Chapitre 12
La jeune femme quitta la salle commune des Serpentard, après avoir laissé un mot à l'attention de Bianca sur la table basse en bois massif, qui trônait devant l'âtre flamboyant. Dans moins d'une heure, Caroline et Bianca seraient entourées d'innombrables sorciers, en visite dans la belle forteresse du Ministre de la Magie. « Maudite soirée », pesta Caroline en franchissant le passage entre-ouvert.
Elle parcourut nerveusement les cachots, bien vides en cette première semaine des vacances de Noël. Elle bifurqua à gauche après avoir gravit les escaliers, et tomba nez à nez avec le professeur Lupin. Il s'immobilisa brusquement en découvrant Caroline, dans sa longue robe blanche, qui dessinait élégamment ses courbes féminines. Ses cheveux blonds brillaient de vitalité, bouclés et accrochés en un chignon désorganisé. Il ne restait qu'une dizaine d'élèves dans le Château, ainsi que quelques professeurs ; elle ne s'attendait pas à tomber sur la seule personne qui l'évitait depuis près d'une semaine. Remus s'éclaircît la gorge, manifestement anxieux. Son regard fuyant se promenait sur les murs recouverts de tableaux, négligeant la triste lueur qui dansait dans les yeux éteint de son élève :
─ Bonsoir professeur, murmura-t-elle.
Il se contenta d'hocher la tête, et de passer son chemin, comme n'importe quel professeur l'aurait fait. Caroline eut un énorme pincement au cœur. Il ne lui souriait plus, et ne la regardait plus de cette douceur enivrante qu'elle affectionnait tant. Non, Remus avait dressé trois prisons d'Azkaban entre eux. Et Caroline avait terriblement mal de le voir s'éloigner d'elle, aussi facilement.
OOO
Le Ministère était en effervescence. Il venait d'ouvrir ses portes à de nombreux sorciers, qui avait reçu la précieuse invitation de Cornelius Fudge. Caroline et Bianca étaient soulagées d'être arrivées en un seul morceau sur le lieu des festivités. Elles avaient toujours peur de perdre un bras en transplanant (les deux avaient obtenu leur permis dans un mouchoir de poche).
Un sorcier contrôlait les invitations à l'entrée. Caroline les sortit de son sac argenté – acheté dans une merveilleuse boutique Moldue – et les glissa dans la main de l'inconnu. Il leur indiqua de poursuivre d'un geste discret. Caroline grimaça gravement. Si son amie n'avait pas été là, elle aurait fait demi-tour et serait rentrée au Château. Blanche-Neige avança gracieusement parmi la foule, entraînant Caroline dans son sillage. Les deux jeunes femmes entrèrent dans l'immense hall, où la majorité des invités se contenait. Une décoration sobre, de par sa couleur blanche, recouvrait les murs habituellement noirs de l'atrium.
Tout le gratin mondain était présent, à commencer par la Ministre de la Magie en personne. Il était assailli de toute part, récitant un discours poignant, sûrement répété la veille. Bianca tira sur le bras de Caroline, excitée par la présence du nouveau Directeur du Département des jeux et sports magiques : Ludo Verpey. Bianca était fascinée par cet homme, depuis sa première année à Poudlard. Caroline en avait entendu parler de nombreuses fois, et ne pouvait déjà plus le supporter, malgré le fait qu'elle ne l'ait jamais rencontré. Elles se faufilèrent à travers le rassemblement, cherchant le père de Caroline du regard. Cette dernière s'arrêta brusquement, en posant ses prunelles sombres sur une femme blonde, vêtue d'une robe verte. La couleur était agressive, à l'instar du caractère de sa propriétaire.
─ Rita Skeeter a été invité, marmonna-t-elle.
Bianca observa la femme à son tour. Un petit carnet volait autour d'elle en permanence, notant sans relâche des inepties. Derrière elle, la Serpentard reconnut Barty Croupton, du Département de la coopération magique. Cet homme était respecté, mais Caroline ne l'avait jamais vraiment apprécié. Il était peut-être trop semblable à elle, et la communication s'était toujours révélée difficile entre eux.
La Serpentard entraîna Bianca dans un coin de la salle, où son père discutait tranquillement avec d'autres sorciers du Ministère. L'un d'eux avait des cheveux roux. Elle n'eut aucune peine à deviner de qui il s'agissait : Arthur Weasley.
