N.B. : Bonsoir! Et non, vous ne rêvez pas, je viens bien de publier un nouveau chapitre après un long moment d'absence (et les deux derniers vont suivre juste après...) (Je ne sais pas si des personnes lisent toujours cette fanfiction mais sait-on jamais!)
Confinement oblige, je suis retombée sur cette fanfiction et je me suis dit que c'était quand même bien dommage que je n'ai jamais trouvé le temps de la terminer... J'avais les idées, mais plus l'inspiration. Puis la vie a suivi son cours... Mais je ne pouvais décemment pas laisser cette histoire sans fin, je voulais réellement la terminer car elle me tenait à cœur. Et voilà chose faite! Elle est bel et bien finie, tout est écrit et prêt à être mis en page. Et publié, bien évidemment.
Comme je disais plus haut, je ne sais pas si des personnes lisent toujours cette fanfiction et liront donc la fin mais sachez que ça a été un véritable challenge d'écrire ces derniers chapitres car ayant été absente aussi longtemps, j'avais bien évidemment la pression de bien faire et de la finir comme il se doit. Je ne pense pas que ce soit une fin parfaite, ça paraît impossible et je ne sais pas si ce sera une fin satisfaisante, mais en tout cas, il y a une fin, et j'espère que ce sera déjà suffisant... J'appréhende beaucoup vos réactions, j'espère que vous ne m'en voudrez pas d'avoir attendu si longtemps pour publier une fin qui ne sera sûrement pas à la hauteur de vos attentes, mais j'espère aussi que vous apprécierez votre lecture!
J'ai essayé de rester fidèle à mon style d'écriture d'avant et à l'histoire, j'ai probablement omis quelques détails parce que je ne me rappelais pas exactement de tout mais j'ai vraiment essayé d'être le plus détaillée et exacte possible. Voilà, bon, j'arrête de tergiverser et vous délivre ma petite production! Bonne lecture, et soyez indulgent.e.s svp :)
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Chapitre 23.
24 Juillet 2015.
« Je peux savoir ce qu'elle fait là?
- Laisse-moi t'expliquer...
- Expliquer quoi? Que tu as eu envie de reconnecter avec une traîtresse et que c'est pour ça que tu l'as invitée à venir le soir de l'anniversaire de ton fils? Je l'ai compris toute seule merci, je ne suis pas idiote.
- C'est pas du tout ça, éc...
- Oh et puis, j'ai pas envie de t'entendre te justifier, peu importe ce que tu diras, ça n'ira pas, parce que je suis très en colère contre toi!
- C'est ridicule, à t'entendre, on dirait que je t'ai trompé avec elle!
- C'est tout comme. »
Fred lâcha un rire étranglé et passa ses mains dans ses cheveux, tâchant de rester calme. Hermione tapait du pied de manière hystérique et ne quittait pas son conjoint du regard, un regard noir et amer.
« Tu sais très bien ce que je pense de cette femme, ce que tout le monde ici pense d'elle mais tu n'en as quand même fait qu'à ta tête, comme d'habitude. Continua Hermione, révoltée.
- C'était il y a presque vingt ans maintenant, je croyais que tu étais la première à dire qu'il ne faut pas être rancunier et laisser une seconde chance aux gens.
- Sauf quand les gens en question s'avèrent être Marietta Edgecombe.
- Et après, c'est moi qui n'en fais qu'à ma tête...
- Mais enfin Fred, tu te rends compte de ce qu'elle nous a fait quand on était jeunes ? Et là, je ne parle pas seulement de l'AD. Est-ce que je dois aussi te rappeler le comportement qu'elle a eu envers moi ? En fait, ça dépasse littéralement mon entendement que tu aies pensé que ce serait une bonne idée de l'inviter chez nous pour enterrer la hache de guerre. Et de me laisser devant le fait accompli, qui plus est ! Tu sais quoi ? Je n'ai plus envie de gaspiller ma salive inutilement, tu agis comme un gamin égoïste et c'est tout. Maintenant, si tu permets, j'ai un parasite à aller mettre dehors. »
Sur ces mots, Hermione ne laissa pas à Fred la possibilité d'ajouter quoi que ce soit et sortit de la chambre où ils s'étaient isolés afin de régler leurs comptes. Le rouquin se traitait de tous les noms mentalement. Qu'est-ce qu'il lui avait pris quand il avait invité Marietta cet après-midi? C'était sans aucun doute la chose la plus stupide qu'il ait fait dernièrement. Peut-être même de toute sa vie. Sa demande en mariage était sérieusement compromise et qui sait combien de temps encore Hermione lui en voudrait? Qui sait si ça ne nuirait pas à leur relation? Non, le jeune homme ne voulait pas avoir de pensées aussi sombres.
