Merci à ceux qui ont lu ces trois derniers chapitres, ainsi que les favoris et les follows ! ^^ Et je remercie encore une fois Jude June et lolahg pour les reviews, ça fait toujours plaisir :)


Chapitre 4

Les préparatifs du Club de Duel avaient occupé le temps libre de Caroline ces deux dernières semaines. Remus lui avait confié beaucoup de responsabilités. Elle était plutôt mécontente par cette charge de travail supplémentaire. Toutefois, sa colère s'envolait quand il l'invitait à boire une Bièraubeurre dans son bureau à la fin de la journée. Un soir, alors qu'il cherchait une babiole dans la pièce adjacente, elle en avait profité pour voler l'une des plaques de chocolat posées sur son bureau. Ce n'était pas son premier larcin, et son professeur n'avait sûrement pas remarqué que l'un de ses livres avaient également disparu.

Le professeur Rogue ne lui adressait plus la parole, depuis qu'il avait découvert que c'était elle qui avait aidé Lupin à mettre en place l'événement. Il se contentait de lui lancer ses fameux regards glacials à travers la salle de classe.

Percy, de son côté, se mêlaient de tout. Caroline l'avait eu sur le dos durant toute la semaine. Remus les avait mis en équipe pour qu'ils préparent les séances conjointement. « Fabuleux ! » s'était-elle exclamée, crachant froidement son avis à la figure de son professeur amusé.

Aujourd'hui, la Serpentard avait dressé une liste des sortilèges admis durant les séances, et une liste de ceux à ne jamais utiliser. Chaque élève devrait s'en acquitter avant de franchir les portes, vendredi soir.

─ Tu n'as rien stipulé sur les sortilèges impardonnables.

─ Ce sont des enfants, Percy.

Caroline n'en croyait pas ses oreilles. Weasley relisait sa liste, avec minutie. Il n'avait pas confiance en son travail. La Serpentard garda son calme. C'était jeudi. Il ne leur restait plus qu'une heure à passer ensemble.

─ Ils doivent quand même être notés. Sinon, tu ne peux pas l'appeler « liste exhaustive des sortilèges interdits au Club de Duel ».

Elle pointa férocement sa baguette en direction du parchemin. Les trois sortilèges apparurent à la suite de tous les autres. Percy reposa le parchemin fièrement sur leur bureau. Il décroisa ensuite ses jambes, rapprochant son buste du meuble en bois brut. Caroline grogna tout bas :

─ Rappelle-moi de remercier le professeur Lupin pour m'avoir mis en équipe avec toi cette semaine.

─ Et heureusement qu'il l'a fait. Le travail aurait été bâclé sans moi.

La Serpentard avait du mal à croire qu'un Griffondor soit encore plus doué qu'elle en matière de vantardise. Elle soupira, épuisée moralement par son interlocuteur. En plus, il fallait encore qu'ils vérifient la liste des élèves, et constituent des binômes équitables.

─ Tu t'occupes de cette partie-ci, et moi de celle-là.

─ Du calme, Monsieur le Préfet-en-chef.

La pile de Percy était trois fois plus haute que celle de Caroline. Elle tenta d'attraper une partie des feuilles d'inscriptions de son camarade, mais il les défendait comme un vrai lion.

─ Occupes-toi déjà des tiennes !

─ Je ne suis pas ton esclave, nous sommes sur un pied d'égalité, Weasmoche. Alors donne-moi une quantité de feuilles identique, s'énerva-t-elle.

─ Tu n'as pas le droit de me manquer de respect, Caroline. Même si ton cher père dirige une partie du Ministère.

La tension était palpable dans la pièce. Ils ne bougeaient pas, se fixant l'un l'autre avec une hargne prononcée. Caroline baissa le ton de sa voix pour la rendre menaçante :

─ Je suis la seule personne qui défend ta famille ici, alors arrête de me rabâcher les oreilles.

