Chapitre 2


Vendredi après-midi. Caroline observait attentivement le petit objet posé dans la paume de sa main. C'était un petit chien en plastique, agrémenté d'une pièce en métal. Elle savait que les Moldus s'en servaient pour relier un objet à une prise électrique. Et par une invention totalement inédite, ces mêmes objets s'animaient, comme par magie.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Bianca en posant ses livres sur la table.

- Un gadget d'après le vendeur Moldu. Je voulais le montrer au professeur Burbage. Il couine et remue des pattes quand il reçoit de l'électricité. »

Elle souriait intensément. Bianca n'avait jamais compris la fascination de Caroline pour le monde Moldu. Pourtant, elle devait avouer qu'elle était amusante à remuer le bout de plastique de tous les sens, le front plissé. De nombreux camarades détestaient sa manie de ramener des objets Moldus à Poudlard, mais elle n'en avait que faire de leurs sarcasmes. Caroline dénichait des objets Moldus toujours plus insolites les uns que les autres. Elle était fière de sa présente découverte et était certaine que le professeur Burbage n'avait jamais rien vu de semblable. Il fallait absolument qu'elle le lui montre.

Peeves surgit soudainement à travers le mur de la Grande Salle. Son voix tonna, aiguë et insupportable. Il se pavanait devant elles, cherchant probablement sa prochaine victime. Caroline lui adressa un joli sourire, car tout le monde savait que le fantôme l'appréciait. Il ne laissait jamais tomber l'une de ces bombes à eau dessus.

La jeune femme rangea son petit chien en plastique dans sa poche et se pencha sur le livre que Bianca feuilletait : L'art de la Divination.

« Tu viens aux Trois-Balais ? »

Bianca agita sa main agacée devant le nez de Caroline. Il aurait fallu un troupeau d'hippogriffe pour l'arracher à sa lecture. Caroline ramassa le reste de ses affaires avant de s'en aller. Elle fit un détour par son dortoir, pour les y déposer, et découvrit un parchemin sur son lit. Caroline y jeta un coup d'œil fugace.

« Miss Dorm, je vous rappelle la Réunion des Préfèts – Professeur ce soir à vingt heures. Tâchez d'arriver à l'heure, pour une fois. »

Le professeur Rogue avait signé de ses initiales. Elle fourra le bout de papier dans sa poche et se hâta de quitter le Château. Elly l'attendait déjà aux Trois-Balais.


Caroline essuya vigoureusement ses chaussures sur le pas de porte, tandis qu'un tintement doux s'élevait à ses oreilles. Plusieurs élèves flânaient aux trois-Balais, une Bièraubeurre dans l'estomac et une autre dans la main. Le soleil se couchait déjà au-delà du Lac Noir, engloutissant la moindre chaleur dans son sillage.

La jeune fille traversa le pub tranquillement. Elle remarqua l'homme affalé à la table ronde proche de l'entrée. Sa longue barbe grise chatouillait son nombril, renforçant l'idée qu'il avait le même âge que Dumbledore. Pourtant, il n'avait même pas quarante-cinq ans. Il travaillait en tant qu'Auror auparavant et était le meilleur ami de Jack, son père.

« Ma petite Caroline…

- Monsieur Crowney. »

Il déposa un baiser sur sa douce main et l'attira contre lui, un sourire barbare aux lèvres. Elle bascula en avant, quelque peu stupéfaite. Leurs nez se touchaient presque.

« Ton père, ce vieux bougre, il a des soucis à se faire, railla-t-il grassement.

- Pardon ? »

Le vieil homme lançait des regards de toute part du pub. Caroline crut percevoir un moment de lucidité dans la lueur de ses yeux verts.

« On ne le remarque pas, l'ivrogne. Mais je vois et j'entends tout...

- De quels soucis parlez-vous ?

- Je serais tenté de te le dire, Caroline. Tu as toujours été aimable avec moi. »

Il réfléchissait en la contemplant. Elle avait grandi durant toutes ces années. Et lui n'était toujours rien de plus que l'ivrogne de Pré-au-Lard.

