Chapitre 7

Une semaine après son dimanche pluvieux et barbant, Caroline avait repris du poil de la bête. Seulement, ce soir, un événement regrettable troublait sa soirée en apparence paisible. Elle longeait les murs silencieusement, et se fondait aux ombres dansant sous le joug des torches de feu.

La jeune femme toqua discrètement de sa main frêle, prenant soin que personne ne la voie, dans le couloir du premier étage. Il la laissa entrer sans un mot. Caroline lui sourit malicieusement, brandissant sa petite sacoche avec fierté.

Remus observait la Serpentard d'un œil curieux, tandis qu'elle remuait sa baguette sur l'ouverture de la sacoche.

─ Je vous remercie, professeur. Quelqu'un m'a dénoncé et le professeur Rogue est en train de fouiller les dortoirs.

Elle sortit de sa vieille besace une boîte noire rectangulaire, avec d'étranges boutons. Son visage rayonnait, malgré l'étrange sensation de vide qui l'étreignait à chaque fois qu'elle se tenait dans la même pièce que son professeur. Remus avait été occupé cette semaine, et n'avait pas eu de temps à lui accorder. Caroline s'était donc contentée d'œillades discrètes, de regards à la dérobée.

─ Un téléphone portable. Les Moldus s'en servent pour communiquer à longue distance.

Remus ne fit aucun commentaire, et observa son manège pendant près de dix minutes. Caroline avait rapporté tout un tas d'objets Moldus. Par un curieux hasard, le professeur Rogue avait été informé de sa « trésorerie ». La jeune femme avait dû récupérer tous ses objets dans un mouvement de panique, et avait peur d'en avoir oubliés quelques-uns.

─ Caroline, où avez-vous trouvé tout ceci ? S'étonna Remus, tournant autour d'elle, les mains rangées dans ses poches.

─ Dans des magasins Moldus, ou dans la rue…

C'était une bouffée d'oxygène de flâner dans un magasin Moldu. Elle oubliait, le temps d'une ballade, les troubles du monde dans lequel elle vivait. La magie était belle, mais elle avait son revers de fortune. Bien sûr, les Moldus avaient aussi leurs sombres histoires. Toutefois, Caroline les avait occultées, inconsciemment. Et c'était pourquoi elle adorait tant les Moldus. Elle se racontait de beaux mensonges.

La jeune femme était occupée à aligner ses objets dans un coin du bureau, pour vérifier qu'aucun ne manquait. Il y avait de tout et n'importe quoi. Caroline ramassait la moindre bricole.

Certains étaient encore cachés dans le Château évidemment. Seulement, avec les années, elle avait de la peine à se souvenir de leur emplacement exact. Et Rusard en détenait un grand nombre dans son bureau.

─ Pourquoi les avoir ramenés à Poudlard ?

Remus effleurait certains du bout des doigts, réellement surpris d'apprendre que Caroline possédait un éplucheur électrique (une pièce intéressante de sa collection de matériel de cuisine Moldue).

─ J'ai plus de temps pour les étudier ici, répondit-elle distraite.

Le monde Moldu la fascinait, et sa passion l'arrachait même à la contemplation de l'homme qui occupait ses pensées jour et nuit. Elle dut user de ses deux mains pour sortir le dernier objet de la sacoche. Caroline souffla et tira de toutes ses forces. Une énorme boîte noire s'échappa du sac cette fois-ci. Remus ne put cacher son effarement en dévisageant Caroline, qui posait la grosse boîte carrée sur l'un de ses meubles.

─ Une té-lé-vi-sion, articula-t-elle fièrement.

Caroline l'ausculta minutieusement, de son œil aguerri.

─ Quand vous m'avez dit que vous aviez quelques objets à entreposer dans mon bureau, je n'avais pas imaginé…

Remus ne termina pas sa phrase, incapable de dénicher le terme exact. Il y a en avait partout. Sur les meubles, au sol, et même dans son aquarium. Le Strangulot partageait son espace avec des plantes aquatiques en plastique, et un Château du même acabit. Caroline souriait nerveusement, consciente d'avoir légèrement sous-estimé tout ce qu'elle possédait.

─ Excusez-moi pour ce « chantier nucléaire », je vais les ranger, murmura-t-elle époustouflée.

