Chapitre 3

La volière était un endroit inspirant. Tous ces hiboux chantants portaient le cœur de Caroline dans un autre temps, loin de Poudlard et du monde des Sorciers. Elle caressait les petites bêtes avec tendresse. Son propre hibou s'était fait tué l'année dernière, par une créature dans la forêt interdite. Elle avait retrouvé son cadavre près de la cabane du garde-chasse. Il ne restait presque rien sur ses os, juste quelques plumes d'or, de la même couleur que ses cheveux. Elle se souvint avoir aperçu une voiture zigzaguer entre les arbres de la forêt interdite ce jour-là. Avant qu'elle n'ait pu saisir sa baguette, le véhicule avait déjà disparu.

La douceur du matin d'autonome la berçait comme une enfant qui retrouvait les bras de sa mère. Un cri perçant la sortit brusquement de sa rêverie. Son nouvel hibou, Blanffec, atterrit sur le socle en face d'elle. Caroline lui donna un petit biscuit, et ramassa la lettre tombée à terre. Le cachet du Ministère la maintenait scellée.

─ Mes parents te saluent, dit Bianca dans son dos. Ils espèrent que tu as retrouvé ton « crocodile gonflable », qui s'est envolé l'année dernière.

Un événement troublant. Caroline avait apporté une sorte de bouée Moldue, pour l'utiliser dans la salle de bain des Préfets. Elle avait croisé de nombreux Moldus, possédant cet objet durant les vacances. Elle avait jugé indispensable de s'en procurer un, et de l'essayer avec Bianca. Seulement, Caroline avait négligé la bourrasque de vent ce jour-là. Le crocodile avait rejoint le Lac Noir, puis s'était envolé plus loin encore, au-delà de l'école.

Bianca lui lança un sourire radieux, remarquant la lettre qu'elle tenait entre ses doigts fins. Caroline ne recevait jamais de courrier. Sauf à Noël, où son père prenait le temps de rédiger le même paragraphe tous les ans.

─ Serait-ce une lettre de ton père ? Déclara-t-elle lentement, en détachant chaque syllabe.

─ Apparemment.

Caroline était aussi abasourdie que son amie. Elle détacha le cachet, et en sortit deux billets flambants neufs. Bianca sauta dessus, les yeux écarquillés.

─ Ce sont des invitations pour le Gala du 21 décembre…

Elle découvrit les détails, sur la lettre qui était glissée dans l'enveloppe avec les billets. Caroline la lut à voix haute :

« Chère Sorcière, cher sorcier,

Vous êtes cordialement invité(é) à la Réception qui se tiendra au Ministère, le samedi 21 décembre de cette année. Une tenue de soirée est de rigueur, et seules les personnes détenant une invitation seront autorisées à entrer...»

Caroline se stoppa soudainement. La lettre était signée Cornelius Fudge. Elle trouvait douteux, qu'en pareille circonstance, une réception soit donnée au Ministère. Bianca sautillait d'impatience, prévoyant déjà de se rendre à Pré-au-lard pour acheter une robe de soirée. Caroline chiffonna la lettre, et la jeta sur son amie.

─ Qu'est-ce qui te prend ?

─ Vas-y si tu veux, mais ce sera sans moi, répondit-t-elle lasse.

Bianca la fixa consternée. Une occasion pareille ne se ratait pas. Elle descendit les escaliers de la volière derrière Caroline, relisant encore et encore la lettre officielle du Ministère, un petit sourire victorieux aux lèvres. Elles traversèrent le parc à longues enjambées, gagnant les serres rapidement. Elles étaient encore vides, les plantes soigneusement alignées en rangées. Le professeur Chourave avait déjà préparé son cours. Caroline entra dans le Château, pestant après Jack. Elle avait vainement cru qu'il lui avait écrit quelque chose, rien qu'un petit mot personnel pour prendre de ses nouvelles...

─ Miss Dorm, attendez.

Une voix glaciale chatouilla ses oreilles sournoisement. Elle se retourna les narines grandes ouvertes, fixant son professeur l'air ennuyé. Severus Rogue la sonda de ses prunelles onyx.

─ Le professeur Lupin vous cherchait, dit-il méfiant.

