Et voici le chapitre 44! Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, voilà le message que j'avais laissé à sa place :

"La fanfiction originale (Sincerely) dont Cordialement est la traduction reprend du service ! Après plusieurs années d'inactivité, les rynoa et Jeiidaan ont décidé de continuer et (on l'espère) finir leur histoire, et ont énormément de nouvelles idées en tête. Le chapitre 47 a été posté le 23 mars, et le prochain devrait arriver assez vite. [...] Les statistiques m'indiquent que Cordialement n'a pas perdu en popularité ! Il y a eu 41 nouveaux visiteurs depuis la publication du dernier chapitre traduit [edit: 56]. Même si vous avez tous été silencieux dans les reviews, ça fait néanmoins plaisir de voir que des gens continuent à suivre la fic. Vous êtes d'ailleurs presque une cinquantaine à être encore abonnés. Ce message est aussi l'occasion de vous informer que des modifications ont été apportées au chapitre 43. Rynoa et Jeiidaan ont changé la scène de l'infirmerie pour mieux expliquer la décision de Shiro, et j'ai donc traduit cela en conséquence. Pour rappel, Cordialement se déroule dans un univers bien plus large : le Lettersverse, qui contient d'autres fics. Si vous voulez voir ce qui se passe du côté de Yukio, de Renzô, et Shiro et de Méphisto, vous pouvez jeter un coup d'oeil aux fics À la prochaine et Bien à toi (+ la fic bonus PS, pas encore traduite). Cela permettra de lever le voile sur certains mystères non résolus dans Cordialement (Rin et Ryûji ne sont pas omniscients et ne peuvent donc pas savoir ce qui se passe dans la tête des autres, et ce qu'ils font en secret... et pourtant, il s'en passe, des choses. Les deux premiers chapitres de Bien à toi permettent par exemple de savoir qui est à l'origine de la tradition d'entretenir une correspondance entre les élèves des écoles de Rin et Ryûji, et pourquoi on en est arrivés là...)"

J'en profite pour rajouter autre chose : Si vous suivez la fic sur ao3, vous aurez remarqué que les tags n'indiquent pas que Rin & Ryûji (relation platonique): il y a aussi un tag Rin/Ryûji (le tag utilisé pour les couples). Jusqu'ici, la fic a surtout été du shonen-ai, mais l'"endgame" est bien d'aboutir sur du "slash", c'est-à-dire une relation romantique entre ce duo. C'est la même chose pour Yukio et Renzô (ils sont un peu plus rapides à agir, cependant, héhé). Gardez cela à l'esprit en lisant :3

Bref, j'espère que vous apprécierez ce chapitre. Comme dit précédemment, je peux toujours voir les stats de la fic, et je sais que vous êtes nombreux à lire - c'est toujours sympa de savoir que je n'écris pas dans le vide et que vous êtes toujours au rendez-vous, après tout ce temps *coeur*.

Enjoy!


Au départ, Rin avait été terrifié… mais il commençait à s'habituer à l'exercice. Shiro avait décidé de le laisser ouvrir le Kurikara chaque soir, sous sa supervision. La toute première fois, il avait voulu rengainer l'épée aussitôt après l'avoir sortie de son fourreau. Les flammes bleues léchant sa peau lui rappelaient son manque de contrôle. Elles lui rappelaient la raison pour laquelle le bras et le ventre de Shiro étaient couverts de bandages. Les mots de Nehaus le hantaient encore.

Il était un danger, un monstre. Ses flammes, ses ongles qui se transformaient en griffes, se dents se changeaient en crocs… tout le confirmait. Shiro l'avait empêché de rengainer.

"Regarde..." Cette nuit-là, il s'était approché de lui et avait maintenu sa main au-dessus des flammes bleues. Rin avait essayé de se dérober, ne voulant pas brûler son père, mais il avait été trop lent. Cependant, il n'y eut aucune brûlure. Pas même la moindre cloque. Les flammes bleues avaient doucement frôlé la peau de Shiro, et celui-ci s'était aussitôt détendu.

"Ça ne... te fait pas mal... ?" avait murmuré Rin.

"C'est chaud. Mais ça ne brûle pas." Le sourire de Shiro avait été si réconfortant que l'angoisse de Rin avait progressivement disparu.

Il savait que son père avait eu peur, lui aussi. Il ne savait pas comment, mais il le savait. Mais savoir cela lui donnait encore plus de courage, à sa propre surprise. Rin avait l'impression que son père et lui avançaient pas à pas, main dans la main. Chaque nuit après celle-ci, il dégaina avec toujours plus de facilité.

