Chapitre 9

Caroline aperçut une foule d'élèves se précipiter dans les escaliers, alors qu'elle sortait des toilettes, en se massant les tempes rageusement. Mimi Geignarde lui avait explosé les tympans, en criant comme une dévergondée à son oreille. Mimi n'avait jamais apprécié Caroline. Néanmoins, elle avait lorgné Jack de nombreuses heures dans la salle de bain des Préfets. Un Serdaigle populaire, sérieux et introverti. Mimi n'avait pas résisté à l'idée d'observer le futur Chef du Bureau des Aurors dans son plus simple appareil.

Le bras de la Serpentard harponna vivement un jeune Griffondor, et elle grogna désagréablement :

─ Qu'est-ce qui se passe ?

Son visage rondouillet la dévisageait avec effroi. Il devenait écarlate à force de balbutier des mots incompréhensibles. Caroline soupira d'agacement, et le laissa rejoindre ses camarades sans insister.

C'était la cohue.

La Serpentard n'avait jamais rien vécu de tel en sept ans. Elle s'inséra dans le flot d'élèves, jetant des coups d'œil de part et d'autre du couloir. Que signifiait tout ce grabuge ? Et où était Bianca ?

Une fois devant la Grande Salle, le professeur Rogue passa en coup de vent près d'elle, lui faisant signe de le suivre à l'intérieur, où étaient entassés ses camarades. Elle obéit docilement, complétement abasourdie par ce défilé inhabituel.

Le professeur Dumbeldore se trouvait au centre de ce raffut, entouré de tous les professeurs. Presque tous les professeurs. Percy gesticulait sur sa gauche, pour s'assurer que tous les élèves étaient présents. Pourquoi un tel rassemblement ? Elle se tourna vers Rogue, l'air ahuri :

─ Le professeur Lupin n'est pas là.

─ Je vous félicite pour votre perspicacité, Miss Dorm, rétorqua-t-il froidement. Voulez-vous peut-être un Ordre de Merlin pour cette découverte ?

Elle se renfrogna, la tête enfoncée entre ses deux épaules. Le Maître des Potions était particulièrement de mauvaise humeur ce soir. A côté d'eux, les professeurs conversaient tout bas avec le Directeur. Leurs mines graves forcèrent Caroline à se taire un instant, et tendre l'oreille :

─ Il faut fouiller tout le Château.

D'un air entendu, ils quittèrent la salle hâtivement. Rogue resta aux côtés de Dumbledore, attendant ses ordres patiemment. Caroline repéra Elly à quelques mètres, et attira son attention en secouant le bras. Elle était tendue ; son visage ruisselait d'appréhension. Jamais Caroline ne l'avait vu aussi transparente face à ses émotions.

─ Severus, vos deux Préfètes vont vous accompagner. Il est probable qu'il ait choisi le sous-sol pour se cacher, si d'aventure il se trouve encore dans le Château.

─ Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, professeur, siffla-t-il entre ses lèvres.

Rogue était affligé d'avoir deux cornichons à sa charge. Dumbledore n'en démordait pas, même sous les coups de colère de son professeur. Caroline profita de l'inattention des deux sorciers pour chuchoter à Elly :

─ Que se passe-t-il ?

─ Tu n'es pas au courant ? s'exclama-t-elle d'une petite voix.

Caroline secoua la tête un peu confuse. Tous le Château avait été évacué très rapidement. Elle n'avait aucune idée de la gravité de la situation.

─ La Grosse Dame, voyons ! Son tableau a été poignardé.

L'air morne d'Elly convaincu Caroline qu'elle avait raté quelque chose d'important jusqu'ici. Quelque chose de capital même.

─ Sirius Black est dans le Château.

Caroline se raidit. Son ventre se rétractait, laissant le contenu acide de son estomac remonter sournoisement son œsophage pour se déverser dans sa bouche. Sirius Black avait fini par dénicher la faille. Il réussissait là où l'impossible avait échoué. La Serpentard se retourna pétrifiée vers les élèves, en quête d'une tête à l'allure arrogante et aux cheveux ébouriffés. Harry. Elle dénicha sa tignasse au sein des couleurs abrasives des Griffondor, dans le coin opposé. Il était sain et sauf. Georges avait eu raison. Comment avait-il su que Sirius Black se rapprocherait aussi près de Poudlard ? De plus en plus d'interrogations brouillaient les idées de Caroline, qui avait l'impression de couler continuellement, sans jamais toucher fond.

Rogue entraîna ses deux Préfètes dans les cachots. Les mains de Caroline et Elly étaient aussi moites que leurs aisselles. Ils scrutaient les couloirs avec prudence. Comment avait-il réussi à entrer sans que personne ne l'ait remarqué ? C'était insensé, des dizaines de Détraqueurs gardaient les entrées de Poudlard. Caroline avait beau retourner le problème dans tous les sens, elle ne trouvait aucune explication logique à cette situation saugrenue. Severus s'appliquait à fouiller les moindres recoins de ses cachots, dérangé par les deux jeunes femmes qui se collaient à lui telles des sangsues.

