Chapitre Dix (1ère partie)
La semaine s'était écoulée lentement. Très lentement. Le professeur Lupin se barricadait constamment dans son bureau, épuisé par sa dernière Pleine Lune. Caroline avait feuilleté quelques livres provenant de la réserve, et rien n'avait pu discriminer les preuves accablantes sur sa « probable » maladie. Tout coïncidait. La Serpentard s'était attachée à lui depuis le début de l'année, et ses sentiments restaient inchangés face à sa nature de lycanthrope. Elle éprouvait toujours pour lui un désir dévastateur, qu'elle n'arrivait pas à réprimer. Cependant, cette découverte rajoutait une crainte supplémentaire à la liste des difficultés qu'elle rencontrait déjà avec lui. Et il était connu que Caroline ne bravait pas les difficultés ; elle les fuyait comme la peste.
D'ailleurs, elle avait évité Remus toute la semaine. La jeune femme tentait de refouler ses pulsions enivrantes, mais à chaque fois qu'elle le voyait de loin, elle imaginait aussitôt son bras expert autour de sa taille, tous deux debout sous un soleil couchant. Un vrai cauchemar en réalité.
Parallèlement, Caroline avait envoyé une lettre à son père, pour lui demander les circonstances de la mort d'Elsa, et de Claire. Jack narguait ses collègues de son flair et de sa tendance à ne jamais abandonner la moindre piste potentielle. Il était le meilleur, et le meilleur se devait d'être au courant. Il connaissait toute la vérité, et Caroline était persuadée qu'il suffisait juste de quelques confidences pour éclaircir le mystère de sa disparition. Cependant, l'entêtement de Jack barrait d'office cette possibilité. Cinq jours que sa lettre avait quitté Poudlard, et aucune réponse ne lui était parvenue. Elle plaçait maintenant tous ses espoirs en Georges.
.
L'après-midi touchait maintenant à sa fin. Son rendez-vous avec Celia serait dans moins de quatre heures. Quels suspects avait-elle sélectionnés ? La Serpentard se réjouissait de punir celui qui avait osé la droguer, aussi vilement. Avait-elle subi quelque chose dont elle était incapable de se souvenir ? Elle tremblait à cette idée. Caroline avait beau être une Serpentard au regard glacial, elle avait peur comme tout le monde.
─ Caro ?
Elle regardait Elly, sans la fixer consciemment. Sa main n'écrivait plus, contrastant avec les nombreuses plumes qui râpaient les parchemins vierges. Leur cours de potions avait été annulé lundi, car le professeur Rogue avait préféré donner celui de DCFM des troisièmes années. Il avait alors grassement proposé d'utiliser leur après-midi de libre pour ce cours manqué.
─ Qu'est-ce qui te tracasse ? demanda Elly avec une douceur inhabituelle.
─ C'est ce soir que je vois la Poufsouffle, celle qui m'aide à découvrir qui m'a drogué à la fête, répondit-elle distraite.
─ C'est Bastien, je te l'ai déjà dit. Il raconte des choses infectes sur toi.
Elly lui avait répété ce que Bastien avait clamé dans la salle de classe quelques jours auparavant. La Serpentard était restée dubitative ; ce n'était pas dans le caractère Bastien de raconter des obscénités à son harem. Quoi que…
─ Il n'est pas assez stupide pour faire ça.
─ Si cela se trouve, tu as demandé de l'aide au coupable.
Caroline avait déjà réfléchi à la possibilité. La confiance se gagnait à force de temps et d'actes désintéressés pour elle. Une chose était sûre, la Serpentard allait garder Celia à l'œil. Un cas classique dans les films Moldus : quand la victime connaissait son agresseur, le dénouement était toujours plus surprenant et poignant.
Après tout, qui soupçonnerait son entourage aux premiers abords ?
ooo
La Poufsouffle était assise sur le rebord d'une fenêtre du deuxième étage. La neige s'était invitée cette nuit, et avait recouvert la région d'un duvet blanc, apportant la tranquillité à Poudlard. Les inquiétudes concernant Sirius Black s'étaient dispersées comme de vieilles rumeurs au sein du Château. Tout le monde parlait de lui, évidemment, mais la menace n'était plus aussi effrayante que les jours précédents. La Serpentard était frappée par la mémoire sélective de ses camarades.
