Ça fait un bail ! J'ai décidé de m'auto-botter le derrière, et de finalement traduire les derniers chapitres de cette fic, que je posterai dans les jours/semaines à venir. J'ai à présent un compte ao3 (Junemel) sur lequel je poste également cette traduction (version légèrement améliorée) + d'autres fics :3
Merci à ceux qui ont commenté jusque là, et qui continuent à me lire. J'ai commencé à traduire cette fic à 13 ans, et mon anglais n'était pas vraiment génial, mais c'est cette traduction qui m'a permis de m'améliorer et d'atteindre le niveau que j'ai aujourd'hui à 19 ans. Si ce chapitre vous plaît, n'hésitez pas à partager vos impressions, je les lirai avec plaisir.
"Eins, zwei, drei~!"
Il y eut une petite détonation, et une large bannière tomba du plafond. Méphisto, face aux élèves de Shiro, arborait un sourire maniaque.
"Vous avez tous réussi l'examen ! Félicitations, aspirants exorcistes !" annonça le directeur.
Ces mots sonnèrent creux dans la tête de Ryûji. Un autre jour, sous d'autres circonstances, il en aurait sûrement tiré de la fierté, de l'excitation. Mais il réagit à peine. Au milieu des cris de joie de ses cama-rades, il parvint à peine à esquisser un sourire qui retomba aussi rapidement qu'il s'était formé. Le siège vide à ses côtés lui rappelait constamment le lit sans occupant qu'il avait vu au réveil. Le lit à côté duquel il s'était endormi la nuit dernière.
Sans Rin à ses côtés, tout semblait perdre de son sens.
Perdu dans ses pensées, il ne retint que vaguement la promesse de Méphisto de leur offrir un monjayaki une fois tout le monde soigné, et ne fut pas plus marqué par sa sortie théâtrale. Ce ne fut que lorsque Konekomaru posa sa main sur son épaule qu'il revint à la réalité.
"Bon ?" le regard de Konekomaru en disait long. "Le cours est terminé," l'informa-t-il d'une petite voix.
Ryûji s'aperçut qu'effectivement, la salle s'était vidée. Seule Shiemi patientait encore au seuil de la porte, tournée dans leur direction. Elle lui adressa un petit sourire timide lorsque leurs regards se croisèrent.
"Ah. C'est vrai." Ryûji se leva et ramassa son sac, se forçant à décoller les yeux du siège voisin. "On rentre au dortoir ?"
"En fait, Moriyama-san a envie de passer chez elle prendre des remèdes. Pour Shima et Paku," pré-cisa Konekomaru en réajustant ses lunettes. "J'ai proposé de l'accompagner, mais tu devrais rentrer directement au dortoir, Bon."
Shiemi hocha la tête. Nii-chan s'accrocha à ses cheveux pour ne pas perdre l'équilibre. "Le professeur Fujimoto a dit que Rin allait bien… Mais je pense que j'en prendrai pour lui aussi, juste au cas où," dit-elle, l'air inquiète.
"Il est toujours à l'infirmerie, non ?" demanda Konekomaru.
"Oui, " dit machinalement Ryûji. Mais à l'instant où il avait ouvert la bouche pour répondre, il s'était rendu compte qu'il ne savait pas si c'était encore réellement le cas. Il n'avait envoyé aucun message à Rin de la journée, et n'avait rien reçu de la part de celui-ci. "Il… il sera sûrement sorti lorsqu'on reviendra au dortoir. Je parie qu'il a passé la journée à dormir."
"Ça te ferait certainement du bien de te reposer aussi," nota Konekomaru, sourcils froncés. "Tu as dormi, hier soir ?"
Ryûji n'avait pas fermé l'œil. "Je vais bien."
Konekomaru abandonna le sujet. "Je vois… tu pourras voir comment Rin-kun va une fois rentré au dortoir. On se retrouve plus tard." Il rejoignit Shiemi, et le duo s'en alla après l'avoir salué.
"Oui, à plus..."
À leur départ, Ryûji soupira. Il quitta la pièce à son tour, non sans jeter un ultime coup d'œil à un certain siège. Il traîna les pieds jusqu'au dortoir.
