En arrivant au lycée ce jour-là, Saiki comprit que quelque chose de terrible allait se produire. Rien à voir avec ses pouvoirs extrasensoriels. Il n'eut besoin que de croiser au détour d'un couloir nulle autre qu'Aiura, le visage orné d'un air de conspiratrice qui ne lui disait rien de bon. Toute la matinée, il s'attendit à voir Torituska débarquer en panique, lui annonçant que le projet terrible d'Aiura venait de mettre en péril la survie même de l'humanité. Mais il n'en fit rien et le cours d'histoire se déroula dans le plus grand des calmes, sans jamais que n'explose le lycée.
Vint l'heure du midi et rien d'étrange ne s'était encore produit. Nendo restait toujours le même abruti fini, tous les garçons trempaient le carrelage de leur salive au passage de Teruashi et Hairo commençait sa pause déjeuner par une série de cent trente pompes. Rien de très extraordinaire, en somme. Ce fut alors que Saiki aperçut, près de la porte de la classe, Yumehara en grande conversation avec Aiura. Voilà qui était suspect. Les deux filles s'adressaient rarement la parole. Pire, Saiki réussit à voir que quelque chose venait de passer de mains en mains, quelque chose qu'il identifia, grâce à sa vision à rayons X, comme une canette de soda accompagné d'une petite fiole remplie d'un liquide orangé. Étrange, pensa-t-il. Qu'est-ce qu'elles mijotent ? Il songea d'abord à les ignorer mais la curiosité l'emporta et il se leva pour rejoindre Aiura, qui remontait le couloir désert.
« Je peux savoir à quoi tu joues ? »
Aiura sursauta mais se rasséréna quand elle vit qu'il ne s'agissait que de Saiki.
— Comment ça ? demanda-t-elle sur un ton faussement innocent. Mais… mais je ne joues à rien, pourquoi ?
« Je t'ai vu donner un flacon bizarre à Yumehara. C'est quoi ? »
— Je lui ai juste apporté un Fanta à la pêche parce qu'elle en voulait pour le déjeuner. Ne soit pas aussi parano.
Deux pensées arrivèrent au même moment dans l'esprit de Saiki : « Ils font vraiment du Fanta à la pêche ? Ça a l'air dégueulasse » et « Arrête, je sais qu'il y avait autre chose dans ta main ». Cette dernière l'emporta. Aiura soupira et lui fit signe de le suivre dans un endroit plus tranquille, où elle pourrait lui expliquer toute l'histoire.
— Écoute, c'est rien du tout. Yumehara était super triste de n'avoir aucune chance avec le garçon qui lui plaît, et ça me brisait le cœur de la voir comme ça. Alors, je lui ai proposé de lui préparer un philtre d'amour qu'elle pourrait lui donner. Entre filles, on se serre les coudes, c'est comme ça.
« Tu sais préparer des philtres d'amour, toi ? »
— Non, mais j'ai trouvé la recette sur Internet.
Elle sortit son portable et lui montra avec un grand sourire une page bardée de publicités suspectes, intitulée : « Faites-le tomber à vos pieds ! Philtre d'amour ultra-puissant ! Résultats garantis ». Saiki n'en fut que plus rassuré ; ce n'était jamais qu'une arnaque qui n'avait aucune chance de fonctionner.
— Il suffit juste qu'elle verse le philtre dans une boisson qu'elle partagera avec l'élu de son cœur. Et une fois qu'ils auront bu tous les deux et que leurs regards se seront croisés, ils seront liés pour la vie.
« Ça m'a l'air parfaitement débile. Nickel. Aucune inquiétude à avoir. »
Il tourna les talons et retourna vers la classe où l'attendait son bento. Quand il prit place à son bureau, et sans grande surprise, Kaido tenait à la main la fameuse canette de soda et Yumehara le regardait boire d'un Veil avide. Elle ne fut interrompue que par une camarade de classe qui lui demandait de venir vérifier un devoir commun qu'elles devaient rendre pour le cours suivant. A contre-coeur, elle trotta vers son bureau, sans jamais lâcher Kaido du regard.