Caroline s'assit en face de Celia, replaçant une mèche de ses cheveux dorés derrière son oreille. « Dingue », s'était-elle murmurée, en apercevant un Détraqueur dans le ciel (le film - d'où elle tirait cette réplique - faisait actuellement un carton chez les Moldus d'ailleurs). Il se mêlait aux flocons et rendait la magie de cette période de l'année quelque peu mélancolique. Celia tenait divers photos dans sa main. La Serpentard reconnut Bastien sur l'une d'elle.
─ Salut.
─ Caroline, déclara Celia avec flegme.
─ As-tu découvert quelque chose ?
Trêves de banalités pour Caroline. Elle avait attendu une semaine, enfin six jours, et mourrait d'impatience de se venger de la personne qui avait osé lui ôter ses souvenirs. Encore une fois.
─ Ces photos, ce sont toutes les personnes que je suspecte.
Celia les étala devant elle, pour que Caroline puisse les voir également. Il y en avait quatre. Bastien Dolve, Rumea Boldman, Anrick Lester et Joshua Bludwig. Quatre suspects, un coupable. Mise à part Bastien, Caroline n'en connaissait aucun.
─ Il y a bien sûr Bastien.
Celia pointait la photo de son ongle pointu.
─ Pourquoi ? rétorqua Caroline, lasse.
─ Des rumeurs courent, et c'est lui qui t'a invitée, donc je le laisse dans mes suspects.
Caroline hocha la tête, sans pour autant approuver ces arguments. La Poufsouffle poursuivit :
─ Rumea, une Serdaigle de sixième année, te déteste depuis que tu es sortie avec Bastien.
Ce n'était pas étonnent. Le harem, dans lequel elle devait vraisemblablement se complaire, lui avait causé beaucoup d'ennuis. Caroline n'avait eu que Bastien dans sa vie amoureuse. Aussi fidèle que Touffu. Ils étaient restés quatre ans ensemble, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus supporter l'entourage du Serdaigle.
─ Anrick Lester est un Griffondor de ton année.
La Serpentard se concentra sur son visage. Elle n'avait jamais cours avec les Griffondor, ce qui rendait leur identification presque impossible. Ce garçon avait des cheveux cuivrés, tirés en arrière, et de grands yeux verts globuleux.
─ Tu ne le reconnais pas ? questionna Celia, avec perplexité.
─ Je devrais ?
─ Tu l'as humilié lors de votre deuxième année. Je n'ai pas les détails en tête, mais vous lui aviez lancé un sortilège de furoncles ou d'incontinence. Il y a plusieurs versions qui circulent.
Caroline fixait Celia, d'un air sceptique, son menton posé négligemment sur sa main. Les Griffondor n'avait pas besoin d'excuses pour la haïr de toute façon. C'était inné chez eux.
─ Et pour finir, Joshua, un Poufsouffle…
─ Laisse-moi deviner, il me hait aussi pour une quelconque raison et il veut me faire payer ? déclara Caroline avec un certain amusement.
Celia roula des yeux, et expliqua sérieusement :
─ En quelque sorte. Ton père a arrêté le sien, alors qu'il est, apparemment, innocent. Leur famille s'est disloquée par la suite, sa mère est devenue folle et lui placer en famille d'accueil avec sa petite sœur. Il dit que ton père « a commis une grave erreur et qu'il vous fera payer pour cet infamie ».
─ Mon père ne commet jamais d'erreur dans son travail, rétorqua Caroline sèchement.
─ Ce n'est pas à moi que tu dois le dire.
Caroline se renfrogna, les bras croisés contre sa poitrine. La Serpentard ne parlait jamais de son père à Poudlard, par conflit d'intérêt. Beaucoup de personnes avaient un avis sur lui, soit positif ou négatif. Jack Dorm inspirait la méfiance, le respect et l'autorité. Il était évident que certains de ses camarades l'éviteraient du simple fait qu'elle était sa fille.
─ Et tu en penses quoi toi ?
─ Toutes ces personnes étaient à la fête. Il y avait de nombreuses personnes qui correspondaient, à priori, au profil mais j'ai réussi à raccourcir ma liste à quatre suspects. Et puis, je pense que c'est un garçon, donc j'exclurais Rumea.
─ Donc il nous reste Anrick et Joshua.
─ Bastien aussi.
─ Je t'ai dit, Bastien n'aurait eu aucun intérêt à me droguer.