Le nucléaire, un autre chapitre des révolutions Moldues. Caroline s'était présentée à une association, dans le but de lutter contre ces centrales, mais les bénévoles l'avaient trouvés trop « bizarre ». Elle n'aurait peut-être pas dû leur parler de Détraqueurs pour dissuader les partisans de l'énergie nucléaire…

Caroline retint un soupir nostalgique, quand elle tomba sur le premier objet qu'elle avait trouvé, sept ans auparavant dans une poubelle. C'était une peluche. Elle n'avait jamais compris ce qu'elle devait représenter. Un mélange de plante, et peut-être d'un chien. La jeune femme prit quelques minutes pour les faire disparaître dans son sac. Remus l'observait toujours, un rictus amusé égayant son visage taciturne.

─ Il n'en manque aucun, se rassura Caroline, les mains sur les hanches.

La jeune femme s'approcha de son professeur, et posa la sacoche devant lui. Elle avait un complexe d'entassement d'objet Moldu. Elle gardait tout, convaincue d'en connaître l'utilité un jour.

─ Le professeur Rogue espère trouver ma collection depuis des années. Il rêve d'y mettre le feu, dit-elle grimaçante.

Son regard se perdit sur les lèvres de Lupin. Caroline les fixait d'une impassibilité remarquable. Mais elle les fixait quand même. Son cœur s'emballait, rien qu'à l'idée d'y apposer les siennes fougueusement.

─ Tout va bien, Caroline ?

Il la dévisageait avec inquiétude. De toute évidence, Remus ne remarquait pas l'attirance flagrante que Caroline éprouvait pour lui. Elle ne sut si c'était une bonne chose ou une catastrophe. La Serpentard avala sa salive difficilement. Une tension naissait entre eux, à mesure que les millièmes de secondes s'égrainaient. Caroline était si absorbée, qu'elle sursauta quand la porte s'ouvrit derrière elle violemment. Une masse noire entra sans en attendre la permission. Le regard mauvais du nouvel arrivant se posa instinctivement sur elle.

─ Miss Dorm, puis-je savoir ce que vous faîtes ici, à une heure pareille ? Trancha-t-il de sa langue aiguisée.

Il était presque vingt-deux heures. Elle déglutit, cherchant une excuse plausible. Elle avait cessé de déshabiller Remus du regard, mais ce n'était pas pour autant que son esprit s'était remis à fonctionner correctement.

─ Bonsoir Severus, répondit Lupin calmement. Caroline est venue m'avertir qu'un élève se promenait dans les étages, elle s'apprêtait à s'en aller.

Caroline hocha la tête frénétiquement, les yeux exorbités. Rogue haussa l'un de ses sourcils, peu convaincu par cette excuse fumante. La jeune femme contourna son Directeur de Maison maladroitement, et quitta le bureau, courant presque jusqu'aux cachots. Elle avait l'impression d'avoir un Géant à ses trousses, ainsi que le feu aux fesses.

Caroline gagna la salle commune hâtivement, où Bianca l'attendait patiemment, avec un sourire valeureux.

─ Alors ?

─ Ils sont en sécurité, pour l'instant. Figure-toi que Rogue entre dans son bureau sans même toquer, s'exaspéra-t-elle, en s'affaissant sur le canapé.

Bianca éclata de rire, et entraîna son amie dans ses bras, se remémorant le jour où le Maître des Potions était entré dans leur salle commune, hurlant telle une harpie qu'elles seraient renvoyées, si elles osaient encore raconter des sottises sur lui. Les rumeurs allaient bon train à Poudlard, et le professeur Rogue n'y échappait pas.

OOO

Quand elle se réveilla, Caroline ne pensa qu'à une chose : rendre visite au professeur Lupin. La mélancolie l'avait submergée ; sa petite sœur était venue hanter ses rêves cette nuit. Elle s'habilla d'un coup de baguette, et sortit du dortoir en trombe. Elly l'intercepta juste avant qu'elle ne s'engouffre dans les escaliers menant aux étages supérieurs.

─ Caro…

─ Je n'ai pas le temps ! Lui cria-t-elle.

La Serpentard ne s'arrêta pas. Elly restait les bras croisés, scandalisée par l'attitude de son amie.

Lupin l'invita à se promener, décelant sa tristesse derrière ses excuses hasardeuses. Caroline le suivit en silence. Ses beaux yeux sombres étaient perdus dans le vague. Il ouvrait la marche, l'emmenant sur le pont étroit, qui reliait le Château à la Forêt Interdite.

