Chapitre 11

Le réveil fut extrêmement pénible pour Caroline. Elle s'était traînée pour enfiler son uniforme, démêler ses fins cheveux dorés et débarbouiller sa figure rougie par le frottement du coussin. Le reflet du miroir ne lui plaisait guère. Ses yeux étaient creusés, éteins et sa mine était fatiguée. Elle ressemblait beaucoup à Remus, mise à part les cicatrices et la moustache. Caroline eut un rire jaune à cette constatation. La matinée commençait très bien.

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Le cours d'études des Moldus avait accaparé son attention ce matin, mais à l'heure du déjeuner, Remus avait doucement reprit place dans ses songes. Elle mangeait aux côtés de ses fidèles camardes Serpentard, bien qu'elle n'ait pas faim du tout. L'énorme aile de poulet qui trônait dans son assiette dégageait une odeur succulente, mais rien à faire, Remus lui coupait l'appétit.

─ Le professeur Lupin a l'air préoccupé.

Bianca lui donna un coup de coude inquisiteur. Caroline garda la tête vissée dans son assiette, muette comme une carpe. Remus mangeait à la table des professeurs aujourd'hui, alors qu'en temps normal, il ne venait jamais mettre le moindre pied dans la Grande Salle à midi.

─ Il devrait démissionner, avant de nous contaminer avec la fichue maladie qu'il traîne depuis le début de l'année.

Daryl ne manquait jamais une occasion de se taire. Caroline attrapa sa fourchette, et la planta violemment dans son poulet, afin d'évacuer son ressentiment, sans écraser la tête insignifiante de son camarade. Il n'avait aucune idée de la maladie de Remus, et il se permettait de le juger. La luxure de Daryl le mènerait à sa perte ; Caroline n'attendait que le moment où son père serait traîné dans la boue pour ses affaires illicites, entraînant sa famille avec lui. « De la méchanceté gratuite », comme Bianca le lui avait souvent reproché. Mais Daryl ne connaissait pas le sens du mot modestie, et un petit séjour dans les bas-fonds du peuple lui ferait le plus grand bien. Pourtant, Caroline avait beau lui trouver de nombreux défauts, Daryl aurait toujours une place de choix dans son cœur. Rien n'effaçait le passé, et l'adorable garçon qu'il avait été. Un jeune homme serviable, solaire et fidèle. Daryl était un élève brillant également. Que lui était-il arrivé, pour qu'il soit devenu aussi superficiel ?

Et puis, pourquoi s'acharnait-il sur Remus alors qu'il n'avait jamais médit sur l'un des professeurs du Château depuis sept ans ? Daryl avait peut-être quelque chose à se reprocher.

« Fais attention, le complice est sûrement bien plus proche de toi que l'on ne pense. Je dirai même qu'il se trouve à Poudlard, en ce moment même. »

Georges parlait-il de Sirius Black, ou d'une personne bien plus proche d'elle ? Caroline eut l'impression que son environnement devenait hostile à sa présence, et qu'une force invisible la forçait à quitter la Grande Salle. Le complice la surveillait, c'était évident. Discrètement, elle jeta des regards à la dérobée aux tables voisines. De qui pouvait-il bien s'agir ?

Remus la surveillait, lui. Pourquoi était-il venu manger ici, alors qu'il lui avait confié qu'il aimait se couper de l'agitation du Château lors de ses repas ? Peut-être était-ce pour cette raison qu'il avait fait semblant de l'apprécier, pour faire de sa vie un enfer.

« Non, mais qu'est-ce que je raconte ! », se mordilla-elle la langue de dépit.

Néanmoins, il connaissait Sirius Black. Et rien que cette donnée changeait tout le raisonnement. Caroline s'apprêtait à saisir un parchemin pour noter ses observations, quand Bianca la secoua doucement par le bras :

─ On y va Caro, c'est l'heure.

Le cours de Défense Contre les Forces du Mal. Quelle horreur, pourquoi s'était-elle inscrite dans cette matière ? Elle n'aurait peut-être jamais sympathisé avec lui, s'il ne lui avait pas appris le sortilège de feu pour repousser les Inferti. En effet, ce jour-là, il avait effleuré le cou de la Serpentard de son souffle chaud, et toucher sa main pour la positionner correctement. Caroline frissonnait en se remémorant la bouche de Remus près d'elle, à portée de la sienne.