Celia haussa les épaules. Caroline s'énervait de l'embargo mené contre le Serdaigle. Pourquoi tenait-elle tant à le suspecter ? Bastien n'avait pas besoin de drogue ; bien qu'elle s'en exaspère tous les jours, les filles lui couraient après et il n'aurait jamais osé s'en prendre à elle de cette façon.
─ Il se peut que le coupable ne soit pas l'un des quatre. C'est possible.
La Serpentard grinça des dents, mais c'était avant tout l'exaspération que l'on puisse s'en prendre à quelqu'un aussi facilement, sans en être inquiété par la suite. Chez les Moldus, les enquêtes étaient bien plus précises. Ils trouvaient le suspect rien qu'avec une simple trace d'ADN. Caroline était fascinée par ce qu'ils avaient accompli ; des innovations comme on en voyait peu dans le monde sorcier.
─ Alors, je m'occupe d'enquêter sur Joshua et toi sur Anrick.
─ Tu veux continuer à m'aider ? s'étonna la Serpentard.
─ Je n'ai pas grand-chose d'autre à faire. Ma vie n'est pas aussi palpitante que la tienne, malheureusement.
Elle ressentait beaucoup de peine dans la voix de Celia. Caroline se gratta l'avant-bras, les sourcils froncés.
─ Pourquoi tu dis ça ?
─ Mon père n'est pas le célèbre Chef du Bureau des Aurors. Il n'est qu'un Moldu sans importance. Je ne suis pas belle comme toi, et je ne suis pas aussi talentueuse que toi. Personne n'aurait envie de me droguer, ni même de me haïr. Je passe tout simplement inaperçu.
Caroline adoucit son regard, devant la mine déconfite de son interlocutrice. Celia n'avait visiblement aucune idée de la vie qu'elle menait. Les idées fausses étaient monnaies courantes à Poudlard. Mais jamais Caroline n'avait imaginé que quelqu'un puisse l'envier.
─ D'accord, alors enquêtons ensemble.
─ Bien, je te propose la même chose que la dernière fois. On se retrouve ici dans une semaine ?
La Serpentard hocha la tête, et avant qu'elle n'ait pu éclaircir le gros malentendu qui planait sur elles, Celia avait déjà fui en direction de son dortoir.
Caroline passa sa main dans ses cheveux, pensant soudainement à Remus. Que faisait-il en ce moment ? Elle aurait eu le temps de lui rendre visite. Boire un thé. Le regarder. Ou plutôt le dévorer des yeux. Elle broyait du noir, sans même s'en apercevoir. Il lui manquait. Son sourire, son charme et l'impression d'être indispensable à quelqu'un. Bien qu'elle ne se fasse aucune illusion, Caroline espérait quand même qu'elle aussi, elle lui avait manqué.
Caroline eut l'idée de rendre visite à Percy, en croisant un Griffondor (drôle d'idée, n'est-ce pas ?) La Grande Salle n'était pas très loin en plus, et ce serait un moyen efficace d'occulter Remus. Il obscurcissait ses pensées, et l'obligeait à utiliser certains passages secrets du Château, rien que pour ne pas croiser ses prunelles étincelantes.
Percy était debout, près de l'estrade. Le Club de Duel était devenu moins attrayant, depuis qu'il en avait repris les rênes. Malgré tout, l'affluence ne diminuait pas, notamment grâce à Sirius Black. Les jeunes éprouvaient certaines craintes, ce qui était tout à fait fonder. Ce meurtrier avait réussi à entrer dans le Château ni vu ni connu. Caroline avait exposé sa théorie de l'Animagus à Elly. Cette dernière avait d'abord réfuté cette possibilité. Puis, après une bonne nuit de sommeil, elle avait finalement décidé de croire Caroline. Ce qui était loin d'être une mince affaire.
La Serpentard s'approcha de Percy, qui contemplait le duel en cours entre deux jeunes filles de Serdaigle. Elle passa son bras autour du sien, une mine espiègle illuminant son visage si pâle.
─ Il y a des personnes qui travaillent Caroline, alors…
─ Tu te souviens la première phrase que tu m'as dite ? Le coupa Caroline, le regard doux.
Il hallucina, droit comme un piquet, à la fixer comme si une crotte de nez pendait à l'une de ses narines.