Percy dû reconnaitre à contrecœur que Caroline avait toujours eu beaucoup de respect pour les Weasley, et plus particulièrement pour Arthur et Molly. Elle était venue manger une fois chez eux, au Terrier. Depuis, ses parents lui parlaient d'elle sans arrêt. « Quand est-ce que Caroline revient ? » Son père avait adoré partager sa connaissance des objets Moldus avec la jeune femme.

Cependant, il n'en démordra pas.

─ Fais ce que je te dis, on ira plus vite.

A son air soudainement pressé, Caroline suspecta Weasley de vouloir lui-même écourter leur séance de travail. Il n'y avait pas d'innombrables possibilités. Soit il voulait rejoindre un professeur pour lui cirer ses chaussures, soit il avait encore un devoir à terminer ou soit la douce Pénélope lui avait donné rendez-vous à la tour d'Astronomie. Un sourire fugace apparut sur les lèvres de la Serpentard.

─ Il se trouve que j'ai tout mon temps. J'aimerais que le travail soit bien fait, moi-aussi.

Percy se crispa légèrement sur la feuille qu'il détenait entre ses mains délicates. Le pauvre Danny Brunos subissait les frais de son irritation. Caroline entreprit de vérifier deux fois les binômes instaurés par son homologue, avec une lenteur sans précédent.

─ As-tu fini ?

Il s'impatientait. Caroline n'avait jamais vu Percy aussi grincheux. Elle s'approcha de lui, guillerette :

─ N'aurais-tu pas rendez-vous avec Pénélope, par hasard ?

Le Griffondor se raidit, prenant enfin conscience du manège de Caroline. Ils avaient trente minutes de retard sur le planning qu'il avait lui-même fixé. Elle l'avait fait exprès.

─ Je te laisse apporter le fruit de notre travail au professeur Lupin, glissa-t-elle à l'apogée de sa jubilation.

─ Tu as gagné. Fais-le toi-même, il faut que j'y aille.

Percy quitta précipitamment la pièce, sans rien ajouter. Caroline ramassa leurs parchemins, et parcourra les couloirs de Poudlard en sifflotant. Rien n'aurait pu entamer sa joie. Pas même le Serdaigle qui s'était caché derrière une statue, pour l'éviter.

Le professeur Lupin avait laissé la porte de son bureau ouverte. Caroline se présenta à lui, le sourire jusqu'aux oreilles.

─ Je ne vous ai jamais vu sourire ainsi, remarqua Lupin. Se pourrait-il que vous ayez fini par vous entendre avec Percy ?

Caroline lui rit au nez. Le professeur Lupin avait un humour douteux. Pourtant, elle le trouvait très drôle. Elle lui transmit les parchemins, et il les lut rapidement.

─ Vous n'étiez pas obligée de mentionner autant de sortilèges, finit-il par commenter d'un ton calme.

─ Ce n'est pas l'avis de Weasmo… Percy, professeur.

Remus lui lança un regard accusateur. Elle fit une moue vexée, laissant ses fesses se prélasser sur le fauteuil en tissu au coin de la pièce. Elle avait eu la permission de s'y assoir jeudi passé. Le coussin était mou, et agréable. Caroline lorgnait déjà la pièce, cherchant un nouvel objet à dérober. Après tout, elle méritait ces « petits présents », avec toutes les tâches qu'elle avait dû réaliser en si peu de temps…

─ Vous avez fait du très bon travail durant ces deux semaines, tous les deux.

Caroline avait une objection qui lui brûlait la langue :

─ J'ai vécu l'enfer durant ces deux semaines, j'espère que vous vous en rendez compte. Percy est la personne la plus agaçante que je connaisse, et pourtant, j'en connais beaucoup des personnes agaçantes.

Elle était si fatiguée qu'elle ne contenait plus une seule de ses pensées.

─ C'est un garçon passionné et travailleur, Caroline. Tout le contraire de vous. C'est pour cette raison que je vous ai mis ensemble sur ce projet.

─ Dois-je comprendre que je suis vide et laxiste ? Rétorqua-t-elle vexée.

─ N'essayez pas de détourner mes propos.