─ Regardez qui voilà !
L'un des sorciers dévisageait Caroline tout sourire. C'était un des collègues de Jack, Foelas Frigoeour. Il était grand, musclé et incroyablement sympathique. Jack se retourna lentement, son verre à la main. Sa fille lui apparut pâle, et belle. Il la prit dans ses bras, quelque que peu distant, et lui offrit un baiser sur la joue. Caroline salua les amis de son père d'un « bonjour » timide, imitée de près par Bianca.
─ Alors Caroline, comment se déroule ta dernière année ? Demanda Foelas, en lui tendant un verre contenant un liquide transparent.
─ Ma fille ne boit pas Foelas, le réprimanda-t-il sévèrement.
─ Laisse-là s'amuser un peu…
Foelas osa glisser le verre entre les doigts de Caroline, et fit de même pour Bianca. Mais la Serpentard n'y toucha pas, contrairement à son amie qui avait trempé ses lèvres dedans avec un grand sourire. Jack reprit une conversation très sérieuse avec son collègue, laissant l'occasion à Caroline de s'éclipser. Néanmoins, un homme lui barra le chemin maladroitement :
─ Monsieur Weasley, je suis ravie de vous revoir, déclara-t-elle d'un faible sourire.
Cette soirée s'annonçait affreuse, mais la compagnie d'Arthur était toujours la bienvenue. Les Weasley étaient des personnes sympathiques, et bien qu'elle vouait une partie de son temps à rabaisser Percy, elle les appréciait réellement.
─ Moi aussi, Caroline, moi aussi. Tu as des nouvelles de mon fils ? Il est très secret avec nous, tu sais.
Le clin d'œil d'Arthur laissa à Caroline le loisir d'imaginer la honte que Percy ressentirait, si elle venait à parler de Pénélope.
─ Il va bien, répondit-elle en toussant.
Caroline but une gorgée du verre d'eau que lui avait tendu Arthur et le remercia d'un sourire sincère. Elle discuta ensuite avec lui d'histoires Moldues, qui n'intéressaient sûrement qu'eux dans les parages. De ce fait, la soirée était nettement moins pénible pour la jeune femme.
─ J'ai rapporté au professeur Burbage un petit chien en plastique électrique cette année. J'aurais bien voulu vous le montrer, déclara-t-elle le nez niché dans le canard en caoutchouc qu'il venait de lui montrer.
─ Fantastique ces Moldus, ils arrivent à créer des objets aussi complexe et petit avec une grande précision. Ce sont des magiciens à leur manière, n'est-ce pas ?
Caroline hocha la tête, un sourie vaseux aux lèvres. Arthur Weasley faisait décidément partie du même univers cosmique qu'elle.
─ Connaissez-vous cet Edgard Morval ? demanda-t-elle soudainement.
Elle remarqua l'affichette collée derrière lui, dans un recoin discret, où personne ne l'aurait vu sans y faire attention.
─ Ton père le surveillait jusqu'à quelques moins en arrière. Mais il s'est volatilisé dernièrement et les Aurors n'arrivent plus à retrouver sa trace. Il est soupçonné d'être un ancien Mangemort.
Caroline avait déjà entendu ce nom quelque part. Mais où ? Et était-ce l'homme que Georges soupçonnait ? Sûrement, d'après la lettre qu'il lui avait envoyée. Il était très probable que ce soit lui qui se promenait dans la forêt, le jour de sa disparition. Cette affaire n'était pas nette dans tous les cas. Caroline avait beaucoup réfléchi ces derniers jours, notamment pour essayer d'occulter Remus de son esprit, mais aussi pour dénicher une nouvelle piste. L'infiltré était forcément l'un de ses amis. Sinon, comment aurait-il fait pour la manipuler sans que personne n'ait pu le démasquer ? Ses soupçons se portaient à présent sur la seule personne dont l'alibi n'était pas connu : Elly. La Serpentard avait envie de s'arracher la tête, pour mettre en doute une amie aussi proche et fidèle. Mais la situation était si désespérée qu'elle pourrait même croire que le coupable était le professeur McGonagall. C'était peut-être un vampire après tout…
─ Est-ce qu'il lui reste de la famille, des enfants ?
─ Je ne crois pas. Son frère a été tué lors de l'ascension de tu-sais-qui. C'était lui-même un Mangemort reconnu. Si tu veux mon avis, Jack aurait dû l'enfermer il y a longtemps.
