-Bonjour à tous,
J'ai tenté de vous proposer un nouveau chapitre assez rapidement, mais, comme je ne suis jamais satisfaite des premiers jets, j'écris, je réécris, je re réécrits… Pour la suite, je vais avoir un petit mois de délais. J'essaie, une fois n'est pas coutume, d'écrire la suite afin de gagner de l'avance et pouvoir vous proposer des mises à jour moins aléatoires. Comme je mène de front trois réécritures, ça me prend un peu plus de temps.
Bonne lecture à vous, merci d'être encore nombreux à me suivre et à très bientôt je l'espère.
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POV SS :
J'accélérais la cadence, les larmes, amères, qui avaient envahi mes yeux rendaient ma vision difficile.
J'étais perdu, diable j'étais perdu.
Je n'avais pas envie de relâcher ma pression sur le corps de Granger, pas envie de lâcher la chaleur traitresse de son corps contre le mien.
Ce constat me tira un sentiment de dégout et de frustration.
Quel genre d'homme étais-je réellement pour me comporter ainsi face à une jeune femme qui avait moitié moins de mon âge. L'une de mes étudiantes qui plus est. Même si l'intelligence et la maturité dont elle faisait preuve pouvaient m'amener à penser le contraire, il fallait que je garde tout ça à l'esprit.
Et pourtant… pourtant je ne voulais pas la lâcher, de peur de me trouver confronté à la propre froideur de mon corps qu'elle savait si bien réchauffer de son âme.
Les larmes ne tarissaient pas, à bout de souffle je stoppais ma marche face à l'imposant escalier en colimaçon.
Lui saurait, Dumbledore savait toujours !
Je refoulais un sanglot, honteux de mon comportement, et, après avoir passé l'antre de la statue, la porte du bureau directorial s'ouvrit sur un Dumbledore fringant.
Son regard passa de mon visage au corps de Granger, recroquevillé dans mes bras, il m'indiqua d'un geste de la main un canapé près de l'âtre et me laissa champ libre pour pénétrer dans son bureau.
Face au canapé, qui semblait somme toute, relativement confortable, je n'arrivais cependant pas à y déposer Granger. Mes bras, engourdis, m'enjoignais à le faire, tandis que l'expression si paisible de Granger m'empêchait de m'y résoudre.
Je sentais derrière moi, le regard pesant de Dumbledore, les cliquetis que mon ouïe percevait m'indiquaient qu'il préparait du thé.
— Laissez la donc se reposer à son aise professeur !
L'emploi de ma profession me fit de nouveau porter le regard sur le visage, désormais serein de Granger, une fois que je déposerais son corps sur ce canapé, la nuit s'arrêterait. Tous les événements qui y avaient pris cours trouveraient leur fin… et je ne voulais pas m'y résoudre.
Granger aurait-elle encore confiance en moi demain ? Aurait-elle encore réellement confiance après que sa mémoire aura recouvré son entièreté ? Saura-t-elle me pardonner et passer outre mon comportement envers elle ? Parce que Dieu m'en soit témoin, je ne pouvais pas me permettre de l'aimer, pas de cette manière, pas ainsi, pas avec toutes ces différences entre elle et moi.
Elle s'agita dans son sommeil, mon regard parcourut son visage. J'aurais aimé passer mes mains contre ce visage. Gommer la ride d'inquiétude qui barrait son front, effacer le sillon d'une larme que la douleur du souvenir avait ravivé, apaiser son sommeil. Mon regard s'arrêta sur ses lèvres, fines, tentatrices, mon souffle eut un loupé et je détournais les yeux.
Parviendrais-je moi-même à redevenir distant avec elle ? Rétablir ce lien d'un professeur envers son élève ? Pour notre bien à tous les deux, il le faudrait certainement.
La main de Dumbledore pesa comme une masse sur mon épaule, je me refusais à l'idée de croiser son regard. Comment pourrait-il comprendre ? Je le connaissais sans que lui me connaisse, et c'était déjà bien trop, beaucoup trop pour que je puisse l'ignorer cependant. Il était mon mentor, celui qui savait toujours comment résoudre les montagnes de problèmes que les hommes comme moi peuvent attirer. Je ne pouvais pas m'imposer auprès de Granger, je ne pouvais pas ignorer les conseils de Dumbledore. Qu'il sache ou pas qui j'étais n'y changerait rien, il est l'homme de la situation et je le suivrais les yeux fermés.
