Chapitre 5.

24 Juillet 2015.

Après de longues heures de labeur infernales et alors que la boutique n'allait pas tarder à fermer, Fred s'accorda une pause de cinq minutes et sortit à l'extérieur afin de respirer un air frais dont il avait désespérément besoin. Mauvaises habitudes s'enchaînant à cause du stresse et de la nervosité, il sortit un paquet de cigarettes de sa poche et en alluma aussitôt une, à la recherche de décontraction et paix intérieure. Il souffla une volute de fumée qu'il observa disparaître avec une brise de mistral légèrement glaciale. Il ne cessait de penser à la demande en mariage qu'il ferait dans la soirée à la femme qui partageait sa vie depuis si longtemps maintenant qu'il ne comptait plus. Cette femme qu'il connaissait depuis leur plus jeune âge. Cette femme dont il était fou, bien trop d'ailleurs.

Il regardait d'un oeil distrait les passants du Chemin de Traverse alors qu'il tirait d'autres lattes de fumées. Un homme et une femme d'environ une vingtaine d'années se promenaient avec un petit garçon d'au moins cinq ans qui hurlait et un bébé visiblement nouveau-né qui pleurait dans la poussette que son père poussait. Ils paraissaient au bout du rouleau et si fatigués que c'en était attristant. Les joies d'être jeunes parents, se dit Fred avec un vague sourire.

Il vit ensuite une bande de jeunes adolescents qui avaient probablement l'âge de Gaia et riaient à gorge déployée. Ils avaient visiblement fait une bonne farce à l'un des leurs, car un des garçons avançait derrière eux, l'air de mauvaise humeur.

Après, un couple de personnes âgées passa à côté de lui. Ils se tenaient par la main et souriaient simplement, sans chercher à établir une forme de conversation. En voyant cela, Fred espéra que ce serait lui et Hermione dans une trentaine d'années, toujours aussi accro l'un à l'autre.

Ensuite, son regard s'arrêta sur une jeune femme visiblement perdue. Elle regardait partout autour d'elle, l'air égaré et surtout, une lueur inquiète dans les yeux. En parfait gentleman qu'il était, Fred écrasa le mégot de sa cigarette à terre et s'avança vers cette pauvre femme qui semblait désespérée.

« Pardon de vous déranger mais vous cherchez quelque chose? S'enquit-il une fois près d'elle.

- Oh. Euh... Non. Enfin si! Enfin non. Enfin... Je suis fichue. Bégaya-t-elle à toute vitesse.

- Vous êtes fichue? Répéta Fred, intrigué.

- Oui. Complètement. Je vais me faire renvoyer, brûler, maudire...

- Rita? Lança alors une petite voix fluette. »

La femme se retourna aussitôt et baissa le regard sur un petit garçon qui la couvait avec des yeux innocents.

« Bon sang Philip, tu m'as fait une peur bleue! S'exclama-t-elle en prenant aussitôt le petit garçon dans ses bras.

- Pourquoi bleue? Interrogea-t-il, l'air étonné.

- Oh, par le caleçon de Merlin. Soupira-t-elle en le serrant encore plus contre elle. Je croyais t'avoir perdu. Tes parents m'auraient tué si je ne t'avais pas retrouvé.

- Mais non, ils t'aiment trop pour faire ça! Fit remarquer le petit avec une moue gaillarde.

- Bien entendu. Plaisanta la femme en le reposant à terre. »

Fred observait la scène, attentif mais à la fois perplexe. Le visage de cette femme, sa voix, sa façon de parler, tout ceci lui rappelait fortement quelqu'un qu'il avait connu si longtemps auparavant...

« Allez bonhomme, on fait un dernier tour dans les magasins et après, je te ramène chez toi, d'accord? Lui proposa-t-elle en s'agenouillant face à lui et lui adressant son plus beau sourire. »

Le concerné hocha vigoureusement la tête de haut en bas, faisant rire la dénommée Rita. Elle lui déposa un baiser sur le front puis se releva afin d'être face à Fred, qui était resté silencieux tout le long.

« Merci d'être venu voir si j'avais besoin d'aide, c'était très gentil de votre part. Lui dit-elle sans se départir de son sourire.

- Ne me remerciez pas, c'est tout à fait normal. Répondit-il en tirant une légère révérence digne d'un Weasley.

- Ça alors, vous me rappelez énormément un ami que j'ai connu quand j'étais plus jeune! S'exclama-t-elle soudain.

- Vous allez rire mais vous me rappelez également quelqu'un que j'ai connu quand j'étais encore un adolescent.

