Epilogue
Il pleuvait terriblement ce soir là, mais ça, il s'en contrefichait. Après toutes ces années, il commençait même à l'apprécier. Mais, blessé, l'eau ruisselant dans ses plaies accentuait sa souffrance. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait pas autant souffert. En y réfléchissant bien, il n'avait jamais autant souffert. Il pouvait à peine voler.
Heureusement, il avait eu assez d'énergie pour s'enfuir, et arriver jusqu'au palais. Sa chambre n'était plus très loin. Il y entra, et à sa grande satisfaction, personne ne l'avait vu. Il s'étendit sur le lit.
Il pouvait encore sentir du sang couler le long de son museau. Heureusement qu'il avait plus d'un tour dans son sac pour pouvoir voir avec des yeux crevés.
Il se regarda dans le miroir. Il était défiguré. Son cou était presque dépourvu d'écailles, et sa tête légèrement aplatie. D'habitude, il n'était pas écoeuré lorsqu'il contemplait ce genre de choses.
-Ah ! Tu es rentrée ! S'exclama une voix venant du couloir.
« Oh non ! Pas maintenant ! »
Une dragonne entra dans la pièce.
-Où t'es-tu absen… tée… Demanda-t-elle.
Elle s'interrompit en voyant son état.
-Oh ! Solaris ?! Qu'est-ce qui t'es arrivée ?! Est-ce que ça va ?! Je vais tout de suite chercher des secours !
-Non, n'y va pas, répondit Solaris.
-Tu te moques de moi ? Tu disparais pendant deux jours, sans prévenir personne, et quand tu reviens, tu es à moitié morte ! C'est déjà un miracle que tu aies survécu sans aide !
« Arrête de poser des questions... »
-Qui t'as fait ça ? Demanda l'autre dragonne.
-Personne.
-Mais bien sûr, il n'y aucune trace de morsure et de griffures…
« Fais attention à où tu mets tes pattes... »
-Tu fais des choses illégales, c'est ça ?
-Non.
« Et puis, la loi, c'est moi »
-Alors, que caches-tu ?
« Eh ! Mais peut-être que je pourrais profiter de ça... »
-A une centaine d'heures de vol d'ici, j'ai croisé une Aile de Boue répondant au nom de Vase. C'est elle qui m'a fait ça.
-A une centaine d'heures de vol... répéta-t-elle. Comment peux-tu être déjà rentrée dans ce cas ?
« Rrrrhhh Tu n'étais pas censée être aussi énervante. »
-J'ai piqué une amulette à quelqu'un, et je me suis téléportée.
-Quel comportement exemplaire pour une future reine ! Et pourquoi t'aurait-elle attaquée ? Il y a forcément une raison.
-Je ne sais pas ! Peut-être qu'elle voulait faire du chantage !
-…
« Pourquoi Solaris, ma fille, me ment-elle ? Pensa l'autre dragonne. Elle n'a pas confiance ? Qu'est-ce qui lui est vraiment arrivée ? »
« Si tu savais qui je suis vraiment… j'imagine déjà ta tête ! Et ce serait trop marrant si je rajoutais que tu n'existais même pas il y a une semaine ! »
-Nous reparlerons de cela plus tard, en attendant, je vais faire envoyer un guérisseur.
« Qui ne viendra jamais car je lui ferai oublier qu'il doit venir me voir. »
La reine sortit de la chambre. La porte se referma toute seule, puis se avait besoin d'être seul. Il s'observa à nouveau dans le miroir, puis le brisa d'un coup de queue. Il alla ensuite s'étaler sur le lit. Cette sale petite mortelle avait presque réussi à le tuer pour de bon, là où Aryonnos ne lui avait à peine fait une égratignure. Comment pouvait-elle s'en sortir mieux que lui ?! Sans oublier qu'elle n'avait que quelques jours d'expériences contrairement à lui, qui avait des milliards et des milliards d'années de pratique à son compteur.
Bon, il fallait quand même admettre qu'entre un combat de sorts et un combat au corps à corps, les dégâts n'étaient pas tout à fait les mêmes. Il la détestait à présent, et le pire, c'était qu'elle correspondait parfaitement au profil qu'il recherchât.
Mais pour l'instant, il devait reprendre des forces, attendre qu'il se soit complètement régénéré. Il ne voulait pas user de contrôle mentale sur sa fausse mère. C'était jouissif de la voir se poser des questions. Quelle excuse bidon pourrait-il inventer afin de justifier sa guérison miraculeuse ? Il décida de s'endormir.
Quelques heures plus tard, à son réveil, toutes ses blessures eurent disparu, et il se sentait en pleine forme. Il vérifia ce que faisaient ces maudits dragons. Ils volaient, en direction d'Ethernalia. Ils arriveraient dans moins de cinq heures. Finalement, même si cela aurait été très humiliant, il aurait peut-être dû les laisser tranquille, au lieu de les provoquer. Il n'avait pas imaginé qu'ils seraient capables de le battre.
« Je pourrais détruire Ethernalia sur le champs... »
Mais cela compromettrait ses plans.
