Update 09/09/2020: les stats m'indiquent que beaucoup de personnes visitent ce chapitre chaque semaine. Au cas où vous ne l'auriez pas vu sur mon profil, je travaille actuellement sur À la prochaine en priorité. Il s'agit de l'histoire du côté de Yukio et Renzô (Cordialement représente seulement 45% de l'histoire totale - ALP représente les 45% restants, et Bien à toi les autres 10%). J'ai plusieurs chapitres de Cordialement en réserve, mais je ne les posterai que lorsque j'aurai rattrapé mon retard sur ALP. Au passage, un grand merci aux rares personnes qui commentent. J'aime beaucoup travailler sur cette fic, même si ça demande beaucoup de temps et d'investissement, et les commentaires sont mon seul et unique salaire ~
Quand son père leur avait annoncé que les cours seraient remplacés par une mission, Rin s'était attendu à quelque chose de bien différent. Il avait été roulé. Non seulement avaient-ils dû se réveiller à la même heure que d'habitude, mais ils étaient maintenant tous assis dans un wagon sans passagers, en train d'écouter une leçon du professeur Yunokawa. Rin voulait contempler le paysage par la fenêtre, mais il était assis côté couloir, et il avait la nette impression que Ryûji l'avait fait exprès. Il tapotait distraitement sa gomme sur la table, soupirant légèrement. Il avait déjà des fourmis dans les jambes.
"Les diablotins font partie de la famille des gobelins, mais mis à part leur anatomie, ils n'ont pas beaucoup de points communs," dit Yunokawa. Il était tourné vers les aspirants exorcistes répartis sur les deux rangs de devant, la hanche contre la table. "Qui peut me citer une différence entre les deux ? Ah, oui, mademoiselle Kamiki ?"
"Les diablotins ne font pas de nids." Izumo baissa sa main et reprit son petit stylo à paillettes. Rin essaya de distinguer l'expression de Shiemi à travers l'espace entre les sièges, mais il n'arrivait à voir que la manche de l'épais sweat à capuche de Yamada. Si seulement elle avait choisi le siège côté couloir… à la place, il y avait Takara et sa poupée bizarre.
"Oui, précisément. Comme vous l'avez constaté lors de votre premier jour de cours, les gobelins se rassemblent généralement en larges groupes, menés par un chef ou gobelin alpha. Mais les diablotins sont complètement différents. Ce ne sont pas des créatures solitaires, mais ils ne fonctionnent pas en clans structurés. En éliminer un n'effraiera pas les autres, contrairement à la dynamique de meute que nous avons étudiée la semaine dernière."
"Alors comment les combattre efficacement ?" demanda Renzô, faisant tourner son stylo dans sa main en se penchant en avant, les coudes sur la table. À côté de Rin, Ryûji hocha la tête, se posant la même question. Rin retint une grimace, se demandant quand le cours se terminerait.
"La meilleure et plus efficace des techniques est d'utiliser leur Verset Fatal, afin de les éradiquer en masse," répondit Yunokawa en remontant ses lunettes. "Sinon, vous devrez les battre un par un. Cela ne serait pas un problème s'il n'y en avait qu'un, ou qu'un groupe réduit, mais comme je vous l'ai dit, les diablotins ne sont pas solitaires. Ils sont connus pour coopérer avec d'autres individus de leur espèce, et donc, même s'ils n'ont pas d'organisation particulière, ils sont généralement en groupes. Ils sont aussi plutôt rapides, donc un Aria est la meilleure solution."
Du coin de l'œil, Rin vit Konekomaru lever la main. Yunokawa lui fit un signe de la tête, et l'adolescent posa sa question. "Peut-on les appâter de la même façon que les gobelins ? Comment les distraire ?"
Yunokawa fit le même sourire que tous les professeurs faisaient quand leurs étudiants étaient attentifs en classe. "Il s'agit là d'une autre différence entre les gobelins et les diablotins. Les diablotins sont plutôt indifférents à la nourriture et au sang. En fait, ils sont attirés par les gens, par l'activité, plus que n'importe quel appât que l'on pourrait employer," expliqua le professeur. "C'est pour cela qu'ils représentent un problème dans les zones très peuplées, même s'ils n'attaquent que lorsqu'ils se sentent menacés. Ils préfèrent manipuler les autres pour répandre le mal plutôt que d'agir directement. Donc, malheureusement, une fois les hostilités démarrées, la seule solution est de rester vigilant."
