Chapitre Dix (2ème partie)

Bastien attendait devant la salle de classe du professeur Lupin, les jambes croisées, appuyé contre le mur. Ses mèches blondes se débattaient au sommet de son crâne, seul vestige de sa nuit éprouvante. Bastien n'avait pas digéré le refus de Caroline, et cette attention malsaine qu'elle accordait à leur professeur. Caroline était bien trop précieuse à ses yeux, pour la laisser mijoter dans les bras d'un homme aussi vieux et miteux. Il s'était donc mis en tête de les surveiller, à partir d'aujourd'hui.

Remus surgit dans le couloir longiligne du premier étage, déambulant dans sa direction. Bastien afficha un air soupçonneux à la vue de son professeur de DCFM. Il détestait cette manière nonchalante qui le caractérisait, et ce visage trop pâle. Non, décidément, quelque chose clochait avec lui.

─ Bonjour Bastien, déclara Remus, en ouvrant la porte de sa classe.

Bastien le salua poliment, et entra dans la pièce, les mains jointes dans le dos. Remus déposa ses fesses (Caroline les avait longuement étudiées) sur son pupitre de chêne brut, et regarda Bastien droit dans les yeux :

─ C'est le professeur Rogue qui s'occupera de votre retenue. Ce soir, à vingt heures, dans son bureau.

─ Vous allez me mettre une retenue parce que je m'amusais avec Caroline, lors de notre ronde ? rétorqua Bastien, un sourire désobligeant aux lèvres.

Les prunelles de Remus s'assombrirent. Bastien analysait sa réaction soigneusement. Un jour ou l'autre, il se trahirait. Ce n'était qu'une question de temps. Lupin se redressa, passablement agacé :

─ Avez-vous déjà oublié l'altercation avec votre camarade, hier à l'entraînement de Quidditch ?

─ Non. Daryl méritait le sortilège cuisant que je lui ai lancé. Espionner l'entraînement des autres équipes, ce n'est pas acceptable.

─ Vos conflits ne doivent pas être résolus avec une baguette, Bastien. Faîtes attention la prochaine fois, ou la retenue se transformera certainement en un renvoi. Et je doute que le Frelons de Wimbourne ait envie d'un joueur impulsif dans leur équipe.

Il perçut la phrase de son professeur comme une menace. Ce dernier se retourna et prit place derrière son pupitre, signe manifeste que la conversation était terminée. Bastien sortit aussitôt de la pièce, sa veine dessinant le tracé d'une rivière sur son front. Comment osait-il lui faire des reproches, alors qu'il était probablement celui au comportement le plus immoral de ce Château ? Bastien était décidé à prouver que Remus Lupin était loin d'être celui que tout le monde idolâtrait.

OOO

Après avoir préalablement rangé la lettre de Georges dans sa valise, Caroline sortit dans son dortoir les yeux pointés sur ses chaussures luisantes. La journée touchait à sa fin. Elly, Bianca et Daryl discutaient devant l'âtre flamboyant – sans elle. Une douce impression de nostalgie la caressa. Elle avait vécu tant de moments complices avec eux. Même avec Daryl. C'était dans ces instants où elle les voyait ensemble qu'elle touchait du bout des doigts ce qu'ils avaient tous perdu. La naïveté de l'enfance les avaient quittés, et c'était pourquoi ils empruntaient chacun une voie différente. Le bonheur était quelque chose de subjectif et d'abstrait. Mais le perdre révélait vraiment ce qui avait été important dans une vie.

[…] papa m'a dit que maman était partie vers les étoiles. Pourquoi continue-t-il à me mentir ? Moi je sais qu'elle a rejoint Elsa, et qu'elle veillera sur elle, comme papa devra veiller sur moi […]

Caroline se raccrochait toujours à de minces et réconfortantes visions. Le gouffre du malheur la guettait en permanence. Seul elle en avait conscience. C'était comme une petite pensée résiduelle qui revenait la hanter, dans les moments où la solitude devenait trop dure à supporter. Caroline avait connu le bonheur, et savait ce qu'il engendrait. C'était dans cette optique qu'elle permit à ses jambes de quitter les cachots, et de monter les escaliers, avec une élégance rare. Elle brillait littéralement, ses deux billes ravivées d'une lueur peu commune. Lupin était certes son professeur, mais il la rendait tout simplement heureuse, et c'était ce qui importait réellement pour elle.

