sentait coupable de s'être laissé emporter. Il aurait dû écouter Rin et laisser tomber cette dispute, mais il ne l'avait pas fait, et il sentait qu'il avait déçu l'homme en face de lui. Même Izumo avait l'air embarrassée, et évitait les regards de tout le monde, en particulier ceux des professeurs.

Shiro regarda ses élèves et hocha la tête. "Okumura-sensei et moi avons beaucoup de travail. Nous partons pour une mission de quelques heures. Pour nous assurer de votre sécurité pendant notre absence, toutes les issues du foyer seront verrouillées de l'extérieur, et le dortoir sera entouré de barrières de protection."

Il y avait quelque chose de suspect dans ces mots.

"Attendez.." Shima plissa les yeux avant de se tourner vers Yukio, qui se tenait derrière Shiro. "Si vous faites ça, comment est-ce qu'on va sortir... ?" demanda-t-il avec une certaine inquiétude.

"Vous n'aurez pas besoin de sortir," répondit Yukio avec un sourire. "Vous allez tous rester ici, et nous reviendrons une heure avant l'extinction des feux, durant laquelle vous pourrez manger et terminer vos devoirs."

"Exactement." Shiro sourit. "Alors, restez assis, détendez vous et assurez vous que ces pierres grosses, grasses et laides restent bien sur vos genoux." À chaque adjectif insultant, les Baryons poussaient des gémissements de plus en plus forts et leur poids sembla doubler. Rin tapa du poing sur le sol et serra les dents pour s'empêcher de cirer. Le sourire de Yukio semblait presque compatissant. Shiro, lui, avait l'air ravi.

"À plus tard !" Shiro leur fit un signe de la main et les deux exorcistes quittèrent la salle.

Il y eut un moment de silence.

"C...Complètement sadiques. Tous les deux." Shima fixait la porte fermée d'un air horrifié. Il laissa échapper un petit gémissement de douleur. Les élèves regardaient les Baryons sur leurs jambes, désespérés.

Enfin, la plupart d'entre eux. Le duo mystérieux de la classe ne semblait absolument pas affecté par les lourdes pierres qui pesaient sur leurs jambes. Takara n'avait pas bougé d'un pouce, et Yamada, le visage caché dans l'ombre de sa capuche, caressait doucement le Baryon sur ses cuisses d'un air aussi imperturbable qu'à l'ordinaire.

"Ils... ils sont plutôt sympas, d'habitude... enfin, je crois..." dit Rin entre ses dents. Il ne sentait ni ses pieds, ni ses chevilles, mais ses genoux et ses cuisses lui faisaient atrocement mal. C'était une situation très inconfortable, et Rin se demandait comment ils réussiraient survivre plusieurs heures.

"On va mourir," gémit Shima.

"Non," répondit Ryûji dans un sifflement douloureux. Il faisait de son mieux pour rester immobile et supporter sa punition, sachant qu'il la méritait. "Ce sera plus rapide que... tu le penses. Ça ira," marmonna-t-il.

Konekomaru hocha la tête et Shima fit de même avec une petite grimace. Cela n'apaisa pas la culpabilité de Ryûji pour autant. L'adolescent jeta un coup d'œil à Izumo, qui endurait sa punition en silence. Il fronça légèrement les sourcils en se souvenant de la dispute qu'ils avaient eu, mais sa conscience l'emporta sur son humeur et il se força à se calmer avant d'attirer son attention."

"Hé, écoute."

La tête d'Izumo ne fut pas la seule à se tourner dans sa direction. Ryûji était en plein conflit intérieur, mais il voulait agir correctement. Présenter ses excuses à cette fille l'irritait profondément, et il ne lui avait pas pardonné ce qu'elle avait dit, mais les paroles de Shiro avait eu l'effet escompté sur lui. Il ne devait pas y avoir de tensions au sein du groupe.