Rin cilla et se redressa un peu. "Attendez, c'est quoi comme manipulations ? Ils ont des pouvoirs psychiques ou un truc du genre ?"
Yunokawa eut un petit rire tandis qu'un léger grognement se fit entendre du côté de Yukio. "Ce n'est rien d'aussi compliqué, monsieur Okumura. Ils font surtout des farces. Ils aiment faire tomber des choses, voler les affaires des gens. Cela peut cependant devenir un gros problème, car les diablotins deviennent de plus en plus mesquins au fur et à mesure que leurs rangs grossissent."
"Donc en gros, on récite vite et on espère qu'ils ne nous assomment pas avant," marmonna Renzô.
Yunokawa hocha la tête. "Exactement, monsieur Shima. C'est pourquoi il est important de pouvoir compter sur le soutien de ses partenaires. Du moment que tout le monde fait son travail, vous devriez vous en sortir sans problème."
Comme si ces derniers mots avaient été un signal, Shiro se leva et se plaça à côté de son collègue. "Nous nous dirigeons vers un centre commercial à Sendai. L'année dernière, des tremblements de terre l'ont détruit, et depuis des mois, il est en réparation. Cependant, les ouvriers du chantier sont tombés sur une infestation de diablotins, et n'arrivent plus à faire leur travail depuis. Leurs échafaudages sont sabotés, on vole leurs outils. Nous allons les éliminer jusqu'au dernier."
Yunokawa se rassit. "Heureusement, le Verset Fatal des diablotins est assez court et donc facile à répéter. Il s'agit du psaume trente, verset deux." Il se racla la gorge. "Eternel, mon Dieu ! J'ai crié à toi, et tu m'as guéri." Shiro se tourna vers le groupe. "Répétez, tous ensemble s'il vous plait."
"Eternel, mon Dieu, j'ai crié à toi et tu m'as guéri, " récita la classe à l'unisson. Shiro leur fit répéter une deuxième, puis une troisième fois, et Rin, qui avait marmonné les mots la première fois, parvint à réciter le psaume d'une voix assurée à la fin de l'exercice.
"Gardez en tête que réciter un Verset Fatal est un signe d'hostilité. Prenez votre environnement en compte et ne commencez pas à psalmodier avant d'être certains que vous ne serez pas interrompus." Shiro tapota le dossier du siège à ses côtés. "La première récitation est la plus cruciale. Faites de votre mieux pour en éliminer le maximum avant qu'ils ne décident de s'allier contre vous."
Rin s'agita dans son siège, répétant encore et encore le Verset Fatal à voix basse par peur de l'oublier. Il l'avait écrit dans son cahier, mais il continuait à le murmurer. Ryûji lui avait dit que la répétition aidait à mémoriser, mais il ne se sentait pas sûr de lui. Il repéra le stylo que Renzô faisait tourner dans sa main et attira son attention.
"Je peux te l'emprunter ?" demanda-t-il discrètement.
Renzô fit une pause. Il jeta un coup d'œil interrogateur au crayon de papier de Rin, mais lui donna son stylo sans protester.
"Oui, tiens."
Rin le remercia d'un sourire et commença à écrire le Verset Fatal sur sa main.
"Vous serez divisés en équipes quand nous serons arrivés. Chaque équipe aura un Aria et un partenaire chargé de le soutenir. Des questions ?" demanda Shiro.
Ryûji leva la main.
"Oui ?"
"Quelle taille fait le centre ?" Il jeta un bref coup d'oeil à Rin qui continuait d'écrire avec application sur sa main, et se pencha pour mieux voir Shiro. "Et on sera en duo, ou plus nombreux, pour les équipes ? Où serez-vous, professeur ?"
