Chapitre 24.

24 Juillet 2015.

« Monsieur Weasley ? »

Ces deux petits mots ramenèrent Ron à la réalité, coupant court à sa rêverie. Il se redressa aussitôt et se dirigea vers la Médicomage qui s'était adressée à lui.

« C'est moi. Annonça-t-il en se plaçant devant elle.

- Bonsoir Monsieur, je suis Alice, la sage-femme qui s'est occupée de l'accouchement de votre femme. Tout d'abord, je tiens à vous dire que tout s'est très bien passé. Elles vont bien toutes les deux.

- Elles ? Répéta Ron, ému.

- Oui. Confirma la dénommée Alice avec un mince sourire. Félicitations, vous avez une petite fille en parfaite santé. »

Ron n'ajouta rien, trop ému pour parler. C'était pourtant la deuxième fois que sa femme accouchait mais ses amis ne mentaient pas, c'était toujours aussi émouvant que la première fois.

« Désirez-vous aller les voir avant qu'elles ne se reposent ? Proposa la sage-femme lorsqu'elle constata que Ron ne lui répondait pas.

- Je pense que la question se pose même pas. Souffla-t-il en souriant. »

Alice hocha la tête sans se départir de son sourire et lui indiqua de la suivre. Il lui emboita aussitôt le pas et ils arrivèrent rapidement dans la chambre où se trouvaient Pansy et… sa nouvelle petite fille.

« Je vous laisse en famille. Annonça Alice en sortant de la pièce. »

Cela faisait seulement quelques secondes que Ron était entré dans la pièce mais il était déjà incapable de détacher ses yeux de la scène qui s'offrait à lui. Il s'approcha lentement du lit où se trouvaient sa femme et leur bébé, gardant un silence religieux afin de ne brusquer ni l'une, ni l'autre.

« Dis-donc, les Médicomages cessent pas de s'améliorer, tu as accouché encore plus vite que la première fois. Fit remarquer Ron à voix basse tandis qu'il prenait place au pied du lit.

- Regarde comme elle est belle. Répondit Pansy sur le même ton de voix, sans relever ce que son conjoint venait de dire. »

Le rouquin s'exécuta et admira le poupon que Pansy tenait dans ses bras. Elle était enroulée dans une petite couverture mauve à l'apparence soyeuse et ne bougeait pas. Elle avait l'air si paisible, si fragile, si adorable.

« Je sais que c'est de coutume de te proposer de la prendre dans tes bras mais égoïstement, je voudrais la garder pour moi encore un peu. Avoua Pansy, qui avait le regard résolument fixé sur son enfant.

- Je comprends. Garde-la aussi longtemps que tu le désires. Concéda Ron.

- Granger et Ginny mentaient pas, c'est tout autant émouvant que la première fois.

- Figure-toi que je me suis fait la même réflexion quand la sage-femme est venue me chercher. Cela dit, est-ce que c'est pas plutôt considéré comme la troisième fois vu qu'on a eu des jumeaux la première fois ? Techniquement, tu avais accouché deux fois d'affilé.

- Roh tais-toi imbécile, ne gâche pas ce moment. Dit Pansy en riant.

- Maintenant, il va falloir lui trouver un prénom à la hauteur de sa beauté. Ajouta Ron après quelques secondes de silence.

- Ce que tu peux être niais, parfois… Mais je dois avouer que je suis d'accord avec toi. Comment trouver le prénom parfait pour ce petit être parfait ?

- Ça, on y réfléchira quand vous vous serez un peu reposées toutes les deux. Vous avez vécu un moment fatigant.

- Là encore, je suis d'accord avec toi. Chuchota Pansy en essayant de réprimer un bâillement. J'avais presque oublié à quel point c'était épuisant.

- Je reviendrai vous voir demain matin. Promit Ron en se relevant.

- Où est Ginny ? Demanda alors Pansy, qui semblait être revenue sur Terre à cet instant. Elle devait pas te rejoindre ?

- Si mais elle est jamais venue. Je suppose qu'elle a été retenue chez Mione et mon frère.

- Bizarre… Peut-être qu'on loupe une chamaillerie autour du gâteau de Tim. Plaisanta-t-elle. »

Ron rit à son tour, sans se douter un seul instant de ce qui l'attendait à son retour à la petite soirée.

« Oh je m'en veux, j'ai vraiment choisi le meilleur moment pour accoucher… Souffla alors Pansy. J'ai littéralement volé la vedette à un petit garçon.

- Je pense pas qu'il t'en tiendra rigueur, ne t'inquiètes pas.

- Tu plaisantes ? Ces petits êtres diaboliques peuvent être terriblement rancuniers s'ils en ont envie.

- A la minute où il verra sa nouvelle petite cousine, je suis sûr qu'il aura plus aucune rancœur envers toi, je te le garantis. »

Pansy sourit et fit signe à Ron de s'approcher d'elle. Il s'exécuta et l'embrassa sur le front.

« Je serai là demain matin à la première heure. Affirma-t-il.

- J'en doute pas. Mais tu comptes tout de même pas partir sans avoir pris ta fille dans les bras, non ? »

Elle n'attendit pas une quelconque réponse de sa part pour lui tendre doucement le petit bout de couverture qui couvrait leur bébé. D'abord incertain, Ron prit leur enfant dans ses bras et put enfin l'admirer de près. Qu'elle était belle… Et la couverture était effectivement très soyeuse.

« Il va falloir que tu me la rendes, tu en as conscience ? Entendit-il soudain.

- Oh pardon, je me suis perdu dans ma contemplation. Répondit-il en remettant doucement le bébé dans les bras de Pansy.

- Retourne à l'anniversaire et embrasse tout le monde pour moi. Sauf Felicity, c'est pas mon amie et je sais même pas ce qu'elle fait là-bas en premier lieu.

- Toujours aussi vache, Parkinson…

- Les vieilles habitudes ont la vie dure, Weasley. Et excuse-moi auprès de Timothy, je me rattraperai en lui cuisinant ses cookies préférés la prochaine fois qu'il est de passage à la maison.

- Je ne manquerai pas de transmettre le message. »

Le couple échangea un sourire et un dernier baiser avant que Ron ne quitte la pièce. Il se tint dans l'encadrement de la porte avant de sortir et admira une dernière fois sa femme et sa fille nouvellement née avant de fermer la porte derrière lui. Il semblait que Pansy luttait déjà pour ne pas s'endormir. Il fut rassuré de voir que la Médicomage était déjà de retour dans la chambre, probablement pour remettre le bébé dans son berceau, et il se dirigea vers la sortie de l'hôpital afin de transplaner chez Hermione et Fred, toujours le sourire aux lèvres. Son sourire mourut aussitôt lorsqu'il réalisa qu'il avait quitté le calme apaisant de cette nuit d'été pour arriver au milieu d'un chahut assourdissant. Si assourdissant que personne ne sembla remarquer qu'il venait d'apparaître dans la pièce.

« Ça va aller les enfants, calmez-vous, tout le monde va bien, personne ne se déteste, je vous assure… »

Abasourdi, Ron entendit la voix de sa mère, Molly, ainsi que celle de la mère de Hermione, tenter de calmer les enfants les plus jeunes dans un coin du salon, près de la cheminée. Ces derniers pleuraient et criaient à tort et à travers, comme s'ils venaient de voir le Spectre de la Mort en personne. Il put voir Alexie et Leanne, les filles de Ginny et Harry, les yeux fermés et les oreilles couvertes de leurs petites mains, hermétiques aux mots rassurants que leur grand-mère tentait d'avoir pour elles. Melody et Timothy étaient également là, se contentant de pleurer à chaudes larmes. Felicity, Fleur, Luna, Penelope et Isy essayaient vainement de les rassurer et de les calmer. Quant à Peyton, qui n'avait qu'un an, il soupçonnait Harry de l'avoir prise à part afin qu'elle ne participe pas à ce fiasco, car elle n'était pas là.

Son regard défila ensuite sur les plus grands, dont faisaient partie ses jumeaux ainsi que Gaia, Frank et Logan. Son père, Arthur, ainsi que le père de Hermione, se tenaient à côté des adolescents et restaient de marbre. Ces sept-là ne bronchaient pas mais ils étaient agglutinés à côté des enfants qui pleuraient et regardaient d'une manière confuse ce qu'il se passait autour d'eux. Même Gaia, qui était d'ordinaire une vraie pipelette, était totalement muette.

Puis, il se tourna enfin vers les adultes, ceux qui étaient du côté de la table à manger et visiblement l'épicentre de tout ce remue-ménage. Ils ne hurlaient pas comme le faisaient les enfants, mais le ton de leurs voix était bien plus élevé que d'ordinaire. Il aperçut rapidement, de gauche à droite autour de la table, Fred, Hermione, George, Ginny, Neville, Alicia, Charlie, Bill et Percy. Ces quatre premiers semblaient être en pleine dispute tandis que les cinq derniers tentaient, quant à eux, de les calmer et de s'interposer, sans grand succès.

« Nom d'une chouette mais qu'est-ce qu'il se passe ici ? Murmura Ron, stupéfait par ce qu'il voyait.

- Je crois qu'il est grand temps d'amener les enfants ailleurs le temps que vous régliez vos différends. Cingla alors Molly d'une voix sévère, coupant la parole à toute la ribambelle d'adultes en conversation animée. Mesdames, reprit-elle à l'intention des personnes avec elle pour consoler les enfants, je propose que nous transplanions toutes avec un enfant chacune au Terrier le temps que ces jeunes gens immatures restaurent le calme entre eux, sans que nous ayons à assister à cette scène affligeante. »

L'agacement et la déception étaient perceptibles dans la voix de Molly et, de fait, personne n'osa ajouter quoi que ce soit. Les concernées se rapprochèrent des enfants afin de leur expliquer qu'ils allaient jouer chez Mamie Molly un court instant, chose à laquelle Timothy protesta fortement.

« Non ! Je veux pas aller chez Mamie Molly ! C'est MON anniversaire, je reste !

- Poussin, les adultes ont besoin de parler entre eux, lui expliqua Molly d'une voix douce. On va pas rester longtemps, juste assez longtemps pour que tu joues avec tes cousins et cousines aux jeux que nous avons au Terrier. Tu les adores, ces jeux-là !

- M'en fiche de ces jeux ! S'époumona le jeune garçon, tapant du pied comme s'il était en plein caprice. Je veux mes cadeaux et mon gâteau, ici ! »

En voyant leur fils s'agiter ainsi, Hermione et Fred décidèrent d'un même mouvement d'intervenir, sans avoir eu besoin de se consulter. Ils se dirigèrent vers Timothy et s'agenouillèrent à ses côtés afin de lui parler.

« Mon cœur, nous sommes désolés de ce qu'il s'est passé ce soir, commença Hermione en lui caressant les cheveux. Tu as raison, c'est ton anniversaire et on est tous là pour faire la fête.

- Tout le monde a gâché mon anniversaire ! Brailla Timothy, recommençant à pleurer. Tout le monde crie, tout le monde est pas content !

- Non mon cœur, c'est faux, intervint Fred. Tout le monde est très content d'être ici avec toi pour fêter ton anniversaire, ce qu'il se passe, ce n'est pas de ta faute.