─ Je vous ai vu tourné de l'œil, quand nous avons discuté de l'estrade mercredi. Percy connaît beaucoup de bois différents… intéressant, n'est-ce pas ? Qui aurait pu réciter toutes les différences entre le noyer et l'érable…

Le sourire moqueur de la jeune femme n'ébranla pas son professeur. Il restait toujours aussi amusé et stoïque.

─ Il était au moins à l'heure pour parler de cette fameuse estrade, contrairement à vous.

La Serpentard perdit brusquement l'envie de rire, et se leva de son siège, revêche. Percy avait déjà tous les professeurs dans sa poche, il ne lui manquait plus que Rogue et Lupin dans sa collection. Elle espérait qu'il ne soit pas assez stupide pour tomber dans son piège de petit élève modèle.

Une chose était à présent claire dans son esprit : elle ne regrettait pas de lui avoir volé un livre et du chocolat.

Lupin avait replongé son visage blême dans les parchemins des Quatrièmes années. Après quelques secondes de silence, il reprit d'une voix envoûtante :

─ Allez-vous coucher, Caroline. Demain, vous aurez une journée chargée.

Elle le dévisageait de ses grands yeux brillants. Curieusement, elle aurait aimé rester un instant de plus en sa compagnie. C'était agréable de discuter avec lui, ou simplement de le regarder. Sauf à ce moment précis, où il l'avait dénigrée au profit de Percy. Elle quitta son bureau, sans qu'il ne détache son regard des parchemins. Il avait fait exprès de la blesser dans son orgueil ; elle s'était faite prendre à son propre piège. « L'arroseur arrosé » comme les Moldus disaient. La jeune femme ricana malgré tout en entrant dans son dortoir. Remus Lupin était décidément le professeur qu'elle préférait à Poudlard.

Vendredi soir. La Grande Salle avait été vidée de ses tables, remplacée par une longue estrade, de chêne brut. Un simple tapis bleu la recouvrait. Caroline vérifia une dernière fois que tout soit en place, avant de laisser les élèves entrer. Ils se déversèrent sur elle tel un raz-de-marée, bousculant sans ménagement son corps dodelinant. Ils étaient surexcités par les duels à venir. La Serpentard avait accroché la liste des binômes sur un tableau amovible ; ils se précipitèrent tous dessus avidement.

─ Vous pouvez vous placer autour de l'estrade, annonça Caroline lasse.

Personne ne l'écoutait. Elle remarqua quelques regards inquiets la dévisager, une fois qu'ils avaient découvert leurs binômes. Elle leur sourit d'un air dément, souhaitant les effrayer encore plus. Ils détournèrent la tête immédiatement. Caroline avait envie d'aboyer pour calmer le raffut ambiant. Ses mains moites se refermaient craintivement sur sa baguette, prête à user de son autorité pour calmer ses congénères à tout moment. Bastien se montra finalement après que les jeunes se soient amassés autour de l'estrade, installée par Percy.

Le Serdaigle traîna Caroline sur l'estrade. Elle n'avait aucun envie de faire cette démonstration devant tout ce monde.

─ Regarde-moi cette bande de babouins enragés, chuchota-t-elle à Bastien.

─ Tu étais pareille, il y a cinq ans.

Caroline pesta, et se plaça face à lui, la baguette brandie. Bastien, doué pour s'exprimer en public, leur montra un sort de protection. Caroline servit de cobaye, quand il fit pareil pour un sort d'attaque. A la fin de son monologue, ils effectuèrent une révérence, et expliquèrent aux jeunes sorciers comment se déroulait un Duel. Caroline le désarma ensuite sans suspense. Toute cette attention portée sur elle la rendait nerveuse. Des applaudissements retentirent dans toute la salle. La jeune femme soupira et appela le premier duo sans plus attendre. Un Serpentard de Deuxième année le rejoignit la tête haute. A l'autre bout, c'était un Serdaigle de la même classe.

─ N'oubliez pas de vous saluer.