─ Caroline, l'interpella Percy, à deux pas du bureau de Lupin.

Son camarde la saisit par le bras, et l'entraîna à l'écart. La Serpentard s'exaspéra de voir ses bouclettes rousses, au lieu des beaux cheveux bruns de Remus.

─ Je n'ai pas le temps, s'énerva-t-elle.

─ Le professeur Lupin peut attendre.

Caroline aurait nié en bloc, dans d'autres circonstances. Mais Percy n'était pas aussi bête. Mieux valait oublier cette phrase, et écouter ce que Monsieur le Préfet-en-Chef avait à lui dire.

─ J'ai parlé à cet Anrick Lester, et figure-toi qu'il n'était pas à cette fameuse fête.

─ Pardon ?

Percy croisa les bras, jetant des regards de toute part. Des éclairs illuminaient le visage de ce dernier succinctement, donnant à leur conversation une tournure dérangeante et tragique. L'orage était fidèle à Poudlard cette année. C'était comme le professeur McGonagall, qui ne quittait jamais son affreuse chemise de nuit écossaise. Caroline l'aurait brûlée, si l'occasion s'était présentée.

─ Il était malade ce jour-là.

Caroline ouvrit la bouche, puis le referma. Que dire, mise à part que Celia lui avait vraisemblablement menti ? Son enquête policière Moldue continuait donc, avec un nouvel inspecteur fraîchement débarqué. Toutefois, Percy n'avait rien du bel enquêteur, comme il était coutume de voir dans ces films. Cette remarque lui arracha un sourire vil :

─ Comment peux-tu savoir qu'il a dit la vérité ?

─ Il n'est pas du genre à raconter n'importe quoi comme toi.

─ Tu as raison, cela doit être un truc de Griffondor, ricana-t-elle.

Percy la foudroya du regard, tout aussi sérieux qu'il pouvait l'être :

─ Il m'a dit autre chose.

Caroline effaça ce sourire vicieux de ses lèvres, et fronça les sourcils, craignant que la suite ne soit pas aussi plaisante qu'elle le souhaiterait :

─ Une fille est venue le voir pour lui poser des questions sur cette fameuse fête, et lui a donné quelques mornilles pour prétendre qu'il t'avait droguée.

─ Quoi ?

Cette fois-ci, Caroline n'avait plus envie de rire. Par la barbe de Merlin, pourquoi Celia avait-elle fait ce marché honteux ? Elly avait raison ; la Poufsouffle n'était pas digne de confiance. Acheter la parole d'un autre était particulièrement perfide.

─ Pourquoi tu croyais que c'était lui ? demanda Percy.

─ J'ai fait confiance à la mauvaise personne.

Weasley baissa la tête, camouflant piètrement son rire. Caroline était consternée ; Percy ne riait jamais, ou du moins, jamais aussi frivolement. Sa chevelure rousse se secouait, donnant une furieuse envie à Caroline de la couper au sécateur.

─ Tu te ramollis Caroline…

Ses paroles étaient dénuées de moquerie, pour la première fois depuis sept ans. Il n'avait pas abandonné son air hautain, mais l'animosité stagnant entre eux s'était atténuée, comme si le temps avait fait son œuvre et que plus rien ne serait comme avant. La nostalgie gangrénait le cœur de Caroline, à mesure que le passé s'entassait derrière elle.

─ Tu as perdu ton… mordant cette année, même les premières années ne te craignent plus.

─ Et alors ? cracha-t-elle. Serais-tu jaloux ? Après tout, toi tu n'as pas perdu ta stupidité.

Percy souriait toujours, déclarant d'une voix enjôleuse, presque angoissante pour Caroline :

─ Serait-ce à cause du professeur Lupin ?

─ Tu racontes n'importe quoi, rétorqua-t-elle sèchement. Alors, ce Lester, il t'a dit quelque chose d'autre ?

─ Non.

Caroline tourna le dos à Percy, regardant la porte du bureau de Remus songeuse. Était-ce vrai ? Depuis qu'il était là, elle n'était plus qu'une élève modèle : une parfaite contrefaçon de Percy (elle en fut écœurée). Les autres professeurs ne se plaignait plus d'elle. Ses sarcasmes passaient inaperçu. Qu'avait fait Remus Lupin, de cette fille asociale qu'était Caroline Dorm ?