"Le centre commercial est censé avoir plusieurs étages, mais comme il est encore en construction, seuls le rez-de-chaussée et la moitié du premier étage sont accessibles," répondit Shiro tandis que Rin rendait son stylo à Renzô. "Cela représente toute de même une zone assez large, mais je vous montrerai une carte pendant la pause déjeuner qu'on fera une fois sur place. Je suis sûr que ça ira. Chaque équipe aura deux membres et recevra un talkie-walkie et un thermomètre à infrarouge. Les gobelins ont une température corporelle très élevée, donc les zones où ils se rassemblent sont plus chaudes que la normale. Utilisez cette information à votre avantage." Il leur sourit. "Quant à moi, je serai des vôtres. Le professeur Okumura et moi-même allons faire équipe avec vous pour qu'il y ait bien un Aria par groupe, et pour plus d'efficacité dans l'opération. Monsieur Yunokawa sera dans la zone centrale avec un talkie-walkie et se chargera d'organiser les renforts si la situation devient délicate pour une des équipes."
"N'en faites pas trop, ne vous surestimez pas. Vous pouvez nous contacter à tout moment," ajouta Yunokawa en se nettoyant les lunettes. "Et ne vous aventurez pas au premier étage sans nous consulter avant."
Shiro hocha la tête. "C'est mieux de combattre au rez-de-chaussée, le premier étage est encore en construction. On ne voudrait pas qu'un accident se produise. Et bien entendu, aidez les autres. Si vous entendez une autre équipe proche de vous qui semble en détresse, prévenez-nous. Mais occupez-vous de vos zones assignées en premier. Tout est clair ?"
Ils hochèrent la tête en même temps. "Oui, professeur !"
"Super !"
Le briefing se termina sur cette note et ne fut suivi par aucun autre cours. Après avoir discuté un peu, les étudiants commencèrent à se disperser, quittant les deux premières rangées qu'ils occupaient jusque-là. Takara et Yamada furent les premiers à bouger, s'installant chacun près de la première place côté fenêtre qu'ils trouvèrent. Après avoir discuté quelques minutes, Renzô rejoignit Yukio.
Rin entendit Shiemi tenter d'engager la conversation avec Izumo. Konekomaru la rejoignit après l'échec de sa tentative, s'installant à la table à côté d'elle et attirant son attention, commençant à parler du cours avec la blonde.
Rin fut tenté de les rejoindre, mais il fit de son mieux pour se concentrer sur son cahier. Il réécrit plusieurs fois le Verset Fatal, remplissant la moitié de la page avant de se lasser.
Après cela, les trois heures restantes de voyage passèrent en un éclair. Ce qui était surtout dû au fait que Rin s'était endormi la joue contre la table. Il aurait dormi plus longtemps si Ryûji ne l'avait pas réveillé d'un petit coup dans les côtes et un murmure dans l'oreille : il voulait aller aux toilettes. Groggy, Rin se leva pour le laisser passer et alla s'installer dans le siège à côté de Konekomaru.
"J'ai manqué un truc ?"
Il était encore un peu pâteux, se grattant distraitement l'oreille, mais il se reprit et cligna des yeux à peine après avoir prononcé ces mots. Shiemi, assise en face de Konekomaru, avait changé de vêtements.
"Oh ! Et ton kimono, alors ?" lâcha-t-il immédiatement, déjà plus réveillé. Elle portait un uniforme de l'Académie de la Croix-Vraie.
"Ah, euh… les kimono ne sont pas très pratiques pour les missions, donc monsieur Fujimoto m'a donné un uniforme…" expliqua-t-elle en rougissant un peu. Elle jeta un regard en coin à Izumo, qui fixait le paysage d'un air blasé.
"Kamiki-san m'a aidée…" lui confia la blonde à voix basse, l'air ravi.
Rin leva les sourcils, choqué.
"Oh, c'est, euh, c'est bien… " dit-il, ne sachant pas trop comment réagir.
Quand Ryûji les rejoignit, il trouva le trio en train de parler d'un jeu de cartes avec des illustrations de chats – il appartenait à Konekomaru. Il se glissa dans le siège en face de Rin et prit part à la conversation en attendant le prochain tour du jeu qu'ils apprenaient à Shiemi.
Le train arriva finalement à Sendai, et leurs professeurs les dirigèrent hors de la station bondée en formation serrée, Shiro menant la marche. Si l'on exceptait les gros sacs des adultes, Rin était le seul à porter quelque chose, la main sur la sangle du Kurikara. Plusieurs regards curieux s'arrêtèrent sur leur petit groupe, mais ils avançaient trop rapidement pour réellement y prêter attention.
