Écrit à l'occasion du challenge du writmas. Mini OS sur un projet qui va peut-être ou peut-être pas exister, contexte : Ciel et Alois sont un peu plus vieux, Claude n'est pas un majordome.


Je ne l'aurais pas dit comme cela et interprète le donc comme tu veux, oui.

Je pense à beaucoup de choses, j'ai le temps.

Pour accomplir sa tâche avec succès Claude devait mentalement se mettre à la place d'un adolescent, une perspective bien opposée à la sienne.

« Si vous me donniez directement ces lettres je vous assure qu'on pourrait se passer de tout ça monsieur »

Alois, posé contre le mur dans un coin de la pièce n'eut aucune réponse. Il n'en avait pas besoin. Sa simple présence dans sa chambre tandis que son professeur en remuait le moindre coin constituait en soi le début de sa punition. Il n'attendait pas que le blond soit subitement frappé de raison le poussant à avouer. C'était le coût de scruter des caractères intéressants, ils ne rendaient jamais la tâche simple.

Pour en revenir à la première question, Claude avait quelques hypothèses. Sans prendre la peine d'inspecter les tiroirs, il commença par s'abaisser au niveau du lit - rien en dessous. L'intérieur des manches (pour toujours l'avoir près des mains, certainement) demeuraient vides. Peut-être dans la housse d'oreiller pour « s'endormir avec » - non plus. Il sentait le blond sourire en coin, satisfait de lui faire perdre quelques secondes de plus. Tu veux me m'humilier ? Très bien on sera deux. Après avoir regardé d'autres cachettes possibles, la réponse lui apparut, bien plus désespérante qu'il ne le pensait.

Ouvrant le placard il tâta des doigts les chemises parfaitement pliées, sentant le papier plié glissé sous le tissu.

Au niveau du cœur.

Soit plus honnête quand tu me parles, dit moi au lieu de suggérer. Tes jeux sont attendrissants mais frustrent vite.

Lorsqu'ils étaient arrivés au Weston College quelques mois auparavant, Ciel était encore certain que ça ne durerait que quelques semaines, le temps qu'il récolte les informations nécessaires pour mieux comprendre le fonctionnement de cette école et ses étranges disparitions. En théorie. En pratique son arrivée dérangeait plus que prévu, sa couverture avait été officieusement découverte par certains, expliquant sa présence prolongée forcée. Évidemment personne de l'extérieur ne levait le petit doigt pour le sortir de là.

Alois sourit assez égoïstement à cette situation lorsque son tuteur le lui expliqua. Oui oui, Ciel était coincé quel malheur, mais Alois avait tout le libre abrite de profiter de la présence de son ami. Non que cela soit simple, comme l'un comme pour l'autre, ce n'était pas la question. Il prenait plaisir à redoubler d'effort pour attirer l'attention de ce garçon qui lui accordait au début si peu.

Les manières fut la première chose qui attira Alois. Tous les jeunes hommes de l'école avaient naturellement une posture parfaite et une langue impeccable ce qu'il s'efforçait d'imiter. Il savait cependant qu'il était comme la tache de vin qu'on tamponne avec embarras pour l'estomper d'une nappe blanche. Le blond avait certes comblé la plupart de ses lacunes, son tuteur le lui rappelait parfois, avec une rapidité étonnante.

C'était sans compter la subsistante paranoïa qu'on le perce à jour. Comme si les nobles avaient la capacité le sentir ou gouter le sang bleu à même la peau. Et bien, après des années passées au milieu des bien-nés et n'en sortant qu'avec une réputation d'extravagant, son verdict tombait, les nobliaux étaient tout aussi con que les autres, mieux habillés. Ciel était un naturel, avec un je m'en foutisme irritant à ce propos.

Puis Claude lui avait intimé de l'éviter (il n'aimait pas trop que l'on vienne fouiner sans les affaires de l'école, surtout pour y emmener d'autres de son espèce), ce qui était comme placer un plat de cookies brûlant sous le nez d'un enfant en espérant que leur bon sens l'empêcherait d'y toucher.

Inutile d'activement le chercher. Il suffisait d'être souvent là tout simplement, pour l'habituer. Ciel ne s'impressionnait pas, il s'apprivoisait. Et après s'être immiscé dans son cercle, l'accompagnant régulièrement, lisant à ses côtés. Il eut gain de cause. Comme toujours. Oui, bien sûr qu'Alois était trop mais on ne peut pas avoir charme, divertissement et sagesse. Des choix sont à faire.

« Ouh, qu'est-ce que c'est ?

- Ma sœur l'a laissé lors de sa dernière visite, tiens !

- Elle a très bon goût ! »

Au milieu du groupe d'adolescents tuant le temps dans la cour, Alois se jeta avec enthousiasme sur l'accessoire qu'un camarade lui tendait, un grand éventail de jeune fille, bien décoré avec lequel il s'amusa.