Caroline hocha la tête poliment, et contourna son professeur pour se rendre au premier étage. Pourquoi voulait-il encore lui parler ? Caroline soupira gravement, agacée. Quand elle passa devant la salle de Défenses contre les Forces du Mal, elle vit que la porte était entre-ouverte. Remus préparait sa classe pour le cours des troisièmes années. Une armoire gigotait sur place, au fond de la pièce. Caroline s'avança en son centre aussi discrètement qu'un dragon, et transperça son professeur de ses prunelles luisantes.

─ Ah Caroline, vous avez croisé le professeur Rogue ?

Il s'était relevé, la regardant de son air bienveillant. Son sourire attendrit la jeune femme instantanément. Elle en était d'ailleurs surprise. Toute sa colère contre Jack s'était envolée, au profit d'un attendrissement douteux. Prise de cours, Caroline lui rendit son sourire et s'approcha encore un peu.

─ Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?

Elle pointait l'armoire intriguée. Jamais ils n'avaient eu à faire à une penderie gigotante, par le passé.

─ Un épouvantard.

Caroline grimaça. La dernière fois qu'elle avait eu affaire avec cette créature, elle s'était retrouvée les quatre pattes en l'air (elle avait un carnet où tous les expressions Moldues qu'elle avait un jour entendues était minutieusement inscrites). Remus l'observait, un rictus chaleureux aux lèvres.

─ Vos robes défraichies risqueront de faire bien plus peur à mes condisciples que votre épouvantard, professeur, rétorqua-t-elle pensive.

─ Je tâcherai de m'en souvenir.

Il souriait toujours autant. Caroline tourna autour de l'armoire, un air suspicieux sur le visage. Le professeur Lupin était loin d'être semblable à leur dernier professeur de Défense contre les Forces du Mal. Il avait de la prestance, et n'exhibait pas à tout va son sourire « le plus charmeur décerné par Sorcière Hebdo ». Elle n'avait aucune idée de l'attitude à adopter face à lui.

─ Quoi qu'il en soit, je vous voulais vous parler du Club de Duel, rajouta-t-il d'un ton joyeux.

─ Club de Duel ?

─ Oui, Albus m'a informé que l'année dernière, un Club de Duel avait été mis en place. Je me demandais si vous seriez d'accord, en tant que Préfète, de m'assister cette année ?

Elle éclata de rire nerveusement. Ses doigts se refermaient sur le revers de sa robe de sorcier, frémissants comme de petites bestioles ingérables.

─ Est-ce le professeur Rogue qui vous suggéré ma participation ?

─ Le professeur Rogue n'est pas au courant de cette initiative.

─ Vous ne savez peut-être pas, mais l'année dernière, j'ai mis le feu à l'estrade et envoyé un élève à l'infirmerie durant une semaine.

La vieille chouette avait expressément ordonné à Lockhart de lui interdire de revenir au Club. Caroline en gardait un souvenir amer. Remus n'avait pas l'air choqué de l'apprendre. Il vérifia une dernière fois que son phonoscope fonctionnait convenablement, et se retourna vers elle :

─ Un fâcheux incident… Je suis certain que vous me serez très utile.

Il la regardait, assuré, sa mèche de cheveux retombant sur son front blême. Caroline réfléchit à sa proposition un instant. Et l'accepta malgré tout. Le professeur Lupin était intriguant, et ce serait l'occasion d'en apprendre plus sur lui.

─ Nous nous réunirons ce soir, à vingt heures, ici-même, pour discuter des préparatifs, informa-t-il d'une voix douce.

La Serpentard eut un sourire fugace. Les Troisièmes années entrèrent en trombe dans la classe, rompant leur échange. Caroline s'écarta, les laissant s'étaler devant l'armoire facétieuse. Les jeunes Serpentard se placèrent au fond de la classe. Caroline les observa d'un œil mauvais, toujours plantée à côté de Remus. Drago Malefoy la toisait à son tour avec dégoût. En effet, la famille Dorm n'était pas en bon terme avec les Malefoy. Lucius avait déjà exigé le renvoi de Jack trois fois, au moindre scandale qui avait éclaboussé les Aurors. Le père de Caroline avait tenté lui-aussi de révéler son appartenance aux Mangemorts, sans parvenir à convaincre son assemblée. Ils se vouaient une haine réciproque, conscient que l'un d'entre eux allait finir, un jour, par perdre. Caroline n'avait croisé Lucius qu'une seule fois, et c'était l'année dernière. Il s'était montré étrangement courtois avec elle…

Une main se posa sur son épaule délicatement. La chaleur de cette dernière fit frissonner sa peau de bien-être. Remus vint chuchoter tout bas à ses oreilles :

─ Le professeur Rogue doit vous attendre, dépêchez-vous Caroline.