De retour au salon, l'ambiance était plus étrange que jamais. Ginny et George avaient emmené les enfants à l'écart afin de ne pas faire une scène devant eux, une scène qu'ils ne comprendraient pas.
« Pourquoi vous faites tout ce cinéma, au juste ? S'insurgea Marietta, qui n'appréciait pas réellement la façon dont elle était traitée.
- On a pas particulièrement envie que la maison de Fred et Hermione devienne une scène de crime, vois-tu. Non pas que ça nous fasse plaisir mais c'est pour ton bien. Répondit sèchement Ginny.
- Trop aimable. Ironisa l'ancienne Serdaigle avec une moue moqueuse.
- Eh, ne commence pas à faire ton ingrate, au cas où tu ne l'aurais pas encore remarqué, ta présence ici ne ravit personne. Intervint George, fortement agacé par le comportement de la femme.
- Elle doit au moins en ravir un. Je vous rappelle que Fred m'a invitée.
- Oui, d'ailleurs, où est ce sombre idiot, que j'aille le frapper? Lança George. »
A ce moment-là, il aperçut Hermione descendre les escaliers, l'air soucieux. Il était plus qu'évident qu'elle venait d'avoir une dispute avec Fred. Après tout, Marietta Edgecombe avait toujours été un problème au sein de la relation de Fred et Hermione, avant même qu'elle ne commence réellement. De plus, personne ne pouvait oublier le moment fatidique où elle avait trahi l'AD sans cligner des yeux. Les années étaient passées, mais les souvenirs de la guerre restaient ancrés dans les mémoires de chacune et chacun, et il était par conséquent difficile de passer outre les événements qui avaient précédés de la sorte. L'année où l'impitoyable et redoutable Dolores Ombrage avait été enseignante, puis à la tête de Poudlard restait sans aucun doute l'une des pires de l'histoire de la prestigieuse école de sorciers.
« Où est Fred? Demanda George à sa belle-sœur.
- Toujours là-haut. Répondit amèrement la concernée.
- Il est toujours en un seul morceau?
- Malheureusement.
- On peut régler ça, si tu veux. Intervint Ginny, en dardant Marietta d'un regard glacial.
- J'arrive pas à croire à quel point vous êtes malpolis! S'insurgea soudain Marietta, se plaçant au centre de la pièce afin d'être vue de toutes et tous. Je vous signale que ce que vous me reprochez à priori toujours s'est passé il y a vingt ans! Vous ne croyez pas qu'il serait temps de tourner la page et de pardonner une erreur de jeunesse? J'ai hésité avant d'accepter de venir ici, à ce repas mais je voulais croire que j'avais votre rédemption et votre pardon, que le passé est passé, alors je me suis lancée. Visiblement, j'avais tort.
- Oh pitié, épargne nous ça, range tes violons. Soupira Ginny en levant les yeux au ciel.
- Voilà, vous me laissez même pas m'exprimer!
- Tu vois bien que tu n'es pas la bienvenue ici, Marietta. Tu ferais mieux de t'en aller, tu ne crois pas? »
La réplique cinglante de Harry dissuada quiconque était tenté de prendre la parole par la suite. Tous les regards dans la pièce se tournèrent vers le Survivant, qui était d'ordinaire plutôt discret mais qui, à l'instant présent, n'exprimait rien d'autre qu'une froideur implacable. Il fut évident que de toutes ces personnes qui lui faisaient des reproches, Harry Potter était celle qui atteignait le plus Marietta.
« Je… Débuta-t-elle, confuse.
- On se rappelle bien que c'était il y a vingt ans. L'interrompit Harry, visiblement décidé à s'exprimer. On s'en rappelle très bien, même. Comment oublier un moment comme celui-ci, après tout ? Certes, le temps est passé. On pourrait même dire que de l'eau a coulé sous les ponts. Nous avons tous fait notre vie. Mais ce n'est pas pour autant qu'on va te faire la charité et t'accepter à notre table. Ce n'est pas pour autant que nous allons déguster un bon repas avec toi comme si rien ne s'était passé. Tu as compromis l'AD. Tu nous as trahis. Même si l'on pardonne, on n'oublie pas. On ne pourra jamais oublier, Marietta. »
Le silence de plomb qui accompagna le petit discours de Harry plongea la pièce encore si chaleureuse quelques instants auparavant dans une ambiance sinistre. Ressasser le passé, en particulier ce passé-là, n'était jamais une expérience agréable pour tous les adultes présents dans la demeure des Weasley-Granger. Tout le monde se prit soudain d'admiration pour ses chaussures tandis que Marietta, que les paroles de Harry avaient sans grande surprise ébranlée, tâchait de garder la tête haute, malgré les larmes qu'il était possible de voir perler aux coins de ses yeux.