"Pour tout à l'heure... Désolé. D'avoir perdu mon sang-froid," précisa-t-il une seconde plus tard. Le Baryon devint plus léger à ces mots, mais Ryûji ne le remarqua pas. Il regardait Izumo droit dans les yeux.

Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'Izumo ne détourne le regard avec une petite grimace. "Peu importe," marmonna-t-elle. "Je sais que tu fais ça juste parce que le Sensei l'a dit."

"Hé !" fit Rin, ce qui attira l'attention de la jeune fille vers lui.

"C'est vrai, non ? Ecoutez, je n'ai pas besoin de votre amitié mais le Sensei a raison. Donc oui." Izumo leva les yeux au ciel. "Désolée aussi."

Ryûji plissa les yeux devant le ton qu'elle avait pris. "Tch. T'as vraiment un sale caractère," grommela-t-il à voix basse.

Izumo sembla sur le point de lui crier quelque chose, mais quand elle ouvrit la bouche, tout devint soudainement noir. Il y eut un bruit sourd, suivi d'un cri de douleur de la part de Rin. Son Baryon était tombé de ses genoux quand il s'était redressé. Le bruit avait fait sauter le Baryon d'Izumo, qui avait atterri sur le pied de Rin. Les autres Baryons semblaient tout aussi terrifiés. Ils commencèrent à sauter et rouler dans tous les sens en poussant des gémissements apeurés.

"Aïe... !" Rin était plié en deux, tenant son pied. "Qu'est-ce qui se passe ?"

"Une panne de courant ?" Shima plissa des yeux et sortit son téléphone pour éclairer la pièce avec la lumière de l'écran. Tous ceux qui en avaient un firent de même, et ils se levèrent. Ryûji aida Rin à se relever après lui avoir jeté un coup d'œil inquiet.

"Peut-être..." Konekomaru n'avait pas l'air convaincu. Depuis la fenêtre, on pouvait voir les lumières de la ville. Un nœud se serra dans son estomac. "Le reste du campus n'a pas l'air d'être affecté. Peut-être qu'un fusible a sauté," suggéra-t-il, essayant de ne pas penser à la dernière fois où les lumières s'étaient brusquement éteintes.

"Tu crois que... qu'ils sauront si on sort de la chambre pour aller voir ?" Rin tenait Ryûji par la manche. Ses yeux s'étaient très rapidement habitués à l'obscurité.

"Je suis sûr que Sensei comprendra si on le fait..." dit doucement Shiemi, se tordant les mains avec anxiété.

"Ouais, et Tamiko ne lui dira rien, vu qu'elle reste toujours dans l'escalier. Ce sera facile de passer sans se faire remarquer," dit Shima en se retournant vers la blonde. Il lui fit un sourire rassurant qui sembla la calmer un peu. Heureux, il reporta son regard sur le reste du groupe. "Qu'est-ce que vous en dites ?" demanda-t-il en s'approchant de la porte.

Konekomaru semblait incertain. "Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée..."

"Ben, sinon on peut toujours rester là jusqu'à ce que la lumière revienne... Héhé, quelqu'un est partant pour jouer à-"

Shima fut interrompu par un énorme fracas, suivi d'une série de cris entrecoupés d'halètements. La porte de la salle fut brisée d'un seul coup, et une grande ombre commença à ramper à l'intérieur.

"C'est... !" Rin écarquilla les yeux. C'était la même goule que deux jours plus tôt. Elle était encore après lui !

"Ils ne devaient pas mettre en place des barrières ou je ne sais quoi ?!" s'écria Izumo, clouée sur place. Ses yeux balayèrent la pièce, à la recherche d'une sortie, mais il n'y avait qu'une seule porte dans la pièce.

La goule grogna en se rapprochant et Rin se plaça devant le groupe, tenant fermement le Kurikara.

"Rin ! Qu'est-ce que tu fiches ? Reviens ici !" siffla Ryûji.

