Voilà la suite :)
Merci à tous ceux qui lisent cette histoire !
Chapitre 5
Il entra précipitamment dans l'infirmerie, plongée dans une obscurité naissante. Madame Pomfresh cessa de ranger sa paperasse, et plissa les yeux afin de discerner ce visiteur inattendu. C'était le professeur Lupin. Il tenait fermement un corps immobile dans ses bras. Ses mèches rebelles s'étaient éparpillées, et se mêlaient aux perles de sueur apparues un instant plus tôt, sur son front blême.
─ Ici, lui indiqua-t-elle précipitamment.
Remus se dirigea dans le fond de l'infirmerie, et déposa la jeune femme avec délicatesse sur le lit que Pompom agrippait avec hargne. Elle soutint sa tête, et détailla ses habits, déchirés et couverts de boue. Il pleuvait depuis maintenant une heure. Tous les deux étaient trempés jusqu'aux os. La peau du visage de Caroline s'était colorée d'un bleu sournois par endroit. Remus se pencha sur elle, l'air préoccupé, et laissa glisser sa main droite le long de son bras, pour la réchauffer.
─ Il faut que je dégote cette potion… celle-là oui… marmonna Pompom, en s'éloignant à grands pas.
Le professeur Lupin adoucit son regard chocolat, quand la lèvre supérieure de Caroline remua. Il s'approcha un peu plus, et murmura, son souffle chaud fouettant la peau glacée de la Serpentard :
─ Caroline ?
Remus se redressa lentement. Ce n'était qu'un spasme. Elle demeurait inexpressive, et plongée dans une inconscience profonde. Madame Pomfresh avait dénichée une petite fiole dans sa réserve, contenant un liquide nacré. Elle bouscula son collègue sans ménagement, et versa la potion dans la bouche de la jeune femme. La moitié s'en échappa, dégoulinant le long de son cou. Lupin la regardait ausculter Caroline avec attention. Il détourna la tête brusquement quand elle ôta ses habits, pour vérifier qu'aucune plaie n'était camouflée par ces derniers.
─ Où l'as-tu trouvé, Remus ? Demanda-t-elle la voix tendue.
Depuis sa position, il entrevoyait le paysage endormi par la fenêtre de l'infirmerie. Cette vision le happait, et lui remémorait les événements de la journée passée. Il répondit, absent :
─ Devant la Cabane Hurlante.
Le hasard avait été synonyme de chance aujourd'hui. Remus avait fouillé la Cabane une première fois, et n'y avait rien trouvé, mis à part cette sensation oppressante qu'il le tiraillait à chaque fois. Seulement, un doute l'avait assailli, alors qu'il rentrait confus au Château. Il décidait précipitamment de rebrousser chemin, et de vérifier les lieux une fois encore. Elle était là cette fois-ci, à quelques mètres de la Cabane Hurlante, gisante sur le sol, dans une énorme flaque d'eau. Apparue comme par magie.
─ Elle devrait s'en sortir heureusement, cette potion fait toujours des merveilles sur les refroidissements.
Pompom souriait satisfaite, recouvrant Caroline d'un drap épais. Elle entreprit de soigner la plaie sur son avant-bras droit et celle de son cou. Remus risqua un coup d'œil dans leur direction, et fut soulagé de voir les blessures de Caroline pansées. Il agita sa baguette sur son costume mouillé, à l'instar de l'infirmière qui s'occupait de sécher ceux la jeune femme inerte.
─ Je vais avertir ses amies que nous l'avons retrouvée, informa-t-il doucement. Severus ne devrait plus tarder.
Elle hocha la tête frénétiquement. Puis, il quitta la pièce de sa nonchalance habituelle. Caroline ne risquait plus rien. Il souffla de soulagement, et s'engouffra dans les profondeurs de l'école. Que pouvait-il bien lui être arrivé ?
Les grandes portes du territoire de Pompom s'ouvrirent violemment cinq minutes plus tard, le visage gras du professeur Rogue transperçant la salle de ses onyx menaçants. Le Directeur était sur ses talons, sa grande robe frôlant le sol gracieusement. Severus se planta au pied du lit de son élève, et l'examina d'un regard fugace.
─ Où est passé Lupin ? Lâcha-t-il désagréablement.
Sans prendre la peine d'écouter la réponse, il reprit d'un ton dédaigneux :
─ Ne trouvez-vous pas que ce soit beaucoup de coïncidences, que Caroline ait été retrouvée près de la Cabane Hurlante, par son principal occupant, après avoir probablement subi un sortilège Doloris ?