À un pâté de maisons de la station se trouvait un petit restaurant de ramens dans lequel ils s'arrêtèrent pour déjeuner. Ils mangèrent tous avec leur bol dans les mains, les plats d'accompagnement alignés à côté de la carte que Shiro avait étalée sur la table. Elle détaillait la composition du rez-de-chaussée, et chaque section était hachurée par des marqueurs colorés. L'entrée était en bleu, et la cour centrale en orange. Le marché alimentaire était en rouge, la zone encore en construction était en violet, une section de boutiques à l'est du plan était en vert, une enfin, une dernière zone au nord-ouest était en marron. Shiro expliqua que chaque équipe serait envoyée dans l'une des zones pour se débarrasser des diablotins se trouvant sur place, mais la composition desdites équipes ne leur fut révélée qu'après le trajet en bus qui les amena juste en face du centre commercial.
Shiro siffla pour attirer l'attention de la classe un peu nerveuse, qui s'arrêta aussitôt de discuter. "Bien. Monsieur Yunokawa se dirigera vers la cour centrale lorsque l'opération débutera," leur rappela-t-il en sortant un talkie-walkie de son sac, qu'il remit à son collègue. "Chaque équipe est responsable de son matériel. On n'a pas d'équipement de secours, donc faites attention." Il sortit un autre talkie-walkie et un thermomètre infrarouge. Rin fixa ce dernier un moment. Ça ressemblait à un pistolet laser. "Le professeur Okumura vous remettra chacun une carte, " continua Shiro en désignant Yukio, qui se tenait à ses côtés avec un tas de cartes à ses pieds.
"Equipe Bleue, Miwa et mademoiselle Moriyama !"
Les deux adolescents échangèrent un regard surpris, puis un sourire, et s'avancèrent pour prendre leur matériel.
"Suguro, avec le professeur Okumura." Shiro fit un signe de tête à Yukio qui s'efforçait de ne pas avoir l'air trop surpris. "Vous serez l'Equipe Mauve."
Ryûji cilla, ne s'attendant pas à cela, mais se mit à côté de son partenaire assigné. Yukio lui lança un bref regard en lui remettant sa carte. Il la prit sans un mot avec le thermomètre avant de croiser le regard de Rin. Son ami lui sourit, et Ryûji ne put s'empêcher de lui rendre son sourire tout aussi chaleureusement.
"Takara et Shima, vous serez l'Equipe Rouge !"
Renzô grogna. "Génial."
"Equipe Marron : Okumura et Kamiki !"
Ce fut au tour de Rin de cligner des yeux, surpris. Il réprima aussitôt une grimace. L'image de cette fille assise dans le compartiment, refusant de leur accorder un regard, lui revint à l'esprit. Izumo n'était pas si méchante… n'est-ce pas ? Shiemi avait l'air de bien l'aimer. Cela pourrait être l'occasion de se rapprocher d'elle. Il regarda Izumo qui se dirigeait déjà vers son père et se dépêcha de la rejoindre. Shiro leur tendit leur équipement et Rin saisit aussitôt le thermomètre, laissant Izumo prendre le talkie-walkie et l'attacher à sa ceinture.
"Faisons de notre mieux," tenta Rin en lui adressant un sourire rayonnant.
"Mouais," répondit Izumo d'un ton blasé. Elle prit la carte des mains de Yukio et ils retournèrent au milieu du groupe.
"Et pour finir, Yamada et moi-même seront l'équipe Verte." Shiro fixa le dernier talkie-walkie à sa ceinture et prit le dernier plan. "Vérifiez que vos talkie-walkies fonctionnent bien. À partir de maintenant, on s'appelle par les couleurs de nos équipes. Si vous entendez votre couleur, répondez, compris ?"
Ils acquiescèrent en chœur.
"Très bien." Yunokawa, qui s'était occupé d'invoquer des barrières de protection autour de l'entrée principale, se tourna vers les aspirants exorcistes. "Vous savez tous comment utiliser votre matériel ?"
Plusieurs hochements de tête. Rin appuya sur le bouton du thermomètre et écarquilla les yeux en voyant les chiffres apparaître sur l'écran.
"Dans ce cas, allons-y. Equipe Bleue, commencez par inspecter les boutiques alentours. J'ai dressé une barrière pour empêcher les diablotins de s'échapper du centre, mais vous pouvez passer à travers. Quand vous aurez terminé, rejoignez-moi dans la cour centrale. Compris ?"