La salle de classe était encore vide. Ils étaient arrivés les premiers. Caroline profita de s'assoir à sa place, afin de sortir son parchemin et ses livres. Si elle se plongeait dans une lecture acharnée, elle aurait peut-être la chance d'éviter tout contact avec lui. Bien sûr qu'elle lui en voulait pour l'avoir repoussée comme une vieille chaussette, et ce ne serait sûrement pas elle qui ferait le premier pas pour présenter ses « excuses ».

─ J'ai croisé la Poufsouffle qui t'aide ce matin. Qu'est-ce que cela donne votre enquête ? demanda Elly, en préparant son parchemin à son tour.

─ Rien du tout. On n'a aucune chance de retrouver le coupable.

Elly la regardait de ses grands yeux bleus, ou plutôt l'analysait d'après les plissements prononcés de son front.

─ Tu es pâlotte, tu es sûre que tout va bien ?

─ Ça va.

Le moment tant redouté arriva très rapidement. Remus entra dans sa salle de classe, évitant soigneusement de regarder Caroline, tout comme elle. Au moins, ils étaient sur la même longueur d'ondes.

─ Bonjour à tous, aujourd'hui nous allons aborder une nouvelle fois les sortilèges informulés. Vous avez encore des progrès à faire. Je ne veux plus aucun mot aujourd'hui, concentrez-vous.

Les tables disparurent et tous les élèves se mirent en binômes. Caroline se plaça face à Elly, et leva sa baguette en direction de son amie. Remus avait gentiment dit « vous avez encore des progrès à faire », alors qu'il n'y avait qu'elle qui ne réussissait pas ses sortilèges informulés. Son cœur bondit, touché par cette attention détournée. Elle ne pouvait décemment pas la haïr ou l'accuser de l'avoir kidnappée…

─ Caroline, concentrez-vous.

Il était là, à côté d'elle. La jeune femme sentit ses jambes fléchir, comme une fillette devant son idole. Remus avait gardé une distance de sécurité. Il se contentait de la guider par la parole. Caroline suivait ses ordres à la lettre, et au bout de nombreux essais, elle finit par lancer un Stupéfix parfait sur Elly. Remus eut un petit sourire victorieux, mais ce dernier s'effaça rapidement :

─ Bien, le cours est terminé, bravo à tous.

Le professeur Lupin se dépêcha de monter dans son bureau, et de fermer la porte à clé. Caroline fut quelque peu déçue, persuadée qu'il allait lui parler sérieusement, cette fois-ci. Elle ne tergiversa pas à le rattraper ; Elly l'attendait à l'extérieur de la classe.

─ On va un moment à la bibliothèque, avant d'aller dîner ?

Caroline hocha la tête, dépitée. Remus l'enivrait, c'était plus fort qu'elle. A chaque fois qu'elle était confrontée à lui, elle perdait pied. La Serpentard espérait que l'ambiance feutrée de la bibliothèque, avec un bon bouquin, l'aideraient à penser à autre chose.

─ Je vais me chercher deux - trois livres, je te rejoins à la table.

Elly disparut dans les allées sinueuses emplies de bouquins en tout genre qui les encerclaient. Caroline se dirigea au milieu de la pièce, où se trouvaient les tables pour réviser. Celia était assise à l'une d'entre elle. Caroline n'hésita pas une seconde. Elle l'attrapa par le bras, et l'entraîna violemment à l'extérieur, sous le regard courroucé de la bibliothécaire.

─ Je crois que notre petite entreprise est terminée, déclara-t-elle fermement.

Celia prit quelques instants pour reprendre ses esprits, détendant ses épaules endolories :

─ Pourquoi tu dis ça ?

─ Je sais que tu as payé Anrick Lester.

La Poufsouffle restait figée, pour cacher les émotions qui pourraient la trahir. Mais c'était inutile, Caroline savait et n'avait aucune intention de lui pardonner.

─ Ecoute, ce n'est pas ce que tu crois…

─ Je pense que personne ne m'a drogué, et que tu t'es bien fichue de moi. Mais tu apprendras qu'il n'est pas bon de s'en prendre à une Serpentard.

Les menaces, c'était une affaire courante pour Caroline. Elle n'avait aucun scrupule à faire pression sur Celia. La vengeance était un plat qui se mangeait froid (ces Moldus, quels génies !).

─ Bon sang, je voulais juste me rapprocher un peu de toi !