Kuboyasu choisit ce moment pour revenir de la cafétéria avec un onigiri au thon pimenté entre les mains. Ce qui aurait été un total non-événement s'il ne s'était pas approché de Kaido, un grand sourire aux lèvres :
— Oh, du Fanta Pêche ! Ça fait des années que j'en ai pas vu en magasin, je savais pas qu'ils en vendaient encore !
« Vous aimez vraiment ça ? »
Kaido, tout aussi extatique, leva la canette en direction de son ami.
— Oui, moi non plus, je n'en avais pas bu depuis des lustres. Yumehara en a vu au combini et comme elle savait que j'adorais ça, elle m'en a pris un ! Sympa, non ?
« Non, pas du tout »
Yumehara, à l'autre bout de la salle, scrutait toujours Kaido comme un aigle en vol stationnaire observe sa proie avant de fondre sur elle. Elle semblait attendre le moment opportun et Saiki se demanda si elle n'avait pas songé à boire avant Kaido. Elle n'était quand même pas stupide à ce point-là, si ? Saiki soupira ; la question était purement rhétorique.
— On partage, si tu veux, dit Kaido à Kuboyasu, en lui collant presque la canette dans les mains.
— Tu es sûr ?
— Mais oui, mais oui, il y en a assez pour nous deux. Et puis, tout est toujours meilleur quand on le partage, non ?
« Tout cela ne me paraît pas très hygiénique »
— Dans ce cas, je veux bien. Merci beaucoup, en tout cas.
La scène se déroula comme au ralenti. Penchée au-dessus du bureau de sa camarade, Yumehara vit bien trop tard que le précieux breuvage venait de changer de mains. Elle s'élança, bien trop lente, la main tendue vers l'avant, pour empêcher la catastrophe. Mais c'était trop tard. Kuboyasu avait déjà porté la canette à sa bouche et avalait une longue gorgée de cette immonde mixture. A mesure qu'il buvait, les traits de Yumehara se tordirent tour à tour de panique et de désespoir. Calme-toi, pensa Saiki. Les philtres d'amour, ça ne fonctionne pas, de toute façon.
— Aaah, quelle nostalgie ! s'extasia Kuboyasu. Mais j'ai l'impression qu'ils ont changé de recette, c'est plus sucré que dans mon souvenir…
« C'est parce que Yumehara l'a trafiqué. »
— Ah oui ? dit Kaido en lui reprenant la canette. Fais voir.
Il but à son tour une gorgée de soda et hocha la tête. Effectivement, c'était plus sucré qu'avant et l'arrière-goût n'était pas le même non plus. Sans doute avaient-ils changé les édulcorants ou bien ajouté des ingrédients au fil des années.
— Ha ha ! Vous vous êtes embrassés !
La grosse voix de Nendo retentit dans toute la classe, tournant toutes les têtes vers lui, en particulier celle de Yumehara qui, dépitée, avait fini par se rasseoir à son bureau. Nendo pointait l'index vers les deux garçons, hilare.
— Qu'est-ce que tu racontes, Nendo ? demanda Kaido, en levant un sourcil circonspect.
— Ben, tu as posé ta bouche sur la canette et après Aren a posé la sienne et puis, tu as encore bu ensuite. C'est un baiser indirect.
« Quand je disais que c'était pas hygiénique »
Il y eut un blanc. Un énorme blanc qui envahit toute la classe. Kaido et Kuboyasu se tournèrent leeeentemeent l'un vers l'autre. Leurs regards se croisèrent. Leurs joues se teintèrent d'un rouge profond.
— Arrête de raconter n'importe quoi, Nendo ! hurla Kuboyasu, une veine palpitante au milieu du front.
Il souffla, toujours écarlate et se dirigea vers la sortie.
— Ben, où tu vas, mon pote ?
— Prendre l'air !