Une fois ses chaussures retirées à l'entrée, Ryûji se rendit dans la chambre de Rin. Une part de lui savait déjà qu'il n'y trouverait pas son ami, mais il y fit tout de même un arrêt. Il savait qu'il ne faisait que retarder l'échéance. Malgré toutes les heures passées à regretter l'absence de Rin, l'idée de lui parler suffisait à lui nouer la gorge. Il se demandait ce que l'autre pensait. Shiro lui avait-il déjà parlé des événements de la semaine ? Ryûji ne savait pas à quoi s'attendre, et n'en était que plus nerveux.
Il aurait préféré en discuter avec lui la veille, les événements encore frais dans leurs esprits. Après l'intervention de Yukio, il avait été impossible de lui adresser un mot de plus. En haut des marches menant à l'infirmerie, Ryûji et Konekomaru s'étaient retrouvés face à une porte déjà verrouillée par le jeune exorciste. Une fois arrivé, Shiro avait été implacable, envoyant les deux adolescents se coucher malgré les protestations de Ryûji.
Maintenant qu'il se trouvait en face de la même porte que la veille, Ryûji regrettait de ne pas avoir insisté plus.
Ravalant sa nervosité, il se força à entrer. Il fut immédiatement accueilli par la vue de Rin assis dans son lit.
"Eh," fit Ryûji en refermant la porte derrière lui. Il resta planté là, le temps d'observer Rin quelques secondes. Il semblait effectivement aller mieux. Les blessures de la veille avaient disparu sans laisser de trace. Ryûji se sentit soulagé, mais pas entièrement rassuré pour autant. "Tu n'es pas venu en cours aujourd'hui," dit-il d'une voix faible. Il s'avança vers lui, les yeux baissés.
"Oui, mon père pensait que c'était une mauvaise idée," marmonna Rin. "Je guéris trop vite, c'est suspect. Surtout vu les blessures que j'avais hier." Il grimaça un peu. Même s'il ne faisait que répéter ce que lui avait dit son père, et qu'il avait obéi sans vraiment discuter, quelque chose dans ces mots le mettait mal à l'aise. Il s'était senti patraque toute la journée. Il avait pensé que c'était du à l'absence de Ryûji : il s'était habitué à avoir son meilleur ami à ses côtés une semaine entière, après tout. Mais à présent qu'il était là... Rin avait pensé que voir Ryûji le soulagerait, au lieu d'avoir l'effet inverse.
Il n'avait pas pu s'arrêter de ressasser le moment avant l'intervention de Yukio. Ryûji lui cachait quelque chose - quelque chose qui était en lien avec le Kurikara. Rin jeta un coup d'œil au katana reposant contre sa table de nuit avant de baisser à nouveau les yeux. Peut-être Ryûji avait-il une bonne raison de le lui cacher ? Dans ce cas, devait-il vraiment essayer de trouver des réponses ? Ces mêmes pensées tournaient en rond dans sa tête depuis la veille, et il n'avait toujours pas trouvé de solution.
"Vous avez fait quoi, en cours ?" Tout à fait banale, la question était presque robotique.
Ryûji essaya de se souvenir des choses apprises durant la journée, mais son esprit était vide. "Eh bien... On a réussi l'examen." À présent qu'il avait rejoint le pied du lit de Rin, il rassembla son courage et releva la tête, mais son nœud à l'estomac s'accentua lorsqu'il réalisa que Rin ne le regardait pas.
"Ah ? Tant mieux." Rin sourit, mais ses yeux évitaient toujours ceux de Ryûji, se posant sur son épaule à la place. "Alors, on est des aspirants exorcistes, maintenant, c'est ça ?"
"C'est ça..." Le manque d'enthousiasme était flagrant, et un silence gêna s'installa. Aucun des deux adolescents ne savait comment aborder le sujet qui avait accaparé leur esprit toute la journée. S'il avait été du genre passif, Ryûji aurait pu rester bloqué face à l'impasse qui se dressait devant lui. Au lieu de cela, il serra les poings et essaya de rassembler ses pensées.
