Chapitre 18
5 Août 1996.
C'était une de ces journées pluvieuses et bruineuses d'été dont seul le Royaume-Uni avait le secret. La pluie tombait sans se lasser, s'écrasant en centaines de gouttes sur le sol. L'orage et les éclairs se cédaient mutuellement la place sur une intervalle de temps toujours égale. Même si c'était le milieu de l'après-midi, le ciel était couvert de nuages noirs qui empêchaient toute source de lumière de les franchir.
Au Terrier, le lieu d'habitation de certains Weasley, chacun était terré dans la maison, n'osant pas sortir. Seul Arthur avait bravé la tempête puisqu'il devait aller travailler, au Ministère de la Magie. Molly était assise tranquillement dans le canapé du salon, tricotant de nouveaux vêtements pour ses enfants. Charlie était reparti la veille en Roumanie, ses congés ayant pris fin. Les jumeaux avaient pris leur journée et flânaient dans leur chambre, réfléchissant à de nouveaux produits qu'ils pourraient exposer dans leur boutique. Harry et Ron faisaient tranquillement la sieste dans la chambre de ce dernier. Quant à Hermione et Ginny, elles étaient dans la chambre de cette dernière et vaquaient chacune à leur occupation. C'était on ne peut plus silencieux dans la grande maison, un silence agréable, appréciable et reposant. Jusqu'à ce qu'un bruit d'explosion provienne de la chambre de Fred et George.
« Par la barbe de Merlin! FRED! GEORGE! Hurla Molly depuis le rez-de-chaussée.
- C'est pas vrai, on ne peut jamais être tranquilles ici?! S'écria Ginny, le vernis qu'elle était en train de poser sur ses ongles s'étant étalé sur ses doigts.
- Quoi que, qu'est ce qu'il s'passe? S'exclama Ron, réveillé en sursaut et tombé de son lit. »
Les coupables sortirent de leur chambre et lancèrent des excuses à qui voulait bien l'entendre. Tout ce qu'ils eurent comme réponses furent des grognements de mécontentement et des insultes peu édulcorées. Alors qu'ils allaient retourner dans leur sanctuaire, George posa sa main sur le bras de Fred pour l'arrêter dans son mouvement.
« Quoi? Lança instinctivement Fred.
- On a besoin de quelques outils qui se trouvent dans la remise dehors pour continuer certaines de nos inventions. Expliqua George, s'éloignant de son frère. Ceux qui sont dans la boîte sur l'étagère de la droite.
- Ça ne peut pas attendre? Demanda Fred lorsque l'orage tonna dehors.
- A moins que tu veuilles faire exploser la maison, non, ça ne peut pas attendre.
- Et donc? Tu ne vas pas les chercher?
- Pourquoi tu crois que je t'en parle?
- Hors de question que j'y aille, c'est toi qui les veux, c'est toi qui vas les chercher!
- Peut-être mais on en a besoin tous les deux.
- Dans ce cas, on y va tous les deux mais je n'irai pas tout seul.
- Ben demande à un des habitants de cette maison de venir avec toi alors, parce que je mettrai pas le nez dehors. Affirma George.
- Tu m'as pris pour ta bonne ou quoi? Je te l'ai dit, je n'irai pas dehors par ce temps pour chercher quelque chose que tu veux, t... »
Fred s'arrêta brusquement de parler et sembla en profonde réflexion pendant de brèves secondes. Son jumeau l'observait, les sourcils froncés, se demandant ce qui venait de lui traverser l'esprit.
« Freddie? Tenta-t-il.
- Je viens d'avoir une brillante idée. Dit simplement Fred en souriant.
- Qui nécessite que tu ailles dans la remise?
- Exactement. »
George était soulagé d'avoir échappé à la corvée mais il s'inquiétait quant aux raisons qui poussaient son frère à sortir alors qu'i peine quelques instants, il le refusait catégoriquement.
« Qu'est ce que tu as derrière la tête? Demanda finalement George, trop curieux. »
Fred ne lui répondit pas et se dirigea simplement vers la chambre de sa soeur, toquant brusquement à la porte. George entendit Ginny pester parce qu'elle avait encore raté son vernis et la porte s'entrouvrit aussitôt, laissant apparaître une jeune rouquine, l'air agacé.
« Qu'est ce que tu veux, encore? C'est la troisième fois que j'essaye de mettre mon vernis correctement et je l'ai encore loupé!
- Ne cherche pas à rejeter la faute sur moi, c'est tout simplement parce que tu n'es pas douée. Rétorqua Fred du tac-au-tac. Où est ta copine l'intello? »
Fred regarda par dessus l'épaule de Ginny et aperçut Hermione, assise en tailleur sur le lit de cette première, un livre de taille encyclopédique sur les genoux. Il la vit relever la tête à l'entente du sobriquet qu'il avait employé à son intention et elle lui lança immédiatement un regard hargneux.
« Qu'est ce que tu lui veux? Demanda alors Ginny avant que Hermione ait pu dire quoi que ce soit.
- Pas la peine de jouer au hibou, je suis certain qu'elle peut répondre pour elle. »
Après quelques secondes d'hésitation, Ginny s'effaça pour que Fred et Hermione se fassent finalement face. Cette dernière avait croisé les bras contre sa poitrine et le jaugeait du regard, attendant qu'il se prononce.
« Un petit tour dehors, ça te dit? Lui lança alors Fred avec un sourire en coin, appuyé contre l'entrebâillement de la porte d'un air dédaigneux.
- Par ce temps? Sûrement pas. Répondit Hermione en baissant alors le regard sur son livre.
- Quoi, on a peur de quelques misérables gouttes d'eau? La provoqua-t-il.
- Je ne sais pas si tu es au courant mais un être humain a de très fortes chances de se faire frapper par un éclair, alors si tu tiens vraiment à finir grillé comme un poulet rôti, vas-y mais ce sera sans moi.
- Tu me déçois, Granger. Je te pensais plus... téméraire que ça.
- Téméraire ne veut pas dire suicidaire. Rétorqua la jeune fille, avec un air hautain.
- Et si tu arrêtais de me prendre pour un idiot et que tu venais simplement avec moi? Allez, ça te fera du bien de prendre l'air. »
Hermione le regarda sans rien dire, pesant le pour et le contre de la situation. En allant avec lui, aurait-elle un moyen d'assouvir sa vengeance, déjà à moitié entamée depuis qu'elle avait monté presque toute sa famille contre lui pour l'histoire de l'insulte? C'était fort possible. Quelle meilleure chance aurait-elle que de se retrouver seule avec lui quelques instants, à l'abri de tous les regards? Mais elle allait devoir rapidement réfléchir à ce qu'elle pourrait faire pour terminer sa revanche.
« Je te rejoins en bas dans deux minutes. Dit-elle simplement en refermant son livre d'un coup sec. »
Fred ne se le fit pas dire deux fois et afficha un sourire victorieux. Il fit une révérence grotesque aux deux jeunes filles avant de reculer, refermant la porte derrière lui. George l'attendait dans le couloir et dès qu'il fut près de lui, il lui donna une claque derrière la tête.
