Chapitre 1
Le Poudlard Express s'était arrêté sous l'énorme vague de pluie qui inondait le pays depuis des jours. Caroline frôlait la vitre du train de son nez pointu et cherchait à en percer la buée, ses grands yeux globuleux s'acclimatant doucement à l'obscurité qui l'éblouissait. Il y avait quelque chose dehors. Caroline se gratta l'oreille nerveusement, songeant à s'enfermer dans les toilettes du train mais elle se ravisa quand elle comprit qu'il était trop tard pour se cacher. Elle se contenta de lorgner les petites gouttes de pluie qui serpentaient de l'autre côté de la vitre. Quelque chose flottait dans les airs.
Bianca dévisageait Caroline avec une pointe d'inquiétude.
« Caro ? » s'enquit-elle.
Un souffle glacial vint sournoisement chatouiller leurs joues et ôta le peu de chaleur du wagon. Caroline se ratatina dans la banquette moelleuse du train. Elle avait la doucereuse sensation qu'une main gelée caressait le bas de ses reins et remontait le long de son échine.
« Ils dansent autour de nous, haut dans le ciel, souffla-t-elle sinistrement.
- Qui ? »
Caroline arqua l'un de ses sourcils lorsqu'elle découvrit la mine déconfite de ses amis. Ils n'avaient aucune idée de ce qui se tramait à l'extérieur. Elly fixait la lampe qui s'était éteinte, tandis que Daryl tapotait des doigts avec impatience sur la banquette.
« Des Détraqueurs, ils recherchent Sirius Black… ils pensent peut-être qu'il s'est caché dans ce train. »
Elle darda un œil faussement terrifié sur eux, tandis que la vitre se parait d'une fine couche de glace. Tous tremblaient de froid. Le Détraqueur était tout proche. Bianca ne clignait même plus des yeux, elle ne voulait pas rater une seule miette du spectacle. Ce n'était pas tous les jours qu'elle avait l'occasion de croiser un Détraqueur dans le Poudlard Express.
Caroline n'était pas étonnée de les voir fouiller le train. Sirius Black restait introuvable depuis plus d'une semaine. Sa tête était placardée sur tous les murs du Chemin de Traverse. Difficile de se promener chez Fleury & Bott ou à la Banque Gringotts sans croiser son visage creusé et couvert de crasse. Caroline le trouvait réellement effrayant, la folie qu'elle lisait dans ses yeux avait le don de lui dresser les cheveux sur la tête. Elle avait arraché plusieurs avis de recherches tant le visage de Black l'angoissait.
Les luminaires du Poudlard Express se rallumèrent gentiment les après les autres. La menace du Détraqueur s'était envolée. Elly replongea aussitôt son nez dans le nouveau livre de potions qu'ils avaient dû se procurer pour leurs ASPIC et Daryl reprit sa petite sieste, la tête posée sur son écharpe en boule.
« Pourquoi Sirius Black était-il à Azkaban ? chuchota Bianca à l'oreille de Caroline.
- Il a assassiné son meilleur ami devant une foule de témoins Moldus. Il était un partisan de tu-sais-qui », murmura-t-elle sombrement.
Encore aujourd'hui, des sorciers de toute part étaient soupçonnés d'être partisans de la magie noire. Le doute ne guettait pas Caroline, elle était persuadée que Voldemort gardait encore beaucoup de fidèles dans ses rangs, que ce soit par crainte ou par loyauté. Encore fallait-il les débusquer. Son père avait beaucoup de difficultés à récolter les preuves nécessaires pour les condamner. Et c'était peut-être encore plus effrayant que l'évasion de Sirius Black, car eux, ils étaient bien vivants et libres.
« Comment a-t-il fait pour s'échapper ? Ça grouille de Détraqueurs là-bas… »
Caroline haussa les épaules :
« Aucune idée. Il n'était peut-être pas seul.
- Tu penses à un complice ? » Bianca mordillait son pouce nerveusement.
- Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Mais jamais personne ne s'était évadé d'Azkaban auparavant, Black doit être sacrément dangereux. »
Caroline frissonnait intérieurement. Black lui donnait froid dans le dos, surtout quand elle savait qu'il se rapprocherait de Poudlard par tous les moyens possibles et inimaginables. Quelque chose était en train de changer dans le monde magique, elle en était convaincue. Daryl et Elly n'écoutaient pas la discussion, tous deux avaient la tête ailleurs. Elly rêvait de devenir Ministre de la Magie et s'acharnait à obtenir les meilleures notes de Poudlard depuis sa première année.