Elle descendit de l'estrade et observa le premier Duel avec appréhension. S'il y avait un problème, ce serait de sa faute. Le professeur Lupin choisit cet instant, pour se faufiler discrètement dans la Grande Salle. Caroline était tellement angoissée à l'idée que l'un deux ne démembre l'autre, qu'elle ne l'avait pas aperçu. Le Serpentard fut projeté en arrière à la fin du Duel, lâchant sa baguette, qui roula sur le sol pauvrement.

─ N'oubliez pas les sorts de protection, ils sont très utiles, pour éviter de perdre votre baguette aussi bêtement.

Les deux jeunes gens laissèrent place à deux autres. Caroline garda son attention rivée sur eux. Seulement deux élèves étaient passés, et son anxiété atteignait son paroxysme. Bastien zigzaguait entre les élèves, rigolant avec eux, comme s'il avait rajeuni de plusieurs années. Contrairement à Caroline qui demeurait tendue, droite comme un manche à balai.

Au moment où un Griffondor aux cheveux bouclés tomba de l'estrade, tapant son crâne contre le sol, elle sauta dessus tel un prédateur fondant sur sa proie.

─ Ça va ? Hurla-t-elle paniquée à son oreille.

Elle le secoua légèrement, enfin, à sa manière. Bastien s'approcha d'elle, regardant le jeune garçon se faire balloter dans tous les sens.

─ Oui, oui, souffla-t-il apeuré par la rage de Caroline.

La Serpentard le relâcha sans aucune délicatesse, satisfaite d'avoir réagi aussi efficacement à l'urgence. Elle se redressa l'air fier, ses mains posées sur ses hanches :

─ Allez, le prochain binôme en piste !

Bastien ricanait mais elle n'était pas en mesure de comprendre pourquoi. Le stress lui rongeait le cerveau, littéralement. Après avoir assisté à la réaction démesurée de Caroline, le professeur Lupin la rejoignit, un sourire réconfortant aux lèvres.

─ Professeur, je ne m'attendais pas à vous voir ici…

Caroline avait presque murmuré ses mots, suppliant intérieurement le Troisième Œil qu'il n'ait pas vu ce qui venait de se passer. Remus était si intimidant à cet instant, qu'elle perdit les dernières couleurs qui illuminaient son visage.

─ Respirez Caroline, il ne va rien leur arriver.

Elle entreprit de se détendre, sortant sa tête de ses épaules crispées. Il était intrigué par la personnalité de Caroline. Elle avait l'air si froide, et dès que la carapace se fissurait, elle laissait entrevoir une jeune femme sensible et peu confiante. C'était comme un chocolat, où l'on devait ôter son emballage, avant de pouvoir le savourer.

─ Vous allez au Match de Quidditch demain ?

─ Si j'ai le temps, oui, dit-il d'un ton neutre.

─ Vous avez quoi à faire de plus important qu'un match de Quidditch ?

Pour une fois que quelqu'un ne la bassinait pas avec le Quidditch, elle en était ravie. Ils continuèrent à observer les Duels, sans qu'il ne réponde à sa question. Elle ne s'en soucia pas :

─ J'espère que nous nous verrons là-bas alors.

Caroline lui offrit un sourire sincère, et effleura son épaule de la sienne, involontairement. La jeune femme s'avança vers l'estrade, et continua à surveiller les « babouins enragés » avec anxiété. Remus dévisagea la Serpentard, puis se retira précipitamment dans ses quartiers, manquant la fin de la séance.

OOO

Tous les élèves convergeaient vers un seul point. Le premier match de Quidditch de la saison, entre les Serdaigle et les Serpentard. Caroline attendait dans le hall, tournant ses pouces dans tous les sens. Son écharpe aux couleurs de sa Maison s'entortillait autour de son cou noblement. Elly avait déjà rejoint le terrain, avec leurs amis. Et Bianca avait disparue.

Caroline s'énervait, jetant des coups d'œil dans les couloirs, et à l'horloge. Il était en retard. Bastien surgit enfin au bout de dix minutes, habillé de la tenue de Quidditch des Serdaigle.

─ Dépêche-toi, j'en ai marre de t'attendre, raya-t-elle.

─ J'aurais cru que tu serais déjà partie, je ne te savais pas aussi patiente ! La nargua-t-il enjoué.