Dumbledore agita ses mains doucement, pour calmer le professeur de potions. Ce dernier se renfrogna, aveuglé par la haine qu'il éprouvait. Pompom était surprise par le propos de leur échange. A peine une minute qu'ils avaient pénétrés dans l'infirmerie, et Rogue déviait déjà sur le probable sort qui avait été réservé à la jeune femme.
─ Nous avons de la chance que Remus l'ait retrouvé, Severus. Sans lui, elle serait toujours allongée là-bas.
Rogue ferma ses poings. L'agacement de voir le professeur Lupin salué dans cette situation l'énervait profondément.
─ Sans compter que nous ne savons pas exactement la nature de l'attaque. Il se pourrait qu'un Détraqueur soit à l'origine de l'état de Miss Dorm, poursuivit-il suspicieux.
Il se dirigea soudainement vers la sortie, ordonnant d'un ton ferme, tout en franchissant les portes :
─ Informez Remus que je serais dans mon bureau. Je désire lui parler…
Le professeur Dumbledore disparut aussi vite qu'il était apparu. Rogue resta immobile, devant Caroline. Il hasarda un nouveau coup d'œil sur ses pansements. Une crème translucide avait été étalée par-dessus le coton blanc.
─ Qu'en pensez-vous, Severus ? S'enquit Pompom anxieusement.
─ Ce n'est pas un Détraqueur, ni ses rêves idiots qui l'ont conduite à disparaitre je ne sais où. Quelqu'un est impliqué, et je compte bien découvrir de qui il s'agit, raya-t-il.
L'infirmière se tut, contemplant la jeune femme, les bras ballants. Rogue n'eut pas à attendre très longtemps. Bianca et Elly s'infiltrèrent dans la pièce les yeux écarquillés de stupeur, et se précipitèrent au chevet de leur amie, accompagnées par le professeur Lupin. Celui-ci s'arrêta devant le Maître des Potions, prêt à entendre ses commentaires sur la présente situation.
─ Le professeur Dumbledore souhaite te parler. Tout de suite, articula Rogue cruellement à l'attention de son collègue.
Remus hésita, laissant sa tête fixée sur la jeune femme. Il finit par abdiquer timidement. Rogue emboîta le pas du Loup-garou l'air satisfait, et ils se dirigèrent tous deux vers le bureau du Directeur. Madame Pomfresh continua à surveiller les jeunes gens, reprenant place derrière son pupitre. Bianca serrait la main de Caroline aussi fort qu'elle le pouvait. Elly s'était contentée de la regarder, à l'écart. Elle n'était pas aussi démonstrative que son amie au « teint banc comme la neige ».
─ Ne vous inquiétez mesdemoiselles. Demain, elle sera sur pied, comme avant.
Elles restèrent à la veiller toute la nuit, s'endormant près d'elle à force de lutter contre leurs paupières lourdes. Ce n'était pas grave Caroline était revenue.
OOO
Le lendemain, Caroline s'était réveillée à midi, les yeux collés. Elle dut s'y prendre à deux fois pour les libérer de cette croûte agaçante. Une pile de cadeaux l'entourait, comme un cocon protecteur. Elle reconnut les bonbons de chez HoneyDuck, et des Bièraubeurre. La jeune femme soupira Bianca n'avait aucune limite. Son regard se riva sur un fin papier plié en deux, surplombant le tas indécent de sucrerie. C'était l'écriture de Percy. Les prunelles de Caroline se parèrent d'un voile humide, trahissant sa colère subite. Il l'informait simplement que le professeur Lupin l'avait désigné pour la remplacer à la tête du Club de Duel. Caroline serra les poings, laissant apparaître ses veines saillantes. Pourquoi avait-il fait une chose pareille ? Elle jeta rageusement la carte par terre, et prépara mentalement un discours cinglant à l'attention de son professeur.
La porte remua imperceptiblement de l'autre côté de l'infirmerie, comme si quelqu'un avait prédit qu'elle se réveillerait à cet instant-ci. Le professeur Dumbledore s'engouffra par la brèche, dévoilant un sourire malicieux à la jeune femme. Caroline appréhendait toujours les visites du Directeur, car il ne lui avait jamais appris de bonne nouvelle.
─ Professeur Dumbledore, dit-elle la voix cassée.