─ Pourriez-vous arrêtez de tirer sur ma robe, Miss Dorm ? siffla-t-il à voix basse.

Elle lâcha subitement le doux velours, contrairement à Elly qui le maintenait toujours fermement, ses yeux vitreux rivés dessus.

─ Professeur, êtes-vous sûr que ce soit une bonne idée ?

─ De quoi parlez-vous encore ?

─ De Sirius Black. C'est un sorcier dangereux. Il connaît des sorts dont vous n'avez pas idée, couina Elly.

─ Miss Brandwick, veuillez cesser de geindre. Et lâchez-moi !

Il tira sur sa robe d'un coup sec, contraignant la jeune femme à prendre de la distance. Les baguettes des deux Préfètes se pointaient partout, au moindre bruit suspect. Elles sursautaient pour un rien. Le courage n'était pas l'une des qualités de Caroline, et encore moins celle d'Elly. La Serpentard suspectait tout de même son amie de jouer la comédie. De plus, son anxiété était contagieuse. Caroline stressait de plus en plus.

─ Et si on tombe sur Sirius Black, que fait-on ? murmura Elly chancelante.

─ Je ne crois pas qu'il soit assez bête pour attaquer qui que ce soit dans ce Château. Il va plutôt essayer d'en sortir sans être repéré.

Elle pensait aux sages paroles que Remus lui avait dites lors de leur cours particulier dans la Forêt Interdite. Lui le connaissait apparemment, et Caroline avait confiance en Remus.

─ Et où est le professeur Lupin ? C'est lui le spécialiste des Défenses contre les Forces du mal !

─ Du calme Elly, il est sûrement parti à la recherche de Black directement.

─ Ou peut-être qu'il s'est fait avoir, ou pire, s'est fait tuer par cet homme sans scrupules.

Caroline eut un pincement au cœur. La théorie d'Elly n'était pas mauvaise. Elle coïncidait parfaitement. Remus avait peut-être rencontré Black au détour d'un couloir...

─ Le professeur Lupin sait se défendre, comme tu l'as dit. Il doit y avoir une autre explication, tenta-t-elle de se rassurer maigrement. Et si Black apparaît par ici, nous laisserons le professeur Rogue s'en charger.

─ Où est le professeur Rogue ?

Elles se retournèrent, défiant la nuit noire de leurs regards terrifiés. Il avait disparu. Caroline courut dans tous les sens pour retrouver sa trace. Rien. Elles se retrouvaient seules au beau milieu de l'endroit le moins accueillant de Poudlard.

─ Retournons dans la Grande Salle, la prévint Elly paniquée.

Caroline hocha la tête, et elles tournèrent les talons immédiatement, pour sortir des cachots. Elly avait tenté de marcher tranquillement, mais avait fini par entraîner Caroline dans un sprint infernal. La peur leur donnait l'adrénaline nécessaire pour affronter les escaliers au pas de course. Les deux Serpentard arrivèrent rapidement devant l'immense horloge, à bout de souffle. Caroline n'avait jamais couru aussi vite de sa vie.

C'est à ce moment précis qu'elle l'entendit. Ce grognement bourdonnant à ses oreilles.

Elly sursauta d'effroi, et trébucha dans les pieds de Caroline. Les deux jeunes filles tombèrent à la renverse, dans un boucan d'enfer. Elly maintenait sa tête baissée, alors que Caroline se dépêcha d'identifier la source du grognement, poussant sa camarde sur le côté. Elle l'avait déjà entendu au bord de la Forêt Interdite quelques semaines plus tôt. La Serpentard se redressa, jetant de vifs regards autour d'elle. Ses yeux s'arrêtèrent sur une forme, se détachant de la Lune qui les éclairait vaillamment. Il était là. Ce chien noir qui était revenu sans cesse dans leurs discussions en début d'année. Le Sinistrose. Bianca l'avait vu, elle n'était pas folle. Ce chien existait bel et bien. Ses yeux dévoraient les deux Serpentard, étalées à califourchon l'une sur l'autre. Mais que faisait-il là ? Caroline n'avait jamais vu de canidé à Poudlard.

─ Regarde ! souffla-t-elle médusée, en empoignant le menton d'Elly.

Elly scruta l'obscurité, et ne vit rien de particulier. Le chien avait disparu en une fraction de seconde. Caroline accourut à l'extérieur, piétinant son amie au passage. Ses prunelles sombres désiraient le revoir une fois. Pour être sûre qu'elle ne s'était pas trompée. Ce chien n'était pas un simple chien. Elle ne croyait pas aux coïncidences si flagrantes. Il s'agissait d'un Animagus. Elle en était persuadée. C'était le prisonnier d'Azakaban.