─ Si tu es venue pour te moquer de moi, tu peux repartir par où tu es venue. Je ne suis pas d'humeur à subir tes crises de jalousie aujourd'hui, soupira-t-il en repoussant son bras.
─ Pourquoi serais-je jalouse ? Râla Caroline.
Percy eut un sourire fugace, puis parla d'une voix étriquée :
─ Le professeur Lupin est ici.
Caroline fit un effort surhumain pour ne rien laisser transparaître sur son visage. Une chaleur indescriptible l'enveloppait, comme un manteau de flamme. A en juger par le regard fuyant de Percy, il devait se trouver dans leurs dos, de l'autre côté de la salle. Elle savait que ce serait impossible de l'éviter jusqu'à la fin de l'année, et se consola d'un piètre « courage Caro ».
─ Grand bien lui fasse, répondit-elle d'une voix faussement excédée. Alors, tu te souviens de cette phrase, oui ou non ?
─ Bien sûr que non. Toi oui peut-être ? C'était il y a sept ans, s'agaça-t-il à son tour.
La Serpentard s'assombrit, constatant avec aigreur qu'elle était la seule à se souvenir de sa première humiliation.
─ Oui, je m'en souviens.
Percy la questionna sévèrement du regard. De toute évidence, il perdait son temps à discuter avec elle, et c'était aussi énervant que de recevoir un Effort Exceptionnel à un devoir.
─ Tu m'as dit que tu n'étais pas intéressé, et que tu me souhaitais de trouver un autre amoureux, marmonna Caroline.
─ Tu regardes toujours le gens comme une psychopathe, ça n'a toujours pas changé, se contenta-t-il de commenter.
Caroline devint rouge de haine. C'était un des premiers moments qu'ils avaient partagés ensemble. Et elle avait mis un point d'honneur à le conserver dans ses souvenirs, même s'il s'agissait de son meilleur ennemi. La déception d'avoir donné trop d'importance à quelque chose d'aussi insignifiant la contrariait beaucoup. Elle mit toutefois sa rancœur de côté :
─ Et si je te le demandais ?
─ De quoi ?
─ De sortir avec moi. Tu le ferrais ?
Cette fois-ci, il ne put s'empêcher de la vriller d'un regard réprobateur :
─ Accouche, Caroline, je n'ai pas toute la soirée.
─ Ah Pénélope ?
─ Non, la tranquillité et le silence, rétorqua-t-il désagréablement.
Caroline et Percy se ressemblaient beaucoup, en réalité. Seulement, ils étaient incapables de mettre leur fierté de côté, pour que leur relation se développe au-delà d'un concours de sarcasmes et de méchancetés archaïques. Ce qui les conduisait à se détester, telle une boucle se répétant à l'infini.
─ Passons, raya-t-elle. Je suis allée à une fête, et quelqu'un m'a drogué.
─ En quoi cela me concerne ?
─ L'un de mes suspects est un Griffondor, et je ne peux pas l'interroger moi-même.
Percy haussa un sourcil, soudainement intéressé par la discussion.
─ Alors, comme ça, Caroline Dorm ne peut pas obtenir ce qu'elle convoite ? se moqua-t-il avec un rictus mauvais.
─ Je veux que tu m'aides.
Elle aurait voulu le demander à n'importe qui d'autre, même à McGonagall. Percy Weasley s'en narguerait durant des années d'avoir vu Caroline s'abaisser à lui demander de l'aide. Pourtant, il fallait récolter des informations sur les suspects et Percy était le seul Griffondor qu'elle côtoyait.
─ Hors de question, je ne participerai pas à tes combines douteuses.
Caroline baissa les yeux, serrant les poings jusqu'à les blanchir. C'était évident que Weasley n'allait pas accepter. Elle réfléchissait déjà à un plan de secours, quand il reprit la parole, mal à l'aise :
─ Mais je le ferai, si tu vas parler à Pénélope.
─ Lui parler ? répéta-t-elle sceptique.
─ Oui, elle a des réticences et j'aimerais bien que tu lui parles de moi, que je suis la personne qu'il lui faut.
Caroline crut s'arracher les oreilles et les mettre dans un petit bocal, pour imprimer à jamais ce qu'elle venait d'entendre.
─ Sérieusement ?
─ C'est ça, ou je ne t'aiderai pas.