« Innocent, tant que l'on n'a pas prouvé qu'il était coupable ». Le professeur Dumbledore était un homme sage, et Caroline l'écoutait attentivement.
─ Tiens, tiens, j'ai décidément beaucoup de chance ce soir. Caroline Dorm, déclara lentement une voix sinistre dans son dos.
Le visage d'Arthur s'était décomposé, et elle n'eut d'autre choix que de confronter cet invité dérangeant. Lucius Malfoy avait revêtu son plus beau costume, et ses cheveux blonds platine étaient coiffés en arrière, comme à son habitude.
─ Monsieur Malfoy.
Elle serra sa main à contre-cœur. Lucius la dévisageait de cette expression malsaine qu'il arborait en toutes circonstances. Caroline était nerveuse, et aurait aimé que Remus soit à ses côtés pour affronter cet homme fourbe et sans scrupules.
─ Sirius Black est toujours introuvable… Peut-être devrions-nous remercier votre père pour son efficacité remarquable ? Qu'en pensez-vous ?
La jeune femme grinça des dents. Cet homme l'horripilait.
─ Je pense que cette situation vous arrange au contraire. Il est comme vous, Sirius Black.
─ Ne sous-entendez pas que ce criminel soit relié d'une quelque conque façon à moi, Caroline. Déjà que vos fréquentations douteuses ne jouent pas en votre faveur.
Lucius se redressa quand l'ombre de Jack le menaça imperceptiblement. La main de son père se posa sur son épaule, et Caroline reprit enfin sa respiration.
─ Lucius, je te prierai d'arrêter d'ennuyer ma fille, et de garder tes commentaires à ceux qui voudront bien les écouter. Maintenant, si tu veux bien nous excuser.
Jack hocha la tête gracieusement, et guida sa fille dans la groupe que formait les Aurors un peu plus loin. Ils étaient suivis de près par Arthur. Lucius était hors de lui, mais il ravala sa fierté, et regagna son groupe de sorciers hautains, le visage crispé.
Caroline observa discrètement les collègues de son père. Il y avait une jeune femme dans le groupe. Ses cheveux étaient étranges, ils changeaient de couleur mystérieusement.
─ Qui est-ce ? questionna-t-elle, curieuse.
─ Tonks, je l'ai recrutée récemment dans mon équipe. Une jeune femme prometteuse.
Caroline la dévisageait avec jalousie. Jack regardait cette fille avec fierté, ce qu'il n'avait jamais fait dans son cas. Elle ne serait jamais à la hauteur de ses attentes, mais Caroline ne s'en formalisait plus. Il y avait longtemps que Jack et elle avait perdu ce lien familial qui les réunissaient. Aujourd'hui, ils se contentaient du strict minimum. La Serpentard était persuadée qu'il ne l'aimait pas. Déjà qu'elle n'était pas allée dans l'illustre Maison Serdaigle comme il était coutume chez les Dorm. Non, elle avait été admise dans la Maison de sa mère, ce que Jack n'avait jamais accepté.
─ Je vais rentrer papa, je suis fatiguée.
─ Laisse-moi avertir l'un de tes professeurs, je ne veux pas que tu rentres seule.
Caroline accepta, résignée par son autorité, et sortit en compagnie de l'un de ses Aurors. Toutes ces festivités l'avaient chagrinées. Elle n'était pas de ce monde, et ne le serait jamais. Remus lui manquait encore plus dans ces moments pénibles, et sa douleur ne faisait qu'empirer.
Bianca avait réussi à approcher son idole, et Ludo Verpey avait promis à Caroline que Bianca serait raccompagnée chez elle par ses soins. Elle quitta donc l'atrium, sans un regard en arrière. Sa visite lui avait néanmoins permis d'apprendre l'identité du fugitif que Georges soupçonnait : Edgard Morval. D'ailleurs, elle était inquiète de n'avoir reçu aucune nouvelle de son vieil ami. Où était-il passé ?
─ Attendez.
La Serpentard s'arrêta, légèrement agacée par la malhonnêteté de Rita Sketter. Elle lui courait après, dans sa robe longue qui lui moulait vulgairement le corps et qui l'empêchait d'allonger ses foulées, ce qui la rendait extrêmement ridicule.
─ Je n'ai rien à dire.
Caroline ne s'attendait pas à ce qu'elle la rattrape. Et pourtant, Rita réussit à s'imposer devant elle, les poings sur les hanches.