Une fois Kobuyasu sorti, Kaido s'installa à son bureau et tenta d'ignorer au mieux les ricanements dans son dos. La canette encore à moitié pleine finit dans la poubelle. Kaido passa une bonne partie de l'après-midi la tête dans les nuages, n'en sortant que quelques fois dans un mouvement de tête brusque, comme s'il essayait de chasser une pensée malvenue de son esprit. Kuboyasu, lui, assis au fond de la classe, lançait parfois des regards furtifs à Kaido puis détournait les yeux, embarrassé. Plus le temps passait, plus Saiki se demandait si le philtre n'avait pas fonctionné, finalement. Cela n'avait aucun sens que ce truc trouvé sur Internet — sur un site aussi louche, en plus — puisse avoir un quelconque effet, mais il avait vu bien plus étrange au cours de sa vie. Une brève incursion dans leurs pensées le renseigna. Ils se demandaient tous les deux quel avait été cet étrange sensation dans leur poitrine quand leurs yeux s'étaient rencontrés et s'il ne s'agissait que d'un embarras passager ou quelque chose de plus profond. Il se focalisa sur autre chose à partir du moment où les pensées de Kaido se transformèrent en vision de shôjo, avec son baiser sous les cerisiers en fleurs, ses yeux brillants et ses petites lumières qui flottent.
« Merveilleux, du yaoi cliché, c'est pile poil ce qui manquait à cette série. »
En toute autre occasion, Saiki aurait laissé couler. Ce n'était pas ses affaires et les feux de l'amour, très peu pour lui. Il avait déjà assez à faire avec Teruhashi de son côté pour se soucier de qui mettait sa langue dans la bouche de qui. Mais ce qui le tracassait plus, c'était cette histoire de philtre d'amour. S'il fonctionnait vraiment — ce qui semblait être le cas pour le moment — alors il existait une chance non négligeable pour que quelqu'un s'en serve à mauvais escient. Et quand il disait quelqu'un, il pensait avant tout à Teruhashi. Il ne pensait pas qu'elle le ferait vraiment, sa fierté l'obligeait à le séduire par ses propres moyens, mais il ne pouvait pas éliminer cette éventualité non plus. Et il n'avait aucune envie de se retrouver assujetti à cette fille.
A la sortie des cours, il décida donc d'aller voir Aiura, au moins pour en apprendre plus sur cette mystérieuse potion. Il la retrouva près de l'entrée du bâtiment, aux prises avec une Yumehara paniquée. Elle suppliait Aiura de trouver une solution avant qu'il ne soit trop tard. Aiura, elle, se démenait comme elle pouvait pour la rassurer et lui dire qu'elle ferait tout ce qu'elle pourrait.
« J'en reviens pas que ça ait marché. »
— Saiki ! s'exclama Yumehara en se tournant vers lui. Tu étais au courant ?!
« J'ai grillé votre petit deal dans le couloir, ce matin »
— Oh non ! Tu ne vas pas tout raconter à Kaido, hein ?
« Bien sûr que non, j'en ai rien à foutre. Mais ça m'intéresse quand même de savoir comment on arrête ce truc. »
Aiura cherchait frénétiquement sur le site Internet un moyen de stopper les effets du philtre, mais la grimace qui déformait ses traits était tout ce dont Saiki avait besoin pour deviner que la pêche était mauvaise.
— Eh bien, là, j'ai peut-être quelque chose : « Attention, l'effet du philtre ne sera permanent que si les deux personnes qui l'ont bu s'embrassent avant les douze coups de minuit de la pleine Lune suivante ».
« Sérieusement, ils ont pas trouvé plus éculé ? »
— Mais c'est quand, cette prochaine pleine Lune ?
— Voyons, réfléchit Aiura. On est le 27, la dernière était le 10 donc en toute logique, la prochaine devrait être le 9.
— Quoi ?! Mais c'est dans deux semaines, ça !
Yumehara passa des mains paniquées dans ses cheveux et commença à faire les cent pas devant eux, au bord des larmes.
— C'est la catastrophe !
— Allez, ne t'en fais pas, tenta Aiura. Tiens, tu sais quoi ? Oublie tout ça, d'accord ? Saiki et moi, on s'occupe de régler tout ça. Après tout, c'est ma faute, c'est moi qui t'ai donné ce philtre d'amour.
« Exactement, c'est ta faute. Alors pourquoi tu me traînes là-dedans ? »
La nouvelle sembla cependant rassurer Yumehara, qui les remercia grassement avant de s'enfuir à toute jambe. Ce n'était pas si mal, finalement. Mieux valait ne pas l'avoir dans les pattes. Une fois la jeune fille complètement hors de vue, Aiura se tourna vers Saiki.
— Oh là là là là, j'ai complètement merdé !