Caroline se décida à briser le silence, Remus l'observant de son air réconfortant :

─ J'ai toujours eu peur des vampires, et j'avais l'impression que l'un d'eux avait élu domicile sous mon lit.

Elle ricanait, sentait la douce brise effleurer son visage rougi. Caroline ne voulait pas le montrer, mais elle avait une énorme peur de l'avenir. Le passé la berçait, et l'avenir la terrifiait. Le professeur saisit la rambarde de ses mains translucides, ne déviant pas son regard de son élève. Elle s'approcha de lui, à une distance raisonnable, même si elle rêvait de ses blottir dans ses bras accueillants.

─ Peut-être était-ce lié à mon aversion pour l'ail… Dans tous les cas, ma grande sœur était toujours là pour les « chasser ».

Caroline gardait toujours ce sourire triste aux lèvres. Remus écoutait avec attention, interceptant la moindre émotion qui envahissait le visage pâle de son élève. Caroline était spéciale, différente en tout point de vue. Il se rappelait de ce qu'elle lui avait dit durant la première séance pour le Club de Duel :

« ─ Pourquoi mettez-vous des robes aussi usées, professeur ?

─ Nous n'avons pas tous la fortune de votre père, Caroline, rétorqua-t-il distrait.

─ Ce n'est pas parce que vous êtes pauvre, que vous devez vous promener en serpillière. »

Elle était si froide, et l'imaginer s'ouvrir comme une fleur aujourd'hui était incongru. Il pensa aussitôt à la pile d'objets Moldus qui avait encombré son bureau la vieille. Il ria intérieurement de l'engouement de la jeune femme pour ces babioles sans intérêt.

─ Professeur ?

Elle le fixait, les prunelles intensément brillantes. Caroline avait remarqué son air songeur, tandis qu'elle lui demandait s'il était d'accord de l'emmener sur la tombe de sa sœur. Il s'excusa timidement, amusé par sa frimousse vexée.

─ Alors qu'en pensez-vous ?

─ Vous ne pouvez quitter le périmètre de l'école, durant les cours, Caroline. Il faudra attendre les vacances de Noël.

Caroline acquiesça, perdant une seconde fois son regard dans l'immense étendue sauvage bordant Poudlard. Sa sœur était enterrée sur les terres de ses ancêtres, à Bord Town. Caroline n'y était pas retournée depuis des années. Elle en ressentait le besoin, à présent.

Sa petite sœur Elsa avait vécu. Trop peu pour certain, et trop longtemps pour d'autre. Tout dépendait du point de vue que l'on choisissait. Il y avait ceux qui voyaient le verre à moitié plein, estimant le temps passé à ses côtés comme un précieux cadeau. Et ceux dont le verre n'était qu'à moitié vide, et regrettaient amèrement que la petite fille soit partie aussi tôt.

─ Comment vivre sans ceux que nous aimons ?

Le regard dans le vague, Caroline soufflait ces mots faiblement. Remus s'appuya à la rambarde, lui adressant un sourire désolé. Il n'avait pas de réponse à sa question.

─ Qui sait, peut-être qu'un jour, nous pourrons vivre éternellement.

Elle souriait à Remus. Pourtant ce sourire était loin d'être joyeux. Ce n'était que l'amertume du temps passé.

─ Nous le pouvons déjà Caroline.

La Serpentard braqua ses yeux incendiaires sur lui, cherchant à comprendre le sens de ses paroles énigmatiques.

─ La pierre philosophale ? Sortant la seule explication plausible. Elle a été détruite.

─ Nous continuons à vivre dans le cœur de ceux qui restent.

Les lèvres de Remus s'étirèrent grandement. Caroline laissa échapper un rire discret, contemplant son professeur avec admiration. La bienveillance de Lupin embaumait son âme d'un espoir inespéré. Il lui donnait envie de savourer chaque instant auprès de ses proches, rappelant à sa vieille rancœur que chaque moment était important et unique. Les vivants passaient avant les morts. C'était difficile de lâcher prise, ayant la peur profonde d'oublier, ne serait-ce le moindre détail de leurs visages perdus. Rien n'était éternel, contrairement à son souhait le plus cher. Et c'était pourquoi Caroline détestait la fin des histoires.

Quand elle était revenue de sa promenade avec Remus, Caroline eut l'impression de s'être transformée en épouvantard. Ni Bianca, ni Elly n'étaient dans leur salle commune. Le monde lui semblait dépeuplé. La Serpentard arpenta les cachots soucieusement. Elle fit les cents pas, réfléchissant à l'endroit où elles pouvaient bien être passées.