Celia avait explosé en l'espace d'une phrase, et ressemblait presque à une folle. Le parfait sosie de la cousine de Sirius Black. Caroline recula par instinct, et posa la main sur sa baguette, dissimulée dans la poche de sa robe. Ses yeux écarquillés pointaient Celia, totalement abasourdie.

─ Ça n'a plus d'importance maintenant, se reprit-elle maladroitement, recoiffant ses épais cheveux bruns en arrière, dans des mouvements saccadés.

Caroline décelait la nervosité de son interlocutrice. C'était étrange, Celia n'était pas du genre à hurler comme une furie. Elle avait l'impression d'avoir une fille différente en face d'elle, à la personnalité perturbée. La Serpentard la regarda encore quelques secondes d'un air accusateur, puis se détourna pour rentrer à nouveau dans la bibliothèque.

─ Quelqu'un a essayé de te droguer Caroline, je t'assure. Et cette personne n'est pas ton amie, ne n'oublie jamais.

─ Pardon ?

Celia s'était volatilisée, quand elle s'était retournée. Un sortilège de Désillusion. Caroline entra une seconde fois dans la bibliothèque, un frisson parcourant son échine dorsale. Que racontait encore cette folle ? La jeune femme était effrayée, sans l'avouer. Jamais elle n'avait vu une personne changer d'attitude aussi rapidement, et arborer une expression si… malsaine.

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Trois jours plus tard, Caroline marchait tranquillement en direction de la Grande Salle, son livre de potions sous le bras, quand elle repéra une touffe rousse dans un couloir adjacent. Elle crut d'abord que c'était Percy, mais en s'avançant discrètement, elle vit une deuxième tignasse rousse. Les jumeaux Weasley. Caroline plissa les yeux ; elle avait l'impression qu'ils traînaient quelque chose, d'après la position de leurs bras, et leurs dos voûtés. Pourtant, il n'y avait rien entre eux, pas le moindre Lutin de Cornouailles. La Serpentard décida de se cacher derrière un muret tout proche, pour découvrir ce qu'ils manigançaient encore. La voix d'Harry lui apparut alors clairement. Caroline jubilait d'avoir déniché ce poste stratégique, les fesses mouillées par la neige qui encombrait la cours de l'école.

─ Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, déclarèrent les jumeaux à l'unisson.

─ Messieurs Lunard, Queudver, Patmol et Cornedrue sont fiers de vous présenter… la carte du Maraudeur ?

Caroline n'avait jamais entendu parler de ces personnes. Ces Maraudeurs était-ils connus ? Harry semblait aussi dubitatif qu'elle. Elle se promit de faire des recherches, durant les vacances.

─ C'est Poudlard !

D'après ce que les jumeaux racontaient, cette carte du Maraudeur montrait le Château, et l'emplacement exact de tous ses occupants. Cet objet parut extrêmement utile aux yeux de la Serpentard. Avec cette carte, elle pourrait savoir où se trouve Remus à n'importe quelle heure de la journée. Le parfait accessoire du psychopathe en série.

─ Il y a sept passages secrets qui conduisent hors du Château.

Alors Potter comptait se rendre à Pré-au-Lard, malgré qu'il n'en ait pas le droit ? Caroline se frottait les mains ; il avait décidément une chance de cocu ce Potter.

─ … méfaits accomplis, sinon tout le monde pourra la lire.

Caroline se redressa mine de rien, une fois les jumeaux partis. Elle passa devant Harry avec un petit sourire mesquin. Le Griffondor la toisa d'un air méfiant, puis reporta son attention sur le parchemin qu'il tenait en mains. La Serpentard hésita à lui confisquer la carte. Mais l'idée qu'il soit démasqué à Pré-au-Lard était nettement plus réjouissante. Alors elle laissa une dernière chance à Harry de briller par son talent à s'attirer des ennuis, comme il en avait l'habitude.

Bianca et Elly l'attendait dans la Grande Salle, pour se rendre dans le repaire de Madame Rosmerta. La Serpentard avait demandé à Hagrid de les accompagner, et contre toute attente, il avait accepté. Peut-être était-ce le fait que Jack avait défendu son hippogriffe devant Lucius Malfoy. Dans tous les cas, le garde-chasse était peiné et aucune des trois amies n'avaient envie de le réconforter. D'ailleurs, Remus s'occupait de la sortie, avec Minerva et Filius. Mais elle n'avait pas osé pousser le vice, et lui demander de l'y accompagner.