La Serpentard était atterrée. Comment allait-elle pouvoir parler à une fille (qu'elle ne regardait même pas) d'un garçon qu'elle haïssait en tout point ? Il y avait définitivement quelque chose qui clochait dans cette requête.
─ D'accord.
Elle était néanmoins obligée de se plier à sa volonté. Percy reprit sa stature de parfait Préfet-en-Chef, et incita la Serpentard à se décaler d'un geste désinvolte. Caroline fulminait, mais s'autorisa à quitter la salle avant que quelqu'un ne remarque sa présence. Elle marchait à pas de loup, avalant les mètres avec précipitation.
─ Caroline ?
« Non. Non. Non ». Elle se crispa sur le battant de la porte, qu'elle s'apprêtait à ouvrir violemment. Il était évident qu'elle n'allait pas réussir à quitter la Grande Salle sans se coltiner Remus. Il l'énervait d'être aussi sympathique et charmant. Ne pouvait-il pas être tout aussi désagréable qu'elle ? Comme Percy ?
Elle n'eut d'autre choix de le confronter. Il était devant elle, élégant dans sa vielle veste en tweed avilissante. Qui pouvait l'être, mise à part Remus ? Le professeur Rogue serait immonde dans un costume délavé comme celui-ci, tout comme les autres professeurs. Mais Remus, lui, avait une allure séduisante, qu'il porte une robe usée ou qu'il affiche une mine exécrable.
─ Bonsoir professeur, s'étrangla-t-elle en s'imaginant caresser son torse découvert.
Son imagination lui jouait des tours, et réduisait en miettes tous les efforts produits pour arrêter de penser à lui. Caroline avala sa salive, le cœur battant la chamade. Son regard brillant la transperçait, comme au premier jour, dans le Poudlard Express.
─ Je n'ai pas eu l'occasion de vous inviter à boire le thé que je vous avais proposé, il y a quelques semaines.
Son sourire désolé martelait l'esprit de Caroline. Bien sûr qu'elle voulait boire un thé avec lui, et même plus si affinité. Pourtant, elle ne voulait pas se complaire dans cette idée. Elle devait se soigner, avant d'être définitivement atteinte de la « maladie d'amour ». Mieux valait prévenir que guérir, comme disaient les Moldus.
─ Pourquoi pas demain ?
« Mais qu'est-ce que tu racontes Caro ? », s'horrifia-t-elle intérieurement. Remus jeta un coup d'œil au duel, avant de répondre, le plus naturellement du monde :
─ Alors je vous attends dans mon bureau demain, après le dîner.
« N'est-ce pas une proposition ça ? », se réjouit Caroline, omettant totalement le fait qu'elle était censée l'éviter et l'oublier. Ce n'est qu'une fois à l'extérieur, qu'elle se tapa la tête de dépit, retrouvant dans un coin de sa tête les limites qu'elle s'était imposées. Comment faisait-il pour mettre à mal ses convictions si facilement ? Caroline soupira, réellement attristée. Triste de ne pas avoir su résister… et triste de devoir résister.
Elle se dépêcha de rejoindre Bastien ; ils avaient une ronde ensemble ce soir. Un moment pénible à supporter.
ooo
Depuis qu'ils s'étaient retrouvés, près du bureau de Rusard, ils marchaient silencieusement dans les couloirs, guettant le moindre enfant imprudent.
─ Comment tu vas Caro ?
La voix de Bastien la dérangea un peu. Il perturbait le flot de ses pensées, pour une question insignifiante. Remus. Remus. Remus. Pourquoi prenait-il en otage son cerveau, alors qu'il n'était même pas là ? Caroline se remémora l'époque où son charme n'agissait pas encore sur elle, et qu'elle n'hésitait pas à lui envoyer des sarcasmes cuisants. La belle époque.
─ Tu as l'air un peu triste depuis le début de la semaine…
De quoi se mêlait-il ? Ils n'étaient plus ensemble depuis une année, mais ceci ne l'empêchait pas de s'immiscer dans ses affaires. Et puis, avait-elle l'air si triste ? Non, elle avait juste une folle envie de fracasser son professeur, pour l'avoir rendue si « cœur d'artichaut ».
Bastien se rapprocha doucement d'elle, mais Caroline ne le remarqua pas, trop concentrée à visualiser l'entrée du Château. Elle avait cru voir une ombre. Le souffle du Serdaigle vint brusquement chatouiller son oreille, ce qui la rendit quelque peu nerveuse.
