Chapitre 6 (1ère partie)

Une petite fille souriait. Sa jeunesse la rendait innocente. Innocente de tous les sorciers qui s'affairaient précipitamment auprès de son corps. Mais elle souriait. Allongée sur le dos, le regard rivé au ciel, elle était ignorante de ce qui lui était arrivé. Caroline observait cette scène, à part, les jambes recroquevillées contre son buste. Un homme était penché sur la petite fille, et caressait sa douce chevelure blonde en sanglotant. C'était son père. Jack glissa ses doigts tremblotants le long de son visage de porcelaine, et ferma ses paupières d'un revers de main. Caroline voulait le rassurer, mais elle ne pouvait pas. Sa sœur Elsa gisait à terre, tuée par un Mangemort. Beaucoup de passants murmuraient, partageant leur peine avec l'Auror : « Une enfant, ce n'était qu'une enfant... ».

OOO

Caroline déambulait tranquillement dans le Parc de Poudlard, en cet après-midi ensoleillé. De nombreux élèves avaient profité de l'accalmie pour se prélasser dans l'herbe. Elle se serait crue à un festival Moldu, le temps d'une brise de vent hardie. Et qui mieux qu'une sorcière comme Caroline pour parler de musique Moldue ?

Ses pensées divaguèrent rapidement sur l'absence du professeur Lupin, depuis deux jours maintenant. Il était souffrant, et confiné dans ses quartiers. La voix de son professeur lui manquait. Elle avait quelque chose de rassurant, de familier. Ses yeux brillant d'une lueur lointaine et rêveuse lui manquaient également. Quand elle s'y plongeait, Caroline voyageait à travers des paysages chaleureux, lointains et inconnus.

─ C'est quoi cette sangsue ? S'offusqua Bianca à côté d'elle.

Daryl était assis dans l'herbe, un peu plus loin, en compagnie de sa nouvelle conquête. Leurs langues se mêlaient dans un océan de bave et de rires agaçants. Caroline arqua un sourcil, amusée de voir Bianca aussi furieuse.

─ Ça te dérange peut-être ?

─ Non, enfin, il pourrait faire attention à qui il choisit !

─ Elle n'est pas différente des autres.

Blanche-neige était jalouse. Caroline l'avait deviné, et par Merlin, elle avait longtemps espéré que Bianca tombe amoureuse de quelqu'un d'autre. Qu'elle laisse tomber. Pourtant, elle s'accrochait à son rocher comme une huitre. La Serpentard avait peur qu'elle finisse par être déçue ou blessée, mais elle ne trouvait pas les mots justes pour lui en parler.

Caroline décida de ne pas rajouter d'huile sur le feu, et continua à rêvasser dans son coin. Personne ne l'avait complimenté à la manière de son professeur. Sa bienveillance et son humour la forçait à sortir de sa carapace. C'était effrayant pour Caroline, car elle n'avait jamais eu l'habitude de se sentir aussi « nue » face à quelqu'un.

─ C'est fou ce que les cheveux gominés ont l'air gras avec tout ce soleil, souffla son amie captivée.

Caroline se retourna lentement. Drago Malfoy était lui-aussi assis dans l'herbe, accompagné de sa clique habituelle. Son bras en écharpe trônait fièrement sur sa poitrine. Elle avait entendu que l'hippogriffe du garde-chasse l'avait blessé, et elle s'en était réjouie.

─ Si seulement il avait pu lui arracher la tête, maugréa-t-elle tout bas.

Sa haine envers la famille Malfoy ne faisait que croître en pareil instant. Elle pensa à la lettre de son père, et à l'aversion commune qu'ils éprouvaient pour cette famille de Sang-Pur.

« Ma chère fille,

le professeur Dumbledore m'a fait part de sa préoccupation, concernant l'incident qui t'est arrivé. Il faut que tu fasses attention. Les gens changent. Je le vois, et je m'en inquiète. Lucius Malfoy se montre de plus en plus virulent à mon égard, et cherche à me discréditer pour la moindre fioriture. Nous sommes préoccupés. Les temps ne sont plus aussi sûrs qu'avant. Surtout, n'oublie pas que tu ne peux te fier à personne. Quelqu'un cherche à m'atteindre, et il pourrait bien se servir de toi pour y arriver.

PS : Je compte sur ta présence le 21 décembre, à la réception du Ministère. C'est un événement très important. L'un de mes Aurors viendra te chercher à Poudlard, pour t'y conduire. »

Caroline avait eu du mal à saisir le sens de sa lettre. Était-il inquiet pour elle ou pour lui ? De toute manière, elle n'y accorda que peu d'importance. Elles finirent de traverser le Parc, et rentrèrent dans le Château par l'entrée voisine aux Serres.

─ Mon père veut absolument que j'aille à la réception du Ministère.

─ Ne fais pas cette tête, c'est une super occasion pour rencontrer tes grands héros !

─ Bianca, il n'y a que toi qui vénère de « grands héros ».

─ As-tu le culot de me dire que Ludo Verpey n'est pas le meilleur joueur de Quidditch que le monde ait connu ?

Elle soupira d'agacement. Bianca vouait un véritable culte à cet homme. Elle avait eu droit à du « Ludo » des heures entières, voire des jours entiers. Oui, parce que Blanche-Neige le tutoyait et rêvait secrètement de se marier avec lui.

Caroline détestait le Quidditch, mais paradoxalement, elle connaissait le parcours complet de Verpey, ainsi que son avenir dans le département des jeux et sports magiques.

─ Et Maugrey Fol Œil, tu n'aurais pas envie de le rencontrer ?

─ Non.

─ Il a rempli la moitié des cellules d'Azkaban !

─ Et alors ? Il ne sera même pas là-bas, il est à la retraite.