"Rin... écoute, à propos de ce que j'ai dit hier... je dois te parler de quelque chose." Il fronça résolument les sourcils, fixant un coin du lit de Rin en cherchant les bons mots. "La nuit dernière... En fait, depuis la semaine dernière, si je suis fatigué, c'est parce que.. je n'ai pas pu bien dormir. Parce que chaque nuit, tu te réveilles. Mais tu n'es pas... to-même". Ses yeux se posèrent sur le Kurikara. "Grosso modo," conclut-il, se remémorant les quelques instants de cohérence qu'avait eu son ami durant ces épisodes.
Rin s'était raidit lorsque Ryûji avait commencé à parler. Il s'était enfin senti capable de le regarder en face, juste à temps pour voir son regard dériver vers son sabre. Son visage prit la même expression que son ami, les sourcils froncés par la confusion. "De quoi tu parles ? Je ne me suis pas réveillé".
"Si. Toute la semaine ! Tu ne t'en rappelles pas, c'est tout," insista Ryûji d'un ton frustré. Il croisa son regard et le soutint, espérant qu'il refléterait sa sincérité. La vérité s'échappait de lui comme une libération. "Tu essayes de prendre le Kurikara dans ton sommeil," continua-t-il. "Quand j'ai compris ce que tu voulais, j'en ai parlé au professeur Fujimoto, et il a décidé de garder la clé de Dissimulation sur lui pendant la nuit, pour t'empêcher de l'atteindre."
"Mon père ?" Rin était en proie à une confusion grandissante. Il observa son sabre, comme s'il espérait y trouver une réponse - mais en sa qualité d'objet inanimé, il resta sagement immobile.
Mais... plus il y réfléchissait, et plus cela semblait logique. Ryûji était épuisé, ces derniers temps. Il n'avait jamais vu son ami aussi exténué. C'était un lève-tôt, debout avec le soleil comme un coq - avec la crête qui allait avec. Rin contempla les cernes sous ses yeux. Avait-il réellement réveillé Ryûji toutes les nuits ? L'avait-il inquiété à ce point ? Un frustration grandissante l'envahit.
"C'est... C'est ça que tu me cachais ?" Il serra les poings, mâchoire crispée, son naturel obstiné revenant au galop. "J'ai fait tout ça et tu ne m'as rien dit ?!"
Ryûji détourna les yeux. "Je voulais t'en parler.."
"Alors pourquoi tu ne l'as pas fait ?!" Rin se redressa, irrité. "On s'est promis qu'on ne se cacherait rien l'un à l'autre. Que peu importe ce qui se passait, on se dirait toujours tout !"
Ryûji savait que la colère de Rin était justifiée, et qu'il la méritait - mais il avait ruminé ces mêmes mots toute la semaine, et une partie de lui ne pouvait s'empêcher de s'énerver. Les émotions qu'il avait jusque là réprimées menaçaient de déborder comme une cocotte-minute.
"Je sais," dit-il, cherchant en vain à se maîtriser. "J'ai dit que je voulais t'en parler, non ? Je voulais, mais ce n'est pas si simple !" Un grognement frustré lui échappa. "Ton père n'était pas d'accord. Il voulait te protéger ! Je ne pouvais rien dire !"
La peur l'envahissait à nouveau. Son impuissance face à la situation lui serrait le coeur. C'était son désir de protéger Rin qui avait poussé Ryûji à garder le silence. C'était la seule chose qu'il pouvait faire. Et...
"Ce n'est pas comme si ça me faisait plaisir ! Tu sais que je déteste mentir ! Mais si c'est pour ton bien, je le ferai ! Quel autre option j'ai, hein ?!"
Papa ? Encore ? Pourquoi ? Rin était à bout de nerfs. Il se leva brusquement. "Comment ça, quelle autre option ?!" Il saisit Ryûji par le col. "Combien de fois je dois te le dire ?! Je suis pas une princesse en détresse ! Je peux agir ! S'il y a un problème, et que ça me regarde, pourquoi ça serait mauvais de m'en parler ? Je me fous de ce que dit le vieux !" Il tira plus fort, forçant Ryûji à se rapprocher, et leurs fronts manquèrent de se cogner. "Je te faisais confiance !"