"Oui, Monsieur !" répondirent Konekomaru et Shiemi.
"Les autres, on va directement à la cour centrale, et on se sépare là-bas." Shiro sourit, remettant le dernier thermomètre à Yamada, et conduisit le groupe jusqu'au centre du bâtiment.
Il n'y avait rien de particulièrement intéressant dans la cour, à part la fontaine sans eau au milieu et les quatre colonnes qui l'encadraient. De fins rayons de soleil filtraient à travers la bâche qui couvrait le gigantesque trou du premier étage. Les équipes se dispersèrent vers les zones qui leur avaient été assignées, laissant Yunokawa s'occuper d'allumer les projecteurs au sol.
Sans la présence du groupe, le silence du centre commercial était pesant. Les claquements de leurs bottes sur le sol étaient les seuls bruits qui résonnaient dans le long corridor. Rin tenait le thermomètre, mais après l'avoir agité quelques minutes, il commença à s'ennuyer. La température était stable dans toutes les directions, ce qui signifiait qu'il n'y avait pas de diablotins dans les parages. Il s'était attendu à plus d'action pour sa première mission. Les murs nus du centre commercial étaient mornes, et le silence d'Izumo rendait l'atmosphère d'autant plus morose. Rin soupira et l'observa du coin de l'œil. Peut-être était-ce l'occasion d'entamer la conversation ?
Ils se tenaient à quelques mètres l'un de l'autre, mais ils avançaient au même rythme. Izumo regardait les boutiques vides alignées le long du corridor, mais elle avait l'air de s'ennuyer autant que lui. Il prit une profonde inspiration.
"D… donc, euh, comment va Paku ?"
Izumo le regarda par-dessus son épaule, mais l'expression de son visage semblait indiquer que son choix de sujet de conversation n'était pas des meilleurs. Elle reprit son observation des alentours avec une expression plus froide qu'auparavant.
"Hmph. Pourquoi ça t'intéresse ?"
Rin se renfrogna, pris au dépourvu par sa réponse. "Et pourquoi ça ne m'intéresserait pas ! Elle a été blessée, non ?" Son expression était maintenant la même qu'Izumo, mais au lieu de détourner le regard, il se rapprocha d'elle. L'adolescente fronça un peu plus les sourcils.
"Si ça t'intéressait vraiment, tu saurais déjà qu'elle s'est remise depuis un moment," dit-elle en faisant de son mieux pour l'ignorer. Du moins, jusqu'à ce qu'il se rapproche bien trop près à son goût.
"Non mais ça va, oui ?" siffla-t-elle, irritée.
Rin sursauta. "Ben, c'est pas comme si je la voyais souvent ! J'essaie juste de discuter, moi !" grogna-t-il.
"Et pourquoi ?" demanda sèchement Izumo.
"Pourquoi pas !?"
"Tu veux dire à part le fait qu'on n'est pas amis ? Peut-être parce que ça ne m'intéresse pas. C'est pas parce qu'on fait équipe que je veux faire ami-ami," dit-elle froidement. "Tu ferais mieux de te concentrer sur le thermomètre. C'est à ça que tu sers, non ?"
"Tch…" Rin souffla à nouveau, essayant de contrôler sa queue de démon qui s'agitait nerveusement sous l'effet de son irritation. "Très bien. Fais ce que tu veux. J'essayais juste d'être sympa." Il leva à nouveau le thermomètre, l'agitant çà et là et pointant le curseur vers chaque nouvelle pièce qu'ils franchissaient.
Silence pesant, à nouveau. La tension entre eux s'était changée en irritation mutuelle. Les deux adolescents firent de leur mieux pour s'ignorer, tâchant de rester concentrés sur leur mission. Izumo se répétait intérieurement qu'elle ne regrettait pas d'avoir envoyé balader Rin.
Et la voix de l'autre brute lui résonnait dans la tête
"Tch. T'as une attitude de merde."
Et alors ? pensa Izumo, serrant les dents. Elle n'avait besoin de personne, elle avait mis ça au clair dès le premier jour. Du moment qu'elle avait Paku…
"Kamiki... Tu n'étais pas… dans ton état normal aujourd'hui. Tout va bien… ?"
