Chapitre 17
29 Juin 1996.
Cette année scolaire touchait enfin à sa fin et les élèves s'apprêtaient à retourner chez eux. Sur le chemin menant à la gare de Pré-au-Lard, chacun discutait allègrement, impatients de rentrer. Après l'année qu'ils venaient de passer, gâchée par cette sorcière d'Ombrage, personne ne pouvait contester cela.
Harry avait perdu son oncle Sirius durant la bataille dans le Département des Mystères au Ministère de la Magie. Marchant seul avec Ron un peu plus loin, Hermione avait préféré les laisser entre garçons et faisait alors la route avec Alicia. Elle ne pouvait trouver meilleur compagnie, car la jeune fille était très douée pour esquiver les conversations gênantes et plutôt tristes.
« Alors, qu'est ce que tu vas faire cet été? S'enquit joyeusement Alicia.
- Oh... Je ne sais pas. Sûrement... oublier. Répondit Hermione, pensive.
- Hmm je vois... C'est un assez bon programme. »
Alicia n'avait pas besoin d'ajouter quoi que ce soit car les deux jeunes filles se comprenaient parfaitement. L'année avait été riche en émotions, et pas seulement au niveau de l'AD et des batailles qu'ils avaient dû livrer. Sentimentalement aussi, ça n'avait pas été de la tarte. Hermione avait l'impression d'avoir fait les pires montagnes russes qui existent tout au long de ces dix mois avec Fred. Ne plus le voir pendant un certain temps lui ferait le plus grand bien. Bien qu'elle redoutait fortement les deux semaines de vacances qu'elle allait passer comme chez année chez les Weasley...
« Au fait, tu ne comptais pas revoir ton ami Sebastian? Demanda soudain Alicia.
- Si, tout à fait, c'est toujours prévu. Répondit Hermione avec un peu plus de jovialité.
- Super! Il avait l'air sympa dans les lettres qu'il t'écrivait.
- Il l'est, oui. Puis c'est un ami d'enfance donc on a plein de souvenirs en commun.
- C'est adorable.
- Oui... Adorable. Fit alors une voix étrangère à la conversation. »
Les deux jeunes filles se retournèrent brusquement pour apercevoir Fred Weasley, qui foudroyait Hermione du regard.
« Qu'est ce qu'il te prend, Fred? Demanda Alicia, les sourcils froncés. On parle entre filles, ça ne te regarde p...
- Sebastian, c'est pas le crétin avec qui tu es sorti l'été dernier quand on devait te chaperonner, George et moi? Cracha Fred, ignorant complètement Alicia. »
Hermione resta sans voix. Il avait été si gentil avec elle ces dernières semaines et soudain, elle retrouvait le Fred qui l'avait sermonné au début de l'année quand il l'avait vu parler avec Théodore Nott.
« Si, c'est lui. Répondit-elle, incertaine.
- L'abruti qui t'a embrassé, hein? »
Alicia ne comprenait absolument rien à ce qu'il se passait mais au mot "embrassé", elle lança un regard incrédule à Hermione.
« Tu as embrassé Sebastian et tu n'as pas jugé important de me le dire? S'exclama-t-elle.
- Déjà, c'est lui qui m'a embrassé, pas l'inverse. Rectifia la brune. Et puis, il a fait ça pour rigoler, ça n'avait strictement aucune importance.
- Fais gaffe, cette fois-ci, il va sans doute essayer de mettre la langue. Railla Fred.
- Bon, c'est quoi ton problème, à la fin? S'emporta finalement Hermione. Pourquoi tu te mets dans un état pareil dès qu'un garçon me parle? Sebastian, Nott... Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu es jaloux, Fred Weasley. »
Cela rabattit aussitôt le clapet à ce dernier. Il fut démuni, ne sut plus quoi rétorquer et se contenta de regarder Hermione, interloqué. Mais fidèle à lui-même, il se reprit rapidement et ricana d'un ton mauvais.
« Je crois que tu t'accordes un peu trop d'importance, ma grande. Lui fit-il remarquer. Tu veux savoir c'est quoi mon problème? C'est que j'ai l'impression que tu laisses les garçons faire ce qu'ils ont envie avec toi. Ce Sebastian qui te vole un baiser, Nott qui te regarde comme si tu n'étais qu'un vulgaire morceau de viande. Et toi, tu ne dis rien. Oui c'est mon problème, parce que tu es amie avec ma petite soeur Hermione, et tu commences à te comporter comme une véritable traînée. »
Fred réceptionna le poing de Hermione avant qu'il ne touche son visage. Elle était folle de rage et essayait de se débattre pour qu'il la lâche. Lui restait parfaitement stoïque et semblait même prendre plaisir à ce qu'il faisait.
« Tu crois pouvoir m'insulter et t'en tirer comme ça, Weasley?! Lui hurla-t-elle au visage.
- Tu voulais savoir mon problème? Eh ben, maintenant tu le sais. Ce n'est pas de ma faute si tu t'énerves quand tu n'as pas les réponses que tu attendais.
- Je vais t'étriper Fred, je vais te... Tu me... Aaaaah! »
Alicia prit Hermione par le bras avant qu'elle n'explose comme une bombe à retardement dans les bras de Fred. Celui-ci les regarda s'éloigner, l'air satisfait de lui-même. Hermione se débattit un moment mais finit par se calmer. Elle n'agissait pas de façon rationnelle. Mais quand il s'agissait de Fred Weasley, elle n'était jamais rationnelle.
« Il ne pensait pas ce qu'il disait, Hermione. Dit finalement Alicia après plusieurs minutes. Il a dit ça pour te provoquer mais il ne le pensait absolument pas...
- Je pense que si, Alicia, il le pensait. C'est juste qu'il n'a jamais osé le dire à voix haute.
- Il n'aurait jamais dû te dire ça, surtout qu'il dit n'importe quoi. Tu n'es pas une traînée, j'espère que tu le sais?
- Bien sûr... Souffla Hermione, lasse. C'est juste que... Je ne peux pas le laisser s'en aller sur ce qu'il m'a dit. Il faut qu'on règle ça. Parce que ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas passer l'éponge là dessus. Oh ça, non.