─ Miss Dorm, si vous continuez, vous allez finir par me donner des maux de tête.

Le professeur Rogue sortait de son Bureau, se pinçant l'arête du nez. Caroline s'arrêta immédiatement. Il approcha, son nez crochu à l'attaque :

─ Que faîtes-vous ici ? Demanda-t-il suspicieux.

─ Je réfléchis, à vrai dire.

Un sourire mesquin vint illuminer son visage, encadré de ses cheveux gras.

─ Bien que j'apprécie votre tentative, j'aurais pensé que vous seriez allée au Parc avec Miss Sandoro.

Tentative ? Elle garda son calme, malgré l'envie de lui manifester son irritation. Bianca était donc au Parc. Caroline ne releva pas l'insinuation de son professeur, et s'apprêtait à retourner à son piétinement, quand il reprît presque ahuri :

─ N'avez-vous pas oublié son anniversaire ?

Elle se figea, catastrophée. La jeune femme l'avait totalement oublié. Caroline se décomposa sur place, livide à en faire pâlir un ravioli cru. Elle avait pourtant ensorcelé sa montre Moldue, pour qu'elle sonne à la date fatidique.

─ Si vous n'étiez pas occupée à vous promener avec Lupin en permanence, vous l'auriez peut-être su, acheva-t-il satisfait.

Il fallait absolument qu'elle mette la main sur le cadeau de Bianca. Elle tourna les talons et fila le chercher rapidement. C'était la robe de la princesse Blanche-Neige. Elle avait été la commander dans un magasin Moldu de déguisement.

Le propriétaire l'avait félicitée pour son propre déguisement d'ailleurs, mais Caroline n'avait pas compris. Elle s'était habillée normalement.

De plus, le vendeur avait eu une peine folle à trouver le Manoir pour livrer la précieuse robe. Jack avait agressé le pauvre monsieur, car il avait défoncé le massif de fleur avec sa « chariote électrique ». Son père n'était pas intéressé par les Moldus, ce qui était flagrant dans ce genre de situation. Elle avait eu beau lui expliquer que les voitures ne fonctionnaient pas à l'électricité, il continuait à clamer le contraire. Son père était aussi têtu qu'elle.

Caroline quitta précipitamment le Château, son cadeau sous le bras. Elly allait la massacrer. C'était l'événement le plus important de l'année pour Bianca. Elle adorait fêter son anniversaire. La Serpentard redoubla de vigueur pour atteindre le Parc. Une fois arrivée, elle repéra le petit groupe amassé au beau milieu de l'étendue de verdure.

─ Où étais-tu passée, enfin ? Elly fondit sur Caroline, hors d'elle.

─ Un petit contretemps…

Bianca n'était heureusement pas encore arrivée. Une des Serpentard l'avait emmenée dénicher une robe de soirée, pour la réception au Ministère. Caroline posa son cadeau, près de la centaine d'autres, sur une petite table et ôta son écharpe. Il faisait anormalement chaud aujourd'hui. Elle remercia secrètement le Maître des Potions pour l'avoir prévenue à temps. Ce n'était sûrement pas sa première intention, mais Caroline ne s'en soucia pas. Les nuages noirs menaçaient dans le ciel. Les élèves s'étaient cependant habitués à ce climat morose. Ils attendirent Bianca une dizaine de minutes, avant qu'elle n'apparaisse, radieuse.

─ Joyeux anniversaire !

Ils crièrent tous en cœur. Caroline sauta sur son amie, lui collant un baiser fugace sur la joue. Bianca lui murmura doucement à l'oreille :

─ J'avais peur que le professeur Lupin ne veuille pas te lâcher pour mon anniversaire…

Son amie était déjà la seconde personne à lui reprocher ce détail. Bien sûr, elle plaisantait mais Caroline tiqua :

─ Penses-tu que je passe trop de temps avec ?

Bianca soupira, et l'emmena à l'écart. Caroline redoutait ce moment ; celui où Bianca lui ferait part de ses soupçons. Tout le monde était afféré à discuter du cadeau le plus impressionnant. Les deux amies n'allaient pas être dérangées.

─ Quand tu es avec lui, tu es radieuse, Caro. Il me semble juste d'affirmer que tu es tombée sous son charme, glissa-t-elle tout sourire.