L'adolescent se pencha en avant, prêt à tirer Rin par la chemise, mais la goule fit un pas menaçant vers eux avant de se figer momentanément. Les élèves regardèrent avec inquiétude la goule se pencher vers eux en grognant. Ses orbites vides semblaient fixer Rin. Ryûji ravala sa peur et tira Rin en arrière tandis que la bosse sur la tête du monstre commençait à enfler. Les coutures qui maintenaient la chair en décomposition craquèrent petit à petit et-

POP !

Une substance sombre et putride éclaboussa toute la pièce, atterrissant sur les murs, le plancher et les élèves eux-mêmes.

"Ugh, c'est quoi ce truc ?" marmonna Shima en regardant sa manche imbibée du liquide.

"Ça pue !" Rin mit sa main devant son nez et sa bouche avec un air de dégoût. L'odeur de pourriture flottait dans l'air.

"Ce sont des miasmes ! Ne les laissez pas toucher votre peau !" lança Ryûji.

Heureusement, la plupart des miasmes avaient atterri sur leurs vêtements. Ils essuyèrent rapidement ceux qu'ils avaient sur la peau, grimaçant à la sensation de brûlure qu'ils laissaient. Mais ils n'étaient pas encore hors de danger. Les particules de miasmes commençaient à se disperser dans la pièce, ce qui rendait leur respiration plus difficile. Et la goule, qui était maintenant en train de baver, sortit sa langue en continuant à ramper vers eux.

"Purée !" fit Shima, derrière Rin. "On fait quoi ?!"

La réponse arriva de la part de la toute dernière personne à laquelle ils auraient pensé. Shiemi s'avança avec détermination, son familier dans les bras. "Nii-chan ! J'ai besoin d'un onduleux !"

À ces mots, d'épaisses branches de bois sacré jaillirent de l'estomac de Nii-chan et repoussèrent la goule, la plaquant contre le mur. Le démon laissa échapper un cri perçant. De plus en plus de branches sortirent de son corps et s'étendirent à travers la pièce, contre le sol, les murs, jusqu'à ce qu'une énorme barrière de bois sacré sépare les élèves de la goule.

"Wouah..." firent les adolescents, admiratifs.

"Merci, Nii-chan !" dit Shiemi avec soulagement en souriant à son Greenman.

"Trop cool ! Bon boulot, Shiemi !" Rin sourit et s'avança pour toucher les racines épaisses. "On devrait être en sécurité jusqu'à ce qu'ils reviennent."

Mais à peine avait-il dit ces mots que quelque chose bougea derrière les racines. Une longue plainte vibra dans l'air autour d'eux et fut ponctuée par des craquements de bois. Rin fit un bond en arrière.

"Il-Il arrive quand même à le briser !" Rin sortir son portable et composa immédiatement le numéro de son père.

"On va vraiment mourir," gémit Shima en regardant la barricade avec appréhension.

"Non !" répondit Ryûji. Il se tourna vers Rin et pria pour que quelqu'un décroche le téléphone. Les choses se présentaient mal... La goule continuait à détruire la barrière de bois, qui se brisait un peu plus à chaque coup.

"Il doit y avoir un moyen d'arrêter cette chose !" dit-il en essuyant la sueur qui commençait à apparaître sur son front.

"Les goules adorent l'obscurité," dit Konekomaru en toussant. "Si on pouvait rallumer la lumière, elle serait -tousse- affaiblie..."

"Génial. C'est vraiment génial !" Shima toussa dans sa manche. "Je suppose que prendre des photos avec le flash sur nos portables ne marchera pas ?!"

Ils ignorèrent tous la suggestion sarcastique de Shima ; Shiemi venait de tomber à genoux. Elle commença elle aussi à tousser, même si elle tentait de s'en empêcher.

"J'ai la tête... qui tourne..." haleta-t-elle.

"Shiemi !" Rin était le seul du groupe à ne pas tousser. Ni son père ni son frère ne répondaient au téléphone. Il jura et regarda autour de lui avant de finalement reporter son regard sur Ryûji. "Je vais sortir pour l'attirer ailleurs ! Si elle me suit, vous serez en sécurité ! Je peux courir jusqu'au disjoncteur pour rétablir la lumière. Il remit son téléphone dans sa poche et se précipita vers la barricade de racines avant de se pencher, se préparant à ramper pour passer à travers.