- Je comprends, c'est parfaitement normal mais tu n'es pas obligée de le faire maintenant. Tu peux attendre ton séjour de vacances chez eux. Là, tu auras tout le loisir de lui faire payer tout ce qu'il t'a dit et fait. »
Hermione s'arrêta subitement, impassible. Alicia en fit de même et la regarda, inquiète. Qu'est ce qu'elle avait en tête?
« Alicia... Tu es un vrai génie. Lui dit finalement Hermione avec un grand sourire.
- Oh oh... J'aime pas ce regard, ça veut rien dire de bon...
- Ne t'inquiètes pas. Je ne vais rien faire de méchant. Juste... Lui retourner la pareille. Mais plus subtilement. »
Hermione était désormais plus motivée. Elle allait enfin pouvoir se venger de Fred Weasley et de son humeur changeante. Il n'allait pas s'en tirer comme ça. Il était loin de se douter de ce qui allait lui arriver.
30 Juillet 1996.
Hermione referma sa valise d'un coup sec. Elle était fin prête, toutes ses affaires désormais préparées. Elle empoigna sa valise et son sac et descendit au rez-de-chaussée de sa petite maison de banlieue tranquille. Il était bientôt l'heure d'y aller, elle ne voulait pas les faire attendre.
Son père, ainsi que sa mère, étaient tous deux assis sur le canapé du salon, face à la cheminée dans laquelle leur fille s'engouffrerait bientôt. Cette dernière posa ses affaires au sol, attirant l'attention de ses parents, qui se retournèrent d'un même mouvement vers elle.
« Tout est prêt, ma chérie? S'enquit Mme Granger.
- Oui, je pourrai partir à l'heure, pour une fois. Plaisanta Hermione.
- Sois prudente, surtout. Fit son père d'un air soucieux.
- Ne t'en fais pas, la seule chose qui est vraiment dangereuse, c'est quand Arthur essaye de cuisiner. »
Les deux adultes sourirent à cette remarque et comme s'ils s'étaient passés le mot, ils se levèrent et prirent la jeune fille dans leurs bras.
« Tu sais ce que je voulais dire. Ajouta Mr Granger.
- Oui... J'avais compris. Souffla la Gryffondor. »
Lorsque leur étreinte fut terminée, elle leur adressa un sourire chaleureux et attrapa de nouveau ses affaires. Elle se dirigea vers la cheminée et prit place à l'intérieur. Après avoir empoignée quelques cendres couleur verdâtre, elle les jeta au sol en hurlant "Le terrier!" et elle fut aussitôt consumée par un brasier vert mais qui ne la brûlait pas. Elle quitta les visages souriants de ses parents pour se retrouver face à ceux de deux autres personnes, tout aussi souriants, voire plus. Elle descendit de l'âtre et lâcha immédiatement ses affaires pour les serrer dans ses bras.
« Je suis super contente de vous revoir, les garçons! S'exclama-t-elle.
- Nous aussi! Répondirent Harry et Ron en choeur. »
Il était déjà dix-neuf heures passées, aussi, il faisait nuit noire dehors, Hermione le vit à travers les fenêtres de la cuisine. Comme à chaque fois qu'elle venait, elle monta ses affaires dans la chambre de Ginny, là où elle dormait. Celle-ci n'y était pas quand elle arriva mais elle entendit le bruit de l'eau qui coule venir de la salle de bains. Elle prenait certainement une douche.
La jeune fille posa ses affaires sur le matelas où elle dormirait et redescendit pour rester avec ses amis. Elle alla d'abord dire bonjour à Molly, qui l'accueillit avec grand plaisir, comme à chaque fois. Elle alla ensuite s'asseoir sur le canapé à côté de Ron, lui-même à côté de Harry.
« La maison est étrangement calme, il n'y a plus personne? Demanda nonchalamment Hermione.
- Papa est encore au travail, Ginny est dans la salle de bains, les jumeaux font je ne sais pas trop quoi dans leur chambre, quant à mon frère Charlie, il n'arrive que ce soir. »
Hermione hocha la tête à la réponse de Ron mais son coeur s'était soudainement serré. Fred était juste en haut des escaliers, dans la même maison qu'elle. Cette pensée lui apporta un étrange sentiment de paix et de joie, qui fut rapidement remplacé par de la haine et de l'amertume. Elle n'avait pas oublié la façon dont il lui avait parlé sur le chemin pour aller à la gare de Pré-au-Lard. Il l'avait traîté de traînée. Ce n'était pas quelque chose qu'on oubliait aisément. Et surtout, ce n'était pas quelque chose qu'on laissait passer sans rien faire en retour pour se défendre. Ou mieux: se venger.
Lorsque Ginny sortit de la douche, elle fit signe à Hermione de la rejoindre. Cette dernière s'exécuta et monta rapidement les marches pour rejoindre son amie. Alors qu'elle allait entrer dans la chambre, elle entendit des éclats de voix provenant de celle des jumeaux. Intriguée, elle se rapprocha discrètement et essaya d'écouter ce qu'ils se disaient. C'était confus et indistinct, ils parlaient trop vite, trop fort et surtout, ils parlaient en même temps, c'était totalement incompréhensible. Au bout de quelques secondes, elle laissa tomber et partit voir Ginny. Elle essaya de ne pas en parler mais sa curiosité prit le dessus sur sa raison.
« Pourquoi Fred et George se disputent? Demanda-t-elle timidement.
- Encore?! Ça doit bien faire cinq minutes que je les entends beugler. Soupira Ginny, l'air lasse.
- Tu sais pourquoi? Insista Hermione.
- Probablement à cause de Marietta. Répondit nonchalamment la rousse.
- Marietta? Répéta la Née-Moldue, étonnée.
- Ben oui. Fred s'est remis avec elle, tu savais pas? »
Hermione eut l'impression qu'on lui avait violemment agrippé le coeur et qu'on le retirait lentement de sa poitrine, le serrant fortement au creux d'une main d'acier. Elle sentit un poids tomber sur son estomac, lui coupant presque le souffle. Les mots de Ginny flottaient, se répétaient en boucle dans sa tête. Mais elle ne voulait pas y croire. Son esprit refusait de laisser cette information s'incruster en lui. Ce ne pouvait être possible. Fred, se remettre avec Marietta? La traîtresse, celle qui avait dénoncé l'AD et s'était mal conduit avec tout le monde par la suite? Pourquoi diable Fred retournerait avec une fille pareille? Parce qu'il a des sentiments pour elle, idiote... Cette simple pensée lui donna la nausée.