- Non c'est la faute de la vilaine dame que je connais même pas et qui est venue à mon anniversaire ! »

En entendant Timothy prononcer ces mots, Hermione ne put s'empêcher de darder Fred d'un regard glacial, le sourcil arqué. Celui-ci lui lança un regard qui signifiait très clairement « ce n'est pas le moment ».

« Et puis, pourquoi Gaia a ramené ses amis de l'école à la maison d'abord ? Je croyais qu'on avait pas le droit de faire ça ! »

Cette fois-ci, toute l'attention se reporta sur la dénommée que venait d'accuser Timothy, plus particulièrement venant de ses parents. Gaia crut se liquéfier contre le mur où elle se tenait, tant elle était mortifiée. Absolument toutes les personnes présentes dans la pièce avaient détourné leur regard sur elle.

« Le petit cafteur… Siffla Grace, à qui sa cousine s'était cramponnée inconsciemment.

- Maman, Papa, je… Commença Gaia, incertaine.

- Nous aurons cette discussion plus tard, jeune fille. L'interrompit Fred, visiblement plus irrité que jamais. Maman, reprit-il en se tournant vers Molly, je pense que c'est une excellente idée d'emmener les enfants au Terrier le temps qu'on règle cette… situation.

- Je suis bien contente que tu approuves mais je ne vous laissais pas le choix. Répondit sèchement Molly. »

Sur ces paroles, Molly, Arthur, Isy, Pénélope, Luna, Fleur et Felicity transplanèrent chacune et chacun avec un enfant jusqu'au Terrier. Les parents de Hermione, n'ayant pas cette habilité, préférèrent aller vérifier que tout allait bien pour Harry avec la petite Peyton. Ne restaient donc plus dans la pièce que les concernés de la dispute, Ron nouvellement arrivé, les jumeaux et Gaia.

« Nous sommes des parents indignes. Souffla Hermione, contrariée par ce qu'il venait de se passer.

- Je crois que la dernière fois que Maman nous avait engueulés comme ça, on était encore à Poudlard. Ajouta George, secoué par les paroles de Molly.

- Je pense qu'on peut tous s'accorder sur le fait que le parent le plus indigne dans cette pièce est certainement Fred, pour avoir délibérément gâché l'anniversaire de son fils en ramenant l'autre traîtresse. Cingla soudain Ginny. »

Un brouhaha inaudible s'éleva dans la pièce, séparant les adultes entre ceux qui défendaient Fred et ceux qui le rabaissaient.

« Bon sang mais est-ce que quelqu'un va daigner m'expliquer ce qu'il se passe, à la fin ? S'emporta finalement Ron. »

Ça y est, ils ont enfin remarqué que j'étais là… Tout le monde fut étonné de voir que Ron était réapparu parmi eux et qu'il était plus confus que jamais. Une fois l'étonnement passé, les réactions ne se firent pas attendre.

« Nom d'un Pitiponk Ron, comment va Pansy ? S'exclama aussitôt Ginny.

- Le bébé va bien ? Ajouta Hermione.

- L'accouchement s'est bien passé ? Demanda Fred.

- Maman va bien ? S'enquièrent en chœur Grace et Julian.

- ARRÊTEZ DE PARLER TOUS EN MÊME TEMPS ! S'écria Ron. »

Tout le monde s'exécuta et regarda le rouquin s'avancer vers eux, visiblement contrarié.

« Toi. Lança-t-il sèchement en pointant Ginny du doigt. Tu peux m'expliquer pourquoi tu n'as pas daigné nous faire l'honneur de ta présence à l'hôpital ?

- Ron, je suis désolée mais si tu savais ce qu'il venait de se pass… Commença Ginny.

- Je veux pas de tes excuses à deux Mornilles, la coupa Ron. Tu verras ça avec ma femme. Je veux juste savoir pourquoi t'es pas venue et ce qu'il se passe dans cette foutue maison ! »

Les regards glissèrent malgré eux sur Fred, qui soupira à cette constatation.

« Vous avez donc bel et bien décidé de me faire porter le chapeau, hein ? Fit-il remarquer, d'un air las qui ne manqua pas d'énerver ses comparses.

- Te faire porter le chap… ? Oh tu en as un sacré culot, mon p'tit ! S'emporta Ginny, que George dut retenir par les bras.

- Eh les cinglés, est-ce que je dois vous rappeler qu'il y a encore des enfants dans la pièce ? Fit remarquer Charlie. »

En effet, Gaia, Grace et Julian s'étaient de nouveau effacés dans l'espoir que leurs parents ne feraient plus attention à eux mais c'était pour ainsi dire râpé.

« Les enfants, transplanez chez vos grands-parents vous aussi, ce sont visiblement pas vos affaires ce qu'il se passe ici. Ordonna Ron.

- On était pas sûrs qu'on avait le droit… Grommela Julian.

- Et bien, je vous le donne, le droit. Allez, du vent !

- Et prenez votre cousine avec vous. Ajouta Hermione en désignant Gaia du doigt. Nous aurons une discussion toi, moi et ton père lorsque tu rentreras. Dit-elle durement à l'intention de sa fille. »

Le ton irrité de sa mère fit baisser les yeux de la concernée au sol, visiblement très mal à l'aise. Grace leva les yeux au ciel et prit la main de Gaia dans la sienne en signe de soutien.

« Pour des gens censés être adultes, vous vous comportez bien comme des ados attardés, en tout cas. Cingla-t-elle avant de disparaître. »

Julian emboîta immédiatement le pas à sa sœur jumelle sans un commentaire et, cette fois-ci, il ne resta plus que les adultes dans la grande maison de Fred et Hermione.

« Waouh. On vient de se faire recadrer par une gamine de dix-sept ans, on aura tout vu… Constata George.

- Je te permets pas de parler de ma fille de cette façon. Le menaça Ron, dont les nerfs semblaient réellement à vif.

- Oh je t'en prie, tu crois que c'est le moment de lui donner raison ? Puis tu viens à peine d'arriver toi, t'as pas assisté à la catastrophe ambulante, t'as pas ton mot à dire !

- Mais je demande que ça depuis tout à l'heure, de savoir ce que c'est votre fichue ''catastrophe'' !

- Marietta Edgecombe a fait un bref passage ici. »

Tout le monde se tourna vers Harry, qui venait de prononcer ces mots. Il se tenait face à la cheminée. Il avait été si discret que personne n'avait remarqué qu'il était là.

« Qu'est-ce que tu as dit ? S'exclama Ron, stupéfait par ce que son meilleur ami venait de dire.

- Tu as très bien entendu. Répondit simplement le concerné.

- Harry, où sont mes parents ? S'enquit soudain Hermione, les sourcils froncés.

- Ils sont dans la chambre d'amis avec Peyton, ne t'en fais pas, ils sont venus voir si j'avais besoin d'aide avec la petite et… Visiblement, ils se sentent plus à l'aise de rester là-bas que de revenir ici.

- Je comprends pas pourquoi, l'ambiance est si géniale ici pourtant… Ironisa Fred.

- Garde ton sarcasme pour toi, Fred Weasley, c'est pas le moment. Cingla Hermione.

- Non mais attendez attendez attendez… Marmonna Ron, qui semblait profondément perdu. Pourquoi Marietta Edgecombe était là en premier lieu ? Qu'est-ce qu'elle foutait à l'anniversaire de mon neveu ?

- Pose la question à celui qui l'a invitée. Fit remarquer Ginny en pointant Fred du doigt.

- F… Je… Quoi ? Balbutia Ron. C'est une blague, Fred ?

- Malheureusement non, ou alors nous serions tous de très bon acteurs… Soupira Fred.

- Je pense que nous allons nous rendre au Terrier également. Dit alors Bill en désignant ses frères Charlie et Percy du doigt. Cette histoire nous concerne visiblement pas et on va vous laisser régler ça entre vous. On vérifiera au passage que les enfants vont bien. Faites en sorte d'en avoir fini d'ici dix minutes, que nous puissions tous revenir ici et finir cette soirée convenablement. Un garçon de cinq ans qui souffle ses bougies à vingt-deux heures, ça fait tard quand même. »

Sur ces mots, il adressa un hochement de tête partagé à ses frères, qui transplanèrent à sa suite. La salle à manger était désormais uniquement remplie d'anciens membres de l'AD.

« Bon, maintenant qu'on est qu'entre nous… Débuta Alicia Spinnet, qui peinait à se faire entendre.

- Neville, t'as pas dit grand-chose depuis le début. Fit soudain remarquer Ginny, mettant le concerné mal à l'aise et agaçant Alicia. Tu n'as donc aucun commentaire à faire ?

- A vrai dire, je… Je sais pas vraiment quoi dire. Vous me prenez tous de court. Avoua Neville. Je pensais qu'on avait toutes et tous mis les drames des années Poudlard derrière nous.

- Mmh, ouais, et bien, il semblerait que certaines personnes se complaisent dans le fait de se comporter encore comme des ados de quinze ans. Pesta Fred, qui semblait déterminé à s'attirer tout le courroux possible.

- Bon sang Fred mais est-ce que ça va t'arriver un jour de reconnaître que tu as tort ? S'écria Ginny, qui avait le visage aussi flambant que sa chevelure.

- Si je puis me permettre, Ginevra, je te trouve légèrement cruelle avec ton frère. Lança alors Alicia. Il a raison sur un point, nous n'avons plus quinze ans, comportons-nous donc en adultes responsables. »

Alicia aurait espéré arrondir les angles en disant cela mais les regards dissuasifs que Fred et Hermione lui lancèrent aussitôt lui firent comprendre que c'était une fausse bonne idée.

« Je te demande pardon ? Murmura Ginny à l'intention d'Alicia. Je me rappelle pas t'avoir demandé ton avis, je parle à mon frère là.

- Oui, et alors ? Vos beuglements nous font tous participer à ta ''conversation'' avec ton frère, en tout cas. Même les enfants y ont participé. Cingla Alicia, le regard brillant de colère.

- Mais je comprends pas bien, on dirait qu'il y a que moi que ça dérange que Fred ait invité sa tarée d'ex à la langue pendue alors qu'il l'avait pas vue depuis plus de quinze ans ! Vous trouvez ça normal, vous ? Surtout toi, Hermione, poursuivit Ginny en pointant la dénommée du doigt. Comment as-tu osé dire que tu ''pardonnais'' cette vipère en notre nom à tous ? Personne t'a donné son approbation, pardonne-la si ça te chante mais ne parle plus jamais pour les autres à leur place. Et quand bien même, pourquoi la pardonnes-tu ? C'est dans tes roues à toi qu'elle a mis des bâtons en faisant tout pour t'éloigner de Fred, non ? De toutes les personnes ici présentes, c'est toi qui devrais la détester le plus !

- C'est pas à cause de Marietta, pas seulement, en tout cas, que notre relation a été compliquée et tu le sais très bien. Répondit Hermione, visiblement peinée par les mots de son amie.

- Bon, ça suffit maintenant ! Intervint Fred sans la moindre trace de sarcasme. Tu peux t'en prendre à moi tant que tu veux Gin, mais je te défends de t'en prendre à Mione de la sorte. Elle n'y est pour rien dans cette histoire.