"Quoi ? Attends une seconde !" Ryûji resta bouche bée durant une seconde entière avant de tirer Rin par le coude, l'obligeant à reculer. "Tu es fou ?" siffla-t-il. "N'essaie pas de jouer le type cool !"

"Je ne fais pas ça pour avoir l'air cool !" Rin essaya de dégager son bras. Il tourna la tête vers le groupe avant de se pencher sur son ami et de murmurer pour être sûr que les autres ne l'entendent pas. "Ce truc est après moi !"

"Je m'en fous," grommela Ryûji.

"Et... Et alors ?! Lâche-moi !" chuchota désespérément Rin, tirant de nouveau sur son bras en entendant d'autres craquements de bois.

"Pas question !" siffla Ryûji entre ses dents. "Aucune chance que je te laisse être un foutu appas pour nous sauver ! Et comment tu comptes te défendre s'il t'attrape ? Tu as des pulsions suicidaires ou quoi ?!"

"Les gars ! Vous pensez pas que c'est le mauvais moment pour vous disputer ? On doit se dépêcher de trouver une solution avant que cette chose ne nous tue ! Quand Moriyama-san sera à cours d'énergie, on sera foutus," dit Shima.

"Shima-san a raison. Bon aussi. Nous sommes tous dans le même bateau," déclara Konekomaru avec un petit froncement de sourcils inquiet en direction de Rin.

Rin regarda entre Ryûji et les autres. Ses yeux se posèrent sur Shiemi, dont les épaules tremblaient. Elle semblait épuisée. Rin détourna le regard en direction de la barricade, à travers de laquelle ont pouvait voir la goule qui tentait de se frayer un chemin. Pour finir, il baissa les yeux sur la main de son meilleur ami qui le retenait par le bras. Rin poussa un soupir résigné.

"Alors, c'est quoi le plan ?" demanda-t-il après quelques instants, une expression sérieuse sur le visage.

Ryûji réfléchit. La réponse lui vint facilement, mais la situation dans laquelle il se trouvait faisait revenir une douleur fantôme dans son épaule qui lui rappelait les paroles de Yukio. Il hésita.

"En récitant des psaumes pour essayer de te faire prendre pour cible, tu vous a mis, Nii-san et toi, dans une situation très dangereuse. Vous auriez pu mourir. Un Aria n'est pas censé se trouver en première ligne."

Ce n'est pas pareil, pensa-t-il en regardant ses amis et camarades de classe. Il n'y a personne pour nous sauver cette fois !

"Tu ne peux pas agir sur un coup de tête si tu veux devenir un exorciste. Il y a certaines règles de conduites à respecter."

Ouais, je sais. Il resserra sa prise sur le bras de Rin. C'était tout ce qu'ils pouvaient faire pour l'instant. Il était hors de question d'appliquer le plan de Rin.

"On peut essayer de l'abattre avec un psaume," dit-il finalement d'un ton déterminé.

"Tu connais son verset fatal ?" demanda Konekomaru en le regardant avec surprise.

Ryûji secoua la tête. "Non, mais les formules fatales aux goules viennent de l'évangile selon saint Jean, en principe. Je les connais par cœur. En les récitant tous depuis le début, je finirais forcément par trouver le bon."

"Tous ? Mais il y a plus de vingt chapitres !" protesta Shima d'un air incrédule.

"Je... je connais les dix premiers. Je peux t'aider," dit Konekomaru.

"Super." Ryûji se sentait soulagé de son soutien. "Plus on réduit le travail, mieux c'est. Nous devons nous débarrasser de cette chose le plus rapidement possible."