─ Vraiment ? Nous savons que votre père est ami de Sirius Black…
─ Vous dîtes n'importe quoi, la coupa-t-elle froidement. Maintenant, veuillez m'excuser, je n'ai pas de temps à vous accorder.
Elle la bouscula sans ménagement, et sortit à l'air libre avec soulagement. Ces vautours la stressaient beaucoup, elle avait toujours peur de dire un mot de travers, qui porterait préjudice à son père. Caroline s'assit dans la rue, étrangement apaisée par la musique enjôleuse qui animait les rues de Londres. Le collègue de son père la surveillait à l'écart, s'assurant qu'elle n'aille se perdre seule dans les quartiers Moldus.
Seulement, Caroline n'avait envie que d'une seule chose : se jeter dans ses draps, et dormir à ne plus s'en réveiller. Car la réalité s'immisçait de plus en plus en elle, doucereuse et implacable : elle aimait Remus, et lui ne l'aimait pas.
─ Ton professeur ne va pas tarder.
Caroline leva les yeux au ciel, observant les étoiles, pensive. Si le professeur Trelawney l'avait prévenue, elle n'aurait certainement pas succombé au charme de Remus. Ce n'était pas la faute de son professeur, ni la sienne. Mais c'était parfois plus facile d'accepter la réalité, en désignant un coupable que l'on pourrait haïr en toute tranquillité.
La jeune femme n'entendit pas le bruit de succion, annonçant l'arrivée de l'un de ses professeurs. Elle était certaine que la voix désagréable de son Directeur de Maison allait lui écorcher les tympans. Le professeur en question se dirigea vers l'Auror, puis s'approcha d'elle avec hésitation :
─ Venez.
La douceur de ce mot la tétanisa. Il était là. Dans son dos. Caroline posa sa main sur ses genoux, accablée par les émotions que provoquait la voix suave de Remus dans son bas ventre. Elle respira un bon coup, et vérifia que ses fesses n'avaient pas été salies par le trottoir, après s'être levée sans un regard pour lui.
Puis, Caroline lui agrippa le bras avec supplice, et ils disparurent dans la nuit noire.
Ils atterrirent sans encombre devant le portail de l'école. Caroline frôla le bout des doigts de son professeur, et s'écarta immédiatement. Ce n'était pas sain de se complaire dans des gestes qui ne pourraient jamais exister sans ambiguïté.
─ Merci d'être venu me chercher, dit-elle sans joie.
Caroline s'apprêtait à franchir le portail, quand la douce voix de Remus la tétanisa, une fois encore :
─ Pourquoi avez-vous l'air si triste, Caroline ?
Lentement, elle se retourna et posa ses yeux brillants sur le visage de son professeur. Comprenait-il seulement ce qu'elle éprouvait pour lui ?
─ Parce que je n'ai pas le choix.
Remus ne la retint pas, la laissant rejoindre le Château, sous son regard protecteur et attristé. Caroline était épuisée, et finit par lâcher quelques larmes, une fois seule dans son dortoir. La sensation inconnue qui tiraillait son âme la forçait à extérioriser son mal être. Ce n'était pas la même que celle qu'elle éprouvait pour son père ou pour Elsa.
Celle-ci était différente.
Et Caroline ne savait pas comment s'y prendre pour la soigner.
OOO
La soirée de Noël approcha à grands pas. Caroline avait enfilé un bas de pyjama blanc, doux et moelleux, avec un T-Shirt noir portant le nom d'un groupe de musique Moldu. Manger en compagnie des professeurs et d'élèves plus barbant les uns que les autres l'ennuyaient atrocement. Mais le professeur Dumbledore avait tenu à réunir les occupants du Château en cette soirée, et c'était pourquoi Caroline avait daigné sortir de son lit aujourd'hui.
La Serpentard reconnut Percy de loin. Son camarade attendait devant l'entrée de la Grande Salle, trafiquant avec la manche de son pullover rouge. Une tête de cerf y était d'ailleurs brodée. Madame Weasley avait des goûts douteux en la matière, mais par respect, Caroline ne s'était jamais moquée de ces habits extravagants. Ce qui était très dur en vérité.
─ C'est quoi ce T-Shirt miteux ? demanda Percy, ses petits yeux de fouine luisant de cynisme.