Caroline s'offusqua, posant ses bras sur sa poitrine, réfutant tout en bloc. L'austérité de son regard ne perturba pas Bianca. Jamais personne ne lui avait dit une chose si absurde. Si absurde et si vraie.

─ Euh… je ne crois pas… C'est sûrement autre chose, marmonna-t-elle.

─ Crois-moi, je sais ces choses-là.

Elle lui fit un clin d'œil taquin. Caroline se liquéfia totalement. C'était de plus en plus ardu de cacher ce qu'elle éprouvait pour cet homme inaccessible. Surtout auprès de ses amies et de l'intéressé même.

─ C'est un professeur, Bianca.

─ Oui, tout le monde le sait. Pourtant, ce n'est pas ce qui vous a empêché…

─ Vous ? La coupa-t-elle à bout de souffle.

─ Il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer que lui aussi te regarde différemment. Vous êtes deux dans ce puzzle.

La Serpentard aux cheveux d'or eut l'impression qu'on lui donnait la permission d'avaler une demi-douzaine de bézoard, pour la guérir d'un mal qui la rongeait. L'amour. Caroline était terrifiée à l'idée d'aimer un homme, qui se trouvait être son professeur. Elle se mordit les doigts, consternée et accablée par sa conscience.

─ Tu dois délirer, s'exclama aussitôt Caroline.

Bianca sourit, dépitée par l'attitude enfantine de son amie. Caroline savait pertinemment que Bianca avait raison : elle s'était bel et bien entichée de Remus Lupin. Son amie n'avait fait que confirmer ses impressions. Mais impossible de l'avouer ouvertement.

Blacnhe-Neige ouvrit ses cadeaux, les uns après les autres. De nombreuses sucreries, des sodas moussants, et d'autres petites bricoles. Elle garda celui de Caroline pour la fin. Le fin papier violet qu'il l'enveloppait fut déchiré sans scrupules. Bianca laissa le tissu se dérouler gracieusement. La robe de princesse Moldue était magnifique. Elle la posa contre elle, rêveuse. Chacun y allait de son commentaire. Pour la plupart, c'était un habit qui manquait cruellement de goût, pour d'autre c'était « spécial ». Caroline était la seule à la trouver divinement belle.

─ Elle t'ira comme un gant ! Elle tourna autour de son amie, détaillant la broderie avec émerveillement.

Ils restèrent à bavarder gaiement autour d'une grande table, installée pour l'occasion dans le Parc. Bianca était ravie. Cependant, Caroline ne pouvait s'empêcher de penser à son professeur, confortant l'idée que quelque chose de douteux se passait au plus profond d'elle. Que devait-elle faire ?

OOO

Il marchait entre les arbres tranquillement, alors que Caroline trébuchait sur la moindre racine, dépassant du sol. Son cœur s'accélérait à chaque bruit suspect. Elle avait entendu des récits sur les créatures de cette forêt, et ce n'était pas le rendez-vous galant auquel elle s'était attendue. Si rendez-vous galant était le mot approprié. La petite voix criait dans sa tête. Frôle-le, montre-lui. Elle était déchirée entre ses envies et sa raison.

─ Connaissez-vous les histoires que l'on raconte sur cette forêt ? Le questionna-t-elle en ôtant une branche morte de sa robe.

─ Auriez-vous peur Caroline ?

Ce n'était pas drôle. S'il cherchait à la faire fuir, c'était réussi. Elle n'était plus aussi certaine d'être emballée par ce cours particulier dans la Forêt Interdite. C'était sa propre idée en plus. Caroline s'en mordait les doigts.

─ Il y a pleins de créatures effrayantes ici, raya-t-elle. Comme des Loup-garous !

─ Oh vraiment ?

Il ne perdait pas sa tranquillité naturelle. Caroline détourna la tête subitement, attirée par un bruit lointain. Elle était loin d'imaginer que son professeur fut blessé par le ton dédaigneux qu'elle avait employé à l'énonciation du mot « Loup-garou ».

─ Vous avez raison de vous méfiez d'eux, reprit-il absent.

─ Sans compter les vampires, susurra-t-elle la lumière de sa baguette braquée sous son menton.

─ Que faites-vous ? S'étonna-t-il.

─ Les Moldus font ça quand ils se racontent des histoires effrayantes, dans des lieux comme celui-ci. Non ?