Je déposais doucement le corps de Granger sur le canapé, elle s'agita dans le but de trouver une position plus confortable, un frisson parcourut son corps et je dégrafais ma cape pour l'en recouvrir. Ce n'est qu'une fois certain qu'elle soit à son aise, la quiétude sur son visage installée, que j'osais enfin tourner les yeux, à la rencontre du regard brillant d'interrogation de celui qui me serait salvateur dans le futur.
Dumbledore s'installa derrière son bureau, un plateau contenant un nécessaire à thé fumant face à lui. D'un mouvement souple du bras, il m'enjoint à m'assoir à ses côtés. Quand ce fut chose faite, il posa sa tête sur ses mains jointes et d'une voix calme déclara :
Je pense, professeur Rogue, qu'il va falloir que vous repreniez le récit depuis le début.
Mon regard se tourna une nouvelle fois vers Granger, assuré qu'elle soit plongée dans les bras de Morphée, j'entrepris de faire un récit détaillé de ce qu'était la vie de Severus Rogue.
Mon discours, tendu, bref, imprécis de mes années à Poudlard se mua en quelque chose de beaucoup plus tenace lorsque j'évoquais la mort de Lily.
J'avais oublié toute ma retenue, tous mes secrets, toutes les pensées que je refoulais depuis tant d'années. Évoquer mon passé devant lui ne m'effraya pas. Il connaitrait cette histoire tôt ou tard. Au diable les doutes qui m'assaillaient, les faux semblants, la véracité ou non de notre voyage temporel.
Je me livrais à lui, la vérité toute nue me paraissait tangible, l'âme à vif, le corps écorché, le cœur tenaillé dans un étau sans fin.
Le calvaire de mes années à Poudlard, les brimades des maraudeurs, l'humiliation perpétuelle, ma famille bancale, le désespoir de mes nuits d'enfants, la honte de la famille, un père qui ne m'avait jamais aimé, qui n'avait jamais était présent et une mère soumise à sa tyrannie incessante.
Puis vient le temps des confessions, la mort de ma mère que j'avais tue, l'abandon ferme et définitif de cet homme que l'on m'avait forcé à appeler père. L'infamie, la honte, encore plus cuisante de ne savoir à quel saint se vouer.
J'étais devenu, le temps de cet entretien, un moulin à paroles. Dumbledore ne disait rien, se contentant de me regarder, les yeux plus pétillants par moment.
Il ne m'avait jamais pris en pitié, je savais que cette fois-ci ne dérogerait pas.
La nuit, qui allait bientôt céder la place à l'aube força mon discours. J'évoquais les raisons qui m'avaient poussé à rejoindre le lord noir. Mes capacités en magie, j'étais doué, Lucius et ses acolytes, qui étaient alors ce qui se rapprochait le plus de ce que j'aurais pu appeler « amis ». Mais aussi, la haine que je vouai à Potter et ses amis maraudeurs, encore aujourd'hui, le mot était sorti de ma bouche comme une abomination. Ma soif de vengeance, je voulais leur faire payer, les faire souffrir, leur faire regretter toutes ces manigances. Leur faire regretter d'avoir détourné Lily de ma présence.
Lily… notre rencontre, son amitié envers moi, sa compassion, elle non plus ne m'avait jamais pris en pitié. Elle me comprenait dans un sens. À demi-mot encore, j'évoquai l'amour que je ressentais pour elle, un amour sans faille, un amour dont j'avais encore du mal à me défaire, même après toutes ces années. Même après sa mort, surtout après sa mort…
Le dégout, mon revirement, mes supplications auprès d'un Dumbledore qui m'avait offert une seconde chance, un semblant de rédemption.
Moi, Severus Rogue, le renégat, j'avais enfin un rôle à jouer, une place à prendre. On m'offrait l'occasion de racheter mes péchés, une chance que Lily me pardonne, une chance de détrôner le lord noir, celui qui avait assassiné l'amour d'une vie. Une chance de prouver à tous que je pouvais être plus que ce que j'étais.
Mais, la mission ne pouvait se faire que sous une bonne couverture, je devais taire ce rôle crucial, affronter la pénible réalité des choses. Même si Dumbledore m'avait pardonné, même si mon implication auprès du Lord n'était que supposée. Les gens doutaient, ils sentaient la part d'ombre en moi, celle que je n'arrivais pas à cacher, cette carapace si séduisante, salvatrice, celle d'un homme que rien n'atteint et que jamais rien ne pourra atteindre.