« Je vais chercher des Choco-Grenouilles. »
Caroline sortit du wagon hâtivement, ressassant l'évasion de Black en boucle. Un détail leur avait échappé à tous, mais de quoi pouvait-il bien s'agir ? Caroline garda la tête vrillée sur ses chaussures, les bras croisés sur sa poitrine. Depuis quelques années, Poudlard n'était plus aussi calme qu'auparavant. Des événements troublants s'enchaînaient, chaque année avait son lot de surprises macabres et inquiétantes. Et comme beaucoup, Caroline était persuadée que c'était uniquement la faute d'Harry Potter…
Caroline percuta quelqu'un dans le couloir. Elle rebondit contre la vitre du train, se retenant tant bien que mal à la manche de l'inconnu. Elle la lâcha aussitôt une fois son corps stabilisé, et leva ses prunelles sombres pour contempler l'heureux propriétaire de cet affreux costume en tweed.
« Par la barbe de Merlin, vous pourriez faire attention », bégaya-t-elle tout bas.
L'inconnu lui souriait avec bienveillance, les mains rangées dans ses poches. L'affreux costume qu'il portait était usé par endroit, raccommodé pauvrement avec quelques bribes de tissus d'un autre vieux costume.
« Ravi de faire votre connaissance, Caroline. »
Caroline ouvrit les yeux, stupéfaite par sa voix suave et harmonieuse, prononçant son nom sans la moindre hésitation. Elle n'avait jamais vu cet homme, et pourtant, il connaissait son prénom. Caroline détailla son visage blême, parsemé de cicatrices et de quelques rides. Il avait l'air si fatigué par la vie. Ses cheveux bruns retombaient négligemment sur son front, un peu gras ou mouillés, elle n'aurait su dire. Cet inconnu avait beaucoup de charme malgré son apparence… originale.
Caroline esquissa un rictus mauvais :
« D'où connaissez-vous mon nom ?
- Il est marqué sur votre badge », lui fit-il remarqué, amusé.
Un sourire bête remplaça son air méfiant. Elle avait déjà oublié ! Caroline jeta un coup d'œil à son badge de Préfète avec une petite moue ennuyée. C'était la troisième année consécutive qu'elle l'affichait sur le coin de sa robe.
« Je dois aller m'entretenir avec le chauffeur du train. Excusez-moi. »
Caroline hocha la tête et s'écarta maladroitement pour le laisser passer. Elle n'avait aucune idée de qui il était ni ce qu'il faisait ici. Aucun adulte ne prenait le train en temps normal. Peut-être était-il là à cause de Sirius Black ? Elle observa cet inconnu quitter le wagon pour un autre, légèrement fascinée par son allure nonchalante.
« Vous voulez quelque chose ? »
Elle garda ses prunelles sombres solidement fixées sur la porte à présent fermée et répondit distraitement à la marchande de sucreries :
« Quatre Choco-grenouilles volontiers. »
La vieille dame lui tendit quatre petites boîtes colorées. Caroline la remercia et rebroussa chemin après avoir contemplé la porte un instant de plus. Quelques élèves s'échangeaient des bribes de leurs vacances dans les couloirs et bouchaient le passage. Elle dût s'armer de patience pour atteindre la porte de son compartiment.
Caroline prit place aux côtés de ses amis et leur distribua à chacun un petit batracien en chocolat.
« Tu en as mis du temps, râla Bianca. La dernière fois c'était une première année qui t'avait vomi sur les pieds, et aujourd'hui, c'était quoi ? Un troupeau de Détraqueurs ? »
Caroline la fixa d'un air las. Personne ne croyait ses excuses, pas même ses amis. Pourtant, le petit Serdaigle qui lui avait régurgité dessus avait passé la pire journée de sa vie.
« J'ai croisé quelqu'un.
- Le professeur Rogue habillé d'une robe de chambre ? Se moqua-t-elle de sa langue tranchante.
- Non, je ne sais pas qui c'était. Et j'ai vraiment croisé le professeur Rogue en robe de chambre… »
Elle avait d'ailleurs eu un mois de retenue pour s'être infiltrée dans sa réserve personnelle au beau milieu de la nuit. La Serpentard avait eu l'idée de confectionner un puissant somnifère pour endormir quelques camarades dont elle aurait bien voulu se débarrasser définitivement, lors des nombreuses apparitions de Gilderoy Lockhart. Toutes ces filles qui gloussaient à sa vue rendait Caroline extrêmement désagréable. Elle avait horreur du bonhomme, et fut bien heureuse quand il était revenu des catacombes de Poudlard, ignorant et amnésique. C'était l'un des meilleurs jours de sa vie.
Caroline ouvrit son paquet délicatement et empêcha la grenouille de sauter. Elle l'enfila dans sa bouche et croqua dedans avec avidité.
« Devine qui j'ai vu la semaine dernière », demanda Caroline en mâchant.