"Alors continue !" Les mots de Rin l'avaient blessé, mais Ryûji mit cela de côté. Il devait faire comprendre la situation à son ami. "Le professeur sait ce qu'il fait ! Il t'a protégé toutes ces années, non ?!"
"C'est pas lui le problème !" cria Rin, sa queue s'agitant frénétiquement. "Le vieux m'a caché des choses m'a vie entière, et Yukio aussi ! Mais toi, tu ne m'as jamais menti ! Tu m'as toujours tout dit, et je veux pas que ça change, Ryûji ! J'en ai assez des secrets !" Ses mains tremblaient, mais il ne lâcha pas son col. "S'il y a un problème, on se le dit et on le résout ensemble ! Parce qu'on est amis !"
Il sentit l'hypocrisie de ses propres mots au moment où il les prononça. Konekomaru, Shiemi, et Renzô. Ils étaient ses amis, et tous ignoraient son plus grand secret. Il ne leur avait rien dit, parce que son père et son frère le lui avaient ordonné.
Et Rin avait peur de ce qu'ils penseraient de lui.
La queue de Rin retomba faiblement derrière lui, et ses poings se desserrèrent. Il resta silencieux un moment, cherchant ses mots, mais une décision rapide vint trancher le débat.
"Plus de secrets." Rin secoua la tête, et prit un air déterminé. "On doit leur dire. À Konekomaru, Shiemi et Renzô !"
Quoi ?! Ryûji en resta bouche bée. "Tu es fou ? C'est impossible !" Même si le secret pesait sur sa conscience, Ryûji savait à quel point le révéler serait dangereux.
"On doit le faire !" insista Rin. "Et on peut leur faire confiance, non ? C'est quoi le problème ?!"
"L-le problème ?! Tu t'entends parler ?! Bien sûr qu'il y a un problème ! Tu piges pas ?!" Si l'Ordre découvrait la véritable identité de son ami, sa vie serait menacée. Yukio l'en avait assuré. Comment Rin pouvait-il ne pas comprendre ça ?
"Plus il y aura de personnes dans la confidence, plus ce sera risqué pour toi. Tu pourrais mourir, Rin !" Cette idée le faisait trembler. Il l'attrapa par le poignet. "Tu pourrais mourir. Je ne peux pas les laisser te faire ça !" cria Ryûji.
Rin grimaça, mais resta déterminé. "Tu crois vraiment qu'ils vendraient la mèche ?" Il serra les dents. "Tu penses qu'ils me trahiraient ?"
Ryûji ne répondit pas tout de suite. La question le perturbait. Il y avait déjà songé avant, même s'il n'aimait pas penser à cette option. Mais maintenant que c'était Rin qui abordait le sujet, il ne pouvait plus ignorer cette possibilité. En toute honnêteté, Ryûji devait admettre qu'une part de lui craignait que ses amis prennent la mauvaise décision. Il ne voulait pas penser du mal d'eux, mais la Nuit Bleu avait causé tant de pertes... Il savait que si le reste de la Myoda l'apprenait, les choses seraient hors de contrôle.
Mais... c'étaient ses amis. Leurs amis. Rin n'était pas un étranger à leurs yeux.
"... Non", répondit finalement Ryûji, les voix et les épaules basses. Tellement de choses devaient être prises en compte. Ce n'était pas une décision à prendre à la légère. Mais il se sentait vidé de toute sa combativité. Une chose restait certaine. "Ils ne feraient jamais ça."
"Alors ?" Rin se mordilla nerveusement la lèvre. Il regarda son ami, qui semblait hagard, épuisé. "Faisons-le. Je sais que tu détestes mentir, et tous ces secrets te bouffent autant que moi. On ne devrait pas se cacher des choses, de toute façon. Les amis s'entraident, pas vrai ? On doit se soutenir. Et même si..." Rin déglutit, sentant sa gorge s'assécher. "Même s'ils se mettent en colère à cause de ce que je suis, on leur fera comprendre. Je sais que tu seras là pour me défendre, et ils t'écouteront."