Caroline leva les yeux au ciel, et cala sa démarche dans la sienne. Ils marchèrent ensemble jusqu'au terrain, dans un silence gênant. Bastien avait insisté pour lui parler seul à seul avant le match. Maintenant qu'il était à côté d'elle, il ne savait plus quoi dire. Les mots lui échappaient. Ils se séparèrent à l'entrée du stade, rompant l'ambiance oppressante qui était née entre eux. Caroline emprunta les escaliers pour se rendre dans les gradins. Et Bastien disparut dans l'infrastructure géante du terrain de Quidditch.

Elle repéra ses amis dans la foule, et usa de ses coudes pour se placer près d'eux. Ils étaient perdus au milieu d'une marre verte, criant des atrocités à l'encontre des Serdaigle. Elle était surprise qu'il y ait tant de monde. Elly l'enlaça brièvement, et reporta son attention sur les joueurs qui volaient au-dessus de leurs têtes.

─ Où est Bianca ?

─ Je ne sais pas, elle est partie tôt ce matin.

Caroline jeta des coups d'œil de part et d'autre. Le match avait commencé sous des applaudissements tonitruants. La jeune femme s'inquiétait de l'absence de Bianca. Elle craignait qu'elle se soit encore attiré des ennuis. Le regard de Caroline dériva dans la tribune des professeurs, où Lupin était assis. Elle était surprise de le voir assis aux côté de Rogue, ce qui la fit légèrement rire. Elle ne s'attarda cependant pas sur eux, et se concentra sur le match, au même titre qu'Elly. Malgré son aversion pour ce sport, assister aux matchs de Quidditch était une habitude pour elle, et même si elle n'y prenait aucun plaisir, elle continuait à venir pour encourager sa Maison.

Deux heures plus tard, ils descendirent joyeusement des gradins, pour rejoindre les entrailles de l'infrastructure du terrain de Quidditch. Caroline remarqua le professeur Lupin auprès d'un Serdaigle, qui s'était pris un cognar en plein visage durant le match. Elle l'observa un moment, le sourire aux lèvres. Avec sa cape aussi vétuste que Poudlard, et sa figure blafarde, il était d'une singularité audacieuse, entouré des autres professeurs. Et c'était peut-être là qu'il se démarquait aux yeux de Caroline. Il était différent. Elle était certaine qu'il cachait un secret également. Sa curiosité était piquée à vif. Il tourna soudainement ses prunelles chocolat dans sa direction, et caressa les siennes d'une lueur douce. Caroline aurait cru que ses yeux riaient. Maladroitement, elle lui adressa un petit signe pour lui dire bonjour. Il n'y répondit pas. Minerva l'avait distrait. Encore une fois, cette dernière l'énervait profondément.

─ Caro, on y va, dépêche-toi !

Bianca l'appelait, à la sortie du terrain. Elle fit une moue contrariée, et quitta le stade tranquillement. Les yeux de Lupin la tourmentaient encore. Elle pourrait s'y perdre des heures, si elle en avait l'occasion. La Serpentard secoua la tête, aberrée de cette constatation.

─ Où tu étais passée ? Demanda Caroline en jouant avec sa baguette. On ne t'a pas vu du match.

─ J'étais…

Elle scruta les alentours nerveusement, et murmura, la voix étranglée :

─ Dans la forêt interdite.

Caroline plongea ses yeux dans les siens. Elle attendait la suite impatiemment. Quelques Serpentard les dépassèrent, criant avec passion la victoire de l'équipe de Daryl.

─ Quand tu m'as parlé du grognement que tu as entendu près de la forêt, je me suis dit que ce serait « utile » d'aller voir de plus près.

─ Enfin, pourquoi es-tu allée seule ? La réprimanda-t-elle sérieusement.

Caroline comprenait mieux l'inquiétude de Lupin en ce moment. Bianca n'avait pas idée de ce qui se cachait dans la forêt.

─ Il fallait que je sois seule, d'après les signes.

─ Les signes ?