Une voix agressive la tira de sa contemplation :

─ Vous n'êtes même pas capable de me suivre, hurlait-t-elle d'un ton grisant.

Caroline recula, par réflexe. Le chien était déjà loin. L'œil mauvais du Maître des Potions débordait de haine, quand elle revint sur ses pas.

─ Qu'avez-vous vu ? L'agressa-t-il suspicieux.

─ Pas grand chose.

─ Et vous, vous avez vu quelque chose ? S'empressa de demander Elly.

─ Croyez-vous que je serais revenu vous cherchez si j'étais tombé sur Black ? Miss Brandwick, ressaisissiez-vous.

Son ton dédaigneux n'ébranla aucune des deux amies. Rogue soupira et leur tendit leurs baguettes, tombées au sol dans leur chute mémorable. Caroline fit signe à Elly de se taire, et elles le suivirent jusque dans la Grande Salle.

─ Qu'as-tu vu ? Questionna Elly tout bas.

Son amie s'impatientait. Elle était dans un état euphorique et anxieux à la fois. Jamais Caroline ne l'avait vu aussi perturbée.

─ J'ai cru voir un chien.

─ Un chien ?

─ Oui, celui-là même dont on parlait avec Bianca. Celui qu'elle a vu près de la Forêt Interdite.

Dumbledore attendait leur compte-rendu près de l'endroit où était auparavant disposée la table des professeurs. Ils empruntèrent un chemin libre entre les élèves endormis pour le rejoindre. Caroline caressait son bras nerveusement, inquiète de n'avoir vu ni Bianca, ni Remus. Où étaient-ils ?

─ Je n'espérais plus vous voir, Severus.

─ Nous serions revenus plus tôt, si je n'avais pas dû chercher mes chères préfètes dans tout le sous-sol.

Il était vexé de la remarque du Directeur. Caroline ne put s'empêcher de rire. Rogue lui lança un regard empli de haine pour la faire taire. Elle en fit de même, sans pouvoir perturber le sature fière de son professeur. Il chassa ses deux élèves, prétextant devoir parler au professeur Dumbeldore seul à seul. Caroline sourit, et s'adressa au Directeur, avant de s'éloigner :

─ Professeur Dumbeldore, je me demandais… Où est le professeur Lupin ? Black est introuvable, il est peut-être tombé sur lui, et …

─ Je vous remercie de vous inquiéter pour Remus, Caroline, mais il est en sécurité. Ne vous en faîtes pas.

Elle fut soulagée. Seulement, le Directeur la regardait étrangement. La Serpentard avait l'impression qu'il sondait son esprit. C'était dérangeant. Elle voulut se retirer prestement, mais Rogue la retint par le bras, déclarant tout bas:

─ Vous passez beaucoup de temps avec Lupin, Miss Dorm.

─ En quoi cela vous regarde-t-il ?

─ C'est un professeur. Il a certain devoirs en tant que tel. Et ce n'est certainement pas passer autant de temps avec l'une de ses élèves.

Le visage pâle de Caroline clamait l'indignation. Elle détestait ses insinuations, autant que sa façon de s'adresser à elle cruellement. C'était ses affaires de toute façon, et non les siennes.

─ Vous devez confondre avec quelqu'un d'autre. Je ne vois pas de quoi vous parler.

─ Vraiment ? La Pleine Lune doit vous embrouiller l'esprit, Miss Dorm.

La pleine Lune ? Caroline fronça les sourcils. Rogue avait un petit rictus jubilatoire au coin de ses fines lèvres. Il ne s'attarda pas, et commença son compte-rendu au professeur Dumbledore. Pourquoi lui parlait-il de la pleine Lune ? Elle maudit son professeur, et fit volte-face, avant de se figer.

La pleine Lune.

Était-ce lié à la potion Tue-Loup qu'il avait préparé lors de sa première retenue de l'année ? Ses jambes se liquéfièrent sous son poids, à mesure que les éléments s'emboitaient dans sa tête. Elle percevait encore les deux voix de Rogue et de Dumbledore. Ils discutaient de la probable évasion de Black de Poudlard. Elle entendit distinctement le mot « Lupin » dans la bouche de ce dernier. Il crachait presque le mot à la figure de Dumbledore. Le sang de Caroline bouillonnait, une voix sinueuse violant sa conscience innocente :

« Je vous remercie de vous inquiéter pour Remus, Caroline, mais il est en sécurité. »

Le professeur Lupin n'était pas là. Pourquoi n'était-il pas présent alors qu'un dangereux criminel avait pénétré dans une école ? Qu'avait à faire un professeur de DCFM de plus important que de veiller sur ses élèves ? Son souffle s'accélérait, imitant la cadence soutenue des battements de son cœur. Caroline se sentit vaciller dans les abîmes des horreurs qu'elle avait déjà vécues.