« Mais j'ai bien peur que ton père ne le mérite pas. »

Elle était mal à l'aise. A force de noyer son chagrin dans la bouteille, Jack avait été contraint de le licencier. Monsieur Crowney n'avait plus eu le droit de lui rendre visite au manoir. Il avait alors élu domicile à Pré-au-Lard. Il surveillait la petite Caroline depuis cinq longues années. Georges ne pouvait pas se passer d'elle, car la Serpentard lui rappelait ce qu'il avait jadis perdu. Et Merlin sait comme il était difficile de faire fi du passé.

« Je suis désolée pour vous.

- Ne le soit pas. Je suis fier que tu aies été nommée Préfète une nouvelle fois. »

Il fixait le badge brillant sur sa robe. Elle déglutit. C'était la deuxième fois que son badge lui attirait des ennuis. L'haleine du vieil homme percutait son visage de plein fouet. Elle se tortillait pour échapper à ces bouffées toxiques, mais il tenait son épaule fermement. Caroline était même surprise qu'il puisse mobiliser autant de forces dans l'état où il se trouvait.

« Il se pourrait bien que Sirius Black se rapproche de Poudlard, fais attention à toi… ma petite Caroline. »

Son regard embrumé la transperça. Soit il divaguait, ou soit quelque chose allait réellement arriver. C'était un ancien Auror très doué. Caroline le respectait beaucoup. Il avait sauvé de nombreuses vies, et ses actions restaient trop souvent oubliées, à tort.

Caroline put finalement rejoindre Elly. Des frissons parcouraient son échine par vague. Elle imaginait les mains du vieil homme se poser une nouvelle fois sur elle. Sa peau la démangeait, elle se sentait très mal à l'aise. Elly l'attendait les bras croisés, avec trois tasses de chocolats chauds posées devant elle. C'était sa posture préférée quand elle était énervée. Elly connaissait aussi Georges Crowney depuis des années. Elle était avec Caroline le premier jour où elles étaient entrées aux Trois-Balais, excitées de découvrir le pub dont on parlait tant à Poudlard. Georges était assis à la même table ronde qu'aujourd'hui, aussi soûl qu'il aurait pu l'être.

« Notre cher vieil ami a passé l'après-midi à guetter ton arrivée. »

Elly porta sa tasse dégageant de délicieuses odeurs sucrées à ses lèvres. Elle l'avait observé longuement, car malgré qu'elle détestait le fait qu'il soit obsédé par Caroline, elle le trouvait sale et répugnant. On racontait beaucoup de choses dans le dos de l'ivrogne, des rumeurs abominables, qui n'auraient jamais dû atteindre les innocentes oreilles des élèves de Poudlard. Caroline s'assit sur le petit banc, en face d'Elly, particulièrement préoccupée par tous les regards lourds de sens qu'elle lui lançait.

« Ce n'est qu'un homme chagriné, je n'ai rien à craindre. »

Elly soupira en reposant sa tasse vide sur la table.

« J'ai cru qu'il allait te gober toute crue cette fois. Il n'est pas normal…

- Le professeur Rogue m'a ri au nez en troisième année, quand je lui ai dit que j'avais peur de lui », rajouta Caroline d'un ton froissé.

Cet événement restait peu glorieux. Caroline ne voulait plus remuer cette histoire davantage. Ni inventer quoi que ce soit qui pourrait porter préjudice à cet homme. Georges Crowney n'était pas un problème. Sirius Black en était un, en revanche.

« Il m'a dit que Sirius Black allait se rapprocher de Poudlard, souffla-t-elle tout bas.

- Comment pourrait-il savoir ça ?

- Il est toujours là, dans un coin, à boire. Personne ne lui prête attention. Il a peut-être eu vent de quelque chose…

- Il te baratine. »

Caroline but une gorgée de sa boisson, exaspérée par sa remarque, et découvrit soudainement le petit arôme de cannelle mêlée au chocolat chaud.

« Tu as commandé un chocolat avec de la cannelle ? s'étonna-t-elle. C'est mon préféré.

