Et voici le dernier chapitre. Puisque demain est techniquement la "fin" de notre enfermement potentiel, ou tout du moins la première phase d'un changement (on l'éspère), voici donc le chapitre qui conclue cette micro-fic. J'éspère que ça vous a plu. Je reviens dans pas longtemps avec la suite de "If only I could wake you up" mais en attendant je vous souhaite une bonne continuation, prenez soin de vous et ne prenez pas de risques inutilement. Bonne lecture,

DK


Quand on a que l'amour


« Regina,

J'écris cette lettre dans ce même cahier où j'ai écrit toutes les autres. Le temps a passé, l'encre a coulé depuis. Je n'ai pas écrit depuis un an, tout pile, aujourd'hui. Nous sommes le 13 avril 2021. Le ciel est resplendissant, il y fait beau, presque chaud pour un mois d'avril. Depuis ma fenêtre, je vois les gens déambuler, librement, de nouveaux sourires accrochés aux lèvres.

Les marchés ont rouvert depuis un moment déjà et les gens discutent, sans masques et sans barrières, comme si tout était déjà loin de nous. On a appris à revivre, tous autant que nous sommes, accompagnés par une menace aveugle qui planait autour de nous pendant des mois, avant de pouvoir entendre sur les journaux télévisés que le dernier patient atteint de ce virus dans le monde, avait été guéris. C'était il y a six mois déjà. Six mois que tout est derrière nous. Six mois que les balades du dimanche et les repas de famille ont pris un tout autre sens.

Six mois que les sorties pour faire des courses ou pour aller à un rendez-vous sont devenues plus agréables. J'ose espérer qu'après ça, les gens sont devenus plus responsables, plus attentifs à ce qui se passe autour d'eux, plus attentifs à leurs gestes, mais tu te doutes bien que c'est un peu trop demandé.

Je vais bien mieux depuis la fin de cet enfer, j'ai déménagé, mais tu le sais déjà. Je crois que c'est ce qu'il fallait, me construire, avoir mon chez moi. Prendre un nouvel envol. Et c'est ce que j'ai fait.

Malgré le monde qui recommençait à tourner autour de nous, rien n'a changé. Je n'ai pas changé. Ce que je pensais dans ma première lettre est toujours véridique dans celle-ci. C'est toi. Evidemment que c'est toi.

Je t'écris cette lettre alors que tu es à ton bureau, en train de faire de la paperasse ennuyante, mais qui te plais. Perchée sur tes talons hauts, tu dois sûrement froncer les yeux pour essayer de déchiffrer une demande périlleuse d'un habitant de la ville qui se sent pousser des ailes par sa liberté retrouvée et qui veut construire je ne sais quel bâtiment.

Je sais donc pertinemment que ce cahier va t'arriver, comme les fois précédentes, et que tu vas lire ma lettre. Cette fois, en mon âme et conscience.

Tu diras que je t'empêche de travailler, que je suis puérile, mais je m'en moque.

Je tenais simplement à te dire que depuis un an, tu me fais du bien, tu me fais sourire, plus que le ciel bleu au-dessus de nous, plus que notre retour à la normale. C'est toi qui continues d'être mon souffle de liberté, ma bonne nouvelle. Chaque jour je te regarde partir depuis la fenêtre, chaque jour je te vois revenir. A chaque fois, j'ai droit à un signe de la main. CE signe de la main que j'avais tant désiré. A présent, je sais que j'existe à tes yeux, je sais que je suis là, que je transperce tes prunelles brunes et que tu m'accordes la seconde nécessaire à égayer toute ma journée. Ça et tout le reste.

Je ne vais pas raconter tout ce qui s'est déroulé ces derniers mois puisque tu le sais, mais j'ai toujours ce désir persistant, ce désir viscéral qui ne me quitte pas, jamais.

Il y a un an, je réalisais que tu m'habitais plus que je ne le voulais, que j'éprouvais pour toi quelque chose qui me dépassais, que je refusais même de prononcer, en t'affublant de tout un tas de sentiments qui m'empêcheraient de dire le seul, l'unique.

Puis tu sais que ce 11 avril, je suis venue à ta porte. J'ai frappé, j'ai attendu. Tu n'es jamais venue. Je suis rentrée chez moi, un sentiment de cage dorée qui compressait mon cœur, et un goût amer en bouche. Et en rentrant chez moi, tu étais là. Dans mon salon, face à mes parents. Face à moi. J'ai bien cru défaillir. Tu me fais toujours cet effet-là.