"Je connais les deux premiers !" s'exclama Rin avant de prendre une expression hésitante. Il se souvenait de sa récitation maladroite pendant l'heure de cours précédente. "Mais... je pense que c'est mieux si c'est vous qui le faites. Je ne pense pas que je pourrais tout dire sans faire d'erreur." Il posa sa main sur celle de Ryûji, qui le tenait toujours par le bras. "Je vais soutenir Shiemi, à la place."

"Pareil." Shima semblait plus calme, à présent qu'ils avaient un plan. Il glissa la main dans sa chemise et en retira son Khakkhara qu'il déplia rapidement. "Vous êtes plus doués que nos pour ce genre de choses, alors on va se charger de vous couvrir." Il sursauta légèrement quand la goule laissa échapper un nouveau cri perçant. "À ce propos, si vous pouviez commencer..." dit-il avec un petit rire nerveux.

Les doigts de Rin serrèrent ceux de Ryûji, qui n'avait toujours pas lâché son bras. "Oui, on doit le faire maintenant." Il leva les yeux vers son ami. "Je te promets que je ne ferai pas l'appas."

Ryûji hésita, puis hocha la tête. Il desserra les doigts.

"C'est parti."

"Vous êtes complètement cinglés !" s'écria Izumo. "Si vous commencez à réciter, vous deviendrez sa cible, vous êtes au courant ? Pourquoi vous ne le laisseriez pas faire son boulot de Paladin ?" s'exclama-t-elle en pointant un doigt accusateur en direction de Rin.

"Je ne veux pas entendre ça de la part de quelqu'un qui n'est même pas fichu d'aider !" lança Ryûji d'un air renfrogné avant de s'asseoir sur le plancher à côté de Konekomaru. Il jeta un coup d'œil à Shiemi et Rin avant de se concentrer sur la barricade en face d'eux. Ce n'était pas le moment de se disputer. "Tu te la joues 'je suis la plus forte', mais quand les choses se gâtent tu deviens toute minable, c'est ça ? Si tu préfères baisser les bras, reste dans ton coin et ne nous dérange pas." dit-il, et avant qu'elle n'ait pu répondre, il commença à réciter.

Les gémissements de la goule qui résonnaient dans la pièce furent bientôt accompagnés par les voix de Konekomaru et de Ryûji, qui récitaient de manière calme et régulière. Rin s'agenouilla à côté de Shiemi et observa Nii-chan. qu'elle tenait dans la paume de sa main. Il avait l'air aussi tendu que celle qui l'avait invoqué.

"Shiemi... tiens bon, d'accord ?" Rin posa une main sur son épaule.

Shiemi leva les yeux vers Rin et fit un sourire forcé. Une goutte de sueur glissa de son front et roula sur sa joue. Il était difficile de le dire à partir de la lumière réduite de la salle, mais sa peau avait depuis longtemps perdu ses couleurs. Elle était fatiguée, épuisée par les miasmes et par l'invocation de son familier qui lui coûtait énormément d'énergie. Pourtant, les mots de Rin et sa main sur son épaule l'encouragea à s'accrocher.

"Oui," souffla-t-elle. "Je vais bien," assura-t-elle ensuite en s'efforçant de rester immobile et concentrée.

Elle se donne trop de mal... Rin la regardait silencieusement, et la main qu'il avait posée sur son épaule se crispa légèrement.

"Je suis désolé," murmura-t-il en se forçant à desserrer doucement les doigts. "Je suis désolé de t'avoir crié dessus il y a quelques jours... désolé de m'en être mêlé." L'expression de Rin s'adoucit et il sourit. "Tu es plutôt forte, Shiemi."

Les yeux de la blonde s'élargirent. Ses joues retrouvèrent un peu de couleur.

"Ah, Je-" Elle devint cramoisie. Entendre cela de quelqu'un qu'elle admirait la laissait sans voix. Moi ? Forte ? pensa-t-elle, incrédule. Je ne suis pas aussi forte que vous tous... pas encore.