Minerva, au fil du temps avait été la seule à avoir réellement essayait de prendre sur elle, elle et Dumbledore s'étaient révélés être mes piliers contre le reste du monde.
Au loin, le soleil commençait sa sempiternelle montée dans le ciel printanier, la journée serait belle.
Des années plus tard, l'arrivée de Potter… Harry, le fils de Lily, ses yeux, son regard, la franchise de ses actes et l'empreinte grandissante des mots de son père sortant de sa bouche. Comment aurait pu il savoir ? Il avait joué son rôle à merveille, gagnant en puissance, en expérience au fil de ces années à Poudlard. Il a reçu de nombreuses aides, sans nous en apercevoir, nous avons tous joué notre mission durant sa formation et le résultat final à étalé au grand jour l'implication de chacun dans la défaire du seigneur des ténèbres.
Mon implication a enfin été révélée au grand jour, nombreux sont ceux qui ont réussi à se défaire de leurs croyances sur mon compte. Harry… Harry m'a remercié, il a gardé pour lui les plus intimes de mes secrets, notre relation est plus cordiale qu'auparavant.
Beaucoup d'autres ne sont pas parvenus à aller au-delà de leur aversion pour ma propre personne, Weasley n'avait toujours été qu'un sombre véracrasse, mais moi-même je n'y parvenais pas. Cela faisait bien trop d'années… Quarante ans d'une vie. Voué à exercer durant la moitié de cette vie de sombres desseins et passant l'autre moitié à tenter d'expier mes fautes.
Je sentais encore poindre le dégout que j'éprouvais pour moi dans le choix de mes mots…
Quarante années. Comment pourrais-je devenir un autre que ce que la vie a fait de moi ? Comment renier mes choix, comment prouver au monde sorcier que Severus Rogue n'était pas le bâtard acariâtre que tout le monde connaissait ?
— Miss Granger, Severus, qu'en est-il de cette jeune femme ?
Le dos vouté, épuisé par ma litanie, je me tournais d'un quart afin d'observer Granger. Le soleil levant avait échu dans ses cheveux, ce constat me tira un sourire triste, qu'en était-il de Granger ?
La fatigue aidant, je surpris une larme s'échouer sur mon genou. Je passais une main sur mon visage afin de faire disparaitre le reste de ces gouttes salées. À la fois éprouvé, honteux, et pourtant tellement serein, je ravalais le reste de mes larmes et lui parlait de Granger, de la plus brillante des élèves que je n'ai jamais connus, plus brillante que moi-même par moment. Une pointe de fierté m'ébranla le cœur quand j'évoquais le récit de ce qu'elle avait fait lors de la nuit où j'ai failli mourir. Notant au passage que je ne lui en voulais plus de s'être octroyé ce droit.
J'avais fini par me lever afin de me dégourdir les jambes avant de finalement échouer au sol, assis face à Granger qui dormait. J'étais vidé de toutes émotions, tranquille, serein, écouter le bruit de sa respiration m'apaisait encore plus. Un sourire me barra le visage quand je me fis le constat que Granger dormait à côté alors que je faisais de grandes révélations sur mon existence, chose que je me refusais à lui faire. Je n'étais pas prêt et elle non plus.
Alors que j'évoquais son intelligence, sa sagacité, j'entrepris d'attraper l'une de ses mains afin de l'apposer contre la mienne. Si chétive, si jeune, comment pourrais-je lui imposer les regards que me valaient chacun de mes déplacements, chacun de mes gestes ? Qui pourrait comprendre ?
Le constat premier n'avait pas changé, l'expérience que j'en avais me soufflait que j'aimais Granger. Je ne sais pas s'il s'agit d'amour, mais j'aimais cette femme, j'aimais son sourire franc, son esprit redoutable, ses paroles franches, ses actes emplis de modestie et de bon sens. Elle est tellement… tellement plus que ma propre personne. Est-il sincèrement vraisemblable qu'elle puisse un jour m'en donner le retour ?
Que comptez-vous faire alors ?
La question, aussi bête que simple me parut stupide. Qu'étais-je censé faire à part la protéger de moi-même ?
La solution, unique, perpétuelle, s'imposait à moi.