─ Je te rappelle que dans notre échange de bon procédé, tu dois parler à Pénélope de moi. Je te laisse jusqu'à jeudi soir, sinon tu devras m'accorder une autre faveur.

─ Quelle autre faveur ? maugréa-t-elle, le regard toujours rivé sur la porte de Remus.

─ M'emmener avec toi à la réception du Ministère, à la place de Bianca.

─ Bianca a déjà acheté sa robe. Demande à ton père une invitation.

Caroline bouillonnait. Cette soirée serait barbante à souhait, et avec Percy à son bras, elle serait tout simplement insupportable. Elle préférait diner en tête à tête avec Tom, plutôt que de s'afficher avec ce Weasley prétentieux.

─ Mon père n'a pas d'invitation à distribuer comme le tien.

─ C'est hors de question.

─ Alors tu n'as qu'à convaincre Pénélope de venir avec moi à Pré-au-Lard, le week-end prochain.

Caroline resta interdite, affublée d'une migraine, à force de retourner le problème dans sa tête. Les rumeurs étaient extrêmement utiles à Poudlard, et certaines prétendaient que Pénélope évitait Percy, car il avait dit des choses blessantes sur sa famille. Percy voulait manifestement s'excuser en l'emmenant à Pré-au-Lard.

─ On verra.

La Serpentard lâcha le Griffondor, et s'avança à la porte incandescente qui attirait toute son attention depuis cinq minutes. Weasley ricana, et disparut hâtivement de la vision de Caroline. Elle toqua deux coups distincts de sa main moite. Du bruit s'éveilla de l'autre côté de la porte, puis elle s'ouvrit, dans un parfum de cannelle infusée. Qu'il était charmant. Caroline lui adressa son plus beau sourire, et entra dans la pièce, le cœur battant à tout rompre.

─ Bonjour.

Son sourire s'estompa aussitôt. Remus n'était pas aussi heureux qu'elle, à en juger par sa mine taciturne et sa voix suave dénuée de douceur. Le Strangulot se débattait dans son aquarium, produisant le seul son qui brisait ce silence qui gâchait le temps que Lupin lui accordait. Ce dernier farfouilla dans ses papiers, pendant que le thé infusait.

─ Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle timidement.

Il releva la tête, et un sourire apparut enfin sur son visage renfermé. Il prépara deux tasses de thé à la cannelle, alors que Caroline observait son bureau, repérant les petits détails qui avaient changé depuis sa dernière visite. Notamment un pack de Bièraubeurre, posé sur une étagère surélevée.

─ Non, ce n'est rien, répondit-il enfin, en posant une tasse en face d'elle. Buvez, tant que c'est chaud.

─ Vos vieilles robes vous grattent, c'est ça ?

Caroline ria naïvement, surprenant son professeur par cet éclatement de bonheur. Elle mourrait d'envie de saisir sa nuque et de planter un baiser fougueux sur ses lèvres. L'essence même de son bonheur ôta sa robe décrépie, et la posa sur le dossier de sa chaise. Sa chemise moulait un peu son torse, pour le grand plaisir de la Serpentard.

─ Ou c'est peut-être le fait que l'une de mes élèves n'arrive pas à lancer l'un de ses sorts informulés sans exploser ma salle de classe.

Il marquait un point. Caroline n'était pas douée en DCFM, mais elle était fière d'être la meilleure en étude des Moldus. Bien que ce ne soit pas aussi utile que la matière de son professeur préféré.

─ Je n'ai pas hérité du talent de ma mère, malheureusement, souffla Caroline le sourire aux lèvres.

Elosia Fawley était une sorcière de Sang-Pur. Membre honoraire du club de Slug, la mère de Caroline avait été une élève brillante. La jeune femme avait d'ailleurs hérité de ses beaux cheveux dorés. Contre l'avis de ses parents, elle avait épousé Jack à la fin de leurs études, renonçant au statut de Sang-Pur de sa famille.

─ Vous ne m'avez jamais parlé de votre mère.

─ Elle est partie, comme Elsa, emportée par la maladie.