« Ça va, Hermione? T'es toute bizarre. »
La dénommée mit du temps à percuter les mots de son amie. Elle se reprit aussitôt et afficha un faible sourire du mieux qu'elle pouvait.
« Ça va bien. Parfaitement bien, même... »
La peine avait laissé place à la détermination. Elle était maintenant plus que jamais motivée à se venger de Fred Weasley. Et elle ne tarderait pas à mettre son plan à exécution.
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Le soir même, l'arrivée de Charlie et Arthur raviva la bonne humeur au Terrier. Chacun sortit de sa chambre et alla se mêler aux autres au rez-de-chaussée. Inévitablement, Hermione tomba sur Fred mais fit comme si de rien n'était et lui adressa un grand sourire, ce qui le déstabilisa. Elle alla ensuite dire bonjour au patriarche de la famille, laissant le rouquin lancer un regard dubitatif à son jumeau.
« Je pensais qu'elle m'en voudrait et me ferait la misère. Chuchota Fred.
- C'est vrai que c'est bizarre qu'elle t'ait pardonné aussi vite... Admit George, néanmoins ronchon.
- Tu vas continuer longtemps comme ça? Soupira Fred.
- Tant que tu seras un idiot sans cervelle, oui. »
George n'ajouta rien et alla saluer son frère Charlie avec joie. Fred resta dans son coin, observant silencieusement les embrassades de tous les gens autour de lui. Personne ne semblait faire attention à lui. Il avait l'impression plus que jamais d'être le vilain petit canard ce soir là.
Bien sûr que s'être remis avec Marietta était sans doute la chose la plus stupide qu'il ait pu faire dans sa vie. Bien sûr que son frère lui en voulait, c'était parfaitement compréhensible. Bien sûr qu'il n'avait rien dans la tête depuis quelques temps et qu'il enchaînait les bêtises les unes après les autres. Mais est ce que toutes ces constatations l'arrêtaient pour autant? Absolument pas.
Le seul qui faisait attention à lui se précipita soudain vers lui et le prit dans ses bras, le serrant à l'en étouffer.
« C'est bon de te revoir, frangin!
- De même, Charlie. »
Le dénommé relâcha son étreinte et couva son frère d'un regard fatigué. Tous ces voyages entre différents pays et son travail avec les dragons devaient réellement l'épuiser, il n'avait sans doute pas une minute à lui. A cet instant, il parut plus âgé qu'il ne l'était en réalité aux yeux de Fred.
« On ne va pas tarder à passer à table! Clama alors Molly en posant une casserole pleine sur la table à manger.
- Ouf, tant mieux! J'ai bien cru que j'allais manger l'un d'entre vous si on avait encore dû attendre, je meurs de faim! S'exclama Charlie en se précipitant vers la cuisine.
- Où est passée Ginny? Demanda la mère de famille alors que tout le monde se mettait à table. »
Fred se joignit à sa famille d'un pas traînant au moment où Ginny se jetait sur la chaise à ses côtés. Elle croisa momentanément son regard et le détourna aussitôt. Y avait-il au moins une personne dans cette famille qui ne lui en voulait pas?
Lorsque tous les Weasley étaient présents à table, celle-ci semblait bien remplie. Elle l'était alors plus en présence des deux invités. Assis entre Ginny et Charlie, Fred avait face à lui, de gauche à droite, Hermione, Ron et Harry. Arthur et Molly s'étaient tous deux serrés en bout de table, à la droite de Charlie et George se trouvait à l'autre bout de table, à gauche de Ginny. Le silence n'avait pas sa place parmi l'effervescence générale et la pièce fut rapidement emplie des tintements des couverts et des brouhahas des conversations. Chacun mangeait avec appétit ce que Molly avait préparé. Fred était cependant mis à l'écart de la conversation entre Ginny, George, Ron, Harry et Hermione. Ses parents discutant avec Charlie sur sa droite, il décida de s'imposer avec les jeunes.
« Alors les filles, vous partagez les ragots de l'école je parie? Lança-t-il avec un clin d'oeil.
- Oui, en effet. Répondit Ginny d'un ton brusque. On parle de l'imbécile qui s'est remis en couple avec la garce qui a trahi l'AD, tu le connais?
- Ahah. Très drôle. Bougonna Fred, sans se démonter pour autant.
- Sérieusement Freddie, qu'est ce qu'il t'ait passé par la tête? S'exclama George.
- On a déjà eu cette conversation au moins vingt fois, si je ne m'abuse, Georgie. Répondit le concerné, las.
- C'est apparemment pas assez pour te rentrer dans le crâne que t'as vraiment fait n'importe quoi sur ce coup là.
- C'est ma vie, d'accord? Je fais ce que je veux.
- Non, frangin. Pas quand tu fais une grosse bêtise.
- Je ne vois même pas pourquoi j'essaye de parler avec vous, vous ne faites que me juger... »
Déçu, il se coupa de nouveau des autres et fixa son assiette vide du regard, le visage sombre. Il ne vit pas que Hermione le regardait d'un air triste. Malgré sa rancoeur à son égard, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir de la peine pour lui. Certes, c'était complètement idiot de sa part de s'être remis avec Marietta mais le fait que tout le monde le rejetait devait être difficile pour lui, qui était d'habitude adoré de tous. Allait-elle tout de même se venger de l'humiliation qu'il lui avait fait subir avant les vacances? La motivation la quitta lorsqu'elle le vit tourner son verre dans sa main, l'air peiné. Elle ne pourrait supporter l'idée d'être la cause de la tristesse de Fred, il en avait déjà bien assez comme ça. Cependant, une petite voix dans sa tête lui souffla "Tu n'as pas à être cruelle. Une simple petite vengeance de rien du tout... Rien de méchant. Mais de quoi être donnant-donnant avec lui." Hermione prit cela en considération et se dit qu'elle y réfléchirait après le repas.
Au bout de quelques minutes, Charlie se délivra de la prise de ses parents qui lui posaient mille et une questions pour s'intéresser aux adolescents, qui avaient probablement des choses plus palpitantes à raconter que ses géniteurs.