- Je peux très bien me défendre toute seule Fred, pas la peine de jouer au chevalier. Grommela Hermione, qui essayait de ne pas trop s'attendrir du fait que son conjoint prenait sa défense.

- Mais, vous savez, je défends pas la Edgecombe mais j'en reviens pas que vous soyez vraiment en train de vous engueuler à cause d'elle, intervint soudain Ron, paraissant réellement interloqué.

- Qu'est-ce que tu racontes, Ron ? S'exclama George, visiblement étonné par l'intervention de son petit frère.

- Oui, Ron, qu'est-ce que tu veux dire par là ? Ajouta Hermione, surprise également.

- Mais enfin, ça vous paraît pas évident ? »

Ron n'eut pour seul réponse que des échanges de regard confus et des hochements de tête négatifs. A cela, il soupira et repoussa sa tête en arrière, passant ses mains sur son visage avant de se replacer normalement.

« Je dois vous rappeler qui est ma femme ou pas ? Lâcha-t-il d'un ton agacé.

- Qu'est-ce que Pansy a à voir avec Marietta Edgecombe ? S'exclama Ginny, irritée.

- Il semble me rappeler très bien, et elle s'en rappelle très bien aussi, que vous avez eu du mal à l'accepter au début quand on a décidé de se mettre ensemble, elle et moi.

- Oui, et ? On en a déjà parlé quinze fois, on va pas refaire le cours de l'histoire. Fit remarquer George.

- Ce que je veux dire, c'est que vous avez mis du temps à accepter Pansy quand j'ai décidé qu'elle ferait partie de ma vie, mais toujours est-il que vous avez fini par l'accepter et l'apprécier, non ? Peut-être que je me trompe, mais en tout cas, vous en donnez bien l'impression.

- Bien sûr qu'on a accepté Pansy et bien plus que ça ! Elle est notre amie, maintenant. Répliqua Hermione, vexée par les mots de Ron.

- Elle fait partie de notre famille. Rectifia Ginny, vexée également.

- Voilà, approuva Ron. Alors qu'au début, vous vouliez pas d'elle dans la famille parce que c'est une ancienne Mangemort. Dans ce cas, pourquoi vous faites tout un cirque au sujet de Marietta Edgecombe alors que vous êtes les premiers à prôner la rédemption ? J'avoue que j'ai du mal à vous suivre, là.

- Merci, Ron, heureusement qu'il y en a qui réfléchissent ici. Souffla Fred.

- Ce n'est strictement pas comparable et tu le sais très bien, Ron. Intervint Harry d'une voix calme, sans relever la remarque de Fred.

- Oui, Harry a raison. Rétorqua Ginny. Pansy s'est repentie tout de suite et a tout fait pour laisser son passé derrière elle. Je me rappelle pas avoir entendu la Edgecombe s'excuser une seule fois, encore moins ce soir.

- Très bien, oubliez ce que j'ai dit, grommela Ron, levant les mains. Ce que je voulais dire, c'est que c'est ridicule que vous vous disputiez comme ça pour ça, surtout devant nos gosses, mais faites-en qu'à vos têtes, comme d'habitude. Toujours est-il que si Pansy avait assisté à tout ça, elle se serait fait exactement la même réflexion que moi et aurait eu de la peine de vous voir agir ainsi.

- La culpabilisation, c'est nul, Ron. Fit remarquer Hermione, qui avait néanmoins les yeux rivés au sol.

- Bon, maintenant qu'on s'est tous bien pris la tête et qu'on a fait fuir nos propres enfants, est-ce que vous allez enfin me laisser une chance d'expliquer pourquoi j'ai invité Marietta à ce dîner, quand bien même ce fut une idée complètement stupide ? »

Ginny allait protester mais Hermione la sermonna aussitôt du regard pour qu'elle reste silencieuse. Désormais, toute l'attention était dirigée sur Fred, dans un calme absolu. Même Harry s'était rapproché du petit groupe pour entendre mieux ce qu'il se passait. Hermione était curieuse de voir quelle excuse Fred allait tirer de son chapeau de magicien pour se justifier d'un tel acte, en particulier un soir comme celui-ci.

« Je l'ai croisée pas très loin de la boutique quand je prenais l'air tout à l'heure, débuta-t-il tandis que tout le monde l'écoutait religieusement, et… Je ne l'ai même pas reconnue au premier abord. Ça m'a pris quelques instants. Et puis, lorsque j'ai compris que c'était elle, j'ai ressenti comme une sorte de… culpabilité. Je vais le dire tel quel, elle m'a fait de la peine. Je ne voyais plus l'adolescente écervelée qui avait cherché des noises à Hermione et qui avait balancé l'AD à Poudlard. Je voyais simplement une adulte qui peine à joindre les deux bouts et qui n'est clairement pas heureuse dans sa vie. Et oui, ça m'arrive d'éprouver de l'empathie pour d'autres personnes que moi-même, alors j'ai éprouvé de la peine. C'est pour ça que je lui ai proposé de passer ce soir, sans vraiment réfléchir aux paroles qui sortaient de ma bouche. Je crois que… Tout bêtement, je pensais que personne ne lui reprocherait l'histoire de l'AD à nouveau et que, peut-être un peu de compassion et de moments chaleureux avec d'anciens camarades, ça lui ferait du bien. J'estime être tellement heureux et chanceux dans ma situation actuelle, avec vous, mes amis d'enfance, avec ma famille, avec ma Hermione, mes enfants, enfin bref, je suis tellement bien dans ma vie que je ne veux plus perdre de temps à haïr d'autres personnes et leur souhaiter du malheur. »

Le petit discours de Fred fut suivi par un silence embarrassant. Même Ginny semblait ne plus savoir quoi dire. George afficha un sourire voilé face à l'honnêteté déconcertante de son frère jumeau et sut qu'il n'aurait plus rien à lui dire après cela.

Mais cela importait peu à Fred ce que toutes ces personnes lui diraient par la suite. Enfin, cela lui était bien évidemment important, mais pas autant que la seule personne dont il guettait attentivement la réaction. Il tenta de lier son regard au sien, mais Hermione n'y parvenait pas à cause du voile flou qui s'était posé devant ses yeux. Elle retenait les larmes de colère qui montaient violemment en elle.

« C'est très honorable de ta part, Fred… Commença-t-elle d'une voix tremblante. Beau message d'altruisme. Mais à défaut de pas vouloir souhaiter de malheur aux autres, tu pourrais au moins prioriser le bonheur de tes enfants et de leur mère, tu ne crois pas ? »

Elle ne parvint pas à poursuivre son argumentation et ressentit soudain le besoin vital d'aller prendre l'air. Elle se dirigea sans plus un mot vers la porte d'entrée et la claqua derrière elle. Tout le monde était de marbre dans la pièce, en particulier Fred, dont la gorge s'était fortement nouée.

« Et ben, je crois que tu peux oublier la demande en mariage pour ce soir, frangin. Soupira George sans réfléchir. »

Il comprit son erreur lorsqu'il croisa les yeux écarquillés de Fred et ceux en feu de Ginny et Alicia.

« Parce qu'en plus, tu comptais faire ta d… Commença à réprimander Ginny.

- Chut, la ferme ! La coupa aussitôt Fred, pointant du doigt la porte d'entrée. Écoutez, je suis profondément désolé de la tournure qu'a prise la soirée. Je m'excuse à chacun d'entre vous personnellement, je referai plus jamais une bêtise pareille. Je me sens vraiment naze, là. J'espère sincèrement que vous me pardonnerez mais là, je vous cache pas que je tiens surtout désespérément à aller me faire pardonner de ma magnifique femme, à qui j'ai certainement fait plus de peine qu'à vous. Alors, est-ce qu'on peut au moins enterrer la hache de guerre le temps que la soirée s'achève et que nos enfants reviennent pour le souffler de bougies ? Je vous le demande en tant que frère et ami. »

Ginny, George, Ron, Harry, Alicia et Neville échangèrent des regards suite à cette requête. Fred avait l'air si désespéré à ce moment-là, comment lui en vouloir plus longtemps ?

« Excuses acceptées. Dit alors sobrement Ginny, approuvée d'un hochement de tête par les autres. Mais nous ne manquerons pas de rediscuter une prochaine fois de ton manque affolant de jugement, mon frère. »

Elle n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que Fred la serrait déjà dans ses bras. Elle se détendit légèrement et lui rendit son étreinte.

« Leçon retenue, je vous assure. Dit Fred en se détachant de Ginny.

- Allez, va la voir maintenant, grand dadais ! Le somma Alicia en désignant la porte d'entrée d'un mouvement de tête. »

Il embrassa la dénommée sur le front et s'empressa aussitôt d'aller rejoindre Hermione à l'extérieur. Il ouvrit timidement la porte et la rejoignit sur le porche. Elle était tranquillement assise dans la balancelle sur sa gauche, le regard dans le lointain. Elle ne daigna pas accorder un regard à la personne qui était venue déranger son moment de méditation. Fred s'avança discrètement et prit place à ses côtés, incertain. La balancelle s'agita légèrement à son contact, mais Hermione gardait toujours résolument son regard face à elle.

« Tous les mots et les beaux discours du monde ne suffiraient pas pour te dire à quel point je suis désolé, Hermione. Lâcha-t-il finalement après quelques secondes de silence. »

Pas même un battement de paupières. Fred se demanda si elle l'entendait au moins.

« J'espère que tu sais au moins que le but n'a jamais été de te faire la peine. Ni à toi, ni aux enfants. Poursuivit-il néanmoins. »

La seule réponse qu'il reçut fut le silence. Fred tâchait d'être patient mais leurs invités reviendraient du Terrier d'un moment à l'autre et il ne voulait pas que Timothy et Gaia assistent à un froid pareil entre leurs parents.

« Écoute, hurle-moi dessus si ça te permet de te sentir mieux, insulte-moi de tous les noms d'oiseaux qui te passent par la tête, frappe-moi, même, si tu veux. Fais tout ce que tu peux qui te permettra de me pardonner. Ou le fais pas, mais gardons au moins la face pour notre fils. »

A ces mots, elle posa enfin ses yeux sur lui. Il aurait dû ressentir du soulagement mais tout ce que ce regard lui procura fut un nœud soudain à l'estomac.

« De toutes les personnes méprisables que tu aurais pu avoir l'idée saugrenue d'inviter chez nous ce soir, tu as choisi Marietta Edgecombe ? Dit-elle alors d'une voix terriblement calme.

- Je t'ai dit que j'étais désolé mon amour, je sais vraiment pas ce qu'il m'a pris… Répondit-il d'une voix suppliante.

- Marietta Edgecombe, poursuivit Hermione comme si elle n'avait pas entendu la réponse de Fred, qui déteste ta femme et que ta femme déteste ? Hmm. Vraiment un choix intéressant. En réalité, ce qui m'accable le plus, c'est que dans cette histoire, deux femmes se haïssent en partie à cause d'un homme. Ça me paraît si rétrograde, comme concept.

- Mione, tu me tortures, où veux-tu en venir avec tout ça ? »

Elle resta silencieuse un instant et admira Fred en silence, qui redoutait la suite des événements.