─ Je vous rappelle mes doutes quant à la domination du professeur Lupin.

─ Aucun des professeurs de ce Château n'a aidé Black à y entrer, Severus…

Le cœur de Caroline bondit d'effroi. Se pourrait-il que Remus soit un Loup-garou ? « Impossible », répétait-elle tout bas, comme une prière. Était-ce la raison pour laquelle il traînait une mine affreuse chaque jour du mois ? Était-ce pour cette raison qu'il fuyait constamment face à son intérêt ? Elle se rongeait les ongles, accablée par ce que son cerveau lui transmettait.

Un Loup-garou.

Un coup de massue l'avait cognée de plein fouet. Caroline était tombée sous le charme d'un lycanthrope. Cette constatation l'accabla encore plus. Le choc était rude pour elle. La jeune femme avait toujours considéré les Loup-garou comme des monstres. Pourtant, Remus était diamétralement opposé à l'image qu'elle s'était créée d'eux. Elle sombrait dans une angoisse dévorante. Était-il de mèche avec Sirius Black ? Il le connaissait. Caroline s'inscrit dans une paranoïa sans précédent. Elle était noyée sous cet océan de révélations. Son esprit implosait, mais elle réussit cependant à relativiser. Ce n'était peut-être qu'un malentendu, après tout. Rien ne lui permettait d'affirmer qu'il était réellement un Loup-garou. Elle se glissa dans son sac de couchage, transpirante, et réfléchit aux conséquences qu'entraînerait cette maladie sur leur relation. Bien entendu, elle était lucide, et savait que son attirance n'était pas partagée. Seulement, il y avait toujours cette infime partie d'elle qui continuait à espérer, malgré une fin évidente. Que changerait cette maladie, au final ? Absolument tout. Caroline avait peur de s'être entichée d'un problème insoluble, dont elle ne pourrait jamais s'en défaire.

La Serpentard eut beaucoup de peine à s'endormir, mais ses rêves avaient fini par l'emporter. La nuit portait conseil, et Caroline en aurait besoin, pour affronter les semaines à venir.

OOO

Le lendemain, tous regagnèrent leurs dortoirs. Dumbledore avait décrété que le renvoi des élèves n'était pas nécessaire. Caroline en était soulagée. Qu'aurait-elle fait chez elle ? Rien, mise à part attendre Jack, qui ne rentrait qu'à la nuit tombée, tous les deux jours. Et puis, ici, il y avait Remus. Malgré les troublantes réflexions de la veille, sa présence dans le Château la rassurait. Caroline avait pensé l'éviter quelques jours, mais elle avait besoin de le voir. C'était une obsession. Il occupait le moindre espace de sa boîte crânienne, ne lui laissant aucun répit, son sourire charmeur gravé à jamais parmi ses souvenirs.

Caroline se rua au premier étage et toqua à la porte de Remus. Elle s'acharnait dessus comme un troll. Peut-être un peu trop, mais elle était impatiente. Il finit par ouvrir. Caroline fut frappée par son teint cireux, transpirant et encore plus fatigué qu'en temps normal. Elle baissa son bras au ralenti.

─ Ce n'est pas la peine de frapper comme un hippogriffe à ma porte, Caroline, dit-il faiblement.

Il fallait qu'elle se ressaisisse. Pourtant, ses yeux écarquillés ne cessaient de le fixer. Aucun son ne franchissait la barrière que représentaient ses lèvres. Un teint maladif, des cicatrices, les absences répétées, la potion Tue-Loup, les insinuations du Maître des Potions. Devait-elle en parler ou se taire ? Était-il réellement ce qu'il laissait paraître ?

─ Je me suis inquiétée, vous n'étiez pas là hier soir, et Sirius Black rôdait vraisemblablement dans le Château, récita-t-elle anormalement vite, sans prendre de bouffées d'air.

Remus percevait son trouble. Sa jambe le faisait terriblement souffrir, ainsi que son bras. Ce n'était pas le moment opportun pour inviter son élève à prendre une tasse de thé. Il soupira gravement, car la situation était bel et bien grave.

─ Je ne me trouvais pas dans le Château, vous devez bien vous en douter. Et c'est moi le professeur, c'est à moi de m'inquiéter pour vous, chuchota-t-il doucement.

Caroline avala sa salive. Il était si charmant. Sa voix la détendait, et calmait l'angoisse qui tiraillait ses entrailles. Elle avait presque oublié la raison de son acharnement, outre le fait qu'elle souhaitait vérifier sa théorie sur sa lycanthropie.