Remus lui adressa un sourire désolé, et remplit sa tasse à nouveau. Caroline sirotait son thé, les yeux brillants à la lumière des éclairs. « Cette ambiance se prête à un câlin approfondi, vous ne trouvez-vous pas ? » songea-t-elle aguicheuse. Elle s'approcha de lui, son corps brûlant de désir. Néanmoins, elle ne laissait rien transparaître sur sa figure pâle.

─ Bastien ne vous a pas fait de mal hier, j'espère ?

Caroline craqua littéralement devant son inquiétude. Ses jambes s'arrêtèrent difficilement à un mètre de lui. Elle mordait frénétiquement sa joue, à la vue de sa mâchoire contractée. Que c'était attrayant !

─ Non, enfin…

La Serpentard tendit sa main tremblante dans sa direction. Elle imaginait sa peau toucher la sienne, et la main de Remus rejoindre sa taille, pour caresser ses hanches avec sensualité. En plus, elle devait vérifier si ses lèvres étaient aussi douces qu'elles le laissaient paraître. Toutes ces pensées la poussaient à déglutir de plus en plus difficilement. Caroline n'entendait rien de plus que son souffle saccadé, et son cœur battant à un rythme effréné. Sa main effleurait presque sa joue...

─ Bien que je vous apprécie, professeur, pourriez-vous pousser ? Je n'aimerais pas attraper votre tête, à la place des Bièraubeurre.

Un vilain mensonge, qui était très efficace. Le regard sévère de Lupin quitta instantanément son beau visage, et il se décala pour que Caroline puisse saisir les fameuses Bièraubeurre. La jeune femme lui souriait, malgré sa frustration naissante. L'aura néfaste de Remus l'avait conduite à reporter ses intentions. Pour l'instant.

─ Vous n'aimez pas le thé ? s'étonna-t-il.

─ Je préfère les boissons un peu plus « interdite », comme un bon vieux rhum.

« Tu n'aurais pas pu trouver un truc plus intelligent à dire ? » Caroline s'en mordait les doigts : son allusion était pourrie.

─ Ce n'est pas dans mon bureau que vous allez boire du rhum.

« Ça, c'est sûr », soupira-t-elle intérieurement. Remus jeta un coup d'œil à l'horloge. La soirée était bien entamée, et bientôt viendrait le moment où il l'affublerait d'un « allez-vous coucher Caroline », auquel elle répondrait (dans ses rêves les plus fous) : « volontiers, vous venez ? ».

─ Et pour votre suspect, votre enquête avance ?

─ Quelle enquête ?

Caroline fit les gros yeux. Était-il au courant de la chasse au malfrat qu'elle avait entreprise avec Celia la traitresse ?

─ Celia est venu me parler, et m'a posé des questions.

─ Vous parlez à cette fille ? siffla-t-elle méfiante.

─ C'est l'une de mes élèves, Caroline.

Réponse universelle. Caroline commençait sérieusement à être jalouse. Parlait-il avec Celia, comme avec elle ? Cette idée lui déplut énormément, et l'énerva plus que de raison.

─ Elle m'a roulé dans la farine. Percy a interrogé l'un de ses suspects, et il a dit qu'elle l'a payé pour qu'il fasse croire que c'était lui qui m'avait drogué.

─ Vraiment ?

Caroline prit la mouche.

─ Je commence à me dire que vous vous moquez de moi avec Celia, c'était votre idée après tout ! Personne ne m'a drogué, j'en suis sûre, s'énerva Caroline.

Après tout, c'était peut-être une blague de Daryl et de Bianca. L'impossible n'existait pas chez les Serpentard.

─ Voyons Caroline, rigola Remus, je suis de votre côté. Et Percy, vous êtes sûre qu'il vous a dit la vérité ? Il me semble que votre relation est assez spéciale.

─ Percy est un ami, s'emporta-t-elle.

Remus eut un sourire séduisant à sa remarque. Bien sûr que ses deux élèves étaient amis, mais seul lui avait semblé le savoir jusqu'ici. Il était content que Caroline l'avoue enfin. La Serpentard avait une folle envie de l'enlacer et s'excuser pour son attitude, mais les propos de Weasley avaient touché sa fierté. Il ne la ramollirait pas un instant de plus.

─ Si tout le monde me ment, comment pourrais-je croire quelqu'un ?

─ Je ne vous mens pas.

─ C'est ça, marmonna-t-elle.