« Alors, comment s'est passé l'école cette année? S'enquit-il d'une voix joyeuse. »
On ne lui répondit que par des grommellements ou un silence embarrassant. Charlie toussota, gêné et réitéra sa question d'une autre façon. Il remarqua l'air morose de Fred et l'indifférence de tous les autres, qui ne semblaient pas vouloir aborder la question.
« J'en conclus que ça n'a pas été très joyeux. Soupira-t-il, découragé d'en savoir plus.
- Si tu veux tout savoir, ça a été plutôt... riche en émotions. Répondit George, à qui Fred lança un regard noir.
- Dis m'en plus. Lança l'aîné, intrigué.
- Quelqu'un lui résume l'histoire? Je sais pas par où commencer. Fit George à ses comparses. »
Il y eut un silence mais Harry se lança, car il était probablement le seul qui saurait rester neutre et calme dans son récit. Il raconta les grandes lignes de l'histoire de l'AD, Ombrage et la Brigade Inquisitoriale à Charlie, en passant sur les petits détails comme la romance entre Fred et Marietta ou le complot avec les Serpentard pour empêcher quoi que ce soit d'arriver entre Ron et Pansy. Lorsque le Gryffondor eut terminé de parler, Charlie était captivé et semblait vouloir en savoir plus.
« Waouh. Vous avez dû en baver, c'est dingue... Souffla-t-il.
- A qui le dis-tu. Soupira Ron, le regard dans le vide.
- L'Armée de Dumbledore hein? Vous êtes de petits génies, quand même. Puis c'était très courageux de votre part, braver les interdits ainsi. Je suis fier de vous. »
Cela arracha un sourire à tous les adolescents, même Fred, qui continuait pourtant de faire la tête. Charlie finit néanmoins par le remarquer.
« C'est quoi cette tête de cochon, Fredounet? T'es dans ta mauvaise période du mois?
- Ahah, très drôle. Je croyais que tu ne réservais cette petite blague de si bon goût qu'à la seule fille de cette fratrie.
- Les temps changent. Alors?
- Je vais très bien. Cingla Fred, passif.
- Arrête de faire une tête de six pieds de long, dans ce cas. On dirait que tu as croisé un Détraqueur sur le chemin pour rentrer à la maison.
- Là encore, je te félicite pour faire preuve d'un humour détonnant, tu as une chance apparente dans le métier.
- Merci, toi tu t'améliores en sarcasme, c'est bien. »
Fred lui adressa un sourire moqueur et se désintéressa aussitôt de lui. Molly pria ses enfants de ne pas commencer une dispute juvénile à table et le silence se fit de nouveau. Fred posa ses yeux sur Hermione, qui gardait résolument les siens dans le vide. Il aimerait lui parler, savoir pourquoi elle ne lui en voulait pas mais restait tout de même intentionnellement distante. Cette fille était une énigme impossible à résoudre, à la fois le feu et la glace, d'abord bouillonnante de colère puis parfaitement calme et sage. Elle était le puzzle qu'il n'avait jamais réussi à déchiffrer. Toutes ces émotions contradictoires qu'elle laissait apparaître le déstabilisaient toujours après toutes ces années. C'est ce qui la rendait intrigante, intéressante, même... attirante.
« Fred? Entendit-il soudain. »
Il revint à la réalité et s'aperçut que tout le monde se levait de table et débarrassait ses couverts. Il en fit de même et une fois fait, se précipita à l'étage dans sa chambre. Il n'était même pas intéressé par quel dessert sa mère allait disposer sur la table. Il n'avait plus d'appétit. Son ventre était tordu par les regards de ses frères et de sa soeur sur lui. Il ne pouvait supporter d'être jugé ainsi par son propre sang. Surtout quand ils ne savaient pas ce qu'il se passait dans la tête du jeune homme...
Oui, Fred avait souhaité donner une seconde chance à Marietta. Ses comparses ne comprenaient pas sa décision mais il avait une bonne raison à cela. Du moins, à ses yeux, c'était une raison plus que valable. Il avait de l'affection pour cette jeune fille, quand bien même elle était une abomination. Il ne pouvait certainement pas contrôler ses sentiments, ce que tout le monde semblait lui reprocher. Il espérait simplement qu'avec le temps, ils se feraient à l'idée et cesseraient de creuser sa tombe du regard à chaque fois qu'ils le croisaient dans la maison...
George revint à la chambre une dizaine de minutes plus tard. Fred, désormais allongé sur son lit, les bras croisés derrière la tête, ne fit pas attention à lui mais ne put s'empêcher de demander, les yeux résolument fixés vers le plafond:
« Comment était le dessert de Maman?
- Comme d'habitude. Plein de regret et d'amertume. »
Le jeune homme s'intéressa enfin à son jumeau et posa son regard vif sur lui, désormais assis sur son propre lit, l'air songeur.
« Règlements de compte entre Charlie et Maman. Soupira George en guise d'explication.
- Je vois. Fit Fred, tournant de nouveau la tête vers le plafond. Comme à chaque fois que Charlie revient à la maison.
- C'est de plus en plus fatiguant. Quand est ce que Maman arrêtera de reprocher à Charlie d'avoir préféré partir en Roumanie étudier les dragons, ce qui est soit-dit en passant sa passion?
- Jamais. Elle en fera même un petit discours à son mariage.
- "Félicitations à toi, mon très cher enfant, Charlie Weasley, qui a lâchement abandonné toute sa famille pour aller travailler à l'autre bout de la planète dans un endroit paumé et puant autour de bestioles infâmes et dégoûtantes..." Imita George avec la voix de Molly. »
Celui-ci tout comme Fred éclatèrent de rire au même moment en imaginant la scène et en eurent les larmes aux yeux. Il fallait avouer qu'imiter leurs parents était un des plus grands passe-temps des jumeaux Weasley, en particulier quand il s'agissait d'imiter la matriarche de la famille. Ce bref instant de complicité entre les deux frères leur fit oublier momentanément leur conflit à propos de la relation qu'entretenait Fred avec Marietta et même s'ils ne l'avoueraient jamais, ils tenaient bien trop l'un à l'autre pour rester fâchés longtemps.
On toqua à la porte quelques instants plus tard et Fred comme George cessèrent de rire. Ce dernier marmonna un "Entrez!" à peine perceptible et la porte s'entrouvrit pour laisser apercevoir la longue chevelure rousse de leur petite soeur, Ginny.