─ Ma parole, tu as bouclé tes cheveux ? rétorqua Caroline, avec un sourire carnassier.
Les cheveux roux de Percy étaient parfaitement définis en petits bouclettes rebondies, et étincelantes. Jamais il n'avait eu une chevelure aussi sophistiquée. Caroline ricana en tentant de l'ébouriffer, sans y arriver concrètement. Le Griffondor la repoussait lourdement, agacé par son comportement enfantin. Ils entrèrent dans la Grande Salle en se dévisageant mutuellement, et avancèrent en direction de la table des professeurs, exceptionnellement assis au beau milieu de la salle. Des flocons se déposait au sommet du crâne de la jeune femme et disparaissaient aussitôt. Décidément, le professeur Dumbledore n'aimait pas changer ses classiques. Les mêmes sapins flottaient dans les airs depuis sept ans.
─ Bonsoir, entonnèrent-ils simultanément.
Percy s'assit aux côté de Minerva, et Caroline n'eut d'autre choix de s'asseoir à côté de son Directeur de maison. Rogue se tenait droit comme un piquet, attendant tel un supplice la fin de ce repas organisé.
Le professeur Dumbledore leva sa coupe, et prononça solennellement :
─ Avant d'entamer notre excellent festin, je…
Blanffec surgit brusquement dans la Salle, avec d'autres hiboux et chouettes. Ils déposèrent doucement des cadeaux emballés de beaux papiers colorés, dans leurs assiettes vides.
─ On dirait bien que je me fais vieux, rajouta Albus, un sourire taquin aux lèvres.
Caroline reçut une petite boîte, entourée d'un grand nœud noir. Elle trônait dans son assiette, attendant patiemment d'être ouverte. Caroline se méfiait de ce cadeau ; il pouvait être empoisonné, à l'instar de la pomme que la veille sorcière avait offerte à Blanche-Neige. La Serpentard mis sa curiosité de côté et observa son professeur à sa droite, avec un grand sourire aux lèvres. Severus Rogue tenait un « objet étrange » dans ses mains…
─ Votre cadeau vous plaît ? demanda-t-elle ravie.
Son professeur tourna lentement la tête vers elle, un regard noir collé au visage. Caroline expliqua à son professeur calmement :
─ C'est un Game Boy, je me suis dit que pendant vos vacances, vous aimeriez vous amuser un peu…
Caroline crut que son professeur allait lui lancer la petite boîte grise à la figure. Elle ajouta précipitamment :
─ Il ne fonctionne pas à Poudlard, mais ce n'était pas pour autant que vous devez le casser.
Elle l'avait emprunté à un jeune Moldu à la langue bien pendue. Caroline était convaincue d'avoir aidé le petit garçon en lui dérobant sa « console portable ». La vie était dure, il valait mieux qu'il s'y habitue tout de suite. Le professeur Dumbledore observait le cadeau de son enseignant avec beaucoup d'intérêt.
─ Voilà un présent bien original Severus… à votre place, je remercierai Miss Dorm, déclara-t-il l'œil bienveillant.
Rogue reposa l'objet dans son emballage, d'un air résigné. La jeune femme attendait le verdict. Elle connaissait l'enthousiasme de son professeur pour les objets Moldus, et se délectait de cette situation saugrenue. Le professeur Rogue tenait un Game Boy. Qui l'aurait cru ?
─ Que vais-je faire de votre idiotie Miss Dorm ? soupira-t-il lassé.
─ La question est plutôt : que feriez-vous sans ?
Caroline était heureuse d'avoir arraché un soupir à son professeur. Percy avait quant à lui reçu un bonnet, de la même couleur que son pull, ainsi qu'une bouteille de Whisky Pur-Feu. Il ne manqua pas de la dissimuler hâtivement dans son nouveau bonnet excentrique, les yeux ronds. L'alcool était proscrit à Poudlard. Et qui d'autre que Percy respectait le règlement à la lettre ? Caroline le voyait se dandiner sur sa chaise, extrêmement mal à l'aise à côté de Minerva.
« Qu'elle idée de génie Caro », rigola-t-elle intérieurement.
Ses cadeaux avait fait sensation autour de la table. Mais le sien restait désespérément intact. Était-ce un piège ? Une farce de Percy ? Ou bien un cadeau de Remus ? Son cœur s'emballa inexplicablement et Caroline se jeta dessus avec espoir. Une fois le papier déchiré, elle ouvrit la petite boîte, et en sortit un magnifique collier d'or. Il était très ancien, et se confondait avec sa chevelure. Celui qui l'avait choisi avait beaucoup de goût. Caroline le toucha du bout des doigts, et le souleva délicatement devant elle ; c'était un bijou somptueux.