« C'est le moins qu'on puisse dire »
— Tu peux regarder où ils sont ? Qu'on s'assure que ce ne soit pas déjà trop tard…
« Tu me prends pour une caméra de surveillance ou quoi ? »
Il s'exécuta tout de même et utilisa sa clairvoyance pour observer ses deux amis. Il les localisa un peu plus loin dans le quartier, sur le vélo de Kuboyasu. Kaido était monté sur le porte-bagages et ils se dirigeaient tous les deux vers leurs maisons respectives. Rien de très inhabituel là-dedans, ils le faisaient souvent puisqu'ils n'habitaient pas si loin l'un de l'autre. Kuboyasu déposa Kaido devant chez lui et s'éloigna tranquillement. La seule chose qui différait de l'ordinaire fut le temps que Kaido passa à regarder son ami partir, un sourire aux lèvres.
« C'est bon, rien d'alarmant »
Ils se mirent d'accord pour les garder à l'œil de loin, le temps de trouver une meilleure solution. Saiki demanda à Aiura de lui transmettre l'adresse du site Internet. Malgré les preuves qui s'accumulaient, il n'était toujours pas persuadé de l'efficacité du philtre et voulait à tout prix le tester avant de tirer des conclusions hâtives.
Shun s'effondra dans son lit dès qu'il arriva chez lui. Heureusement, il était encore tôt et ni ses parents ni ses frères et sœurs n'étaient encore rentrés. Il resta longtemps immobile, couché sur le ventre, à tergiverser. Cette sensation étrange qu'il avait ressentie après la remarque de Nendo ne pouvait avoir qu'une seule explication et pourtant, il n'arrivait pas à l'accepter comme une réalité. Bien sûr, il était proche d'Aren, mais pas à ce point-là. Et il n'avait jamais songé à un garçon de cette façon ! Pourtant, quand il s'imaginait l'embrasser ou le prendre dans ses bras, ce n'était pas si répugnant qu'il l'aurait pensé.
Jamais il n'avait autant apprécié leurs virées en bicyclette. Il avait senti, en s'agrippant à Aren, ses larges épaules sous son uniforme et n'avait pas pu s'empêcher de rougir. Il avait même songé à l'inviter à passer un peu de temps chez lui, le temps de mieux comprendre ce soudain émoi. Ils montaient souvent jouer à la console ou faire leurs devoirs ensemble, quand ils n'avaient rien d'autre de prévu. C'était la première fois que Shun s'était senti embarrassé à l'idée de rester seul avec lui. Pour une fois, il aurait adoré que Nendo les accompagne.
Quand il se décida enfin à bouger, il s'installa sur la table de sa chambre pour faire ses devoirs. Ils avaient entre autres, pour le lendemain, trois exercices de maths notés, dont le dernier se révéla particulièrement retors. Aren, lui, excellait dans cette matière. D'habitude, Shun ne se privait pas pour lui demander son aide dès qu'il butait sur une difficulté. Mais encore une fois, quand il saisit son portable, une vague de gêne l'envahit. Est-ce qu'il n'était pas trop collant ? Et si Aren comprenait son trouble à travers ce simple message ? Non, c'était une mauvaise idée. Tout cela ne ferait qu'empirer s'il continuait d'être aussi proche d'Aren. Mieux valait s'éloigner le plus possible le temps que ça passe.
Il griffonna quelques réponses hasardeuses mais savait qu'il ne s'en sortirait pas aussi bien que d'habitude. Avant, s'il ne comprenait pas une notion, Aren prenait le temps de la lui expliquer, jusqu'à ce que tout soit clair. Cette pensée lui réchauffa le cour. Il était tellement gentil avec lui… Shun secoua la tête, chassant ces pensées perturbantes. Décidément, les maths non plus n'étaient pas un espace sûr. Il décida donc qu'il était grand temps pour lui de fermer tous ses manuels et de se détendre plutôt à la lecture d'un bon manga. Il avait acheté le dernier tome de sa série préférée deux jours auparavant et n'avait toujours pas trouvé le temps de le lire.