Bianca secoua la tête négligemment. Cette dernière ressemblait à Blanche-neige, une héroïne de conte pour les enfants Moldus. Caroline était tombée dessus par hasard, dans les rues de Londres. Elle était étonnée de la similitude physique entre les deux jeunes filles. Toutes deux arborait des cheveux d'ébènes, courbés à leurs pointes et un teint blanc comme la neige. Bianca possédait néanmoins un grain de beauté au-dessus de sa lèvre pulpeuse, qui la différenciait de cette princesse fictive.
« Le Ministre.
- J'avais pensé à Tom. D'ailleurs, est-ce qu'il t'a encore proposé un repas en tête-à-tête ? »
Caroline avait passé se dernière semaine de vacances au Chaudron Baveur, comme à son habitude. Et comme à chaque fois, le propriétaire l'avait invité à dîner, insistant sur le fait qu'il adorait cuisiner des veracrasses. Elle avait eu la gentillesse de lui répondre oui, une seule fois. C'était une grave erreur, elle avait passé la soirée la plus traumatisante de toutes. Depuis ce jour, elle évitait soigneusement Tom et se contentait de lui adresser de loin des « bonjour polis » – ce qui consistait pour Caroline à lui lancer un regard glacial à chaque fois qu'il osait s'approcher un peu trop près d'elle.
Cette semaine-ci, le Ministre était entré dans le Chaudron Baveur tard dans la nuit, alors qu'elle révisait son cours de potions pour la rentrée. Il l'avait saluée discrètement et s'était empressé de monter à l'étage, le visage trempé de sueur.
« Je ne suis pas étonnée de voir la Ministre dans un tel endroit, il paraît qu'il a des goûts douteux, continua Bianca en mordant goulument dans sa grenouille en chocolat.
- Le plus étrange, c'est qu'Harry Potter est arrivé quelques minutes plus tard. Tom l'a aussitôt emmené à l'étage.
- Qu'insinues-tu ? » S'insurgea Daryl en rouvrant les yeux.
Caroline était étonnée que ses histoires du Chaudron Baveur l'intéressent. Daryl avait la manie de dénigrer tout ce qui n'était pas luxueux ou de noble famille. Les Sang-de-Bourbe étaient sa cible favorite après le célèbre Harry Potter.
« Rien du tout, je dis juste que c'est étrange. Le Ministre ne rend pas visite à n'importe qui.
- Potter a forgé sa popularité sur le dos de quelqu'un d'autre. Il ne mérite pas toute cette attention », cracha-t-il, anormalement agacé.
Bianca ouvrit la bouche pour lui répondre, mais elle fut coupée par des cris stridents provenant du couloir. Plusieurs élèves hurlaient qu'Harry Potter s'était évanoui. Caroline en profita pour s'éclipser. Daryl lui donnait mal à la tête, à force d'être aussi antipathique. Elle sortit une seconde fois de son compartiment et tomba sur des deuxièmes années agitées. Elle les dévisagea sans expression, tout en posant son index sur sa mâchoire. Les jeunes sorciers arrêtèrent de crier et se redressèrent avec de petites mines inquiétées. Caroline n'avait pas bonne réputation, même chez ces Serdaigle, qu'elle croyait trop intelligent pour s'agiter ainsi.
« En quoi le fait qu'Harry Potter se soit évanoui vous permette de crier ainsi, comme des babouins enragés ? »
Ils la fixèrent, avec de gros yeux, totalement intimidés par l'aura néfaste qu'elle dégageait. Caroline avait la réputation d'agresser le moindre enfant. Pourtant, elle les laissait toujours simplement repartir avec un avertissement, contrairement à Percy Weasley qui n'hésitait pas à dénoncer la moindre infraction aux professeurs.
« Doug MacGowell, vous le connaissez ? » demanda-t-elle finalement.
Personne n'osa répondre, ni même bouger le moindre cil.
« Il paraît que c'était un brillant joueur de Quidditch qui s'évanouissait souvent lorsqu'il voyait des monstres dans le petit cagibi où était rangé les balais de son équipe, près de leur terrain d'entraînement. Bien sûr, personne n'a jamais vu les monstres dont il parlait, mais lui continuait à croire en ses visions et à s'évanouir à tout bout de champ. Tout le monde riait, comme vous… et vous savez ce qui s'est passé quelques temps plus tard ? »
Elle sortit un article de journal de la poche de sa robe – que Bianca lui avait donné quelques heures auparavant – et le fourra devant les yeux des trois Serdaigle. Le nom de Doug MacGowell était inscrit sous une photo où l'on distinguait un corps étalé dans la pénombre d'un petit local.
« Un jour, lorsqu'il s'est évanouit devant le même cagibi, il ne s'est plus jamais réveillé. Et tous les membres de son équipe qui s'était moqué de lui sont morts dans la soirée, emporté par une curieuse fièvre. Si je vous dis ça, c'est parce que Potter n'est pas tout net et qu'il se pourrait que l'histoire se répète… »
Elle s'amusa de les voir détaler, en chuchotant tout bas que se serait la faute de Potter s'ils mouraient dans leur sommeil cette nuit. Caroline jeta un coup d'œil à sa fausse coupure de presse et remercia secrètement Bianca de l'avoir dénichée dans une boutique de farces et attrapes lors de ses vacances en Amérique.