- C'est exactement ça! Ce garçon avait un jumeau et c'était le comique de service, il n'arrêtait pas de faire des blagues, d'ailleurs il a ouvert une boutique sur ce même Chemin de Traverse et si je ne m'abuse, elle se trouve juste derrière... »

Avant d'achever sa phrase, alors qu'elle avait le doigt pointé sur l'insigne du magasin, la femme regarda tour à tour Fred et le sorcier grandeur nature qui représentait l'insigne de la boutique. Puis elle détailla plus attentivement son interlocuteur et sa réaction ne se fit pas attendre.

« Oh bon sang! Mais... Fred, c'est toi?

- Oui c'est... moi. Répondit l'interpellé, les sourcils désormais froncés.

- C'est moi! Marietta, Marietta Edgecombe! On était à Poudlard ensemble! »

Une fois que Fred eut remémoré son visage, il poussa un cri d'exclamation à son tour et les deux jeunes gens se jetèrent dans les bras l'un de l'autre tout en continuant à rire. Le petit Philip, quant à lui, observait la scène d'un air perdu.

« Je n'en reviens pas! Marietta Edgecombe! Fit Fred en se détachant de sa comparse. Bon sang, ça faisait longtemps!

- Tu l'as dit! Je crois que la dernière fois que je t'ai vu, c'est lorsque j'ai fait ma dernière année à Poudlard alors que George et toi veniez à peine d'ouvrir votre boutique. Waouh. Incroyable.

- Je ne t'aurais même pas reconnu si tu n'avais pas sorti "par le caleçon de Merlin" avec ta petite intonation personnelle. Tu as beaucoup changé.

- N'importe quoi. Plaisanta-t-elle, tandis que Fred riait également. J'ai toujours la même tête.

- Non, je t'assure! Tu n'es plus du tout la même. Insistait le rouquin.

- Je suis plus jolie qu'avant, alors? Minauda-t-elle. »

Aussitôt, le grand sourire présent sur le visage de Fred s'évanouit. Un détail concernant Marietta lui revint alors en mémoire: ils avaient tant de fois flirté ensemble dans les couloirs du château, entre deux cours ou bien avant le couvre-feu, qu'il ne saurait même plus dire quand et comment telle fois s'était passée. Ça lui paraissait si loin désormais. Tellement qu'il n'y pensait même plus.

« Quelque chose ne va pas? S'enquit-elle alors, remarquant l'air évasif de Fred.

- Quoi? Oh non, tout va bien, comme toujours. Répondit aussitôt le concerné, masquant son embarras.

- Tu as sans doute du travail, non? Je ne voudrais pas te retarder.

- Tu veux passer faire un tour? Je suis sûr que George serait très content de te revoir. Proposa le jeune homme, légèrement à contre-coeur.

- Pas la peine de faire semblant, je sais très bien que ton frère n'a jamais été fan de moi. Fit savoir Marietta avec un sourire triste.

- Il ne te déteste pas, voyons! Contredit aussitôt Fred, peiné par le regard de la jeune femme. »

Cette dernière lui adressa un regard accompagné d'un haussement de sourcils, qui montrait qu'elle savait parfaitement que son interlocuteur lui mentait.

« Bon... C'est vrai qu'il ne t'a jamais vraiment porté dans son coeur... Avoua Fred, sans parvenir à réprimer un léger gloussement.

- Ce n'est pas grave, je le comprends. Il faut dire que j'ai été une vraie petite diablesse.

- Ah ça... Tu es bien loin de la vérité, trésor. »

Les deux jeunes gens rirent de nouveau ensemble, tandis que le petit garçon aux côtés de Marietta faisait son possible pour attirer l'attention de cette dernière.

« Puis je sais que ton frère a toujours été Team Fremione et certainement pas Fredietta. Ajouta-t-elle en accompagnant ses paroles d'un rire sans joie. »

Fred cessa immédiatement de rire et couva Marietta d'un regard désolé. Il est vrai que George avait répété maintes et maintes fois que Hermione était la fille pour Fred, et certainement pas Marietta, qui se contentait de l'aguicher au tournant d'un couloir de temps à autres. Par conséquent, ce que disait la jeune femme n'était pas réellement faux.

« Comment va-t-elle, d'ailleurs? S'enquit alors Marietta, réservant un ton poli et courtois.

- Oh, elle va... bien, très bien. Répondit Fred, assez gêné par la tournure de la conversation.

- Tu es toujours avec elle?

- Effectivement. Nous avons d'ailleurs deux enfants, Gaia et Timothy.

- Oh c'est génial! S'exclama la jeune femme. J'adorerais les rencontrer! »

Et là, les mots s'échappèrent de la bouche de Fred avant même qu'il ait le temps de réaliser qu'il les avait prononcé.