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Caroline fixait ses pieds qui s'enfonçaient dans la neige. Elle adorait l'hiver et cette poudreuse qui enjolivait la forêt d'une pureté tranquillisante. Rien n'avait plus d'importance devant un paysage aussi époustouflant.

Dans le village, de nombreux élèves se promenaient des bonbons à la main. Les lutins déguisés chantaient des chants que personne n'écoutait, et tous parlait des fêtes avec de grands sourires chaleureux. La magie de Noël était bien vivante à Pré-au-Lard. Caroline adorait le jour de Noël, plus par les souvenirs qu'il apportait, que par les cadeaux et les réunions de « famille » qu'il engendrait.

─ Regarde !

Bianca pointait un homme élégant, au costume hors de prix, devant la boutique qui vendait de l'équipement de Quidditch. Caroline le reconnut immédiatement.

─ Que fait Cornelius Fudge ici ? s'exclama Elly.

─ Suivons-le.

Caroline entraîna ses amies dans une filature discrète. Le Ministre de la magie était accompagné de Minerva, Filius et Hagrid. D'après la direction qu'ils empruntaient, ils se rendaient certainement aux Trois-Balais. Son intuition se confirma, quand ils bifurquèrent soudainement devant la porte du pub. La cloche tinta, et les quatre personnalités disparurent de leur vue. Ni une, ni deux, les trois filles entrèrent aux Trois-Balais, comme si de rien n'était.

─ Ou sont-ils ?

La Serpentard balaya la pièce du regard, et tomba sur le visage cadavérique d'Harry. Les trois jeunes Griffondor avait l'air extrêmement stressés, et à peine quelques secondes plus tard, un énorme sapin vint les cacher magistralement. Elle esquissa un sourire en découvrant que la table voisine n'était autre que celle de Cornelius Fudge. Madame Rosemerta y avait invité son popotin, et tous les cinq buvaient en discutant de vive voix. Les Serpentard s'assirent discrètement à proximité d'eux, et tendirent l'oreille :

─ Qu'est-ce que le professeur McGonagall a une voix assommante, souffla Caroline tout bas.

─ Chut !

Bianca et Elly étaient prêtes à la broyer en morceaux. Caroline se tut immédiatement. La tablée parlait des Potter. Ils avaient dû, apparemment, se cacher car ils étaient voués à mourir. C'était monnaie courante il y a quelques années.

─ Sirius Black a prévenu vous savez-qui.

C'était bien ce que son père lui avait raconté. Black était le gardien du Secret des Potter, et avait trahi leur confiance.

─ Un garçon empoté qui traînait toujours derrière Sirius Black !

Nom d'une bouse de dragon, il parlait du défunt ami de Remus ! Caroline écoutait avec assiduité à présent, récoltant la moindre information qui pourrait relier ces trois personnages à Lupin.

─ Je me souviens de lui, il suivait James et Sirius comme leurs ombres, s'exclama Madame Rosemerta.

Donc Remus a sûrement eu un contact avec Black dans leur scolarité. Il n'a pas pu côtoyer Peter, sans être confronté à Sirius. C'était techniquement impossible.

─ Black n'a pas tué Pettigrow, il l'a détruit. Un doigt, c'est tout ce qui restait.

Un doigt ? Comment ne pouvait-il rester qu'un doigt ? Caroline se caressait le menton, réfléchissant à la manière dont Sirius Black avait tué son meilleur ami. Était-il réellement possible qu'il ne reste qu'un doigt ? Même après une explosion ? Apparemment.

─ Sirius Black était, et demeure aujourd'hui encore, le parrain d'Harry Potter.

Sirius Black était un ami proche des Potter, pour avoir été nommé parrain par ces derniers. Ce qui voulait également dire que Remus connaissait très bien Black, si les Potter étaient ses meilleurs amis, tout comme Pettigrow. Caroline réfléchissait beaucoup, et tout ce que venait de déballer Cornelius et Minerva allait dans le sens de sa théorie.

Mais cette théorie s'effondrait rapidement : Remus était le professeur qui la protégeait, il ne pouvait pas être celui qui la faisait tourner en bourrique. Caroline décida de rayer momentanément cette possibilité de sa liste. Le compteur était donc à zéro. Prochain suspect : Daryl.