« Et bien, c'est fortement regrettable. Je suis désolée d'avoir causé tant de tort et ne vais pas vous contrarier bien plus longtemps. Passez une agréable fin de soirée. »
Sur ces paroles dépourvues de chaleur, Marietta tourna les talons, le regard résolument fixé devant elle, et s'avança sans traîner des pieds vers la porte d'entrée. Avant qu'elle ne puisse poser la main sur la poignée, quelqu'un se planta devant elle, les bras croisés contre sa poitrine.
« Oh bon sang, vous pensez pas que la Sainte-Marietta a assez duré comme ça ? S'exclama l'ancienne Serdaigle, désormais agacée.
- Je souhaiterais juste te dire quelques mots avant que tu t'en ailles, si tu permets. Histoire qu'on clarifie les choses une bonne fois pour toutes. »
Marietta haussa un sourcil en écoutant la doléance de Hermione et l'incita du regard à poursuivre, sans juger nécessaire d'ajouter quoi que ce soit elle-même.
« Pour reprendre les termes de Harry, on pardonne mais on n'oublie pas. Tu as fait preuve de beaucoup de méchanceté envers moi quand on était adolescentes, et je reconnais que je n'ai pas été très tendre avec toi de mon côté non plus. Je n'ai jamais oublié la fois où tu m'avais ouvertement menacée parce que tu estimais que je tournais autour de Fred. Avec le recul, je me rends compte que ce n'était absolument pas féministe tout ça… Enfin bref, là n'est pas la question. Je n'ai pas oublié mais j'avais décidé de faire ma paix avec cette histoire, afin de préserver le bonheur et la sanité de mon couple. Et jusqu'à présent, ça a marché. J'ai une famille magnifique. Ça a très très bien marché, en fait. Jusqu'à ce que tu refasses apparition dans le paysage, bizarrement. Je ne m'étais pas disputée avec Fred comme je l'ai fait ce soir depuis très longtemps. Je ne cherche pas à remettre tout ça sur ton dos, mon imbécile de conjoint a parfois de drôles d'idées quand il décide de ramener son ex-copine méprisée de tous au repas d'anniversaire de son fils. Mais encore une fois, là n'est pas la question. Je veux en venir au fait que, malgré toutes les crasses que nous avons pu nous faire plus jeunes, malgré les obstacles que tu as pu représenter auparavant à mes yeux, malgré l'histoire de l'AD même… Je te pardonne, Marietta. »
Des exclamations et des protestations se firent entendre derrière les deux jeunes femmes, plus particulièrement venant de Ginny et de George. Hermione leur fit un signe de la main pour leur intimer de se taire et curieusement, le silence se fit instantanément. On pouvait deviner que Hermione n'avait pas encore terminé sa tirade.
« Oui, j'ai décidé de te pardonner, Marietta. Je te pardonne car nous étions jeunes et naïfs. Nous en faisions énormément, des erreurs. Alors je ne vois pas l'intérêt de te jeter la pierre encore aujourd'hui, maintenant que tout cela est derrière nous. Mais quand bien même, je reprends de nouveau les mots de Harry, on ne pourra jamais oublier. Alors je te pardonne pas pour te dédouaner ou soulager ta conscience d'un poids. Je ne le fais pas pour toi. Je le fais pour nous, pour qu'on tourne enfin la page, pour qu'on laisse cette rancœur malsaine là où elle appartient, dans le passé. Et surtout, je le fais pour moi. Sur ce, je te souhaite une bonne fin de soirée et une belle vie. »
Hermione accompagna ses mots en ouvrant la porte d'entrée et en indiquant l'extérieur à Marietta pour l'inciter à sortir. Cette dernière n'avait pas bronché tout du long que Hermione lui avait parlé et ne se fit pas prier pour mettre un pied dehors et partir. Elle se figea sur le pas de la porte et, les poings serrés, elle se retourna et pointa un doigt accusateur vers la petite assemblée qui avait assisté à la scène qui venait de se dérouler.
« Vous n'êtes qu'une bande d'hypocrites, si vous croyez que vous êtes tout blanc et que vous n'avez jamais fait de bavure, permettez-moi de remettre les pendules à l'h… »
La fin de sa phrase fut happée par le bruit sourd de la porte que Hermione venait de lui claquer au nez. Ginny laissa échapper un ricanement étouffé et les autres n'osèrent rien dire. La plus gênée de toutes et tous était sans aucun doute Felicity, qui avait assisté à toute la scène en ne comprenant absolument pas ce qu'il était en train de se passer, sans pour autant poser la question afin de ne pas s'attirer inutilement les foudres des concernés.
« Bien ! S'exclama Hermione, comme si de rien n'était. Une bonne chose de faite. Et si nous revenions à nos moutons ? »
Personne ne sut que répondre, jusqu'à ce qu'on entende des applaudissements discrets. L'attention se porta alors sur l'auteur de ce geste, qui n'était autre que Harry.