« Tu n'as qu'à venir dîner à la maison ce soir, dans ce cas. »

Il ne réalisa son erreur que lorsque Marietta afficha un air surpris mais également satisfait.

« J'en serais ravie! Enfin, si ça ne vous ennuie pas, bien sûr.

- Eh bien... A vrai dire, j'ai failli oublier mais nous fêtons l'anniversaire de mon fils ce soir, alors ce sera... En famille. Se rattrapa aussitôt le rouquin, se maudissant intérieurement.

- Oh. Je vois. Souffla la jeune femme, désormais déçue. »

La peine et la déception se lisant sur le visage de Marietta manquèrent de briser le coeur de Fred. Il ne pouvait se résoudre à quitter son ancienne amie sur ces paroles.

« Mais... Tu peux sans doute passer pour le dessert. Je suis sûr que tout le monde sera... ravi de te revoir. Bafouilla Fred, se demandant dans quelle galère il s'était encore fourré. »

A ces mots, le visage de la jeune femme s'illumina et son sourire naquit de nouveau.

« Ça me va! Tu m'enverras un hibou quand vous serez opérationnels à cette adresse. »

Elle fit apparaître un stylo, objet de l'invention des Moldus très utile lorsqu'on n'avait plus d'encre pour plume sous la main. Elle attrapa par la suite la main de Fred pour lui griffoner une adresse dessus. Mal à l'aise face à ce contact, le jeune homme resta raide jusqu'à ce que Marietta libère sa main.

« Voilà! S'exclama-t-elle en faisant disparaître le stylo. Je suis impatiente d'être à ce soir! »

Fred se contenta de sourire, un sourire terriblement forcé et gêné comme il avait rarement l'occasion d'en faire dans sa vie.

« Bon, tu m'excuseras mais je dois ramener ce petit diablotin chez lui. Je baby-sitte le week-end pour arrondir mes fins de mois. Expliqua-t-elle brièvement en attrapant la main de Philip, ravi d'enfin obtenir l'attention de Marietta.

- Bien. Bonne chance, alors!

- A toi aussi, à ce soir! »

Les deux jeunes gens se quittèrent sur un sourire et aussitôt, Marietta pris le petit garçon dans ses bras et transplana. Une fois qu'elle fut partie, Fred soupira férocement, relâchant la nervosité qui avait pris possession de lui depuis qu'il avait fait cette bourde de l'inviter à dîner et repartit d'un pas traînant vers la boutique en ne cessant de marmonner:

« Bon sang Fred mais quelle bêtise tu as encore fait? »

20 Novembre 1993.

La sortie trimestrielle à Poudlard était enfin arrivée. Pour les élèves de troisième année, c'était la première fois qu'ils avaient l'occasion de s'y rendre, étant donné que c'était uniquement réservé aux plus de treize ans. Il neigeait en ce jour, ce qui rendait l'aventure encore plus excitante. Alors qu'ils rendaient les autorisations de sortie au Professeur McGonagall, Ron et Hermione couvaient Harry d'un regard navré, car il n'avait pas eu la chance d'obtenir la signature de son oncle Vernon suite à un malencontreux incident. Aussi, les deux adolescents quittèrent Poudlard avec les autres élèves sous la neige, le coeur vide de devoir laisser leur meilleur ami seul. M'enfin... Ils se doutaient bien qu'il se trouverait une occupation digne de Harry Potter. Comme se mettre dans le pétrin, par exemple.

Alors que les deux Gryffondor avançaient côte à côte, chacun plongés dans leur pensées, deux présences se profilèrent de chaque côté des jeunes gens. Avant même qu'elle n'ait eu le temps de réaliser ce qu'il se passait, Hermione avait le bras de Fred autour de ses épaules et Ron celui de George.

« Tout va comme vous voulez, les troisième années? S'enquit ce dernier d'une voix chantante.

- Où est le troisième mousquetaire? Ajouta Fred à la suite.

- Mousquequoi? Répéta Ron, perplexe.

- Il faudrait vraiment que tu penses à te renseigner sur la culture Moldue, frangin. Fit remarquer George, tandis que son jumeau riait.

- Il n'a pas eu l'autorisation de sortie. Répondit Hermione en toute impunité.

- Pauvre petit... Soupira Fred tandis que George secouait la tête de gauche à droite.

- En fait, non. Reprit le second rouquin. Il a de la chance, parce que contrairement à vous, il n'aura pas à nous supporter toute l'après-midi ahahaha!

- Non mais attendez, vous comptez rester avec nous toute la journée?! S'étrangla Ron.