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Après avoir épié le Ministre et le professeur McGonagall, Bianca avait été cherché trois hydromels aux épices. Madame Rosemerta avait repris ses fonctions au bar, et distribuait des boissons en tout genre à la volée.

─ Ma chère Caroline, je suis content de vous voir !

Le Ministre s'était approché de leur table, et souriait grassement à la jeune femme. Elle tendit sa main d'un air lassé, et Cornelius la saisit avec malice. Jack collaborait étroitement avec Cornelius, c'est pourquoi elle eut droit aux banalités habituelles :

─ Nous sommes très occupés avec ce criminel qui rôde, mais votre père fait du bon boulot.

─ Je n'en doute pas. Passez-lui le bonjour, répondit Caroline poliment.

Cornelius lui sourit, puis se rangea aux côtés de McGonagall. Ils sortirent du pub ensemble, permettant aux trois jeunes Griffondor de se détendre. Harry avait échappé bel à une punition qui lui pendait au nez. Mais plus étonnent encore, il avait découvert, dans un pub miteux, qu'il possédait un parrain. Caroline se demandait si cette nouvelle l'avait réjoui ou non. Un parrain qui avait livré ses parents au Seigneur des Ténèbres et tué un innocent, n'était-ce pas formidable ?

Caroline était quant à elle soulagée que Remus ait eu l'intelligence d'éviter les Trois-Balais cet après-midi. Boire son rhum aux épices tranquillement était son seul souhait pour l'instant.

─ Voilà la boisson !

Bianca déposa trois verres pleins à ras-bord sur la table, frétillante d'impatience. Elly repoussant le sien, avec un petit rire amusé :

─ Ce sera sans moi, je dois écrire un devoir de Runes pour demain.

─ Mais c'est dimanche demain.

─ Oui, et j'aurais un devoir d'Arithmancie à faire du coup.

Les deux Serpentard restèrent figées. Elly travaillait tellement ; c'était inhumain. A force de rester bouquiner, elle ne voyait plus la lumière du jour.

─ Passez un bon-après midi.

Leur amie quitta le pub, un sourire désolé aux lèvres. Bianca retrancha le verre orphelin vers elle.

─ Je me vois obligée de le boire, dit-elle innocemment.

L'ambiance de fêtes au sein du pub était rassurante. Les vacances de Noël seraient dans moins de sept jours. Caroline ne reverrait pas Remus pendant deux semaines. Ses prunelles chocolat la hantaient ; elle croyait les voir n'importe où, même sur le visage d'Hagrid. « Par la barbe de Merlin ! », soupira-t-elle intérieurement. Jamais elle n'avait été aussi obsédée par quelqu'un. Remus avait bel et bien volé son cœur de pierre. Elle n'arrivait même plus à cacher son attirance quand elle se retrouvait seule avec lui. Elle n'en avait plus envie.

─ Tu te rends compte ? Sirius Black, le parrain d'Harry Potter !

─ Celui qu'il a tué, ce Peter Pettigrow, c'était un ami du professeur Lupin, comme les Potter. Je commence à croire que Sirius Black n'est pas une simple connaissance pour lui, comme il me l'a laissé entendre, maugréa Caroline.

─ Si c'est le cas, il devrait forcément savoir si Black est un Animagus ou non.

─ En parlant de ça, Georges m'a écrit une lettre il y a un moment. Il m'a dit que le complice était à Poudlard.

Bianca relâcha sa boisson, et Caroline se serait attendue à des remontrances. Blanche-neige désirait être au courant de tout ce que Georges dénichait (bien que cette dernière information n'était pas vraiment inédite). Mais elle se contenta de répondre, à voix basse :

─ Tu penses à qui ?

─ A Daryl.

Caroline savait que Bianca n'allait pas aimer sa proposition. Contre toute attente, son amie resta très sobre et calme :

─ Ce n'est pas possible Caro, il était avec moi quand tu as disparu.

Bianca sourit et reprit son verre délicatement en mains. Mince, son deuxième coupable tombait à l'eau. Il y avait tant de possibilités que Caroline abandonna la recherche d'un troisième coupable. Au Diable toute cette histoire ! Elle voulait juste boire et pousser Remus à sortir de son esprit frivole.

Au bout de cinq minutes d'une conversation stérile et ennuyeuse avec Bianca, une masse fine vint s'asseoir en face d'elles :

─ Salut Percy.