Elle leva un sourcil exaspérée. Toujours cette histoire de Sinistrose. Caroline restait impassible pour ne pas éveiller la curiosité d'Elly, qui marchait quelque mètre devant elles. Elle était capable de repérer en une fraction de seconde, que quelque chose d'important se tramait. Si elle entendait le mot « Sinistrose » encore une fois, Elly allait finir par lyncher Bianca. Et la réduire en poussières pour qu'elle cesse de déblatérer des âneries.

─ Je l'ai vu, déclara froidement Bianca, en frissonnant.

─ Tu as vu quoi ?

Caroline redoutait la réponse de Blanche-Neige.

─ Le Sinistrose.

Elle soupira gravement. Bianca était aussi têtue qu'elle parfois. Elle chercha ses mots, tentant de calmer les ardeurs de son amie, sans y parvenir.

─ Un chien noir plus précisément. Il grognait, et ses crocs étaient impressionnants, reprit Bianca le regard perdu dans le vide.

─ Un chien ?

Bianca vit l'expression de la Serpentard changer brusquement, et s'assombrir. Elle semblait elle-même embêtée.

─ Oui, je me demande bien pourquoi ce serait un chien le Sinistrose en réalité… A moins qu'il ne croque la jambe de Potter, déclara Blanche-Neige en pleine réflexion.

Caroline attrapa le poignet de Bianca, dans un réflexe salvateur.

─ Je n'ai jamais vu de chien par ici… qu'est-ce qui s'est passé ? Tu lui as lancé un sort ?

─ Non, il a disparu en une fraction de seconde, le temps que je ramasse ma baguette.

Bianca haussa les épaules. Peut-être n'était-ce qu'une simple hallucination. Seulement, elle trouvait étrange que Caroline ait entendu elle-aussi un grognement, près de la forêt interdite.

Le groupe arriva rapidement à Pré-au-Lard, et ils se dirigèrent droit vers les Trois-Balais. Chacun se commanda une Bièraubeurre. Le professeur Chourave était accoudée au bar. Caroline lâcha un hoquet de surprise, en la voyant siroter son rhum groseille, la tête ailleurs. Les Serpentard s'installèrent autour d'une grande table, tout en bavardant fort et joyeusement. Caroline chuchota à l'oreille de Bianca :

─ Je vais aux toilettes.

Son amie hocha la tête, et la chevelure dorée de la jeune femme s'éloigna du groupe. Bianca s'était assise à côté de Daryl, le capitaine de l'équipe de Serpentard. Elle l'aimait depuis leur première année. Quand elle l'avait vu entrer dans leur wagon, il y a sept ans, elle avait tout de suite adoré son humour noir. Elle n'avait cependant jamais osé lui avouer ses sentiments. Il passait de filles en filles, ne restant que quelques semaines avec elles. Ce n'était pas le genre de garçon romantique dont Bianca rêvait. Et c'était peut-être pour cette raison qu'elle était restée silencieuse jusqu'ici.

─ Tu penses à quoi ? Demanda-t-il en lui tendant sa Bièraubeurre.

Profitant que les autres soient plongés dans une conversation houleuse, elle retint son souffle et lâcha ce qu'elle refoulait au plus profond de sa conscience :

─ Je voudrais te parler de quelque chose…

Elle bredouillait, les joues légèrement cramoisies. Bianca se sentit extrêmement bête. Pourquoi agissait-elle comme les admiratrices de Daryl ? Il semblait d'ailleurs se méfier de ce qui allait sortir de la bouche de la jeune femme.

─ Je t'apprécie beaucoup, commença-t-elle en riant nerveusement. Mais…

─ Bianca, la coupa-t-il embêté. Je te considère comme ma sœur. Ne m'oblige pas à écouter la suite.

Daryl n'avait pas de tact, mais Bianca ne s'était pas attendue à un refoulement aussi certain et vif. Elle fut vexée plus que de raison.

─ Je t'apprécie trop pour te rendre malheureuse, continua-t-il tout en nuance. Je ne suis pas quelqu'un pour toi.