─ C'est un collier de grande valeur, Miss Dorm, l'informa Rogue froidement.
─ Celui qui te l'a offert a sûrement des crottes dans les yeux, rajouta Percy, la langue tranchante.
─ Allons Monsieur Weasley, le réprimanda MaGonagall.
Remus n'avait pas les moyens de lui offrir un tel présent. Était-ce seulement lui ? Caroline désirait plus que tout que ce soit lui. Avant de finir hypnotisée par son reflet envoûtant, elle le rangea dans sa boîte, et le poussa sur le côté. Plus elle le regardait, plus une sensation de malaise l'étreignait. Caroline secoua la tête, oubliant ce présent mystérieux et prépara ses services, l'eau à la bouche. Le repas était servi.
La soirée se déroula dans la bonne humeur générale, contre toute attente. Caroline avait englouti la dinde et ses accompagnements, ainsi que la soupe, et attendait impatiemment le dessert. Percy radotait à la table, ennuyant la plupart des convives. Le professeur Rogue lui avait déjà suggéré de se taire deux fois, mais Weasley n'était pas décidé à laisser quelqu'un d'autre s'exprimer ce soir. Caroline pliait sa serviette dans tous les sens, pour passer le temps et fixait un jeune Poufsouffle écarlate d'un œil suggestif. C'était amusant de l'impressionner d'un seul regard.
Seulement, les portes de la Grande Salle s'ouvrirent inopinément, et un nouvel invité entra dans la salle. C'était Remus. Caroline se redressa aussitôt, laissant le professeur Lupin s'asseoir à côté d'elle dans un silence de plomb. Il salua ses collègues et les autres élèves d'un sourire chaleureux. Caroline enviait toutes ses personnes, rabougrie dans son coin, les bras croisés. Eux avaient eu droit à un sourire, mais pas elle.
─ Je ne m'attendais pas à vous voir professeur.
─ Bonsoir à vous aussi, Caroline.
Les conversations avaient repris autour de la table, et Percy s'en donnait à cœur joie pour époustoufler son assemblée endormie. Caroline ne l'écoutait pas, à l'instar de Remus. Ce dernier semblait fatigué, attendant le dessert avec tristesse. Il triturait ses couverts, la tête baissée. Elle avait envie de le prendre dans ses bras, mais paradoxalement, elle souhait lui hurler dessus également.
─ Je vois que vous avez fait un effort vestimentaire, ricana-t-elle en dégustant son jus de citrouille.
Il portait son éternelle costume en tweed, qui malgré la mauvaise foi de Caroline, lui seyait merveilleusement bien.
─ Je vous retourne le compliment.
─ Ce n'en était pas un, vociféra-t-elle.
Sa voix revêche avait attiré l'attention de la tablée sur eux. Caroline était d'une humeur massacrante, depuis que Remus avait osé poser ses fesses à côté d'elle. Elle était en colère qu'il puisse gâcher sa soirée ainsi, alors qu'elle avait réussi à ne plus penser à l'affreux « je ne peux pas, désolé » dont il l'avait gratifiée la dernière fois.
─ Vous avez un problème ? Aboya-t-elle à l'encontre des autres.
Caroline se renfrogna, attrapant la table entre ses doigts fins. Personne ne répondit, pas même le professeur Rogue, qui avait l'air de trouver la situation très amusante. Le dessert apparut sur la table, rompant le malaise que Caroline avait produit autour d'elle.
─ Une bûche de Noël, s'enthousiasma un jeune Griffondor, en diagonale de Caroline.
Un sourire malsain apparut sur les lèvres de la Serpentard. Un florilège de jeu de mot avec le mot « bûche » s'offrait à elle sur un plateau d'argent. Mais avant qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche, Remus l'interrompit calmement :
─ Caroline, je ne pense pas que ce soit le bon moment pour ce genre de… plaisanterie.
─ Professeur, mêlez-vous de vos affaires.