Elle fut surprise par ce son étouffé qui se dégageait pauvrement de sa gorge. Elle avait l'impression d'avoir crié à l'agonie, la veille, durant des heures. Caroline s'immobilisa brusquement. Que faisait-elle à l'infirmerie ? Elle n'avait jamais dormi sur l'un de ces lits inconfortables ce n'était sûrement pas par coquetterie qu'elle s'était glissée dans ces draps d'une propreté douteuse.
─ Bonjour Miss Dorm. Je suis ravi de voir que vous vous portez mieux. Miss Sandoro n'a pas tardé à vous apporter des vivres…
Ses yeux étincelaient. Caroline se redressa dans son lit, lâchant une grimace en découvrant une autre pile de sucreries au pied de son lit. Bianca avait abusé, littéralement. Albus plongea sa main dedans, et porta une sucrerie sa bouche.
─ J'aimerais savoir ce dont vous vous souvenez. N'importe quel détail qui vous reviendrait.
Elle n'eut pas besoin de réfléchir longtemps :
─ La dernière chose dont je me souvienne, c'est le match de Quidditch entre les Serpentard et les Poufsouffle… d'ailleurs, qui a gagné ? demanda-t-elle intéressée.
L'air sérieux du professeur Dumbledore lui fit comprendre que ce n'était pas le moment de parler de Quidditch. Caroline avait l'impression qu'une bouse de dragon lui était tombée dessus, pour qu'il la regarde aussi bizarrement.
─ Que se passe-t-il ?
─ Il semblerait que vous ayez oublié l'expérience traumatisant que vous avez vécue… Je vais vous laisser vous reposer, Miss Dorm. Vos amis ne vont pas tarder à vous assaillir de questions.
Elle l'observa disparaître par la brèche, qui se combla aussitôt. Les aller et retour de ses professeurs durant l'heure suivante l'épuisèrent énormément. Caroline n'avait plus le courage de leur répondre. Quel idiot penserait qu'elle se confierait au professeur Flitwick ? Elle le détestait, au même titre que le professeur McGonagall. De plus, cette dernière lui avait subtilement insinué qu'elle n'avait pas respecté le règlement de l'école, et qu'elle pourrait être renvoyée. Alors qu'elle ne se souvenait de rien. Le professeur Burbage lui avait quant à elle fait grâce d'un livre Moldu, de sa propre bibliothèque. Caroline la soupçonnait d'avoir voulu s'en débarrasser.
Au final, ils s'étaient tous présentés à elle, sauf Lupin et Rogue. Un comble quand on savait que c'étaient les seuls qui supportaient encore ses délires lunatiques. L'un parce que qu'il n'avait pas d'autres choix, et l'autre parce qu'il n'en avait pas encore fait les frais.
Puis vint le tour à Bianca de se précipiter sur son amie, et de l'enlacer tendrement. Caroline la repoussa gentiment, peu avare d'étreinte mélodramatique. Curieusement, Blanche-neige ne lui posa aucune question, contrairement à ses précédentes visites. Elle la remercia silencieusement.
─ Tu nous as fait peur. Quand le professeur Lupin est revenu nous chercher dans la salle commune, on a cru le pire.
─ Quand ai-je disparu ?
─ Pendant que nous étions à Pré-au-lard, pour fêter la victoire de notre équipe de Quidditch.
Caroline avait beau chercher au fin fond de ses souvenirs, ce moment lui était inconnu. Envolé. C'était énervant de voir sa propre vie s'échapper aussi facilement.
─ Heureusement que le professeur Lupin t'as retrouvé…
─ C'est lui qui m'a trouvé ? Où ça ? J'étais dans quel état ? Se risqua-t-elle.
─ Oui, c'est lui qui t'a ramené au Château. Tu étais couchée devant la Cabane Hurlante, trempée. J'ai bien cru que tu y passais, se moqua-t-elle insouciante.
Caroline sourit intérieurement. Elle était heureuse, sans comprendre à quoi était due cette émotion dévastatrice.
─ Tu ne le savais ? S'étonna Bianca en s'asseyant sur le lit.
─ Personne ne me dit rien.
Elle vit Bianca bouger ses lèvres timidement. Le regard glacial de la Serpentard à la chevelure dorée la transperça.
─ Il se murmure que tu as subi un sortilège d'Amnésie…
─ Comment ? Raya-t-elle furibonde.
─ Ce ne sont que nos spéculations. Personne n'est au courant de ta mésaventure dans le Château, mis à part quelques-uns d'entre nous, expliqua-t-elle gênée.