Elle se crispa, oubliant totalement ces frissons si agréables. Elle dispersa le groupe d'élèves en s'élançant à corps perdu en direction des cachots. Le cours de potions avait déjà commencé, et son absence allait encore lui valoir une remarque acerbe de son Directeur de Maison.

OOO

La double heure de potions se termina sous les sarcasmes tonitruants du Maître des Potions, comme elle l'avait pressenti. Caroline dut supporter, encore dix minutes supplémentaires, ses manifestations aigries à l'encontre du professeur Lupin. Sa potion n'était pas encore terminée, et il exigeait, évidemment, qu'elle le soit.

─ Pourquoi Lupin voulait-il vous parler ?

Sa voix fut étonnement moins agressive, une fois la classe vidée des autres élèves. Caroline n'avait pas envie de s'expliquer. Elle avait remarqué la fureur avec laquelle il s'appliquait à ridiculiser Lupin. N'appréciant pas son mutisme, la longue robe noire de Severus virevolta jusqu'à elle, et lâcha un mince filet d'air qui vint rafraîchir son visage rougi par les vapeurs des autres chaudrons. Il se pencha vers elle, résolu à découvrir ce qu'ils cachaient :

─ Je doute qu'il vous ait convoqué pour profiter de votre génie… Que voulait-il ?

─ Vous le saurez dans quelques jours, rétorqua-t-elle fatiguée de ses insinuations offensantes.

Le professeur Rogue se redressa, la mâchoire contractée. Caroline fêta au creux de son ventre la victoire. Il abandonnait son interrogatoire, au profit d'une pile de devoirs. Elle put achever sa potion sereinement. Il la laissa s'en aller dans un silence de plomb. Seuls les parchemins des Deuxièmes années produisaient un son étouffé, à mesure qu'il les annotait rageusement.

Elle épousseta sa robe, et se déplaça sereinement jusqu'à la Grande Salle. Ses pas résonnaient dans le couloir libre de tout obstacle. Caroline adorait le son que produisaient ses chaussures. Elle aurait pu l'écouter pendant des heures, si le temps n'était pas aussi précieux. Une fois arrivée à destination, elle scruta la Salle réjouie. Bianca était attablée en compagnie de Daryl, tout au bout de la rangée des Serpentard.

─ Où étais-tu passée ?

Bianca avait fait l'impasse sur le cours de potions, pour ses ASPIC. Elle n'avait pas obtenu d'Optimal à ses BUSE. Elle gardait tout de même l'espoir de devenir Auror. Jack était prêt à l'accueillir, si elle démontrait son talent en sortilège et métamorphose. Caroline avait dû insister durant plusieurs mois avant qu'il n'accepte d'écouter son amie.

─ Le professeur Rogue a voulu me tirer les vers du nez.

─ Il t'a quoi ?

Caroline lui expliqua en détail la proposition de Lupin. Le Club de Duel serait ouvert seulement pour les Premières et Deuxièmes années. C'était avant tout une activité pédagogique, pour enseigner aux jeunes sorciers l'importance du respect entre duellistes. Daryl semblait d'ailleurs satisfait du retour de ce Club, à la grande surprise de Caroline. Il avait sûrement quelque chose en tête. Elle s'en inquiéta un instant, puis chassa cette idée, pour se concentrer sur le visage blanc comme neige de Bianca.

─ Le professeur Lupin a bien fait de te choisir, si tu veux mon avis.

─ Pourquoi ?

─ Tu es la seule Serpentard qui le supporte. Et les jeunes de notre Maison te respectent. Il est malin…

Mis à part Bianca, tous prononçaient son nom avec dégoût. Il était pouilleux à leurs yeux. Caroline engagea Daryl à se taire, alors qu'il exposait les diverses raisons qui pourraient expliquer « l'état pitoyable » de ses affaires.

─ Tu savais que Rogue et Lupin était à Poudlard en même temps, dans la même année ? Lança Caroline l'air malicieux.