C'était un loup-garou, peut-être qu'il l'avait oublié. Remus n'était pas d'une sincérité franche ; Caroline le comprenait. Mais c'était blessant de s'investir auprès d'une personne, et ne rien recevoir en contrepartie.

─ Il faut que j'y aille. On m'attend, pestiféra-t-elle. Et non, vous ne pouvez pas venir !

Elle claqua la porte de son bureau furieusement. Remus haussa les sourcils, hébété. Inutile de dire qu'il n'avait pas compris qu'elle mouche l'avait piquée.

ooo

Caroline était en colère, et s'agaçait encore plus d'être aussi désagréable avec Lupin. C'était pathologique. Si elle ne déversait pas sa mauvaise foi sur Percy, c'était sur Remus qu'elle se rabattait.

─ Qu'est-ce que tu as Caro ?

Bianca était assise sur le canapé de leur salle commune, aux côtés de Daryl. La Serpentard ne se pria pas pour les séparer et poser ses fesses près de son amie.

─ Elle s'est pris un râteau, s'exclama Daryl hilare.

─ Pas de ton père en tout cas.

Cette blague était tout simplement odieuse. Carline adorait regarder le visage de Daryl devenir un amas de haine et de ressentiment. Tous les sorciers de la haute société savaient que le père de Daryl courait allègrement après les femmes, et qu'il avait rayé le mot « fidélité » de son vocabulaire.

─ Sois un peu sympa, Caro.

Elle se retourna vers Bianca, surprise par son reproche. Blanche-neige continua, tout en douceur :

─ Si vous arriviez à vous entendre, nous pourrions nous retrouver, tous les quatre, comme avant. Tu es la seule à rester braquée sur ce malheureux incident…

─ Malheureux incident ? répéta Caroline.

Daryl l'avait prise de court, et avait expliqué à leur amie l'événement survenu l'année dernière, avec la jeune Griffondor. Comment Bianca pouvait-elle dire que c'était un regrettable incident ? C'était grave. Surtout si elle se destinait à devenir une brillante Auror. Que Daryl lui avait-il dit ? Ce goujat lui avait retourné le cerveau, Caroline en était sûre et certaine.

─ Daryl est prêt à faire la paix avec toi, alors je te demande de faire de même. Si tu ne veux pas, fais-le au moins pour moi.

Bianca délirait totalement. Elle ne pouvait pas pardonner Daryl. Son attitude au quotidien était inexcusable. Devait-elle accepter qu'il traite des Nés-Moldus de Sang-de-bourbe ? Non, elle ne cautionnerait pas cette attitude rétrograde.

─ Je préfère rester seule alors.

Caroline se leva, et s'engouffra dans leur dortoir, avec la doucereuse impression que le monde s'écroulait autour d'elle. Elle enfila son pyjama, tira la couverture jusqu'en dessous de son nez, et tourna la tête sur le côté. Bianca n'avait jamais préféré Daryl à leur amitié. Que se passait-il dans ce Château de fou ? Caroline ferma les paupières, le sommeil l'aspirant, telle un aspirateur Moldu.

ooo

─ Miss Dorm ?

Le professeur Flitwick la dévisageait avec anxiété. Caroline continua son chemin sans s'arrêter. Elle bifurqua dans l'allée menant à la sortie de l'école. Une fois dehors, elle apposa ses mains sur la grille de l'école. Le fer forgé s'ouvrit lentement. La Serpentard se faufila ensuite dans l'ouverture et s'arrêta, regardant de part et d'autre les chemins qui s'offraient à elle.

La Serpentard prit la direction de la Forêt Interdite, et s'y introduisit, d'un pas tranquille.

La nuit dévorait la moindre lumière, et forçait la lune à se cacher derrière des nuages menaçants. La pluie avait cessé de marteler la peau pâle de Caroline, mais le festival des éclairs continuait de plus belle. De nombreux animaux virent la jeune femme passer, le regard rivé dans le vague. Elle fit le tour du périmètre trois fois de suite, ne trouvant pas ce qu'elle recherchait.

Une main se posa soudainement sur son épaule droite. Cependant, Caroline ne se retourna pas. Et chercha même à continuer sa course. La main l'en empêcha aisément :

─ Puis-je savoir où vous allez Miss Dorm ? tonna une voix qu'elle connaissait bien.