─ Et que pensez-vous, mis à part le sortilège d'Amnésie ? Rétorqua Caroline sifflante.
L'horloge sonna bruyamment. Bianca attendit que les coups cessent, et reprit hésitante :
─ Nous pensons que c'est Georges, ton agresseur… et qu'il t'a fait subir…
Bianca ne termina pas sa phrase, troublée, et enchaîna hâtivement :
─ Il t'aurait ensuite effacé la mémoire, pour que personne ne puisse réellement savoir ce qu'il t'a fait…
Caroline n'était pas étonnée de découvrir que ses camarades avait mêlé Georges à cette histoire. Au moins ils avaient eu l'intelligence d'exclure Sirius Black de leur raisonnement. Bianca avait beaucoup d'imagination, pour ficeler un tel scénario. Elle ne put s'empêcher d'éclater de rire :
─ Qui est-ce qui raconte une imbécilité pareille ?
─ Percy, moi et Elly, minauda-t-elle timidement.
─ Vous vous trompez. Goerges n'est pas aussi diabolique que vous l'affirmez.
─ Ne trouves-tu pas étrange qu'il te guette sans arrêt ? Et que tu disparaisses sur son terrain de jeu favori ? Réfuta Bianca d'un bloc. En plus, on t'a effacé la mémoire, comme c'est pratique…
Carline tordit sa bouche, embêtée. Il était peut-être temps d'avoir une conversation sérieuse avec Bianca. Elle était capable de raconter d'importe quoi sur lui, et elle n'avait pas envie que l'ivrogne soit diabolisé ainsi. Bianca était ouverte, et pourrait changer d'avis sur Georges, si elle réussissait à la convaincre de son innocence. La Serpentard confia alors quelque chose qu'elle avait gardé secret de nombreuses années :
─ Je suis convaincue que Georges est relié à ce qui m'est arrivé, mais pas de la même façon que vous l'entendez, déclara-t-elle calmement.
─ Que veux-tu dire ?
─ Au fond, personne ne sait pourquoi il s'est réfugié dans l'alcool. Ni toi, ni les autres.
─ Sûrement parce que c'est un vieux fou !
─ Détrompes-toi.
Bianca l'interrogea d'un regard différent, presque révoltée :
─ Tu sais ce qui lui est arrivé et tu ne me l'as jamais dit ?
─ Ce n'est pas quelque chose que l'on crie sur les toits, rétorqua Caroline méchamment.
Elle prit une friandise entre ses doigts, et l'engouffra dans sa bouche, mâchant lentement pour savourer l'arôme de caramel. Caroline était persuadée que les Dragées surprises de chez Bertie Crochue soulageaient sa boîte crânienne, de ses mots de têtes persistants.
─ Il faut remonter à l'époque où tu-sais-qui gagnait en puissance. Monsieur Crowney avait une femme en ce temps-là. Ainsi qu'une fille du même âge que moi.
Bianca écoutait attentivement, créant des scénarios dans son esprit comme elle en avait l'habitude. Elle aurait fait une parfaite scénariste, chez les Moldus.
─ Sa femme s'est faite tuée par les Mangemorts, un matin d'autonome. Il n'a pas pu la protéger. Ils sont venus la surprendre quand elle était seule, chez eux. Georges avait exceptionnellement emmené Claire, sa fille, au Ministère avec lui. Heureusement.
Caroline murmurait presque, trahissant le secret du drame d'une famille, jadis épanouie et unie.
─ C'était un homme qui aimait par-dessus tout son enfant. Le joyau de sa vie, continua-t-elle d'un ton neutre.
─ Et qu'est-il arrivé à Claire ? Demanda son amie compatissante.
─ La petite fille de cinq ans est morte, tout comme sa mère, un an plus tard. Tout cela n'a pas été relayé dans les journaux, mon père a fait en sorte d'étouffer l'affaire.
─ Pourquoi ?
─ Parce que le soir où Claire a été tuée, j'étais là, moi-aussi.
Les yeux de Bianca se transformèrent en soucoupe volante.
─ Seulement, moi j'ai survécu. Le Mangemort ne m'a pas tuée. Je n'ai pas vu son visage ce jour-là. J'étais cachée sous ma couverture. Quand j'ai osé sortir de ma cachette, j'ai vu le corps de mon amie d'enfance étalée à terre, sans vie. Mon père est arrivé à ce moment-là, et m'a fait sortir de la maison.