- Non, ce n'est pas moi. »

Le regard moralisant d'Elly suffit à la faire taire. Elle avait compris. Monsieur Crowney était le seul à savoir son penchant pour la cannelle, avec Madame Rosemerta. C'était évident qu'il continuait à leur offrir des chocolats chauds, comme au premier jour. Il n'avait manifestement pas prévu l'absence de Bianca. Elle était un peu plus rassurée ; il ne lisait pas dans l'avenir au moins.

« Bianca est restée au château avec ses bouquins au fait. »

Depuis la veille, leur amie était plongée dans des livres de Divination, sans vouloir en réchapper. Sirius Black occupait toutes ses pensées, comme beaucoup de personnes. Elly secoua la tête, arrogante :

« Elle devient obsédée par ce Sinistrose.

- On aurait pu en dire autant de toi, quand tu ne sortais plus du dortoir pendant des jours, parce que Gilderoy Lockhart avait sorti une nouvelle et fabuleuse autobiographie. »

Elly n'était pas fière de cette époque de sa vie. Qu'elle désillusion d'avoir vu l'incompétence de ce « bellâtre » gâcher sa sixième année. Toutes les questions qu'elle lui avait posées étaient restées sans réponse. Et tout le monde sait qu'Elly détestait les ignorants. Elle était n'était pas tombée dans le panneau pour un sou, mais elle gardait tout de même de beaux yeux brillants quand il lui souriait.

« Avoue que tu avais quand même lu le début de "Moi, le Magicien" », la taquina-t-elle.

Caroline leva les yeux au ciel. Elle avait effectivement lu quelques lignes et Caroline l'avait tout simplement trouvé pitoyable. Elle s'était bien gardée de le dire à Elly, au risque d'attirer le Sinistrose sur elle.

« Il avait un beau sourire quand même », conclut Elly, les joues rougies.

C'était facile de deviner qu'elle en avait pincé pour lui. Elle était restée des heures à écouter ses légendaires aventures, après les cours. Caroline devait se retenir de rire à plein poumons.

« Je m'inquiète quand même pour elle, Caro. »

La rêverie avait quitté les yeux charmés d'Elly et elle revenait à la charge comme un strangulot hargneux. Bianca avait entendu Harry Potter et ses amis parler de ce fameux Sinistrose. Elle était persuadée qu'un événement malheureux allait se produire. Blanche-neige croyait fermement aux « signes » ; les feuilles de thé ne mentaient jamais selon elle. C'était l'une des seuls à écouter le professeur Trelawney quand elle délirait.

« Sirius Black est le Sinistrose d'après Bianca. C'est plutôt logique, si l'on croit ce genre de choses.

- Ne l'encourage pas, s'il-te-plaît, soupira Elly.

- Avoue que c'est troublant. Monsieur Crowney a peut-être vu juste… »

La pointe de sarcasme dans la voix de Caroline fut la goutte de trop. Elly la fixa hargneusement et murmura entre ses dents serrées :

« Une histoire aussi tordue n'était pas de bon augure. »

Elly détestait les habits miteux du professeur Lupin, mais elle haïssait encore plus Georges Crowney. Elle lâcha des soupira indignés en revêtant son manteau et quitta les Trois-Balais sans rien ajouter de plus. Caroline souriait toujours autant, amusée de faire tourner en bourrique le futur Ministre de la Magie. Car elle en était certaine, Elly deviendrait l'une des personnes les plus influentes du Monde des Sorciers dans quelques années.


Tous les élèves étaient retournés à Poudlard à présent. Monsieur Crowney était toujours là, près de l'entrée. Caroline redoutait de devoir sortir. Elle n'avait pas réfléchi en laissant Elly s'en aller un peu plus tôt et elle n'avait pas réfléchi quand elle s'était prélassée sur les banquettes toutes molles du pub, piquant une sieste en fin d'après-midi.

Le vieux bonhomme la dévisageait de loin. La jeune fille baissait ses yeux sombres dans sa tasse vide, cherchant une solution pour s'enfuir sans qu'il ne l'aborde une seconde fois. La porte de derrière paraissait être la meilleure solution. Et s'il la suivait ? Imaginer le bruit de ses pas derrière elle, cherchant à tout prix à la rattraper, lui donnait la chair de poule. Elle chercha sa baguette dans la poche de sa robe, soucieuse de pouvoir se défendre si d'aventure elle en était obligée.