Un sifflement aigu parvint à ses oreilles alors qu'elle percevait déjà le gros ventre d'Hagrid sur le quai, à travers la fenêtre. Le Poudlard Express était enfin arrivé à destination.
Caroline s'assit au bout de la table des Serpentard, en ne cachant pas sa joie d'être de retour à Poudlard. On aurait pu la confondre avec un cadavre tellement elle rayonnait. Ce n'est que lorsque le directeur prit enfin la parole et présenta les professeurs qu'elle esquissa un bref sourire.
A la fin du banquet, Caroline gravit les marches des escaliers deux par deux. Il fallait qu'elle récupère l'un des objets Moldus qu'elle avait caché dans le Château, avant de partir en vacances. Elle manqua de percuter un jeune Serdaigle affolé dans sa course. Le regard glacial de la jeune femme le fit couiner de surprise. Elle n'avait pas le temps de s'occuper de ce jeune malfrat. Pourtant, elle resta immobile à le vriller d'un regard profond. Il était seul et tenait une lettre fermement dans sa main. Le jeune garçon balbutia timidement :
« Je dois apporter cette enveloppe au professeur MaGanogall », réussit-il à articuler.
Caroline arqua l'un de ses sourcils instinctivement.
« N'aurais-tu pas pu attendre demain ? »
Il secoua la tête, apeuré. On aurait dit un petit rongeur, pris au piège dans les griffes d'un félin. Caroline avait envie de rire. Il n'avait même pas l'air de savoir qui était le professeur dont il parlait.
« C'est de mon père. Il m'a explicitement demandé de la lui remettre ce soir », couina-t-il une nouvelle fois, empli de courage.
Il parlait d'une drôle de façon pour un enfant d'une dizaine d'années. Caroline soupira. Les professeurs devaient être à l'étage supérieur en ce moment. Elle le contempla une seconde de plus ; il était attendrissant avec ses joues rouge-tomates et ses cheveux blonds dressés sur la tête. Elle se rendit compte qu'elle connaissait. C'était le petit frère de Bastien, le Préfet-en-chef des Serdaigle.
« Bien, suis-moi mais ne fais pas te bruit… et surtout, tu ne couines pas. »
Elle pressa son dos et ils gravirent ensemble les dernières marches les séparant du deuxième étage. Il tremblait comme une feuille. Caroline l'encouragea à s'avancer à ses côtés et toqua de deux coups puissants contre le chêne brut. Elle percevait des éclats de voix de l'autre côté du mur. La porte s'ouvrit brusquement, laissant un faisceau lumineux éclairer leurs figures :
"Miss Dorm, houspilla une voix familière. Que nous vaut l'honneur de votre visite ?
- Bonsoir professeur, je souhaiterais parler avec le professeur McGonagall.
- Fait-la entrer Severus », entendit-elle du fond de la pièce.
Rogue les scruta à tour de rôle et finit par fixer le jeune Serdaigle d'un air mauvais. Caroline posa ses mains sur les épaules de son camarade, pour le rassurer. Son Directeur de Maison prenait un malin plaisir à l'effrayer.
Et c'était efficace.
Le jeune Serdaigle était pétrifié et n'osait plus bouger. Le professeur Rogue pouvait être très imposant au début, Caroline se souvenait très bien de la terreur qu'il lui inspirait lors de sa première année. La Serpentard dut le bousculer pour qu'il pénètre dans la pièce. Il avait failli trébucher dans ses propres pieds.
Tous les professeurs étaient présents. Chourave, Burbage, Flitwick, Lupin… Caroline ne put s'empêcher de l'observer discrètement. Le fameux inconnu du train. Elle aurait dû deviner qu'il s'agissait de leur nouveau professeur de Défenses contre les forces du mal. Il ne perdait rien de son charme, entouré de tous ses collègues expérimentés. Elle tritura son badge et lui adressa un sourire discret. Remus y répondit sobrement avec un petit geste de tête, mêlé d'un sourire à faire frémir le cœur de pierre de Caroline.
« Que fais ce jeune garçon ici ? » S'étonna le professeur Dumbledore, derrière ses lunettes demi-lune.
- Nous avons une lettre pour le professeur McGonagall, de la part de son père. »
Caroline avait répondu à la place d'Erik. Il était incapable de produire le moindre son devant les dizaines de personnes qui le fixaient durement. La chaise du professeur concerné racla le sol sans aucune délicatesse, Minerva était légèrement agacée. Caroline compta cyniquement ses rides, pour vérifier si de nouvelles étaient apparues durant son absence.