- Ben bien évidemment! Répondit Fred comme si c'était une évidence.

- On ne tient pas à ce que vous vous perdiez dans le village, ce serait dommage quand même. Rajouta George avec un rire cynique. »

Sachant qu'il était inutile de protester, Ron et Hermione se lancèrent un coup d'oeil amusé et haussèrent les épaules tout en continuant d'avancer. Très rapidement, ils arrivèrent au coeur du village et les professeurs les accompagnant leur laissèrent un temps libre afin de faire leurs petites emplettes ou bien s'arrêter dans un café. Alors que les deux amis de troisième année s'apprêtaient à suivre les autres élèves au salon de thé de Madame Pieddodu, les jumeaux diaboliques les arrêtèrent aussitôt en les attrapant brutalement par les épaules.

« Eh! Protestèrent Ron et Hermione d'une même voix.

- Vous ne comptez tout de même pas aller là bas? C'est l'endroit le plus nunuche de la planète.

- La plupart des bars d'ici sont interdits aux sorciers de premier cycle, alors on a pas vraiment le choix. Fit remarquer la jeune fille, légèrement agacée.

- Elle marque un point, Gred. Constata George, plutôt à contre-coeur.

- Hmm... On ne va tout de même pas s'avouer vaincus! S'exclama l'interpellé d'une voix forte. On va trouver un moyen de vous faire entrer aux Trois Balais, pas de soucis.

- Mais si jamais des professeurs nous voient? S'inquiéta aussitôt Hermione. On risque de se faire sévèrement réprimander, Ron et moi n'avons pas le droit d'y all...

- Pour une fois dans ta vie, Hermignonne, arrête de penser aux conséquences de tes actes et amuse toi. La coupa Fred en la prenant par les épaules. »

Lui et George se mirent à avancer, Ron et Hermione coincés entre eux, mal à l'aise. S'ils étaient vus au Trois Balais, bar interdit aux élèves de Poudlard de moins de quinze ans, ce ne serait pas bon pour leur compte... Pourtant, ils se laissèrent porter par les jumeaux, décidés à faire rentrer leurs amis dans cet endroit dit "branché" chez les étudiants du château. Une fois devant l'entrée, ils poussèrent la porte, respirant la confiance et passèrent près des Têtes Réduites qui braillaient des paroles incompréhensibles à tout bout de champ.

« ... encore ces saletés de mômes qui viennent semer la zizanie! Piaillait l'une d'elles d'une voix crissante.

- ... connaissent pas le respect ces gamins, idiots et vicieux... Lâcha une autre d'un ton amer.

- ... devraient plutôt rester au château à bosser plutôt que de venir se remplir leur ridicule petite panse dans un bar pour adultes! S'indignait encore une autre.

- Ne faîtes pas attention, elles font toujours ça pour effrayer quelconque client avec de malhonnêtes intentions. Rassura Fred au creux de l'oreille de Hermione, qui regardait timidement les Têtes Réduites désagréables. »

Finalement, ils refermèrent la porte d'entrée derrière eux et furent coupés de toutes ces petites voix horripilantes. A la place, une musique d'ambiance qui flottait dans l'air emplit leurs tympans, ainsi que les brouhaha de multiples conversations dans la pièce et les cliquetis de verre qu'on cognait les uns contre les autres pour porter un toast. Les quatre jeunes gens vérifièrent aussitôt s'il y avait des enseignants dans la salle.

« McGo et Flitwick à trois heures! Lança George à Fred. »

Ils empoignèrent de nouveau Ron et Hermione par les bras cette fois-ci et les amenèrent vers le fond du bar, dans un endroit isolé où les professeurs ne pourraient les apercevoir. Ils prirent place à une table dont l'emplacement était dans un coin de la pièce et s'assirent de la manière la plus décontractée possible.

« Eh ben voilà, vous voyez, on vous disait que ce serait simple comme bonjour! Lança George en échangeant une poignée de main victorieuse avec son frère.

- Mouais. Grommela Ron, peu convaincu.

- Allez frangin, ne tire pas cette tête! Tu pourras te vanter auprès de tes petits camarades d'avoir eu l'honneur d'aller au Trois Balais avec les géniaux Fred et George Weasley!

- Tu parles d'un honneur... Je sais très bien que vous allez nous laisser tomber comme de vieilles chaussettes dans deux minutes.

- Pourquoi tu dis ça? S'exclamèrent les jumeaux d'une même voix. »

Ron expliqua ses dires en montrant du doigt un attroupement d'élèves de cinquième année de Gryffondor et Serdaigle qui venaient d'entrer dans le bar. En apercevant Marietta Edgecombe dans le lot, Hermione ne put s'empêcher de tourner la tête vers Fred pour voir quelle était sa réaction. Il n'y faisait visiblement même pas attention, trop occupé à attraper ses affaires pour changer d'emplacement.