C'était ce que l'on disait en général quand on voulait rembarrer quelqu'un, sans trop peiner la personne. Bianca accueillit son explication avec amertume.

─ De quoi tu parles ? Rétorqua-t-elle sèchement.

─ Tu ne voulais pas me dire que tu étais « amoureuse » de moi ?

─ Pas du tout, je voulais juste te dire que cette coupe de cheveux ne te va pas du tout, cracha-t-elle avec véhémence.

Son mensonge était très convaincant. Heureusement qu'il s'était laissé pousser les cheveux cet été. Daryl soupira de soulagement, et la prit par les épaules tout sourire. Il s'était détendu, et appréciait enfin sa Bièraubeurre à sa juste valeur.

─ Excuses-moi, j'ai cru que tu étais devenue comme ces filles idiotes qui me pourchassent, s'exclama-t-il en riant de sa propre bévue. Excuse-moi Bianca.

Elle lui sourit pour ne pas éveiller ses soupçons. Daryl ne changerait jamais.

─ Daryl, t'as pensé quoi de Drago ?

Un Serpentard dénommé Marcus les sortit de cette discussion embarrassante, ce qui profita à la jeune femme contrariée. Bianca ressassait les paroles de Daryl dans sa tête, blessée. Elle le détestait d'être aussi rustre. Ce n'était pas quelqu'un de bien, elle le savait. Mais c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait pas cesser de penser qu'il cachait une certaine sensibilité derrière ce masque de goujat.

Caroline était maintenant partie aux toilettes depuis quinze minutes. Bianca commençait à s'inquiéter. Elle tapota le bras de Daryl, tentant de paraître insensible :

─ Caro n'est pas revenue des toilettes…

─ Qu'est-ce que cela peut me faire ? Demande au nécessiteux qui nous sert de professeur de Défenses Contre les Forces du Mal d'aller la chercher.

Blanche-neige dévisagea le Serpentard, qui se retourna et continua à parier sur la performance de Drago au prochain match. Une grimace déforma son visage angélique. Elle se leva et se dirigea vers les toilettes. Quand elle poussa la porte, une fille en sortit, replaçant ses cheveux gracieusement. Elle se faufila ensuite à l'intérieur. Les toilettes étaient vides. Elle en ressortit troublée, et chercha Caroline du regard. Elle n'était pas à l'intérieur des Trois-Balais non plus. Bianca se précipita à l'extérieur, un mauvais pressentiment lui sautant à la gorge.

Il n'y avait personne à l'extérieur, pas même un chat.

─ Caro ? Appela-t-elle paniquée.

Elle hurla une nouvelle fois, d'un cri pénétrant, à faire frémir un épouvantard. Deux Serpentard passèrent leurs têtes par la porte du pub.

─ Bon sang Bianca, qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda l'une de ses amies.

─ Caro a disparue !

Son interlocutrice était sceptique, le visage inexpressif. Bianca pensa soudainement à Sirius Black, et à sa probable présence dans les environs. La nuit ne tarderait pas à tomber ; les Détraqueurs allaient investir les allées de Pré-au-Lard. Il fallait qu'elle se dépêche. Les deux filles virent Bianca partir en courant en direction du Château. Elles haussèrent les épaules, et regagnèrent leurs places, au chaud à l'intérieur du pub.

Bianca arriva à Poudlard, essoufflée et rouge comme une tomate. Instinctivement, elle dégringola les escaliers, boxant les portes des cachots, gonflée d'adrénaline. Elle était persuadée que quelque chose de grave était arrivée à Caroline. Elle tambourina à la porte du bureau du professeur Rogue, écorchant sa main sur le bois ancien. La porte s'ouvrit alors, devant l'insistance de la jeune femme.

─ Miss Sandoro, menaça-t-il, si vous continuez à bourriner ma porte, je ne donne pas cher de votre avenir dans cette école.

Elle était surprise de voir Lupin, debout derrière le Maître de Potions. Il s'avança timidement à la hauteur de ce dernier. Ils attendaient tous deux les explications de Bianca.

─ C'est… Caroline… haleta-t-elle.