Alastor était le modèle de Bianca, et elle savait que son amie à la chevelure dorée avait beaucoup de respect pour le personnage. Cet homme était une légende. Bianca prit le temps de réfléchir une seconde, avant de glisser innocemment :

─ C'est vrai, j'avais oublié que tu n'avais d'yeux que pour le professeur Lupin.

La meilleure défense contre ses insinuations était l'ignorance, comme avec Percy. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Bianca et Percy partageaient un point commun. Ils pouvaient se révéler aussi agaçant, l'un que l'autre. Caroline stressa légèrement à l'idée que Bianca ait pu déceler chez elle l'étrange fascination qu'elle éprouvait pour lui. Remus Lupin la tourmentait, aujourd'hui, plus qu'hier et moins que demain.

Elles se séparèrent à l'entrée de la bibliothèque, dans un silence impénétrable. Bianca devait faire une recherche pour se devoir d'Arithmancie, et Caroline devait terminer son devoir de Soins aux Créatures magiques sur les Dragons. Qu'elle idée d'avoir gardé cette matière pour ses ASPIC. La Serpentard regrettait son choix à chaque fois qu'elle tombait sur Hagrid, et qu'il lui montrait sa nouvelle fournée de Veracrasses avec fierté. « Un ami de Tom », se disait Caroline devant son enthousiasme douteux.

Le soleil s'était couché à présent. Caroline n'avait pas faim. Les Dragons lui avaient coupé l'appétit. Elle profita des couloirs déserts, pour récupérer l'un des objets Moldus qu'elle avait caché près de la Tour des Griffondor. C'était une petite boussole. Sa grand-maman qui la lui avait donnée, il y a cinq ans.

Caroline reconnut la statue facilement, une fois au septième étage. Il devait y avoir une petite boîte en bois aux pieds de celle-ci, camouflée par un sortilège de Désillusion. La Serpentard vérifia ses arrières, et s'agenouilla rapidement. La petite boîte n'apparut pas, suite à son petit coup de baguette. Elle fronça les sourcils. La boussole ne pouvait pas avoir disparue. Caroline se mit à quatre pas pour fouiller derrière la statue, le fessier en l'air. Elle tendait la main, et tâtait le sol avec précaution.

─ Où es-tu bon sang…

Aussitôt, elle entendit un raclement de gorge derrière elle. La jeune femme s'immobilisa, grimaçant de désespoir.

─ Que faîtes-vous Caroline ?

La douce voix de son professeur de DCFM caressa ses oreilles enflées. Elle se redressa immédiatement, tapant sa tête contre l'un des bras de la statue.

─ Arg !

Remus riait de bon cœur dans son dos. Caroline évita de se cogner une seconde fois, en se relevant la main sur le crâne. Le plus embarrassant était certainement le fait qu'il avait dû avoir une vue de choix sur ses fesses. Caroline se liquéfia à cette pensée. Ses pommettes s'enflammèrent sans explication. Heureusement que sa peau pâle ne laissait filtrer aucune rougeur.

─ Vous cherchiez quelque chose ?

Caroline croisa son regard, étincelant d'amusement. Elle tressaillit.

─ Oui, c'est une longue histoire, sourit-elle forcée.

─ Avez-vous besoin d'aide ? Proposa-t-il gentiment.

─ Non. Caroline le contempla un instant. Et vous, que vous arrive-t-il ?

Elle le sondait suspicieusement. Son teint maladif était nettement plus prononcé qu'à l'accoutumée. Ses cheveux bruns s'étaient légèrement ternis, et étaient tirés en arrière. Il avait dégagé son front blême, où elle jurerait observer une nouvelle cicatrice. Encore rouge et récente. Caroline l'avait observé de longues minutes, au cours de ces deux derniers mois. Elle s'était résolue à croire qu'il avait dû faire face à de nombreuses reprises aux Forces du Mal, pour arborer un visage aussi torturé, et pourtant si jeune.

─ J'avais besoin d'un peu de repos. Le professeur Dumbledore m'a dit que vous me cherchiez, à Halloween.

─ Oui, je voulais savoir où vous étiez. Les professeurs ne manquent normalement pas les banquets. Je me suis dit qu'il vous était peut-être arrivé quelque chose.

Caroline sourit maladroitement.

─ Oui, le professeur McGonagall m'a fait part de votre insistance, et m'a demandé si quelque chose vous tracassait.

Les narines de la jeune femme s'ouvrirent subitement. De quoi se mêlait-elle ? Caroline la détesta encore plus, à fourrer le nez de ses affaires privées. Remus ne souriait plus. Il la regardait très sérieusement, dans le blanc des yeux. Elle déclara posément, sans sa vanité habituelle :

─ Rien ne me tracasse, et dîtes à cette vieille carcasse de se mêler de ses affaires.

─ C'est de ma collègue dont vous parlez. Faîtes attention aux mots que vous employez.

─ Je crois que Miss Dorm le sait très bien, professeur Lupin.

La jeune femme ferma ses paupières de dépit. Quelles étaient les chances pour que son fabuleux professeur de métamorphose se retrouve dans le même couloir qu'eux, à cet instant précis ? Quand elle les rouvrit, les talons de Minerva avaient cessé de marteler le sol.

─ Vous serez en retenue ce soir.

Caroline vit les lèvres de Remus bouger, mais la voix implacable de Minerva le coupa froidement :

─ Je m'en occupe. Suivez-moi, Miss Dorm.

Remus s'écarta simplement pour les laisser passer. Caroline n'osa pas le regarder. Elle se sentait rabaissée, à se faire réprimander comme une gamine devant lui. Cette sensation honteuse la blessa, plus qu'elle ne l'aurait pensé.