« Je crois que je n'ai jamais été aussi fier de toi, Hermione. Dit-il avec un léger sourire.
- Ouais, tu fais plus peur quand tu parles calmement que quand tu t'énerves, je dois dire. Avoua George, qui restait de marbre face à ce qu'il venait de témoigner.
- Il fallait bien que quelqu'un lui dise tout ça un jour. Répondit Hermione. C'est en la voyant et en ayant toutes ces vieilles émotions qui remontent à la surface que j'ai compris que ça pouvait plus durer comme ça. Il fallait la pardonner pour aller de l'avant.
- Mouais, je suis pas convaincue que c'était la meilleure chose à faire, quand même. Grommela Ginny.
- Surtout pas devant les enfants… »
Ce fut la remarque soufflée de manière presque inaudible par Felicity qui ramena tout le monde à la raison et leur rappela un élément essentiel. Tous les enfants étaient entassés dans l'encadrement de la porte reliant le salon à la chambre d'amis où on leur avait dit d'aller, silencieux et attentifs à ce qu'il se passait. Ils regardaient leurs parents d'un air inquisiteur, les plus jeunes ayant même l'air affolés.
« Oh c'est pas vrai… Soupira Hermione, désolée de ce qu'il venait de se passer.
- Alors, qu'est-ce que j'ai manqué ? Demanda Fred en descendant nonchalamment les escaliers. »
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Par Merlin, le temps ne m'a jamais paru aussi long…
Ron ne cessait de se faire ce genre de réflexion, assis sur une chaise dans la salle d'attente de Sainte-Mangouste, tandis que sa femme accouchait à seulement quelques mètres de là où il était. Son regard alternait entre la porte battante d'où il avait vu le dernier Médicomage s'engouffrer et la pendule qui affichait l'heure qui passe. Cela faisait déjà soixante-sept minutes qu'il avait confié Pansy à l'équipe soignante qui l'aiderait à mettre leur enfant au monde mais il semblait que cela faisait bien plus longtemps que cela. Ses pieds tapaient le sol dans un rythme décalé, ses mains croisées sous son menton. Ginny devait le rejoindre d'une minute à l'autre et pourtant, toujours pas de trace de sa sœur dans les parages. Ron se demandait ce qu'il se passait chez Fred et Hermione pour qu'elle mette tant de temps à arriver…
Puisqu'il n'avait rien de plus intéressant à faire dans cette attente, il laissa ses pensées vagabonder et repensa à un moment qui fut décisif dans sa relation avec Pansy Parkinson. Un moment qui avait tout changé pour eux…
06 Décembre 1997.
Ron fronça les sourcils lorsqu'il entra dans la chambre qu'il avait réservée pour la nuit dans un vieil hôtel miteux d'une région d'Angleterre dont il n'avait pas pris la peine de retenir le nom. Il savait que son frère Bill était d'accord pour l'accueillir encore quelques temps mais il avait besoin de se retrouver seul un moment pour réfléchir.
Après avoir quitté Harry et Hermione sous le coup de la colère que lui avait inspiré le Horcruxe, il avait aussitôt regretté sa décision et avait essayé de les retrouver. Evidemment, il n'avait pas pu, puisque Hermione protégeait tous les endroits où ils se rendaient de puissants sorts les rendant indétectables. Ce n'était même pas envisageable de retourner au Terrier, il s'était donc rendu chez son frère Bill et lui avait demandé s'il pouvait rester quelques temps chez lui. Ce dernier avait bien évidemment accepté mais Ron savait très bien que son frère regrettait les moments où il pouvait être seul avec sa femme, Fleur. Il était donc parti quelques jours et se retrouvait à dormir dans des endroits tous plus misérables les uns que les autres. Bientôt, il n'aurait même plus les sous pour se les offrir et il serait obligé de retourner chez Bill. En attendant, il profitait de ces moments de solitude qui, bien que très souvent déprimants, avaient quelque chose de réconfortant.
L'ambiance était tendue dans le monde magique. Des Rafleurs, à la recherche des Né-Moldus, rôdaient partout et Ron avait dû plusieurs fois leur filer entre les doigts. Il avait beau être de Sang-Pur, il était un Weasley et il était non seulement connu comme un Traître à son Sang mais surtout comme le meilleur ami de Harry Potter. Il se devait d'être prudent.
Il posa son unique sac de voyage sur le lit minable où il allait dormir cette nuit. Repenser à Harry l'avait soudain attristé, il descendit donc au bar de l'hôtel afin de boire un coup qui, il espérait, lui remonterait légèrement le moral, ou lui permettrait au moins d'oublier ses problèmes pour quelques heures.