─ Tu me manque Caroline.
Sans comprendre le pourquoi du comment, Caroline se retrouva dos contre le mur, Bastien posant ses mains de part et d'autre de son corps. Il la fusillait du regard, avec une envie féroce que Caroline n'avait jamais vue auparavant. La Serpentard fut complètement désarçonnée, ne sachant comment le repousser. Il se penchait vers elle lentement, et Caroline avait beau le repousser de ses mains frêles, Bastien ne bougeait pas. Ses yeux écarquillés témoignaient de l'absurdité de la situation. Que faisait-il, par la barbe de Merlin ? Caroline tenta de lui administrer un coup dans les parties intimes avec son genou, mais Bastien l'esquiva habilement. Il empoigna prestement ses poignets, et les enferma dans ses mains rugueuses.
Il s'apprêtait à déposer ses lèvres sur les siennes, quand Caroline hurla de rage, contrariée que Bastien s'autorise à la séquestrer comme une bête sans défense :
─ Lâche moi, sinon je te…
─ Que se passe-t-il ?
Remus était apparu derrière Bastien, et les regardait d'une impassibilité remarquable. Sa voix fit frissonner Caroline, ce que le Serdaigle ne manqua pas de remarquer. Il avait préalablement relâché sa camarade et dévisageait son professeur avec méfiance. La Serpentard resta interdite, recroquevillée contre le mur.
─ Tout va bien ?
Remus fixait Caroline de ses prunelles chocolat, les mains dans les poches. Son regard fut perçant, et beaucoup moins aguicheur qu'à l'accoutumée. Caroline sourit, mais ne dit rien. Aucun mot ne pouvait l'aider à se sortir de cette situation saugrenue. Qu'avait-il vu ? Qu'avait-il cru voir ? Remus se rapprocha un peu plus de Caroline, cherchant des réponses dans le blanc de ses yeux. Elle aurait reculé, étouffée de cette tension palpable entre eux, si le mur ne l'en avait pas empêché.
─ On a juste eu un petit différent, affirma-t-elle, en détournant le regard.
Bastien s'était décalé, mais il gardait sa main solidement fixée au mur, près de Caroline. Il marquait sa propriété. La jeune femme le comprenait aisément, et voulait lui tordre ce bras à l'aide de ses propres dents.
─ Monsieur Dolve, vous passerez à mon bureau demain matin, rétorqua Remus sans la moindre intonation.
Il les contourna tranquillement, le visage fermé, afin de rejoindre ses quartiers. Caroline crut que son cœur allait se déchirer. Elle ne voulait pas qu'il interprète ce qu'il venait de voir. Même si elle n'était qu'une élève à ses yeux, elle ne souhaitait pas lui laisser croire qu'elle fricotait avec Bastien. Ou peut-être avait-il compris qu'elle l'avait repoussé ? Non, même s'il l'avait compris, c'était trop bancal. Elle avait l'impression qu'elle allait le perdre, et éprouvait un profond désespoir. Caroline n'arrivait pas à ignorer cette émotion profonde qui serrait son cœur, jusqu'à la faire étouffer. Était-ce de l'amour qu'elle ressentait pour lui ? C'était pire que tout. Elle avait besoin de lui parler, tout de suite. C'était soudainement devenu un besoin vital.
─ Professeur !
Bastien la regarda courir après lui, les yeux grands ouverts. Remus se stoppa, sans pour autant se retourner sur son élève. Caroline dut se placer en face de lui, pour constater l'air morne qui habitait son visage.
─ Allez-vous coucher, Caroline, dit-il simplement.
─ Mais…
─ Je suis fatigué, veuillez m'excusez.
Remus partit sans plus tergiverser. Caroline était sans voix. C'était la première fois qu'il lui faisait ressentir qu'elle ne valait rien. C'était ceci, qui était pire que tout. Et non d'être tombée amoureuse de lui.
Bastien avait assisté à la scène, avec un certain intérêt. Caroline le dévorait littéralement de ses billes noires. Elle ne l'avait jamais regardé ainsi, lui, le Serdaigle populaire que tout le monde admirait. Les traits de Bastien se durcirent. Pourquoi s'était-elle sentie obligée de le rattraper ? Le visage de Caroline le suppliait mystérieusement. Quand elle revint sur ses pas, décomposée comme un zombie, il ne put s'empêcher de mettre son grain de sel :
─ Qu'est-ce qui se passe entre vous ?