Elle suivit Minerva à travers les escaliers fous. La Serpentard devina rapidement où la vieille chouette la menait. Les cachots les accueillirent avec un filet d'air frais, rafraîchissant le visage bouillonnant de Caroline. Le bureau du professeur Rogue se rapprochait dangereusement. La main squelettique de McGonagall s'agita promptement.

─ Minerva, puis-je savoir ce qu'il se passe ?

Les yeux de son Directeur de Maison se posèrent sur elle instantanément, une fois la porte ouverte.

─ Miss Dorm a manqué de respect à l'un de ses professeurs. Je lui ai donné une retenue, mais je n'ai pas le temps de m'en charger, Severus. Pouvez-vous vous en occuper ?

─ Demandez à Lupin, Miss Dorm me donne des migraines.

Caroline crut que son rire allait briser la barrière de ses lèvres. Minerva était décontenancée par la mauvaise humeur de son collègue.

─ Le professeur Lupin n'est pas disposé à lui donner cette retenue.

Ils eurent un air entendu, et McGonagall se retira sans un regard pour elle. Caroline attendit le verdict. Le professeur Rogue recula, et l'invita à entrer dans son bureau en silence. Une fois à l'intérieur, il s'assit à son pupitre. Trois minutes plus tard, Rogue quitta sa lecture et posa enfin ses onyx glaçants sur Caroline.

─ Hors de ma vue.

─ Et ma retenue ?

─ Je n'ai pas de temps à perdre avec vous, alors sortez de mon bureau.

La Serpentard était aussi déroutée que McGonagall, mais ne se pria pas pour détaler de son bureau. C'était la première fois qu'il la laissait partir, sans même lui donner un chaudron à récurer. Elle remercia le Troisième Œil, et marcha rapidement pour rejoindre son dortoir. Une bonne nuit de sommeil n'allait pas lui faire mal.

OOO

Caroline déposa ses affaires de potions et d'étude des Moldus sur son lit. Elle avait révisé à la bibliothèque tout l'après-midi. Bianca l'attendait dans la Grande Salle depuis près d'une heure. Son amie était d'ailleurs attablée, sirotant un jus de citrouille, quand elle y pénétra à petites foulées. Caroline s'assit à sa droite, et se servit une cuisse de poulet. Les élèves quittaient peu à peu l'endroit. Les plats n'allaient pas tarder à disparaitre.

─ Ton père est en couverture de la Gazette des Sorciers.

─ Quoi ?

Son amie lui tendit le journal, et Caroline ne put réprimer un juron en découvrant l'article de Rita Skeeter.

─ Elle ne lâche jamais le morceau, commenta Bianca embêtée.

─ « Jack Dorm, notre bellâtre expert en manigance, ne semble pas pressé de retrouver le sinistre Sirius Black. En effet, d'après nos sources, les deux auraient été amis lors de l'ascension du Seigneur des Ténèbres et Black pourrait bénéficier aujourd'hui de sa protection. Affaire à suivre. » Qui pourraient croire ces sornettes ?

─ Le Ministère a déjà démenti la nouvelle, mais Rita Skeeter n'en restera pas là.

Caroline lâcha le journal l'air maussade, et entama sa cuisse de poulet sans conviction. Une fois le ventre plein, elle formula en s'essuyant la bouche :

─ Tu as vu Elly ces derniers temps ?

─ Non, elle est bien occupée avec toutes les matières qu'elle a prises en ASPIC. Elle est à la bibliothèque tout le temps.

─ Et toi, ton histoire de Sinistrose ?

─ Je doute de plus en plus d'avoir vu ce chien. C'est vrai, ça m'obsédait. Il se pourrait que j'aie perdu la tête.

Caroline rigola. Bianca n'avait jamais dit quelque chose d'aussi sensé. Elle pensa subitement à leur professeur de Divination, et à ses délires ésotériques.

─ Tu sais, quand le professeur Trewlayney m'avait félicité pour mes rêves prémonitoires, tu te souviens ?

─ L'un des plus grands échecs de sa carrières, oui.

Les deux amies s'accordaient sur le fait que Caroline avait seulement beaucoup d'imagination quand elle dormait, et qu'en aucun cas ses rêves lui montraient l'avenir. A moins que la Chambre des Secrets ait mystérieusement changé de place cette nuit-là…

─ Elle m'a appris un petit tour pour lire dans les lignes de la main.

─ Vraiment ?

─ Oui, je ne l'ai jamais essayé, parce qu'elle m'a dit qu'il fallait une connexion spirituelle avec la personne pour qu'il fonctionne.

Cette explication définissait la probable réussite de l'expérience. Il était évident que c'était une excuse à servir aux gens, quand ils découvraient l'arnaque.

─ Et qu'est-ce que tu es censé lire dans ces lignes ?

─ Aucune idée, soit un mot ou une espèce de dessin. Ça n'a pas marché sur moi. C'est fou cette histoire.

Sybille était folle, mais c'était ce qui contribuait à son charme. Bianca l'adorait, et malgré ses nombreux échecs, elle continuait à croire que c'était un professeur de Divination incroyablement doué.

─ Le professeur Lupin arrive.

─ Tu l'as lu dans les lignes de ma main ? Ricana Caroline.

─ Non, il est derrière toi.

Caroline se retourna instantanément. Remus était bien là, les mains dans les poches. Son cœur s'emballa inexplicablement. Elle avait bien une idée de la raison, mais essayait de la refouler le plus possible.

─ Professeur ? Dit-elle sans laisser transparaitre sa joie.

─ Bonsoir, Caroline. Je me suis dit que vous voudriez m'accompagner pour quelques pas. Nous n'avons pas pu discuter de ce qui vous tracassait hier.

Bianca eut un regard très étrange, alors que Caroline la saluait et s'éloignait avec Remus précipitamment. Elle n'avait pas vu son amie aussi… réjouie depuis des mois, voire des années.

La Serpentard suivit son professeur un moment, la tête ailleurs.