Les yeux de Bianca s'éveillèrent en une flamme brûlant ardemment. Elle trépignait d'impatience. Les ragots n'avaient aucun secret pour elle. Elle était une mine d'or, concernant toutes les petites histoires qui se déroulaient à Poudlard, entre les élèves ─ et entre les professeurs ; elle était d'ailleurs certaine d'avoir vu McGonagall faire de l'œil à Dumbledore durant le banquet de leur fin de cinquième année.

─ Ce qui expliquerait pourquoi il est aussi caustique avec lui… Laisse-moi deviner…

Caroline la regardait tisser une théorie farfelue, à propos d'elfes de maison et d'un possible conflit entre les deux sorciers, ravie. Bianca avait un don pour conter les histoires. Même les plus stupides. Daryl se pencha vers Caroline, chatouillant son cou avec ses longs cheveux blonds laissés au naturel.

─ Maintenant que tu es proche de Lupin, tu pourrais lui jouer… un de nos petits tours, non ?

Elle vrilla ses prunelles sombres dans les siennes. Daryl avait une expression effrayante sur son visage.

─ Pas question. Le professeur McGonagall me surveille, par ta faute.

─ Aurais-tu oublié d'où tu viens ?

Daryl était oppressant, se servant de sa carrure athlétique pour l'intimider. Ce n'était pas suffisant pour réduire Caroline au statut de mouton dégénéré. Elle aurait dû le dénoncer, il y a un an. Il avait ensorcelé une élève de première année des Griffondor, et l'avait forcée à faire de nombreuses choses sous la contrainte.

─ User de l'un des trois sortilèges impardonnables est condamnable, et si l'envie m'en prend d'en parler à l'un des professeurs de ce Château, je te…

─ Tu n'oserais pas. Tu m'as couvert jusqu'ici, ils te sanctionneraient toi-aussi.

Caroline se tut. La gravité de la situation lui avait échappée. Elle avait seulement retrouvé la jeune fille, évanouie dans leur salle commune. Sa robe avait été déchirée par endroit ; elle ne savait pas ce qui avait pu lui arriver. C'était un Né-Moldue, de la maison Griffondor. Daryl lui avait clairement révélé ce qu'il avait fait. Et, elle l'avait couvert. Il s'était exprimé avec une telle virulence, qu'elle s'était ramollie, et convaincue que ce n'était pas grave. Pourtant, cela l'était. Caroline s'en mordait les doigts aujourd'hui.

─ Fais attention à toi Daryl.

Elle se leva d'un bond. Il était capable aujourd'hui de lui faire du chantage, et de la menacer. Jamais elle n'aurait cru que cette histoire se retournerait contre elle.

Elle se réfugia dans le dortoir, qu'elle partageait avec Bianca, Elly et trois autres filles. Ces dernières glapissaient à la moindre vue de Jordan McLedon, et passaient leur temps libres à l'épier à la bibliothèque. C'était un garçon discret, et incroyablement intelligent. Encore plus qu'Elly. Caroline s'allongea sur son lit, pensive. Encore trente minutes avant qu'il ne soit l'heure de rejoindre le premier étage. Sa chevelure d'or s'exhibait sur le drap, tel un dessin abstrait. Elle finit par s'assoupir au bout d'une intense réflexion, à propos de l'utilisation de son petit chien en plastique. L'électricité, qu'elle magie.

─ Ma douce, il faut que tu y ailles...

Caroline sentit des petites secousses dans son dos. Elle grogna longuement, dégageant la moindre main qui venait lui effleurer les cheveux. Bianca recula, et la regarda se tortiller dans les draps, cherchant à fuir la lumière. Elle sortit sa baguette, comme dernier recours :

─ Aguamenti !

Un énorme jet d'eau déferla sur la tête de Caroline. Elle s'éjecta de son lit, aux aguets, le visage trempé. Les draps reposaient sur sa tête piteusement. On aurait dit qu'elle s'était cachée pour éviter la sentence d'une force invisible.

─ Que…

Bianca tapotait la montre Moldue de Caroline du bout de sa baguette. La Serpentard força sur ses articulations pour se relever. Il était passé vingt heures. Catastrophée, elle essuya son visage d'un revers de main, dégageant les mèches de cheveux collées à son front. Il ne manquait plus qu'un troupeau de chevaux ailés la piétinent, et elle serait définitivement présentable.