L'orage tonnait dehors et la pluie tombait en sceaux d'eau continus. Il n'était même pas dix-neuf heures et le ciel était noir. Ron prit place au bar et demanda un verre de Whisky-Pur-Feu au barman. Ce dernier, à l'aspect repoussant, grommela et s'exécuta aussitôt. Ron laissa l'argent sur le comptoir et plongea son regard dans son verre. Éviter tout contact visuel avec les individus était sa principale devise depuis qu'il était, ce qu'il appelait, "en cavale". C'est alors que la chaise à ses côtés se racla et il entendit quelqu'un y prendre place. Il déglutit. Il était la seule personne assise au bar et il fallait qu'on vienne s'asseoir juste à côté de lui? C'était louche.
« Pareil que le jeune homme, s'il vous plaît. Dit alors une voix féminine. »
Je connais cette voix, se dit aussitôt Ron. Il se risqua à tourner légèrement la tête à sa gauche et entrouvrit la bouche lorsqu'il vit face à qui il se retrouva.
« La forme, Weasley? Lui demanda-t-on d'une voix trainante.
- Nom d'une chouette Parkinson, qu'est-ce qu'il t'est arrivé?! »
La susnommée tourna la tête pour le regarder dans les yeux et la différence frappa immédiatement Ron. Elle était beaucoup plus pâle qu'avant, ses yeux étaient soulignés par des cernes profondément creusées et son regard était dénué de vie. La voir ainsi lui fit l'impression d'un coup de poing dans l'estomac.
« Tu as... une sale tête. Ajouta-t-il, ne sachant que dire d'autre.
- Tu peux parler, toi. Tu t'es vu dans un miroir récemment? Rétorqua-t-elle.
- J'évite, je sais que je me ferais peur. »
La jeune femme acquiesça un léger sourire et remercia le barman qui lui amena son verre de whisky. Elle le but d'une traite, sous le regard de Ron, qui n'en revenait pas.
« Qu'est-ce que tu fais là? Lui demanda-t-il, trop curieux.
- J'ai bien peur de pouvoir rien te dire. Soupira-t-elle en guise de réponse.
- C'est parce que nous sommes en public?
- En partie, oui.
- C'est quoi l'autre partie?
- C'est toi.
- Comment ça?
- Je peux pas te le dire à toi, c'est tout.
- Hmm je vois. L'emploi du verbe "pouvoir" à la place de "vouloir" est intéressant, cela dit. »
Pansy baissa les yeux à cette remarque et se mordilla légèrement la lèvre inférieure. Ron l'observa et remarqua que ses lèvres étaient plutôt gercées mais toujours aussi attirantes. Il se raisonna mentalement et sur un coup de tête, il se pencha vers elle, non sans lever les yeux au ciel juste avant, puis lui murmura quelque chose à l'oreille.
« Je suis dans la chambre 953 au troisième étage, rejoins-moi si tu veux parler de ce que tu peux pas dire. »
Sur ce, il se leva et partit en direction des escaliers qui menaient aux chambres. Il sentait le regard de la Serpentard dans son dos et en frissonna. Il ne savait absolument pas pourquoi il avait fait ça. Était-il fou? Ouvertement dire à Pansy Parkinson où il se trouvait pour la nuit? Et si elle décidait de venir l'assassiner? Ou alors qu'elle le torturait pour qu'il lui révèle la localisation d'Harry? Cela enlèverait très certainement une épine du pied à Voldemort. Mais étrangement, Ron se disait qu'il pouvait faire confiance à Pansy. C'était totalement absurde, ridicule, stupéfiant mais c'était ainsi qu'il le ressentait. De toute façon, elle ne viendrait très certainement pas le voir.
Il était presque vingt-deux heures quand Ron entendit toquer à sa porte. Il se raidit ostensiblement et agrippa sa baguette avant de se lever du lit et aller voir qui venait de toquer. Il ouvrit tout doucement la porte, restant sur ses gardes. Il abaissa sa baguette lorsqu'il vit Pansy sur le pas de la porte, son regard n'osant pas croiser le sien, les bras croisés sous sa poitrine.
« Tu vas me proposer d'entrer ou quoi? Lui lança-t-elle, toujours sans le regarder. »
Surpris, il s'effaça afin de la laisser passer, ce qu'elle fit de manière incertaine. Il referma la porte et aussitôt, le silence s'installa.
« Je t'aurais bien offert quelque chose à boire mais... Commença Ron, affreusement gêné.
- Je sais, je sais. Dit-elle simplement, l'air mal à l'aise.
- Euh... Je t'en prie, hmm... Assieds-toi. Lui proposa-t-il en montrant le lit du doigt. »
La jeune femme ne se fit pas prier et s'assit aussitôt sur le bord du lit, croisant immédiatement ses jambes. Ron hésita mais vint finalement s'asseoir à ses côtés, laissant néanmoins une distance raisonnable entre les deux jeunes gens.