Pourquoi était-il venu ? Et pourquoi lui parlait-il comme si rien ne s'était passé entre eux ? Presque deux semaines qu'il l'évitait, et il croyait qu'elle aurait envie de lui parler, comme avant ? Elle empoigna le collier qu'elle avait reçu une heure auparavant, et bien qu'elle le trouvait magnifique, Caroline le lança devant Remus négligemment :
─ Gardez votre cadeau, je n'en veux pas, pestiféra-t-elle à voix basse.
Remus lorgnait le collier avec stupéfaction. Caroline remarqua son trouble, et décroisa ses jambes engourdies. Son professeur saisit le bijou, et l'inspecta rapidement. Puis, d'une voix monotone, il déclara :
─ Ce n'est pas moi qui vous l'ait offert.
Caroline sentit un coup de marteau s'abattre sur sa poitrine. Qui aurait pu lui offrir cette babiole hypnotisante, mise à part l'homme que chaque parcelle de sa peau désirait ?
─ Arrêtez de me mentir.
─ Je ne vous mens pas, pourquoi vous aurais-je offert ce collier ?
Remus regretta immédiatement ses mots. Le visage de Caroline devenait si pâle et translucide qu'il aurait pu espionner le professeur Rogue à travers elle. La jeune femme tenta de faire bonne figure, mais sa voix tremblait malgré elle :
─ Parce que je pensais que vous m'appréciez vraiment. Mais de toute évidence, je me suis trompée.
Caroline lui arracha le collier des mains, et se leva, quittant la table hâtivement. Elle ne pleurait pas, mais la sensation de vide qui l'étreignait était bien pire qu'un flot de larmes. Percy fronça les sourcils en la voyant défoncer les portes de la Grande Salle, se tordant les poignets au passage. Son juron s'envola dans les airs, tandis que les invités entamaient leurs desserts avec gourmandise. Percy avait deviné que Remus était à l'origine de l'humeur instable de Caroline, et quand il se leva à son tour, le Griffondor comprit que quelque chose lui avait filé sous le nez depuis le début. Le professeur Lupin et Caroline cachait quelque chose, mais qu'était-ce donc ?
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La Tour d'Astronomie était un endroit tranquille et isolé. Elle venait y perdre son temps certaines fois, quand elle avait envie d'être seule. Caroline frissonnait en observant les flocons s'écraser au sol ; le vent s'engouffrait sous son T-Shirt. La magie de Noël était bien illusoire aujourd'hui. Remus avait fini d'enfoncer le poignard. Elle dut reconnaître qu'elle avait perdu. Son cœur se serrait, à mesure qu'elle imaginait ses jours défiler sans la présence de celui qu'elle aimait à ses côtés. Ses mains accrochaient la rambarde avec force, comme si elle essayait de retenir quelque chose qui était déjà parti, très loin, depuis longtemps.
Une chaleur l'enveloppa soudainement, réchauffant son corps glacé, à force d'être restée immobile dans le froid. Caroline n'eut pas besoin de tourner la tête ; elle reconnaissait l'odeur de la veste que l'on avait posé sur ses épaules.
─ Allez-vous en.
Elle entendit un soupir résigné. La jeune femme pensait avoir eu raison de Remus, mais ce dernier apposa ses mains sur la rambarde, près d'elle. Sa proximité apaisait sa peine, mais ce n'était pas suffisant. Elle avait besoin de le toucher, de lui parler et de savoir si cette affection qu'elle éprouvait pour lui était réellement réciproque. De son côté, Remus regardait le paysage, les traits de son visage aussi tristes que ceux de son élève. Elle l'avait rarement vu si abattu. Quelque chose avait changé dans son regard chocolat. Elle sentit sa respiration ralentir, et son cœur cesser de battre, alors que les lèvres de son professeur s'entrouvraient faiblement :
─ On ne peut plus continuer de cette façon, Caroline.
Alors ? Qu'en pensez vous ? Que va-t-il se passer ? :)
Merci à toutes celles qui ont reviewé, c'est-à-dire faolbee, Lily (oh je ne connais pas cette chanson, j'irai l'écouter ! Je t'avoue que j'ai écrit cette histoire à partir d'une chanson aussi ahah), Lizziana (Remus cache bien son jeu, il va peut-être nous réserver des surprises ! Le prochain chapitre va enfin révéler une partie de son point de vue normalement ^^), Polugritiya et Rukie-chan.
J'espère terminer la suite pour samedi ou dimanche, mais je ne suis pas sûre à 100% d'y arriver.
Alors je vous souhaite un bon week-end :)