Severus dut encercler ses reins et son ventre, pour qu'elle s'immobilise enfin. Le professeur McGonagall rejoignit son collègue, suivie de près par Flitwick.

─ Elle n'a pas l'air dans son état normal, remarqua Minerva avec inquiétude.

─ Il ne faut pas être un génie pour le deviner, commenta Severus, agacé par la force que Caroline mobilisait pour le repousser.

─ Immobilisez-la, professeur.

Filius pointa sa baguette sur Caroline, et prononça de sa voix criarde :

─ Imobilis !

La jeune femme cessa de bouger. Le Maître des Potions put remettre sa robe correctement, et dévisager son élève d'un air réprobateur :

─ Que faîtes-vous ici ?

─ J'ai rendez-vous avec Sirius Black.

Rogue arqua l'un de ses sourcils, soudainement amusée par la situation. Il était trois heures du matin ; Minerva l'avait tiré de son sommeil réparateur. Et il en était particulièrement content à présent, bien qu'il ait râlé jusqu'ici.

─ Vous arrivez toujours à surpasser votre bêtise.

─ Elle est sous un sortilège d'Imperium ? s'horrifia Minerva.

─ Je ne pense pas qu'elle ait réellement rendez-vous avec le criminel le plus recherché du moment, siffla Severus, de mauvaise foi.

─ Ramenons-là au Château.

.

Caroline se réveilla au petit matin dans le bureau de son Directeur de Maison. Elle avait mal à la tête. Quelque chose l'avait cogné, d'après la bosse au sommet de son crâne.

─ J'ai le regret de vous annoncer que vous avez manqué votre rendez-vous avec Sirius Black.

Son professeur de potions se pencha au-dessus d'elle, un rictus mauvais aux lèvres. « Ses cheveux gras vont déverser leur sébum sur moi ». Caroline se dégouta de penser des choses pareilles.

─ Qu'est-ce que vous racontez ?

─ Vous avez repris le contrôle.

─ De quoi ?

Caroline se leva, chancelante, et une fois sur ses deux pieds, le canapé disparut dans un « plouf ».

─ On vous a lancé un sortilège d'imperium. J'ai dû vous assommer pour que vous restiez tranquille ici. La prochaine fois que vous m'envoyer un Stupéfix, pensez à viser, ricana-t-il.

Elle se vexa de sa remarque. C'était le pire réveil de tous les temps. Pourquoi ne s'était-elle pas réveillée dans le bureau du professeur Lupin ? Elle n'avait pas de chance. Quelqu'un était décidé à s'en prendre à elle cette année. Un sortilège d'Imperium…

─ Le professeur Flitwick vous a vu quitter le Château, il est venu nous avertir avec le professeur McGonagall. Nous vous avons retrouvée errante dans la Foret. Vous aviez soi-disant rendez-vous avec Sirius Black.

─ C'est plutôt une bonne excuse.

─ Il y a manifestement une personne dans ce Château qui vous en veut, continua-t-il sans l'écouter.

Le professeur Rogue affichait cet air mesquin qui lui allait comme un gant. Caroline se dirigea vers la porte, passablement exaspérée :

─ C'est le moment de vous en rendre compte.

─ Cessez votre impertinence.

Caroline fit un effort, et ravala toute l'amertume qu'elle éprouvait pour lui. Il pourrait peut-être les aider, dans un élan de générosité sans précédent. Elle garda ses espoirs pour elle, connaissant pertinemment la tendance de son professeur à se moquer d'elle.

─ Goerges et moi le savons déjà, il enquête pour découvrir de qui il s'agit.

─ L'ivrogne ? reprit-il cinglant.

─ Arrêtez de l'appeler de cette façon !

─ J'utilise les mots appropriés. Je vous avais dit de faire tête basse cette année, et j'entends que vous complotez avec votre ami drogué ?

Il devait faire exprès d'être aussi insupportable. Même Percy n'arrivait pas à sa cheville. Rogue avait vraiment un problème existentiel pour réduire la vie des autres à leurs actions les moins glorieuses, et valoriser leurs échecs.

─ Il n'est pas drogué, il a perdu des personnes qui lui sont chères.

─ Nous sommes tous dans ce cas, et pourtant nous ne nous baladons pas soûls toute la journée.