« Pour une fois, tu as raison très cher frère. Ironisa-t-il à l'intention de Ron, qui lui adressa une moue vexée.

- Attends Freddie, on pourrait quand même rester un peu avec eux, si jamais ils se font pincer à cause de nous...

- Ils sont bien assez grands pour se débrouiller tous seuls, Georgie, t'en fais pas pour eux. N'est ce pas? »

Les concernés hochèrent automatiquement la tête, ne cherchant pas à attiser un conflit purement inutile. Aussitôt, les jumeaux mirent les voiles et partirent retrouver leurs amis, se joignant à leurs discussions et éclats de rire. Le regard de la jeune Gryffondor restait durement accroché à Fred, qu'elle voyait déjà flirter avec quelques filles qui se pâmaient devant lui.

« Ils deviennent de plus en plus idiots, ces deux là. Bougonna Ron, désormais de mauvaise humeur. Surtout Fred.

- Ah bon? S'intéressa aussitôt Hermione en tournant la tête pour être face à son meilleur ami.

- Bah... Oui. Répondit simplement le rouquin, comme si c'était une évidence. Ne me dis pas que tu ne l'as pas remarqué.

- Oh... Euh... Tu sais, je ne reste pas souvent avec tes frères. Bafouilla-t-elle, gênée de se dire qu'elle avait porté beaucoup d'attention aux jumeaux ces derniers temps. Je ne fais pas vraiment attention...

- C'est vrai. Admit Ron en soupirant. Je peux te le confirmer, vu que je vis avec eux tout le reste de l'année en dehors des cours. Je sais pas ce qui leur est arrivé depuis cet été mais ils... changent.

- lls vieillissent, tu sais. Ils sont en pleine adolescence, c'est sans doute normal. Lui fit remarquer Hermione avec sagesse.

- Ils sont surtout en pleine crise d'adolescence ouais. Rectifia aussitôt Ron. Ils commencent à être ingrats avec Maman et Papa alors qu'avant, ils ne se le seraient jamais permis. Puis ils commencent à s'enfermer de plus en plus dans leur chambre pour travailler sur leurs gags et farces en tout genre. Ils sont vachement motivés, plus que je ne les ai jamais vu en tout cas. Y'a pas longtemps, ils parlaient carrément d'en faire leur métier. Pff, ridicule... »

Hermione ne répondit rien à son ami, le laissant pestiférer contre ses frères dans son coin et posa sa tête dans sa main, le coude appuyé sur la table. Elle était fatiguée. Fatiguée de sans arrêter penser à Fred, à ce nouveau Fred qui la perturbait tant. Pourquoi avait-il soudain changé? Pourquoi se comportait-il différemment avec tous les gens autour de lui? Ses amis, ses frères, ses camarades... Elle. Elle avait jusqu'à présent toujours voulu le considérer comme ce grand frère qu'elle n'avait jamais eu, cet ami protecteur, cette figure d'inspiration. Pourtant, lentement et sans qu'elle puisse en avoir le contrôle, il semblerait que les choses changent à une allure régulière mais ingérable.

4 Décembre 1993.

C'était un samedi pluvieux, froid et relativement calme et banal à Poudlard. Aussi, au lieu de flemmarder comme le reste de ses camarades, Hermione avait décidé de se rendre à la bibliothèque rendre ses derniers livres en date et terminer un devoir d'Astronomie particulièrement ardu à rendre avant les vacances de Noël afin d'être tranquille.

En chemin, elle rencontra deux des dernières conquêtes de Fred Weasley en pleine dispute. Sa curiosité la poussa à ralentir le pas afin d'écouter plus attentivement quelle était donc la raison de leur querelle visiblement forte.

« Puisque je te dis que c'est avec moi que Fred veut aller à la prochaine sortie à Pré-au-Lard! Beuglait l'une d'elles, une petite brune que Hermione reconnut comme étant à Poufsouffle.

- Mais tu délires complètement, ma pauvre fille! C'est avec moi qu'il a dit qu'il irait! Contredit l'autre fille, une blonde qui se trouvait à Serdaigle.

- Pourquoi tu cherches autant à semer la pagaille autour de toi? J'ai toujours su que tu étais une garce mais à ce point là, je n'aurais jamais cru!

- C'est moi que tu traites de garce?! Non mais je rêve! C'est toi qui essaye de me piquer Fred, et certainement pas le contraire! »

Les deux jeunes filles remarquèrent alors la présence de la jeune Gryffondor, qui s'était arrêtée malgré elle, interloquée par tout ce qu'elle entendait.