─ Comment s'est passé votre retenue hier ?

Elle ne répondit pas, légèrement énervée par l'attitude de Minerva. Cette vieille chouette allait lui rendre la vie infernale, jusqu'à la fin. Elle omit sa question, et poursuivit la conversation :

─ J'ai lu la lettre de mon père. Et il est inquiet par les temps qui courent.

─ Vous voyez, il s'inquiète pour vous.

─ Non, il s'inquiète pour lui. « Quelqu'un cherche à m'atteindre, et il pourrait bien se servir de toi pour y arriver », récita-t-elle pompeusement. De la paranoïa oui.

Remus ne sut quoi répondre. Caroline était décidée par tous les moyens à démolir son père, et aucune de ses remarques ne la ferrait changer d'avis. Elle remarqua son embarras, et reprit calmement :

─ Quel était votre banquet préféré quand vous étiez à Poudlard ?

─ Je n'y ai jamais vraiment réfléchi, Caroline.

─ C'était Halloween, assurément. Non ?

─ Je n'ai pas assisté à beaucoup de banquet d'Halloween.

Caroline s'approcha de lui, assez proche pour sentir l'odeur de son vieux costume décrépi. Ce n'était pas l'odeur fantastique à laquelle on s'attendrait. Il sentait assez mauvais en vérité. Mais ce n'était pas grave, le vêtement s'enlevait facilement…

─ Pourquoi ?

Cette question avait en réalité un double sens. L'un pour lui, et l'autre pour elle. Pourquoi ressentait-elle cette sensation voluptueuse en sa compagnie ? C'était troublant, même pour Caroline. Son cœur glacé fondait à grande vitesse près de lui.

─ Mes amis et moi avions d'autres projets durant ces soirées.

─ Ont-ils un rapport avec vos cicatrices ?

Cette phrase lui avait échappée. Oups.

─ C'est une question assez indiscrète, Caroline.

─ D'accord... Que sont devenus vos amis ? Ils doivent être fier que vous soyez devenu professeur, sourit-elle sincèrement.

─ Ils sont tous morts.

Le visage de la jeune femme se décomposa. Elle avait pourri l'ambiance en seulement deux phrases. Le Troisième Œil avait-il décidé de lui mener la vie impossible, comme McGonagall ? Caroline gratta son menton frénétiquement.

─ Je suis désolée.

Un silence gênant s'installa entre eux. Caroline frôlait nerveusement le sol de ses chaussures trempées. La pluie inondait à nouveau Poudlard. Ils s'arrêtèrent près des serres, à l'abri, écoutant le bruit apaisant des gouttelettes. Le professeur Chourave était entrée dans la serre derrière eux ; une faible lumière errait derrière les carreaux.

─ Sont-ils morts durant les années de Terreur ? Osa-t-elle demander.

─ Oui. C'était des personnes formidables, qui se sont battues pour ce à quoi elles croyaient.

Caroline se pinça le bras mollement. Elle n'avait jamais eu de conversation semblable avec quelqu'un, et ne savait que dire. La Serpentard se jeta à l'eau et parla, empreint de peine :

─ Moi aussi j'ai perdu des proches durant cette sombre époque.

Son professeur déposa ses prunelles chocolat sur elle. Il détaillait son expression bouleversée avec douceur. Caroline ne se confiait jamais à personne. Elle n'en ressentait jamais le besoin. Toutefois, elle avait envie de partager un moment avec lui aujourd'hui.

─ Ma sœur notamment.

Remus se souvenait vaguement du meurtre d'Elsa Dorm. Une enfant morte en héroïne. Les journaux avaient relayé son acte de pur amour dans le monde entier. La bravoure d'une enfant de six ans, pour protéger sa petite sœur.

─ Nous étions dans une rue passante. Mon père, ma mère, Elsa et moi. Je n'avais que trois ans et demi. Je n'étais pas consciente du danger. Quelque chose m'avait poussée à sortir de la boutique que nous visitions.

Un passant avait vu la petite fille accourir vers un hibou majestueux, aux plumes noirs. Caroline l'avait déjà vu un peu plus tôt au bord de sa fenêtre et désirait le caresser. Il s'envola sans qu'elle n'ait pu le toucher, quand la foule s'était écartée dans une panique peu commune. La petite fille était alors face à face avec un homme habillé de noir, portant un masque. Caroline lui sourit, amusée de ce remue-ménage.

─ Elle s'est interposée entre moi et le Mangemort. Il n'a pas hésité à la tuer. Je me rappellerai à vie de l'éclair vert frappant son torse.

Caroline racontait cette histoire avec beaucoup de recul, et malgré sa voix tremblotante, elle ne laissait rien paraître de niais sur sa figure pâle. Néanmoins, elle avait mal à un endroit qu'aucun remède ne pouvait atteindre. Jack avait tourné le dos seulement quelques secondes. Peut-être une de trop. Elsa avait basculé à terre, protégeant sa petite sœur sous son corps sans vie. Une dernière étreinte, avant de partir.

─ Votre sœur vous aimait beaucoup, pour avoir jugé votre vie plus précieuse que la sienne, murmura Remus de sa douceur envoûtante.

Caroline tapotait le corps de sa sœur, la suppliant de se relever. Le père se précipita vers elles, et souleva sa fille ainée pour la poser au milieu de la ruelle. Il ne pouvait croire ce qu'il voyait. Les passants restaient silencieux, accablés eux-aussi. Caroline ne bougeait pas. Ses jambes étaient recroquevillées contre son ventre.

La jeune femme observait le paysage obscur, continuant à distiller ce qu'elle gardait au fond d'elle secrètement.

─ Cette histoire est étroitement liée avec celle de Monsieur Crowney. A la suite du meurtre de ma sœur, mon père m'a confiée à lui. C'était trop dangereux.