Elle pouvait entendre les mots de cette blonde comme si elle était là, en train de lui parler, avec son regard sincère, si intense. Peu importe ce qu'Izumo lui disait, cette fille redoublait d'efforts pour devenir son amie.
Pourquoi ? Izumo ne la comprenait pas. Elle ne comprenait aucun d'entre eux. Ni Shiemi, ni Rin, ni…
Izumo déglutit. Elle serra le poing, imaginant que Paku était à ses côtés, en train de lui tenir la main. Lentement, elle détendit ses doigts et jeta un regard à son compagnon.
"Ecoute…" commença-t-elle en pinçant les lèvres. "Toi et cette fille, vous mettez trop votre nez dans les affaires des autres. Vous feriez mieux d'apprendre à mieux lire les gens, ça vous éviterait pas mal de problèmes."
Rin fronça les sourcils. "De quoi tu parles ? On n'est pas des machines, les gens sont des gens. Tout le monde a besoin d'amis," répondit-il. Il ne comprenait pas vraiment ce qu'elle essayait de lui dire, mais il espérait que sa réponse serait plus claire.
"Que… T'es bête ou quoi ?" Elle le fixait, incrédule. "Tu n'as rien écouté de ce que j'ai dit ?!"
Ennuyée par sa réponse, elle accéléra le pas, le forçant à se dépêcher pour la rattraper.
"Tch, je ne sais pas pourquoi j'ai pris la peine de te prévenir," marmonna-t-elle.
"Hé !" Rin trottina jusqu'à elle. "Qu'est-ce que tu voulais dire ?!" réitéra-t-il. "Tu prévois pas de me poignarder dans le dos ou quoique ce soit, non ? On est dans la même classe et Shiemi t'aime bien, donc à quoi ça sert de se disputer, hein ?"
C'est toi qui compliques tout ! voulait crier Izumo. Elle réprima sa frustration et s'arrêta net, se tournant vers Rin pour lui lancer un regard acerbe.
"Ecoute, les gens ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être. Seuls les crétins font confiance aux autres aussi facilement." Elle croisa les bras et fronça les sourcils, mais son regard se fit plus contemplatif. Observant Rin, une pensée qui trottait depuis longtemps dans sa tête lui revint à l'esprit.
"Mais tu n'es pas si bête que ça, non ? Après tout, toi aussi tu caches quelque chose," l'accusa-t-elle d'un ton faussement dégagé, un sourire moqueur aux lèvres. "Est-ce que tes amis sont au courant, ou c'est tout ce que tes belles paroles valent, au final ?"
Rin blêmit, son irritation disparaissant aussitôt pour faire place à la panique. L'emportement de Yukio lui revint à l'esprit. Il suffisait qu'une mauvaise personne découvre la vérité pour qu'il soit tué. Mais Izumo ne ferait pas ça. Ils se connaissaient, elle était froide mais elle n'était pas… sans cœur. N'est-ce pas ?
"Que… de quoi tu parles ?!" Est-ce qu'elle savait ? Comment ? Il avait été prudent, il avait fait attention… Rin avait essayé de maîtriser sa voix mais sa main serrait étroitement le thermomètre.
Izumo n'était pas dupe. Elle plissa les yeux.
"Je le savais."
Ce qu'elle savait exactement, elle ne le précisa pas. Elle le fixa un long moment avant de détourner le regard.
"Ce que tu caches, c'est pas mes oignons. Mais c'est exactement ce que je te disais. L'amitié sans réelle confiance, ça n'a aucun intérêt. Pour moi comme pour toi."
Izumo souhaitait clairement mettre un terme à la discussion. Elle se remit en marche.
"Allons-y."
Rin se mordit la lèvre, sans même sursauter lorsque ses canines aiguisées manquèrent de percer sa peau. Une partie de lui se tordait de peur, mais une autre, bien plus grande, prit rapidement sa place.
"Shiemi te fait confiance," dit-il. Izumo se raidit. Il fronça les sourcils, sa queue enroulée étroitement autour de son torse. Il la sentait s'agiter et faisait de son mieux pour ne pas perdre le contrôle. "Elle veut vraiment être ton amie. Et Shiemi est mon amie, donc…" Il baissa les yeux un moment, prenant une profonde inspiration pour se donner du courage. "Je ne peux pas te dire ce que je cache, parce que je n'ai pas le droit. Mais en attendant, on peut quand même veiller l'un sur l'autre." Rin s'avança résolument vers elle et lui tendit la main. "Je comprends pourquoi tu ne veux pas qu'on soit amis. Moi non plus, j'aime pas les secrets." Il fit une pause. "Alors, soyons juste de bons partenaires, d'accord ?"