« Aouch! S'écria Fred. C'est en quel honneur?
- T'as le cerveau détérioré en ce moment ou quoi?! S'exclama George. Pourquoi tu lui as demandé à elle de venir avec toi après ce que tu lui as fait? En plus, au cas où tu ne l'aurais pas encore compris, elle cherche clairement à te le faire payer, de quelque manière que ce soit.
- Eh bien, c'est l'occasion parfaite dans ce cas. Répondit posément Fred.
- Attends une seconde... Tu lui donnes une occasion pour se venger de toi? Jusqu'où ta stupidité va, frangin?
- Tu crois sérieusement que j'ai pas une idée derrière la tête? Enfin... Je pensais que tu me connaissais mieux que ça. Après tout ce temps passé ensemble.
- Qu'est ce que tu veux d... Oh non. Non non non. Qu'est ce que tu vas lui faire?
- Rien de spécial, t'en fais pas. Je vais simplement... torturer un peu ses méninges. Ça va être drôle. Je te raconterai plus tard. »
Sur ce, il adressa à son frère un clin d'oeil complice et se dirigea vers les escaliers qu'il commença à descendre jusque dans la cuisine. George l'entendit saluer sa mère au passage d'un ton jovial, qui se contenta de lui dire de ne pas faire de bêtises. George soupira brusquement devant l'entêtement de son frère et repartit s'enfermer dans sa chambre, attendant que ce dernier revienne avec ce qu'il désirait.
Pendant ce temps, Ginny cherchait à comprendre à quoi Fred et Hermione jouaient. Depuis que cette dernière était chez eux, elle avait un comportement plus qu'étrange à l'égard de Fred, et le susnommé n'était pas totalement innocent non plus.
« Redis moi encore pourquoi tu as accepté d'aller avec lui? Demandait Ginny tandis que Hermione mettait ses chaussures.
- Il a raison, ça va me faire du bien de prendre l'air. Répondit simplement la concernée, d'un ton détaché.
- Mais enfin, il y a encore quelques jours, tu l'ignorais complètement et faisais comme s'il n'existait pas! Qu'est ce qui a changé entre temps? Je te rappelle qu'il t'a insulté et que tu lui en veux, depuis!
- Tout le monde mérite une seconde chance, non?
- Je suis sûre que tu mijotes quelque chose et que tu ne veux pas me dire quoi...
- Mais non, ne t'en fais pas, je vais juste me balader un peu, ça ne durera pas longtemps, je reviendrai sûrement dans dix minutes. Assura Hermione avec un sourire.
- Ouais... Fais attention à toi, quand même. Autant toi, je peux savoir pourquoi tu y vas mais lui, je me demande bien ce qu'il a en tête.
- Il n'y a qu'un seul moyen de le découvrir... »
Ginny haussa les épaules en guise de réponse et Hermione lui tapota brièvement le bras avant de sortir de la chambre. Son manteau boutonné jusqu'au cou, elle dévala les escaliers et se dirigea vers la porte d'entrée. Molly la héla au moment où elle abaissait la poignée.
« Toi aussi, tu vas dehors par ce temps? S'enquit la matriarche d'un air soucieux.
- Oh ne vous inquiétez pas, je vais simplement me promener un peu, je reviendrai vite. Assura-t-elle d'une voix rassurante. »
Molly sembla se contenter de cette réponse et Hermione n'attendit pas plus longtemps pour tirer la porte vers elle et s'engouffrer dehors en refermant bien rapidement la porte. Il ne faisait pas très froid mais la pluie tombait à grosses gouttes et le vent se levait. Par chance, les orages avaient cessé depuis quelques minutes de tonner et c'est ainsi que Hermione s'aventura courageusement jusqu'à la remise, où elle vit Fred l'attendre, l'air décontracté. Son coeur se serrait toujours à sa vision mais cette fois, elle réussit à l'ignorer, car elle était bien décidée à voir ce qu'il mijotait et surtout, elle se préparait à lui retourner la pareille, peu importe ce qu'il avait prévu pour elle.
« Tu te fais attendre, princesse. Lui lança-t-il lorsqu'elle fut plus proche de lui.
- Et pourtant, te voilà, à attendre désespérément. Répliqua-t-elle, l'appréhension montant lentement en elle. Alors, c'est quoi le programme?
- On récupère juste quelques outils dont Georgie et moi avons besoin et après, on peut y aller.
- C'est tout? Pourquoi tu avais besoin de moi pour ça?
- Tu vas le découvrir dans quelques instants, princesse... »
Fred ouvrit la porte de la remise et s'inclina pour faire signe à Hermione de passer. Celle-ci afficha un sourire crispé et s'avança pour entrer dans le petit abri de jardin. Fred posa sa main au bas de son dos pour la suivre après avoir refermé la porte, et Hermione sentit un frisson parcourir toute sa colonne vertébrale. Elle tâcha de l'ignorer et s'avança à petit pas dans la remise, qui s'avérait être bien étroite.
« Alors Hermignonne, tu passes de bonnes vacances chez nous? S'enquit joyeusement Fred, qui avait toujours sa main posée au bas de son dos.
- Qu'est ce que je fais là, Fred? Tu voulais me dire quoi? Demanda-t-elle soudain en se retournant pour lui faire face.
- C'est si mal que ça de vouloir aller prendre l'air avec la bonne vieille copine de mon frangin et ma soeurette?
- Arrête de jouer l'imbécile et viens en aux faits, s'il te plaît, on a pas toute la n... »
La fin de sa phrase fut ravalée par un puissant coup de tonnerre qui s'était abattu un peu plus loin. Hermione pouvait voir les éclairs zébrer dans le ciel à travers les petites fenêtres de la remise. Instinctivement, elle s'était rapprochée de Fred lorsque l'orage avait tonné et s'était agrippée à son bras.
« On recherche une présence masculine pour se protéger, à ce que je vois. La charria-t-il, l'air pleinement satisfait.
- Roh, c'est pas vrai... Marmonna Hermione en s'éloignant aussitôt de lui.
- Finalement, je crois qu'on va être coincés ici encore un petit moment. Fit remarquer Fred en voyant l'état du ciel, noir de nuages.
- Génial. Soupira la jeune fille. Bon, à quoi ça ressemble, ce que tu dois prendre?
- Normalement, c'est une petite boîte à outils bleue qui aurait dû se trouver sur l'étagère à droite de l'entrée mais j'ai vu qu'elle n'y était pas. On va devoir fouiller pour la trouver, j'ai l'impression. »
Hermione hocha la tête et se mit aussitôt à chercher. Elle prenait son temps, car elle souhaitait voir ce que Fred avait préparé. Il ne disait rien et se contentait de chercher également. La Gryffondor réfléchissait en même temps à ce qu'elle pourrait faire de mieux pour terminer sa vengeance mais rien ne lui venait à l'esprit. De plus, les éclairs et les orages dehors ne l'aidaient pas. Elle se mit alors à paniquer, car elle était coincée dans une remise seule avec Fred Weasley, éloignée des autres, et elle n'avait aucune solution de secours. Qu'est ce qu'il lui avait pris d'accepter de le suivre?