Il la trouvait tellement drôle. Surtout quand elle sautait dans sa salle de cours pour éviter les sortilèges informulés de Bianca. La jeune femme souriait, mais il était certain qu'elle était morte de trouille. Ses yeux roulaient de malice. Elle adorait les films d'horreur Moldus. Et cette forêt lui rappelait de nombreux films qu'elle avait vus au « cinéma ». Ce qui ne l'empêchait pas de trembler d'effroi.

─ N'avez-vous pas peur que l'on tombe sur Sirius Black ? Ou celui qui m'a « kidnappé » ?

Caroline ne ratait rien de ses expressions faciales. Elle était captivée par la beauté singulière de son professeur. Ses envies se développaient, et Caroline se surprenait même à vouloir lui sauter dessus sauvagement. « Du calme Caro !» se ressaisit-elle en secouant la tête.

─ Non.

─ Pourquoi ? Sirius Black pourrait se cacher ici.

─ Parce qu'il n'est pas assez bête pour attaquer un professeur et son élève.

─ Comment pouvez-vous le savoir ? Vous ne le connaissez pas.

Il y eut un moment silencieux et révélateur.

─ Vous le connaissiez ? S'écria-t-elle abasourdie.

─ Oui, je le connaissais de loin. Mais ce n'était pas important, Sirius Black reste un criminel, condamné pour meurtre.

─ Était-il l'un de vos amis à Poudlard ?

Caroline trépignait d'impatience, mâchant le coin de sa robe de sorcier machinalement. Il y avait tant de choses qu'elle ne savait pas sur lui.

─ Caroline, soupira-t-il, pourquoi me posez-vous toutes ces questions ?

─ Parce que cela m'intéresse, répondit-elle du tac au tac.

─ Je croyais qu'il n'y avait que l'échec de Percy qui vous intéressait, ria-t-il.

Cette réflexion eu l'effet d'une bombe sur elle. La pensait-il si cruelle ? Elle s'éloigna un peu, ruminant avec mauvaise foi les efforts que fournissait Lupin pour l'éloigner des sujets le concernant. A chaque fois qu'elle souhaitait en connaître davantage sur la vie de cet homme mystérieux, qu'elle admirait, il se renfermait comme une huitre ou esquivait la discussion en fuyant. Parfois, il devenait taciturne, sans aucune explication. Elle ne saisissait pas la nature de ce changement inopiné. Malheureusement pour lui, Caroline était curieuse, et décidée à découvrir ce qu'il cherchait à tout prix à cacher derrière ses airs de professeur gentil et irréprochable.

Ils continuèrent à zigzaguer entre les arbres en silence, Caroline réfléchissant à toute vitesse. Elle devait trouver une tactique pour le faire parler, en toutes circonstances. Après une réflexion soutenue, elle dut se rendre à l'évidence que ce serait trop compliqué, et que sans la volonté de Remus, elle ne pourrait jamais en savoir davantage sur sa vie. Cette pensée l'attrista un peu. Ils avaient parcouru des kilomètres, pour au final, rien du tout. Elle n'avait rien obtenu de plus, pas même une confidence.

Ils quittèrent l'épaisse végétation de la forêt sans rencontrer de problème, ni de créature démoniaque. C'est-à-dire des suceurs de sang ou des centaures énervés. Caroline frissonnait : le froid s'engouffrait entre les deux couches d'habits qu'elle avait enfilées. Il était si proche ; elle n'avait qu'à tendre le bras pour saisir sa main. Il agissait sur elle avec la force d'un philtre d'amour. Elle mourrait d'envie de saisir sa veste usée, et de plonger le nez dans son cou. Caresser son dos de ses mains tremblantes et d'embrasser ses lèvres si attirantes. Sentir leurs corps s'unir, fusionner le temps d'un échange passionné. Pourtant, c'était impossible. Et la douleur qu'elle subissait en contre partie était irradiante. Plus il s'éloignait d'elle, plus elle sentait son cœur étouffer.

Caroline le salua à contrecœur, une fois à la porte des Cachots. Il était déjà presque grignoté par la pénombre. Elle ne distinguait plus sa nonchalance. Et c'était toujours à ce moment-là qu'elle s'emplissait d'une folle envie de manger du chocolat, pour combler le trou qui s'élargissait de jour en jour dans son cœur. "Dans quoi me suis-je encore embarquée ?" pensa-t-elle lasse.