La ferveur de Rin, la foi qu'il avait en lui et en leurs amis, laissait Ryûji sans voix. La peur qu'il avait ressenti quelques minutes plus tôt s'évanouissait, et il se sentait pris au piège dans le regard implorant de son ami. Une émotion inconnue lui brûla la poitrine. La confiance absolue de son ami brisa la dernière barrière qui retenait Ryûji. Il baissa la tête, et serra un peu plus le poignet de Rin dans sa main, ne voulant pas le lâcher. Il sentit le pouls de l'autre battre régulièrement contre sa peau, et ce rythme lui donna le courage de dire les mots que Rin attendait.
"D'accord," murmura Ryûji. Sa voix devint plus assurée. "On va leur dire."
La queue de démon de Rin se releva aussitôt, en même temps que ses sourcils et les coins de sa bouche. Mais avant qu'il n'ait pu dire un mot, une voix sévère s'éleva depuis la porte.
"Dire quoi à quoi ?" Yukio verrouilla la porte derrière lui. Ses sourcils étaient froncés, et sa bouche formait une fine ligne.
"Yukio !" s'exclama Rin.
Ryûji, surpris de son apparition soudaine, lâcha son ami et se tourna vers Yukio d'un air soucieux. Il pouvait déjà prédire la dispute qui allait suivre.
"On va dire la vérité sur moi à Konekomaru, Shiemi et Renzô. On peut leur faire confiance," dit Rin sans prendre de gants.
"Absolument pas !" siffla immédiatement Yukio. "Tu es fou ?!"
Ryûji retint une grimace devant la véhémence de Yukio. Il n'y avait pas de bonne façon d'annoncer la nouvelle. Il essaya de le calmer en expliquant leur décision.
"Ecoute, on pense que-"
"Vous ne pensiez visiblement pas du tout !" interrompit sèchement le plus jeune. "Ce n'est pas un petit commérage de lycéens. C'est une question de vie ou de mort !" Il lança un regard accusateur à Ryûji. "Tu passes ton temps à mettre mon frère en danger avec tes idées absurdes !"
"Arrête Yukio !" Rin se plaça entre eux. "C'était mon idée !"
"Ce qui prouve bien qu'elle est stupide ! Vous comprenez la situation dans laquelle vous voulez vous mettre ?!"
"On comprend aussi bien que toi le sérieux de la situation," protesta Ryûji. "On sait que c'est risqué, mais ce sont nos amis. On ne devrait pas leur mentir. Tu connais Shima mieux que nous, non ? Tu crois vraiment qu'il nous trahirait ?"
Yukio se raidit. "Je ne peux pas en être sûr. Ren-kun n'est pas quelqu'un de mauvais, mais ça ne justifie pas que je mette la vie de mon frère en jeu ! Tu sais ce que la Nuit Bleu a causé ! Tu sais ce qu'elle a laissé derrière et ce qu'elle a pris ! Tu crois que les gens qui en vivent les conséquences sauront tout ignorer quand ils apprendront la vérité ?!"
"Mais ce- je ne leur ai rien fait !" Rin avait l'air tourmenté. Bien sûr qu'il y avait pensé, qu'il avait anticipé des réactions négatives ! Mais il ne serait pas seul. Ils pourraient en discuter. Leur conversation déraillait. "Yukio, écoute-moi." Il fit un pas en avant.
"Non ! J'en ai assez entendu !" Son regard était dur. "Père et moi avons gardé le secret pour que tu restes sain et sauf. Et tu gâcher tous nos efforts pour un groupe de personnes qui n'en aura peut-être plus rien à faire de toi dans deux ans !"
"Yukio !" Rin serra les poings.
"Il n'y a rien à ajouter, si ce n'est que ton idiotie et ta naïveté te perdront," tonna Yukio.
"Tu t'entends parler ?! Tu ne penses pas vraiment ce que tu dis, si ?" interrompit Ryûji, incapable de supporter plus longtemps la froideur de Yukio.
Plus la dispute progressait, plus l'adolescent réalisait à quel point les mots de Yukio sonnaient creux. Quelques instants auparavant, il hésitait encore, mais à présent, il était certain que la décision de Rin était la bonne. Ils étaient leurs amis, et cela ne risquait pas de changer de si tôt. Se cacher d'eux pendant deux ans de plus, voilà ce qui risquait de détruire leur amitié.