Peut-être avait-il raison. Mais certains n'avaient pas eu la chance d'avoir une main tendue pour les aider à rester dans le droit chemin. Caroline n'avait plus envie de parler. Toute cette histoire la fatiguait moralement. Jack avait raison. Cette personne cherchait peut-être à l'atteindre en menant la vie impossible à sa fille unique.

Rogue acheva leur entrevue, satisfait :

─ Si quelque chose se reproduit, nous agirons. Mais pour le moment, je vous conseille de rester sur vos gardes, et d'éviter de vous enfiler dans des combines douteuses, Miss Dorm.

Caroline quitta le bureau, déprimée par cette journée qui s'annonçait aussi éprouvante que celle de la veille. Les reproches de Rogue rentrèrent par une oreille et sortirent par l'autre. Ce n'est pas demain la veille qu'elle écouterait un ancien Mangemort.

[…] Georges est venu, mais papa l'a chassé. Pourquoi ne puis-je plus lui parler, et pourquoi papa n'ose plus le regarder dans les yeux ? […]

OOO

Les chants des élèves s'élevaient dans les couloirs, en ce sombre mardi soir. Caroline marchait, au rythme de la musique qui l'emplissait d'une émotion dérangeante. Celle que l'on ressentait généralement dans les films d'épouvante Moldus, au moment où la fille se faisait sauvagement assassinée par une marionnette ou un esprit mal intentionné.

Elle gravit les escaliers tranquillement, et se faufila jusqu'à à la porte du bureau de Remus. Caroline était persuadée que celui qui l'avait enlevée se trouvait à Poudlard. Un sortilège impardonnable, dans l'enceinte de Poudlard, alors que celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom n'était rien qu'une ombre fantomatique ? Caroline s'en inquiétait beaucoup. Cette personne prenait un malin plaisir à la manipuler, et l'une des seules personnes en qui elle vouait une confiance aveugle, c'était Remus.

.

─ Ce Neuville Londubat, ses parents sont internés à Ste Mangouste, n'est-ce pas ?

Il lui versa une tasse de thé à la cannelle et glissa un carré de sucre dedans. Sa canne était posée contre son pupitre, mais il ne semblait plus en avoir l'utilité. Déjà hier il n'en servait plus. Cette pensée l'attrista. Remus devait avoir vécu le pire.

─ Franck et Alice Londubat… Oui, ils ont subi un sortilège impardonnable.

Caroline discernait le malaise de Remus, à travers l'ambiance chaleureuse de ses quartiers. L'événement de la veille avait dû faire le tour chez les professeurs. Et Remus devait forcément être au courant. Peut-être était-ce pour cette raison qui l'avait accueillie avec un regard soulagé. Ils avaient même oubliés le sujet nébuleux qu'était Celia et ses mensonges.

La Serpentard était étonnée que Franck et Alice aient survécu, même si leur sort était certainement pire que la mort. Jack connaissait les Londubat, et Caroline avait enfin réussi à retenir le prénom de leur fils.

─ Faisaient-ils partie de ces amis dont vous m'avez parlé ?

─ Oui, entre autre.

─ Qui était les autres ?

De toute façon, elle n'attendait aucune réponse à sa question, autre que « c'est indiscret, Caroline », comme il savait si bien le dire. A force d'être indiscrète, elle aurait dû apprendre au moins une chose intime sur lui. Mais il ne lâchait rien, gardant la moindre information dans sa bouche aux lèvres si douces… étaient-elles vraiment douces ? Il fallait absolument qu'elle le découvre. Discrètement, elle s'était approchée, s'asseyant sur la même marche que lui.

Il était encore toutefois trop loin.

Son courage s'étiolait au fil des secondes, ayant la peur panique qu'il la repousse. C'était vraiment inapproprié.

─ James et Lily Potter.

─ Les parents d'Harry ? s'étrangla Caroline.

─ Oui, c'étaient mes meilleurs amis.

Alors c'était vraiment un Griffondor, comme elle l'avait deviné le jour de la rentrée. Cette réponse était inattendue et Caroline n'avait aucune idée de quoi répondre. Ils étaient morts de la main de Voldemort, la plus grande calamité de leur temps.

─ Professeur, croyez-vous que le mage noir va revenir, plus puissant que jamais ?