« Tu m'as l'air bien songeuse, Granger. Entendit-elle soudain.
- Je me concentre, figure toi que ça peut être pas mal quand on cherche quelque chose. Rétorqua-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
- Oh doucement, pas la peine de monter sur tes grands hippogriffes, je te taquinais. Dit aussitôt Fred. »
La jeune fille ne dit plus rien et continua à chercher. Quand elle n'entendit plus de bruits, elle releva la tête et vit que Fred était juste face à elle et qu'il ne bougeait pas. Elle se recula dans un mouvement d'auto-protection et se retrouva collée contre une table. Son coeur s'emballa aussitôt. Dehors, l'orage continuait de tonner et la pluie tombait de plus en plus fort.
« Pourquoi tu es autant sur la défensive avec moi? Demanda Fred, l'air sérieux. Ce n'est quand même pas à cause de ce que je t'ai dit au début de l'été?
- Tu poses la question, mais tu as l'air de connaître la réponse. Répliqua Hermione, essayant tant bien que mal de garder son calme.
- Je voulais simplement m'en assurer, mais tu viens de le confirmer.
- Honnêtement Fred, à quoi tu t'attendais? Tu pensais que j'allais t'accueillir les bras ouverts et faire comme si rien ne s'était passé? Tu m'as humilié! Un coup tu étais gentil avec moi, un coup tu piquais des crises dignes d'un ex jaloux! Tu n'as pas l'air de te rendre compte de l'e... »
Hermione se coupa avant de dire une bêtise. Mais il était déjà trop tard. Fred haussa un sourcil et la détailla de haut en bas.
« Vas-y. Finis ta phrase. Lui dit-il simplement. »
La jeune fille déglutit. Elle pouvait sentir son pouls accélérer dans son cou et son coeur suivait le mouvement. Elle se mordit la lèvre et baissa les yeux au sol. Hors de question qu'elle termine ce qu'elle allait dire. Si elle faisait ça, elle était définitivement fichue avec lui.
« Alors? Je ne me rends pas compte de quoi? Insista Fred. »
Il se rapprocha lentement d'elle, pour finalement se retrouver contre elle. Leur proximité était telle qu'il put poser ses mains contre les bords de la table, emprisonnant Hermione par la même occasion. Elle avait un goût de bile dans la bouche. La présence du jeune homme la mettait dans tous ses états.
« On ne bougera pas d'ici tant que tu ne m'auras pas dit ce que tu allais dire tout à l'heure, tu sais. Continua-t-il. »
Hermione releva finalement les yeux pour croiser ceux de Fred. Elle entrouvrit légèrement la bouche, se laissant totalement envoûter par son interlocuteur. Et où était donc passée sa motivation pour se venger de lui, exactement? Tout semblait s'être envolé en un instant.
« Je disais. Souffla-t-elle, son coeur prêt à jaillir de sa poitrine. Je disais que tu ne te rends pas compte... de l'effet que ce que tu dis a sur moi. »
Hermione s'était attendue à ce qu'il la charrie, qu'il se moque d'elle mais il n'en fit rien. Il se contenta de continuer de l'observer, en silence. Elle remarqua que les yeux du jeune homme avaient tendance à loucher sur ses lèvres et à cette constatation, elle ne put s'empêcher de passer sa langue contre celles-ci pour les humidifier. C'était loin d'être la meilleure chose à faire, car Fred l'interpréta autrement et pencha son visage vers le sien. Hermione était au bord de la crise cardiaque. Au moment où leurs lèvres se frôlèrent juste, elle sentit un sourire se dessiner sur la bouche du jeune homme et elle fut aussitôt prise d'effroi lorsqu'elle rouvrit les yeux et le vit se reculer, son sourire ne quittant pas son visage.
« Oh... Écoute. Dit-il d'un air goguenard. Il a arrêté de pleuvoir. »
La Née-Moldue se décomposa et des frissons la parcoururent de toute part. Il s'était joué d'elle. Il s'était ouvertement moqué d'elle. Voilà ce qu'il manigançait depuis tout à l'heure. Il ne cherchait qu'un moyen de se venger de l'humiliation qu'elle lui avait fait subir auprès de ses proches. Lorsqu'elle comprit cela, des larmes de rage et de frustration montèrent à ses yeux.
« La boîte à outils est juste derrière toi, si tu permets. Poursuivit-il d'un ton serein, comme si les deux premières minutes ne s'étaient pas passées. »
Il se pencha, prit la boîte et se recula encore plus. Hermione n'arrivait même pas à bouger. Elle était tétanisée. En seulement quelques secondes, elle était passée par toutes les émotions que le corps humain pouvait ressentir.
« Je te propose de rentrer tant que la pluie s'est calmée, ça peut revenir à tout moment. Continuait-il, faisant comme s'il ne remarquait pas l'état de la jeune fille. »
Il lui adressa un clin d'oeil et retourna vers l'entrée de la remise, laissant la jeune fille plantée là où elle était. Lorsqu'elle entendit la porte se refermer et les pas de Fred s'éloigner, elle se mit à trembler de tout son corps et serra les dents. Elle était hors d'elle. Non seulement elle était furax contre ce crétin qui avait osé se moquer d'elle, mais en plus, elle se rendit compte qu'elle était frustrée. Frustrée que leurs lèvres n'aient fait que se frôler, qu'il ne l'ait pas embrassé, qu'il se soit éloigné d'elle. Jamais dans sa vie elle n'avait ressenti une émotion pareille.
Après coup, elle comprit qu'il était plus que temps de terminer sa vengeance. Et maintenant, elle savait exactement comment elle allait faire. Fred allait récolter ce qu'il avait semé... en pire.
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Après le dîner, tout le monde était remonté se coucher, à l'exception de Fred et George, qui restaient au salon afin de travailler encore sur une invention qu'ils avaient presque achevé. Hermione surveilla les faits et gestes de ce premier en montant les escaliers et traîna un peu dans le couloir, puis dans la salle de bain. Elle alla ensuite se coucher et attendit que Ginny s'endorme pour sortir à pas de loup de la chambre. Aux sons des ronflements, elle comprit que Harry, Ron, Arthur et Molly s'étaient endormis également. Quelques minutes plus tard, Hermione entendit George demander à son frère d'aller chercher quelque chose dans leur chambre. Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille: c'était le moment. Elle s'adossa au mur face à la chambre des jumeaux et écouta attentivement les pas de Fred qui montaient l'escalier. Elle sentit de nouveau son coeur accélérer mais elle se calma aussitôt. Elle allait probablement regretter ce qu'elle allait faire, c'était totalement contre ses principes, ça ne lui ressemblait pas du tout mais Fred méritait une bonne leçon et c'était le mieux qu'elle puisse faire.
Lorsque Fred arriva enfin à l'étage et croisa le regard de Hermione, il fronça les sourcils. Avant de dire quoi que ce soit, elle vérifia si c'était bien le bon jumeau qu'elle avait en face d'elle. Elle le reconnut facilement, d'abord aux vêtements qu'il portait, puisqu'il avait déjà les mêmes tout à l'heure, mais surtout, elle le reconnut à l'expression de son visage.