« Qu'est ce que tu veux, toi? Lancèrent-t-elles à Hermione d'une voix pleine de hargne. »

Cette dernière écarquilla les yeux de surprise et secoua brièvement la tête de gauche à droite avant de prendre ses jambes à son cou dans la direction de la bibliothèque. A peine s'était-elle remise à avancer que la dispute entre la Poufsouffle et la Serdaigle reprit de plus belle. Hermione en était sans voix. Le nouveau Fred créait même des différends entre les personnes de la gente féminine de Poudlard, désormais? Ron avait donc bien raison: les jumeaux étaient en pleine crise d'adolescence et le faisaient ressentir à toutes les personnes les entourant. Cette constatation poussa la jeune lionne à prendre une décision sur laquelle elle ne reviendrait pas. Elle allait rester loin des jumeaux, désormais. Elle avait beau les adorer, les nouvelles personnes qu'ils étaient en train de devenir ne lui convenaient malheureusement pas. Elle ne pouvait être amie avec eux plus longtemps s'ils devenaient aussi sournois et mesquins que des Serpentard, ça c'était sûr.

24 Juillet 2015.

« Bon sang, c'est pas possible ça! Même cet idiot de Drago Malefoy n'aurait pas fait brûlé ce stupide gâteau! »

Hermione Granger était folle de rage. Elle qui était connue pour ses talents culinaires, la voilà qui ratait un simple gâteau au chocolat. Sa fille la regardait en silence, impuissante.

« Ce n'est pas dramatique, Maman. Lui fit-elle remarquer en ramassant le tablier que sa mère avait laissé tomber au sol. Je peux le faire moi si tu veux, tu m'expliques la recette et...

- Non ma puce, ne t'en fais pas pour ça. La coupa aussitôt Hermione en recouvrant son calme. Désolée, je suis juste... à bout de nerfs. Tu sais, c'est très stressant de recevoir du monde chez toi et devoir tout préparer impeccablement.

- Je veux bien croire. Soupira Gaia en s'asseyant aux côtés de sa génitrice. »

Les deux jeunes femmes firent alors le silence, chacune le regard fixé vers le gâteau brûlé reposant sur le rebord de l'évier. De la fumée s'échappait de la surface chocolatée, remplissant l'air d'une odeur de brûlé plutôt agréable, en réalité. Hermione prit une profonde inspiration tandis que Gaia lui frottait doucement le bras de manière à la réconforter.

« Repose toi cinq minutes, ça ne te fera pas de mal. Il n'est que dix-sept heures après tout, on n'attend personne avant vingt heures. Lui rappela la jeune Serdaigle.

- C'est vrai, tu as raison. Admit Hermione en soupirant. Je vais aller m'allonger quelques minutes, réveille moi à la demie passée. »

Gaia hocha simplement la tête tandis que sa mère lui déposait un baiser sur le front tout en se levant. Elle se dirigea alors vers le canapé et se jeta immédiatement dedans, repliant ses bras sous sa tête lourde de fatigue. Gaia resta assise à la table de la salle à manger, sa tête reposant entre ses bras croisés sur la table. Elle réfléchissait toujours à la manière dont elle allait bien pouvoir annoncer à ses parents qu'elle était en couple avec Erwann Malefoy mais elle commençait à se dire que ça serait mission impossible. De plus, ce dernier n'avait toujours pas répondu à son hibou. Il devait probablement être en rogne contre elle. Bon sang, si seulement ils avaient tous les deux dix-sept ans et pouvaient transplaner quand bon leur semblait afin de se voir! Il était impensable pour l'un comme pour l'autre d'utiliser la cheminée, étant donné qu'elle se trouvait dans la pièce principale et qu'utiliser la poudre de cheminette n'était pas la meilleure façon de s'éclipser discrètement d'un endroit quelconque. Si elle avait su qu'entreprendre une relation avec un Malefoy serait aussi compliqué, elle se serait abstenu dès le départ...

« Quand j'y pense, ton père était un sacré numéro, quand même. Soupira alors Hermione depuis le canapé. »

Sa curiosité attisée, Gaia bondit immédiatement de la chaise où elle était assise et partit rejoindre sa génitrice. Elle s'assit sur les bords du canapé et darda Hermione d'un regard inquisiteur.

« Je repense à toutes ces... Blagues et farces en tout genre que lui et George ont pu faire durant nos années à Poudlard. Oui... De sacrés numéros.