« Venez, Caroline. »

Le professeur Lupin était apparu sur le pas de la porte, saluant Madame Rosemerta d'un signe de tête amical. Son sourire séduisant fit sourire la serveuse, accoudée à son comptoir en acajou. Remus s'avança au bar et échangea quelques banalités avec elle. Son décolleté plongeant frôlait les prunelles de Lupin avec vulgarité – ou bien était-ce seulement ce que Caroline imaginait inconsciemment. Elle n'entendait rien, mais elle croyait deviner aisément ce qui se tramait entre eux. Madame Rosemerta s'activa à préparer des boissons chaudes. Elle parlait tout bas, prenant soin que la jeune femme ne puisse écouter ce qu'elle chuchotait à l'oreille de son professeur. Caroline eut l'impression d'être de trop. Son malaise s'intensifia quand elle posa sa main sur son torse. Ses doigts semblaient s'y enfoncer férocement. Caroline était trop éloignée pour le voir nettement, mais elle était persuadée qu'elle lui aurait arraché sa veste s'ils avaient été seuls. Remus émit un rire léger et s'empara doucement de sa commande.

Georges n'avait certainement pas prévu qu'un professeur vienne la chercher. Caroline se leva précipitamment et s'encoubla dans le pied de la table. Un petit cri s'échappa de ses lèvres contre sa volonté. Elle se sentit bête mais le sourire chaleureux de son professeur la détendit un peu. Remus ignora Georges Crowney en passant près de lui, une main posée dans le dos de son élève. Le message était clair, encore fallait-il que le vieux Crowney s'en contente. Lupin et Caroline quittèrent ensemble les Trois-Balais, sous le regard étrangement soulagé de George.

« Tenez. »

Il lui tendit une tasse fumante. Caroline frôla les doigts de son professeur par mégarde, en saisissant sa boisson chaude. Ce contact l'électrisa et dressa mystérieusement les poils de son avant-bras. Sa peau ronronnait de plaisir, ce que Caroline n'avait pas ressenti depuis des mois. Elle le remercia brièvement, sans un regard pour lui.

« Vous êtes bien silencieuse, Caroline.

- Connaissiez-vous Madame Rosemerta, du temps où vous étiez élève ici ?

- Ce n'est pas si lointain que cela, rétorqua-t-il d'un ton joyeux. Mais oui, nous allions également à Pré-au-Lard, de mon temps. »

Caroline sourit malgré elle. Le professeur Lupin avait un certain humour. C'était agréable de côtoyer un professeur, qui ne l'agressait pas dès les premiers mots échangés.

« Le village a-t-il changé ? Mis à part le fait que des Détraqueurs se promènent à la tombée de la nuit… »

Remus lui expliqua gaiement, qu'à son époque, la sorcière barbue tenant la boutique à l'angle de la grande rue avait tenté d'enlever un élève, pour l'empaler et l'utiliser comme mannequin pour ses créations. Caroline garda les yeux rivés sur ses pieds, stupéfaite d'entendre une histoire pareille. Elle fut encore plus abasourdie d'apprendre que sa cible n'était autre qu'un Serpentard. La vieille femme n'avait pas résisté à l'idée de posséder un garçon, aux cheveux gominés et aux poches débordantes de pièces d'or.

« Et la Cabane Hurlante ? »

Elle vit son visage se figer mystérieusement. Le professeur Lupin resta silencieux, assez longtemps pour que Caroline intervienne une nouvelle fois :

« On entend de nombreuses histoires dessus. Je n'ai jamais entendu de cris provenant de cet endroit, je me demandais juste…

- Cette Cabane a toujours attiré l'attention… Je n'ai jamais entendu les hurlements dont parlent les rumeurs. »

Remus l'avait coupée, au beau milieu de sa phrase. Caroline avait la nette impression que quelque chose l'avait dérangé. Son attitude décontractée et son charmant sourire dénotait avec la tension qu'elle lisait dans ses yeux. C'était déroutant.