« Tu n'es pas encore couchée? Chuchota-t-il afin de ne pas réveiller les autres.
- Non... Je n'arrivais pas à dormir. Répondit-elle tout bas également, extrêmement nerveuse. »
Fred hocha la tête d'un air désolé et se dirigea vers la porte de sa chambre, apparemment peu intéressé. Hermione réagit au quart de tour et se précipita vers lui. Mais une fois face à lui, elle perdit tous ses moyens et se demanda si elle devait vraiment faire ce qu'elle avait en tête. Fred l'observait en silence, l'incitant du regard à dire ce qu'elle avait à dire. L'air agacé et moqueur de Fred la décida immédiatement et sans plus attendre, elle attrapa le haut de son t-shirt et l'attira à elle avant de plaquer brutalement ses lèvres contre les siennes. Au début, Fred parut surpris car il ne réagissait pas mais rapidement, il saisit Hermione par la taille pour la coller à lui et il entrouvrit sa bouche pour approfondir leur baiser.
Hermione sentait un brasier s'enflammer en elle. Son coeur battait comme jamais il n'avait battu auparavant et son corps entier tremblait de plaisir. Elle n'en revenait pas qu'embrasser Fred Weasley lui procurait de telles émotions. En réalité, elle n'en revenait pas d'embrasser Fred Weasley tout court. Jamais elle n'aurait cru que cela arriverait pour de vrai. Elle en avait déjà rêvé mais pour elle, ça n'aurait jamais été plus que le produit de son imagination. Et pourtant, c'était bien ce qui était en train d'arriver, à l'instant. C'était réel.
La jeune fille promenait ses doigts dans la chevelure en bataille de Fred, tandis que lui la tenait fermement par la taille, comme s'il avait peur qu'elle ne lui échappe. Elle sentit qu'il cherchait la poignée de la porte de sa chambre à tâtons et lorsqu'il la trouva, il l'ouvrit brusquement et entraîna la jeune fille à l'intérieur avec lui, sans cesser de l'embrasser ou la lâcher. Il referma la porte d'un coup de pied et plaqua aussitôt Hermione contre celle-ci. Il quitta subitement ses lèvres pour aller promener les siennes dans sa nuque. Le brasier en elle s'intensifia encore plus et sa respiration se fit de plus en plus saccadée. Elle sentait les mains du jeune homme passer lentement sous le gilet qu'elle avait mis pour dormir et ses doigts se promenaient contre son ventre. Puis, sans prévenir, il s'éloigna d'elle et lui attrapa la main pour l'emmener vers son lit. Ce bref éloignement permit à Hermione de revenir sur terre et se rappeler pourquoi elle était là. Au moment où Fred s'apprêtait à lui enlever son gilet, elle lui posa une main sur le torse et souffla un simple mais bref "Arrête."
Au début, il parut ne pas comprendre mais il s'arrêta tout de même. Hermione essayait de paraître neutre, bien qu'intérieurement, son coeur virevoltait dans toute sa cage thoracique.
« Qu'est ce qu'il y a? Chuchota-t-il. J'ai fait quelque chose de mal?
- Non. C'est juste que... C'était largement suffisant. Répondit simplement Hermione, au bord de l'évanouissement.
- Qu'est ce qui était largement suffisant? »
Elle hésita avant de poursuivre. Ce qu'elle avait fait était vraiment mesquin, il n'allait pas bien le prendre. Puis, elle se souvint qu'il lui avait fait exactement la même chose quelques heures auparavant et se rappela que ce n'était que partie remise.
« Ma façon de te faire comprendre que tu t'es amusée avec la mauvaise personne. Cingla-t-elle soudain, coupant tout contact physique avec lui. »
Malgré la pénombre de la pièce, Hermione put voir les traits du visage de Fred se tirer. Il était visiblement choqué mais surtout, énervé.
« La prochaine fois, tu sauras qu'il ne faut pas me prendre pour une idiote. Passe une bonne nuit. »
Elle n'attendit même pas de quelconque réaction de sa part et prit la fuite. Les joues rougies par l'émotion et son coeur battant toujours à tout rompre, elle retourna dans la chambre de Ginny et alla se coucher, comme si de rien n'était. Mais ce qui était sûr, c'était qu'elle allait se repasser la scène en boucle dans son esprit.
De son côté, Fred tournait dans sa chambre comme un lion en cage, plus frustré que jamais. A son grand étonnement, quand Hermione l'avait embrassé, une fois la surprise passée, il s'était rendu compte qu'il appréciait et avait aussitôt voulu poursuivre. Et le pire était que plus ils s'étaient embrassés, plus le désir était monté en lui. A cet instant là, il avait voulu aller jusqu'au bout avec Hermione Granger. A cette pensée, il se sentit honteux et pitoyable. Il la connaissait depuis qu'elle avait onze ans et c'était la meilleure amie de son petit frère. Comment avait-il pu avoir des pensées de la sorte à son égard? Il n'y a encore pas si longtemps, il la considérait même comme une petite soeur de substitution.
Et voilà. Elle s'était donc vengée. Tout cela, car il l'avait insulté en premier lieu. Les choses avaient rapidement dérapé. Hermione avait eu raison: il saurait qu'il ne fallait plus la prendre au dépourvu, ou sinon sa vengeance serait bien pire. Une fois que son cerveau eut imprimé cette information, il chercha une feuille et une plume et griffonna à la va-vite un message qu'il comptait envoyer dès le lendemain à Marietta Edgecombe. Il aurait grand besoin de ne plus penser à Hermione Granger.
21 Août 1996.
Hermione se réveilla brusquement, le coeur battant la chamade. Elle venait de rêver de son baiser d'avec Fred d'il y a déjà plus de deux semaines... La même scène au détail près. Elle emprisonna son visage entre ses mains en poussant un long soupir. Elle était incapable de se sortir ce qu'il s'était passé de la tête depuis qu'elle avait quitté le Terrier, ça la hantait tous les jours depuis. Et maintenant, ça s'imposait même dans ses rêves. Génial.
Elle se rappelait encore de son départ le lendemain même, à quel point l'atmosphère était tendue entre Fred et elle. Mais pas tendue comme toutes les fois où ils s'étaient fâchés l'un contre l'autre. Tendue de façon plus... gênante. Embarrassante. Après tout, ils s'étaient tous les deux joués de l'autre et avaient finalement fini aussi frustrés l'un que l'autre. C'était ce qu'on appelait un beau cercle vicieux.
Mais assez de penser à Fred. Maintenant qu'elle avait plus ou moins pris sa revanche, elle comptait aller de l'avant. Après tout, il ne serait même plus à Poudlard pour l'année scolaire qui arrivait, c'était alors l'occasion parfaite pour passer à autre chose. Cela lui permettrait sûrement de ne plus penser à lui... en tout cas, elle l'espérait.