- Dis m'en plus. »

Hermione accorda un sourire à sa fille, qui le lui rendit. Leur complicité était telle qu'elles n'avaient pas besoin de se parler pour se comprendre.

14 Février 1994.

« Je déteste la Saint Valentin.

- Je te rassure, tu n'es pas le seul... »

Harry et Ron bougonnaient chacun de leur côté, maussades, en regardant tous les couples dans la Grande Salle qui procédaient à des nettoyages de gosier en plein milieu du petit déjeuner. L'appétit de bon nombre de célibataires avaient été aussitôt éradiqué.

« La Saint Valentin n'est qu'une stupide fête commerciale sans intérêt, les garçons. Lança alors Hermione, passive. Un couple solide n'a pas besoin d'attendre un jour précis dans l'année pour se dire qu'il s'aime. C'est une "fête" idiote et ridicule.

- Ce que tu dis est juste mais ça n'empêche pas Percy et Pénélope Deauclaire de se laver mutuellement la bouche. Ronchonna Ron, écoeuré par la vision s'offrant à lui à la table des Serdaigle. »

La brune soupira, sachant que rien de ce qu'elle ne dirait remonterait le moral de ses amis. Face à tant de lassitude, elle prit congé et se leva pour retourner à son dortoir. Contrairement à la plupart des célibataires, elle ne comptait pas passer sa journée à errer dans le château à philosopher sur les raisons qui faisaient qu'elle n'avait pas de petit ami avec qui passer cette journée purement fausse et inutile. Elle comptait étudier, après tout d'importants examens allaient bientôt pointer le bout de leur nez.

Elle commença à grimper les escaliers qui "n'en faisaient qu'à leur tête" et au bout de simplement trois marches, ils se mirent à tourner, la faisant sursauter et l'obligeant à s'agripper de justesse à la rampe pour ne pas tomber.

« Maudits escaliers... Grommella-t-elle, agaçée. »

Au lieu de la déposer à l'entrée qu'elle désirait, ils s'arrêtèrent à un endroit qui menait aux salles de cours. Elle aperçut une ombre dans l'encadrement, appuyée contre le mur de façon provocante. Hermione ne réussit pas à voir son visage, aussi elle hésita à avancer. Et si c'était un Serpentard qui venait lui chercher des ennuis? Encore? Ce n'était réellement pas le bon jour, elle était déjà d'assez mauvaise humeur.

« Tu m'as l'air perdue dans tes pensées, Hermignonne. »

Oh, ce n'est que l'un des jumeaux... Pensa Hermione avec mi-soulagement. Cette fois-ci, elle termina de grimper les marches pour se retrouver face au rouquin, qui ne se poussait pas pour la laisser passer.

« Excuse moi... Commença-t-elle, mais ne sachant pas face à quel jumeau elle se trouvait, ne dit plus rien.

- Tu n'arrives toujours pas à nous différencier? S'offusqua-t-il. C'est assez vexant... Bon, pour t'aider, c'est moi le plus beau et le plus drôle des deux.

- Sachant que vous dîtes tous les deux cela, ça ne m'aide pas du tout. Fit remarquer Hermione sans réussir à réprimer un sourire.

- Certes... Bon. Je suis celui qui t'a surpris dans la Salle Commune le premier soir que tu as passé à Poudlard. »

Les joues de la jeune fille se teintèrent aussitôt de rouge. Pas de doute, elle avait affaire à Fred... Il se souvenait encore de cet épisode gênant? Étrange.

« Dans ce cas... Excuse moi Fred, mais j'aimerais passer s'il te plaît.

- Le mot de passe?

- Je... Quoi?

- Si je dois te laisser passer, je vais avoir besoin du mot de passe. Répéta Fred d'une voix goguenarde. »

Il était en train de la provoquer. De jouer avec elle. Comme il le faisait avec toutes ces pauvres filles qui finissaient par se crêper le chignon entre elles. Cela la mit aussitôt en rogne.

« Écoute moi bien, monsieur le Dom Juan de service. Je ne suis pas une petite écervelée qui se laissera avoir par tes petites phrases séductrices et ton jeu. Je sais exactement ce que tu es. Ce que tu es devenu, plutôt. Et je n'apprécie guère que tu utilises cet aspect de ta personnalité avec moi. Je suis la meilleure amie de l'un de tes frères, alors respecte au moins ça d'accord? »

Assommé, Fred n'eut pas le temps de répliquer que Hermione passait en le poussant légèrement au passage. Elle se précipita le plus rapidement et le plus loin possible du jeune homme. D'un côté, elle était ravie de lui avoir dit ce qu'elle avait sur le coeur mais d'un autre, elle avait été bien trop franche et sans doute vexante. Mais bon, si cela permettait qu'il se remette en question, ça ne pouvait faire de mal à personne.