Cependant, Shiemi se sentait vraiment heureuse. Elle voulait s'excuser elle aussi pour la manière dont elle avait réagi. En y repensant, elle se rendit compte que Rin lui avait dit toutes ces choses parce qu'il était inquiet... parce qu'il se souciait d'elle.

Parce que nous sommes amis, pensa-t-elle avec bonheur.

"Mer-"

Les remerciements de Shiemi furent interrompus par un craquement sonore. La goule avait réussi à casser l'une des plus grandes racines, ce qui avait fait trembler la barricade. Rin serra à nouveau l'épaule de Shiemi, cette fois non pas avec un, mais deux bras, tout en regardant à travers le bois. Un rapide coup d'œil en direction de Konekomaru et de Ryûji lui indiqua qu'ils continuaient toujours à réciter. Ils avaient besoin de plus de temps.

"T-Tu peux en faire pousser d'autres ?" demanda Rin.

"O-Oui !" Shiemi se mordit la lèvre et se concentra. Son familier répondit à sa demande silencieuse et de nouvelles branche apparurent, bloquant le passage de la goule.

"N'en fais pas trop, d'accord... ?" Rin serra son épaule et se retourna vers le adolescent qui continuaient à réciter. Shima se tenait prêt, son arme à la main. Quelques mètres plus loin, Izumo se mordait discrètement les lèvres en regardant Takara et Yamada. La situation était vraiment tendue, et le temps semblait avancer au ralenti. Rin se força à garder la tête froide et à vider son esprit. Le son de la voix basse et calme de Ryûji lui permettait de mieux se concentrer.

Snap. Crac.

Il n'avait fallu qu'une minute avant que la goule ne recommence à briser les branches.

"Nii-chan !"

La voix de Shiemi tremblait tandis qu'elle ordonnait à son familier de renforcer à nouveau la barricade. S'il te plaît ! Je veux les protéger...

Mais malgré toute sa volonté, Shiemi ne pouvait pas lutter contre l'effet des miasmes. Sa vision devint floue, et ses épaules tremblèrent tandis que son énergie s'affaiblissait de plus en plus. Quand son corps s'inclina sur le côté et qu'elle s'effondra par terre, la barricade disparut aussitôt.

"Shiemi !"

"Oh merde," murmura Shima.

C'est à ce moment qu'ils remarquèrent que le danger avait doublé. Ils avaient à présent affaire non pas à une, mais à deux goules. L'originale avait due s'être scindée en deux après l'apparition de la barricade.

"Hé ! Ça va ?"

Rin se retourna et vit Izumo agenouillée à côté de Shiemi, en train de lui secouer l'épaule. Son expression s'adoucit un instant avant qu'il ne se lève et ne saisisse le sabre qu'il portait sur son épaule.

"Allez, Renzô !" cria-t-il, et il sauta sur la goule la plus proche, celle dont la tête avait enflé comme un ballon. Sa longue langue pendait sur son abdomen, tout comme celle de son double, qui s'approchait de deux apprentis Arias. Armé de son sabre - toujours à l'intérieur du fourreau - Rin frappa la goule au visage, tandis que Shima barrait la route de la deuxième avec son Khakkhara. Il continuèrent de les repousser, mais les goules gagnaient du terrain, et avançaient sans jamais s'arrêter.

"Shima-san !"

Alors que Konekomaru avait fini de réciter, l'une des goules laissa échapper un grognement frustré et frappa Shima sur le côté d'un geste du bras. L'adolescent décolla du sol et retomba durement sur le plancher. Un cri de douleur lui échappa, mais il fut noyé par le bruit de la respiration sifflante de la goule, qui fonçait vers la dernière personne à réciter dans la salle - Ryûji.

"O-On basara gini nenhatana sowaka !"

Konekomaru s'était précipité vers Bon, et un grand soulagement l'envahit en voyant la barrière de protection se matérialiser devant eux juste au moment où la goule allait les atteindre. Elle s'y heurta violemment, et le cœur de Konekomaru manqua un battement. Mais ce n'était rien en comparaison à l'incident de Mepphy Land. Ce sentiment d'impuissance et de peur avait complètement disparu, remplacé par sa détermination à protéger Bon et le reste de ses amis.