« Qui était l'homme qui vous fixait, à l'entrée du pub ? questionna-t-il d'un ton détaché.

- C'est Georges, un ami. »

Elle lui sourit et détourna la tête pour éviter le sujet. Son explication fut néanmoins trop simpliste pour son professeur.

« C'est Elly qui m'a envoyée vous chercher. Elle était préoccupée que vous ne soyez pas encore rentrée au Château.

- Ce n'est pas Georges qui l'inquiétait professeur. Elle avait sûrement peur que je me fie à une carte Moldue pour rentrer. »

Caroline débordait de mauvaise foi. Elly avait le don de s'immiscer continuellement dans les affaires des autres, sans y être invitée. Le professeur Lupin n'insista pas et préféra changer de sujet de conversation.

« D'après mes collègues, vous vous intéressez beaucoup aux Moldus.

- C'est étrange d'apprécier la normalité, n'est-ce pas ? »

Il consentit à se taire définitivement. Caroline était en rogne, comme Touffu, le chien à trois têtes qui gardait la pierre philosophale. Elle voulait harponner Elly et l'accrocher au mur de la maison de Georges, pour qu'elle se rende compte qu'il n'était qu'un sorcier, tout ce qu'il y a de plus banal. Remus et Caroline atteignirent le Château en silence. La Serpentard franchit le portail à grandes enjambées.

« A tout à l'heure, professeur. »

Elle ne se retourna pas et traversa les cachots à pas de loup. Caroline avait déjà disparue depuis belles lurettes quand Remus reporta son attention sur elle. Il souffla un « oui » fugace, gardant ses yeux rivés sur la demi-Lune qui brillait dans le ciel.


Caroline crut voir Blache-neige, plus vraie que nature. Sa peau pâle contrastait avec ses cheveux de jais, reposés sur son épaule droite. Bianca s'était enroulée dans une couverture au coin du feu. Caroline regrettait que personne ne connaisse l'histoire de Blanche-Neige. Elle aurait eu envie de s'extasier de leur ressemblance avec d'autres personnes. La salle commune était bruyante ce soir. Ils fêtaient la rentrée des classes en petit comité. Caroline regardait Bianca avec un air de chien battu.

« Ce n'est pas la mer à boire Caroline. »

Bianca força Caroline à se lever du canapé avec un rire mutin. La Serpentard se résigna à sortir de la salle commune, boudeuse. Dans quelques minutes aurait lieu la réunion Préfets-professeurs au premier étage. Elly, la seconde Préfète des Serpentard, l'accompagna en silence à la réunion. Depuis qu'elle avait quitté les Trois-Balais, elle arborait toutes deux une mine grincheuse.

Elles entrèrent ensemble dans la salle de classe, quand vingt heures sonna.

« Heureux que vous vous joigniez à nous, Miss Dorm », déclara doucereusement le Professeur Rogue.

Caroline sourit maladroitement à toute l'assemblée. Il n'y avait aucun bruit dans la salle. A croire que la mauvaise humeur était contagieuse. Percy Wealsey s'était assis près de Pénélope Deauclaire, elle-même postée aux côtés de Bastien Dolve. Elle s'assit à la droite de son Directeur de Maison, goguenarde. Le professeur Lupin était de l'autre côté de la pièce. Caroline lui adressa un sourire forcé. Elle ne voulait pas qu'il croie qu'elle le détestait. Caroline avait déjà assez de détracteurs dans cette salle.

« C'est une belle soirée pour une promenade au clair de Lune, n'est-ce pas Lupin ? »

Son collègue ne broncha pas et répondit avec décontraction :

« Probablement, Severus. »

Rogue le gratifia d'un petit sourire narquois. Caroline considérait les deux hommes avec étonnement. Ils avaient l'air de se connaître depuis des années. Une idée saugrenue lui vint à l'esprit : étaient-ils élèves à Poudlard, en même temps ? Le professeur Rogue ne cachait pas son animosité envers le nouveau professeur de Défenses contre les Forces du Mal, contrairement à ses prédécesseurs. Un sourire déchira son visage pâle. Elle était certaine qu'il y avait « anguille sous roche » (c'était son expression Moldue préférée).