POV HG :
J'avais fini par me réveiller dans l'infirmerie. Rogue avait dû m'y amener et retourner travailler sur la potion. Un tour d'horizon me fit découvrir que j'étais la seule occupante de la salle. Je pris appui sur le mur pour m'assoir avant de pousser un soupir étranglé.
Qu'avais-je fait hier soir ?
Rapidement, presque avec violence, les souvenirs de la veille se frayèrent un chemin dans ma mémoire. Avec eux, vinrent aussi les souvenirs qui avaient été effacés lors de ma retenue dans la forêt interdite. Les odeurs, les bruits, la fraicheur du vent sur mon corps.
Mais aussi les sensations, la douleur pernicieuse, la prise de conscience de la veille, le regard du professeur Rogue. La pression et la chaleur de son corps contre le mien, son regard, son sourire. Avait-il réellement souri ? Avait-il eu ses paroles pour moi ou mon esprit me jouait-il des tours ?
— Vous êtes réveillées, ouvrez donc la bouche jeune fille.
Md Pomfresh me tira de mes pensées en me faisant boire quelques potions. Mon esprit fut libéré des dernières brumes qui y avaient pris part.
— Puis-je sortir ?
L'infirmière tiqua avant de passer sa baguette devant mon corps.
— Vous avez eu un léger malaise la nuit dernière, il serait préférable de ménager vos efforts durant les prochains jours. Je vous laisse retourner en cours si vous vous en sentez capable.
J'enfilais ma cape avant de poser le pied sur le sol. Un instant, j'eus peur qu'un étourdissement me prenne, mais ce ne fut pas le cas. Je remerciais l'infirmière avant de sortir, l'air semblait plus doux qu'hier, j'avançais d'un pas pressé. Il fallait que j'aie une discussion avec Rogue, urgemment !
Parvenue dans le hall, je me stoppais net. Je ne pouvais pas me permettre d'aller le voir avant que tout ne soit en ordre dans ma tête. Qu'allais-je lui dire ? Il fallait que je sache exactement ce qu'il s'était passé, que je fasse un effort pour tout remettre en ordre, ne fonçons pas dans la gueule du loup tête basse.
Je commençais à faire les cent pas, mais le brouhaha des élèves qui étaient en train de changer de cours m'empêchait de me concentrer pleinement. Je montais les quatre étages me séparant de la tour d'astronomie, le calme et l'air frais me feraient du bien.
M'assurant que la tour était bien vide, je m'assieds au pied de la rambarde avant de reprendre mon souffle.
La nuit où j'avais été blessée était toujours aussi floue. L'attaque ne me revenait pas. Je fermais les yeux un instant, tâchant de me remémorer au mieux les événements. C'était Rogue qui m'avait trouvé, il avait lancé des étincelles rouges. Il m'avait parlé. Il avait semblé inquiet, ses yeux avaient eu cette lueur si tenace. Un frisson me secoua et je portais la main à ma joue avant d'ouvrir les yeux. Ses propres mains avaient effleuré mon visage.
L'appréhension me gagna, pourquoi avait-il agi ainsi ? Je me rappelais les paroles que je lui avais dites. L'envie que j'avais alors de savoir qui était l'homme derrière le professeur. Cette envie toujours présente d'ailleurs. Il avait porté ce regard sur moi, ce regard que je ne comprenais toujours pas, j'avais perçu l'agitation en lui sans pouvoir la nommer. J'avais souri, totalement subjuguée par le tourment qui avait fini par le gagner, c'était tellement étrange qu'il s'inquiète pour moi. Il avait alors stoppé sa marche et m'avait murmuré une promesse, comme un accord tacite entre lui et moi.
Je posais une main tremblante sur mon visage, la nuit dernière il m'avait de nouveau pris dans ses bras. Rien ne l'y obligeait.
Je m'étais relevé et avais commencé à faire les cent pas. Il avait été si avenant avec moi, j'étais même d'avis de dire qu'il avait tenté de me réconforter.
Je levais les yeux au ciel, et alors ! Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Et par merlin, pourquoi cela avait-il de l'importance ? Grand bien lui fasse si Rogue s'était finalement découvert une pointe d'humanité.
Je finis par croiser les bras avant de m'accouder à la rambarde, et si j'allais voir Rogue dans les cachots, de quoi pourrais-je lui parler ? Devais-je lui reprocher son comportement ? Je secouais la tête, il n'avait rien fait de mal, ce serait totalement insensé de lui reprocher de m'avoir aidé.