« Je remettrai jamais en cause ta bonne foi, Fred Weasley, mais tu peux vraiment être bête parfois. Finit-elle par dire, détournant son regard du concerné.

- C'est pas moi qui vais te contredire là-dessus, surtout pas aujourd'hui, crois-moi.

- Je te crois. »

Fred attendait avec impatience les trois petits mots magiques « je te pardonne » tandis qu'il entendait les exclamations chaleureuses provenant de l'intérieur de la maison. Il semblait que les rescapés du Terrier soient de retour.

« C'est vrai que Marietta avait l'air plutôt misérable ce soir. Admit finalement Hermione, à la surprise de Fred.

- Tu trouves ? Lui demanda-t-il, curieux de savoir ce qu'elle avait en tête.

- Oui. Ça se voit que tout n'est pas tout rose dans sa vie. En la voyant ici, pleine d'espoir d'être visiblement bien accueillie, j'ai compris que tout ce qu'elle voulait, c'était d'être acceptée, au final. Tu sais, je doute qu'elle ait gardé contact avec ses amis de Poudlard. En réalité, elle doit être terriblement seule.

- Je comprends pas où tu veux en ven…

- C'est aussi pour ça que j'ai décidé de lui accorder mon pardon. Ron a raison, c'est stupide de lui en vouloir encore après toutes ces années. Avec le recul, c'est très probable qu'elle a parlé parce qu'elle pensait ne pas avoir le choix. Ils ont dû la menacer. Tu sais… A l'époque.

- Très probablement mais…

- Nous, on a pas parlé parce qu'on a tenu bon. On a tenu tête. Mais je crois que ce qu'on a manqué de réaliser à l'époque, c'est que tout le monde n'arrive pas à garder la tête froide comme nous l'avons fait. Enfin… Ce qui est fait est fait. Et puis, personne n'est parfait. J'ai pu dire à cette femme ce que j'ai jamais pu lui dire quand on était plus jeunes et maintenant, la page peut définitivement se tourner. Et j'espère qu'avec notre pardon, quand bien même il n'était pas totalement accordé, elle pourra tourner définitivement la page, elle aussi. »

Fred était sans voix face au raisonnement de Hermione. Dix-sept années de vie commune et elle ne cessait de l'impressionner. Quelle chance avait-il d'être aux côtés d'une femme incroyable comme celle-ci.

« Hermione, je…

- On ferait mieux de rentrer. Les enfants sont visiblement de retour, Tim doit souffler ses bougies. »

Sans plus un mot, elle se leva et se dirigea vers la porte d'entrée afin de retourner à l'intérieur. Fred était frustré et attristé : cette discussion n'avait eu ni queue ni tête et n'avait en aucun cas arrangé la situation actuelle. S'il y avait bien une chose qui était plus glaçante qu'une personne qui s'énerve et nous hurle dessus, c'était bien une personne qui reste stoïque et nous ignore royalement. Et c'était exactement ce que Hermione venait de faire.

« Crois pas t'en tirer aussi facilement, Granger… Marmonna Fred dans sa barbe tandis qu'il emboîtait le pas à sa compagne. »

Il fut soulagé de voir que les enfants semblaient d'ores et déjà avoir oublié les altercations auxquelles ils avaient assistées au cours de la soirée. Les plus jeunes étaient de nouveau aussi joviaux et guillerets qu'en début de soirée. Quant aux adultes, ils faisaient simplement comme si rien ne s'était passé.

« Bien, je crois qu'il est plus que temps qu'un certain petit garçon de cinq ans souffle ses bougies et ouvre ses cadeaux, vous croyez pas ? S'exclama Hermione d'une voix joyeuse, comme si la dernière heure n'était qu'un lointain souvenir. »

Les enfants approuvèrent avec des cris ravis, en particulier le concerné, tandis que les adultes acquiescèrent en quinconce. Alors que Timothy prenait place à table devant son gâteau sous les chants de « joyeux anniversaire » prononcés par chaque personne, les parents et la grande sœur vinrent prendre place à ses côtés. Fred se tenait agenouillé à sa droite, Hermione à sa gauche, et Gaia debout derrière lui. Tous trois souriaient mais leur sourire était loin d'être sincère, chacun ayant ses propres préoccupations lui trottant dans la tête.

000

« Prenez soin de vous surtout, et dis à Pansy qu'on ira lui rendre visite dès qu'elle sera rentrée à la maison ! »

A cela, Hermione étreignit Ron et embrassa rapidement les jumeaux avant de leur souhaiter bonne nuit. Ils étaient les dernières personnes sur place, tous les autres convives étant déjà rentrés à leur domicile.

« Sois pas trop dure avec Gaia, tata. Dit soudain Grace à Hermione, l'air contrarié.

- Ça dépendra de ce qu'elle aura à nous dire. Lui répondit Hermione avec un mince sourire. Allez, bonne nuit à tous. »

Grace grimaça, visiblement peu satisfaite de cette réponse. Les trois invités partirent aussitôt, octroyant à Hermione le plaisir de pouvoir enfin souffler bruyamment et laisser tomber ce sourire faux-semblant. Cette soirée s'était avérée bien plus éprouvante que ce à quoi elle aurait pu s'attendre… Il était à peine 23 heures mais c'était comme s'il était déjà 2 heures du matin passées.

Elle couva du regard le salon et la salle à manger, qui avaient grand besoin d'être nettoyés. Pour une fois, elle n'envisagea pas la « méthode Moldue » et décida d'avoir recours à la solution de facilité. En un claquement de doigts, les chaises raclaient d'elles-mêmes sur le sol pour se replacer à leur place sous la table, la vaisselle s'envolait pour prendre place dans le lave-vaisselle, le balai s'activait pour dénicher toutes les saletés au sol et les entasser dans un coin avant de les mettre à la poubelle. Face à ce spectacle, la Née-Moldue afficha un vague sourire et éteignit toutes les lumières avant de monter l'escalier pour enfin aller se coucher. Fred était déjà allé mettre Timothy au lit, et avait ensuite sauté dans la douche.

Arrivée en haut de l'escalier, elle entraperçut de la lumière émanant de sous la porte de la chambre de sa fille. Contrairement à son petit frère, elle n'était probablement pas prête de s'endormir… A ce constat, Hermione s'avança vers la chambre en question et toqua doucement à la porte.

« Je peux entrer ? Demanda-t-elle. »

Pas de réponses. Trop épuisée pour insister, Hermione fit demi-tour et s'apprêtait à entrer dans sa propre chambre lorsqu'elle entendit le bruit d'une poignée s'abaisser derrière elle.

« Qu'est-ce que tu veux ? Entendit-elle. »

Hermione se retourna pour faire face à Gaia, qui avait attaché ses cheveux en un chignon négligé et avait enfilé un t-shirt et un pantalon, tous deux usés, qui lui faisaient office de pyjama. Elle avait parlé d'une voix dure mais l'expression sur son visage à cet instant-même laissait deviner qu'elle avait pleuré quelques minutes auparavant.

« Je voulais savoir si tu allais bien. Répondit finalement la mère de la jeune fille. La soirée a été longue.

- Je vais parfaitement bien. Mentit Gaia. Je croyais que Papa et toi comptiez me sermonner demain, vous avez changé d'avis ?

- Ne te braque pas comme ça ma chérie, je voulais simplement te souhaiter bonne nuit et m'assurer que tu allais bien.

- Ouais… Ben… Ça va super. Bonne nuit à toi aussi. »

Hermione soupira face à l'attitude réfractaire de sa fille et haussa les épaules. Elle fit demi-tour mais s'arrêta en plein mouvement quand elle sentit une main se serrer autour de son poignet.

« Attends… Murmura Gaia.

- Viens, sinon on va réveiller ton frère. Signala Hermione en indiquant la chambre de la jeune fille. »

Gaia approuva d'un hochement de tête et les deux se dirigèrent vers la chambre de l'adolescente, Hermione refermant la porte derrière elle. Gaia se jeta sur son lit, croisant aussitôt les bras autour de ses jambes repliées face à elle. Sa mère prit place à côté d'elle, observant silencieusement la mine triste qu'affichait sa fille à cet instant.

« Est-ce que… Commença la jeune fille, hésitante. Papa et toi… Ça va ? »

Hermione ne parvint pas à cacher son étonnement. Elle ne s'attendait certainement pas à ce que sa fille lui pose ce genre de question.

« Oh… Euh… Eh bien… Oui, tout va bien entre ton père et moi, bien sûr, ne t'en fais pas. Répondit-elle, de manière assez incertaine. Pourquoi tu me le demandes ?

- Arrête. Rétorqua l'adolescente en levant les yeux au ciel. Je vous connais, vous avez passé le reste de la soirée à vous ignorer après qu'on soit revenus du Terrier. C'était flagrant.

- Tout va bien, je t'assure. Répéta Hermione, résolue. »

Gaia hocha lentement la tête, tout en affichant une moue inquisitrice. Visiblement, elle n'était pas convaincue par la réponse de sa mère.

« C'était qui, cette femme que Papa a invitée et qui a foutu un véritable bazar rien qu'en se montrant ? Demanda enfin Gaia, décidée à aller au bout du problème.

- Surveille ton langage. Dit simplement Hermione, les sourcils froncés.

- Pardon, cette femme qui a mis un véritable capharnaüm. Reprit Gaia en insistant sur ces mots, non sans afficher un sourire moqueur.

- Cette femme est une… vieille connaissance à nous. Répondit l'ancienne Gryffondor, le regard vague.

- Une amie ?

- Pff, pour ton père seulement. »

Hermione avait cinglé cela d'un ton si acerbe que Gaia en haussa les sourcils de surprise.

« Waouh, je commence à comprendre pourquoi c'était froid entre Papa et toi. C'est son ex ou quoi ? »

Quand elle vit le mutisme de sa mère face à sa question, Gaia ne put empêcher un petit ricanement d'indignation d'émettre de sa bouche.

« Non mais sérieux ? Quel culot, ça se fait pas, surtout pas…

- Ma puce, je suis navrée mais nous avons passé trop de temps à nous disputer au sujet de cette femme, je n'ai plus envie d'en parler maintenant.

- Oh… D'accord. Désolée. Grimaça la jeune fille. »

Ce n'est qu'à cet instant que Gaia oublia momentanément ses petits soucis et remarqua que sa mère avait réellement l'air fatiguée. Cette histoire l'avait plus contrariée qu'il n'y paraissait, de toute évidence.

« Je suis désolée, Maman. J'espère que vous allez vous réconcilier quand même.

- On finit toujours par se réconcilier, là n'est pas le problème. C'est juste que… Hum, c'est gênant de parler de ça avec ma fille mais pour faire court, ton père doit quand même comprendre qu'il a franchi une ligne et que rien n'est acquis. »

Sur ces paroles, Hermione afficha un mince sourire, caressa doucement les cheveux de Gaia et se releva du lit afin de retourner dans sa propre chambre. Cette dernière ne sut expliquer pourquoi mais elle eut l'intuition que c'était peut-être le bon moment pour enfin parler de ce qui la taraudait depuis des mois à la femme qui l'avait mise au monde.

« Maman ? Lança-t-elle d'une petite voix.

