OS écrit à l'occasion du challenge du Writemas pour l'anniversaire de Ciel


Ashes

« Tu veux rentrer ? »

Question stupide. Ou plus précisément de mauvaise foi. Il était celui qui voulait rentrer et pour être tout à fait honnête, n'en avait pas grand chose à faire de l'avis de l'autre à ce moment-là. Une chance de s'éclipser, par pitié. Ciel pouvait à peine distinguer son copain dans la peine ombre du bar, ses yeux se repérant à tâtons avec trois petits strass rubis scintillants sur chacune de ses pommettes. Le reste demeurait une vague silhouette tantôt moulée, tantôt couverte.

23h. Le blond haussa les épaules avant de l'accompagner à l'extérieur, laissant la soirée battre à son plein après lui avoir retiré le coeur. Dehors l'agonie sensorielle ne semblait pas vouloir cesser. Des boutiques aux arbres, les lumières hurlaient, lui donnant envie d'éteindre pour une seconde le ciel tout entier.

Crackling matches

À contrario l'appartement était peut-être un peu trop silencieux, bien qu'assez reposant. Ils n'avaient pas pris la peine d'allumer, s'écroulant directement sur le canapé. Ce n'était pas que le temps s'arrêtait, plutôt qu'il avait ralenti ou prenait moins d'importance.

« Pas trop déçu d'avoir quitté si tôt ?

- Tu plaisantes, je rentre avec le roi de la soirée »

Alois posa sa tête son sur épaule.

« C'est moi le gagnant » il ajouta, enthousiaste bien qu'un peu endormi. Il n'avait pas l'air ivre, juste un peu guilleret. Le blond avait promis par solidarité qu'il ne boirait pas, une promesse presque tenue sans prendre en compte toutes les fois où ce dernier trempait au moins la langue tout ce qui contenait plus ou moins d'alcool, pensant que Ciel ne remarquerait rien. Une tentative assez réussie de concilier son plaisir et l'envie de se faire plaisir.

Le brun regardait l'autre se débattre dans son trop grand manteau pour en sortir son portable et une cigarette qui lui tendit en lui intimant mollement d'en profiter.

Une cigarette, un verre. Un plaisir très restreint que lui accordait Sebastian pour la journée. Le résultat de quelques événements malheureux que le jeune homme aurait de la peine à expliciter. Il aurait tout autant de peine à trouver une personne pouvant objectivement relayer les événements (à savoir un beau-père inquiet, un petit ami très dramatique ou quelques témoins sans aucun contexte). Du moins en résumé, il avait l'alcool un peu colérique, un peu maussade, beaucoup d'amertume accumulée et probablement deux trois choses à dire. Un cocktail un trop fort dont le brun devait à présent se priver, il ne pouvait même pas voir le monde tanguer un peu pour son anniversaire, quelle tristesse.

Le portable s'illumina. Minuit pile. Alois lui embrasse tendrement la tempe puis allume son briquet. Maintenant le blond pouvait distinguer quelques traits entre les moments où la lueur apparaissait et l'obscurité.

« On est pas resté, tu peux sourire un peu »

Le plus jeune tira sur sa cigarette, rapidement.

« Donc toi tu peux te permettre d'avoir des crises spectaculaires quand ça te chante mais je devrais sourire ? »

Silence.

« Okay là tu te comportes comme un con ». Implication du fait qu'il laisserait passer exceptionnellement. Il changea simplement de sujet.

« Qu'est-ce que t'as souhaité ?

- Si je le dis ça ne se réalisera pas.

- On s'en fout.

Rien. »

Plus simple. Il était plus simple de ne faire aucun vœu pour la même raison qu'il était plus simple de dire ne pas avoir d'ami ou d'amant. Enfin, ça n'a pas tout à fait fonctionné avec le dernier point mais l'idée est là.

« Wow, déprimant. »

Il se blottit pour accompagner son commentaire après s'être débarrassé de sa veste. Son visage frais contrastait avec la chaleur de ses bras, c'est peut-être pour ça que Ciel ne ressentait pas le besoin de le voir.

Bon maintenant son étreinte avait des élans dérangeants de pitié.

« Ne le vois pas comme ça, j'en pense rien.

- Oh je sais faire la différence entre un Ciel ronchon et déprimé, c'est quoi le truc ?

- Ce dernier soupira légèrement, balançant sa tête en arrière.

« Rien okay ? La période, le temps, et rien qui change en un an, donc rien, rien.

- Eh bien, techniquement je t'aime plus maintenant qu'il y a un an, donc il y a pas rien, c'est juste un exemple. »

Une bombe ordinaire.

Comme si de rien n'était le blond lui emprunta sa cigarette restée paralysée entre ses doigts encore engourdis. Oh Sérieusement. Maintenant ?

« Je te taquine mais ce que je veux dire, c'est que tes petits neurones sont bloqués sur le pire comme quand tu prends toujours le mauvais choix dans un dating game, mais dans le concret, tu te débrouilles, tu as 21 ans, joyeux anniversaire, bravo.

- Ça tu peux pas le promettre.

- Bien sûr que non abruti, je peux juste te promettre que tu vas respirer un coup et que le monde ne va pas s'écrouler demain.

- J'ai compris, tu peux arrêter.

- Je t'aime, je te l'ai dit ?

- Oh mon dieu, tais-toi. »

Ciel entrelaça sa main dans celle de son compagnon, en réponse muette. Puis l'embrassa pour être explicite, il n'avait pas besoin de regarder ses lèvres non plus.

Finalement il a respiré, ça a un peu aidé.

Fireplace

Lorsque Ciel entra dans la cuisine il eut l'impression étrange de ne pas avoir vu Alois depuis un siècle bien qu'ils se soient parlés une bonne partie de la nuit. Il était occupé à décorer une tasse avec de la crème chantilly, caché dans un sweat-shirt avec quelques paillettes décorant encore ses cheveux ainsi que ses joues.

« Donc j'ai essayé cette recette de chocolat viennois, il commence en léchant les excédents de crème, tu sais celle que Sebastian fait à chaque fois ? Je ne suis pas Sebastian. »

Perspicace. Ciel sourit avant de lui faire honneur. Petites attentions avec beaucoup d'effort. On peut s'y faire. Ça passe.

« Alors, quelque chose a explosé ? »

Quelque chose implosait à chaque fois. Mais toute suite ça n'avait aucune importance.