Remus ne put exprimer son étonnement d'entendre que cet homme intervenait aussi précocement dans ce récit. Il l'avait peut-être jugé trop vite, comme tous les habitants de Pré-au-Lard. Elle s'arrêta un instant, et reprit :

─ Mais une personne de confiance l'a trahi, et ils nous ont retrouvés, moi et la fille de Georges. Elle avait le même âge que moi.

Lupin ne cessait de plonger ses prunelles dans les siennes. Caroline frissonnait de l'intensité de son regard. Elle pouvait y lire sa peine, accumulée au fil des années.

─ Que s'est-il passé ?

─ Le sort de mort l'a touchée de plein fouet aussi. Et ensuite, le Mangemort est resté immobile durant de longues secondes. J'étais cachée sous ma couverture. Il avait disparu quand j'ai sorti ma tête pour vérifier.

Remus détourna ses yeux et scruta la lune, songeur. Elle n'était pas pleine, mais le serait dans une quinze de jours.

─ C'est étrange, non ? Et qui était cette personne qui avait renseigné les Mangemorts ? Mon père le sait, j'en suis persuadée. Il n'a jamais voulu me le dire.

─ Pourquoi êtes-vous si dure avec lui ?

─ C'est lui qui l'est. C'est de ma faute si sa fille préférée est morte.

─ Caroline.

Le ton froid de Lupin la surprit. Il l'entraîna brusquement à l'arrière des serres sans un bruit. Caroline ne stressait rien qu'à l'expression préoccupée de son professeur. Une ombre noire traversait le terrain herbeux à quelques mètres seulement d'eux. Elle flottait, emportant la vie dans son sillage. Tout gelait, et Caroline crut que Poudlard se parait d'un voile gris.

─ Ils n'ont pas le droit de s'introduire dans l'enceinte du Château, paniqua-t-elle.

Elle était une quiche en Forces du Mal, c'était un fait avéré. La pure coïncidence qui l'avait conduite à obtenir un Optimal à ses BUSES était d'ailleurs assez grotesque.

─ Il a sûrement été attiré ici. Il ressent vos émotions.

─ Mes émotions ? Vous parlez de vous là !

─ Ce n'est pas le moment de gonfler votre fierté, Caroline.

Il parlait calmement. Caroline s'agrippa brusquement à ses épaules comme si sa vie en dépendait. Son nez s'enfouissait dans sa veste à l'odeur particulière. Elle profita de l'occasion pour se coller à lui, les fesses de Remus frôlant délicatement son ventre. Ce dernier s'enflamma aussitôt, comme Caroline l'avait craint. Quelque chose débordait au plus profond de son corps dégénéré. Elle se concentra du mieux qu'elle put sur la créature, volant dans leur direction.

─ Nom d'une choucroute, faîtes quelque chose !

Remus se détacha de la proximité toxique de Caroline, et leva sa baguette tranquillement. Elle souffla, abasourdie par la sensation de bien-être qui élançait son corps subtilement.

─ Vous n'avez pas appris le sortilège du Patronus ?

─ Arrêtez avec votre discours de professeur, rétorqua-t-elle les mains moites.

Le Détraqueur les avait trouvés. Lupin renvoya la créature immédiatement à la frontière de l'école, avec un Patronus non corporel. Une fois parti, il se retourna sur elle, les yeux brillant de malice.

─ Bon travail professeur, plaisanta-t-elle avec embarras. Heureusement que j'étais là.

Le naturel revenait au galop. Toutefois, la sensation de son fessier contre elle lui tournait la tête insidieusement. Bon sang, avait-il jeté un sort à ses fesses pour qu'elles aient autant d'effets sur elle ?

─ Il vaudrait mieux retourner dans votre dortoir, Caroline, chuchota-t-il le sourire en coin.

Caroline céda, et entra dans le Château. Avant de disparaître, elle se retourna et lui adressa un « merci » discret. Il hocha la tête, et Caroline s'engouffra dans le couloir avec empressement.

Dans son lit, elle n'arrêtait pas de se retourner. Pourquoi s'était-elle collée aussi vulgairement à lui ? Elle ne pourrait plus jamais le regarder en face. Avait-il seulement remarqué leur proximité ? Non, assurément que non. Caroline redoutait les sensations qui montaient en elle, et se manifestaient à chaque fois qu'elle le touchait. A chaque fois qu'il la regardait. Ce n'était pas possible, elle ne pouvait pas développer de "sentiments" pour cet homme. « Non.. non.. non.. », se répéta-t-elle inlassablement toute la nuit.

OOO

Le cours d'étude des Moldus se termina à 12h. Caroline rangea tranquillement son livre dans sa sacoche, et décida de faire un détour par les étages supérieurs, avant d'aller manger. Une petite promenade pour se dégourdir les jambes. Peu avant les escaliers menant à la Tour d'Astronomie, elle intercepta une voix particulièrement désagréable. Lentement, elle détourna la tête. Percy était là, avec d'autres Griffondor. Elle reconnut Harry et Ronald. Caroline se rappelait du jour où le célèbre Harry Potter avait franchi les portes du Château. Tout le monde murmurait, tout le monde voulait voir à quoi ressemblait le Survivant. Y compris la Serpentard. Percy la vit arriver, les bras croisés dans le dos, un sourire moqueur aux lèvres :

─ Salut Percy, glissa-t-elle charmeuse.

─ Caroline, qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il durement.

Sa petite sœur était là, elle-aussi. Caroline ne se rappelait plus de son prénom, malgré les nombreuses fois où l'on lui avait rabâché les oreilles avec la Chambre des Secrets et son enlèvement.

─ Le professeur Lupin t'a-t-il rappelé que tu dois effectuer tes rondes maintenant que tu n'es plus au Club de Duel ?