"On doit leur dire. Il vaut mieux qu'ils l'apprennent par nous que par un autre moyen !"
"Ils ne doivent pas l'apprendre du tout !" s'énerva Yukio. Il sortit son portable de sa poche. "Père devrait bientôt sortir de réunion. Il revient bientôt." Il commença à taper sur le clavier du téléphone. "Si je ne peux pas vous convaincre, Dieu sait qu'il saura s'y prendre."
"Tu surréagis !" Rin agrippa le bras de son frère. "T'as pas besoin d'en faire tout un drame !"
"Je surréagis ?" Yukio plissa les yeux et referma le clapet de son teléphone. "Il suffit d'un mot dans la mauvaise oreille pour que tu sois exécuté."
"Tu crois que je suis pas au courant ?!" Le demi-démon resserra sa prise. "Je sais tout ça !"
"Alors pourquoi tu mets ta vie en jeu comme ça ?!" Yukio ouvrit la bouche pour continuer, puis la referma, et tira sur son bras pour le dégager de la poigne de son frère. "On va attendre que Père revienne. Je ne veux plus rien entendre."
Il dut tirer une nouvelle fois pour que Rin le lâche. Ryûji se passa nerveusement la main dans les cheveux en les observant, sans savoir quoi répondre. Se sentant plus exténué que jamais, il s'assit au pied du lit et fit signe à Rin de le rejoindre. Les trois adolescents attendirent le retour de Shiro en silence.
Yukio resta planté devant la porte durant les sept minutes que mit leur père à venir. Il déverrouilla prestement la serrure et ouvrit la bouche, mais avant qu'il n'ait pu parler, Shiro leva la main pour l'arrêter. L'homme entra et referma la porte derrière lui. Il s'assit sur le lit, à côté de Rin et Ryûji, et les évalua du regard.
"Dites moi ce qui se passe," dit-il, se penchant en avant. Rin prit une grande inspiration.
"On veut dire la vérité à Konekomaru, Shiemi et Renzô."
"Impossible," répondit aussitôt Shiro.
Son refus découragea Ryûji, mais il se ressaisit, repensant aux mots de Rin. "Mais... est-ce vraiment une si mauvaise idée ?" Il se força à regarder Shiro dans les yeux. "On est amis," dit-il doucement. "et on devrait leur faire confiance. On ne pourra pas leur mentir éternellement."
"Amis ou pas, cela n'a aucune importance." Les yeux de Shiro ne quittèrent pas ceux de Ryûji. "Ce secret est bien trop risqué. Beaucoup de gens y sont liés, et Rin est au centre de la toile."
"Mais ils sont juste trois !" protesta Rin. "Je sais qu'ils-"
"Non, tu n'en sais rien," fit Shiro d'un ton exaspéré. "On ne peut jamais être sûr de rien, et je ne suis pas prêt à risquer ta vie sur un simple pari."
Ryûji serra les poings, frustré d'entendre les mêmes arguments se répéter encore et encore. "Il est déjà en danger !" insista-t-il. "Professeur... Au rythme où vont les choses, ce sera impossible de garder le secret aussi longtemps qu'on le voudrait. Rin devra faire des missions de nuit à un moment donné, et-"
"Les aspirants exorcistes n'interviennent pas la nuit." Shiro fronça brièvement les sourcils avant de se passer la main sur le visage, reprenant une expression impassible.
"Je serai pas aspirant pour toujours !" protesta à nouveau Rin. Pourquoi ne voulaient-ils pas comprendre ?
Ryûji lui jeta un coup d'oeil inquiet avant de se tourner à nouveau vers le père de son ami, confiant dans sa logique.
"On ne pourra pas garder le secret éternellement," répéta-t-il. "Même si on s'est tous mis d'accord, ce secret est trop gros pour qu'on le cache indéfiniment. Vous n'avez pas pu le cacher à Rin, et les profs le savent déjà. Ça va forcément sortir à un moment." Il leva le menton. "Ca ne serait pas mieux d'être préparés, de savoir sur qui on peut compter ? Je fais confiance à Shima et Konekomaru."