Caroline marqua un temps d'arrêt, pour laisser à Bianca la possibilité d'assimiler l'information, et continua simplement :
─ Mon père voulait me protéger, en n'ébruitant pas l'affaire. Georges garde beaucoup de rancœur aujourd'hui contre lui. Cependant, il a accepté de ne pas en parler pour mon bien.
─ Mais…
─ En réalité, c'était un peu plus compliqué, mais je n'ai pas envie de te raconter le reste, avoua la Serpentard, coupant court à l'histoire de l'ivrogne de Pré-au-Lard.
Bianca acquiesça d'un air entendu, les yeux brillants.
─ C'est pour ça que tu es toujours gentille avec lui…
─ Il n'a aucune raison de s'en prendre à moi. Des années qu'il me surveille, tu crois vraiment qu'il essaierait de me faire du mal ?
Bianca hocha la tête frénétiquement, tentant de ravaler son émotion. Caroline avait raconté cette histoire dénuée d'expression et des sentiments, mais elle imaginait la descente aux enfers de Georges avec peine. Et dire qu'elle le traitait de la même façon que tous les autres. Bianca savait qu'il lui faudrait du temps pour changer sa mentalité. Cependant, Caroline avait convaincu son côté émotionnelle de bannir Monsieur Crowney des suspects potentiels.
─ Ne le dis à personne surtout, Georges ne veut pas de votre pitié. Il préfère oublier, même s'il est loin d'y parvenir…
─ D'accord.
Elles se complurent dans un silence apaisant, l'une réfléchissant à toute vitesse sur la possibilité d'un autre suspect et l'autre laissait ses pensées divaguer sur l'image d'un homme. Caroline espérait que le professeur Lupin lui rendrait visite. Elle se surprit même à se réjouir de voir débarquer sa mine effroyable. Sa plaidoirie était prête. Le Club de Duel ne devait pas lui échapper. Surtout pas au profit de Weasley.
En fin de soirée, une nouvelle personne se faufila dans l'infirmerie discrètement. Caroline alluma la bougie de sa table de nuit, curieuse de cette intrusion nocturne. Elle ne put que sourire en reconnaissant les habitus usés de sa visite. Remus lui sourit chaleureusement, dégageant de sa robe décrépie un petit emballage coloré.
─ Bonsoir professeur, susurra-t-elle la voix cassée.
Le son de sa voix était toujours aussi rouillé que ce matin. Avait-elle réellement crié la veille ? La jeune femme doutait de plus en plus. Pourquoi aurait-elle hurlé ? Sa confusion lui brouilla l'esprit un instant.
─ Tenez, j'ai pensé que vous en auriez besoin.
Caroline prit la plaque de chocolat Moldue avec curiosité. Elle évita de le toucher, cette fois-ci. C'était son chocolat préférée. Une subtile touche de cannelle parfumait le cacao elle en avait mangé des centaines au court de sa courte vie.
─ Comment avez-vous su ?
─ Vous n'êtes pas si discrète que vous le croyez, quand vous vous servez dans mes réserves de chocolat.
Elle fit mine de ne rien avoir entendu, et ouvrit le papier d'aluminium ravie. Caroline croqua dedans goulument, après lui avoir proposé « un petit carré ». La présence de Remus la distrayait, et elle espérait qu'il pourrait lui apporter des réponses. Les heures précédentes lui avaient permises de se tranquilliser, et d'aborder le sujet du Club de Duel sous un nouvel angle.
─ Pourquoi m'avez-vous exclue du Club de Duel ? Demanda-telle, après une longue minute de silence, la bouche remplie de chocolat.
Son professeur sembla embêté. Il prit place sur le lit d'en face, plaquant ses mains sur ses cuisses. Caroline avait reposé sa plaque sur la table de nuit, et le fixait impassiblement.
─ J'ai pensé qu'un peu de repos ne vous ferait pas de mal.
─ Pourquoi ?
Remus lui lança un regard entendu, et donna un petit coup de tête en direction de la plaie béante sur son avant-bras.
─ Alors vous pensez que j'ai subi une épreuve si terrible, que je n'ai plus le droit de profiter du travail intensif que j'ai produit pour ce Club ? Cracha-t-elle déçue. En plus, vous n'avez rien fait, et vous octroyez mon mérite à un autre, ajouta-t-elle rancunière.
A cet instant, Remus avait compris pourquoi les autres professeurs vouaient une aversion tenace pour la jeune femme. Il sourit intérieurement.