Pendant dix bonnes minutes, il tenta de se concentrer sur l'histoire. Les enjeux étaient pourtant énormes : le chevalier de Lumière venait enfin de trouver l'artefact magique qui lui permettrait de rendre son Katana Sacré assez puissant pour défaire l'Alliance du Pacte. Mais rien. Toutes les trente secondes, son esprit dérivait vers Aren. Que faisait-il en ce moment ? Le reverrait-il le lendemain matin sur le chemin du lycée ou ne se croiseraient-ils qu'une fois arrivés en classe ?
Shun jeta le livre dans un coin de la pièce. S'il ne pouvait même plus profiter d'un bon manga, maintenant ! Mais oui, un manga ! Il avait la solution toute trouvée ! Shun savait que sa sœur Sora gardait dans une cachette secrète une collection de mangas sur des relations entre hommes. Il se souvenait parfaitement en avoir feuilleté un, un jour, par curiosité et s'être senti si dégoûté qu'il avait failli y mettre le feu. S'il en relisait un, il ne pourrait que guérir de ce coup de coeur et tout rentrerait dans l'ordre.
Sur la pointe des pieds, il se glissa jusqu'à la chambre de Sora. Elle était en ce moment-même à son cours de violon pendant encore un bon quart d'heure et ne rentrerait donc pas de sitôt mais elle avait une telle propension à apparaître dans son dos aux pires moments qu'il préférait se méfier. Il entra et fonça droit vers la boîte planquée au fin fond de l'armoire, bien dissimulée par les gros pulls d'hiver. Il attrapa deux tomes au hasard et replaça tout exactement dans la même position. Puis il retourna dans sa propre chambre et cacha son butin dans le tiroir de sa table de nuit. Pile à ce moment, il entendit un moteur ronronner devant la maison et, en se penchant à sa fenêtre, aperçut sa mère qui rentrait des commissions. Ouf, juste à temps !
Shun se réinstalla devant ses devoirs et fit de son mieux pour sembler studieux quand la matriarche passa le voir. Il pria toute la soirée pour que Sora ne découvre pas son larcin mais par chance, elle préparait un récital et était à des kilomètres de se soucier de ses trésors.
Une fois le couvre-feu passé, Shun s'installa dans son lit et se cacha sous les draps. Il lut le premier volume à la lumière de son portable. C'était l'histoire banale de deux lycéens lambda, un grand brun et un petit blond, qui découvraient progressivement leurs sentiments mutuels, à grands coups de quiproquo et de situations gênantes. Le brun était un type froid et distant, mais qui révélait un cœur d'or au fil des pages. Le blond, lui, malgré son air frêle et son tempérament jovial, avait du caractère et savait se faire respecter quand il le voulait. Pendant une sortie scolaire aux sports d'hiver, ils se retrouvaient tous les deux séparés de leur groupe et contraints de se mettre à l'abri dans une minuscule cabane le temps de l'arrivée des secours. Le froid les poussa à se coller l'un contre l'autre pour ne pas geler sur place. Ce fut à ce moment-là qu'ils échangèrent leur premier baiser. Arrivé à ce chapitre, Shun avait complètement oublié le nom des personnages. Son cerveau remplaçait automatiquement celui du blond par le sien et celui du brun par Aren.
Après cela, de retour au lycée, les deux garçons ne s'adressaient plus la parole, trop gênés par ce qui s'était passé. L'un d'eux songea même à sortir avec une fille pour oublier toute cette histoire. Mais finalement, le blond avouait ses sentiments au brun et ils s'embrassèrent de nouveau. Le tout dernier chapitre, juste avant l'épilogue, les montrait tous les deux, quelques semaines après s'être mis ensemble. Installés confortablement dans la chambre du blond, ils échangeaient de petits baisers. Mais très vite, les baisers se transformèrent en caresses, les vêtements tombèrent, et…
Shun referma le manga, le visage en feu. Il se rendit compte à ce moment qu'il était assidûment plongé dans sa lecture depuis bien plus longtemps qu'il ne pensait. Ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait ressenti la première fois qu'il avait lu un manga de ce genre. Loin de vouloir nettoyer ses yeux à l'eau de javel, il dut résister à la tentation de rouvrir le livre pour profiter un peu plus de la scène. Mais il tint bon et rangea le manga dans sa cachette avant de se coucher pour de bon.
Il eut du mal à trouver le sommeil, et pour cause. Demain, il serait obligé de voir Aren toute la journée et de ne faire semblant de rien.