"Renzô ! Tu peux te relever ?!" s'écria Rin, ses yeux passant rapidement de la goule qu'il combattait à l'autre goule qui tentait de fracasser la barrière de Konekomaru, puis à l'adolescent aux cheveux roses étendu sur le sol. C'était une situation désespérée. Plus que désespérée. C'était impossible...

Non ! Ce n'était pas impossible ! Il ne pouvait pas penser de cette façon. Ryûji faisait de son mieux, et Konekomaru aussi. Même Shima faisait tout son possible pour combattre. Ce n'était pas impossible. Pas tant qu'ils tenaient encore debout.

"Je peux... encore me battre !" Shima serra les dents. Il s'appuya sur ses coudes et ignora la douleur cuisante qui lui perforait le côté droit. Ses doigts tremblèrent légèrement avant d'empoigner à nouveau son arme, et il se releva difficilement. La goule ne lui prêta aucune attention ; elle était complètement focalisée sur l'obstacle en face d'elle.

"Hé !" Shima sentit la peur lui serrer la poitrine, mais il l'ignora et s'élança en avant. Quelqu'un poussa un cri et Shima enfonça son arme dans le dos de la goule.

"Espèce d'idiot !" s'exclama Izumo.

L'attaque transperça la chair en putréfaction du démon. Un bruit de succion résonna dans toute la pièce quand l'extrémité pointue du Khakkhara s'enfonça plus profondément dans le dos de la créature, mais quand il le retira, des miasmes éclaboussèrent le visage de Shima.

"Argh... !" fit-il en titubant en arrière. Son arme tomba au sol tandis qu'il tentait d'essuyer la substance qui lui brûlait la peau.

Izumo saisit rapidement un petit papier plié à l'intérieur de sa poche, mais s'arrêta net en se souvenant de la dernière fois où elle s'en était servi.

"Tu te la joues 'je suis la plus forte', mais quand les choses se gâtent tu deviens toute minable, c'est ça ? Si tu préfères baisser les bras, reste dans ton coin et ne nous dérange pas."

Des larmes de frustrations lui montèrent aux yeux tandis qu'elle se penchait à nouveau vers la seule autre Dresseuse de la pièce. "Allez !" Elle saisit l'épaule de Shiemi et la secoua. "Réveille-toi !"

"Kamiki-san..." Shiemi ouvrit difficilement les yeux. Elle posa son regard brumeux sur la jeune fille agenouillée devant elle. "Tu n'es pas... dans ton état normal, aujourd'hui. Tu vas bien... ?" murmura-t-elle.

"Qu..." Les yeux d'Izumo s'écarquillèrent, et elle se figea. Moi ? Mais pourquoi tu t'inquiètes pour quoi ?! C'est toi qui...

Rin laissa échapper un rugissement quand son épée tomba au sol. Il envoya son poing droit dans la mâchoire de la goule et recula vers l'autre côté de la salle. L'autre goule tentait encore de passer à travers la barrière de Konekomaru, qui luttait pour le garder stable.

Elle a raison. Izumo enfonça ses mains dans ses poches et en sortit deux bouts de papier. Un morsure à son pouce et une trace de sang plus tard, les deux renards blancs se matérialisèrent devant elle.

"Tu oses encore nous invoquer après la dernière fois ?" grogna Miketsu, sa queue s'agitant avec irritation.

"Reste donc à ta place, humai-" Ukemochi se fit interrompre par une voix forte et assurée.

"Vous allez m'obéir !" cria Izumo. Les renards, après un moment de choc, revinrent immédiatement sous ses ordres.

Elle a raison. Je n'ai pas été moi-même. La jeune fille aux cheveux violets leva un pentagramme en l'air entre ses doigts en récitant une incantation qui lui était devenue automatique.