« Le matelas est tellement usé que je sens les ressorts. Fit remarquer Pansy d'une voix plate.
- Oh... Ouais. C'est pas vraiment le top du confort ici. Ajouta Ron, se passant une main dans la nuque.
- C'est un euphémisme. »
Ron finit par poser son regard sur Pansy, qui s'obstinait à admirer ses chaussures. La jeune femme semblait avoir quelque chose au bout de la langue mais elle ne disait toujours rien. Rapidement lassé, le rouquin décida de prendre les choses en main.
« Bon, je suppose que si tu es venue ici, ce n'est pas pour qu'on reste assis comme ça toute la nuit à regarder dans le vide, non?
- A vrai dire Ronald, je sais même pas pourquoi je suis venue. »
Le susnommé frissonna à l'entente de son prénom prononcé avec la voix de la jeune femme mais se ressaisit bien rapidement.
« Je pense savoir. C'est simplement parce que tu as besoin de parler. »
Pansy releva enfin les yeux pour les poser sur Ron. Ce dernier sentit une drôle de sensation dans son estomac au contact du regard de la jeune femme sur lui. C'était la première fois que c'était aussi fort. Il avait déjà ressenti des choses curieuses à l'égard de Pansy Parkinson mais cette fois-ci, c'était différent. C'était désagréable mais doux à la fois. Il n'arrivait pas vraiment à mettre le doigt dessus. C'était... étrange.
« Je... n'ai nul part où aller. Avoua-t-elle finalement, la voix brisée. »
Ron ne pensait pas avoir déjà été autant mal à l'aise qu'à ce moment-là. Pansy Parkinson était à ses côtés, tâchant de retenir les larmes qui coulaient sur ses joues. Qu'était-il censé faire? La laisser pleurer ou... la réconforter? Il se rapprocha maladroitement d'elle et s'apprêta à la prendre dans ses bras mais il s'abstint à la dernière minute et se contenta de lui tapoter l'épaule de manière saccadée.
« Tu peux plus retourner chez toi? Demanda-t-il, intrigué.
- C'est pas que je peux plus, c'est que je ne veux plus. Répondit-elle avant de renifler. C'est un véritable enfer chez moi, je... je peux plus supporter tout ça. »
Le Gryffondor savait pertinemment que Pansy vivait entourée de Mangemorts depuis qu'elle était née. Elle en était probablement une elle-même. Mais en voyant la jeune femme dans un état pareil, il comprit enfin que peut-être les enfants de Mangemorts n'avaient jamais eu leur mot à dire et avaient été obligés de vivre de cette façon alors qu'ils n'avaient jamais rien demandé. Ils n'avaient sûrement jamais eu le choix.
« Je ne suis probablement pas le mieux placé pour ça mais... Tu peux me parler, si ça peut te permettre de te sentir mieux. Lui dit-il, choisissant ses mots avec attention. »
Pansy cessa de pleurer et le regarda de ses yeux brillants. Des larmes dégoulinant encore sur ses joues, elle se mit à rire, laissant Ron perplexe.
« Ouais, tu es loin d'être le mieux placé pour ça, Weasley. Dit-elle finalement en se calmant légèrement. C'est pas avec toi que je risque de parler de ce genre de problèmes.
- D'accord, dans ce cas tu en parles avec qui? Malefoy? Zabini? Nott? Je les vois nulle part, où sont-ils? »
Pansy pouffa de manière moqueuse et le darda d'un regard noir. Ron ne se laissa pas abattre et lui adressa un sourire tandis qu'il haussait un sourcil. Elle secoua la tête et baissa de nouveau ses yeux.
« C'est des trucs de Mangemort, tu pourrais pas comprendre... Soupira-t-elle.
- Essaye toujours.
- Pff, comme si j'allais parler de ce genre de choses avec le toutou de Potter. Se moqua-t-elle, l'air beaucoup moins convaincante que d'habitude.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis seul et il n'est pas dans les parages.
- C'est la fin du grand amour?
- Moi aussi, j'ai des choses dont je peux pas parler avec toi, tu vois. »
Pansy inspira un moment avant d'expirer tout aussi longtemps. Elle se tourna vers Ron et ferma les yeux, l'air de réfléchir profondément avant de dire quoi que ce soit. Le jeune homme attendait patiemment.
« Je suis actuellement en mission pour le Seigneur des Ténèbres mais j'y arrive pas, alors je suis terrorisée à l'idée de retourner chez moi et voir ma famille punie pour mon incapacité, comme le père de Drago. Lâcha-t-elle sans pause et rapidement.
- Oh... Dit simplement Ron.