- Oui, ma chérie ? Répondit la concernée, se retournant pour faire face à Gaia.

- Je suis amoureuse de quelqu'un. Annonça la jeune fille de but-en-blanc. »

Gaia nota attentivement la réaction de sa mère à cette nouvelle. Elle s'était préparée mentalement au préalable et s'était attendue à plusieurs choses : des sourcils hautement froncés, des yeux écarquillés, un léger mouvement de tête qui bascule en arrière, un cri surpris, des hurlements énervés… Mais Hermione n'en fit rien. Bien au contraire, la susnommée ne semblait pas le moins du monde étonnée. Tout ce que Gaia vit comme réaction fut l'étirement des lèvres de sa mère en un mince sourire.

« Je me demandais quand est-ce que tu te déciderais à m'en parler, dis-donc. Dit simplement Hermione, sans se départir de son sourire.

- Mais… Je… Quoi ? Balbutia Gaia, stupéfaite. Tu le savais ?

- Ma puce, j'ai eu quinze ans, moi aussi. Puis tu es ma fille, contrairement à ce que tu t'imagines, je devine assez aisément le fond de ta pensée.

- Ben mince alors… J'en reviens pas que je me sois torturée l'esprit comme ça pour rien…

- Je dois dire que c'est ton soudain intérêt pour l'histoire entre ton père et moi qui a confirmé mes soupçons. Poursuivit Hermione, revenue s'asseoir aux côtés de Gaia. Et également le fait que tu m'aies parlé de l'hypothétique petit copain de ta cousine.

- Mais… Si tu le savais, pourquoi tu m'en as jamais parlée ?

- Je t'ai tendue des perches mais tu ne les as jamais saisies, j'ai donc supposé que tu n'étais pas encore prête à m'en parler. Je respecte ton petit jardin secret, alors j'ai jamais insisté. J'aurais peut-être dû, cela dit, étant donné l'état dans lequel tu es actuellement…

- L'état dans lequel je suis ? Je vais bien, Maman.

- Tes yeux brillent ma chérie, je sais très bien ce que ça veut dire. »

A cette remarque, Gaia baissa instantanément les yeux au sol, ses jambes se balançant dans le vide. Effectivement, elle s'était dupée en croyant pouvoir cacher ses états d'âme à sa mère.

« C'est parce que j'ai peur que Papa et toi, vous approuviez pas… lui.

- Tant que nous ne connaissons pas le lui en question, nous ne pouvons pas émettre de jugement, ma chérie. Assura Hermione d'une voix douce. Mais je pense que tu es une jeune fille intelligente et que tu as assez d'estime de toi-même pour choisir la personne qui te correspond le mieux.

- C'est pas lui en lui-même que vous risquez de pas approuver. Plutôt ses… antécédents… familiaux, on va dire. »

La jeune rouquine sut qu'elle avait attisé la curiosité de sa mère pour de bon en prononçant ces mots. En effet, cette dernière avait désormais les sourcils résolument froncés.

« Je dois avouer que tu me prends de court Gaia, je ne vois pas où tu veux en venir… Chuchota Hermione, qui était en train de réfléchir.

- Vous dormez toujours pas ? »

Comme ce n'était ni l'une, ni l'autre qui avait posé cette question, la mère et la fille se tournèrent d'un mouvement synchronisé vers la porte désormais entrouverte. Une grande silhouette fine aux cheveux ébouriffés se tenait dans l'entrebâillement.

« On se disait justement bonne nuit. Répondit Hermione d'un ton sec.

- C'est une manière étonnamment longue de se souhaiter bonne nuit. Rétorqua Fred, tout aussi sèchement.

- Si vous pouviez éviter de régler vos comptes dans ma chambre, ce serait sympa… Dit Gaia d'une petite voix, mal à l'aise devant le comportement de ses parents.

- Tu as raison, ma chérie, tu n'as pas à te retrouver au milieu de tout ça. Approuva Hermione, en sommant Fred du regard de s'en aller.

- Je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre ce que vous étiez en train de vous dire… Débuta Fred en entrant à son tour dans la chambre.

- D'écouter, tu veux dire. L'interrompit Hermione en se relevant aussitôt pour se mettre face à lui.

- Au début, j'entendais. Après, c'est devenu de l'écoute, j'avoue. Corrigea Fred, agacé par le comportement de sa conjointe. Enfin bref, ce que j'en retiens, c'est que notre fille a visiblement peur de nous dire quelque chose et que c'est pour ça qu'elle nous a fait des cachotteries ce soir.

- Eh bien, notre fille était justement en train de se confier à moi mais tu as coupé court net à la conversation, figure-toi. Lui répondit Hermione, les yeux lançant des éclairs.

- Justement, pourquoi tu n'as pas attendu que nous soyons réunis tous les trois pour asséner notre fille de questions ? C'est également mon rôle de parent de m'assurer que tout va bien, la moindre des choses serait que tu me consultes avant de prendre ce genre d'initiative.

- Tu te rends compte que tu es en train de me mettre en porte-à-faux devant Gaia là ? S'exclama soudain Hermione, tâchant de chuchoter le plus possible afin de ne pas éveiller Timothy dans la chambre voisine. Je croyais qu'on s'était mis d'accord pour ne jamais faire ça !

- Et moi, je croyais qu'on s'était mis d'accord pour avoir les discussions pénibles ensemb…

- C'est Erwan Malefoy, ok ? Voilà, je l'ai dit, maintenant arrêtez de vous disputer, ou alors faites-le ailleurs que dans ma chambre ! »

Hermione et Fred restèrent de marbre face à la révélation de leur fille. Cette dernière s'était exclamée d'une voix plus aigüe que d'ordinaire, mais surtout, d'une voix tremblante, avec des larmes perlant dans les coins de ses yeux chocolat.

« Puis d'abord, je croyais qu'on devait avoir cette discussion demain ! Reprit Gaia en effaçant une larme qui roulait sur sa joue. Je voulais pas vous le dire comme ça…

- Trésor, c'est donc pour ça que tu nous as jamais dit que tu voyais quelqu'un ? Souffla Hermione, interloquée.

- La raison me paraît assez évidente, non ? Ironisa la jeune fille afin de masquer son embarras.

- Attendez un peu… S'interposa alors Fred. Hermione, tu étais au courant que Gaia voyait quelqu'un ?

- Je suis sa mère, bien sûr que j'étais au courant. Je fais attention aux détails, je te rappelle. »

Fred allait rétorquer mais il se figea dans son mouvement, la bouche légèrement entrouverte. Il sembla avoir quelques secondes de réflexion, puis, il posa son regard sur sa fille, qui ne savait plus où se mettre et ne voulait obstinément pas croiser le regard de son père ou de sa mère. Il s'avança donc vers elle et s'agenouilla afin que leurs visages soient à la même hauteur, croisant ses bras sur les jambes de la jeune fille pour que ces dernières arrêtent de trembler dans tous les sens.

« Gaia, tu sais qu'on t'aime plus que tout au monde et te voir comme ça nous fait extrêmement de peine. Débuta Fred, essayant vainement d'établir un contact visuel avec la concernée. Je parle pour ta mère et moi en disant que tout ce qu'on veut, c'est ton bonheur. Mais toujours est-il qu'il va nous falloir une explication sur ton comportement de ce soir, enfin, de ce que ton petit frère nous a dits, tout du moins. »

Le discours de son conjoint apaisa instantanément Hermione, qui fut attendrie par sa pédagogie envers leur fille. De fait, elle revint prendre place aux côtés de Gaia et entreprit de lui caresser doucement les cheveux dans un geste affectueux. Cette dernière, quant à elle, inspira longuement et expira tout aussi lentement avant de prendre la parole.

« Erwan et moi, on se voit depuis quelques mois, maintenant. Débuta-t-elle, tandis que ses parents l'écoutaient sans piper mot. Au début, on a rien dit parce qu'on savait pas trop où ça mènerait. Puis le temps est passé et on s'est vraiment attachés l'un à l'autre. Beaucoup plus que ce qu'on pensait… Et… Je lui ai dit que je détestais cacher des choses à mes parents, surtout quelque chose d'aussi important que ça, du coup… Avant l'été, je lui ai dit que je vous en parlerai. Il a jamais été vraiment pour, parce qu'il redoute la réaction de ses parents à lui. Son père est pas toujours très tendre avec lui, apparemment… Et, bref, je lui ai envoyé un hibou ce matin pour lui dire que j'allais sûrement vous en parler aujourd'hui et quand il a su ça, il a débarqué ici avec sa sœur et Owen Nott pour me supplier de rien dire. Et voilà, Timothy nous a vus et ils sont repartis desuite après… Je suis sérieuse quand je dis que j'aime pas vous cacher des choses mais j'ai pas envie de le perdre et je crois qu'il a vraiment très peur de la réaction de son père, plus que moi de votre réaction… Alors… Voilà. »

Gaia s'était mordue les ongles tout au long de son explication, tiraillée par les regards pesants de ses parents sur elle. A présent qu'elle avait terminé sa tirade, elle resserra ses deux mains en un poing sur ses cuisses et garda résolument la tête baissée, dans l'appréhension de la réaction de ses parents.

Comprenant que Gaia n'ajouterait rien d'autre, Fred et Hermione se regardèrent instantanément afin de se consulter. La foudre dans leurs yeux s'était éteinte, remplacée par une douceur incontestable. C'est à ce moment-là qu'ils comprirent tous les deux qu'ils venaient de faire silencieusement la paix.

« Pourquoi tu avais tant peur de notre réaction, ma puce ? S'enquit alors Fred en se concentrant à nouveau sur Gaia.

- Sérieusement ? Rétorqua Gaia en pouffant sarcastiquement. Je dois vraiment le dire à voix haute ? Erwan est le fils de Drago Malefoy. Vous l'aviez saisi quand j'ai dit son nom de famille tout à l'heure, non ?

- On ne connait pas une ribambelle de Malefoy, effectivement. Reconnut Fred, qui faisait mine de réfléchir, ce qui fit rire Hermione.

- D'accord, Erwan est le fils de Drago Malefoy, répéta Hermione, reprenant son sérieux. Même si ça aurait été le fils d'un ami, nous n'aurions tout de même pas apprécié qu'il débarque à l'improviste chez nous et que tu ne nous dises rien.

- Je suis d'accord avec ta mère, je suis plus contrarié par le fait que ces jeunes aient transplané ici dans notre dos et qu'en plus, tu nous l'aies caché.

- Parce que s'ils ont pu transplaner ici, ça veut dire que tu leur en avais déjà donné l'autorisation.

- Et que nous n'étions pas au courant. »

Gaia était désormais morte de honte, les joues rosies par l'embarras. Elle était contente que ses parents soient de nouveau en symbiose, mais elle était moins ravie que ce soit pour lui faire la leçon.

« Je suis désolée, ils m'ont mise devant le fait accompli… Marmonna Gaia en guise d'excuse. Puis, je voulais pas gâcher l'anniversaire de Tim.

- Oh t'en fais pas, on s'en est chargés à ta place… Soupira Fred.

- Avant d'aller se coucher, il m'a dit qu'il avait passé, je cite, ''le meilleur anniversaire de tous les temps'', dit la jeune fille en souriant. J'en conclus donc qu'il a pas trop été traumatisé par vos règlements de compte bizarres.