Caroline avait fait un effort, sans pour autant daigner le regarder. Pourquoi cet idiot s'était assis à leur table ? Elle laissa Bianca éclaircir le mystère, en ricanant :

─ Tu n'es pas avec Pénélope ?

─ C'est fini avec elle.

La Serpentard aux cheveux dorés releva soudainement la tête. Avait-elle rêvé ou la voix de Percy tremblait ? Le visage du Griffondor témoignait de sa tristesse. Ses traits étaient tirés, et il ne souriait plus d'un air hautain. Elle se retourna fugacement vers Bianca, qui arborait la même expression aberrée qu'elle. Pénélope avait accepté de se rendre à Pré-au-lard avec lui, après que Caroline l'ait menacé de lui jeter un sortilège de furoncles. Mais manifestement, cette méthode était aussi inefficace que les douces lettres que lui envoyait le Griffondor. Au moins, elle n'aurait pas à se rendre à la réception du Ministère avec lui. Pénélope avait accepté, et au final, c'est tout ce qui importait dans leur échange de bons procédés.

─ Pourquoi ?

Caroline ne sut quoi dire d'autre. C'était une situation anormale. Percy était si confiant, et le voir se ratatiner devant elle pour une peine de cœur l'interloquait gravement. Il ne répondit pas, se contentant d'attraper le verre de Caroline et de l'avaler cul-sec.

─ Peut-être s'est-elle enfin rendue compte que c'est un crétin, souffla Bianca à l'oreille de son amie.

Ce n'était pas la question principale que se posait Caroline. Elle voulait savoir pourquoi c'était vers elles qu'il s'était tourné pour exprimer son mal-être, et pas vers ses amis de Griffondor.

─ C'est mon rhum si jamais. J'espère que tu comptes me payer un autre verre, Weasmoche.

Percy sourit contre attente. Elle comprit, avec ce petit rictus, la raison de sa présence à leur table. Il ne voulait pas parler de Pénélope. Il voulait juste penser à autre chose, comme elle.

ooo

L'après-midi avait flambé, laissant derrière lui trois personnes pompettes, enivrées de rhum aux épices. Percy était de bonne compagnie, quand un kilo d'alcool lui courait dans le sang. Caroline riait de son nez retroussé, et de ses yeux biaisés. Le Griffondor faisait pâle figure à côté d'elles.

─ Et si vous deviez mourir demain, qu'est-ce que vous feriez de votre dernière journée ? demanda Bianca, la tête posée sur l'épaule de Caroline.

─ Je crois que j'accrocherai Percy à l'un des poteaux de Quidditch, répondit la Serpentard, hilare.

Dans ces moments, Remus se terrait au fond de son esprit, et la laisser en paix. C'était plaisant de pouvoir rire sans l'amertume qu'avait provoqué ce refus catégorique. Ce n'était qu'une simple accolade après tout.

─ Moi je déclarerai ma flamme à Daryl, souffla Blanche Neige, rêveuse.

Caroline leva les yeux au ciel, exaspérée.

─ Je préfère passer l'arme à gauche tout de suite, que de passer ma journée à me dire que je mourrai demain.

Percy était tout à fait sérieux, ce qui poussa Caroline à repenser sa réponse. Bien sûr qu'elle savait ce qu'elle ferrait de son dernier jour de vie. Embrasser Remus.

─ Mince, le professeur Lupin vient d'entrer !

Bianca termina son verre, avant qu'il n'atteigne leur table. Caroline le regardait avancer avec élégance et précipitation dans leur direction. Son costume en tweed était-il irrésistible, ou était-ce l'alcool qui la faisait divaguer ? La première affirmation assurément.

─ Venez tous les trois, vous n'avez pas vu l'heure qu'il est ?

Caroline cessa de le fixer, puis contourna la table, en faignant l'indifférence. Ils sortirent du pub, et empruntèrent le chemin du retour hâtivement. Caroline avait plein de questions à lui poser, au sujet de ses nombreuses théories, mais ce n'était pas le moment. Ils marchaient côte à côté, dans un silence impénétrable. L'alcool lui tournait la tête : elle avait peur de commettre l'irréparable. C'est-à-dire lui sauter dessus sauvagement contre sa volonté, et emprisonner son visage fin, maladif entre ses griffes.