Au premier étage, le professeur Lupin attendait la jeune femme patiemment avec Alexia Bodrov, Bastien Dolve et Percy Weasley. Les deux Préfets-en-Chef. Curieusement, deux garçons avaient été nommés cette année. Percy avait toujours considéré Caroline comme sa grande rivale. Il ne manquait pas une occasion de se montrer supérieure à elle. C'était assez pénible pour la Serpentard.

─ Professeur, il vaudrait mieux commencer la séance sans elle, proposa-t-il consciencieux.

Remus s'adossa au mur de sa salle de classe, partagé entre l'exaspération qu'elle soit en retard et l'amusement qu'il éprouvait en voyant Percy se dandiner sur sa chaise.

─ Caroline a certainement une bonne raison de ne pas être encore parmi nom.

─ Certainement, concéda-t-il crispé.

Bastien adorait la façon de Weasley à se plier aux quatre volontés de ses professeurs. Il en était parfois risible. Il ne l'imaginait pas une seule seconde devenir Ministre de la Magie. Caroline finit par apparaître, trempée de la tête au pied.

─ Pardon pour le retard… J'ai croisé le professeur Flitwick, qui avait absolument besoin de moi pour tester l'un de ses nouveaux sortilèges.

Personne ne la crut évidemment, à part Alexia Bordov, le Préfète de Poufsouffle. Le professeur Flitwick n'appréciait Caroline, et tout le monde le savait. Elle se planta devant eux, décidée à en finir le plus vite possible. Sa sieste l'avait épuisée. Percy lui tapota l'épaule, mais Caroline l'ignora. C'était la meilleure défense à adopter contre la barbante personne de Weasley. Le professeur Lupin considéra les quatre jeunes gens, et s'exprima de sa voix rauque :

─ Merci à tous les quatre d'être venus. Le Club de Duel s'apprête à rouvrir ses portes dans deux semaines grâce à vous.

Il leur expliqua longuement les tâches qu'ils auraient durant ces sessions. Percy ne put s'empêcher de complimenter l'organisation du professeur Lupin. Caroline fronça les sourcils. Remus était un très bon professeur, mais l'organisation ne faisait certainement pas partie de ses qualités.

─ Vous serez à chaque fois deux pour assurer ces séances. C'est une question de sécurité.

Caroline était fascinée par le calme olympien de Lupin, malgré les nombreuses interventions fatigantes de Weasley. Percy narguait la jeune femme, à chaque félicitation de leur professeur pour ses idées « créatives ». Elle le fixa les bras croisés, espérant secrètement qu'il se taise. Elle se remémora la première fois qu'elle avait rencontré Percy. Ils étaient accompagnés de sa famille, sur le quai de la voie 9 ¾. « Tous roux ! », s'était-elle insurgé, alors que son père vérifiait la liste des fournitures. Percy paradait déjà à cette époque, fier et hautain. Caroline se souvenait de l'avoir fixer de nombreuses minutes. Il n'avait pas manqué de s'approcher d'elle, et de lui « souhaiter de trouver un autre amoureux car il n'était pas intéressé». Elle s'était emportée au quart de tour, mais son père l'avait stoppée, lui arrachant sa baguette des mains.

─ Caroline, vous serez en charge de la première session, avec Bastien.

─ D'accord, répondit-elle, extirpée de ses pensées.

L'attitude de Weasley lui donnait envie de se jeter dans la gueule d'un dragon. Il ne lui restait plus que le bonheur d'observer son professeur. Son œil était attiré par quelque chose chez lui. Peut-être sa prestance, ou son savoir. Elle ne savait pas exactement ce qui le rendait différent des autres à ses yeux. Dans tous les cas, elle doutait qu'il s'agisse de ses robes ternies.

─ Je crois que ce sera tout pour ce soir, termina-t-il tout sourire.

Le professeur salua tous ses élèves, qui sortirent les uns après les autres de la salle de classe. Caroline fermait la marche, baillant pompeusement.

─ Bonne soirée Caroline.

Ces trois mots firent singulièrement plaisir à la Serpentard. Il les avait prononcés avec une telle douceur. Elle esquissa un rictus, étrangement euphorique. Cette euphorie disparut très vite, une fois la porte close derrière elle. Percy la fusillait du regard, avec ses cheveux roux en queues de cochons.