"Moi aussi ! Et Shiemi aussi !" ajouta Rin, déterminé. "C'est pas toi qui disait qu'on était une équipe ! On doit s'aider, on a besoin les uns des autres. On ne peut pas faire ça seuls ! On a besoin de renforts !"
Shiro se tendit, et resta silencieux un long moment.
Finalement, il soupira, et un petit sourire dérisoire se forma sur ses lèvres. "Vous deux... quand vous êtes ensembles, vous êtes quelque chose."
Les deux adolescents se redressèrent.
"Alors, ça veut dire..." commença Ryûji, les yeux écarquillés de surprise.
"C'est oui ?!" Rin se pencha en avant.
"Père !" Yukio semblait scandalisé, et fit un pas en avant.
"Je n'ai encore rien dit !" Shiro leva les mains pour les interrompre. "Ecoutez." Il pointa Rin et Ryûji du doigt. "Vous deux... même si c'est dur à admettre, vous n'avez pas tort."
"Vous n'êtes pas séri-"
"E-cou-tez moi," répéta-t-il gravement, interrompant Yukio. Il se tourna à nouveau vers le duo. "Vous devez comprendre qu'il ne faut pas prendre de risques inutiles." Ils hochèrent la tête. "En tant que professeurs, je sais que cacher des choses à ses coéquipiers, c'est signer son arrêt de mort. Surtout des secrets aussi gros. La réussite des missions dépend de la confiance que vous avez les uns envers les autres." Il fronça les sourcils, regardant Rin dans les yeux. "Mais je suis ton père avant d'être ton professeur."
Rin déglutit, se tassant un peu devant l'air sévère de son père.
"Je sais que vous leur faites confiance, mais j'ai besoin de voir par moi-même s'ils méritent cette confiance." Shiro hésita, soupira, et mit plusieurs secondes avant de reprendre. "Si vous réussissez tous votre examen de Meister, je vous considèrerai comme une équipe."
Si Rin perdit un peu d'enthousiasme à ces mots, Ryûji releva aussitôt la tête.
"Vraiment ?" dit-il avant de ressasser les mots dans ses tête. "Minute, tout le monde ?" répéta-t-il, grimaçant en pensant à Renzô.
"Vous tous," confirma Shiro. "Et vous devez réussir ensemble. Si l'un de vous échoue, l'accord tombe à l'eau."
"Mais c'est-!" Rin se sentait de plus en plus nerveux.
"La responsabilité collective. C'est le maximum que je suis prêt à offrir. À prendre ou à laisser."
Rin se tourna vers son ami, cherchant le réconfort qu'il trouvait si souvent dans sa présence. Même si Ryûji semblait encore mal à l'aise, ses lèvres avaient pris un pli déterminé. Il hocha la tête, et Rin se mordit la lèvre un moment avant de l'imiter.
"Ça me va," dit-il avec assurance.
"Père, ce n'est pas sérieux !" s'agita Yukio, incrédule. "Un simple examen n'est pas suffisant-"
"C'est ma décision, Yukio," le coupa Shiro. L'adolescent retomba dans un silence stupéfait. Son père reporta son regard sur les deux autres jeunes hommes. Yukio se tourna brusquement et quitta l'infirmerie, en claquant la porte derrière lui.
Rin regarda la porte, un peu triste. Yukio...
"Vous ferez donc tous les deux voeu de silence ? Pas à mot à quiconque avant la fin des examens."
"Promis," dit Rin.
Ryûji hocha la tête avec autant d'enthousiasme. "Moi aussi. Merci, Professeur," dit-il avec reconnaissance.
Shiro secoua la tête. "Ne me remerciez pas encore. Vous avez du cran, et ça serait admirable si ce n'était pas si dangereux."
Ryûji se reteint de grimacer à son tour et inclina la tête. "Pardon de vous causer autant de soucis," dit-il d'un air contrit.
"C'est mon affaire. Inquiétez-vous seulement de vos examens, et de votre promesse." Shiro se tourna vers Rin. "Tes cours et tes devoirs sont sur ton bureau."