« Le plus simple serait de déplacer la partie du portail qui se trouve dans ce temps loin, loin, très loin d'ici, comme par exemple… dans les terres australes de Sable. »
Bien sûr, ce n'était pas le lieu le plus éloigné, mais il l'était suffisamment pour que Zoglentia puisse être tranquille pendant un moment. De plus, il avaient de très fortes chances d'y devenir fous.
-Princesse Solaris ? Appela quelqu'un de l'autre côté de la porte. Votre mère vous attend.
-J'arrive ! Cria Zoglentia.
Il déverrouilla les portes tout en marchant dans leur direction, puis, sortit. Il parcourut le couloir jusqu'à atteindre la chambre de la reine Hélias, gardée par quatre soldats, qui le laissèrent passer. Lorsqu'il fut entré, ces derniers refermèrent les portes.
La reine se leva et s'apprêta à dire quelque chose, mais Zoglentia s'empressa de parler en premier.
-Oh ! Mère ! Ton guérisseur a été terriblement efficace ! En seulement une heure, il m'a remise sur pattes ! Il faudrait peut-être augmenter le budget alloué aux services médicaux du palais afin de perfectionner ces techniques révolutionnaires !
-Solaris… Je n'ai jamais envoyé de guérisseur, comme tu me l'as demandé… et pourquoi tu me parles de budget ?
-Oups ! Lâcha-t-il. On dirait que tu m'as eue…
Hélias sembla se fâcher.
-Finit la plaisanterie. Maintenant, que tu le veuilles ou non, tu vas me révéler ce que tu caches !
-Es-tu vraiment sûre de le savoir ? Questionna Zoglentia.
-C'était un ordre, précisa-t-elle.
-Ah… Dommage, soupira-t-il. Je n'aurais tenu que cinq jours vingt heures dix minutes et cinquante secondes sans user de lavage de cerveau sur toi…
-Un lavage de cerveau ? Répéta la reine. Ca n'existe pas...
-Dans ce cas, quel est mon nom ? Demanda Zoglentia.
Hélias voulut parler, mais elle ne trouva pas les mots.
-Qu'est-ce que ça veut dire ?!
-Ca veut dire que ta fille n'est pas réellement ta fille, annonça Zoglentia.
-Qui êtes-vous ?! Qu'avez-vous fait à Solaris ?! Gronda-t-elle.
-Tu n'as rien compris. Je suis bien ta fille, mais ce n'est pas ma vraie identité. En réalité, je suis…
Zoglentia reprit sa véritable apparence, sous les yeux de Hélias, dont la colère se changea peu à peu en peur.
-Je suis Zoglentia, le dieu de ce monde, qui d'ailleurs, n'a été créé qu'il y a quelques jours.
-Non… murmura la reine. C'est impossible…
Il la sentit paniquer intérieurement.
-L'Aile de Boue qui a tenté de me tuer est l'une des seules survivantes du monde que j'ai détruit pour pouvoir créer celui-là. Maintenant que tu sais tout, je vais devoir te supprimer.
La reine essaya de reculer, mais elle resta immobile, retenue par une force invisible.
-GARDES ! GARDES ! Hurla-t-elle.
-Oh, mais ne panique pas. Dans quelques secondes, lorsqu'ils entreront, tu auras oublié toute cette conversation, et je serais redevenue ta fille adorée. En attendant, laisse moi me délecter de ton effroi.
La porte claqua violemment, rayant le sol. Les gardes examinèrent la pièce en un clin d'oeuil, à la recherche d'un intrus, mais il n'y avait que la reine et sa fille, et toutes les deux avaient l'air sereines.
-Apportez-nous un jus de baie s'il vous plaît, ordonna la reine.
Ils ressortirent de la pièce, et l'un d'eux se dirigea vers les cuisines.
-Si je t'ai faite venir ici, commença Hélias, c'est parce qu'aujourd'hui est un jour important. Tu n'as pas oublié que nous recevons une délégation des Ailes de Pluie aujourd'hui, n'est-ce pas ?
-Bien sûr que non, répondit Zoglentia.
C'était absolument faux. Il s'en fichait royalement. Il ne s'était pas intéressé aux évènements diplomatiques auxquels il devrait participer.
-Ils arriveront bientôt à la capitale. Va les acceuillir, et guide les jusqu'à moi.
-D'accord, mais, tu m'as appelée juste pour ça ? S'étonna Zogentia. Tu n'as pas autre chose à me dire ?
-Hmm… non, à part de ne pas oublier de récupérer ton jus de fruit.
Zoglentia sortit de la chambre en même tant que le garde rapporta la boisson. Il la but d'une traite, puis s'envola par le premier balcon qu'il croisa. Tout en survolant la ville grouillante de dragons, il réfléchit.