Percy et Bianca paradaient devant elle, chahutant comme de vrais enfants. Si elle ne les connaissait pas, Caroline croirait qu'ils flirtaient ouvertement ensemble. D'ailleurs, elle ne put réprimer un rire sinistre, quand Percy tenta d'enlacer la taille de Blanche-neige. Décidément, avec de l'alcool, il était capable de faire n'importe quoi.

Lupin remarqua le rire étouffé de son élève, et détourna le regard pour la dévisager. Ses cheveux dorés retombaient négligemment sur ses épaules frêles, et ses prunelles vitreuses brillaient d'une étrange lueur. Il sentait l'odeur du rhum provenant de son souffle légèrement erratique.

─ Nous devons parler, Caroline.

L'esprit embrumé de la jeune femme s'assombrit. Remus avait rangé ses mains dans ses poches, nonchalant et séduisant comme à son habitude. Il restait fidèle à lui-même en toutes circonstances. Caroline ne le regardait pas, se concentrant sur les sapins au bord du chemin. Une branche se balançait sans aucune raison, et avait déversé un tas de neige par terre. Mais elle ne vit rien d'autre qu'un petit écureuil roux sauter à corps perdu sur l'arbre adjacent.

─ N'est-ce pas indécent de discuter avec une élève soûle, professeur ?

Lupin ne sourit pas à sa blague de mauvais goût. Au contraire, Caroline riait, pour cacher la nervosité qui prenait son corps brûlant en otage. L'atmosphère était électrique entre eux, les hormones de Caroline étant amplifiées par le doux toxique qui lui vidait la tête de tout sens moral. Elle continua, regardant le tracé des flocons de neige sur sa veste :

─ Quand j'ose m'intéresser à vous, vous me servez toujours la même excuse pour me repousser. « C'est inapproprié Caroline », l'imita-t-elle solennellement.

─ Ce n'est pas un jeu, rétorqua Remus sérieusement.

─ Je suis tout à fait d'accord.

La Serpentard baissa la tête, mâchant ses mots, pour les rendre plus doux et plus puissants :

─ Ce n'était qu'une simple accolade, professeur, rien de plus. Que diriez-vous si vous saviez ce qui me passe par la tête en ce moment ?

Elle ne lui laissa aucune occasion de fuir, se plantant face à lui, avec détermination. Son envie harponna Remus de plein fouet. Il fallait être insensible, pour ne pas remarquer cette tension étouffante entre eux. Caroline le déshabillait totalement de ses billes noires, imaginant ses doigts s'enlacer dans les siens et sa bouche parcourir son cou passionnément. Il aurait dû la stopper ; lui dire que ce n'était pas normal d'envier un « vieil » homme comme lui. Pourtant, aucun son ne franchissait ses lèvres. Caroline l'aspirait dans un monde de volupté, en le regardant avec une sincérité rare. Au moins d'un mètre l'un de l'autre, debout au milieu d'une tempête de neige, ils détaillaient leurs visage, oubliant même de respirer.

─ Vous deviez bien vous en doutez.

Cette phrase percuta l'esprit de Remus violemment. Le doute n'était plus permis. Ce qu'il avait tant redouté s'était produit. Un nombre incalculable de remords l'assaillirent. C'était une immense catastrophe.

─ Je n'ai envie que d'une seule chose en ce moment… vous embrasser.

Caroline maudirait le rhum aux épices demain, pour lui avoir laissé dire une chose pareille. Remus était en état catatonique. La jeune femme le vrillait d'un regard lubrique et intense, dans lequel il devinait facilement ce qu'elle prévoyait de faire dans les secondes à venir. Ses tempes pulsaient, il se sentait affreusement mal. Caroline allait se rapprocher, c'était imminent.

Malgré tout, sa conscience le poussa encore dans ses derniers retranchements :

─ Je ne peux pas, désolé.

Et il partit, la mort dans l'âme, sans se retourner.

La Serpentard n'était pas certaine de réaliser ce qui venait de se passer. Avait-il fuit, une nouvelle fois ? Des perles naquirent au coin de ses yeux. Etait-il vraiment raisonnable, au point de la blesser ? Personne ne blessait Caroline. C'était connu ; elle n'avait pas de cœur, juste un roc dans sa poitrine. Pourtant, Remus s'ajoutait à la liste des rares personnes qui l'avaient blessée, sans vraiment s'en apercevoir.