« Toi aussi, tu t'es échappée de la guerre qui se déroule en bas? Ironisa George.
- En même temps, c'est insupportable d'entendre Maman sermonner Charlie et encore plus quand Papa essaye de s'interposer lamentablement. Ça ne vous dérange pas si on vient avec vous?
- "On"? Répéta Fred, les sourcils froncés. »
Ginny n'attendit pas de réponse pour pousser la porte et elle entra dans la chambre de ses frères, suivie de près par Ron, Harry et Hermione.
« Eh, c'est pas le Chaudron Baveur ici, vous ne pouvez pas venir quand bon vous chante! Protesta George, glissant rapidement une couverture sur des inventions ratées et délaissées qui gisaient au pied de son lit.
- Ça va, on ne va pas fouiller dans vos affaires. Se moqua Ginny en se jetant sur le lit de Fred. »
Ron vint prendre place à ses côtés, laissant George entre Harry et Hermione. Cette dernière faisait comme si Fred n'était même pas dans la pièce.
« Le pauvre Charlie, ça doit être dur pour lui d'entendre sa mère lui reprocher d'être parti de la maison tout le temps. Fit remarquer la Née-Moldue, l'air vraiment désolée.
- J'ai surtout l'impression que s'il s'en prend autant dans la figure à chaque fois, c'est parce que Bill et Percy ne sont pas là, donc Charlie se fait engueuler pour trois, en fait. Déduit Ron, approuvé par les autres.
- Il ne va pas tarder à venir squatter ici aussi, je suppose? Grommela George, qui n'aimait pas qu'on vienne violer son intimité.
- Arrête de râler, on est de la même famille je te signale! Fit remarquer Ginny.
- Pas tous. Corrigea Fred en posant un regard insistant sur Hermione. »
Cette dernière continuait de faire comme s'il n'existait pas, et il devait admettre que cela le rendait malade. Un noeud se forma dans son estomac à l'idée que peut-être, elle ne voudrait plus jamais lui adresser la parole ou bien, être amie avec lui comme ils l'étaient avant. Tout ça à cause d'une stupide insulte qu'il lui avait lancé à la figure sous le coup de la colère. Ce que Ron disait était bien vrai, Hermione Granger savait être rancunière et faire culpabiliser l'autre avec brio.
« Alors, vous comptez attendre longtemps avant de parler de votre boutique? Lança alors Ron avec un sourire. »
Fred et George échangèrent aussitôt un regard complice et sautillèrent sur place, débordant d'excitation.
« On attendait que quelqu'un pose la question. Sinon...
- ... ça aurait fait trop prétentieux.
- Félicitations, c'est super que vous ayez réussi à monter votre propre affaire. Dit Harry en leur serrant chacun la main.
- Bravo, je suis très contente pour vous. Ajouta Hermione en enlaçant George. »
Tout le monde s'attendait à ce qu'elle se lève pour aller prendre également Fred dans ses bras, le concerné inclus, mais elle n'en fit rien et resta assise où elle était, un vague sourire flottant sur son visage. Ron, Harry et Ginny échangèrent un regard perplexe mais George relança la conversation sur la boutique et ne s'arrêta ensuite plus de parler, laissant l'eau couler sous les ponts.
« ... il faudra que vous veniez nous voir un jour, quand vous n'avez rien à faire. Continuait George avec vivacité.
- Oui, passez nous voir, comme ça vous verrez à quel point on fait fureur. Ajouta Fred avec un grand sourire.
- On y manquera pas, de toute façon il va falloir qu'on aille faire les courses pour la rentrée. Dit Ginny.
- Cette année, je postule à nouveau pour le poste de Gardien! S'exclama Ron. »
Les discussions sur la sixième année du trio et la cinquième de Ginny fusèrent dans la pièce, et pendant un instant, tout le monde sembla avoir oublié leur rancoeur envers Fred. Ce dernier savoura cet instant, sachant que lorsque tout le monde quitterait cette pièce, les regards noirs recommenceraient probablement.
Trois coups furent portés à la porte et le silence se fit. Cependant, chacun savait qui se trouvait sur le pas de la porte. Lorsque George alla ouvrir, Charlie se tenait là, penaud.
« Oh... Je vois qu'il y a déjà une réunion ici. Souffla-t-il en apercevant toutes les têtes par dessus l'épaule de son frère.
- Un de plus ou un de moins, ça ne fait pas vraiment la différence. Répondit George avec un sourire compatissant. Allez entre, frangin. »
Celui-ci ne se fit pas prier et une fois que George eut refermé la porte et eut repris sa place avec Charlie à ses côtés, les conversations reprirent de plus belle. Le plus âgé de la bande essaya bien rapidement de dévier le sujet sur tout ce qui était tabou à Poudlard et les ragots intéressants de ces derniers temps. Il essayait notamment de se renseigner sur les couples, au grand désespoir de certaines personnes...
« Vous n'allez pas me dire que vous êtes tous célibataires, tout de même? Ce serait terriblement triste! Allez crachez le morceau, lesquels d'entre vous ont trouvé la perle rare? Pépia Charlie comme une adolescente avide de potins.
- Certainement pas Fred, en tout cas. Murmura Ginny mais de façon à ce que tout le monde entende. »
Un silence gênant s'installa par la suite et Charlie comprit qu'il n'avait sûrement pas abordé le meilleur sujet qui fut. Néanmoins, sa nature curieuse l'incita à poursuivre sur sa lancée.
« J'ai encore dit quelque chose qu'il ne fallait pas? Fit-il mine de s'apitoyer.
- Disons que... La vie amoureuse de Fred est aussi palpitante que ce feuilleton Moldu absurde, hmm...
- "Les Feux de l'Amour?" Tenta Harry lorsqu'il vit que Ginny ne trouvait pas ses mots.
- Oui voilà! S'exclama cette dernière.
- Est ce qu'on peut changer de sujet, s'il vous plaît? Demanda Fred, les dents serrées.
- Oh que non frangin, racontons donc à notre très cher frère à quel point ta cervelle déjà ridiculement petite est ravagée par la stupidité. Rétorqua George avec un faux sourire. »
Les adolescents, mis à part Hermione et Fred, se battirent presque pour raconter l'histoire. Finalement, chacun échangeait des bouts de phrases mais à la fin, Charlie avait globalement tout compris. Il couva alors son frère d'un regard sidéré, celui-ci se tassant sur lui-même.