La jeune fille se rappela soudain d'autre chose: elle allait voir son ami Sebastian, de passage en Angleterre pour les vacances d'été. Ils avaient prévu de se retrouver aujourd'hui chez Hermione. Par la même occasion, il pourrait voir les parents de son amie, qu'il n'avait pas vu depuis déjà longtemps. Hermione devait s'avouer qu'elle avait hâte d'être à cet après-midi.
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Cet après-midi était un véritable cauchemar. Comment ses parents avaient-ils pu partir sur un coup de tête et laisser leur fille unique seule avec un garçon, qui était certes un ami d'enfance, mais qu'ils n'avaient pas vu depuis des années? Hermione était plus que mal à l'aise, elle ne savait absolument pas comment alimenter leur conversation et Sebastian ne faisait rien de vraiment particulier pour aider non plus. C'est comme ça qu'ils se retrouvèrent assis sur le canapé du salon, l'un à un bout, l'autre à l'autre bout, plongés dans le silence, à quatre heures de l'après-midi.
La jeune fille, ses bras croisés contre sa poitrine, droite comme un "i", gardait résolument les yeux fixés vers le mur face à elle et cherchait vainement depuis deux minutes un sujet de conversation, qu'elle ne trouvait pas. Au moment où elle commençait sérieusement à désespérer, Sebastian expira et entrouvrit la bouche. Hermione commença à le remercier mentalement de sauver la mise et lui adressa un sourire.
« Et si on allait dans ta chambre? »
Le sourire de la Gryffondor s'évanouit aussitôt.
« Pourquoi? Lâcha-t-elle.
- Oh désolé, ça devait sonner un peu psychopathe, dit comme ça. Souffla Sebastian. Ce que je voulais dire, c'est que... Ta mère m'a parlé de ces parchemins de cours que tu gardes depuis ta première année à Poudlard, et j'avoue que ça a attisé ma curiosité. Ça ne te dérangerait pas de me les montrer? »
Hermione acquiesça de nouveau un sourire. Sebastian n'avait finalement pas d'idées derrière la tête. Après tout, il était loin d'être comme Fred Wea... Non. Tu étais censée ne plus penser à lui! Ôte ce nom de ton esprit pour le reste de la journée.
« Il n'y a pas de problèmes. Répondit finalement Hermione avec un sourire. »
Elle se leva et lui fit signe de la suivre, ce qu'il fit immédiatement après s'être relevé à son tour. Ils grimpèrent les escaliers en quelques secondes et une fois à l'étage, Hermione se dirigea vers sa chambre. Avant de pousser la porte, elle eut un instant d'hésitation. Elle allait laisser un garçon entrer dans sa chambre. Était-ce vraiment une bonne idée? Peut-être le fait qu'il était déjà venu dans sa chambre lorsqu'ils étaient petits ne donnait pas le même aspect à la situation mais maintenant qu'ils étaient tous deux plus vieux, c'en était assez gênant.
Un raclement de gorge du jeune homme la fit revenir à la réalité et elle ouvrit aussitôt la porte, s'engouffrant dans ce qu'elle appelait parfois son refuge. Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, son invité referma la porte derrière lui en un claquement qui la fit légèrement tressaillir. Elle avait un drôle de pressentiment...
« Sympa, la déco. Dit-il simplement en regardant autour de lui.
- Merci... Répondit simplement Hermione.
- Bon, où sont ces fameux parchemins? Je suis impatient de voir si vos cours sont aussi biens que les nôtres, même si j'en doute. »
La Née Moldue se détendit et rit légèrement. Elle se dirigea vers son bureau et attrapa une pile de parchemins froissés qu'elle tendit à Sebastian. Il les regarda avec de gros yeux et les prit, visiblement curieux. Il alla s'asseoir sur le lit de son amie d'enfance sans lui demander la permission et se mit aussitôt à les parcourir à la va vite. Ne sachant trop que faire, Hermione alla s'asseoir à ses côtés et lut ses anciens cours en même temps que le jeune homme.
Au bout de quelques minutes, Sebastian releva les yeux, brusquement coupé de sa lecture, et les posa sur Hermione, qui ne comprit pas immédiatement.
« Tu n'arrives pas à me relire? Demanda-t-elle, les sourcils froncés.
- Non non, tu écris très bien. C'est juste que... Je me demandais... »
Il hésitait clairement à poursuivre. Hermione ne dit rien et attendit qu'il continue sa phrase de lui-même.
« Tu sais quand tes parents rentrent, exactement? Finit-il par lui demander. »
Hermione ne savait pas trop ce que cela voulait dire. S'ennuyait-il avec elle au point d'attendre avec impatience que ses parents rentrent ou bien... avait-il autre chose en tête?
« Mon père m'a dit qu'ils ne seraient pas rentrés avant le début de soirée. Pourquoi? Répondit-elle finalement. »
Elle appréhendait la suite des événements. Depuis que ses parents étaient partis, Hermione avait remarqué l'étrange comportement de Sebastian. Il semblait vouloir quelque chose sans pour autant réussir à réellement le demander.
« Juste... pour savoir. Dit-il finalement, l'air songeur. »
La jeune fille aurait bien voulu pouvoir lire dans ses pensées pour savoir ce qu'il avait, elle ne le reconnaissait plus. Lui qui était d'habitude si bavard et avec qui on avait du mal à en placer une, le voilà qui était bien silencieux depuis qu'ils étaient seuls tous les deux.
« Tu es avec quelqu'un en ce moment, Hermione? S'enquit-il après quelques secondes de silence. »
Surprise par la question, la susnommée mit du temps à répondre. La première pensée qui lui vint à l'esprit fut bien évidemment Fred mais comme elle s'était refusée de penser à lui plus tôt, elle le chassa aussitôt de sa tête.
« Non, je suis toute seule. Répondit-elle, avec autant de conviction que possible. »
Elle s'apprêtait à demander à nouveau "pourquoi" mais Sebastian ne lui en laissa pas le temps. Il déposa un simple baiser sur ses lèvres et se recula aussitôt, dans l'attente de sa réaction. D'abord sonnée, elle le questionna du regard et il se contenta de hausser les épaules.
« Bah, je crois qu'au fond, j'ai toujours eu un peu le béguin pour toi, Hermione Granger. Il aura fallu attendre qu'on soit presque des adultes pour que je m'en rende compte mais bon, mieux vaut tard que jamais.
- Sebastian... Je suis... »
Elle ne savait même pas quoi dire. A vrai dire, elle n'avait même pas envie de dire quoi que ce soit. Le visage de Fred lui revint de nouveau en mémoire, le moment où ils s'étaient embrassés également. La façon dont il avait posé ses mains sur ses hanches, dont il l'avait serré contre elle, comme si elle était à lui. Comme si elle lui appartenait. A cette pensée, elle se sentit soudainement énervée et en perdit ses moyens. Sebastian remarqua qu'elle avait l'air mal et il lui prit la main de manière rassurante.
« Excuse moi, je ne voulais pas te brusquer. Lui dit-il.