« Il me faudrait un moyen de les rendre inoffensifs… Que pourrais-je faire… Non… ça ça me serait fatal… Pas une bonne idée non plus… Mais pourquoi pas une BàRM ? Il semblerait que ce soit la meilleure option ! Avec une puissance de douze mille quadrillions de Y9999T… Non, ce n'était pas suffisant. Il faudrait au minimum une puissance infinie. Mais quelles conséquences aurait-ce sur le monde ? Peu en fait. Parfait ! Zoglentia fabriquerait donc la BàRM dès qu'il aurait du temps libre. L'endroit où la placer n'était qu'un détail qu'il réglerait plus tard.
Il n'était plus très loin de l'entrée de la ville à présent. Il se posa à côté d'un arbre, à l'extérieur. Quelques minutes passèrent, et la délégation n'était toujours pas arrivée. Pour passer le temps, il décida d'espionner son alter-ego. Celui-ci était en train d'analyser les différentes possibilités qui s'offraient à lui pour le tuer, dans les moindres détails. Malgré cela, il était tout sauf une menace. Le Aryonnos du passé non plus, même s'il présentait largement plus de risques.
Soudain, il entendit des battements d'ailes.
« Ils sont là »
Zoglentia s'écarta de l'arbre afin d'être plus visisble. Trois Ailes de Pluie se posèrent devant lui. Quand il vit celui qui se tenait sur sa gauche, il faillit faire une crise cardiaque.
« Non… C'est forcément une coïncidence ! Hornixa ne peut pas encore exister ! »
Hornixa fut la première petite amie de Zoglentia. Ce fut aussi la seule. Certes, cette Aile de Pluie ne lui ressemblait vraiment pas, mais quand il visualisait la forme de son aura, on eut dit trait pour trait la sienne.
-Bonjour, lança l'Aile de Pluie du milieu. Vous êtes Solaris, c'est bien ça ?
Zoglentia scanna l'âme de la dragonne qui l'intriguait. Après cela, il eut la confirmation qu'Hornixa était belle et bien vivante.
-Eh oh ! Cria l'Aile de Pluie.
Il sursauta.
-Ah euh quoi ?! Oh, vous êtes arrivés. Excusez-moi. Il m'arrive de rester éveillée tard le soir, mais après, le lendemain, je suis épuisée et parfois, je dors les yeux ouverts, improvisa-t-il.
« Je n'aurais jamais pensé une Aile du Soleil capable de rester éveillée aussi tard la nuit. Pourquoi est-ce qu'elle me fixe depuis qu'on est arrivé ? Est-ce qu'elle lit dans mes pensées ? Ce serait trop bien ! Eh ! Aile du Soleil ! Si tu m'entends, réponds-moi ! »
Zoglentia ne réagit pas.
« Dommage… ça aurait été cool. N'empêche, on dirait qu'elle veut me tuer avec son regard. Ca en devient effrayant. »
-Vous devez être Durian, dit Zoglentia.
-En effet, c'est bien moi, répondit-il.
-Je vais vous mener jusqu'au palais, termina Zoglentia.
Ils décollèrent et mirent le cap vers le palais. Durant le trajet, il ne pensa qu'à Hornixa. En considérant la manière dont elle était morte, les chances qu'une infime partie de son âme ait survécu étaient presque nulle. La valeur exact serait quelque chose de l'ordre d'une chance sur huit cent vingt cinq trilliards. Jamais il n'aurait espéré la revoir. C'était fou qu'elle soit encore en vie !
Une fois rentrés au palais, il les conduisit jusqu'à la salle du trône, puis s'éclipsa rapidement. Il devait préparer la BàRM. En tenant compte du fait que le château serait certainement temporairement bouclé après son activation, il lui fallait trouver un endroit discret. Et pourquoi pas caché à la vue de tous, au centre de la cour intérieure ? Actuellement, elle était déserte. Il s'y rendit donc. Un témoin arriverait dans une minute. C'était tout ce dont il disposait pour armer la BàRM. Il en fit apparaître une. Elle avait une forme plus ou moins cylindrique. A l'intérieur quelque chose scintillait d'une lumière bleue. On aurait dit une jolie lanterne. Zoglentia la posa en-dessous de la statue qui occupait le centre de la cour, dans une petite trappe qu'il venait de créer. Ensuite, il la régla pour qu'elle explose soit quand il l'ordonnerait, soit quand ses ennemis traverseraient Ethernalia.
Enfin, il ensorcela trois de ses bijoux afin qu'ils l'immunisent contre les effets du dispositif . Lorsque le témoin entra dans la cour, Zoglentia eut disparu.
« Il me reste quelques heures avant la panique totale. Autant en profiter. »
Il se dirigea vers les jardins, là où se trouvaient les Ailes de Pluie. Là où Elle se trouvait. Mais au moment où il y mit une patte, la terre trembla violemment, et une onde de choc le projeta au sol. Une lumière ébranla le ciel.
« Quoi ! Déjà ?! »
Une grande douleur le traversa quelques secondes, puis disparut. Il se releva. C'était fait. Ses ennemis allaient mourir à petit feu dans quelques jours, et plus personne ne serait en mesure de lui mettre des bâtons dans les roues. Plus jamais il n'aura de problèmes.
To be continued...