« Cela n'aurait pas pu attendre demain ? Nous sommes en réunion, Miss Dorm.
- Voyons Minerva, ce jeune garçon avait sûrement ses raisons », tempéra le professeur Dumbledore.
Severus se rapprocha dangereusement des deux élèves. Caroline chuchota grossièrement à son encontre :
« Arrêtez de l'effrayer, professeur. Il est déjà à deux doigts de dégobiller son repas sur vos chaussures.
- Ne me parlez pas sur ce ton, Miss Dorm. »
Elle encouragea son jeune condisciple à donner sa lettre au professeur McGonagall. Cette dernière la prit brusquement, sans une once de sympathie pour lui. Caroline indiqua au Serdaigle de l'attendre à l'extérieur, tandis que Minerva lisait la missive de son père.
« C'est une simple lettre d'un père inquiet. J'en ai reçu des dizaines de ce type.
- Ce n'est pas étonnent. Miss Dorm nous fait perdre notre temps, s'exclama le petit professeur de sortilège.
- Pardonnez-moi, professeur Flitwick, mais ce n'est pas mon avis.
- Votre impertinence, la prévint Severus Rogue.
- Vous êtes au courant qu'il a perdu sa mère le jour même où Sirius Black s'est échappé. Erik voulait juste être rassuré.
- Il ne me semble pas que vous êtes en position de nous faire la morale, Miss Dorm. Je vous prie de sortir de cette classe à présent. »
Caroline n'aimait pas le professeur McGonagall, et ça, depuis son premier jour à Poudlard. Cette dernière reprit son siège central et lui fit signe de déguerpir. Caroline jeta un dernier regard au professeur Dumbledore, qui la regardait toujours avec cet air mutin qui semblait dire « je sais ce que tu penses Caroline, et tu as peut-être raison, mais le moment n'est pas encore venu pour en parler ».
« Miss Dorm, vous passerez à mon bureau demain matin », tonna le professeur Rogue en lui refermant la porte au nez.
Le jeune Serdaigle attendait toujours dans le couloir. De toute façon, il ne savait pas comment rejoindre son dortoir. Caroline l'y escorta à pas de loup. McGonagall lui donnait envie d'avaler une Goutte du Mort-vivant, rien que pour être débarrassée d'elle à tout jamais. Cette vielle chouette aigrie lui donnait de l'urticaire et des bouffées de chaleur.
En s'approchant des dortoirs des Serdaigle, elle vit l'un d'entre eux tourner en rond devant une énorme statue. C'était Bastien. Caroline lui adressa un petit signe gêné et tourna les talons, une fois le jeune garçon entre bonne main. Erik n'allait pas tarder à subir les remontrances de son grand frère.
Elly attendait Caroline devant le bureau du maître de potions. La Serpentard y était entrée la boule au ventre, sous son regard courroucé. Les craintes de son amie se confirmèrent quand la porte se rouvrit, Rogue menaçant Caroline de son doigt crochu.
« Vous serez en retenue avec le professeur Lupin ce soir. Maintenant disparaissez de ma vue », déclara-t-il méprisant.
Caroline fila sans se retourner. Son bouquin était fermement coincé sous son aisselle, au cas où elle devait en user comme projectile. Elle avait eu de la chance d'échapper aux chaudrons et au classement de potions diverses.
Elly empoigna son poignet fermement au bout du couloir :
« Bon sang, qu'as-tu encore fait pour qu'il te convoque dans son bureau ? S'exclama-t-elle mécontente.
- C'est une longue histoire. »
Elle utilisait cette excuse dans les cas où elle n'avait aucune envie de raconter ce qui s'était passé. Le regard désapprobateur d'Elly ne la dérangea pas. Caroline l'ignora sans scrupules, angoissée à l'idée de partager sa première retenue avec le professeur Lupin. C'était le seul qui n'avait pas encore fait les frais de ses idées délirantes. Elle espérait secrètement l'impressionner.
Elly et Caroline s'étaient assises au premier rang en ce début d'après-midi. Leurs chaudrons frétillaient déjà. Caroline avait lu attentivement les consignes données par le professeur Rogue et attaquait sa potion consciencieusement. Elle coupa sa racine de Mandragore et jeta délicatement le résultat de son travail dans le liquide transparent. Elle ne sursauta pas, quand le souffle de son professeur vint frapper sa joue rougie.
« Vous prenez de l'avance, Miss Dorm ? Etonné lui-même de ce qu'il venait de demander perfidement.
- Oui, professeur. »
Il contempla un instant son élève concentrée sur sa tâche. Caroline n'avait jamais pris d'avance dans quoi que ce soit. C'était assurément suspect.