─ Puis-je entrer ? Proposa-t-elle embarrassée.

Il hésita. Le visage de Caroline était déterminé à lui faire passer une mauvaise journée. Il décida de la laisser entrer quelques minutes. Il ne pouvait lutter contre son entêtement dans l'état où il se trouvait.

─ C'est au sujet de Sirius Black, commença-t-elle mal à l'aise.

─ Si c'est à propos d'hier Caroline, je ne pourrais pas vous être d'une grande utilité.

─ Ecoutez-moi, rétorqua-t-elle calmement.

Un sourire se dessina sur ses lèvres sèches. Il l'invita à s'asseoir sur l'une des marches menant à sa chambre. Caroline prit quelques secondes pour contempler sa démarche. Il boitait. La jambe droite devait être touchée. Qu'avait-il fait cette nuit ? Bon sang, elle avait bien une idée, mais elle était loin d'être réjouissante.

─ Nous avons dû fouiller les cachots, avec le professeur Rogue.

Remus parut surpris. Il ne fit cependant aucun commentaire.

─ Il a disparu à un moment. Nous étions seules au sous-sol, alors nous avons couru pour regagner la Grande Salle.

─ Le professeur Rogue vous a laissé toutes seules, avec Sirius Black dans le Château ? Répéta-t-il en fronçant les sourcils.

Caroline hocha la tête docilement. Il n'était pas si coupable qu'elle le laissait entendre, mais elle était contente que Lupin s'en inquiète. Ses yeux braqués sur elle la réchauffaient malgré le contexte quelque peu tendu. Elle avait chaud, très chaud. Caroline ne ressentait pas l'envie habituelle de lui sauter dessus sauvagement. C'était plus profond.

─ Quand nous sommes arrivés à l'entrée, je l'ai vu. Le Chien dont parlait Bianca. Celui qu'elle avait aperçu à l'orée de la Foret Interdite. Il n'avait rien d'un chien ordinaire, croyez-moi, insista-t-elle devant l'air mortifié de Remus.

─ Caroline…

─ C'était un Animagus. J'en suis certaine !

Malgré son membre mal en point, il fit l'effort de se lever et de s'assoir en face de la jeune fille. Son sourire bienveillant ne berna pas la jeune femme, en retrait comparé à ses visites précédentes. Quelque chose avait changé, il le remarquait. Remus plongea ses prunelles brunes dans les siennes, remarquant pour la première fois la beauté insolite de son élève. Sa chevelure dorée retombant sur ses épaules, encadrant un visage pâle et de fines lèvres.

─ Sirius Black est un Animagus, j'en suis convaincue, précisa-t-elle fermement.

Remus souligna l'intelligence de Caroline. Lui seul savait que Sirius était effectivement un changeur de peau. Devait-il en parler à Dumbledore ? Si Caroline avait effectivement vu un chien noir rôder à Poudlard, il était certain que Sirius se servait de son apparence bestiale pour se promener sous le nez de tout le monde.

─ Qu'en pensez-vous ?

Caroline le fixait hargneusement, attendant son avis comme une prophétie. Même un Scroutt à Pétard n'aurait pu la déloger de son bureau à ce moment précis. Elle tapotait ses doigts minces sur le bord de son pupitre, légèrement mal à l'aise de sa récente découverte.

─ A vrai dire, je n'en sais rien, Caroline. Je n'ai jamais vu de Chien Noir, et j'ai de sérieux doutes quant à la capacité de Sirius Black pour maîtriser une transformation si difficile.

─ Et pour son évasion ? Il est évident que c'est grâce à son apparence de chien qu'il a pu s'échapper sans attirer l'attention des Détraqueurs…

Elle touchait un point sensible. Remus lâcha sa canne, et profita de saisir les mains agitées de la jeune femme. Les joues de Caroline s'enflammèrent aussitôt, surprise par ce geste. Il regretta aussitôt de s'être laissé aller de la sorte. Il les relâcha immédiatement, sans perdre de son assurance :

─ Caroline, vous m'épatez, rigola-t-il impressionné. Mais il faut rester prudent, ce n'est pas anodin de déclarer ce genre d'accusations.

Il était aussi sérieux qu'elle.

─ Maintenant, il faut que je me repose Caroline, glissa-t-il en rattrapant sa canne et se levant avec difficulté.

Elle baissa la tête, déçue. La jeune femme aurait voulu passer plus de temps avec lui. A contrecœur, elle sortit du bureau, perturbée par tout ce qui l'entourait. Le professeur qu'elle admirait et appréciait au-delà d'une simple amitié, était un Loup-garou. Avait-elle atteint le sommet de toutes les catastrophes qui lui étaient arrivées ? Et ce chien, était-il réellement Sirius Black ?

─ Caroline, je t'ai cherché partout !