Elle le fixait, ne trahissant pas l'inquiétude qui la submergeait. Remus se tourna vers l'unique fenêtre de son bureau, pensif. « Bien sûr vous serez là pour me protéger, mais quand même ! » Les pensées de Caroline dérivaient dans un océan de rêves, même sur un sujet si sensible.

─ Je ne sais pas, Caroline. Il n'y aucune raison de penser une chose pareille, à l'heure qu'il est.

Son ton bienveillant la rassura pour de bon. Caroline scruta avec curiosité la paperasse étalée sur le bureau de son professeur, près d'eux. Des devoirs, des livres…

─ Les Loup-garou, articula-t-elle surprise.

─ Nous étudions ce sujet avec les troisièmes années. Quelque chose vous tracasse ?

─ Non, pas du tout, s'empressa-t-elle de répondre.

Un sourire crispé naissait sur ses lèvres.

─ Je ne me rappelle plus les avoir étudié en troisième années, c'est tout.

Remus saisit quelques copies, et les regarda avec une moue embêtée.

─ Ne faîtes pas cette tête, intervint Caroline avec un rire nerveux. Ce ne sont que des devoirs.

─ Il a bien des choses qui échappent à une jeune femme comme vous, rétorqua-t-il peiné.

─ C'est ce que vous croyez.

Caroline croqua les derniers centimètres qui les séparaient, et le fusilla d'un regard doux. Elle tendit ses bras dans le réel intérêt de le saisir. Quand elle forma un arc de cercle chaleureux autour de lui, prête à le serrer de son corps en ébullition, Remus la bouscula brusquement en se relevant :

─ Je peux savoir ce que vous faîtes ?

Sa réaction blessa Caroline. Il avait revêtu une expression scandalisée, et ne semblait pas même dérangé de lui parler aussi froidement.

─ Une simple accolade. Vous aviez l'air triste.

Sa voix tremblait, malgré ses efforts pour garder la face. Après tout, ce geste pouvait porter à confusion.

─ C'est inconvenant, vous ne pouvez pas, Caroline.

─ Je voulais juste me montrer réconfortante, se défendit-elle.

─ Je n'ai pas besoin de réconfort, je suis votre professeur, dit-il sèchement, se prenant la tête dans sa main droite.

Sa voix s'était adoucie, mais Caroline était irritée qu'il la repousse, alors qu'elle était certaine qu'il désirait l'étreindre autant qu'elle. Elle n'était pas bête ; leur attirance était réciproque. C'était une évidence. La tension de son regard dans le sien révélait ce qu'il cherchait à tout prix à cacher : des sentiments.

─ Vous croyez que je ne comprends rien, n'est-ce pas ? s'indigna la jeune femme.

Remus lui tourna le dos, et posa ses mains sur le bureau. Il n'osait plus la regarder.

─ Sortez Caroline.

Elle ne se pria pas pour partir, le cœur lourd. De petites larmes dégringolaient le long de ses joues, une fois loin de son bureau. Elle les sécha rapidement, d'un revers de main. Remus s'était montré à la hauteur de sa réputation : un bon professeur. Et Caroline le détestait autant qu'elle l'admirait.

Malgré ce refus dissimulé, elle n'avait pas dit son dernier mot. Remus ne s'en tirerait pas aussi facilement.

Dans son lit, elle serra son ours en peluche, qu'elle avait soigneusement gardé dans sa valise pour les moments comme celui-ci. Les moments de solitude extrêmes, alors qu'elle était entourée de centaines personnes. Cet ours avait veillé sur elle, quand elle était enfant. Elle lui parlait constamment, se confiant sur ses états d'âme. C'était ainsi qu'il était devenu son exutoire, quand sa mère et Elsa l'avait abandonnée.

[…] je suis si seule… pourquoi papa part, et pourquoi ne revient-il pas ? […]


Voilà la deuxième partie :)

Les choses se gâtent. Au programme du prochain chapitre, carte des Maraudeurs, sortie à Pré-au-Lard et un grand moment pour Caroline.

Je le répète encore et toujours, mais merci beaucoup à Polugritiya, Lizziana (tu auras les réponses à tes questions dans les prochains chapitres :D), faolbee, lolahg pour leurs reviews (elles me motivent encore plus ahah).

Si vous avez des questions, n'hésitez pas.

Bonne semaine à tous.. :)