« Dix points pour Serpentard. Mettez-vous au travail ! »
Tous plongèrent leurs regards dans le livre de potion acheté durant les vacances estivales. Caroline ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire ravi, qu'elle ravala immédiatement. Sa potion tournait au jaune poussin. Ce n'était pas écrit dans la préparation qu'un tel effet devait avoir lieu. Elle se mordit les doigts, tentant de chercher une solution à son problème rapidement. Rogue ne devait pas voir ce fiasco. Il avait déjà atteint les rangs du fond et ne tarderait pas à revenir vers elle.
« Elly, ta potion est jaune aussi ? »
Elle jeta un coup d'œil à sa gauche. Le breuvage d'Elly était rougeoyant, comme écrit dans le bouquin. Ses cheveux s'hérissaient doucement, comprenant son erreur. Elle avait mis trop de racines de Mandragore.
« Echange de chaudron avec moi, s'il te plaît. »
Elly la dévisageait, faussement exténuée.
« Encore une longue histoire ? »
Caroline avait oublié qu'Elly était très rancunière. Elle n'avait donc aucun moyen de sauver sa potion. La jeune femme se rabattit sur sa chaise, vaincue par les effluves chaleureuses qui tournoyaient dans la salle de classe. Son chaudron disparut mystérieusement, et fut remplacé par un autre, désespérément vide.
« Tentative pathétique. Recommencez. »
Le professeur Rogue se sentit plus léger. La normalité était revenue comme une rengaine, accompagnée d'un sentiment de quiétude intense. Caroline partit chercher ses ingrédients sans broncher. Il avait encore eu le dernier mot.
Sa fourchette tâtait mollement le morceau de viande dans son assiette. Des montagnes de livres lui gâchaient la vue sur sa droite. Des bouquins de potions, de métamorphose et de sortilège. Elly était incollable sur tout, car son temps se résumait à arpenter ces livres de ses petites mains fragiles.
« Je pense devenir végétarienne. Comme le Moldu que j'ai rencontré cet été sur Charing Cross Road. »
Caroline repoussa son assiette, lasse. Ce Moldu était un jeune homme qui défendait les vaches et les brebis d'Angleterre contre l'extermination massive en usine. Elle avait dû lui avouer qu'elle n'avait presque rien compris du système d'abattage.
« Ta retenue avec le professeur Lupin commence à quelle heure ?
- Dans dix minutes. »
Elle ne voyait même plus Elly à cause de tous ses bouquins. Caroline entreprit de feuilleter quelques livres, tombant sur l'une des pages marquée par son amie.
« Tu t'intéresses aux Animagi ? S'étonna-t-elle, traumatisée par le fait que le professeur McGonagall soit la seule personne qu'elle connaisse à pouvoir user de cette forme de transformation très rare.
- Qui ne le serait pas ? Pouvoir changer de peau à volonté, sans perdre son intégrité, c'est le rêve de beaucoup de sorciers, crois-moi.
- Pas moi.
- Seulement à cause du professeur McGonagall.
- C'est une raison suffisante », rétorqua-t-elle en observant la table des professeurs.
Lupin était encore là, avec Hagrid. Caroline ne put s'empêcher de les espionner. Le professeur Lupin avait une lueur envoutante dans ses yeux chocolat. Elle n'était pas la seule à l'affirmer. Les deuxièmes années avaient eu cours avec lui aujourd'hui et les nombreux échos qu'elle avait perçus à son sujet dans les couloirs étaient excellents.
La jeune femme attendit de voir son professeur quitter la salle, pour se lever à son tour de table. Ce n'était pas la peine d'arriver en retard. Elle essuya ses mains moites et franchit le pas de porte de la Grande Salle tel un serpent chassant sa proie. Curieusement, le professeur Lupin n'était pas seul. Rogue le fixait avec mépris et faisait claquer sa langue acérée. Quand ils virent Caroline, Rogue se redressa et partit sans rien ajouter de plus. Elle avança timidement vers Lupin, prenant soin de ne pas croiser les onyx de son Directeur de Maison. Remus l'accueillit avec un sourire désolé :
« Votre retenue se déroulera avec le professeur Rogue, Caroline. Il a besoin de vous ce soir. »
C'était une mauvaise nouvelle. Remus l'avait compris en voyant la figure décharnée de Caroline blêmir en une fraction de seconde.
« Venez », ajouta-t-il chaleureusement.
Caroline le suivit à contre cœur, dans les bas-fonds de Poudlard. Étonnamment, le professeur Lupin connaissait les raccourcis qu'elle empruntait avec ses amis. C'était son premier jour et le Château semblait n'avoir aucun secret pour lui.
« Poudlard vous a l'air très familier.
- Vous êtes perspicace, Caroline. »
C'était un ancien élève, et qui plus est, un élève qui connaissait les passages interdits. Un sourire fendit son visage pâle de bout en bout. Elle le contempla encore un instant, avant de déclarer faussement désobligeante :
« J'imagine que vous étiez un Griffondor.