─ Quoi ?

─ Ce soir, avec Bastien.

Elle ne l'écouta pas, jugeant la conversation ennuyante et fixa sa jeune sœur de son air satisfait.

─ Dis-moi, petite fille, ton frère est-il toujours aussi insupportable ?

─ Ça va, répondit-elle méfiante.

─ Ma sœur est en deuxième année maintenant Caroline, ce n'est plus une petite fille.

─ J'arrêterai de l'appeler petite fille quand elle aura utilisé tu-sais-quoi.

Percy lui attrapa le bras férocement, et l'entraîna à l'écart du groupe. Ils se retrouvèrent dans les escaliers de la tour d'Astronomie.

─ Ne dis par ce genre de chose devant eux !

─ Bon sang, tu es coincé parfois, rit-elle.

─ Et toi tu dis que des idioties.

─ Attention, on pourrait croire que nous fricotons ensemble à nous cacher comme des voyous.

Il devint blême, mais les traits de son visage exprimaient un profond mécontentement. Caroline ricanait légèrement, heureuse de vivre des moments pareils à celui-ci.

─ Pourquoi es-tu venue me parler ? Rétorqua-t-il impatiemment.

─ Bianca te cherchait.

─ C'est vrai ?

─ Non.

Caroline trouvait ce petit jeu très amusant. La tête de Percy était si expressive. Elle avait déjà su que sa ronde avec Bastien serait ce soir, car Elly le lui avait rappelé ce matin.

─ As-tu quelque chose de constructif à me dire ?

─ Peut-être bien.

─ Tu n'es pas possible, se plaignit-il.

─ J'ai vu Pénélope se promener avec Daryl ce matin. Fais attention, tu le connais.

Elle lui fit un clin d'œil, et s'écarta joyeusement, adressant un signe à Harry, Ron, et Ginny. Voilà son prénom. Ils ne répondirent cependant pas. Caroline n'avait pas bonne réputation, même chez les plus jeunes de ses camarades.

Ce soir-là, aucun élève n'avait choisi de se montrer. Caroline était déçue, même si elle détestait « faire la police ». Elle ruminait les événements de la vieille, et regrettait de ne pas avoir croisé son professeur aujourd'hui. Le bonheur de contempler son élégante silhouette se rapprocher d'elle, et d'imaginer qu'elle le frôlerait par mégarde n'avait pu la submerger avidement. Caroline s'assombrit à cette pensée, ne sachant à quoi rimait toutes ces envies et sensations. Son air taciturne n'avait d'ailleurs pas échappé à Bastien.

─ Qu'est-ce que tu as ? On dirait un vrai cadavre.

─ Rien.

Le Serdaigle se plaqua contre la Préfète, enlaçant amicalement celle qu'il avait jadis aimée. Caroline détestait sa proximité, contrairement à celle de Lupin. Bastien n'était qu'un garçon égoïste, et antipathique. Il ne comprenait pas la souffrance des autres, et ne pensait qu'à son propre bien-être.

─ Dis-le-moi, Caro. On se connait tous les deux…, répondit-il charmeur.

─ Bas les pattes !

Elle claqua la main qu'il tenta de poser sur sa taille. Caroline le bouscula rageusement, afin qu'il recule. Il réfléchit un instant, et déclara, guidé par une nouvelle lubie :

─ J'ai l'endroit idéal pour te changer les idées, viens.

Caroline le suivit, rabougrie. Elle avait beau chasser l'image de Lupin de son esprit pénétrant, il s'imposait à elle telle une évidence.

─ Sortez de mon esprit, marmonna-t-elle tout bas.

─ Qu'est-ce que tu as dit ?

Elle continua à marmonner, alors il lui prit la main, et resserra son étreinte. Bastien banda ses yeux à l'aide de sa baguette avant qu'elle ne proteste et tira sur son bras avec une force de troll. Quand il ôta finalement le bandeau, Caroline découvrit une pièce éclairée par des centaines de bougies, illuminant les visages rougis des élèves présents.

─ Où on est ? Demanda-t-elle, évitant de peu une giclée de Whisky Pur-feu.

─ Un placard, au cinquième étage, juste à côté de la Salle de Bain des Préfets… Un simple sortilège, et voilà le résultat !

Bastien lui présenta un verre, qu'elle but sans même demander de quoi il s'agissait. Caroline grimaça, scrutant le petit cagibi d'un œil surpris et soupçonneux.

─ Dis-moi, est-ce moi ou suis-je la seule Serpentard ?

Son regard mauvais dévia sur Bastien.

─ Comprends-nous, on préfère ne pas avoir d'histoire.

─ Insinue-tu que…

─ Oui, la coupa-t-il embarrassé. On veut juste passer un moment cool, sans embrouille.

Caroline l'aurait mal prit en temps normal. Mais à la place, elle ignora son camarade, se servant un deuxième verre. Il y avait une petite table rustique, pleine à craquer de bouteilles en tout genre. Ils n'avaient pas lésiné sur les moyens.

─ Wow, qu'est-ce qui te prend ? Demanda Bastien, stoppant le troisième verre qu'elle s'apprêtait à engloutir désespérément.

─ Ça te regarde ?

─ C'est moi qui t'ai amené ici, donc si tu pourris l'ambiance, ce sera de ma faute.

─ N'aie crainte, je serais gentille, minauda-t-elle, imitant à la perfection les filles qui escortaient le Serdaigle à longueur de journée.

ooo

Caroline virevoltait dans la salle depuis maintenant une heure. Certains la regardaient bizarrement, mais la Serpentard ne réfléchissait plus. Et c'était plaisant. Cet endroit était l'échappatoire dont elle avait rêvé. Il n'y avait pas de charmant professeur, ni de prétentieux Griffondor. Caroline s'autorisait même à bouger ses bras, et ses hanches. Ce n'était pas gracieux, ni même « cool » comme Bastien disait. Elle ressemblait plus à un balai ensorcelé qu'à une fille gracieuse. Mais en ce moment, elle s'en moquait. Une tape sur son épaule attira son attention.