─ Allons, Caroline, ne soyez pas aussi contrariée. Vous aurez du temps libre à consacrer à vos amis le vendredi soir.
─ Et en plus, vous ne changez pas d'avis ? S'insurgea-t-elle en sortant ses jambes de ses draps, pour s'assoir face à lui.
─ Pourquoi tenez-vous tant à assurer ces séances ?
Caroline ferma la bouche, réfléchissant à toute allure à sa question. C'était simple : elle aimait les enfants. Pas du tout. Elle aimait transmettre ses connaissances aux autres. Non plus. La Serpentard finit par admettre grincheuse, sur le bout des lèvres :
─ C'est Percy, le problème. Il va encore venir se pavaner devant moi, pour me rappeler mes échecs comparés à tous ses succès. Et ce Club s'ajouterait à la liste de six pieds de longs qu'il garde secrètement sous son lit, bougonna-t-elle.
Remus se pencha vers elle, lui tendant une lettre cachetée à la hâte. Le sceau du Ministère. Il la fixa intensément dans les yeux, un petit air désolé dominant son visage séduisant :
─ Est-ce vraiment Percy, le problème ?
C'était une lettre de Jack. Les prunelles de Caroline s'illuminèrent. Mais elle ferma ses paupières aussitôt, rappelée à la réalité. Quelles étaient les chances que cette lettre contienne la moindre gentillesse de son père ? Tout ce qu'elle accomplissait ne suffisait pas ; il voulait toujours plus. Alors s'il avait appris qu'elle s'était laissée avoir par un Détraqueur ou un quelconque sorcier mal intentionné... La faiblesse avait mené sa famille à se disloquer. Jack ne voulait pas que Caroline reproduise ses erreurs.
─ Le professeur Dumbledore l'a reçu il y a deux heures, de la part du hibou personnel de votre père.
Jamais il n'envoyait Driff à Poudlard. La confiance qu'il lui accordait dépassait celle de sa propre fille.
─ Vous lui avez dit ce qui s'est passé ? Murmura-t-elle désenchantée.
Elle n'eut pas besoin de le regarder pour savoir que oui. Ils avaient prévenu son père de sa petite escapade « secrète ». Elle n'osait pas ouvrir la lettre. Remus l'observait bouger ses doigts nerveusement sur le papier.
─ Si vous tenez à reprendre votre poste au Club de Duel, j'en informerai Percy. Mais ce n'est pas la solution à ce qui vous peine, Caroline.
Il se leva nonchalamment, sous les yeux médusés de la jeune femme. Était-il en train de l'analyser ?
─ Attendez.
Il se stoppa, dos à elle.
─ Merci pour le chocolat.
Elle lui sourit, embarrassée de cet aveu. C'était un énorme pas dans sa direction, pour la fille insensible qu'elle était. Il la contempla par-dessus son épaule :
─ Vous n'avez pas à être quelqu'un d'autre, Caroline. Il vous aime comme vous êtes, déclara-t-il chaleureusement.
─ Vous ne le connaissez pas, soupira-t-elle peinée.
─ Mais moi je vous connais. Je peux le dire à présent. Vous êtes une personne attentionnée envers les autres, malgré vos sarcasmes. C'est votre manière de vous intéresser à ce qui vous entoure. Je soupçonne le professeur Rogue d'avoir détint sur vous d'ailleurs, rit-il faiblement.
Elle fut troublée par ce discours, prononcé avec une telle bienveillance. Le professeur Lupin avait lu en elle si facilement. Souhaitant les détourner cette conversation gênante, Caroline reprit anormalement vite :
─ VousnemavezpasditcequevouspensiezconcerantmamésaventureàPréauLard.
Remus éclata de rire, finissant de rendre Caroline nerveuse et légèrement écarlate. Elle bougeait ses bras dans des gestes désorganisés, et tremblaient ses jambes, secouant tout le lit au passage.
─ Vous m'avez compris, non ? Se vexa-t-elle farouchement.
─ J'ai bien peur que non.
Caroline fit un effort :
─ Que pensez-vous qui m'est arrivé à Pré-au-Lard ?
─ Je ne sais pas Caroline.
─ Avez-vous vu Goerges ?
─ Je ne l'ai pas vu personnellement. C'est le professeur Rogue qui est allé à sa rencontre.
Cette conversation tournait à l'interrogatoire. Caroline se ravisa. Remus Lupin n'avait, de toute évidence, aucun envie de parler de son « accident ». Une autre question lui vint à l'esprit :
─ Pourquoi ne vous entendez-vous pas avec le professeur Rogue ?