- Pourquoi dîtes-vous cela ? S'étonna-t-il, rangeant ses mains dans ses poches.
- C'est évident. »
Remus ria faiblement, comme s'il couvait une toux. Caroline le remercia de sa compagnie, une fois arrivés devant le bureau du professeur Rogue. La porte s'ouvrit aussitôt, dévoilant le visage gras du Maître de potions.
« Vous êtes en retard, Miss Dorm.
- Mais…
- Taisez-vous », la coupa-t-il prestement.
Lupin salua son collègue d'un ton joyeux et disparut au détour d'un couloir. Caroline entra dans la pièce, à la suite de son professeur. Il lui indiqua un chaudron fumant. Elle attacha ses cheveux et retroussa ses manches. Peut-être avait-il décidé d'être aimable aujourd'hui. Rogue fouilla dans sa réserve quelques minutes, puis revint les mains chargées d'ingrédients de toutes sortes et les posa délicatement à côté du chaudron.
« Ne restez pas planter ici comme une idiote. Préparez la racine de Mandragore », lui ordonna-t-il doucereusement.
Caroline s'exécuta sans poser de questions. Il était prêt à l'étriper au moindre faux pas. En plus, la cause de son humeur massacrante lui était totalement inconnue. Elle coupa la racine de Mandragore, pour la deuxième aujourd'hui, et se retourna vers lui quelque peu crispée. Rogue soupira gravement :
« Surveillez la potion, Miss Dorm. »
Il manipulait avec précaution de petites feuilles vertes. Caroline se pencha au-dessus de son épaule, pour observer les gestes adroits de son professeur.
« Qu'est-ce que c'est ?
- Des feuilles d'Aconit. »
Elle contourna la table pour se placer en face de lui. Elle connaissait les propriétés de cette plante. Mortelle si utilisée à mauvaise dose. On la retrouvait dans la potion Tue-Loup, du nom même que ces feuilles. Une potion très difficile à réaliser. Caroline fixait Rogue d'un air suspicieux :
« Pourquoi fabriquez-vous du Napel ?
- Cessez de poser des questions idiotes, Miss Dorm. »
La retenue se déroula pendant deux longes heures. Caroline devait constamment vérifier la potion, sa couleur, son odeur et sa texture. Rogue ne lui adressa pas un seul regard de la retenue, concentré sur sa tâche. Elle ne comprenait pas la raison pour laquelle il avait expressément dit au professeur lupin qu'il avait besoin d'elle. Caroline ne servait à rien, surtout en potions. Difficile de ne pas paraître idiote à côté de lui.
Alors qu'elle s'endormait sur le pupitre, la voix rauque de son professeur la fit sursauter :
« Ne vous avisez pas de baver sur ma table. »
Caroline se releva péniblement et tourna autour de Severus pour se dégourdir les jambes. La potion fumait toujours. Une pensée totalement incongrue lui vint à l'esprit.
« Qu'est-il advenu du professeur Quirell ? »
Il l'ignora, remuant une énième fois sa mixture verte.
« On raconte qu'il était comme… Sirius Black. Un partisan de vous-savez-qui.
- Que voulez-vous que je vous dise ? Rétorqua-t-il désagréablement.
- J'ai l'impression que quelque chose se prépare, sous notre nez. Seulement nous sommes trop aveuglés pour le remarquer. Voldemort n'est pas mort, n'est-ce pas ?
- Ne confondez pas tout, Miss Dorm. Il n'est pas question du retour ou non de…
- Vous ne répondez pas à ma question justement. »
Severus Rogue se pinça l'arête du nez, agacé de l'impertinence de Caroline. La jeune femme baissa les yeux, craignant d'être pétrifiée en statue de pierre (les Moldus possédaient de fabuleuses histoires que Caroline avait dévorées de bout en bout).
« La retenue est terminée. Allez-vous-en. »
Elle n'insista pas et sortit de son bureau, encore plus angoissée qu'en y entrant. Le dortoir des Serpentard n'était pas loin. Elle se hâta d'entrer dans la salle commune et de se glisser dans ses draps. Le Château n'était plus aussi accueillant qu'il y a sept ans. Elle n'avait plus envie d'y flâner, comme dans sa jeunesse.
Le lendemain, Caroline se leva tôt pour déjeuner dans la Grande Salle. Bianca l'y accompagnait, fraîche comme la rosée du matin. Elles se servirent du jus d'orange et s'installèrent à leurs places habituelles. La Grande salle était bruyante ce matin. Les nouveaux élèves s'habituaient rapidement à la vie de Château. Caroline sortit son devoir estival sur les Moldus de sa robe et le relit une dernière fois. Elle aimait les Moldus. Ils vivaient loin des ensorcellements en tout genre, mais ils trouvaient toujours de la magie dans leur vie. Elle avait naturellement choisi l'étude des Moldus en ASPIC, en plus des potions, des créatures magiques, de la métamorphose et de la Défense contre les forces du mal.