- Ce n'est pas toi, c'est... J'en ai juste assez qu'on me prenne pour une écervelée et une idiote. Les gens ont l'air de croire que je ne suis qu'une gamine qui ne peut pas s'assumer. Mais ils ont tort. Je suis assez grande pour savoir ce que je fais. »
Cet étrange pressentiment lui revint en tête mais il n'y prêta pas attention. Le seul fait qu'elle ait pensé à Fred et qu'il ait réussi à la torturer alors qu'il n'était pas là avait suffit à la rendre triste, déçue, épuisée, énervée. C'est donc à cause de cela qu'elle ne repoussa pas Sebastian lorsqu'il l'embrassa à nouveau. Au fur et à mesure qu'ils s'embrassaient, le pressentiment de Hermione grandissait en elle mais elle ne savait pas comment empêcher ce qui allait inévitablement arriver. Et plus elle voyait le visage de Fred dans son esprit et plus elle avait l'impression de sentir de nouveau ses mains contre son corps, plus elle était énervée. Elle n'appartenait pas à Fred Weasley. Elle ne lui avait jamais appartenu et elle ne lui appartiendrait jamais. Il était hors de question qu'il croit qu'il avait gagné. Il ne gagnerait jamais. Hermione ne le laisserait jamais faire. Perdue dans ses pensées, la jeune femme ne contrôla plus les gestes de son corps et ce qui se déroula par la suite fut quelque chose qu'elle regretterait amèrement très longtemps après.
24 Juillet 2015.
La sonnerie qui retentit dans toute la maison fit redescendre la Hermione adulte de son nuage. Elle se sentait étrange. Avoir fait remonter tous ses souvenirs à la surface avait eu un impact plus fort qu'elle ne l'aurait cru. Pourtant, ce n'était pas la première fois qu'elle repensait à son passé. Avec tout ce qu'elle avait vécu durant son adolescence, il était normal qu'elle y repense souvent. Mais cette fois, c'était différent... Elle s'était ressassé presque toute son histoire avec Fred et c'en était tellement douloureux que l'absence immédiate de son époux lui fit un pincement au coeur.
La deuxième sonnerie et la voix de Gaia provenant de sa chambre réveillèrent Hermione pour de bon. Elle se leva et se dirigea vers la porte pour accueillir ses invités. Lorsqu'elle ouvrit cette dernière, une petite tête rousse aux cheveux en bataille se jeta sur elle.
« Coucou, tatie Hermione! S'exclama une petite fille en la serrant entre ses petits bras.
- Hé, salut Leanne! Dis donc, qu'est ce que tu as grandi! Fit Hermione en s'agenouillant pour être à la hauteur de sa nièce.
- Alexie est jalouse, parce qu'elle pense que je vais bientôt la dépasser. Pépia la dénommée Leanne d'un ton malicieux.
- Eh, c'est pas vrai! S'exclama Alexie, vexée. »
Hermione rit et ébouriffa les cheveux cette fois-ci d'un noir de jais de son autre nièce, Alexie, de deux ans l'ainée de Leanne. Les deux soeurs, de respectivement six et quatre ans, rentrèrent en coup de vent dans la maison et allèrent aussitôt prendre place dans le canapé, comme si c'était à leur habitude. Hermione se releva et accueillit finalement les parents de ces deux teignes, à savoir ses vieux amis d'enfance.
« Dis donc Hermione, serait-ce une ride que je vois là? Plaisanta la femme en la serrant dans ses bras.
- Ne fais pas la maligne parce que tu as un an de moins que moi, Gin. Rétorqua la concernée avec un sourire. »
Ginny entra dans la maison et alla aussitôt surveiller ses filles. Juste sur le pas de la porte se trouvait le meilleur ami de Hermione depuis ce qui lui semblait toujours, tenant une autre petite fille en bas âge dans ses bras.
« Salut, Peyton! Fit Hermione d'une voix maternelle en embrassant la fille. Toi aussi, tu as beaucoup grandi.
- Elle ne parle toujours pas beaucoup. Fit savoir le père avec une moue.
- Bah, elle n'a qu'un an, ça viendra vite, tu verras, et là par contre, tu regretteras qu'elle sache faire plus que babiller.
- Harry, tu peux expliquer à tes filles qu'on ne saute pas sur le canapé, et encore moins sur le canapé des autres gens? Hurla Ginny depuis le salon. »
Le dénommé leva les yeux au ciel puis adressa une grimace à Hermione avant de rejoindre son épouse. L'hôte n'eut pas le temps de refermer la porte qu'une nouvelle famille apparut sur son palier. La première chose qu'elle entendit furent des cris de protestations et des rechignements.
« Moi aussi, je suis contente de te voir, Parkinson. Ironisa Hermione face à son ancienne ennemie.
- Désolée pour cette entrée Granger, mais figure toi que ma tête de mule de mari cherche à remettre tout ce qui ne va pas sur le dos de mes hormones et son pauvre enfant qui n'est même pas encore né, alors j'avoue que ça a tendance à m'irriter.
- Irriter, tu dis? Répéta Ron, bougon. »
Pansy le regarda avec des gros yeux afin de le défendre d'ajouter quoi que ce soit. Il adressa un clin d'oeil complice à Hermione, à qui il fit aussitôt la bise.
« Je m'excuse d'avance pour le comportement de ma femme adorée, qui risque d'être légèrement plus chiante que d'habitude ce soir. Lui glissa-t-il à l'oreille.
- Je t'entends, tu sais. Soupira la concernée.
- Je sais Parkinson, je sais. Dit-il simplement en déposant un baiser sur le front de Pansy. »
Cette dernière fit une légère grimace mais ne put s'empêcher de sourire dès que Ron eut le dos tourné. Elle défendit Hermione de lui en faire part, qui fit mine de cracher pour lui promettre. Pansy leva les yeux au ciel puis la prit dans ses bras.
« Ton homme commence à dangereusement déteindre sur toi, fais attention. Plaisanta-t-elle une fois leur étreinte terminée.
- Ne t'en fais pas, je contrôle la situation. Assura Hermione en riant.
- D'ailleurs, où est-il? Il n'a pas encore réussi à mettre sa cravate correctement?
- Il est encore à la boutique avec George, ils ont beaucoup de travail en ce moment.
- Oh, je vois. C'est bizarre, je les ai vu plus tôt dans la journée et ils n'en ont pas parlé.
- Vous êtes allés à la boutique? S'enquit Hermione, intriguée.
- Oui, mes teignes d'adolescents voulaient aller dire bonjour à leurs oncles préférés. Répondit Pansy en montrant du doigt les jumeaux Grace et Julian, tous deux adossés contre un mur, l'air profondément ennuyés d'être là.
- Je vois qu'ils sont toujours aussi... souriants.
- Un vrai bonheur à cet âge là, n'est ce pas? »
Lorsque Ron l'appela, Pansy s'excusa auprès de Hermione et alla rejoindre son mari, tout en saluant Harry et Ginny au passage. Alexie et Leanne, qui étaient toutes deux en adoration pour Pansy, se jetèrent d'un même mouvement autour de ses jambes et piaillèrent à tout va qu'elle leur avait manqué. La jeune femme sourit et plaisanta un instant avec ses nièces. Voyant que personne d'autre n'était encore arrivé, Hermione referma cette fois-ci la porte et alla rejoindre ses amis.