- Je te dirai évidemment pas en quoi consiste ma mission car c'est secret mais j'ai l'impression que c'est impossible à accomplir et je me demande s'il ne l'a pas fait exprès, comme ça il pourra punir mes parents pour me punir moi. J'ai peur et je sais plus quoi faire. »
Ron resta silencieux, ne sachant pas comment réagir devant la détresse de sa comparse. Il la détestait tellement auparavant et maintenant, il éprouvait de la pitié pour elle. C'était plus dur à gérer qu'il ne l'aurait cru. C'était tellement plus facile de mépriser quelqu'un.
« Je peux pas vraiment t'aider... mais je peux au moins te proposer une chose.
- Ah ouais? Et quoi? S'enquit sarcastiquement Pansy.
- Reste ici cette nuit. Lâcha alors Ron.
- Je... Quoi? S'exclama la jeune femme, interloquée.
- Dors ici. C'est pas le grand luxe comme tu as sûrement l'habitude mais c'est mieux que de passer la nuit dehors.
- Je peux pas accept...
- Bien sûr que si, tu peux. Je dormirai sur le fauteuil et te laisserai le lit mais je serais plus rassuré si tu restais ici cette nuit plutôt que si tu partais errer n'importe où, là où quelqu'un pourrait te faire du mal.
- Tu t'inquiètes pour moi, maintenant? C'est mignon. Le charria-t-elle avec un mince sourire.
- Non, je... Enfin si mais non, pas vraiment, je... Enfin, c'est compliqué. Bafouilla Ron, les joues rosies. »
Il s'attendait à ce que Pansy en rajoute une couche et se moque de lui mais elle n'en fit rien et se contenta de l'observer sans rien dire.
« J'en reviens pas que je vais dire ça mais... D'accord, j'accepte. Même si ce lit est affreusement inconfortable, il le sera moins que tous les endroits où j'ai pu dormir ces derniers jours.
- Super, enfin je veux dire... Je vais essayer de trouver des couvertures supplémentaires. »
Se maudissant intérieurement pour réagir aussi stupidement, le jeune homme se dirigea vers l'unique placard de la minuscule pièce où devait se trouver les couvertures. Il en sortit une pour lui et une qu'il donna à Pansy.
« Bon, je suis plutôt fatigué, donc je comptais aller me coucher si tu n'y vois pas d'inconv... »
Ron s'interrompit lorsqu'il vit Pansy enlever son pull et le jeter sur le lit. Elle en fit de même avec son pantalon quelques instants après et se retrouva en sous-vêtements devant le Gryffondor. Ce dernier n'arrivait pas à détacher son regard du corps de la jeune femme. Elle était divine. Ron ne pouvait plus se voiler la face désormais, il était bel et bien attiré par Pansy Parkinson.
« Oh désolée, ça fait tellement longtemps que j'ai pas passé de temps avec quelqu'un que j'en oublie les codes sociaux parfois… Ça te dérange pas au moins? Lui demanda-t-elle en enfilant un long t-shirt qu'elle sortit de son sac à dos, sans la moindre gêne apparente.
- N... non, pas du tout. Réussit-il à dire après avoir dégluti.
- Parfait. Je mets ma fierté de côté quelques secondes pour te remercier de me laisser rester ici cette nuit, j'apprécie vraiment. Surtout sachant que j'ai jamais vraiment été sympa avec toi.
- Me remercie pas, c'est normal. Je dirais pas que tu aurais fait la même chose pour moi mais... J'allais pas te laisser à la rue.
- Ne pense pas à ma place, tu ne sais pas ce que j'aurais fait pour toi. »
Ron ne réussit pas à rétorquer et la jeune femme se glissa aussitôt sous les couvertures du lit, appréciant visiblement ce moment. Le sorcier reprit ses esprits et chassa l'image de Pansy à moitié nue de son esprit pour se diriger vers l'interrupteur et éteindre la lumière. La pièce se retrouva plongée dans le noir, avec seulement quelques rais de lumière émanant de la lune qui filtraient à travers les volets visiblement détériorés. Ron alla aussitôt s'installer sur le fauteuil et jeta la couverture sur lui. C'était affreusement inconfortable mais ce n'était que pour une nuit, il pouvait faire un effort. Il faisait cela pour Pansy, la savoir au chaud et à l'abri suffisait pour le motiver à rester sur ce fauteuil où il n'arriverait pas à dormir à coup sûr.
Les minutes passaient et Ron avait toujours les yeux grands ouverts. Au moment où il se dit que Pansy s'était sûrement endormie, il entendit la jeune femme murmurer son nom.
« Hmm? Grommela simplement Ron.
- Ne reste pas sur le fauteuil, c'est ridicule. Lui dit-elle.
- Je suis très bien, t'en fais pas pour moi. Mentit-il.