« Alors, comment s'est passé ta retenue avec le professeur Lupin ? »
« J'ai passé ma soirée à regarder le professeur Rogue concocter une potion Tue-Loup », maugréa-t-elle.
Bianca ramassa la Gazette des Sorciers qui traînait sur la table et parcourra le journal rapidement. Elle s'intéressa à l'un des articles de la première page. Une photo de Poudlard y apparaissait.
« Sirius Black aurait été vu non loin d'ici. »
Caroline lui arracha le journal des mains. C'était ce que son père avait craint. Tout était en train de se produire comme il l'avait prédit. L'article occupait une grande partie de la page. Elle le lut rapidement, tenant en haleine son amie. Rien de nouveau n'apparaissait dans le tissu mensonger de Rita Skeeter, mis à part le fait qu'il avait été aperçu à Dufftown. Elle avait mentionné le nom de son père, qualifiant son travail « d'inefficace ». Caroline lâcha le journal avec contrariété.
« Il se ballade depuis près de deux semaines. C'était évident qu'il vienne ici.
- Pourquoi ? »
Bianca était médusée, ne voyant aucun rapport entre Poudlard et Sirius Black.
« Sirius Black était proche des Potter avant de se retrouver enfermé à Azkaban pour meurtre. Ce ne sont que des spéculations, mais le fait que le dernier Potter vive dans ce Château ne doit pas être une coïncidence avec sa présence dans la région.
- Tu penses qu'il est là pour Harry Potter ?
- C'est ce que mon père pense, ce que tout le Ministère pense.
- Qu'est-ce que Black voudrait faire d'Harry Potter ? S'étonna Bianca.
- Il ne me l'a pas dit. Mais c'était un serviteur du Mal. Peut-être a-t-il envie de venger son Maître. »
Quelques élèves bruyants passèrent derrière eux. Caroline détourna la tête vers la table des Griffondor. Harry y était assis avec ses amis. Ils discutaient gravement, une coupure de journal semblable dans les mains. Bianca termina son jus d'orange et ouvrit son livre de métamorphose. Caroline reprit soupirante :
« Nous n'avons pas fini d'entendre parler de Sirius Black, comme de la Chambre des Secrets l'année passée.
- Tu te rappelles quand tu as réveillé le professeur Rogue en pleine nuit, car tu pensais en avoir trouvé l'entrée ? » S'exclama Bianca hilare.
Un sourire fugace étira les lèvres de Caroline. Elle avait fait un cauchemar, dans lequel l'entrée de la Chambre des Secrets apparaissait clairement : le Bureau du professeur Rogue. Elle avait frappé à sa porte comme un troll, hurlant des paroles incompréhensibles paraît-il. La seule chose dont elle se souvenait, c'était la rage de son professeur, empoignant le coin de son pyjama et la forçant à boire une potion violette immonde. Il était hors de lui. Caroline avait ameuté des dizaines d'élèves, terrifiés par le fait que Rogue abritait le monstre de la Chambre des Secrets. Le professeur Dumbledore avait dû intervenir, pour calmer les élèves et empêcher Rogue de commettre un meurtre.
« Ce n'était pas de ma faute, tu sais comme mes rêves peuvent paraître réels…
- Tu aurais dû l'expliquer à Lockhart », rétorqua-t-elle l'air narquois.
Caroline gardait une vague image de leur ancien professeur fouillant le bureau de Rogue, certain d'y trouver la fameuse entrée. Il avait pris Caroline au mot et s'était dressé contre son collègue, vérifiant le moindre recoin de la pièce. Ce n'était pas du courage. Il pensait certainement qu'une fois l'entrée découverte, quelqu'un d'autre se chargerait de la refermer. Rogue bouillonnait dans le couloir, en tenant la jeune femme totalement amorphe dans ses bras. Il avait été tenté de la lâcher, quand le troupeau de cornichons s'était formé autour de lui.
« Le professeur Rogue aurait dû me remercier. Il avait enfin une raison valable de s'en prendre à cet abruti… »
Bianca lui tapota l'épaule amicalement. Tout le monde l'avait félicitée pour son talent de comédienne peu après. Qui aurait pu se douter qu'elle pensait réellement ce qu'elle avait dit ? Personne bien entendu.
La Grande Salle se vida peu à peu ; la Grande Horloge sonnait neuf heures. Caroline embrassa Bianca sur la joue et se dépêcha de rejoindre les hauteurs du Château. Elle avait l'étude des Moldus. Caroline prévoyait d'intégrer une équipe spécialisée dans les affaires Moldues, au Département des Mystères à la fin de son cursus. Elle désirait secrètement s'opposer à l'embargo des Sang-Pur contre les Né-Moldus.