Si je reprenais les faits, il m'avait aidé, à deux reprises lorsque j'étais dans l'incapacité de m'en m'occuper moi-même. Le reste de ces agissements, les regards, le sourire, qu'il m'ait pris dans ses bras. Tout cela pouvait être prêté à la tension du moment, ces instants avaient été emplis d'effroi. Il était tout à fait normal pour un homme d'avoir souhaité m'apporter un minimum de réconfort.
Mes pensées vadrouillèrent vers la cabane hurlante, l'expression que Rogue avait eue alors qu'il avait cru sa dernière heure venue. Cette tendresse qu'il avait révélée face au regard d'Harry, le même regard que celui de son amour de jeunesse. Il avait beau se vautrer derrière un mur de sarcasme et de froideur, le professeur Rogue était un homme. Il avait le droit de se montrer humain même s'il voulait que personne ne le découvre.
Ce qui me dérangeait à dire vrai est le fait qu'il ait jugé nécessaire de me lancer un oubliette. Croyait-il vraiment qu'une telle promesse, faite dans un moment de faiblesse aurait pu me faire penser qu'il puisse éprouver pour moi des sentiments amoureux ? Ou peut-être croyait-il que son comportement allait induire ce type de sentiment chez moi ? Je levais de nouveau les yeux au ciel, il était inutile de me torturer de la sorte plus encore. Il fallait que j'aille voir Rogue et que je lui demande pourquoi il avait agi ainsi, pourquoi il m'avait lancé un oubliette ce soir-là.
Alors que je descendais doucement les escaliers, un sourire inconvenu s'empara de moi. Cette année était vraiment bizarre. Tout avait pourtant débuté normalement. Pour la première fois en sept ans, nous étions sereins, nous n'avions plus à nous soucier de Voldemort. Bien sûr, cela était parfois perturbant. À plusieurs reprises, Harry, Ron et moi-même nous étions rendus dans la salle commune des Gryffondors sans nous être donné rendez-vous.
Nous restions parfois des heures, assis tranquillement à contempler la lueur mouvante des flammes dans l'âtre. Harry était paisible, une expression tranquille s'emparait de son visage. Nous échangions alors un regard plus parlant que n'importe quel mot et la sérénité finissaient de se fondre en nous. Il était enfin libre. Plus rien ne pouvait venir briser la quiétude de nos vies.
Je retins un sanglot, l'amertume me gagnait de nouveau. Allais-je revoir les garçons, pourrais-je continuer à partager ces moments avec eux ? Que se passait — il a notre époque, cherchaient-ils une solution pour que nous puissions les rejoindre ?
J'accélérais le pas, me forçant à chasser ces pensées, l'heure n'était pas à l'apitoiement. J'allais trouver Rogue, lui demander pourquoi il m'avait jeté un oubliette. Il ne me répondrait peut-être pas, je n'allais pas lui tirer les vers du nez. Nous pourrions nous atteler de nouveau à la confection de la potion et je retrouverais ma vie et mes amis aussi vite que le temps me le permettrait.
Forte de cette résolution, j'accélérais le pas et arrivais dans les cachots, essoufflée. Je reprenais ma respiration et défroissais mes vêtements avant de toquer à la porte de la salle qui lui avait été allouée. Après quelques secondes, je toquais à nouveau, peut-être ne m'avait-il pas entendue ? Le bourdonnement des chaudrons pouvait être assez assourdissant. Plusieurs secondes s'écoulèrent encore, je fronçais les sourcils avant d'appuyer la main sur la clinche de la porte qui me résista.
Était-il possible qu'il ne soit pas là ? Peut-être avait-il migré dans la salle que je m'étais moi-même attribuée ? Je haussais les épaules avant de soupirer, cet homme était décidément insaisissable.
Ne pouvait-il pas comme tout le monde se rôder à quelques habitudes qui me permettraient de le trouver quand je le cherchais !
Cette pensée me tira un nouveau sourire, il m'était arrivé de le chercher dans l'ensemble du château pas plus tard que la semaine dernière pour finir par le trouver dans un endroit absolument improbable, la salle de divination. J'étais restée en retrait quelques minutes en l'observant étudier profondément une boule de cristal.
— Vous risquez de rencontrer le Sinistros si vous vous acharnez à regarder cette boule de cristal ainsi, monsieur !
Il avait eu un léger sursaut avant qu'une étrange expression balaye le temps d'une seconde son visage serein.