"T'es vraiment impossible !" Izumo le regardait comme s'il avait deux têtes. "Je ne m'attends pas à ce que tu me révèles quoi que ce soit, maintenant ou plus tard. Alors, pas la peine de..."
Rin ne bougea pas d'un pouce, et Izumo sentit son cœur se serrer en voyant sa main toujours tendue.
"Tu ne sais pas laisser tomber, hein...!" siffla-t-elle.
"Allez." Rin agita un peu la man. "C'est pas si terrible, non ? C'est ce qu'on est censés f-"
'Hiihiihiihii~!'
'Regarde regarde~'
'Humains fâchés ! Hiihiihii !'
Rin se tendit et regarda autour de lui, laissant tomber sa main. Il leva rapidement le thermomètre, le son des voix s'atténuant peu à peu. Il l'agita dans tous les sens, tournant sur lui-même, jusqu'à ce que la température indiquée monte en flèche au bout du couloir qu'ils venaient de quitter.
"Vite ! Ils s'enfuient !" Il se précipita vers le couloir. "Par-là !"
"H-Hein ? Attends ! Où est-ce que tu vas ?!"
"Les démons!" répondit Rin, ralentissant un peu pour tourner la tête vers elle. "Ils sont par-là ! Viens ! On parlera dans le train plus tard !"
"Je n'ai rien à te dire !" protesta Izumo en se mettant à courir après lui.
BLAM !
Rin s'arrêta net. Le bruit venait de loin, mais c'était sans nul doute un coup de feu. "Yukio…?" murmura-t-il, inquiet.
'Mauvais...'
'Va voir...'
'Mauvais humains...'
Il regarda à nouveau autour de lui, cherchant à repérer les diablotins, mais il ne pouvait que les entendre. Pourtant, le thermomètre indiquait encore des températures anormales dans le couloir. "Il faut qu'on les trouve, ils ne peuvent pas être loin." Il se tourna vers Izumo. "Tu crois qu'ils sont cachés dans l'une des pièces ?"
"Comment je le saurais ?!" Izumo examina aussi les alentours, reprenant son souffle. Il n'y avait aucune trace d'activité. Sans les chiffres sur le thermomètre, elle aurait presque pu croire à une blague de l'autre idiot. "Qu'est-ce qui te prend tout d'un coup ? C'est comme si tu pouvais-" Elle s'interrompit et grogna de frustration. "Tch. Oublie. Donne-moi ça !" dit-elle en lui prenant l'appareil des mains.
"Je me charge de surveiller la température. Toi, reste attentif, dis-moi si tu les vois. Et une fois qu'on les aura repérés… tu ferais mieux de te souvenir du Verset Fatal !"
"O-oui, bien sûr que je m'en rappelle !" Rin regarda sa paume pour vérifier que le Verset était toujours écrit dessus. L'encre s'était un peu effacée, mais il pouvait toujours lire. Le duo avança le long du couloir, et il tendit l'oreille. Plusieurs minutes s'écoulèrent dans un silence tendu.
Soudain, le sol trembla sous leurs pieds et un grand bruit retentit. Il provenait du même endroit où un coup de feu avait été tiré plus tôt. Rin écarquilla les yeux. "Est-ce que c'était-!?"
La voix de Yunokawa sortit aussitôt du talkie-walkie à la ceinture d'Izumo. "Mauve ! D'où venait ce bruit !? Tout va bien pour vous ?!"
Mauve… Ryûji et Yukio.
"Passe-le moi !" Rin saisit l'appareil.
"Hé, attends !" Izumo mit sa main sur le haut-parleur. "Ne dis rien ! Si tu parles, ils ne pourront pas répondre !"
Rin serra les dents, mais retira son pouce du bouton.
"Mauve ! Vous me recevez !?"
"Allez…!" Il serra nerveusement l'appareil. "Dites quelque chose…!"
"... Affirmatif. Ici Okumura. Nous recevons." Rin lâcha un soupir de soulagement. "Suguro et moi avons éradiqué les diablotins de notre zone. Nous allons procéder à un dernier nettoyage préventif."