─ Lâche-moi Bastien, se lamenta-t-elle.

─ Ce n'est pas Bastien, rétorqua son interlocutrice.

Caroline posa ses prunelles vitreuses sur la fille qui l'importunait. C'était une Pouffsoufle. Elle ne l'avait jamais vue, ou du moins elle ne s'en souvenait pas. Elle avait de courts cheveux bruns, et des yeux marron. Comme ceux de… « Non non non Caroline », se répétait-elle en secouant la tête.

─ Qu'est-ce que tu veux ?

─ Euh, je me disais que tu aurais envie de compagnie. Ca fait une heure que tu zones seule, lui dit-elle simplement.

─ Ah.

La Serpentard considéra la fille avec plus d'intérêt :

─ Comment tu t'appelles ?

─ Celia, et toi c'est Caroline, j'imagine ?

Elle hocha la tête, lasse.

─ Je suis en cinquième année. On ne s'est jamais vraiment croisé auparavant, je ne passe pas souvent devant le repaire de Rogue. Question de survie, continua-t-elle en riant.

─ J'aimerais aussi.

─ Qui ne rêverait pas d'avoir le professeur Lupin en Directeur de Maison, hein ? Il est tellement doué et gentil.

Caroline se croyait dans un mauvais film Moldu. Celui où la fille désespérée cherchant à fuir sa vie pitoyable se retrouvait confrontée à chaque fois à ses vieux démons. Pourtant, elle attribuait à Celia un bon point. Caroline la trouvait sympathique. Et la Poufsouffle avait eu l'initiative de venir lui parler. Malgré toute sa fierté, Caroline ne pouvait que la remercier.

─ Je préfère le professeur Rogue quand même, marmonna-t-elle.

Celia la dévisageait avec un grand sourire.

─ Ne serais-tu pas sous le charme…

Caroline retint sa respiration, accablée par les mots que débitait la Poufsouffle.

─ De la chauve-souris des cachots ? S'exclama-t-elle en gloussant.

Fausse alerte. Caroline se détendit et hurla de rire. Ce n'était pas naturel, mais au moins, elle y mettait du cœur. Celia lui raconta une anecdote sur le professeur Chourave, que Caroline écouta de bout en bout. Elle n'aurait jamais envisagé que l'experte en botanique ait un jour pénétré dans la salle commune des Poufsouffle, somnolente, comme un fantôme.

Celia but une gorgée de sa boisson, puis regarda la Serpentard sérieusement :

─ Alors, qu'est-ce que tu comptes faire l'année prochaine ?

Caroline ne réfléchissait plus. Elle se confia sur ses ambitions, ses rêves comme jamais elle ne l'avait fait. Personne ne comprenait son attrait pour les Moldus chez elle. Même Bianca. Celia approuvait discrètement, appuyée contre le mur du placard agrandi. La Serpentard était si loquace qu'elle s'aventura sur le terrain interdit.

─ Tu sais, je crois que je « développe » des sentiments pour quelqu'un.

─ Un garçon tu veux dire ?

─ Oui, oui, un de ceux qui sont trop insaisissable et trop…

Elle eut soudainement un haut-le-cœur. Caroline plaça sa main devant sa bouche, pour calmer la fureur qui déchirait ses entrailles.

─ Je connais ça, t'inquiète. Celui que j'aime ne me regarde même pas, et ne m'a jamais remarqué. Tout ne se passe pas dans comme dans les romans Moldus, où l'homme a le béguin pour la fille aux yeux de biche, rit-elle, une pointe d'amertume dans sa voix.

─ Tu lis beaucoup de romans Moldus ? S'étonna Caroline.

─ Oui, j'adore ça. Et toi, te regarde-t-il différemment des autres filles ?

Celia la scrutait avec attention, l'encourageant à s'exprimer librement sur ce sujet sensible.

─ Je ne sais pas, je n'ai jamais fait attention à ce détail… je crois que ce n'est pas partagé… sûrement pas, rit-elle nerveusement.

─ Il n'y a qu'un moyen de le savoir : fais-lui comprendre tes intentions, lui conseilla-t-elle avec un clin d'œil racoleur.

─ Non, ce n'est pas possible.

─ Ah bon ? C'est qui ?

─ Quelqu'un. Il n'est pas à Poudlard, ajouta-t-elle précipitamment.

Bastien choisit ce moment pour s'interposer entre elles, au plus grand soulagement de la jeune femme éméchée. Caroline se jura de taire la petite voix dans sa tête ; celle qui la poussait à suivre les conseils de Celia.

─ Excuses-moi, je t'enlève Caroline, murmura-t-il séducteur à la Poufsouffle.

Cette dernière arqua son sourcil droit, tout en observant sa nouvelle amie se faire traîner à travers la salle. Caroline eut juste le temps de lui faire signe, qu'elle disparaissait derrière la porte du placard.

─ Par ma barbe, je discutais ! Repoussa-t-elle Bastien avec conviction.

─ Cette Poufsouffle est la personne la plus bizarre du Château, poursuivit-il les bras croisés. Je t'ai rendu service.

Caroline balaya son excuse en tournant les talons. Il ne la rattrapa pas. Elle aurait dû être énervée contre lui. Mais non. Elle gonfla ses poumons, afin de vider les dernières idées qu'il lui trottait dans la tête. « Fais lui comprendre tes intentions ». Elle déglutit ; elle n'avait aucune intention. Pourtant, elle ne pouvait nier la sensation de bien-être que lui inspirait la main de Remus dans son dos ou son sourire braqué sur elle. Rien que pour elle.