─ Tu aurais pu te montrer un peu plus respectueuse. Tu ne changeras jamais, hein…

Bastien l'empêcha de sortir sa baguette. Le Griffondor s'éloigna en se pavanant, comme au premier jour. Caroline repoussa son homologue mollement. Elle ne pouvait occulter le nombre de fois où elle s'était retrouvée dans les bras du Serdaigle. Ce geste était rassurant et familier. Toutefois, elle n'en avait pas envie ce soir. Elle rêvait d'autre chose. C'était une envie profonde et sournoise. Elle ne savait pas de quoi il s'agissait, et n'avait aucune idée de ce qui allait ébranler sa vie paisible. Le Château cachait de nombreux secrets. Et bientôt, malgré la volonté de Caroline et Remus, il en cacherait un de plus.

OOO

Ce matin, la nouvelle concernant le Club de Duel s'était propagée comme une traînée de poudre. De nombreux élèves s'étaient déjà insurgés sur le fait que seules les Premières et Deuxièmes années y étaient admises. Elle n'osait imaginer la réaction du Maître de Potions.

Caroline avait reçu une dizaine d'inscriptions des Serpentard. Ils l'avaient suivie, de la Grande Salle à la salle de cours de Métamorphose timidement. Elle les avait récoltées une fois assise à sa place habituelle. Percy lui chuchota à l'oreille :

─ On ne doit pas prendre les inscriptions avant midi, la réprimanda-t-il.

Caroline l'ignora, sans une once de remords. Elle fourra ensuite les parchemins dans son livre de Métamorphose, satisfaite.

─ Pourras-tu t'écarter, Percy, râla Bianca en repoussant encore et encore la robe de sorcier du roux.

─ Bonjour à toi aussi, Bianca.

Après un rictus bref, Weasley se rassit à son pupitre, en pleine discussion avec Pénélope sur le fait que Caroline ne respectait aucune règle. La Serpentard se boucha les oreilles pour occulter la voix criarde du Griffondor. Percy accordait trop d'importance aux détails. Même Elly le disait.

Ils recopièrent la moitié de leur bouquin durant la double heure en compagnie de Minerva. A la fin du cours, elles gagnèrent à nouveau la Grande Salle, prenant soin d'éviter la trajectoire de Weasley. Caroline avait l'après-midi de libre. Elle mangea rapidement une tranche de pain, et d'un geste décidé, sortit se promener dans les alentours de Poudlard. Quelques élèves profitèrent de lui donner des inscriptions pour le Club en chemin. Un Poufsouffle avait notamment attendu qu'elle apparaisse au détour d'un couloir, pour l'apostropher maladroitement.

─ C'est mon inscription pour le Club de Duel, souffla-t-il les joues rougissantes.

Caroline le vit replacer ses lunettes sur son nez. Il rivait ses yeux bruns sur ses chaussures. Sa timidité attendrit le cœur de pierre de la Serpentard. Elle saisit son parchemin délicatement, et déposa un baiser sur la joue du Poufsouffle écarlate. Il cessa de respirer, le cœur battant. Caroline lui souriait, le visage pâle encadré de ses cheveux dorés.

─ Merci.

Elle vérifia que tout soit noté sur le parchemin, et continua sa route comme si rien ne s'était passé. Le jeune garçon posa ses doigts à l'endroit où les lèvres de Caroline l'avaient touché. Il était abasourdi.

Elle longea la forêt interdite, agitant sa baguette pour créer de petits oiseaux magiques. Caroline aimait se balader. Elle avait l'occasion de se vider l'esprit. Sa robe de sorcier se soulevait sous les assauts du vent. Ses cheveux dorés rayonnaient, malgré le soleil qui faisait cruellement défaut à Poudlard cette année. Quand elle arriva à la berge du Lac Noir, elle contempla le paysage émerveillée. Toutes ces montagnes boisées, portant l'odeur de la mousse à ses narines, cachant un paradis… Une branche craqua derrière elle. Caroline attrapa sa baguette, se détourna et fixa la forêt anxieusement. Les Détraqueurs ne brisaient pas les branches. Elle avança très lentement, soulevant le pan de sa robe pour libérer ses mouvements. Il n'y avait rien, mis à part un grognement lointain. Un grognement de chien. Nerveusement, elle resserra ses doigts autour de sa baguette.

─ Caroline, tout va bien ?

La jeune femme s'entortilla les jambes, en voulant se retourner habilement, et trébucha sur une pierre capricieuse. Elle tomba lourdement dans les bras de son professeur, qui la rattrapa sans peine, sous les aisselles. Caroline se retrouva le visage niché dans son costume rêche, ahurie, le cœur battant à tout rompre.