— Ne soyez pas sotte Granger, je l'ai déjà aperçu dans une tasse de thé durant le déjeuner !
La réplique m'avait tiré un rire qui m'avait fait du bien avant que mes pensées ne me ramènent à notre situation. Nous étions bloqués dans le passé et devions trouver une solution de retrouver notre temporalité. Il s'était levé avant de m'enjoindre à le suivre, comme si c'était lui qui avait dû monter sept étages pour partir à ma recherche. Ce qui m'avait fait fulminer jusqu'à ce que nous retournions dans les cachots.
Il était arrivé quelquefois que Rogue et moi échangions des banalités et des moqueries du même genre. C'était arrivé très peu de fois, mais je pense que ça nous aidait à rendre la situation plus vivable.
Parvenue devant la porte du laboratoire que j'occupais depuis un mois, je ravalais mon sourire. Me faisant le constat que j'aimais bien échanger des banalités avec Rogue. Je savais qu'à l'heure actuelle nous ne le ferions pas. Des choses plus importantes devaient être réglées.
J'ouvrais la porte sans toquer, c'était mon laboratoire après tout ! Là encore, la porte me résista et je l'ouvrais d'un informulé. Rien.
Le laboratoire était dans le même état que la veille au soir, les chaudrons en stase, les parchemins étalés sur le sol, le capharnaüm qui régnait ici n'avait pas été visité depuis la veille. Le doute m'envahit, où pouvait-il être.
Mon souffle s'accéléra lorsque je remontais les escaliers deux à deux, bousculant quelques Serpentards au passage. C'est en arrivant dans le hall que je m'insultais mentalement. Il était déjà midi, il devait être au repas.
Je pris la direction de la grande salle. Mon estomac gargouilla bruyamment, j'étais affamée. M'avançant avec le flot d'élèves, je lançais un regard à la table des professeurs. Il n'était pas là.
Je restais stoïque, debout dans l'allée. Devais je continuer mes recherches ? Il allait bien finir par arriver. Je sentis un regard braqué sur moi et balayais l'assemblée rapidement avant de porter de nouveau mon regard sur la table centrale. Dumbledore me fixait intensément. Comme il le faisait avec Harry avant de le convoquer dans l'après-midi.
Je fixais la place vacante de Rogue, une étrange sensation grandissant dans la poitrine. Sur pilote automatique, je me dirigeais vers Dumbledore, je n'allais pas attendre qu'il me convoque.
— Où est-il ? Demandais je sans même le saluer.
Il me jeta un regard serein avant d'ouvrir la bouche.
— Bonjour Miss, j'aurais pensé vous voir à l'infirmerie ce matin, mais vous avez été plus prompte à sortir que ce que j'aurais cru. Vous voulez bien m'accompagner dans mon bureau ?
Je secouais la tête en reculant d'un pas. La sensation étrange gonflait encore dans ma poitrine, enfla jusqu'à boucher mes oreilles.
Il n'avait pas osé ?
Je me détournais totalement du directeur, les oreilles bourdonnantes, l'air me manqua. Un voile sembla se poser sur mes oreilles et les sons extérieurs me parurent lointains. J'avançais vers la sortie sans prendre conscience que j'avançais, bousculant les élèves que je croisais. Le regard plongé vers le sol, j'avais la sensation d'avancer dans du coton.
Comment ?
Pourquoi ?
Je savais bien, je le sentais, il n'était plus là.
Une main se posa sur mon épaule alors que je venais de foncer dans un élève, je levais les yeux sans vraiment avoir envie de m'excuser. Une paire d'yeux inquiète attrapa mon regard. Ces yeux. Ce regard. Harry.
Mes jambes flageolèrent avant de me lâcher, mes genoux cognèrent fortement contre le sol de pierre et je sentis une douleur intense me parcourir, m'arrachant un instant de lucidité.
— Tu… tu veux aller ailleurs ?
Je saisis la main posée sur mon épaule, la main de Lily Potter et mes yeux rencontrèrent les siens encore une fois. Harry me manquait. Mes amis me manquaient. Ma vue se brouilla et je secouais la tête violemment, les larmes déferlants sans interruption. Lily Potter sembla désappointée et se mit à ma hauteur avant d'entourer mes épaules de ses bras, m'entourant de compassion, tentant de m'insuffler du réconfort.
Il m'avait pourtant promis… comment avais-je pu lui faire confiance à ce point ?
Severus Rogue m'avait abandonné.