Ce matin-là, après le petit-déjeuner, Shiro lui annonça qu'ils allaient faire quelque chose de différent. Comme il commençait à s'habituer à la présence des flammes, il devait à présent apprendre à les contrôler. Il lui dit de le rejoindre à la maison juste après les cours d'exorcisme.

"Et amène Ryûji-kun," avait-il ajouté avec un sourire.

Malgré des tentatives répétées de lui tirer des vers du nez, Shiro n'avait pas voulu en démordre et était resté parfaitement silencieux. À la fin de leur premier cours de la journée, Rin prit son ami à part pour le mettre au courant. Ryûji savait déjà ce qu'ils faisaient chaque nuit, et il n'eut donc pas eu besoin de se lancer dans de trop longues explications. Cependant, Ryûji eut l'air surpris et un peu appréhensif. Après tout, lui non plus ne savait pas à quoi s'attendre. Rin fut déçu, même s'il s'y était attendu. Ryûji était intelligent, mais il ne pouvait pas lire les pensées des autres.

Cet après-midi, après les cours d'exorcisme, ils se dirigèrent vers le dortoir Okumura, discutant des événements de la semaine. Les nouveaux aspirants exorcistes n'avaient pas eu un moment de répit après leur promotion. Ils avaient été accablés de missions dès le premier jour sous leur nouveau statut. Seulement, ces "missions" n'en étaient pas réellement…

"Et après avoir récuré tous les bureaux, j'ai dû les essuyer avec un truc qui sentait bizarre." Rin fronça le nez. "J'avais la tête qui tournait, j'ai dû ouvrir la fenêtre."

"Urgh". Ryûji arborait la même expression dégoûtée – et vaguement irritée. "On est juste bons à faire les corvées, à ce que je vois. J'ai dû apporter du matériel à Yamaoku aujourd'hui, et ça a pris une éternité ! Le gars qui devait les récupérer n'était pas là, j'ai poireauté une heure."

"Argh, c'est quand qu'on va avoir de vraies missions ?! Je préfèrerais ne rien avoir que de devoir faire des trucs comme ça !"

"Ouais, je te le fais pas dire," grimaça Ryûji. "Tch. J'suis pas vraiment impatient de croiser un nouveau démon de sitôt, mais là, j'avoue que je préfèrerais être n'importe quoi du moment que c'est pas livreur."

"Plutôt tuer une autre goule que nettoyer un autre bureau," marmonna Rin. "Au moins, il y aurait plus d'action."

"Du moment qu'ils ne nous font pas nettoyer les cages des Leapers…" ajouta Ryûji en se rappelant que Konekomaru s'en était plaint.

Le demi-démon fait la grimace, ayant pitié de ceux qui devaient subit cette corvée. "Franchement, ça sert à quoi de nous faire passer un test aussi dur si tout ce qu'on fait en tant qu'aspirants, c'est du niveau d'une femme de ménage ?" souffla-t-il alors qu'ils approchaient du dortoir.

Ryûji l'imita, mais se tut lorsqu'ils passèrent les portes en bois. L'examen avait été difficile. Paku et Shima avaient été blessés, et ce qui s'était passé avec Rin avait laissé Ryûji angoissé et sur les nerfs toute la semaine. Il savait que c'était le genre de stress auquel il devait s'habituer – c'était la vie qu'il avait choisie. Mais tout de même… il devait admettre qu'il appréciait le répit qu'on leur avait accordé ces derniers jours, même si c'était sous la forme de tâches ménagères.

Cette soirée leur réservait cependant des surprises. Les deux adolescents montèrent les escaliers, et Rin guida son ami vers sa chambre, dans laquelle son père se trouvait déjà, occupé à fermer les rideaux.

"Ah, vous voilà." Shiro leur sourit. Il avait troqué son manteau habituel pour une chemise blanche, et s'était retroussé les manches. On pouvait voir des bandages au niveau de son bras droit. "Comment était votre dernier cours de la journée ?"

"Bien," répondit vaguement Rin. Il fronça les sourcils en apercevant un large sac aux pieds de son père.

"Euh… C'est quoi ?" demanda-t-il en laissant son propre sac tomber au sol.

"Ça ? C'est la raison pour laquelle vous êtes là. Asseyez-vous l'un en face de l'autre, en mettant un peu de distance entre vous. Un mètre, ça serait bien."

Ryûji et Rin échangèrent un regard rapide avant de s'exécuter. Le plus grand des deux croisa les jambes, prenant la position qu'il utilisait généralement pour méditer, et Rin l'imita.