Bianca l'agrippa de toutes ses forces, soulagée de retrouver son amie. La Serpentard resta immobile, répétant sans cesse le mot « Loup-garou » dans son esprit. Il fallait à tout prix qu'elle fasse des recherches. Son amie la regardait droit dans les yeux, et Caroline eut des remords. Elle ne s'était pas donner le temps de prendre de ses nouvelles ce matin. Lupin l'ensorcelait, lui faisant oublier jusqu'à sa meilleure amie.

─ Tu as disparu ce matin, le professeur Rogue t'a cherché partout.

─ Que me voulait-il encore ? Bredouilla-t-elle.

─ C'est à cause de cette nuit. Les Préfets devront patrouiller à la tombée de la nuit, par deux, pour surveiller le Château. Le couvre-feu va être plus strict.

Bianca fit une moue gênée. Caroline détestait « faire la police », comme elle le disait. Une expression Moldue encore.

─ Il paraît que vous avez fouillé les cachots avec lui d'ailleurs, rigola-t-elle.

─ Et il était ravi, marmonna-t-elle absente.

─ Qu'est-ce que tu as ?

─ Excuse-moi, je suis un peu chamboulée... Je l'ai vu hier soir, le Chien Noir.

Elles s'éclipsèrent ensemble dans un endroit à l'abri des regards indiscrets, c'est-à-dire dans le bureau de Rusard. Il n'était pas en train de relire ses lettres de VitaMagic. La voie était libre. Caroline et Bianca avait l'habitude de rendre visite au concierge, en son absence, pour fouiller et dénicher quelques objets intéressants. Et accessoirement, ses propres objets.

Caroline raconta dans les moindres détails, ce qu'elle avait déjà dit au professeur Lupin. Y compris les commentaires de ce dernier. Elle ne mentionna pas le fait qu'il pourrait être un Loup-garou. Ce n'était pas quelque chose qui devait s'ébruiter. Ils étaient considérés comme des parias, et Caroline ne désirait pas le départ de Lupin. Surtout que Blanche-Neige vouait une haine immense aux lycanthropes depuis de nombreuses d'années.

Bianca souffla à la fin de son récit, éberluée :

─ Alors ce chien serait Sirius Black ? Ce serait logique après tout… Il rôde là-dehors… Tu devrais en parler au professeur Dumbledore.

Caroline ne put s'empêcher d'afficher un visage amer :

─ Je te rappelle que je ne suis pas la personne la plus fiable de cette école. Mes antécédents ne jouent pas en ma faveur.

─ Qu'elles antécédents ? Râla-t-elle.

La liste était longue. Le professeur Dumbledore connaissait bien la jeune femme. Il la qualifiait même d'excentrique devant les autres professeurs.

─ Commençons par celui où j'ai ameuté toute l'école au bureau du professeur Rogue car je pensais avoir trouvé la Chambre des Secrets.

─ Ce n'était pas si grave…

Mis à part le fait qu'elle avait écopé d'un mois de retenue, et les sarcasmes éternels du Maître de Potions.

─ Ou celui où j'ai cru que McGonagall était un vampire, et qu'elle projetait de m'assassiner ?

─ Elle était marrante celle-là, reconnut Bianca hilare. Tu étais en première année, tout le monde a droit à l'erreur.

─ Sans parler de la potion que j'ai faîte avaler à un élève, pour le guérir d'une maladie soi-disant mortelle, termina-t-elle effarée.

Le petit garçon n'avait rien de malade, il était juste empoté et inspirait curieusement à la jeune fille beaucoup de sympathie. Il avait été transférer à Ste Mangouste, et Caroline suspendue une semaine. Le vampire en revanche, elle l'avait clamé toute l'année, alors même que le professeur Dumbledore lui avait assuré que la vieille chouette n'était pas l'une d'entre eux. C'était grâce à un voyageur Moldu, qu'elle avait appris à reconnaître un vampire durant l'été. En deuxième année, elle avait subtilement placé une gousse d'ail sur le bureau de son professeur. McGonagall avait immédiatement deviné son stratagème, et l'avait mise en retenue durant plusieurs jours.

─ Peut-être vaudrait-il mieux attendre, comme le professeur Lupin te l'a conseillé.

Elles entendirent un bruit de pas précipité

─ Rusard rentre à la maison, allons-y.

Elles quittèrent le petit cagibi et sortirent dans le couloir, où quelques élèves s'y perdaient. Personne ne les vit, ni le concierge, ni les autres. Bianca cacha sa bouche de sa main gauche :

─ Et le professeur Lupin, comment va-t-il ?

─ Bien, s'empressa-t-elle d'ajouter.