« Tu pourrais sortir avec n'importe quelle fille et tu as choisi une petite idiote qui décide de trahir ses amis au risque de les mettre en grave danger? S'exclama-t-il.
- Elle ne voulait pas nous faire de mal, puis ils l'ont menacé pour lui soutirer des informations et...
- C'est ce qu'elle t'a raconté? Coupa Ginny d'un ton sec. Pff. Tu parles. Elle leur a tout dit de son plein gré, plutôt.
- Vous ne la connaissez pas comme moi, je la connais, alors je vous le dis gentiment maintenant, fermez la et laissez moi vivre ma vie comme je l'entends. J'en ai strictement rien à foutre de ce que vous pensez. »
Sur ce, il se leva d'un bond et quitta la chambre en claquant la porte derrière lui. Un ange passa pendant quelques secondes puis George brisa le silence.
« Il est sûrement parti se défouler sur un gnome dans le jardin...
- Pour ce que j'en ai à faire. Ajouta Ginny, l'air mécontente.
- Je te trouve plutôt dur avec lui, Ginny. Dit alors une petite voix. »
Chaque personne dans la pièce se tourna avec incrédulité vers Hermione, qui n'avait pas dit un mot ou émit une opinion particulière depuis un bon moment. Les autres avaient presque oublié qu'elle était toujours là.
« Tu te moques de moi, j'espère? Répondit Ginny, interloquée. A ce que je sache, ce n'est pas moi qui l'ignore horriblement depuis que je suis arrivée ici. Et crois moi, c'est bien pire d'ignorer quelqu'un que de lui crier dessus.
- Je n'ai pas dit que c'était une mauvaise chose. Corrigea Hermione, d'un calme affolant. Juste que tu l'étais peut-être un petit trop.
- Qu'est ce qu'il te prend, Hermione? Je ne t'avais jamais vu aussi glaciale ou passive à propos de quelque chose ou quelqu'un. Fit remarquer Harry, l'air aussi étonné que les autres.
- Je ne vois pas de quoi tu parles. Dit-elle simplement, d'une voix plate.
- Bon, ça devient carrément flippant là, alors tu vas nous expliquer ce qu'il se passe -encore, si j'ose dire- entre Fred et toi? S'exclama Ron, que le comportement de Hermione mettait mal à l'aise. »
Personne n'ajouta quoi que ce soit, toute l'attention étant reportée sur Hermione, qui était redevenue totalement silencieuse. Elle posa alors son regard sur George et afficha un mince sourire en disant simplement:
« Demandez à George. Lui, il connaît l'histoire. »
Toutes les têtes se tournèrent aussitôt vers le dénommé, qui foudroyait Hermione du regard.
« Tu es vraiment très puérile, tu sais. Lâcha-t-il. »
Elle ne se départit pas de son sourire et sous la pression du regard de ses comparses, George soupira et se décida à parler.
« Fred a traité Hermione de traînée avant les vacances et maintenant, il ne sait pas trop ce qu'elle compte faire de lui, parce qu'elle n'a pas l'air de l'avoir pardonné mais en même temps, elle n'a pas l'air en colère. Résuma-t-il. »
Les réactions ne se firent pas attendre après la déclaration du jeune homme.
« Fred l'a traité de quoi?! S'exclama Ginny, sous le choc.
- Il lui a vraiment dit ça? Demanda Charlie, perplexe.
- Je vais le tuer. Lâcha Ron en se levant brusquement. »
Harry, interloqué également, intercepta Ron avant qu'il ne puisse sortir de la pièce. George secoua la tête devant l'air satisfait de Hermione et lui attrapa le bras pour la prendre à part pendant que les autres débattaient sur le fait de tuer Fred ou pas.
« Je peux savoir à quoi tu joues, Granger? Lui dit-il une fois dans le couloir.
- A un petit jeu très sympathique qui s'appelle la vengeance. Tu connais? Rétorqua-t-elle, ayant perdu toute sa passivité qui avait fortement agacé George.
- Sérieusement? C'est ça que tu mijotes depuis que tu es arrivée? Parce que si c'est le cas, je te félicite, maintenant ils vont encore plus vouloir lui faire la peau.
- C'était le but.
- Et ça y est, tu as fini? Tu as eu ce que tu voulais, maintenant tu vas arrêter de le faire tourner en bourrique?
- J'ai jamais dit que j'avais fini. »
Ces mots et le regard déterminé de la jeune fille glacèrent le sang de George. Il comprit aussitôt que ce qui venait de se passer n'était qu'un avant-goût de ce que Fred allait subir. Elle allait sincèrement lui faire regretter de l'avoir insulté, humilié et tourné en ridicule.
Le rouquin revint à la réalité lorsqu'il vit Hermione se diriger vers la chambre de Ginny. Il l'interpella avant qu'elle n'ouvre la porte.
« Le problème ne vient pas du fait qu'il t'ait insulté mais plutôt de Marietta, n'est ce pas? »
Il la vit se figer sur le pas de la porte, la main sur la poignée et afficha un sourire victorieux. Elle se retourna lentement vers lui et croisa les bras, attendant la suite.
« J'ai vu comment tu le regardais. J'ai aussi vu comment tu la regardais elle. Mais surtout, j'ai vu comment tu le regardais ce soir, au dîner, quand il en a bavé. Pendant un bref instant, j'ai vu le regard que tu lui as lancé. Ce n'est certainement pas le regard d'une fille rancunière qui cherche à se venger d'une petite pique qu'on lui a lancé. »
Il remarqua qu'elle déglutit suite à cela et surtout, qu'elle perdit toute son assurance en l'espace de quelques secondes. Elle avait beau montrer qu'elle était forte, elle restait une jeune fille de seize ans encore fragile et innocente.
« Je ne sais pas quelle est l'étendue de tes sentiments pour lui Hermione, mais je te conseille de passer à autre chose tout de suite. Tout ce que tu gagneras à la fin, c'est une immense souffrance et un coeur brisé. »
Voyant qu'elle n'allait rien lui répondre, il haussa les épaules et retourna dans sa chambre, où des cris se faisaient entendre, surtout venant de Ginny. Une fois que Hermione se retrouva seule dans le couloir, son masque retomba et elle se mit à haleter, le souffle court et les lèvres tremblantes. Elle avait joué le jeu jusqu'au bout mais George l'avait pitoyablement démasqué. Il avait compris ce qu'elle avait réellement derrière la tête avant même qu'elle ne puisse le comprendre elle-même.