- Toujours est-il que nous ne voulons plus que ce genre de choses se reproduise, Gaia. Intervint alors Hermione d'un ton sérieux. Tu n'autorises plus personne à transplaner ou arriver par poudre de cheminette à la maison sans nous avoir demandés la permission d'abord. Pour que ce soit bien clair, demain, je veux que tu passes la journée sur tes devoirs et rien d'autre. Et pas de sorties avec Grace pendant quelques jours. Qu'en penses-tu, Fred ?

- J'en pense que ça me paraît être une punition juste. Répondit le concerné avec un hochement de tête. »

Gaia cessa de s'apitoyer sur son sort pour afficher une mine renfrognée. Elle était loin de trouver cette punition « juste » mais elle ne préférait pas aggraver sa situation, alors elle se tut. Elle était trop soulagée que ses parents ne lui aient pas interdite de fréquenter Erwan pour se mettre réellement en colère.

« Pour ce qui est de ta… relation avec le fils Malefoy, poursuivit ensuite Hermione, il est vrai que nous n'avons jamais été les meilleurs amis du monde, mais ce n'est pas pour cela que tu n'as pas le droit d'apprécier son fils.

- Puis ce serait bien hypocrite de notre part de ne pas vouloir que tu le fréquentes alors que nous avons toutes et tous accepté Pansy dans notre famille. Ajouta Fred, approuvé par un hochement de tête de Hermione.

- Oui mais tonton Harry a souvent raconté que Drago avait été horrible avec vous à Poudlard. Fit remarquer Gaia, les sourcils froncés.

- C'était il y a longtemps, ma chérie. Reprit Fred. Le déroulement des choses a fait qu'il s'est… repenti, on va dire. Je ne suis pas autant concerné que ta mère dans cette histoire mais j'imagine que nous avons appris à passer outre et à aller de l'avant.

- Je n'aurais pas pu dire mieux. Soupira Hermione. Puis Erwan n'est pas responsable des agissements de son père quand il était plus jeune.

- Oui mais… reprit Gaia, hésitante. Tonton Ron a aussi dit que Drago te disait des choses très méchantes, Maman. »

Hermione échangea un regard avec Fred. Même si elle n'y pensait plus, parfois, son avant-bras la démangeait, comme si l'horrible cicatrice que Bellatrix Lestrange avait jadis gravée dans sa peau la hantait encore… Dans un mouvement automatisé, Hermione posa sa main sur l'avant-bras en question et frotta discrètement l'emplacement où se trouvait cette marque, marque qui avait été effacée dès que cela avait été possible. Néanmoins, Fred le remarqua et sa mine s'assombrit. Sa conjointe faisait souvent cela sans même s'en rendre compte et, à chaque fois qu'elle le faisait, même après toutes ces années, Fred Weasley se remémorait les atrocités qu'elle avait subies durant la guerre et cela lui en tordait encore l'estomac.

« C'est du passé, ma puce. Répondit finalement Hermione, cessant de frotter son avant-bras. Pour vivre heureux, il faut vivre dans l'instant présent et ne pas garder de la rancœur douloureuse envers les autres.

- C'est assez comique que tu dises ça alors qu'i peine quelques heures, vous vous disputiez tous à cause de cette dame que vous avez connue quand vous étiez ados. Ne put s'empêcher de faire remarquer Gaia.

- Eh bien, personne n'est parfait, j'imagine. Ajouta Hermione, qui pensait néanmoins que sa fille avait parfaitement raison.

- Alors… Vous êtes pas en colère pour Erwan et moi ? Demanda finalement Gaia, d'une voix timide. »

La jeune fille vit ses parents échanger de nouveau un regard. Elle savait que quand ils faisaient cela, c'était leur manière de se consulter silencieusement. Leur lien était si fort qu'ils avaient rarement besoin de parler pour se comprendre. Un simple échange de regards suffisait.

« Non, on n'est pas en colère, trésor. Répondit Hermione, que Fred couva du regard en souriant.

- Mais il faut pas que tu aies peur de nous dire les choses, même si tu crois que ça va nous contrarier, d'accord ? Nous sommes tes parents, tu peux nous parler, tu peux nous faire confiance. Ajouta Fred. »

Gaia était si soulagée en cet instant qu'elle avait envie de pleurer. Fred se releva et prit place à ses côtés, de manière à ce que les deux parents puissent enlacer leur fille dans une étreinte collective. Ces derniers échangèrent encore une fois un regard et se sourirent de manière sincère. Comment était-ce possible d'en vouloir à une personne qu'on aimait tant ?

000

De retour dans leur chambre, Fred et Hermione soupirèrent à l'unisson.

« Quelle soirée… Souffla Fred en se jetant dans le lit.

- J'ai cru qu'elle se terminerait jamais. Ajouta Hermione, se dénudant afin d'enfiler un pyjama.

- Gaia et le fils Malefoy… J'en reviens pas…

- J'espère que quand ce pauvre enfant parlera de sa relation avec notre fille à ses parents, cet abruti de Drago ne lui fera pas toute une scène.

- Attends avant de le qualifier de ''pauvre enfant'' s'il te plaît, on se fera un avis quand on l'aura rencontré officiellement.

- Ne me dis pas que tu vas jouer au papa protecteur et terroriser ce pauvre garçon, c'est tellement ringard comme comportement. Pouffa Hermione en prenant place dans le lit aux côtés de son conjoint.

- Bien sûr que non, voyons ! Fit-il semblant de s'insurger. Mais je vais pas non plus être super sympa avec lui, il faut qu'il comprenne qu'il n'a pas intérêt de faire de mal à notre fille, sinon, les représailles seront terribles.

- Par Merlin, tu es vraiment le pire papa poule que je connaisse !

- Je t'en prie, tu me vexes, je serais donc pire que Harry ?

- Hmm c'est vrai que la course est serrée entre vous deux. »

Le couple rit de bon cœur avant de s'intimer de faire moins de bruits afin de ne pas réveiller leurs enfants. Une fois le silence revenu dans la pièce, Fred prit la main de Hermione dans la sienne et entrelaça ses doigts aux siens. Ce petit geste pourtant si simple lui procura une telle sensation de bonheur qu'il en sourit bêtement.

« Je suis tellement désolé de la tournure qu'a pris la soirée. Soupira-t-il alors, le regard dans le vague. J'aurais voulu que les choses se passent autrement.

- Ça sert à rien de s'apitoyer, ce qui est fait est fait. Murmura Hermione, le regard lointain également. Je ne veux pas qu'on garde un mauvais souvenir de cette soirée, alors, n'en parlons plus.

- Je suis d'accord avec toi. Dit Fred, secrètement soulagé.

- Au fait… Avant que Pansy perde les eaux, tu t'apprêtais à me demander quelque chose. Se remémora alors Hermione. C'était important ? »

Fred se contenta de soupirer en souriant en guise de réponse, ce qui ne suffit pas à Hermione.

« Mais encore ? Insista-t-elle, intriguée.

- C'est principalement à ce sujet-là que je suis profondément navré d'avoir gâché la soirée. Admit-il, une main dans la nuque.

- J'en déduis donc que c'était important ? Tenta Hermione, frustrée par le mystère que Fred faisait.

- Mione, ça l'est beaucoup trop pour que je te le demande maintenant, alors qu'on est en pyjama, prêts à dormir. Soupira-t-il.

- Justement, si c'est si important que ça, autant ne pas faire durer le suspense.

- T'as envie de savoir, hein ? La charria-t-il en la chatouillant.

- Arrête Fred, c'est pas drôle ! Protesta Hermione, s'extirpant du lit pour échapper aux chatouilles de Fred.

- Je suis sérieux Mione, je voulais te le demander à un moment propice, et là, ça l'est clairement pas. Assura-t-il, se levant à son tour.

- On dirait que tu me connais mal, je lâcherai pas l'affaire tant que je saurai pas de quoi il retourne. Affirma-t-elle en croisant les bras sous sa poitrine, l'air déterminé.

- J'en doute pas. Répondit Fred en croisant les bras contre son torse dans le but de l'imiter.

- Alors ? J'attends. Insista Hermione, un sourcil arqué. »

Fred faisait le pitre mais en réalité, il était pris de court. Que faire ? Il avait tant rêvé de la demande en mariage parfaite, dans un cadre parfait, dans des conditions parfaites. Il aurait voulu que tout soit parfait, que ce soit une demande mémorable. Il ne s'était certainement pas attendu à se retrouver dans leur chambre conjugale, prêts à aller au lit après avoir passé une soirée pour le moins apocalyptique. Non, ce n'était pas comme cela qu'il voulait demander à la femme de sa vie de devenir son épouse. Il voulait que ce soit parfait. Mais alors, dans ce cas, quand aurait-il la meilleure occasion de le faire ? Cela ne pourrait jamais être assez parfait. Fallait-il donc qu'il se contente de ce moment de simplicité, après s'être fraîchement réconcilié avec Hermione ? Les questions tournaient dans sa tête comme si elles étaient prises dans une spirale infernale, chose que ne manqua pas de remarquer la principale concernée de ces questions.

« Tu as l'air en réflexion intense là, tu es sûr que ça va ? S'enquit-elle, désormais soucieuse.

- Je crois que oui. Très bien, même. »

Après tout, elle l'a dit elle-même : pour vivre heureux, il faut vivre dans l'instant présent, songea-t-il. Une fois qu'il se fit cette réflexion, il n'hésita plus une seule seconde. Il contourna le lit d'un pas assuré afin de rejoindre Hermione de l'autre côté de la pièce. Lorsqu'il fut face à elle, il plongea intensément son regard dans le sien et admira ses beaux yeux marron. Il les avait toujours aimés, depuis le début. Plonger inlassablement son regard dans le sien et se perdre dans sa contemplation. C'était dans ces moments-là qu'il se rendait compte qu'il était toujours aussi fou d'elle qu'aux premiers jours, si ce n'était même plus.

« Hermione Jean Granger… Débuta-t-il, tout en s'agenouillant sans briser le contact visuel. »

Hermione porta ses mains à son visage et resta bouche bée. Cela dépassait certainement toutes les attentes qu'elle aurait pu avoir concernant cette « demande » que Fred avait à lui faire. Maintenant qu'elle y réfléchissait, cela paraissait pourtant évident, néanmoins, elle n'avait pas fait le rapprochement à un seul instant.

« Fred… Souffla-t-elle d'une voix tremblante.

- J'ai essayé de préparer le plus beau discours auquel je pouvais penser, parce qu'après tout, tu mérites toutes les belles choses que ce monde puisse offrir. Mais honnêtement, je n'ai rien trouvé d'assez satisfaisant. Alors… J'ai décidé de faire tout ça naturellement, comme ça me venait. Après tout, c'est comme ça que les choses ont toujours fonctionné entre nous, n'est-ce pas ? Naturellement. C'est ce qui fait que je me suis toujours senti aussi bien à tes côtés, Hermione. Je peux être moi-même, tu m'acceptes tel quel et ça, ça n'a pas de prix.