Après une telle conversation, Rin n'avait pas l'énergie de se plaindre. "Oui, compris," marmonna-t-il. Après un petit sourire, Shiro quitta l'infirmerie, laissant les deux adolescents en tête à tête.
Aussitôt qu'ils furent seuls, Ryûji ressentit le besoin de s'excuser. Il se frotta l'arrière de la nuque pendant quelques secondes. "Rin... je suis désolé. Je ne voulais pas te cacher tout ça. J'aurais dû t'en parler."
L'expression de Rin s'assombrit un peu. "Je comprends pourquoi tu l'as fait." Il regarda un instant son amis, avant de cogner leurs deux épaules ensemble. "Mais le refais plus, O.K ? S'il se passe un truc, dis le moi. Je veux savoir ce que tu penses. Je veux savoir quand ça ne va pas. Je veux savoir, pour t'aider. Même si je suis pas un génie, deux têtes qui cogitent valent mieux qu'une, non ?"
Les yeux de Rin brillaient à nouveau, et son sourire était chaleureux. L'émotion inconnue que Ryûji avait ressentie plus tôt refit surface dans sa poitrine, mais il la considéra comme du soulagement, et lui sourit en retour, enroulant un bras autour de ses épaules. Il lui offrit un tapotement amical, et Rin se pressa contre lui avec contentement. Ryûji lui frotta les cheveux.
"D'accord," murmura-t-il.
Rin repoussa sa main, souriant et se sentant plus léger qu'il ne l'avait été toute la journée. La chaleur de Ryûji était réconfortante. Il se rapprocha un peu plus, et, sur un coup de tête, l'entoura de ses bras.
"Merci." Rin enfouit son visage dans l'épaule solide de son ami. Il pensa à la promesse faite à son père, au regard furieux de son frère, et au sourire soulagé de son ami. "Merci..." répéta-t-il en le serrant un peu plus fort. Sa queue noire bougea aussi, venant se déposer sur les genoux de son ami. Ryûji, bien que surpris par cette étreinte soudaine, la rendit après quelques instants.
"Pas la peine de me remercier, andouille."
Sa voix était amusée, mais ne cachait pas la reconnaissance dans ses yeux. Il était heureux que Rin l'ait pardonné. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait si cela n'avait pas été le cas.
"Je dit merci si je veux !" grommela affectueusement Rin en le serrant plus fort. "Je suis juste content. Je sais pas si je peux faire ça sans toi."
"Moi non plus..." admit Ryûji, cette fois plus sérieusement. "Mais heureusement, on est ensemble. On doit juste faire de notre mieux, pendant deux autres années... et tout ira bien"
Rin se dégagea un peu pour le regarder dans les yeux. "Et... On sera encore amis dans deux ans, hein ?"
Le plus vieux n'hésita pas une seule seconde.
"Evidemment," dit-il. "On restera tous amis."
Le sourire de Rin réapparut aussitôt, encore plus éclatant qu'avant. "Ouais ! Et je sais que tu mens pas cette fois." Sa queue de démon s'agita joyeusement, battant contre le genou de son ami.
Ryûji rougit d'embarras. "Bien sûr que non." Il frotta ses phalanges contre la tempe de Rin, qui ricana aussitôt.
"Tu m'aides pour mes devoirs ?" demanda-t-il avec des yeux de chiens battu.
"Si tu t'endors, tu te débrouilles seul," répondit Ryûji. "Mais oui, d'accord."
"C'est toi qui a l'air prêt à t'endormir !" Rin se leva d'un bond et lui tira la langue.
"Dit celui qui va piquer du nez dès qu'on aura ouvert nos manuels !"
"Dit celui qui ressemble à un panda avec ses cernes !"
Ils continuèrent à se chamailler bien après être sortis de l'infirmerie. N'importe qui d'autre aurait compris que les deux amis étaient de retour à la normale, et que les problèmes qu'ils avaient eu faisaient partie du passé. Mais Rin et Ryûji connaissaient la vérité.
Ils n'étaient pas juste retournés à la normale. Ils étaient plus proches que jamais.