Le problème ne venait effectivement pas de l'insulte. Pas seulement de l'insulte, en tout cas. Il venait aussi du fait que Fred Weasley était un tombeur, un crétin, un manipulateur, un tortionnaire et le problème venait surtout du fait qu'elle était tombée amoureuse de cette personne qu'elle aurait souhaité méprisé. Elle ne pouvait plus le nier. Inconsciemment, elle voulait se venger du mal que Fred lui faisait sans même le savoir. Elle voulait se venger de sa préférence pour Marietta alors que c'était une personne détestable. Elle voulait se venger du fait qu'il était qui il était, tout simplement.
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Fred donnait des coups de pieds dans le vide, touchant parfois un caillou qui volait plus loin. Il faisait les cent pas comme un lion en cage dans le jardin, les mains dans les poches, fulminant. Ce n'était plus la tristesse et la culpabilité qui pesaient sur son estomac désormais, mais plutôt la colère et le dégoût. Ces deux émotions étaient sans doute bien pire que les deux premières. Il en avait plus qu'assez d'être jugé ainsi par les personnes qui étaient censées le soutenir et l'aimer plus que les autres. Il semblerait qu'il avait eu tort sur toute la ligne.
Lorsqu'il entendit la porte de la cuisine donnant sur l'extérieur se refermer, il réagit aussitôt et se tourna avec fureur vers quiconque venait vers lui. La noirceur de la nuit l'empêchaient de voir qui s'approchait. Seule la petite lumière au dessus de la porte laissait percevoir quelque chose, et au vu de la corpulence et de la taille, cela ne pouvait être qu'un garçon.
« Je viens en paix. Lança-t-on alors. »
Fred reconnut la voix de Charlie et fut nettement soulagé. Il préférait largement l'affronter lui plutôt que sa teigne de frère jumeau.
« Qu'est ce que tu veux? Grogna Fred en donnant un énième coup de pied dans un caillou.
- Pas te faire un sermon, en tout cas. On dirait que c'est de famille, il suffit que Maman en fasse un et tout le monde s'y met. »
Cela arracha un mince sourire à Fred mais il ne put le garder bien longtemps. Il n'avait pas le coeur à plaisanter, il était bien trop remonté pour cela.
« Je dois avouer que t'être remis en couple avec la fille qui a trahi votre AD n'était pas la meilleure décision que tu ais pris dans ta v...
- C'est ça que tu appelles "ne pas faire un sermon"? Le coupa sèchement Fred.
- Laisse moi finir. Ajouta aussitôt Charlie d'une voix calme. Je disais donc que ce n'était pas le meilleur choix que tu ais pu faire mais c'est ton choix et on devrait le respecter. Ce n'est pas comme si tu avais tué quelqu'un.
- Eh bien, apparemment, si. J'ai dû tué leur orgueil.
- Oh ne t'inquiètes pas pour eux, ils en ont bien trop pour le perdre aussi facilement. N'oublie pas qu'on est des Weasley.
- Le truc, c'est que... Commença Fred après quelques secondes de silence. J'aime vraiment bien cette fille, tu vois. Elle me comprend et ne me voit pas que comme le farceur que je donne l'impression d'être. Elle a su creuser un peu plus et voir qui j'étais vraiment sous cette enveloppe de sarcasme et de dérision. C'est ça que j'apprécie chez elle et je me sens bien quand je suis avec elle.
- Je comprends, frangin. Je te l'ai dit, je ne te juge pas, tu n'as pas besoin de te justifier.
- Je ne me justifie pas, je...
- Ou alors, tu essayes de te justifier à toi-même. Interrompit Charlie.
- Comment ça? Demanda Fred, qui ne comprenait pas.
- Est ce que tu as remarqué la tête que Ginny fait quand elle est en colère? Elle devient toute rouge, comme dans les dessins animés Moldus. On dirait une cocotte minute.
- Une coc... Roh et puis, je m'en fiche, réponds à ma question! »
Même s'il faisait nuit noire, Fred devinait sans mal le regard que Charlie devait lui glisser au moment même, ainsi que son petit sourire taquin. Il aimerait savoir ce que son frère avait derrière la tête pour laisser durer le suspense ainsi.
« Peut-être que Marietta n'est pas vraiment la personne qui te fait ressentir tout ce que tu m'as décris. Lâcha finalement Charlie.
- Qu... Hein? S'exclama Fred, qui ne s'attendait pas à cette réponse.
- Ce que je veux dire, c'est que... Je ne doute pas que ces sentiments que tu éprouves sont sincères. Mais ils ne sont sans doute pas pour la bonne personne. Du moins, tu ne les associes pas à la bonne personne.
- Je suis complètement paumé...
- Écoute, je te dirais bien qu'on a pas toute la nuit parce que je suis vraiment très fatigué mais je veux mettre ça au clair avec toi, parce que tu es mon petit frère, que je tiens beaucoup à toi et que je ne veux que ton bonheur.
- Dans ce cas, crache le morceau, tout ça est intenable!
- Ce n'est pas Marietta pour qui tu as ces sentiments, mais une autre. »
Cela fit l'effet d'une bombe à Fred. Une bombe qu'on aurait lancé à ses pieds et qui aurait explosé avant même qu'il n'ait put réalisé qu'elle y était. Il pensait comprendre ce que son frère voulait lui dire. Mais avait-il une idée de cette autre personne en tête? Car honnêtement, Fred ne voyait absolument pas qui cela pourrait être, en dehors de la Serdaigle...
« Tu vois de qui je veux parler? Insista Charlie.
- Est ce que tu vas me frapper si je te dis que non?
- Oh bon sang, les autres ont raison, t'as vraiment rien dans la cervelle...
- Mais je t'en prie, éclaire ma lanterne. Ironisa Fred, qui était au bord de la crise de nerfs.
- Nom d'une chouette, c'est d'un ridicule... Marmonna Charlie dans sa barbe. »
Fred commençait à redouter le nom qu'il allait lui lancer. Devait-il s'attendre au pire? S'il venait à mentionner Alicia ou Angelina, il était fort possible qu'il monte sur ses grands hippogriffes.