Elle espérait inconsciemment le faire rester un peu plus longtemps en sa compagnie. Malgré la gêne manifeste qu'elle éprouvait pour ses compliments soudains.
─ Reposez-vous Caroline. Nous nous verrons en cours après-demain. Bonne nuit, glissa-t-il de ce sourire qui la faisait fondre, comme un souffle de Dragon.
Résignée, elle enfouit son nez dans ses draps, et entreprit de s'endormir. La lettre était toujours posée sur sa table de nuit, près de la bougie fondue en partie. Elle n'y pensait plus. Remus avait apaisé son tourment.
OOO
Elle avait enfin pu quitter l'infirmerie à son réveil. Elle était contrariée d'avoir été enfermée ainsi, comme une bête de spectacle pour ses professeurs. Les Moldus étaient notamment les spécialistes de cette pratique répréhensible. La Serpentard avait osé se rendre, une seule fois, dans un « parc zoologique ». Et ce n'était pas la meilleure expérience qu'elle ait vécue dans le quotidien d'un Moldu. En effet, le professeur Burbage leur avait demandé, en quatrième année, de s'immiscer dans le quotidien d'un Moldu durant trois jours, afin de rédiger un parchemin sur leur mode de vie. C'était le genre de devoirs que Caroline adorait. Elle avait choisi de séjourner dans un hôtel miteux, et avait fait la connaissance d'un certain « Eddy ». Un homme avec de longs cheveux noirs, aussi gras que ceux de son professeur de potions. Il se promenait toujours en jetant des regards de tous les côtés, échangeant de petits sachets en plastique avec d'autres clients. Caroline s'était demandé de quoi il pouvait s'agir. « Du Felix Felicis ? Non, non, les Moldus », s'était-elle murmurer, en gagnant sa chambre, pensive.
C'était le 31 octobre, aujourd'hui. Elle avait enfilé son uniforme, pour rejoindre ses amis devant la Grande Salle. Caroline appréciait tous les petits détails de la décoration d'Halloween. Elle se réjouissait du banquet à venir. C'était sa fête préférée. Le soir où les morts se lèvent pour danser avec les vivants.
─ La revenante, s'exclama narquoisement Daryl en créant une petite place pour elle, à côté de Bianca.
Caroline colla un bisou sur la joue de Blanche-Neige, heureuse de constater que les fantômes virevoltaient comme chaque année dans la salle. Le Baron Sanglant la salua, et disparut dans le mur de sa prestance coutumière. Leur table débordait de gâteau à la citrouille, de confiseries, de desserts et d'autres douceurs. Elly était assise en face d'elle. Celle-ci lui offrit un beau sourire, avant de replonger son nez dans un bouquin de sortilèges. Caroline ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil discret à la table des professeurs. Hagrid riait fort, aux côtés de McGonagall. Le professeur Rogue restait fidèle à lui-même, fusillant les cornichons qui bavardaient joyeusement dans la salle. Mais Lupin n'était pas là.
─ Où est le professeur Lupin ? Demanda-t-elle faussement désintéressée.
Bianca haussa les épaules. Et Elly ne prit même pas la peine de relever la tête de son livre. La bouche de Caroline se tordit, et forma une grimace sarcastique. Avait-il croisé un vendeur de robe pour être absent au meilleur banquet de l'année ? La Serpentard se dépêcha de remplir son assiette de gratin de citrouille. Daryl engloutissait une quantité phénoménale de nourriture. Tous firent pareil, avant qu'il ne se resserve une deuxième fois.
─ Il paraît que Bastien et toi, vous vous rapprochez, glissa Bianca à son oreille.
─ Où as-tu entendu une chose aussi stupide ?
─ C'est ce que racontent les Serdaigle.
Caroline marmonnait des insultes incompréhensibles. Elle détestait la curiosité maladive de ses camarades. Le capitaine de l'équipe de Quidditch des Serdaigle avait beaucoup d'admiratrices. Et Caroline n'en faisait certainement pas partie. Plus partie, en tout cas.
─ Dommage que tu sois revenue Caro, on aurait peut-être eu la chance de passer une année tranquille, sans tes délires psychotiques, glissa Daryl moqueur.
Ses cheveux blonds avaient été coiffés pour l'occasion, avec du gel. Avait-il fini par utiliser le cadeau qu'elle lui avait offert il y a quatre ans ?