Et puis j'ai défailli. Je suis tombée, littéralement. Tombée amoureuse. J'osais enfin le prononcer, à moi-même. Ça raisonnait dans tout mon crâne, c'était trop fort. Ça tambourinait.

On s'est regardé, longtemps, les yeux dans les yeux, le cœur au bord des lèvres. Sans rien dire.

On n'a jamais rien dit. On s'est juste contentés de le vivre.

Je suis chez toi, postée à la fenêtre, en train d'écrire. Ou plutôt chez nous.

Et je n'ai qu'une chose à te dire. Ou plutôt deux. Mais j'aime te faire languir.

Première chose : Je t'aime, Regina Mills. Je t'aime follement. De toute ma force.

Deuxième chose : Puisque c'est cet abruti de confinement qui m'a fait réaliser que tu étais celle qui manquait à ma vie, je tiens à fêter l'anniversaire de ce dernier en symbolisant le fait que tu es celle que je veux dans ma vie. Tu sais ô combien.

Emma. »


« Emma,

Tu es une idiote. Oui, tu m'empêches de travailler. Eh oui, je sais tout ça. Je sais ce que tu ressens puisque je ressens l'identique. Et je te conçois que ces mots sont difficiles à dire, en toute circonstance, et pour moi particulièrement.

J'ai toujours considéré l'amour comme une faiblesse et tu parviens à me faire réaliser qu'elle peut être une force. Une magnifique force.

Néanmoins je remarque que tes prouesses en magie sont de plus en plus performantes. Bravo pour ça.

Ne crois pas que tu la seule ayant réalisé beaucoup depuis l'an dernier. Grace à tes stupides lettres, j'ai compris que je perdais beaucoup. Mais que je pouvais tout gagner. Tu es la fin heureuse dont on rêve tous. Tu es ma fin heureuse, celle pour qui je me suis tant battu, celle que j'ai tant attendu que j'ai bien failli perdre avant même de l'avoir touché.

Pour autant, c'est toi qui as tout commencé. Et pour cette raison, je ne vais pas te dire les mots que tu attends, même si tu sais qu'ils sont présents.

Je vais faire mieux.

Emma Swan. Un après le commencement, je veux mille autres années à tes côtés. Fêter ce jour tous les suivants, et fêter plus que le jour de notre enfermement. Fêter nos 20 ans ensemble, nos 50 ans, nos 100 ans, de n'importe où. Je veux que ce jour soit celui qui nous rassemble, et pour ça…

Je voudrais que tu deviennes ma femme, Emma Swan. Pas plus tard que maintenant.

Si tu acceptes, tu n'as qu'à me rejoindre à la mairie. Crois-moi, je peux rassembler la ville aussi vite que possible. Mais j'ai bien compris, après cette année-là, que lorsque l'on est sûr, lorsque l'on sait, rien ne sert d'attendre, il faut en profiter. Et ne surtout jamais gardé en soit-ce que l'on ressent.

Tu sais que je t'aime.

Bien sûr que tu le sais.

Ta Regina. »


Dans un geste, Henry referma le cahier rempli de pages griffonnés. Il sourit et redressa sa tête, les yeux embués de larmes. Devant lui, l'horizon, à perte de vu. Il pressa le cahier contre son cœur, regarda droit devant lui et prononça, sa voix trahissant son émotion.

« Joyeux anniversaires mes mamans. Je me suis dit que vous voudriez que je vous relise toutes vos lettres, juste pour vous rappelez comme vous vous aimez, et comme vous vous aimerez toujours… Vous êtes liées. C'est vos 100 ans de mariage aujourd'hui, vous imaginez comme le temps passe ? J'ai mis la chanson de votre mariage... Vous entendez... ? »

Dans un dernier sourire, il déposa le petit carnet sur le sol, puis recula, avant de s'éloigner, le cœur lourd, mais fier de ce qu'il venait d'entreprendre, et une canne à la main tandis qu'il rejoignait la sortie, aidée par une jeune fille qui prit son bras pour l'aider à marcher, et avec une chanson bien particulière en guise de fond sonore. "Quand on a que l'amour" de Jacques Brel.

Et le carnet demeura là, à même le sol, devant une pierre tombale plus large que toutes les autres, ayant pour inscription:

« Regina Mills-Swan et Emma Mills-Swan. »

FIN.