« Je parle de Hermione, bien sûr. Lâcha finalement Charlie. »
Une deuxième bombe venait d'atterrir aux pieds de Fred, celle-ci plus violente. Même si son frère ne pouvait pas le voir, il le regardait, plus choqué que jamais. Il s'était préparé à tout sauf à ça.
« Hermione... Granger? Répéta Fred, incrédule. La petite Miss-Je-Sais-Tout rabat-joie, têtue et agaçante, la meilleure amie de mon frère et de ma soeur depuis des années?
- Elle-même. Répondit Charlie.
- Mais enfin, tu es tombé sur la tête récemment ou quoi? Tu t'es fait ramollir la cervelle par le feu d'un dragon? Parce que franchement, c'est la pire blague qu'on ait pu me faire de toute ma vie.
- C'est pas une blague, Fred, je n'ai jamais été aussi sérieux.
- Plus que lorsque tu as annoncé à Papa et Maman que tu partais pour aller étudier les dragons en Roumanie?
- N'essaye pas de dévier le sujet en ravivant ce souvenir douloureux, s'il te plaît.
- Charlie, je ne suis pas... Enfin... Je considère Hermione comme ma soeur! Pour ce que j'en sais, elle pourrait être Ginny!
- Tu sais le nombre de personnes que je connais qui se considéraient comme "frère et soeur" et sont maintenant mariés avec des enfants?
- Présenté comme ça, ça a l'air assez glauque. Ironisa Fred, plus mal à l'aise que jamais.
- C'est triste de se voiler la face à ce point, Fred. Ça crève les yeux qu'il y a quelque chose de plus qu'amical entre toi et cette fille.
- Dans ce cas, va chez le médecin Moldu pour les yeux parce que tu m'as tout l'air d'avoir une très mauvaise vue.
- Arrête d'essayer de me faire passer pour un idiot en faisant tes sempiternels blagues à deux Mornilles. Tu ne le sais peut-être pas encore mais c'est bien pour Hermione que tu as ces sentiments et certainement pas pour cette Marietta.
- Et comment tu pourrais le savoir, au juste? Tu n'es là que depuis quelques heures!
- Parce que j'ai vu comment tu la regardais.
- Je... Je la regarde normalement. Répliqua Fred, son assurance le quittant peu à peu.
- Oh que non, Freddie. Tout à l'heure, au dîner, dans la chambre, quand elle persistait à t'ignorer et faire comme si tu n'étais pas là, tu avais cette expression sur ton visage et dans ton regard, je ne t'avais jamais vu aussi triste.
- C'est parce que ce n'est pas très agréable de se sentir mis de côt...
- Et elle a exactement la même façon de te regarder. Le coupa Charlie, poursuivant dans sa lancée. Franchement, tu comptes me faire croire qu'il n'y a rien entre vous après ça? Pas besoin d'être Merlin pour le remarquer. Je serais prêt à parier que tout le monde le sait sauf vous.
- Oui ben tu as faux sur toute la ligne, frangin. Lâcha alors Fred, sa perplexité laissant place à sa colère. Il n'y a absolument rien entre Hermione et moi, il n'y a jamais rien eu et il n'y aura jamais rien. C'est Marietta la fille avec qui je veux être en ce moment et certainement pas quelqu'un d'autre.
- D'accord, si tu le dis. »
Le ton sarcastique de Charlie laissait entendre qu'il ne croyait pas un mot de ce que son frère lui racontait et cela mit Fred en rogne. Charlie avait réussi à semer le doute dans son esprit et maintenant, il ne savait même plus si ce qu'il pensait était juste. Avait-il au moins de vrais sentiments pour Marietta ou bien il essayait juste de s'en persuader car cela faisait plus de six mois qu'ils étaient ensemble?
Ne voulant pas laisser son frère croire qu'il avait gagné cette partie, il ajouta d'un ton plus que sérieux.
« Et quand bien même j'aurais de quelconques sentiments pour Hermione, il ne se passerait toujours rien entre nous.
- Et pourquoi ça? Voulut savoir Charlie, intrigué. »
Fred déglutit, ne trouvant pas ses mots. Des millions de mots et de pensées se bousculaient dans sa tête et il était impossible d'en trier quelques uns pour réussir à formuler une phrase cohérente.
« Parce que... Hermione est trop bien pour moi. Termina Fred d'une voix neutre. C'est sans aucun doute la personne la plus géniale qui existe et je ne mérite certainement pas d'être avec quelqu'un comme elle. Elle mérite mieux que moi. »
Sur ces mots, il ignora alors son frère et recommença à taper dans des cailloux. Comprenant que la discussion était close, Charlie lui tapota l'épaule et retourna à l'intérieur. Fred resta seul à l'extérieur, seul avec son esprit confus, seul avec ses questions qui ne trouveraient sûrement jamais de réponses.
...
Salut salut!
Tout d'abord, je m'excuse infiniment du retard de publication! Pendant un mois, je n'ai absolument pas eu le temps d'écrire. D'abord, il y a eu les partiels et quand j'ai repris les cours, j'ai eu énormément de boulot et ça ne s'arrêtait plus! J'aurais voulu publier ce chapitre plus tôt mais j'ai eu du mal à gérer mon temps pour le terminer. Mais bon, le voilà, tout beau tout frais tout neuf et j'espère qu'il aura valu la peine d'attendre!
Les choses se compliquent entre Fred et Hermione. A-t-il eu raison de donner une seconde chance à Marietta, qui a pourtant trahi l'AD? Le plan de vengeance de Hermione va-t-il fonctionner? Est-ce que Charlie a vu juste et va enfin faire avancer les choses entre nos deux Gryffons?
Je suis actuellement en vacances (pour seulement une petite semaine, malheureusement) alors je vais essayer de m'avancer dans l'écriture (je dis bien essayer, parce que là encore, j'ai beaucoup de boulot pour la rentrée x_x) et si tout se passe bien, je pourrai peut-être publier le 18e chapitre dans une semaine ou deux. Voilà voilà, j'attends vos avis en reviews et merci de continuer à suivre cette fiction, même si l'auteur débordée a toujours du retard dans la publication! Je vous souhaite une bonne journée/soirée à et bientôt je l'espère.
Morgane.