- Me prend pas pour une idiote, j'ai déjà dormi sur un fauteuil et c'est tout sauf agréable. Viens te coucher avec moi. »
Ron sentit son cœur palpiter à l'entente de ces mots. Ce n'était vraiment pas une bonne idée d'aller dormir à côté de Pansy Parkinson, encore moins sachant que celle-ci était à peine vêtue. Mais d'un côté, ce fauteuil était vraiment très incommode. Il ne réfléchit donc pas une seconde de plus et se releva en se dirigeant vers le lit. Il se glissa sous la couverture et savoura la sensation de l'oreiller sous sa tête et la couette couvrant son corps. Même le matelas dont les ressorts piquaient légèrement son dos lui parut exquis.
« Weasley? Entendit-il à nouveau.
- Quoi, encore? Ronchonna-t-il.
- Est-ce que ce serait déplacé de te demander de me prendre dans tes bras? J'ai froid et je t'avoue que ça me ferait du bien, même si c'est toi.
- Je dois prendre ça comme un compliment?
- Dis-moi simplement si ça te dérange. »
Ron se frappa une dizaine de fois mentalement lorsqu'il se rendit compte qu'il avait envie de se serrer contre Pansy. Il ne se le fit donc pas dire deux fois et se rapprocha d'elle. Il passa ses bras autour de la taille de la jeune femme, qui enroula ses jambes aux siennes. Elle était dos à lui et il pouvait sentir les mouvements de sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration. Si on lui avait dit un jour qu'il dormirait avec Pansy Parkinson dans ses bras, il aurait rigolé haut et fort à cette blague. Encore plus si on avait ajouté qu'il aimerait ça.
« Alors, tu apprécies ce petit câlin, Weasley ? Lui demanda soudain Pansy d'un ton moqueur.
- Par le caleçon de Merlin, Parkinson, et si tu essayais de dormir, maintenant ? S'exclama Ron, mortifié.
- Ça va ça va, pas la peine de monter sur tes grands hippogriffes. J'essayais juste de détendre l'atmosphère. »
Ron ne répondit rien et tâcha de fermer les yeux pour enfin trouver le sommeil. Il avait presque l'impression que Pansy flirtait avec lui. Mais ce n'était peut-être que le fruit de son imagination. Il eut à peine le temps d'avoir cette réflexion en tête qu'il la sentit s'éloigner de lui afin de se retourner pour lui faire face. Il voyait légèrement ses yeux grâce à la faible luminosité qu'il y avait dans la pièce. Ils brillaient.
« Je te comprends pas, Pansy Parkinson. Avoua Ron, qui sentait son estomac se nouer.
- Si ça peut te rassurer, je me comprends pas non plus. »
Après avoir dit cela, elle se précipita vers lui et plaqua ses lèvres contre les siennes. D'abord surpris, Ron répondit à son baiser avec passion et l'attrapa pour la serrer contre lui. Celle-ci se déplaça de façon à monter à califourchon sur lui, sans pour autant cesser de l'embrasser. Le jeune homme n'avait jamais ressenti cela auparavant. Il avait pourtant embrassé Lavande de nombreuses fois, avait même déjà couché avec elle mais il ne l'avait jamais désiré comme il désirait Pansy à ce moment même.
Les rais de lumière qui filtraient à travers les volets endommagés, les ressorts inconfortables du matelas, le froid saisissant de la pièce, tout cela ne fut rapidement qu'un lointain souvenir tandis que les deux jeunes gens succombaient à ce désir ardent qu'ils avaient si longtemps tenté de refréner pour s'abandonner l'un à l'autre.
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Le soleil cognait fort dans la pièce lorsque Ron ouvrit les yeux. Il devait être un peu plus de dix heures du matin. Il mit un moment à situer où il était et ce qu'il y faisait. Puis, tout lui revint en mémoire. L'hôtel lamentable, sa rencontre avec Parkinson... Parkinson! Ron se remémora sa nuit avec elle, les joues teintées d'une nuance rouge. Il jeta un coup d'œil à son propre corps sous la couverture et soupira en voyant qu'il ne portait aucun vêtement.
« Mais qu'est-ce que tu as fait, Ron Weasley? Murmura-t-il, se passant une main contre le visage. »
Il se retourna pour chercher Pansy du regard mais fut surpris de voir que l'autre côté du lit était vide. Il se leva et alla voir dans la ridicule petite salle de bains. Elle n'y était pas. Elle était partie sans un mot. La première chose qu'il fit après cela fut de vérifier son sac de voyage. Il soupira en constatant qu'il lui manquait tout l'argent qu'il avait gardé de côté afin de continuer sa fuite. Il s'était fait avoir comme un débutant. Mais sans grande surprise, il ne réussit pas à en vouloir à la jeune fille. Il était même plutôt peiné qu'elle soit partie.