La séance put enfin débuter quand le professeur Chourave se présenta, les mains encore tâchées d'un liquide jaune-vert gluant. Elle prit place rapidement, essuyant ses mains sur son uniforme, et amorça la discussion :

« Nous devons être plus attentifs par les temps qui courent, Minerva.

- Il est clair que les parents sont inquiets. Nous recevons des lettres tous les jours, confirma le professeur McGonagall.

- Serait-il sage de laisser Miss Dorm tourner seule dans les couloirs, dans ce cas ? »

Le professeur de potions lança un regard moqueur à son élève. Bastien s'étouffa un rire, alors qu'elle lui envoyait un regard noir. Tout le monde savait, mis à part Lupin, que la machine était définitivement lancée. Caroline ne se pria pas pour répondre, d'un ton sacrastique :

« Je serais ravie de vous laisser cette tâche, professeur.

- Arrêtez tous les deux, intervint Minerva.

- Monsieur Crowney a averti Caroline que Sirius Black allait se rendre à Poudlard. »

Caroline cogna discrètement l'épaule d'Elly. Qu'est-ce qu'elle racontait encore ! La Serpentard aux longs cheveux bruns était certaine que cet homme n'était pas de confiance. Elle souhait juste le rappeler à Caroline, et ancrer dans sa petite caboche que Goerge était détesté de tous, même des professeurs. Percy Weasley soupira dans la foulée, murmurant à l'oreille de Pénélope les raisons pour laquelle il avait été nommé Préfet-en-Chef à la place de la Serpentard.

« Je ne doute pas des fréquentations de Miss Dorm, mais il me paraît désapproprié de prendre au sérieux un ivrogne de longue date.

- Et s'il dit vrai ? » rétorqua-t-elle, pour enfoncer le clou.

Caroline perdit son sourire hypocrite. Elle cherchait vraiment la petite bête.

« Voyons, Miss Brandwick. Poudlard est bien gradé. Il ne pourrait pas s'aventurer à l'intérieur du Château, refuta la directrice des Griffondor.

- C'est ce que l'on disait d'Azkaban. Pourtant, il s'en est échappé, intervint Caroline.

- Que voulez-vous que l'on vous dise ? »

Minerva tapotait ses doigts impatiemment sur son avant-bras. Son air sévère aurait fait pâlir les plus jeunes, mais Caroline n'était pas impressionnée. La vieille chouette avait perdu, depuis bien longtemps, son pouvoir d'intimidation sur elle.

Rien n'échappait à Bastien, penché au-dessus de la table en bois, aspirant la moindre parole de ses professeurs. Le Serdaigle hochait le tête de concert avec Caroline.

« Que Sirius Black cherche bel et bien à atteindre Harry Potter. »

Son culot désarçonna la plupart des personnes présentes. Elle réussit même à faire taire Percy. Caroline en était extrêmement ravie. Seul Rogue et McGonagall osèrent prendre part à la suite de la discussion.

« Cela ne vous regard pas, Miss Dorm.

- Je constate que Miss Dorm se laisse abuser par n'importe qui, rajouta le professeur de potions.

- Cet homme est un ancien Auror réputé, osa-t-elle le contredire.

- Qui s'est fait virer par votre père. Curieuse idée de votre part de passer autant de temps avec lui. »

Remus Lupin écoutait en silence. Il doutait que l'ivrogne qu'il avait aperçu l'après-midi même à Pré-au-lard ait été capable de dire quoi que ce soit de sensé dans l'état où il se trouvait. Caroline le défendait avec hargne, mais il restait toujours la personne la moins fréquentable du village. La Serpentard croisa le regard hautain de Percy, ce qui l'énerva plus que de raison.

« Allons Severus, Elly nous a raconté cet après-midi qu'il se révélait insistant avec Caroline. »

Rogue foudroya férocement Lupin et articula sarcastiquement :

« Il est certain que votre compagnie est préférable à celle de cet ivrogne. »

Remus lui sourit timidement.

« Sa présence est certainement préférable à la vôtre en ce moment, répondit Caroline fiévreusement.