Bastien la vrillait d'un regard soupçonneux. Caroline voulut lui donner une gifle. Sa rage dépassait l'entendement. Non seulement il lui sautait dessus, devant Remus, mais en plus il avait le culot de lui faire des reproches.
─ Excuse-moi d'avoir voulu t'éviter une retenue, cracha-t-elle, hors d'elle. Et si tu me refais un coup pareil, je ferai de ta vie un enfer !
Sa voix déraillait tellement la colère emplissait son être. Caroline déchargeait toutes ses émotions sur lui. Il l'avait bien cherché après tout. Chacun partit de son côté par la suite, ne souhaitant, l'un et l'autre, continuer leur ronde ensemble. D'ailleurs, Caroline choisit de suivre le conseil de Remus. Elle était bien trop enragée et chamboulée pour effecteur sa ronde efficacement. Seul le sommeil la sauverait de cette tristesse qui s'insinuait sournoisement dans ce petit organe rouge, qu'elle appelait « point faible ».
OOO
Caroline avait très mal dormi. La réaction de Remus l'avait blessée, bien qu'elle ne veuille entièrement l'admettre. Pourquoi diable Bastien avait-il essayé de l'embrasser ? Jamais elle n'aurait dû le laisser s'approcher aussi près. Pourquoi n'avait-elle pas utilisé sa baguette ? Tout était si compliqué. Il fallait qu'elle réagisse. Elle était amoureuse. C'était devenu une évidence, quand elle avait senti cette oppression dans ses entrailles. Remus n'était plus une simple attirance, il était celui qu'elle désirait ardemment serrer dans ses bras, à chaque instant. Néanmoins, Caroline n'était pas folle ; il la repousserait au moindre geste déplacé. La douleur était toutefois trop forte et prenante. Elle avait pris sa décision ; elle le séduirait, car il était impossible qu'elle continue à se mentir. La Serpentard s'imaginait dans sa maison de campagne, à huitante ans, détaillant encore et toujours à ses petits-enfants le visage de l'homme qu'elle avait tant aimé dans sa jeunesse. Elle ne voulait pas regretter. Et même si leur relation amicale se briserait, Caroline ne voulait pas baisser les bras avant d'avoir combattu.
La jeune femme s'était donc levée aux aurores, et s'était rendue à la Volière, comme chaque matin. Peut-être que Jack lui avait répondu aujourd'hui. Caroline n'y croyait pas, mais quand elle vit Blanffec sur son socle habituel, elle se précipita sur lui.
C'était une lettre de Georges. Elle déchira l'enveloppe sans attendre, et en sortit un bon griffonné :
« Ma petite Caroline,
Un suspect se détache de mon côté. Je ne peux pas te dire de qui il s'agit dans cette lettre, mais c'est un ancien Mangemort qui était surveillé par les Aurors. Il a récemment disparu, dans les mois passés, et ton père n'arrive pas à retrouver sa trace. D'ailleurs, Jack n'a pas voulu me parler, mais qui ne s'en serait pas douter, hein ? Fais attention, le complice est sûrement bien plus proche de toi que l'on ne pense. Je dirai même qu'il se trouve à Poudlard, en ce moment même.
N'oublie pas que tout le monde est suspect.
Goerges. »
Caroline se caressa le menton, réfléchissant à toute allure. Tout le monde était suspect. Celui qui l'avait drogué avait-il un lien avec sa disparition ? Et Sirius Black avait-il quelque chose à se reprocher dans cette histoire ? Elle secoua la tête, accablée par les nombreuses possibilités qui se bousculaient dans sa tête. Après tout, Caroline était l'une des personnes les moins appréciées de Poudlard. Des suspects, il y en avait presque une centaine. Comment démêler le vrai du faux ?
Hello !
Petite première partie, dont la suite sera entièrement dédiée à la résolution de Caroline. Que pensez-vous de la tournure des événements ? J'ai beaucoup hésité...
Comme d'habitude, j'ai lu vos reviews avec un grand sourire, donc merci beaucoup à faolbee, Lily, lolahg et Lizziana :) je suis contente que vous aimez, vraiment !
A très bientôt pour la suite :)