« Les fille, si vous voulez aller voir Timothy, il est dans sa chambre. Dit-elle aux filles de Harry et Ginny. »
Elles ne se firent pas prier et coururent à l'étage afin de retrouver leur cousin. Ginny les suivit du regard afin de s'assurer qu'elles ne se feraient pas mal en grimpant les escaliers et une fois que ses filles furent hors de sa vue, elle reporta son attention sur ses amis. Hermione fit la même remarque à Julian et Grace par rapport à Gaia, mais ce premier hocha la tête de gauche à droite.
« Je vais les laisser entre filles, elles parlent de choses inintéressantes quand elles sont ensemble. S'expliqua-t-il. »
Grace lui adressa un regard de travers auquel il répondit par un tirage de langue. Sa soeur l'ignora et remercia vaguement sa tante avant de monter les escaliers à son tour. Elle se rendit aussitôt devant la chambre de sa cousine et porta trois coups à la porte. Gaia lança un bref "Entrez!" et l'adolescente poussa aussitôt la porte, qu'elle referma après elle.
« Devine qui est lààààààà! Chantonna-t-elle. »
Gaia se retourna alors vers elle et poussa un petit cri d'excitation en se précipitant vers elle. Les deux cousines se firent un câlin de courte durée et se mirent à parler à la va vite, contentes de se revoir.
« Oh bon sang Gracey, j'ai des millions de choses à te raconter, c'est la misère en ce moment... Soupira soudain Gaia lorsque la pièce redevint silencieuse.
- De quel genre? S'enquit la concernée, légèrement inquiète.
- C'est à propos de... tu sais qui... Dit simplement la rouquine à voix basse, jetant des regards furtifs vers la porte.
- Voldemort? Je vois pas trop le rapport, ça fait des années qu'il a été vaincu par notre onc...
- Roh mais non, imbécile! Je parle de l'autre tu sais qui.
- Aaaaaah... Ce tu sais qui... D'accord. Bon. Qu'est ce qu'il s'est passé? Ne me dis pas qu'il t'a largué, sinon ça va mal aller pour lui.
- Non non, pas du tout, c'est juste que...
- Vous ne l'avez toujours pas dit à vos parents et il ne veut toujours pas le dire, c'est ça? Devina Grace après le silence de Gaia. »
Cette dernière hocha simplement la tête pour confirmer et suite à cela, se jeta sur son lit. Grace vint s'asseoir à ses côtés et passa son bras autour de ses épaules de façon réconfortante.
« Ne t'inquiète pas, ça viendra en temps voulu. C'est normal qu'il ait peur de le dire à ses parents, je te rappelle que vos familles ne sont pas exactement dans les meilleurs termes qui soient.
- Pourtant, ta mère s'est parfaitement intégrée dans la famille.
- Oui, mais que ma mère. Tu as déjà vu le reste de sa famille à elle? Non. Même nous, on ne les voit quasiment jamais. Après tout, ils l'ont plus ou moins renié quand elle s'est mariée avec mon père. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle a fait ça d'ailleurs, ils passent leur temps à se prendre la tête...
- Peut-être mais ils s'aiment. Du moins, c'est ce que ma mère et oncle Harry n'arrêtent pas de dire. Ça remonte à quand ils étaient à Poudlard, tu sais.
- Ouais ouais, j'ai entendu l'histoire un milliard de fois mais là, on s'en fiche. C'est de toi qu'il faut qu'on parle. Tu tiens vraiment à parler d'Erwann à tes parents en ce moment? Il a raison, vous devriez peut-être attendre encore un peu, voir si ça devient vraiment sérieux. On sait jamais, peut-être que vous ne serez même plus ensemble dans quelques mois.
- J'apprécie ton optimisme, Gracey.
- Non mais tu vois ce que je veux dire!
- Oui... Je pense avoir compris.
- Alors, voilà. Ne fais pas ta tête brûlée et attend de le revoir à la rentrée, vous en reparlerez calmement et vous aviserez pour la suite. De toute façon, vous n'êtes pas à un mois près.
- Hmm... Tu as sans doute raison.
- T'as pas l'air convaincue, pourtant.
- Je sais pas, c'est juste que... C'est fatiguant de toujours devoir se cacher. Tu te rends compte qu'il n'y a que toi et son meilleur ami à lui qui sont au courant que je sors avec Erwann Malefoy?
- Intéressant. Dit alors une voix derrière la porte. »
Gaia crut que son coeur allait s'arrêter. Fort heureusement, ce n'était pas la voix d'un adulte et Grace réagit au quart de tour.
« Ça t'amuse d'écouter aux portes, espèce de crétin fini?! S'égosilla-t-elle à l'intention de son frère, qui entrait alors dans la chambre.
- Ce n'est pas de ma faute si, juste au moment où je passe devant ta chambre pour aller voir si les enfants vont bien, vous parlez du petit copain défendu de Gaia. Dit Julian, qui semblait se délecter de la situation.
- Mais bien sûr, tu veux nous faire croire ça? Lança Grace d'un ton hargneux. Je parie que tu m'as suivi après que je sois allée à l'étage et que tu écoutes notre conversation depuis le début.
- T'es sacrément parano frangine, ça va, relax. Se défendit Julian. C'est simplement tantes Ginny et Hermione qui m'ont demandé d'aller vérifier si les enfants allaient bien.
- Julian... Je ne sais pas exactement ce que tu as entendu mais il faut que tu n'en parles à personne. C'est très important. Dit alors Gaia, morte d'inquiétude.
- T'en fais pas cousine, je n'avais pas l'intention de le répéter à qui que ce soit. Assura Julian avec un sourire.
- Eh bien, il semblerait que finalement, tu ais quand même hérité d'une once d'intelligence, bravo. Ironisa Grace.
- Dis, tu vas arrêter un peu? On dirait une gamine, t'as pas arrêté depuis qu'on est partis de la maison. Fit remarquer Julian d'un ton dur.
- C'est à cause de Papa et tu sais très bien pourquoi. Bougonna Grace.
- Tu t'en remettras, va. Bon, sur ce, je vous laisse mesdemoiselles, j'ai des enfants à aller surveiller.
- Tu me promets que tu ne diras rien, hein? Insista Gaia.
- Tu as ma parole Gaia, je ne dirais rien. Répondit Julian, l'air sincère. »
Légèrement rassurée, elle lui adressa un sourire qu'il lui rendit avant de quitter la chambre. Grace leva les yeux au ciel et reporta son attention sur sa cousine, qui semblait très nerveuse.
« T'en fais pas Juliette, ton Roméo ne sera pas découvert. Plaisanta-t-elle en lui donnant un petit coup dans l'épaule.
- J'espère bien... Je ne voudrais pas que mes parents l'apprennent par Julian.
- Oh, il n'est pas suicidaire au point de se mettre sa teigne de cousine à dos, donc je pense que tu n'as pas de soucis à te faire. »
Gaia lui adressa un regard moqueur, duquel elles finirent toutes deux par rire. La jeune rouquine finit par oublier son problème et à simplement parler de choses banales avec sa cousine.