- Surveillez votre insolence, Miss Dorm, l'avertit son professeur de potions doucereusement.

- Cette conversation n'a pas lieu d'être. Nous sommes ici pour parler de vos rôles de Préfets, et en aucun cas débattre sur le cas… de ce Monsieur. »

McGonagall avait coupé court à leur différent. Elle avait hésité sur le terme à employer pour qualifier l'ivrogne. Comme tous les autres, elle n'avait d'estime ni pour lui, ni pour ses actions passées. La réunion put reprendre, sans la participation de Caroline, qui se contentait de bouder dans son coin. Percy prit l'ascendant, comme à son habitude, soporifique à souhait d'après les bâillements à répétitions de ses camarades.

Leur séance ne dura pas moins d'une heure. Chourave et Flitwick partirent ensemble, suivis de près par leurs quatre Préfets, dont Bastien et Pénélope. Le jeune homme lui jeta un clin d'œil ravageur. Caroline l'ignora complétement.

Minerva se dirigea fâchée en direction du bureau du professeur Dumbeldore, congédiant ses deux préfets désagréablement. Percy resta debout près de Lupin, craignant de n'être allé trop loin dans ses propositions quant au renforcement de la sécurité. Caroline affichait une mine sombre, consciente que la vieille chouette allait encore une fois de plus la dénigrer devant le Directeur. Le regard courroucé de Rogue suffit de décider Percy à retourner dans ses quartiers.

Severus et Remus sortirent à la suite d'Elly et Caroline. Ils étaient les derniers. Rogue laissa passer Remus en premier, non sans un rictus mauvais. Ce dernier se retourna vers ses deux élèves :

« Caroline, Elly, j'ai quelque chose pour vous dans mon bureau. Venez avec moi s'il vous plait. »

Elles lancèrent des coups d'œil au maître des Potions, figé dans une posture menaçante. Remus attendit qu'elles se soient engagées dans le couloir et salua son collègue calmement.

« Severus. »

Il se pencha légèrement en avant et le contourna d'un pas tranquille. Le Maître de Potions se retrancha dans ses cachots, une grimace déformant ses fines lèvres.

Caroline et Elly s'arrêtèrent devant le bureau de Remus Lupin, dans un silence de plomb. Caroline la fixait d'un regard si noir qu'elle se serait transformée en Détraqueur si elle en avait eu la possibilité. Il les invita à entrer d'un geste de baguette. Caroline poussa légèrement Elly à l'intérieur, emplie de mauvaise foi. L'intelligente et talentueuse Elly Brandwick n'avait pas su ternir sa langue dans sa poche, une fois de plus.

« Il me paraît nécessaire de vous rassurer quant à ce monsieur de Pré-au-Lard. » Remus se plaça à demi-assis sur son pupitre. « Elly, pourquoi m'avez-vous demandé d'aller chercher Caroline cet après-midi ? »

- Nous avons eu… un différent. J'avais peur que ce vieux fou l'ait enfermé dans sa cave, pour je ne sais quoi faire d'elle. »

Elle s'exprimait avec le même dégoût que les tous les Serpentard, observant sa vieille robe décrépie d'un œil rieur.

« Il n'est pas fou, Elly, railla Caroline.

- C'est ce que tu crois, mais tout le monde le dit dans ton dos. Un vieux fou sénile qui a perdu toute la dignité qui lui restait en fréquentant le Whisky Pur-Feu aussi souvent. C'est presque une honte pour toi de continuer à le défendre.

- Quoi qu'il en soit, tempera le professeur Lupin, il me paraît préférable que vous n'ébrutiez pas ce qu'il vous a dit, Caroline. »

La Serpentard hocha la tête. Remus les regarda quitter son bureau, passablement troublé par le comportement de Caroline. Pourquoi s'acharnait-elle à soutenir cet ivrogne ? Que savait-elle de plus qu'eux à son sujet ?

Caroline prit une longueur d'avance sur Elly. Une bonne nuit de sommeil lui était nécessaire pour se calmer et pardonner l'attrait de son amie à se mêler d'histoires qui n'auraient peut-être mieux valu ne jamais raconter.