─ Avez-vous entendu ? S'empressa-t-elle de demander, la voix étouffée dans le tissu en tweed.

Remus Lupin marqua un temps d'arrêt. Ils écoutaient attentivement. Seulement, Caroline n'entendait que le battement régulier du cœur de son professeur. Un tambourinement calme et apaisant, contrairement au sien. Le grognement avait disparu. Avait-il seulement existé ? Elle se redressa enfin, prenant conscience de la proximité de son corps avec celui de Lupin. Ce n'était pas « désagréable », comme elle aimait le penser, mais totalement inapproprié.

─ Par la barbe de merlin, que faîtes-vous ici ? Vous m'avez suivie ? S'exclama-t-elle brutalement.

Inconsciemment, elle tentait de se protéger de la sensation étrange qui l'avait envahie, quand elle était collée à lui. Son regard désobligeant ne perturba pas son professeur, qui resta nonchalant et calme.

─ Je vous ai vu vous éloigner du Château. Ce n'est pas le moment propice pour un tête à tête avec les Détraqueurs, déclara-t-il en la fixant de ses prunelles chocolats, sans une once de joie.

Caroline le trouva différent. Il était aussi sérieux que pouvait l'être Percy en rédigeant un devoir. Elle se renfrogna, et s'apprêtait à le devancer, quand il la saisit doucement par le bras. Elle voulut lui adresser une remarque cinglante, mais une forme survolait à présent le Lac Noir majestueusement. Un Hippogriffe. Caroline le contempla les yeux écarquillés. Il frôlait la grande étendue d'eaux troubles de sa tête fièrement dressée. Elle vit quelqu'un sur son dos ; cependant, elle n'aurait pu dire de qui il s'agissait.

─ La prochaine fois, prévenez-moi avant de vous aventurer seule aussi loin.

Elle ne l'avait jamais entendu reprocher quoi que ce soit à quelqu'un. En plus, elle avait le droit de se promener où elle voulait. Personne n'allait lui interdire de prendre l'air.

Il avait parcouru une dizaine de mètres, traînant son corps dolent, quand Caroline le rattrapa, encore chamboulée par l'apparition de la bête ailée et agacée par le reproche de Lupin. Elle l'observa alors discrètement, ne pouvant s'empêcher de sourire malgré son mécontentement.

─ Vous vous êtes fait du souci pour moi ?

Remus s'arrêta, et elle en fit de même. Il sonda ses yeux noirs, empli de ressentiment. Mais quelque chose d'autre les animaient.

─ Bien sûr que je me suis fait du souci.

─ Pas la peine, je n'ai pas besoin de vous et de vos vestes qui grattent.

Elle avait beau être agressive, il ne releva pas sa grossièreté, et reprit d'une voix placide :

─ Sirius Black représente une véritable menace. Je pensais que vous en auriez conscience. Surtout après ce que ce Monsieur de Pré-au-Lard vous a révélé.

─ Vous croyez Georges ? S'étonna-t-elle, perdant son attitude querelleuse.

─ Vous ne le croyez pas ?

Caroline ferma la bouche, réfléchissant pour la première fois à cette possibilité. Est-ce qu'elle le croyait ?

─ Je ne crois qu'à ce que je vois.

Il soupira mais Caroline distinguait le sourire qui étirait ses lèvres roses, à peine humides.

─ Et de toute façon, ce n'est pas moi qu'il veut tuer, murmura-t-elle sombrement.

Remus ne répondit pas, maussade, visiblement peu enclin à parler de Harry Potter. Caroline détourna la tête, et se plongea au fin fond de ses pensées. Aucun des deux ne rompit le silence durant quelques minutes. Cependant, elle fit un l'effort de relancer la conversation, ce qu'elle ne faisait habituellement jamais. Quelque chose la poussait à se confier à lui. Ils gagnèrent ainsi le Château en discutant de littérature Moldue. Caroline connaissait beaucoup d'auteurs, ce qui le surprit. Elle n'avait pas l'air studieuse à première vue, ni assoiffée de lecture en tout genre. La jeune femme gardait ses prunelles noires solidement fixées sur lui, accueillant les remarques de Remus sur ses romans préférés avec des sarcasmes dignes de sa mauvaise foi. Elle était cependant contente de le voir rire, à nouveau.