Nom d'une bouse de dragon ! Ce n'était pas bien.

Caroline remua frénétiquement ses jambes, pour les décharger de toute tension. Elle se ramollissait, à mesure que les escaliers défilaient. Sa discrétion avait connu des jours meilleurs. Elle se faufila chancelante dans le grand couloir du première étage. C'était la dernière ligne droite. Elle s'engagea dans le couloir, en courant presque, désireuse de gagner son dortoir sans croiser personne. Personne.

Elle ne vit pas la grosse caisse qui lui barrait le chemin.

BOUM.

Elle bascula par-dessus, protégeant sa tête du choc à l'aide ses bras mous. Sa chute se transforma alors en une roulade ratée. Le bruit de sa cascade ne passa pas inaperçu. Caroline s'énervait contre la caisse, tapant dessus comme une furie.

─ Qu'est-ce que… qu'est-ce que tu fais là ?

La Serpentard reconnut cette voix entre milles. Percy Weasley. Il la narguait de toute sa hauteur.

─ Toi, tu pourrais m'expliquer ce que fiche ce truc au milieu du chemin ? Continua-t-elle à se défouler sur le bois.

─ Tu as bu ? Demanda-t-il, de but-en-blanc.

─ Pas du tout.

─ Arrête de taper sur cette caisse, elle contient un Strangulot.

─ Depuis quand on enferme un Strangulot dans une caisse ?

─ Et toi, depuis quand tu bois et tu te promènes dans les couloirs ?

Caroline lui lança un regard noir. Percy croisa ses bras, et de sa plus grande fierté, fixa sa camarde :

─ Le professeur Lupin m'a demandé de l'aide pour acheminer ce Strangulot dans son bureau.

Elle tomba des nues. Pourquoi avait-il demandé à cet abruti de l'aider ? Caroline était blessée, malgré le refoulement excessif avec lequel elle essayait de se soigner. Une colère qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant éclata à la figure du roux :

─ Alors c'est bon, tu as eu le professeur Lupin comme tous les autres ? Weasmoche a encore gagné, siffla-t-elle rongée par la mauvaise foi.

─ L'alcool te faire dire n'importe quoi, répliqua-t-il offensé.

─ C'est moi qui délire ? La prochaine fois essaie…

─ Caroline, la coupa une voix posée et ferme.

Elle ferma sa bouche furibonde, tandis que Percy souriait largement. Il lui avait tendu un piège. Elle n'osa pas distinguer la silhouette de son professeur dans le noir, fixant le mur face à son corps affalé.

─ Merci Percy, je vais m'occuper du reste.

Wealsey ne voulait pas partir, mais s'y résigna. Caroline tenta de se relever dignement et de suivre Percy comme si de rien n'était.

─ Pas vous, Caroline.

Elle s'arrêta, jaugeant ses chances de survivre si elle croisait ses yeux chocolat. Aucune, indubitablement. Elle entendit la caisse racler contre le sol, et devina qu'elle avait rejoint les airs.

─ Suivez-moi.

A regrets, elle entra à sa suite dans la salle de classe, et dans le bureau au fond de celle-ci. Caroline évitait soigneusement le contact visuel, ni même le contact sonore. L'odeur d'alcool qu'elle dégageait parfumait la pièce.

─ Pourquoi Percy vous-a-t-il aidé ? Vous ne pouviez pas ramener ce Strangulot tout seul ? S'il n'avait pas laissé cette caisse au milieu du passage, je serais déjà dans mon lit.

Elle aurait voulu lui demander pourquoi il ne l'avait pas choisi, elle. L'orgueil était un des nombreux défauts de Caroline.

─ Non, je ne le pouvais pas.

Il s'assit sur le coin de son bureau, face à elle. Caroline leva les yeux au ciel, dépitée.

─ Je suis venue vous chercher, à l'heure où vous deviez avoir fini votre ronde. Et vous n'étiez pas dans votre dortoir. Percy était dans le sien en revanche.

C'était la faute à Bastien. Elle s'en convainquait grandement.

─ Où étiez-vous ?

─ Ce n'est pas intéressant…

─ Oh je suis sûr que oui, répondit-il presque agacé.

Caroline nota ce changement d'attitude avec stupéfaction. Il n'avait jamais exprimé ce genre d'émotion envers elle. C'était déroutant.

─ Ce n'est pas un jeu, Caroline. Je vous ai cherchée durant une heure, avant de tomber sur le frère de Bastien, et qu'il me dise que vous étiez sûrement partie avec lui à une fête, au cinquième étage.

Elle n'avait pas pensé à ce détail. Il était attendrissant à s'inquiéter pour elle de la sorte. Après une rapide introspection, elle lâcha faiblement :

─ Désolé.

Ses traits s'adoucirent immédiatement. Le cœur de Caroline se serra. Elle n'avait pas envie de le décevoir. Les paroles de Celia revinrent hanter son esprit à mesure qu'elle contemplait Remus. Elle ne contrôlait plus ses geste, ni sa raison. Elle s'approcha lentement de lui, et se stoppa à moins de trente centimètres de son visage. Elle fixait ses yeux, tentant de déceler la moindre étincelle qui confirmerait les dires de Celia. Remus fronça les sourcils, déclarant d'une neutralité déconcertante :

─ Vous devriez aller dormir.

Caroline recula subitement, et sortit de son bureau aussi vite qu'elle le put. Une fois dans son lit, déshabillé et débarbouillée, Caroline regretta amèrement sa soirée. Elle avait lu de la déception dans les yeux de Lupin. C'était pire que tout. Alors que, paradoxalement, son cœur s'imprégnait sournoisement de cet homme mystérieux.

Elle ne pouvait rien y faire ; elle était bel et bien tombée sous le charme de Remus Lupin.