31 Août 1994.

A la veille de la rentrée de Poudlard, c'était l'agitation générale au Terrier. Tous les adolescents présents préparaient activement leurs affaires, achetés quelques jours plus tôt sur le Chemin de Traverse. Ils avaient tous hâte de retourner à l'école.

Hermione et Ginny s'aidaient afin de voir si l'une comme l'autre avait tout ce dont elles avaient besoin. Dans la chambre de cette dernière, assises en tailleur face à face sur le lit, des livres étalés d'un peu partout, elles triaient tout en discutant de leur été.

« Et niveau garçons? S'enquit soudain Ginny. »

Surprise de cette question, Hermione écarquilla les yeux. Elle n'avait jamais réellement parlé de garçons avec Ginny, la petite soeur de l'un de ses meilleurs amis. Après tout, elles n'étaient même pas réellement amies au début. Elles commençaient à peine à l'être, de ce fait, elles n'avaient jamais encore parlé de choses "personnelles".

« Oh euh... Tu sais, je n'y pense pas vraiment. Répondit-t-elle simplement, les yeux baissés.

- Oh arrête. Ce n'est pas possible que tu n'y penses pas! C'est de ton âge, c'est normal d'y penser. »

La lionne ne répondit pas. Discuter de cela avec la soeur de Ron était décidément très gênant. Elle n'avait pas envie que la jeune rouquine aille tout raconter au jeune homme après... Bien qu'il n'y ait rien à raconter. Bien entendu.

« Et puis... J'ai vu comment tu regardais mon frère. Ajouta alors Ginny d'une petite voix timide. »

A ces mots, Hermione se crispa, le livre qu'elle tenait dans les mains retombant avec un bruit sourd sur le matelas. Elle releva enfin les yeux sur Ginny, qui semblait aussi mal à l'aise qu'elle.

« Comment ça? Osa demander Hermione, qui ne comprenait pas.

- Ben... Je ne suis pas vraiment sûre que tu t'en rendes compte mais tu as une façon de regarder mon frère qui ne trompe pas.

- Mais... De quel frère tu parles? Quand même pas de Ron, j'espère? Je te signale que c'est mon meilleur ami depuis bientôt quatre ans et ce n'est pas prêt de changer!

- Non non, bien sûr que non! Rétorqua aussitôt Ginny. Non, je... C'est de Fred que je parlais. »

A l'entente de ce nom, Hermione fut encore plus décontenancée qu'auparavant.

« Je... Je ne ressens absolument rien pour Fred. Fit savoir Hermione, très gênée de la tournure que prenait la conversation.

- Je n'ai jamais dit que tu ressentais quelque chose pour lui. Je dis simplement que tu as une façon de le regarder différente de la façon dont tu regardes les autres garçons.

- Ah... ah bon?

- Oui, Hermione. Et je ne suis pas la seule à l'avoir remarqué. A notre dernier repas de famille, Bill et Charlie, mes plus vieux frères, m'ont demandé si tu étais secrètement la petite amie de Fred ou quelque chose comme ça.

- Oh mais... C'est complètement fou!

- En même temps... Même lui se comporte étrangement avec toi. Il y a de quoi se poser des questions. »

Hermione n'ajouta plus rien et la conversation se clôtura ainsi. Elles terminèrent ainsi de trier leurs affaires, dans le silence le plus oppressant qu'elles aient connu. Si la jeune Née-Moldue avait su que sa façon de se comporter avec Fred laissait à penser aux autres qu'elle avait le béguin pour lui... C'était ridicule, bien évidemment. Comment pourrait-elle en pincer pour un garçon totalement différent d'elle? Elle adorait Fred bien sûr, ça n'avait pas changé depuis leur première rencontre. Il avait beau perpétuellement l'agacer et horripiler, c'était un nounours au grand coeur. Il était toujours le premier à la protéger et l'aider quand elle en avait besoin. Pourtant, elle ne le voyait pas autrement qu'un grand frère de substitution. Se pourrait-il que... Non. Absurde. Complètement absurde. Hermione Granger n'était pas le genre de filles à s'éprendre du grand séducteur Fred Weasley.

...

Et voici le 5e chapitre! J'espère, comme toujours, qu'il vous aura plu! La relation entre Fred et Hermione dans le passé ne va pas tarder à avancer, pour ce qui est du présent, le retour de Marietta posera-t-il des complications? Vous le saurez dans les prochains chapitres...

Comme toujours, une review pour me donner votre avis ne serait pas de refus! :-) Merci d'avoir lu!

Morgane.