Shiro traîna le sac jusqu'à Ryûji et l'ouvrit. "Ryûji-kun, tends la main," dit-il en fouillant à l'intérieur. Il se tourna ensuite vers son fils. "Et maintenant, Rin. Je veux… "

Une petite bougie fut placée au centre de la paume de Ryûji.

"… que tu allumes ça."

"Hein ?!" Rin écarquilla les yeux, son regard faisant des allers-retours entre le sourire de son père, le visage figé de son ami, et la bougie qui semblait attendre qu'il obéisse.

Un long moment passa. Ryûji prit une inspiration qui n'était pas entièrement calme. Il était tendu – la peur instinctive qu'il ressentait envers les flammes bleues recommençait à l'envahir, malgré ses efforts pour la contenir. Mais il ne pouvait pas détourner les yeux de ceux de Rin. Lui aussi avait l'air d'avoir peur.

"R-Rin. Tout va bien…" Ce n'était pas ce que Ryûji voulait dire. Non, il voulait demander à son professeur ce qui lui était passé par la tête, même s'il lui était dur de remettre l'homme en question. La voix de Rin fit écho dans sa tête, lui reprochant de faire confiance à son père plus qu'il ne lui faisait confiance à lui. Il hésita, mais Rin reprit la parole.

"N-Non ! Je pourrais te blesser!" Le souvenir de ce qu'il avait fait aux goules de Nehaus envahissait son esprit. Il ne voulait pas faire de mal à son ami. "On pourrait pas mettre la bougie par terre, au moins au début ?!" Shiro s'assit à leurs côtés, parfaitement serein.

"Non. Ca ruinerait le but de l'exercice." Il se pencha vers son fils et passa un doigt sous les perles à son poignet, soulevant sa main. "Tu sais déjà ce que tu dois et ne dois pas brûler. Tout ce que tu dois faire, c'est prendre la décision consciemment. Quant à toi," Shiro lâcha le bracelet et se tourna vers Ryûji. L'adolescent se raidit sous le regard de l'homme. "Tu dois apprendre à ne plus craindre ces flammes. J'ai dû en faire de même, et c'est impératif que tu le fasses aussi si tu veux rester à ses côtés. Je ne te demanderais pas de faire quelque chose que je ne pourrais pas faire moi-même."

"Ca ne… me brûlera pas ?" ne put s'empêcher de demander Ryûji, qui, même s'il détestait l'admettre, se sentait nerveux.

"Non." Shira se redressa. "Sinon, comment ce mâlâ pourrait-il encore exister ?" dit-il en désignant le chapelet bouddhiste qui servait de bracelet à son fils. "Il n'y a aucune trace de brûlure sur ces perles, parce que Rin ne voulait pas les abîmer. Et il ne veut pas te brûler. Pas vrai ?"

Rin hocha la tête. Il regarda Ryûji un moment, et même si l'appréhension était encore claire dans ses yeux, on pouvait aussi y voir toute la dévotion qu'il portait à son ami.

"Je… je ne veux pas te faire de mal, Ryûji," fit doucement Rin en détachant l'épée de son dos. Il posa le Kurikara sur le sol, ravalant les visions cauchemardesques qui lui brûlaient encore la rétine. Le poids de l'arme dans ses mains lui rappelait sans cesse le niveau de destruction dont il était capable. Et, à présent, son père les plaçaient - Ryûji et lui - dans l'œil du cyclone.

Mais il ne blesserait pas son ami. Rin se promit qu'il le protègerait de toutes ses forces. Et si c'était nécessaire, s'ils avaient vraiment besoin de faire ça…

"Je sais que je t'en demande beaucoup, mais… Tu me fais confiance ? Tu peux dire non si tu veux," dit-il à voix basse.

Ryûji déglutit. "Bien sûr que je te fais confiance," répondit-il sur le même ton. Il disait la vérité, mais il avait du mal à être serein. Les histoires qu'il avait entendues sur la Nuit Bleue lui revenaient à l'esprit. Les victimes – son grand-père, Takezô, le père de 'Neko – avaient été réduites en cendres, corps et âme, par ces flammes.

Les flammes de Satan.

Rin ne ferait jamais une telle chose. Rin n'était pas Satan. Il allait le battre aux côtés de Ryûji. Le souvenir de son ami parvenant à reprendre le contrôle au son de sa voix surgit dans son esprit, suivi par la souvenir d'être assis sur le lit de l'infirmerie, lui promettant qu'ils se soutiendraient toujours l'un et l'autre.