- Fred, je suis…

- Attends, je veux aller au bout de ma pensée. L'interrompit-il, visiblement dans sa lancée. Je sais que j'ai tardé à le faire, je sais pas trop pourquoi, d'ailleurs. Je crois que la routine s'est tellement vite installée qu'après, on y pensait plus… Mais je veux me réveiller chaque matin à tes côtés, et ce, jusqu'à la fin de ma vie. J'ai toujours eu cette certitude et je veux réellement la concrétiser, maintenant. Tu m'as donné deux enfants merveilleux et je crois que la plus belle opportunité qu'on ait de le faire maintenant, c'est qu'ils pourront vivre ce moment avec nous. »

Fred s'arrêta un instant afin de reprendre son souffle. Il ne s'en était pas rendu compte mais il était si nerveux que son débit de parole était bien trop rapide pour le type de discours qu'il tenait. Il prit un instant pour considérer Hermione. Elle avait toujours les mains collées à son visage, qui était devenu rouge pivoine. Elle semblait également à deux doigts de s'évanouir.

« Pour résumer ce très long discours en une seule phrase très simple… Poursuivit-il après avoir pris une grande inspiration. Hermione Jean Granger… Me ferais-tu l'honneur de devenir ma femme ? »

Nom d'une chouette, on dirait vraiment qu'elle est sur le point de tomber dans les pommes, s'inquiéta aussitôt Fred. Ce n'est pas le moment, ce n'est vraiment pas le moment…

Le silence qui suivit sa demande fut le silence le plus long et oppressant que Fred avait subi dans sa vie. Hermione semblait avoir été figée sur place, elle ne cillait même plus. Peut-être Fred aurait-il dû s'abstenir de vivre dans l'instant présent, tout compte fait… Il peinait à reprendre un souffle normal tant il était nerveux, son rythme cardiaque pulsant comme sur le rythme d'une danse endiablée. Il n'osait plus dire quoi que ce soit, dans l'attente de la réponse de Hermione.

Celle-ci replaça finalement ses bras le long de son corps après ce qui parut une éternité et sembla recouvrer ses esprits. Ses traits s'adoucirent et Fred fut soulagé de la voir entrouvrir légèrement la bouche. Il allait enfin obtenir une réponse à sa demande, et il espérait de tout cœur qu'elle serait affirmative.

2 Mai 1998.

C'est fini. Tout est fini.

La nuit qui venait de se dérouler avait été si cauchemardesque qu'il était difficile de croire que c'était enfin terminé. Voldemort était vaincu. Pour de bon. Le monde magique était sauvé de sa terrible et dangereuse emprise. Tout pourrait revenir à la normale. C'était fini.

Hermione Granger errait dans les débris du château de Poudlard, le regard dans le lointain. Elle avait laissé Harry et Ron aux côtés de tous leurs proches afin de se retrouver seule un instant. Toutes ces retrouvailles, ces effusions de joie, ces peines béantes après le décès d'un proche, tout cela était trop submergeant à l'instant présent. Un peu de solitude pour se couper momentanément de tout cela était une alternative apaisante.

Lorsqu'elle arriva au beau milieu de la grande cour où s'était tenu l'affrontement final entre Harry et Voldemort quelques heures auparavant, Hermione s'arrêta dans son élan au beau milieu et admira l'horizon. Non, elle n'arrivait réellement pas à croire que tout était enfin terminé. Ils pourraient enfin reprendre une vie normale après tout cela. Faire leur dernière année à Poudlard. Passer leur ASPICs. Obtenir un travail. Fonder une famille…

Des bruits de pas raclant le gravier la firent revenir sur Terre et elle se retourna aussitôt, toujours méfiante. Son cœur fit un bond dans sa poitrine lorsqu'elle vit qui se tenait face à elle, quelques mètres plus loin.

« J'ai l'impression que ça fait des années qu'on s'est pas vus, Granger. Lui dit-on alors.

- C'est tout comme. Répondit-elle, la voix rauque. »

Fred esquissa l'ébauche d'un sourire à la réponse de la jeune femme. Il semblait profondément éreinté, ses cheveux étaient couverts de cendre et des cernes creusaient son visage, laissant apparaître des poches ballantes sous ses yeux. Malgré tout, Hermione ne put s'empêcher de le trouver beau. Tous ces mois sans le voir et pourtant, ses sentiments à son égard étaient irrévocablement inchangés. Elle se demanda aussitôt s'il en était de même pour lui…

« T'as une sale tête. Poursuivit-il, sans se départir de son sourire.

- Je te retourne le compliment. Rétorqua-t-elle, ne pouvant s'empêcher de sourire à son tour. »

Fred était resté immobile jusque-là mais il se mit alors en marche afin de se rapprocher de Hermione. Plus il brisait les quelques mètres les séparant, plus le cœur de la jeune femme battait la chamade.

« J'en reviens pas que la dernière fois qu'on s'est vus, c'était au mariage de Bill et Fleur. Disait-il tout en avançant, les mains dans les poches. C'est comme si c'était dans une autre vie. »

Hermione déglutit une fois qu'il fut assez proche d'elle pour le voir et l'entendre parfaitement. Il était si grand qu'elle devait lever la tête pour le regarder dans les yeux.

« Quand vous êtes partis… Commença Fred, la gorge serrée. Hermione, quand je t'ai regardée et que je vous ai vu partir, toi, Ron et Harry, j'ai cru que j'allais mourir. Tu n'imagines même pas à quel point j'ai eu peur pour vous. Pour toi. J'ai passé des mois à mourir d'inquiétude. J'ai jamais arrêté de penser à toi, pas un seul instant. »

Il accompagna ses mots avec les gestes, en posant doucement sa main contre le visage de la jeune fille. Hermione ferma les yeux à ce contact, les yeux brûlants tant elle tâchait de contenir les larmes qui montaient en elle.

« Je veux plus jamais que ça arrive, Hermione. Poursuivit-il.

- Qu'est-ce que tu proposes pour que ça n'arrive plus, dans ce cas ? Demanda-t-elle, sarcastiquement malgré elle. »

Fred marqua une pause et Hermione en profita pour rouvrir les yeux. Ses jambes chancelèrent quand elle vit l'intensité avec laquelle il la regardait. Jamais, ô grand jamais, on ne l'avait regardée ainsi. C'était à la fois exaltant et effrayant.

« Je propose qu'on soit enfin honnêtes l'un envers l'autre. Dit-il finalement, l'air plus sérieux que jamais. Fini les mensonges, fini les jeux, fini les faux-semblants. Soyons réellement honnêtes sur ce qu'on ressent l'un envers l'autre. »

Hermione déglutit difficilement, les émotions se bousculant à une vitesse affolante en elle. Il se détacha d'elle, se recula légèrement et attendit patiemment sa réponse.

« D'accord. Répondit-elle aussi posément que possible. Honnêteté à 100%, alors. Qui commence ?

- Les dames d'abord. Dit-il en prétendant de faire une révérence.

- Très bien. Fred Weasley… Commença-t-elle, incertaine. Ces dernières années, tu m'en as fait voir de toutes les couleurs. J'ai ressenti beaucoup de choses à ton égard. De l'agacement, de la frustration, de la colère, de la peine, de la tristesse, de la haine, même, parfois. Tu m'as fait sortir de mes gonds comme personne ne l'avait fait avant. Mais j'ai également ressenti beaucoup d'autres choses. De la joie, de l'exaltation, de l'allégresse, de la légèreté, de l'impatience, de… l'amour. Oui, je crois que je peux pas être totalement honnête tant que je ne te l'aurais pas dit clairement… »

Hermione s'arrêta un instant, hésitant à poursuivre. Une fois qu'elle aurait dit ces petits mots en particulier, il n'y aurait aucun retour en arrière possible. Les choses seraient définitivement différentes entre Fred et elle. Le souhaitait-elle réellement ? Lorsqu'elle vit l'air inquisiteur du concerné, elle inspira doucement et expira avant de reprendre la parole.

« Je t'aime, Fred. Soupira-t-elle finalement, sentant un poids se libérer de ses épaules par la même occasion. J'ai commencé à t'aimer il y a des années de cela et je t'aime encore aujourd'hui. Voilà. Tu connais mon terrible secret, désormais. »

Fred pouffa légèrement et tourna la tête sur sa droite, soudain pris de passion pour les silhouettes qui passaient plus loin, dans les gravelas. Hermione en avait presque oublié qu'ils n'étaient pas tous seuls et que bien d'autres personnes se trouvaient dans l'enceinte du château en ce moment même. Après tout, quand elle était aux côtés de Fred Weasley, c'était comme si le reste du monde n'existait plus. C'était comme s'il n'y avait qu'eux deux.

« Hermione Granger, débuta-t-il finalement, le regard toujours fixé sur sa droite. Je me suis voilé la face très longtemps à ton sujet. J'ai ressenti très tôt des sentiments différents à ton égard mais j'ai préféré les ignorer aussi longtemps que je le pouvais. Après tout… Tu étais la meilleure amie de mon petit frère. C'était trop bizarre de me dire que tu pouvais être bien plus que ça à mes yeux. Mais plus j'essayais de lutter contre ces sentiments, plus ils s'imposaient à moi, comme s'ils étaient inévitables. C'était comme une évidence. Bien sûr, ça, je m'en suis rendu compte bien trop tard… Je crois qu'au fond, inconsciemment, j'ai toujours fait tout ce que je pouvais pour te repousser parce que j'avais peur que… si je me laissais aller, si j'acceptais ces sentiments… J'avais peur de ce qui allait se passer. Ce sont des choses que j'avais jamais ressenties avant et elles m'effrayaient. Tu m'effrayais. Mais le jour du mariage de Bill et Fleur, quand tu es partie et que j'ai cru que j'allais jamais te revoir, j'ai compris que j'avais été vraiment stupide et qu'en te repoussant comme je l'ai fait toutes ces années, j'avais probablement fait la plus grosse connerie de ma vie. Mais c'est terminé tout ça, je veux plus être lâche et pas admettre la vérité. Je veux plus t'éloigner de moi. »

Fred imita Hermione quelques instants plus tôt et marqua une pause, reprenant ses esprits. La susnommée était pendue à ses lèvres et buvaient ses paroles avec avidité. Allait-il lui dire les mêmes trois petits mots qu'elle avait prononcés elle aussi ? Avant de reprendre la parole, il pivota de nouveau sa tête afin de revenir face à elle.

« La vache, c'est beaucoup plus difficile à dire que ce que je croyais… Pouffa-t-il, visiblement gêné.

- Une fois que tu l'auras dit, tu te sentiras mieux, crois-moi. L'encouragea-t-elle, le cœur tambourinant dans sa poitrine.

- Ça sent le vécu. Ironisa-t-il.

- Tu peux vraiment pas t'empêcher de faire des blagues, même dans des moments sérieux comme celui-là, c'est fou. Constata-t-elle, non sans un sourire.

- C'est pour détendre l'atmosphère. Dit-il en hochant les épaules.

- Si tu le dis… »

Hermione encouragea Fred du regard à poursuivre. Elle savait pertinemment ce qu'il allait dire mais l'attente n'en était pas moins insoutenable.