"Des blessures ?"
"Négatif. Nous allons bien, merci."
"Tu vois ? Ils n'ont rien." Izumo reprit le talkie-walkie et glissa à nouveau dans sa ceinture. "À notre tour, on doit s'occuper de notre zone."
"O-oui…" Rin mit sa main contre sa poitrine, essayant de calmer les battements de son cœur. Mais il n'eut pas l'occasion de le faire.
'Trop fort...'
'Le Roi !'
'Roi appelle !'
'Rejoindre Roi !'
"Ils recommencent…" Rin se demanda s'il devait reciter maintenant… Puis, il se rendit compte de ce qui avait été dit... "Roi… ?" Mais bien sûr ! "Leur chef ! Si on bat leur chef, ils partiront, pas vrai !?" Il sourit et se remit à courir, suivant les voix.
"De quoi tu parles !? Quel chef ?!" Izumo courut après lui, le saisissait par le bras pour l'arrêter. "Ils n'ont pas de chef ! Tu ne te souviens pas du cours ?!"
Rin fronça les sourcils. Les paroles de leur professeur lui revinrent à l'esprit, et il fixa le bout du couloir. En face d'eux se trouvait un escalier que les diablotins étaient en train de monter. Il pouvait entendre leurs voix se diriger vers le premier étage. "Mais alors… pourquoi ils parlent d'aller voir le Roi ?"
"Le quoi… ? De quoi tu parles ?! Explique !" s'énerva Izumo.
"Ecoute, je… je t'expliquerai plus tard !" Rin se dégagea de sa prise et lui prit le poignet. "Les démons montent les escaliers ! On doit les rattraper !"
"Mais le Professeur a dit-!"
"On doit nettoyer notre section, non !? S'ils montent, faut les suivre !" Rin commença à tirer Izumo derrière lui, et elle n'eut pas d'autre choix que de le suivre, même si elle s'empressa de reprendre son poignet.
Au fur et à mesure qu'ils montaient, Rin arrivait à entendre les voix plus clairement.
'Le Roi !'
'Roi attend !'
"C'est une mauvaise idée..." marmonna Izumo lorsqu'ils atteignirent le premier étage. Comme le reste du centre commercial, l'endroit n'avait rien de notable à part les signes de construction.
"Alors ? Où est ce chef dont tu parles ?" demanda-t-elle en scannant la zone avec le thermomètre.
Aussitôt après, quelque chose frôla leurs chevilles et ils virent plusieurs diablotins passer près d'eux à toute vitesse. Les créatures vert foncé faisaient à peine trente centimètres. Elles couraient en ricanant et Rin se lança à leur poursuite.
"Allez !"
'Roi impatient !'
'Allez ! Allez !'
Ils arrivèrent dans une grande salle presque vide. Quelques poutres métalliques faisaient office de murs. Les diablotins se dirigeaient vers le centre, se rassemblant autour d'un escabeau. Certains venaient même se placer sur les marches, mais il n'y avait aucun grand diablotin en haut de celles-ci. À la place se trouvait un garçon qui riait légèrement, deux diablotins sur les épaules. Ses cheveux étaient d'un vert plus foncé que ses yeux, mis à part une seule mèche claire au centre qui ressemblait à un pic sortant de son crâne. Il portait un long manteau troué et, en-dessous, des vêtements qui auraient pu avoir l'air formels s'ils n'avaient été si criards.
"Ah, te voilà !"
Le garçon avait tourné la tête vers Rin dès que le demi-démon avait franchi le seuil. Les diablotins autour de lui gazouillèrent avec enthousiasme, et se servit de ses longs ongles noirs pour gratter la tête de celui sur son épaule gauche.
"Enfin. Je commençais à m'ennuyer, tu sais."
Rin sentit un frisson de peur lui parcourir l'échine. Il agrippa fermement la sangle du Kurikara. "Qui es-tu ?!" cria-t-il.
Le garçon pencha la tête sur le côté. "Qui ? Ah, oui."
Il sauta nonchalamment de l'échelle, atterrissant au milieu des diablotins qui s'étaient écartés pour lui.
"Je suis Amaimon," dit-il, "un Roi démon. Tu peux m'appeler 'grand frère'. Enchanté."