─ Qu'avez-vous dit ? S'énerva-t-il, ne comprenant rien à ce qu'elle soufflait faiblement.

─ Caroline a disparu à Pré-au-Lard.

Elle avait insufflé de l'air pour réciter sa phrase d'une traite. Elle vit l'expression de Lupin changer brusquement. Il la prenait au sérieux, contrairement à Rogue qui arborait son rictus railleur.

─ Encore un de ses stupides rêves je présume ?

─ Severus, je ne crois pas que Bianca soit en train de plaisanter, souligna Lupin alarmé.

Le Maître de Potions se ravisa, et entreprit de croire son élève, à contrecœur. Remus ne savait pas les nombreux ennuis qu'avaient causés les soi-disant rêves prémonitoires de Caroline aux professeurs de ce Château.

─ Que s'est-il passé Bianca ?

─ Nous sommes allés aux Trois-Balais après le match et elle s'est éclipsée aux toilettes… au bout de quinze minutes, elle n'était toujours pas revenue alors je suis allée voir. Elle n'y était pas. J'ai un mauvais pressentiment …

Bianca avait repris une respiration normale, et défiait ses professeurs, désespérée. Elle avait envie de prononcer son nom ; elle était sûre que Sirius Black était à l'origine de la disparition de Caroline. Elle n'en fit rien, Rogue s'interposant :

─ Peut-être est-elle rentrée au Château sans vous avertir.

─ Severus, il serait préférable que tu ailles vérifier, je vais avertir Albus, déclara Lupin d'un ton pressé.

─ Il me semblerait plus judicieux que ce soit moi qui aille prévenir le professeur Dumbledore, Lupin, rétorqua-t-il tranchant.

Bianca n'en revenait pas qu'ils se chamaillent en un moment pareil. Remus ne tergiversa pas et entreprit de suivre la jeune femme jusqu'au dortoir des Serpentard. Elly, qui n'était restée que cinq minutes au pub, lisait un livre devant la cheminée. Elle tomba nez-à-nez avec eux, et les questionna du regard, interloquée par la présence de leur professeur dans la salle commune des verts et argents.

─ As-tu vu Caroline ? S'égosilla Blanche-Neige.

─ Non, pas depuis cet après-midi.

Elly se sentait agressée, mais elle comprenait bien que quelque chose ne tournait pas rond. Son amie lui expliqua rapidement la situation. Le visage d'Elly se décomposa, attrapant la main de Bianca pour l'apaiser. Elle l'invita à s'assoir près d'elle, mais Bianca s'était ancrée au centre de la pièce. Quelque chose était bel et bien arrivée à Caroline.

─ Je vais à Pré-au-lard, les prévint Remus en s'éloignant hâtivement. Restez ici. Si jamais Severus me cherche, dîtes-lui que je suis parti la chercher là-bas.

Bianca le vit disparaitre par la porte camouflée des Serpentard, le cœur affolé. Elle fit les cents pas en attendant que quelqu'un ait la gentillesse de la prévenir de l'avancement des recherches. Elly restait assise sur le canapé, immobile. Elle n'était pas démonstrative, mais à l'intérieur, elle bouillonnait comme Bianca.

Le Maître de Potions était revenu quelques minutes plus tard, légèrement plus blême, comprenant enfin la gravité de la situation. Tous les autres professeurs avaient entamé les recherches aux alentours de Poudlard. Lupin avait été rejoint par le professeur Rogue, et le professeur McGonagall à Pré-au-Lard. Ils s'étaient dispersés aux quatre coins du village, pour baliser la zone.

Au Château, personne n'avait conscience de la disparition de Caroline. Tous les élèves dormaient paisiblement dans leurs lits, s'engouffrant dans un sommeil profond.

Seul Bianca se rongeait les ongles nerveusement dans leur salle commune. Elle pensait sans arrêt à son amie. Allaient-ils la retrouver ? Et surtout, allaient-ils la retrouver vivante ? Elle ne put qu'attendre, espérant qu'elle revienne le sourire aux lèvres, comme si rien ne s'était passé.