Caroline avait l'impression qu'un balai avait poussé entre ses fesses, tellement elle se tenait raide. Si Bianca venait à apprendre que Remus était un Loup-garou, elle le démolirait jusqu'à ce qu'il ne puisse plus entrer dans un seul magasin sans se faire houspiller. Elles marchèrent encore un peu, en ce dimanche trouble. Les élèves n'arrêtaient pas de parler de Sirius Black. Le sujet était sur toutes les langues. Même celle de Daryl, qui était resté avec Bianca toute la nuit.

Le professeur Rogue apparut brusquement devant elles, sortant de nulle part :

─ Le professeur Dumbledore m'a chargé de vous avertir, que dorénavant, les Préfets effectueront des rondes par binôme, à la tombée de la nuit.

─ Est-ce tout, professeur ? répondit-elle sèchement, énervée que ce dernier l'ait forcée à ouvrir les yeux sur la condition de Remus.

─ Faîtes attention Miss Dorm, vous nous avez causé suffisamment d'ennuis ces dernières années.

Elle fronça les sourcils, emplie d'appréhension.

─ De quoi parlez-vous ?

─ J'ai surpris votre ami de Pré-au-lard ce matin. Il tentait d'entrer dans le Château, complètement ivre.

Elle se décomposa gravement devant son professeur. Pourquoi Goerges était-il revenu ? Avait-il déjà découvert quelque chose d'important ?

─ Que lui est-il arrivé ?

─ Le professeur Dumbledore l'a gentiment convaincu de… dégager, siffla-t-il mesquin.

─ A-t-il dit quelque chose ? S'enquit-elle.

─ Il voulait absolument parler à Caroline Dorm, et je cite « pour une affaire très urgente ». Je ne sais pas dans quelle affaire vous vous êtes encore embarquée, mais je vous conseille de faire tête basse, jusqu'à la fin de l'année, menaça-t-il en détachant chaque mot.

Il la fixa encore méchamment et disparut dans un silence pesant. Caroline réfléchissait à devenir folle. Sirius Back s'était introduit dans le château, sous la forme d'un chien. Remus était probablement un Loup-garou. Et Monsieur Crowney était venu pour la première fois au portail de l'école, afin de réclamer sa présence. Caroline se croyait dans un téléfilm Moldu. Qu'avait découvert Georges en vingt-quatre heures pour qu'il revienne la quémander en urgence ?

─ Que voulait-il à ton avis ? demanda Bianca, craintive.

─ Il a sûrement dû trouver quelque chose d'important, pour revenir.

─ Crois-tu vraiment ce qu'il t'a dit ?

─ Oui, Bianca.

Blanche-Neige hocha la tête, et choisit de faire confiance en l'instinct de Caroline.

─ Le complice doit être une personne proche de toi, à mon avis. Sinon, comment aurait-il su que tu détenais les informations qu'ils recherchaient, si tu as vraiment subi un…

─ Je ne sais pas, Bianca, il y a des tonnes de possibilités.

─ Tu devrais écrire à ton père, pour lui parler de toute cette histoire.

─ On verra. Je dois déjà m'occuper de trouver le petit malin qui m'a drogué l'autre jour, à la fête.

─ Quand tu dormais à poil sur le canapé ? Tu crois que quelqu'un t'a fait boire quelque chose ?

─ Je n'étais pas nue déjà ! Et oui, c'est ce que le professeur Lupin m'a suggéré, et je crois que c'est vraiment ce qui s'est passé.

Décidément, quelque chose ne tournait pas rond cette année. Caroline commençait à soupçonner Harry Potter d'avoir apporté les ennuis avec lui. Et ce n'était pas forcément si amusant, comme on aurait pu le croire.

ooo

Caroline s'installa dans la salle commune des Serpentard, et ouvrit l'un des livres de métamorphose qu'elle possédait. Elle nota quelques mots clés, et rédigea un parchemin entier sans une seule pause. Plus elle penserait à autre chose, mieux elle se porterait. Une fois le parchemin enroulé, elle quitta la salle commune pour se rendre à la bibliothèque. Elle zona dans les allées, emportant tous les livres susceptibles de porter les noms « Loup-garou », « lycanthrope », « créature » ou « boule de poil » (ce dernier était surtout pour Bianca). Elle parcourra avidement ces nombreux livres. Une heure après, elle n'avait rien appris de plus qu'elle ne savait déjà. Peut-être savait-elle tout ce qu'il y avait à découvrir sur les Loup-garou. Il n'y avait plus aucun doute dans son esprit. Caroline se laissa glisser de sa chaise, déprimée. Pourquoi fallait-il qu'elle ait envie d'enlacer le seul Loup-garou de ce Château ? Elle comprenait mieux l'air taciturne qui recouvrait son beau visage certaines fois. Sa lycanthropie ne l'effrayait pas au sens propre ; elle sentait cependant que ce serait un énorme problème, si elle tenait à le connaître un peu plus personnellement.