Ciel leva l'œil de son roman pour prêter attention aux discussions quand il tomba directement sur celui de son ami, le fixant gentiment, tapotant l'accessoire sur ses lèvres. Bien bien. Même en tentant d'oublier le fait que soutenir le regard d'Alois pouvait s'avérer inconfortable…

« Cesse de me dévisager comme ça enfin, Ciel »

Il rit, pas Ciel. Les lettres commencèrent. Innocemment.

Je me sens seul et tu es le seul à savoir pourquoi.

« Sebastian, j'ai échoué, peux-tu m'expliquer pourquoi ? »

Jusqu'à la fin Ciel dira que leur contenu n'avait aucune importance. Ne cédant pas aux questions subtilement piquantes de son démon (sans doute s'ennuyait il autant que lui), il s'était tenu que ce n'était à la base qu'une banale résignation de sa part à socialiser. Il n'y avait rien d'intéressant, nos conversations n'avaient aucun intérêt, les lire te feraient perdre du temps je t'aurais prévenu-. Sebastian s'était rétracté bien qu'un tantinet agacé d'avoir un train de retard sur Claude.

« Vous souhaitez mon humble opinion ?

- Puisque je te le demande.

Très bien »

Le majordome rempli sa tasse de thé et fit mine de réfléchir quelques temps.

« Si nous reprenons. Quand Faustus a commencé à être suspicieux vous avez essayé de faire une pierre deux coups en prenant Maurice Cole en fautif à votre place.

- C'est cela.

- Mais il vous a donné un y qui vous aurait inculpé si je n'avais pas trouvé le moyen de vous délester cette punition. Mais. Vous n'avez donc qu'à faire profil bas quelques temps.

- Mais ?

- Vous savez qu'il sait, c'est en ça que vous avez échoué je me trompe ? »

Une pause signa son accord

« Monsieur, vous avez eu deux gros problèmes. Premièrement si je puis me permettre, vous avez fortement irrité le sens de l'esthétique du professeur Faustus. »

Maintenant que c'était dit à voix haute. Le majordome espérant que son jeune maître comprenne que son problème n'était pas dans les preuves ou les falsifications mais dans à quel point la paire serait mal assortie, tout simplement. Et effectivement, Ciel se sentit bête.

« Deuxièmement, c'est plutôt un conseil, j'apprécie la rigueur que vous portez à votre vie professionnelle mais vous devez apprendre à être tout aussi précautionneux avec vos affaires personnelles. La limite est bien moins rigide que vous le croyez, surtout considérant vos penchants disons. »

Sebastian arrêta Ciel qui commençait à ouvrir la bouche, certainement paré d'explications, liant gestes et devoir.

« Monsieur c'est inutile »

Il abandonna donc.

« Quelle est la suite ?

- Il n'y en a pas. Vous êtes hors de danger, Monsieur Trancy se fera peut-être légèrement taper sur les doigts, rien d'inhabituel en soi. »

Il y a peut-être un meilleur moment pour dire ce genre de chose mais je suis très impatient et agacé par l'idée de te sentir filer entre mes doigts

Le plus dur ne fut pas d'entendre Claude lui faire la morale pendant quelques longues minutes, lui reprochant sa naïveté, ni de l'écouter lui détailler comment son grand ami s'était extrait de la situation faisant d'Alois un banal dommage collatéral. Ce fut l'absence de surprise tout d'abord puis de haine qui l'abattu. Pour la première, son immaturité lui posa problème, il se sentait hors contrôle de ses petits jeux et apprenait par la même occasion que ça l'angoissait beaucoup. C'était trop.

« Tu as oublié ceci »

Le plus jeune lui tendit un livre mais parti pas sur le champ. Le remords, il le cachait bien ou n'en avait aucun, ce qui n'avait aucune importance de toute façon. Il le ferait rentrer.

« J'ai tout déchiré,

- Bien »

Alois s'était mis en tailleur sur son lit, tapotant la place en face. Il boudait un peu quand même, pour la forme.

« Maurice Cole, vraiment ?

Pitié, j'ai déjà eu cette conversation et pour ma défense, il l'aurait mérité »

Ciel soupira. Non qu'il le veuille spécialement mais dans tout ce qu'il avait lu ou vu, une scène se déroulant en habits de nuit ne pouvait être qu'une pause tendre. Il tapota le menton du blond l'encourageant à faire une trêve dans son ressentiment.

« Ne sois pas si dramatique, je te reverrais demain.

- Tu ne m'as jamais répondu »

Silence. Il peut nier. Il peut nier. il peut ni-

« Je sais. »

Ciel lui pris la main qu'il porta à ses lèvres sans l'embrasser. Il y resta quelques secondes, puis parti.

Je me fiche de savoir ce que tu peux faire, je veux juste savoir ce que et qui tu veux.

Le reste, j'y survivrais, va.