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« Quand est ce qu'on s'en va?
- Bientôt, trésor, bientôt.
- C'est la troisième fois que tu dis ça, quand est ce qu'on s'en va vraiment?
- Dis donc, c'est que t'es sacrément têtue! Encore quelques minutes et on s'en va, je te le promets, d'accord? »
Candice hocha la tête et Fred lui fit un baiser sur le front avant de retourner s'asseoir près de son frère jumeau sur le canapé, qui fixait un point au loin, l'air songeur.
« Est ce que... Commença Fred.
- Non, on ne répétera pas encore ta demande en mariage. Le coupa aussitôt George d'un ton las.
- Georgie, c'est une soirée importante pour moi, tu peux comprendre que je veuille y aller avec un minimum d'assurance!
- Je ne m'inquiète pas pour toi, tu sauras improviser, comme toujours.
- Merci pour le soutien, j'apprécie...
- Écoute. Commença George, en se tournant finalement vers son frère. On parle de Hermione Granger. D'accord? Vous êtes ensemble depuis maintenant plus de dix-sept ans, vous avez deux enfants ensemble, vous êtes fou l'un de l'autre et vous vous êtes très bien cernés l'un comme l'autre. C'est comme si vous étiez deux moitiés d'un même être. C'est pour ça que je t'assure que tout sera naturel dans cette demande en mariage, elle acceptera, tu pleureras, elle pleurera, tout le monde pleurera et fin de l'histoire, pas besoin d'en faire tout un plat.
- Waouh... Dis donc, tu sais comment remotiver les troupes toi.
- Je suis sérieux, Fred. Et tu sais très bien que j'ai raison.
- Certes... Soupira le dénommé. Eh, y'a un truc auquel j'avais pas pensé.
- Vas-y, dis.
- Je la demande en mariage avant ou après que Marietta soit arrivée? »
George se mit à tousser brusquement et couva son frère d'un regard sidéré. Ce dernier ne semblait pas comprendre la réaction de son jumeau.
« J'espère que tu plaisantes?! Réussit à dire George, le visage rouge.
- Ben pourquoi? C'est vrai non, il faudrait peut-être que je me mette d'accord sur ça avant d'y aller. C'est quoi le mieux, à ton avis?
- Nom d'une chouette Fred, jamais de ma vie je ne t'ais entendu dire quelque chose d'aussi débile, et pourtant t'en as dit, des choses stupides!
- Au lieu de me traiter d'abruti, si tu pouvais juste répondre à ma question, ce serait bien.
- Mais enfin... Tu comptes sérieusement lui dire de venir? Même après tout ce qu'on a dit tout à l'heure?
- Et toi, tu m'écoutes quand je parle? Je suis dans une impasse, je ne peux pas me défiler, je l'ai invité alors maintenant, je dois respecter ça.
- Mais tu ne la reverras peut-être plus jamais de ta vie, et puis même si c'est le cas, tu lui diras que le hibou est allé à la mauvaise adresse, c'est tout.
- J'ai pas envie de faire ça, George. C'est irrespectueux et malpoli.
- Tu peux te permettre de faire une entorse à ton comportement de gentleman quand il s'agit de Marietta Edgecombe, crois moi.
- Et qui est en train de dire des trucs stupides et débiles, maintenant?
- Oh ça va, ne te vexe pas...
- Je ne suis pas vexé. Juste déçu que tu ne comprennes pas mon raisonnement.
- Mais je le comprends, ton raisonnement! Enfin... Je crois. Mais c'est juste que... Bon. Tu veux une réponse à ta question? Très bien. Demande Hermione en mariage dès que Marietta sera là, comme ça elle comprendra une bonne fois pour toutes qu'elle n'a plus aucune chance avec toi.
- Elle n'a pas l'intention de me remettre le grappin dess...
- Fred, je t'en prie. Depuis le début, elle essaye de te reconquérir. Ça m'étonnerait que ça ait beaucoup changé aujourd'hui. »
Fred ne sut plus quoi dire. Il devait admettre que George avait probablement raison. Dans ce cas, le mieux à faire était effectivement de faire la demande une fois que Marietta serait là. Au moins, les choses seraient définitivement claires.
« Bon, on peut y aller maintenant? Je ne sais pas si tu as remarqué mais ta filleule a hâte de voir sa famille. Dit soudain George, coupant Fred de ses pensées.
- Allez-y tous les deux, je vous rejoins après. Répondit Fred, l'air évasif.
- Tu es sûr? Demanda George, inquisiteur.
- Oui, ne t'en fais pas. J'ai juste besoin de... d'être un peu seul. De réfléchir.
- Bien sûr, je comprends. »
George adressa un sourire encourageant à son frère et ils échangèrent une poignée de main dont eux seuls avaient le secret. Le premier appela Melody, qui accourut aussitôt vers lui. Ils transplanèrent quelques instants après en ayant adressé des signes de main à Fred. Une fois seul, il s'avachit dans le canapé et ferma les yeux. Tant de souvenirs étaient remontés à la surface depuis qu'il avait vu Marietta. Des souvenirs en rapport à elle bien sûr, mais également concernant, il l'espérait, sa future femme. Oh oui, leur histoire avait été difficile. Elle avait mis du temps à se mettre en place mais surtout, ils avaient eu du mal à admettre l'un à l'autre qu'ils avaient des sentiments. De l'admettre à eux même. C'était ce qui rendait leur histoire singulière et intéressante.
...
Bonjour/Bonsoir!
Me voilà de retour avec ce petit -grand?- chapitre 18! Comme promis, je publie la suite début mai, si vous avez de la chance, vous aurez le chapitre 19 dans deux semaines, juste après mes partiels. (je serai enfin en vacances d'été jusqu'à fin septembre, que du bonheur! -pas taper, pas taper-)
J'espère que ce chapitre est à la hauteur de vos attentes, il est légèrement plus long que d'habitude mais je pense que ça compense pour tout le temps où vous l'avez attendu!
Je tiens à faire une légère précision: oui, Hermione a bel et bien couché avec Sebastian, au cas où vous vous seriez posés la question car ce n'est pas très explicite (j'aime faire dans la subtilité héhé). D'habitude, je n'aime pas donner cet aspect là à notre petite Hermione, surtout avant ses 17 ans, mais tout est prévu d'avance, car cela aura un impact sur la suite. Je sais que je ne suis pas la seule à vociférer quand Hermione perd sa virginité aussi bêtement mais vous verrez, ça prendra tout son sens plus tard!
Sinon, qu'en avez-vous pensé? Le passage dans la remise? Dans la chambre de Fred? Plus tard avec Hermione et Sebastian? Le retour dans le présent avec les Potter et Weasley arrivés au fameux dîner? La discussion entre Gaia, Grace et l'interruption de Julian? Dîtes moi tout!
Je vous remercie de me laisser des reviews pour me donner vos avis, d'autant plus qu'elles me font toute chaud au coeur, votre soutien me fait énormément plaisir, sachez le. Je vous embrasse et je vous dis, je l'espère, à très bientôt!
Morgane.