« Bon… Je t'aime, Hermione. Finit-il enfin par avouer. Ouf, tu as raison, ça fait du bien de le dire à haute voix ! »

Il cessa de faire le plaisantin lorsqu'il croisa le regard de la jeune femme. Le silence s'installa de lui-même entre les deux sorciers, qui venaient de s'avouer leurs sentiments après des années à éviter d'emprunter ce chemin. Qu'allait-il advenir de leur relation, à présent ? Les choses ne seraient plus jamais les mêmes entre eux, c'était une certitude. Comment pouvaient-elles l'être ? Après tout ce qu'ils avaient vécu, tout ce qu'ils venaient de confesser… Une nouvelle ère était sur le point de débuter, et c'était aussi excitant que c'était incertain.

« Et maintenant ? Finit-elle par demander, les yeux désormais rivés au sol.

- Et maintenant… On improvise. Répondit-il.

- Je n'ai jamais été très douée pour ça.

- C'est mon domaine d'expertise, t'inquiètes pas, je saurai le faire pour deux. »

Hermione n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit, puisque les deux jeunes gens furent soudain encerclés par toute la fratrie Weasley et Harry. Ce dernier était main dans la main avec Ginny, ce que Hermione ne manqua pas de remarquer. Elle sourit doucement en constatant cela et croisa le regard de Harry, qui lui sourit à son tour. Leurs sourires étaient minces, compte tenu de l'année qu'ils venaient de traverser. Mais très bientôt, ils seraient capables de sourire pleinement à nouveau.

« Ben alors les jeunes, qu'est-ce que vous avez de si intéressant à vous raconter ? S'enquit George en passant le bras autour des épaules de son frère jumeau. Ça fait un moment qu'on vous cherche.

- Oh, on rattrapait juste le temps perdu. Répondit nonchalamment Fred. »

A ces mots, il adressa un clin d'œil à Hermione, qui leva les yeux au ciel en éclatant d'un léger rire cristallin. Une grande étape venait d'être franchie entre eux, et pourtant, c'était comme si rien n'avait changé. Tout paraissait si simple et naturel.

« Je sais pas vous mais je rêve d'une grande chope de Whisky-Pur-Feu, s'exclama alors Harry, aussitôt approuvé de ses comparses.

- Une chope ? Plutôt une énorme bassine ouais ! Ajouta George, ce qui fit rire Harry.

- On fait jamais dans la demi-mesure, frangin. Dit Fred en tapant dans la main de son jumeau.

- Jamais. Approuva le concerné. »

Le silence se fit à nouveau lorsque les jeunes gens remarquèrent qu'une tiers personne s'était fondue dans la masse et les observait discrètement. Instinctivement, ils eurent tous un mouvement de recul. Tous, sauf l'un d'entre eux.

« Pansy ? Souffla Ron en s'avançant vers la susnommée. »

Pansy Parkinson se tenait timidement face au petit groupe, un bras croisé sur son ventre. Elle était parfaitement immobile et ne cessait de jeter des coups d'œil hagards autour d'elle, comme si elle craignait d'être surprise en mauvaise posture. Sans doute vérifiait-elle que ses amis Serpentard ne la voient pas avec la petite troupe de Gryffondors… Les vieilles habitudes avaient la vie rude, après tout.

« Qu'est-ce que tu fiches ici, Mangemort ? Cracha alors George. Tous tes petits copains se sont enfuis après la défaite de votre maître, tu aurais dû en faire de même.

- Ce ne sont pas mes amis. Répondit-elle durement, lançant un regard noir à George.

- Tu n'en es pas moins une Mangemort pour autant, ajouta Ginny d'un ton cassant.

- Foutez-lui la paix et laissez-la parler ! S'énerva Ron en se retournant vers eux. »

Ginny, Fred et George ne masquèrent pas leur étonnement vis-à-vis de la réaction de leur frère, mais se turent aussitôt. Hermione et Harry échangèrent un regard lourd de sens : ils savaient parfaitement ce qu'il se tramait entre Ron et Pansy, depuis plusieurs années maintenant, mais désormais, ce n'était plus leur rôle d'intervenir et d'essayer de l'empêcher.

Ron cherchait à établir un contact visuel avec Pansy mais celle-ci fuyait inlassablement son regard. La dernière fois qu'il l'avait vue était dans cette chambre d'hôtel miteuse il y a bientôt six mois et elle semblait être dans un état encore plus lamentable à ce jour. Les souvenirs de la nuit passée avec elle revinrent à la mémoire de Ron et sa gorge se noua aussitôt. Il se rendit compte qu'il avait secrètement espéré la revoir afin de pouvoir faire le point sur ce qu'il s'était passé entre eux. Cependant, la jeune femme ne semblait pas résolue à parler et Ron entreprit alors de l'emmener à l'écart, estimant qu'elle serait sûrement plus à l'aise loin des regards vifs de ses proches derrière lui, qui la fixaient sans relâche.

« Viens, on va aller plus loin pour parler. Lui dit-il en s'avançant vers elle. »

Il lui tendit sa main en attendant qu'elle la prenne. Elle regarda d'abord cette main tendue, hésitante, puis, elle leva les yeux vers lui. Il l'encouragea d'un hochement de tête et d'un mince sourire. Après quelques secondes hasardeuses, elle finit par prendre cette main dans la sienne et ils s'éloignèrent de quelques mètres, à l'abri des regards, afin d'avoir une réelle discussion.

« Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'il vient de se passer, là ? Lâcha alors Ginny, incrédule, tandis que les deux jeunes gens s'éloignaient main dans la main.

- Je crois que l'explication qu'on pourrait te fournir dépasserait tout entendement, Gin. Soupira Hermione, approuvée d'un hochement de tête de Harry.

- Si c'est ce qui le rend heureux, on doit respecter son choix. Dit ensuite Harry. De toute façon, borné comme il est, on pourra rien dire ou faire qui pourra le faire changer d'avis tant qu'il a cette idée en tête.

- Mais enfin, c'est une Mange… enfin, on croit rêver là ! S'insurgea Ginny.

- Je sais pas vous mais je l'ai pas vue une seule fois sur le champ de bataille. Fit remarquer Hermione, en pleine réflexion.

- Moi non plus. Soupira Harry, pensif également.

- J'ai vu presque aucun de ces jeunes de la bande à Malefoy. Ajouta George. Peut-être qu'ils ont pas voulu participer à la guerre du mauvais côté… »

Les jeunes gens firent alors le silence, tandis qu'ils observaient Ron et Pansy parler, au loin. Ils ne pouvaient entendre ce qu'ils se disaient mais leurs expressions faciales et les gestuels de leur corps trahissaient le sujet de leur discussion. Ils avaient l'air de parler de quelque chose de très important. Au bout de quelques minutes, Ron ouvrit ses bras et Pansy vint s'y réfugier, la tête enfouie dans la nuque du jeune homme. Leur étreinte dura quelques instants et parut trop intime pour que le petit groupe continue de les regarder ainsi. Aussi, d'un commun accord, ils tournèrent tous la tête.

« Eh ben, on aura vraiment tout vu… Soupira Ginny avec une moue. »

Elle s'éloigna alors afin de retourner auprès de ses parents, suivie par Harry et George. Fred et Hermione leur emboîtèrent le pas quelques instants plus tard afin de marcher côte-à-côte et d'avoir un semblant d'intimité.

« J'ai une suggestion à te faire, Mione. Dit soudain Fred, marchant les mains dans les poches de sa veste, comme à son habitude.

- Je suis tout ouïe. Répondit la concernée, les mains dans les poches arrières de son pantalon.

- On en a pas encore parlé mais je suppose qu'avec George, on va rapidement retourner à Londres pour s'occuper de notre boutique. Je crois qu'un peu de légèreté et de rire après une guerre, c'est le genre de choses dont les gens peuvent avoir besoin, quant à nous, on a aussi besoin de faire repartir notre commerce.

- Je vois. Dit simplement Hermione, curieuse de savoir où Fred voulait en venir.

- Je sais pas si tu t'en souviens mais on avait pris un appart ensemble, Georgie et moi. Poursuivit Fred, traînant des pieds.

- Hmm hmm. Confirma Hermione.

- Au début, on était contents de cette colocation, mais avec le temps, je pense que ce serait bien qu'on ait chacun notre petit chez-nous. J'adore mon frère jumeau mais on pourra pas être éternellement collés l'un à l'autre.

- Ça, c'est à vous de voir.

- Enfin bref… J'avais donc l'idée qui me trottait en tête de me chercher un petit appartement pour moi avant… enfin, avant toute cette merde, quoi… et maintenant, je me demandais si ça te dirait de… enfin… Est-ce que ça t'intéresserait de venir t'installer avec moi quand j'aurai cet appartement ? »

Il jeta un coup d'œil inquisiteur à Hermione après lui avoir posé cette question afin de voir quelle serait sa réaction. C'était une décision très impulsive qu'il venait de prendre, mais il ne ressentait pas de doute à ce sujet. Il savait que c'était ce qu'il voulait, et il espérait plus que tout que la jeune femme serait du même avis que lui.

« Je… sais pas quoi dire, Fred, je… Je m'attendais pas à ça. Avoua Hermione après quelques instants de réflexion.

- Je n'attends pas une réponse tout de suite, bien sûr, prends tout le temps qu'il te faudra pour décider. La rassura-t-il aussitôt. Je veux pas te brusquer, je comprends que c'est pas une décision à prendre à la légère mais… Voilà, je voulais juste t'en parler. Je me disais que ça pourrait être bien pour… nous. »

L'évocation de ce « nous » et l'idée d'un avenir ensemble, tout cela sorti de la bouche de Fred Weasley fit l'effet d'un picotement chaleureux dans la poitrine de Hermione. Elle était si tentée de répondre « oui » tout de suite. Cependant, elle désirait tout de même prendre le temps de la réflexion. Comme l'avait dit Fred, ce n'était pas une décision à prendre à la légère. Qui disait que cela pourrait fonctionner entre les deux jeunes gens ? Leur histoire était si tumultueuse qu'il était difficile de prévoir la suite des événements. Cela paraissait si indécent au lendemain d'une guerre de penser à toutes ces petites choses futiles de la vie. Pourtant, n'était-ce pas ce dont ils avaient besoin, désormais ? De se préoccuper de leur avenir et d'accorder de l'attention aux petites choses futiles de la vie ?

« Je vais y réfléchir et je te ferai part de ma décision ultérieurement. Dit finalement Hermione d'un ton faussement solennel.

- Oh, je vous remercie de votre considération, votre Honneur. La taquina Fred en souriant. »

Hermione le bouscula légèrement de l'épaule, ce qu'il fit en retour. De manière spontanée, elle se surprit à prendre sa main dans la sienne pour la première fois, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Fred sembla ressentir la même chose de son côté, puisqu'il entrelaçât aussitôt ses doigts aux siens. Ils continuèrent donc leur marche ainsi, bientôt arrivés à destination. Ils ne parlaient plus mais le lien qui les unissait à cet instant était si fort que les mots n'étaient pas nécessaires. Ils se comprenaient, ils étaient sur la même longueur d'ondes, et ce fut cela qui convainquit définitivement Hermione d'accepter la proposition de Fred. Elle savait que c'était la meilleure décision qu'elle puisse prendre.