Il se détendit, et parvint à sourire un peu, ignorant les derniers fragments peur irrationnelle qui persistaient à le tourmenter. Il pouvait faire confiance à Rin.

Il leva la main, la bougie stable au creux de sa paume, et regarda son ami droit dans les yeux.

Rin déglutit et hocha la tête.

Le trio resta silencieux, et Rin ferma les yeux. Il essaya de se souvenir de la sensation de brûlure, de chaleur familière, des murmures des flammes. Un pouvoir qui avait éclos en lui à peine quelques mois plus tôt. Non... un pouvoir qui avait toujours été là, qui avait toujours fait partie de lui.

Il prit une profonde inspiration, regardant la bougie dans la main de Ryûji. Faisant de son mieux pour contenir son appréhension, il se concentra sur ce qu'avait dit son père. Il ne brûlerait pas Ryûji parce qu'il n'en avait pas envie.

Je ne le brûlerai pas. Je ne le brûlerai pas. Il répéta ces mots comme un mantra, fixant la mèche de la bougie. Ca… c'était ça qu'il voulait allumer.

Le demi-démon retint son souffle, ses mains se crispant sur ses genoux. D'un coup, la bougie entière prit feu. Rin sursauta en arrière au même moment où Shiro se pencha en avant, faisant tomber au sol la cire fondue dans la main de Ryûji.

"Désolé !" s'exclama Rin, pris de panique.

"N-Non, je vais bien !"

Le coeur de Ryûji avait fait un bond quand la bougie s'était enflammée, mais à présent, il ne pouvait que fixer sa main, choqué. Elle était complètement indemne. Les flammes de Rin ne l'avaient pas brûlé – non, la chaleur qui avait enveloppé sa main avait été… douce. Une chaude caresse qui avait glissé sur sa peau et lui avait coupé le souffle. Incrédule, il baissa les yeux vers la bougie au sol. Ce n'était plus qu'un tas de cire informe.

Comment ?

Il ferma et rouvrit sa main plusieurs fois avant de croiser le regard angoissé de Rin. Sa propre expression se radoucit.

"Hé, regarde ça." Il agita les doigts pour lui prouver que tout allait bien.

Alors… je ne lui ai pas fait mal… Rin ne pouvait voir aucune trace de blessure sur la main de son ami, et en était profondément soulagé. Il se ragaillardit. Son père avait eu raison.

Shiro sortit une nouvelle bougie du sac et la tendit à Ryûji. "Je ne pensais pas que tu y arriverais aussi vite, mais on avance bien. Essaie encore."

Les adolescents échangèrent un regard, et reprirent l'exercice.

"Tu crois que tu peux réussir à viser, cette fois ?" le taquina gentiment Ryûji.

"Je vise très bien !" protesta Rin, facile à provoquer.

Shiro observait les garçons avec un sourire satisfait, retirant distraitement les morceaux de cire fondue sur ses doigts.

Ils répétèrent l'exercice plusieurs fois. Rin se concentrait sur la bougie dans la paume de Ryûji, et soit des flammèches apparaissaient de nulle part sans toucher la bougie, soit la bougie entière prenait feu et se transformait en morceau de cire informe. Shiro retirait cela de ses mains avant que la cire chaude ne le brûle, et lui donnait une nouvelle bougie. De temps en temps, Ryûji se tendait quand les flammes surgissaient soudainement de nulle part, même s'il s'attendait à les voir venir. Après avoir détruit onze bougies, Rin fit une courte pause, reprenant son souffle

Il fixa la mèche de la douzième pendant un long moment, se concentrant. Il commençait à s'habituer au sentiment de puissance qui surgissait en même temps que ses flammes. À présent, il s'agissait de réduire son champ d'action.

Il se força à contenir son pouvoir, ne relâchant qu'une petite bouffée de chaleur. Une minuscule étincelle bleue crépita sur la mèche, mais ne parvint pas à l'allumer.

"Tu y es presque," l'encouragea Shiro.

"Respire, Rin." ajouta Ryûji.

Rin prit une autre inspiration. Il voulait regarder Ryûji, même pour une seconde, mais il ne pouvait pas se permettre de perdre sa concentration. Il continua à fixer la mèche en face de lui.

Une autre étincelle. Celle-ci était plus grosse, mais elle n'alluma pas non plus la bougie. C'était frotter une allumette encore et encore contre une surface rugueuse, espérant désespérément qu'elle prenne feu. Encore un peu… Juste un peu plus…

Il retint son souffle.

Une petite flammèche bleue apparut, dansant paisiblement sur la mèche de la bougie. Rin écarquilla les yeux, bouche bée.