"Virez, voltez ! Et conjurez l'esprit errant !" Les renards obéirent, et se précipitèrent sur la goule qui luttait pour passer à travers la barrière de Konekomaru. Il se jetèrent sur elle dans une bourrasque furieuse, immobilisant le démon et offrant ainsi à l'apprenti Aria un moment de répit. Mais cela ne dura pas longtemps. La goule repoussa les deux renards comme s'ils avaient étés de vulgaires mouches, et Izumo sentit comme un coup dans sa poitrine.

"N-Non !"

Dans un long rugissement, la goule abattit ses poings contre la barrière de protection. Elle se brisa sous l'impact, et la force repoussa les deux adolescent quelques pas en arrière. Ryûji, pour sa gouverne, n'avais toujours pas arrêté de réciter, mais si sa voir était ferme, ses mains tremblaient. Voir ses amis tomber un à un le rongeait de l'intérieur. Il leva les yeux vers le démon, qui s'approchait déjà d'eux. Konekomaru, voyant que Ryûji avait presque fini sa récitation, essaya de trouver un moyen d'empêcher le démon de passer. Mais ils avaient épuisé toutes les options.

"Virez, voltez !" s'écria Izumo d'une voix chancelante. "Et conjurez l'esprit errant !" Miketsu et Ukemochi s'élancèrent une fois de plus. La goule les repoussa de nouveau.

De l'autre côté de la pièce, Rin était toujours aux prises avec sa goule. Peu importe à quel point il frappait la chair en décomposition de ses poings, la goule semblait absorber tous ses coups. Il retenait le démon en arrière, mais il ne parvenait pas à le neutraliser. Rin tourna la tête un instant, le temps de voir les renards d'Izumo s'élancer une nouvelle fois avant que la jeune fille ne tombe à genoux.

La goule s'approchait de Ryûji.

À ce moment, quelque chose se déclencha. Rin sentit une sensation brûlante se répandre dans sa poitrine, et il laissa échapper un rugissement redoutable. Ses dents semblaient plus pointues, et ses yeux plus brillants. Des étincelles bleues dansèrent au bout de ses doigts quand il serra les poings et frappa d'un grand coup la goule en face de lui. Cette fois, cela fit effet. Le monstre en décomposition fut propulsé contre la cloison de bois. Rin ne perdit pas de temps. Il se retourna et courut, ramassant le Kurikara qu'il avait abandonné en faveur de ses poings, et sauta sur les épaules de la goule restante. Rin pressa le fourreau contre le cou de la goule et tira en arrière, lui faisant perdre l'équilibre. Le démon vacilla et tituba en arrière, s'éloignant de l'adolescent qui récitait.

"... nous savons que son témoignage est vrai," dit Ryûji en regardant la goule essayant désespérément de retirer le Kurikara de sa gorge. Il avait la bouche sèche d'avoir récité aussi longtemps, mais quand il croisa le regard de Rin par-dessus l'épaule de la goule, il sentit les forces lui revenir. "Je ne pense pas que le monde même," poursuivit-il d'une voix plus forte, "puisse contenir les livres qu'on écrirait !"

Les goules poussèrent un cri perçant quand il prononça enfin le Verset Fatal. Les deux démons se figèrent sur place tandis qu'une sensation atroce de brûlure se répandait à travers eux. Ils se tordaient et criaient de toutes leurs forces pendant que leur chair commençait à se disparaître couche par couche, jusqu'à ce que, finalement, il se désintègrent en un brouillard de particules noires.

C'était terminé.

Quand la goule disparut, Rin, qui était jusque là sur ses épaules, retomba sur le sol. Un léger grognement lui échappa, parfaitement audible dans le silence choqué qui commençait à envelopper la pièce. Ceux qui étaient encore conscient étaient comme figés dans l'obscurité, la respiration haletante. Ryûji déglutit sèchement et agrippa le bracelet qui pendait sur ses doigts.

"O-On est..." murmura-t-il, disant à voix haute la phrase qui flottait dans toutes les têtes, "on est vivants..."