─ Tu n'aurais pas eu la chance de voir Lockhart fouiller le bureau de Rogue sans moi. Tu ne peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre, sourit-elle.
Bianca leva les yeux au ciel. Caroline appréciait déblatérer ses expressions Moldus à tout va. En outre, Daryl semblait de bonne humeur ce soir la Serpentard était étonnée. Elle en arrivait presque à oublier ce qu'il avait fait. Pourtant, le souvenir de la Griffondor apeurée était encore gravé dans son esprit. Elle aurait préféré que l'on lui jette un sortilège d'Amnésie, ce jour-là. Caroline ne se leurrait pas Daryl n'était plus le même.
La jeune femme détourna la tête, pour scruter la salle. Elle trouva rapidement l'objet de son attention. Harry était assis avec ses amis à la table des Griffondor, près de Percy. Son corps se crispa, repensant à la victoire de Weasley sur le Club de Duel. Il avait fini par mettre Lupin dans sa poche, et parfaire sa collection. « Quel abruti », se lamenta-t-elle.
La Directeur invita les derniers élèves à quitter la Grande Salle à la fin de la soirée. Caroline vit son Directeur de Maison esquisser un semblant de sourire. Elle se leva assurée et marcha droit vers eux. Elle les interpella, d'un ton sincèrement préoccupé :
─ Excusez-moi, professeurs, mais où est passé le professeur Lupin ?
Ils la scrutèrent tous étonnés. Caroline se sentit soudainement seule, malgré l'énorme vague d'élèves qui déambulait jusqu'à la sortie. Rogue la transperçait de son regard habituel ses prunelles noires croisèrent celles de Caroline. Elle frissonna de la méchanceté gratuite qui aurait jailli de sa bouche, s'ils s'étaient retrouvés seuls. Flitwick se grattait la tête, tandis qu'Hagrid hochait la sienne gêné. Dumbeldore était impénétrable. Son visage exprimait un amusement certain, sans vraiment être expressif. Un subtil mélange. Le professeur McGonagall prit la parole froidement, les bras croisés contre sa poitrine :
─ Il se repose, et je doute que cela vous regarde Miss Dorm.
Caroline n'apprécia pas son ton accusateur. McGonagall était insupportable. Elle se demandait comment elle allait faire pour la supporter encore une année complète. Si Minerva avait été un vampire comme elle l'avait cru en première et deuxième années, elle en aurait été débarrassée depuis longtemps. Caroline détestait les vampires. C'était d'ailleurs la forme qu'avait choisi d'adopter son épouvantard, il y a quatre ans.
Néanmoins, la Serpentard avait l'impression qu'il y avait quelque chose de grave dans l'état de Lupin. Severus Rogue s'avança, son allure plus menaçante que jamais.
─ Je voulais juste lui parler, rajouta Caroline poliment.
Elle se recroquevilla sur elle-même. C'était impressionnant comment tous ses professeurs la fixaient d'un air suspicieux. Son Directeur de Maison demanda sournoisement :
─ A quel sujet ?
Tous ces visages méfiants la déroutaient. Elle souhaitait juste connaître la raison de son absence. Pas l'achever avec une hache. Encore que cette option réjouirait sûrement son professeur de Potions.
─ Je suis persuadée que Severus saura vous répondre, Miss Dorm.
Minerva souhaitait abréger cette conversation rapidement, comme à chaque fois qu'elle s'adressait à Caroline. La jeune femme s'énerva doucement :
─ Ce n'est pas à vous que je parlais.
─ Votre accident vous a certes peut-être ébranlée, mais ce n'est pas une façon de parler à l'un de vos professeurs.
Caroline s'apprêtait à rétorquer un juron agressif à la vieille chouette, mais le professeur Dumbeldore s'interposa enfin entre elles :
─ Remus passera vous voir quand il sera remis, Miss Dorm. Je l'en informerai moi-même, déclara-t-il simplement.
─ Merci Professeur.
Sa politesse envers le Directeur fit sourire sinistrement tous les autres professeurs présents. Mise à part le professeur Burbage qui appréciait mystérieusement la jeune fille. Caroline sourit en retour, et salua l'assemblée qui se dispersait lentement. Personne ne lui rendit son geste.
Caroline détala en vitesse, craignant de recevoir la foudre qui émanait des orbites de McGonagall. « Je devrais inventer un sort pour calmer les hormones des personnes âgées », ricana-elle intérieurement, le sourire aux lèvres.