"Tu l'as fait !" Shiro éclata de rire.

Ryûji était aussi impressionné que Rin. La flamme brûlait lentement la mèche, au lieu de carboniser l'ensemble.

"Wouah," lâcha-t-il.

C'était la première fois qu'il avait l'opportunité d'observer ce phénomène aussi longtemps. Il ne savait pas à quoi il s'était attendu, si ce n'était quelque chose de… bien plus terrifiant. Au final, ce n'était que du feu, nullement différent d'un feu ordinaire si l'on ignorait sa couleur – la même nuance de bleu que celle des yeux de Rin.

Ryûji se rappela la chaleur qu'il avait ressentie sur sa main un moment plus tôt. Il n'avait pas été brûlé ; il se demandait si la même chose pourrait se reproduire à présent. Il ne prit cependant pas le risque d'approcher son autre main, conscient des potentielles conséquences. Il ne s'éloigna pas non plus.

Il croisa les yeux de Rin, et répéta les mots de Shiro avec un sourire.

"Tu l'as fait."

Les yeux de Rin s'illuminèrent, emplis d'excitation. "Je l'ai fait !" s'exclama-t-il joyeusement. "Je l'ai fait ! Je l'ai fait !"

Avec un autre cri de joie, il se jeta en avant. Shiro parvint à intercepter la bougie avant qu'elle ne tombe, laissant Rin se jeter sur son ami, le faisant tomber au sol. Sa queue s'agitait tellement qu'elle semblait floue.

"T'es lourd," parvint à dire Ryûji, qui avait du mal à respirer ; mais la joie de Rin était contagieuse, et il souriait autant que l'autre.

Le demi-démon ne l'entendit pas, ou décida qu'il était mieux par terre. Du moins, jusqu'à ce que Shiro se penche et tapote l'épaule de son fils. Le prêtre semblait amusé.

"Je vous laisse. Essayez de le refaire un peu." Shiro posa la bougie par terre et ébouriffa les cheveux de Rin avant de se relever. "J'ai des choses à faire, je pense que vous êtes capables de vous débrouiller seuls."

"Ah, vraiment ?" Rin se redressa un peu à l'aide de ses coudes.

"Seuls ?" répéta Ryûji, pris au dépourvu.

"Vu ce que Rin a réussi à faire, je suis certain qu'il ne mettra pas le feu au dortoir." Shiro eut un petit sourire taquin. "Cinq essais de plus devraient être suffisants. Et n'oubliez pas vos devoirs." Il les salua de la main et quitta la pièce, refermant la porte derrière lui.

Rin se releva à moitié, s'asseyant sur les genoux de son ami. "Cinq de plus…" Il jeta un coup d'œil à la bougie encore au sol, la petite flamme bleue toujours perchée au sommet.

Ryûji la regarda aussi avant de tourner les yeux vers Rin. La nervosité d'il y a quelques minutes le reprit, même si elle était atténuée par la réussite de Rin. La confiance que Shiro avait en eux était rassurante.

"Allez, autant se mettre au boulot," dit-il, essayant de dégager ses jambes toujours prisonnières sous son ami.

"Ouais." Le demi-démon sourit à son ami. "Si je l'ai fait une fois, je peux le refaire sans problème, pas vrai ?" Il rendit sa liberté à Ryûji, se remettant dans sa position d'exercice. Ryûji se releva et prit une nouvelle bougie.

"J'espère bien. C'est pas génial, la cire qui dégouline des doigts."

"T'as qu'à lâcher avant que ça coule sur ta main !"

Leurs chamailleries ne durèrent pas très longtemps, et ils se remirent rapidement au travail. Rin eut besoin de deux essais avant de reprendre le contrôle qu'il avait réussi à obtenir. Après l'explosion de la troisième bougie en un brasier miniature, les mouvements de recul des deux adolescents s'étaient progressivement calmés, et ils sursautaient à peine quand le feu surgissait. Ryûji plaçait bougie après bougie et Rin fermait les yeux, tâchant de se concentrer, et les rouvrait d'un air toujours plus déterminé. Durant la demi-heure qui suivit, le souffle des flammes et celui des deux garçons fut le seul bruit résonnant dans la pièce, qui n'avait jamais connu de moment aussi silencieux quand le duo était présent. Ils cessèrent finalement leurs activités pour se mettre à leurs devoirs, bien plus bruyamment.

À leurs côtés, dix-neuf bouts de cire fondus reposaient au sol, mais, en face, six bougies étaient alignées, chacune luisant d'une petite lumière bleue.