OOO

Caroline décida de se rendre dans la Grande Salle, tôt le matin, pour prendre le petit déjeuner. Sa soirée avait été gâchée par la manie de son professeur à abréger leur moment de complicité. C'était normal après tout, mais Caroline le maudissait d'agir en parfait professeur. Elle devait briser cette image, cette facette pour s'introduire dans le vrai Remus. Il fallait qu'elle découvre ce qui le rendait aussi tourmenté.

Percy était assis à la table des Griffondor. C'était presque le seul élève. Caroline mit sa rancune de côté, et rejoignit son ennemi. Il écrivait à en tordre son poignet. Le parchemin était aussi long que la barbe du professeur Dumbledore. Elle s'assit à côté de lui, se servant de jus d'orange.

─ Salut, dit-elle simplement.

─ Tu es venue t'excuser ?

Il ne détacha pas son regard de son brouillon. Caroline sentit des picotements chatouiller ses doigts. Ne pouvait-il pas dire bonjour comme tout le monde ? Elle respira un grand coup, évacuant toute émotion négative. La Serpentard faisait un effort honorable.

─ Pourquoi ferais-je une chose pareille ?

─ Tu m'as mal parlé l'autre jour.

─ Je ne m'en rappelle pas, roula-t-elle des yeux, innocemment.

─ Oui, Bianca me l'a dit.

─ Depuis quand tu parles avec elle ? Se languit-elle.

Elle espérait secrètement que Bianca ait fini par s'enticher de Percy. C'était toujours mieux que Daryl. Tout était mieux que Daryl. Le Serpentard avait une réputation de « chaud lapin » dans tout le Château. Même les jeunes filles de premières années étaient au courant. Ce qui ne les empêchaient pas de le suivre dans les couloirs, en gloussant, rouges comme des tomates dès qu'il posait son regard bleu ciel sur elles.

Toutefois, c'était clairement une mauvaise idée pour la survie de son âme. Elle ne pourrait supporter Percy et sa tête enflée s'il venait à partager le quotidien de sa meilleure amie. C'était irrémédiablement inconcevable après réflexion.

─ Alors tu t'excuses ?

─ Non.

Il lâcha enfin son parchemin. Caroline mangeait son petit-déjeuner sans le moindre remords. Pourquoi s'excuserait-elle pour une chose dont elle ne se rappelait pas ? Elle devait avouer que pour une fois, sa perte de mémoire était arrangeante.

─ Tout le monde sait que tu es la chouchoute du professeur Lupin. Alors pourquoi m'as-tu fait une crise de jalousie ?

─ N'importe quoi, je ne suis pas sa préférée !

─ Il ne te met jamais de retenue, alors que tu te balades soûle dans les couloirs et que tu insultes un professeur ou un élève sous son nez.

Caroline l'affubla de sa mine renfrognée. Qu'avaient-ils tous avec le professeur Lupin ? Il n'y avait pas qu'elle qui faisait une fixette sur lui manifestement.

─ Ce n'est pas ça. Je suis persuadée qu'il me surveille, souffla Caroline. Depuis l'incident de Pré-au-Lard.

Percy considéra un instant sa réponse.

─ Tu as raison.

Les yeux du jeune homme s'illuminèrent ; il venait de trouver la solution au problème qui le préoccupait depuis deux semaines.

─ Je me demandais bien ce qu'il pouvait te trouver d'intéressant, pour discuter avec toi aussi souvent, rajouta-t-il détendu, presque en ricanant. C'est une bonne nouvelle ! Et si nous trinquions ?

Il levait son verre de jus d'orange avec satisfaction. Si elle était restée calme jusqu'à présent, ce ne serait sûrement plus le cas maintenant. Ses poings la démangeaient, dévoilant la fureur qui rongeait son esprit.

Pourtant, Caroline partageait son point de vue. Pourquoi voudrait-il passer du temps à bavarder avec elle ? Le professeur Dumbledore l'avait affublée d'un cadeau empoisonné. Non seulement, elle devait taire son attirance, mais également l'endurer au quotidien. Caroline ne se voilait pas la face ; Remus ne partageraient jamais ses sentiments. Là était la vérité.

Mais elle survivrait.

Personne n'allait la rendre aussi molle qu'un artichaut. Pas même Remus Lupin.


Merci encore à Gus9, Astrion et Jude June pour leurs reviews ! J'ai eu énormément de plaisir à les lire :)

C'était un petit chapitre tranquille, sorte de passerelle pour la suite...

A très bientôt !