Bianca vit le professeur Lupin la dépasser avec empressement, et se retourna instinctivement vers son amie. Elle restait noble, recroquevillée sur elle-même, tentant sans succès de ravaler ses larmes. Percy constata lui-aussi la tristesse de Caroline avec stupéfaction. Qu'était-il arrivé ?

─ Rentre Percy, je m'occupe d'elle.

Le Griffondor obéit, sans quitter Caroline du regard. Il marchait à reculons, abasourdi de la voir aussi vulnérable.

─ Ma douce, que s'est-il passé ? murmura Bianca, en la prenant dans ses bras.

─ Ce qui devait se passer.

La Serpentard était triste. Pourtant, sa voix sèche et virulente se révoltait contre le monde. Remus ne pouvait pas, mais ce n'était pas pour autant qu'il ne voulait pas. Il restait un bon professeur, et les bons professeurs connaissaient leurs limites. Sans perdre une seconde de plus, elles gagnèrent le Château, avant que la neige ne les recouvre entièrement.

Le trajet parut interminable pour la Serpentard, dont la tristesse disparaissait au profil d'une contrariété extrême. Le sang pulsait dans sa boîte crânienne, lui donnant un air rougi par la haine. Maintenant que Caroline semblait à nouveau aussi froide qu'un tueur sanguinaire, Bianca osait assouvir sa curiosité :

─ Que lui as-tu dit ?

─ A demain Bianca.

Caroline entra dans leur dortoir, et tira les rideaux autour de son lit. Elle se hâta de rejoindre ses coussins et son duvet, espérant y trouver le réconfort nécessaire, bien qu'elle sache que ce ne serait pas suffisant à taire toutes les émotions contradictoires qui la berçaient. Elle n'avait même pas envie d'aller manger. Caroline désirait seulement que cette journée se termine.

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Bianca choisit de quitter le dortoir, pour lui laisser un peu plus d'intimité. En plus, son ventre criait famine. Alors le choix fut rapide. Quand elle sera prête, Caroline lui racontera ce qui s'était passé. Mais pour le moment, elle devait faire preuve de patience. Daryl était déjà attablé quand elle arriva dans la Grande Salle. Elle s'assit près de lui, et commença à manger sa soupe en silence. Il lisait un livre, elle ne voulait pas le déranger.

Bastien fit son entrée deux minutes après Bianca, et par un curieux hasard, il se dirigea vers les deux Serpentard, plutôt qu'à la table des Serdaigle.

─ Où est Caroline ? demanda-t-il grossièrement.

─ Ça ne te regarde pas.

Ses manières de trolls déplurent à la jeune femme, qui le vrillait d'un regard menaçant.

─ Ah vraiment ? C'est ce qu'on verra… C'est étrange, le professeur Lupin n'est pas là non plus. Que de belles coïncidences, n'est-ce pas ? sourit-il, d'un air innocent.

Bianca eut des sueurs froides. Quel mauvais coup préparait-il ? Et par la barbe de Merlin, pourquoi ses cheveux et ses habits étaient-ils trempés, comme s'il avait coursé un Centaure dans la forêt ?


Bon, je trouve ce chapitre assez lourd, et cela ne risque pas de s'améliorer dans les prochains. Bien que de joyeuses choses vous attendent ! Caroline est allée très loin cette fois-ci, mais elle avait besoin de dire à Lupin ce qu'elle ressentait vraiment. C'est sûr que tout va changer entre eux maintenant.

Et pour l'enquête sur la/les personne(s) qui l'a/ont kidnappée/droguée/ensorcelée, cela avance gentiment... peut-être avez-vous déjà une idée ? (cette phrase est bizarre ahah)

J'espère terminer le prochain chapitre pour samedi prochain, mais il est possible que j'aie du retard. Je n'ai presque plus de temps pour écrire la suite, alors que le chapitre 12 n'est qu'entamé et les deux suivants sont encore à l'état de prototype. Néanmoins, les 15 - 16 - 17 - 18 sont partiellement écrits, donc ça devrait aller ! Voilà, c'était tout ce que j'avais à dire :)

Merci beaucoup à faolbee, Lily, Lizziana, Lu, Polugritiya et Jude June qui ont laissé une review (j'y répondrai prochainement) ! J'espère que cette histoire vous plait toujours ?

Je vous laisse sur cette note joyeuse, et vous souhaite une bonne semaine :)