L'heure du dîner arriva sans crier gare. Elle rangea ses livres penaude, apercevant une tête blonde assise à l'une des tables en face de son allée. Bastien était lui-aussi à la bibliothèque. Caroline le salua d'un air moribond (son ventre gargouillait, elle n'avait pas mangé à midi). Il jeta un coup d'œil étonné aux livres qui lui restaient dans la main.

─ Tu t'intéresses à la lycanthropie maintenant ?

─ Oui, enfin je voulais me rafraîchir la mémoire… et toi, toujours penché sur ta stratégie de Quidditch ?

Elle ne sut pas exactement pourquoi elle continuait leur conversation. Bastien lui tendit une lettre dépliée. Elle déposa ses livres sur sa table, et lut rapidement la missive. C'était de la part d'un club de Quidditch.

─ Tu as été pris dans l'équipe des Frelons de Wimbourne ? s'étonna-t-elle.

─ Dans l'équipe de réserve, corrigea-t-il. Mais qui n'a pas commencé en bas de l'échelle ?

Caroline lui sourit de bon cœur.

─ Je suppose que c'est l'heure des félicitations.

Bastien arracha la lettre de ses mains et la prit dans ses bras fougueusement. Un an qu'il ne l'avait pas fait. Caroline dut reconnaître que c'était agréable malgré tout. Moins agréable qu'avec Remus certainement, mais bienvenue en cette fin de journée fatigante. Au diable le passé, Bastien semblait avoir changé. Elle ne pourrait pas le haïr pour le restant de ses jours.

─ Je t'invite à manger pour l'occasion, lui glissa-t-il taquin.

─ Qu'elle chance…

Il l'empoigna par les épaules, et trimbala la Serpentard dans tout le Château, chantant haut et fort la musique Moldue que Caroline adorait. De nombreux élèves se retournaient sur eux, surpris de voir la Préfète des Serpentard aux bras du Préfets en Chef des Serdaigle. Comme avant. Elle le ruait de coups mais il ne semblait pas dérangé ; son sourire viceux ne faiblissait pas.

La Grande Salle était étrangement calme, et pleine à craquer. Caroline et Bastien s'installèrent à la table des Poufsouffle, évitant ainsi d'être importuner par Bianca ou par les amis de Bastien. Caroline détestait les Serdaigle, tout comme Bastien détestait les amis de Caroline. Sauf Bianca qu'il trouvait sympathique.

─ Defuis quand le fais-tu ? Questionna-t-elle, une cuisse de poulet dans la bouche.

─ J'ai reçu la réponse aujourd'hui. Tu es la première personne au courant.

Contrairement à Caroline, il mangeait proprement. Elle faisait tout son possible pour que leur tête-à-tête ne se transforme pas en rendez-vous « romantique ». C'était ce qu'elle redoutait le plus en ce moment. Tous les regards convergeaient sur eux. C'était embarrassant. En quittant la bibliothèque, elle ne se serait jamais vue en si fâcheuse posture. La Serpentard avait été naïve de croire que Bastien n'avait aucune arrière-pensée en l'invitant à manger avec lui.

─ Et toi Caroline, qu'as-tu prévu pour l'année prochaine ?

Il avait rapproché sa main de la sienne discrètement. Caroline la fixait catastrophée. Elle avait envie de prendre un marteau et de l'écraser.

─ Des choses diverses, rétorqua-t-elle froidement.

Elle se détourna et scruta la table des professeurs. Lupin n'était pas là. Inconsciemment, elle ne voulait pas qu'il voit ce désastre. Bastien essaya par tous les moyens de la charmer, et de saisir cette main fuyante qui lui échappait à chaque fois. Mais elle ne retomberait pas dans ses anciens travers. Bastien aurait beau essayer, il ne réussirait jamais à la reconquérir.

A la fin du repas, elle partit rapidement, abrégeant son supplice. Elle se sentait triste et en colère, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi. Bastien avait remué d'anciens souvenirs, et Caroline désirait ardemment se blottir dans les bras de Remus pour les oublier.

Cependant, l'incertitude gangrénait son cœur, comme le dégoût gangrénait celui de son professeur. Sa découverte l'embrouillait ; elle ne savait plus qu'en penser. Caroline nageait dans un océan de doutes. Deux êtres si différents pouvaient-ils avoir une fin heureuse ?


Bonjour, bonjour !

Ce n'est pas le chapitre que je préfère, mais il est là ^^ C'est le grand retour de Sirius Black ! Ainsi que la découverte de Caroline sur Remus...

Merci à foalbee, Astrion et Artemis pour les reviews, ça fait extrêmement plaisir :')

Le prochain chapitre sera en deux parties vraisemblablement, et sera très centré sur Caroline & Remus. A très bientôt !