Chapitre 14

Caroline se présenta au bureau du professeur Rogue, passablement troublée par le message de Georges. Elle réfléchissait toujours à la possibilité que Bianca soit impliquée dans ses mésaventures. Cette idée la dérangeait particulièrement. C'était l'une de ses amies, celles qu'elle appréciait au-delà des faux-semblants et des obligations.

Elle avait peur d'être bernée, à l'image de Remus. Il était amer ; elle le comprenait aisément au travers de ses yeux peinés. L'un de ses meilleurs amis l'avait trahi, lui et tous les autres. Caroline avait parfois envie de poser l'une de ses mains sur son épaule, geste indéfectible de son soutien. Mais considérerait-il ce rapprochement comme désapproprié ? Le casse-tête que lui imposait Remus agaçait la jeune femme. Quoi qu'il en soit, elle irait à Pré-au-Lard seule cette nuit. Inconscience et réelle intelligence ? Tout le monde était suspect, et il était peu probable que l'un de ses professeurs l'autorise à quitter le Château dans la nuit pour rejoindre un alcoolique notable.

Caroline coupait ses ingrédients dans le silence, sous le regard noir de son professeur de potions. Le chaudron fumait déjà à côté d'elle ; ils étaient dans la salle de classe depuis près de vingt minutes. La Serpentard resserra sa robe de sorcier autour de ses épaules, une fois les ingrédients barbotant dans l'eau. Les courants d'airs qui se déchainaient dans la pièce saccageait sa peau d'une sensation glaciale, et de frissons incontrôlables. Que Georges allait-il lui révéler ? Qui avait bien pu assassiner Claire ?

OOO

Caroline quitta le Château tout en discrétion, la capuche rabattue sur sa chevelure dorée. Le professeur Rogue l'avait congédiée une fois sa potion terminée, sans un mot, se contentant de lui claquer cruellement la porte au nez. Une heure plus tard, la voilà déambulant parmi les ombres menaçantes, qui tanguaient malicieusement dans la cour extérieure. Elle marchait d'un pas serein, quand un grognement sonna sournoisement à ses oreilles. Caroline se retourna aussitôt, le cœur battant. Sa vision se troubla un instant, et elle ne discerna qu'une masse irrégulière se détacher de l'obscurité.

Le chien noir était là, juste devant elle.

Ses crocs saillants dégoulinaient de bave. Pourtant, l'attention de Caroline se portait uniquement sur les deux billes jaunes qui la fixait férocement. C'était Sirius Black. La Serpentard tenta d'attraper sa baguette maladroitement, mais ses mains moites laissaient le bois sculpté s'échapper sans arrêt au fond de sa poche. Elle baragouina, son courage disparu dans les méandres de son subconscient :

─ Je sais qui vous êtes, vous n'avez pas le droit d'être ici…

Caroline avait envie de s'écorcher la langue, par dépit. Bien sûr qu'il savait qu'il ne devait pas être ici ! Elle avala le torrent de salive qui handicapait sa bouche, et leva enfin sa baguette en direction du chien, après maints essais :

─ Petrificus…

La jeune femme hoqueta de surprise. Le chien noir avait rebroussé chemin, en courant, sans égard pour elle. Son cerveau grillait littéralement. Caroline réfléchissait à une vitesse folle, partagée entre de nombreuses idées. Néanmoins, l'adrénaline la conduisit à prendre la plus stupide des décisions : courir après un chien, qui se trouvait être un criminel recherché par tout le Magenmagot.

Le chien se dirigeait dangereusement vers la saule cogneur dont Caroline avait horreur. Ses branches s'aplatissant à terre rageusement forcèrent la jeune femme à stopper sa course. Mystérieusement, une fois le chien disparut dans ce qu'il lui semblait être un tunnel dissimulé, le saule cogneur se figea. Caroline avança peureusement, un pas après l'autre, jusqu'au tronc massif de l'arbre ensorcelé. Elle repéra une entrée, manifestement celle qu'avait empruntée l'Animagus. La Serpentard descendit prudemment, et salit sa robe de sorcier en glissant sur le sol recouvert de boue.

Caroline prit son courage à deux mains, et longea le tunnel, le cœur prêt à imploser.

Finalement, elle tomba sur une trappe, et s'engouffra à l'intérieur d'une habitation désertique. Sa main, posée à terre, était recouverte de poussière. Caroline toussa machinalement, et se leva en jetant des regards dégoutés autour d'elle. Quel pouvait bien être cet endroit ? Elle visita les pièces les unes après les autres, craignant d'y voir apparaître le célèbre évadé d'Azakaban. Mais une fois son inspection terminée, Caroline relâcha ses épaules, et souffla de soulagement. Il n'était plus ici.

Un escalier bancal menait à l'étage, mais la jeune femme préféra quitter cette bâtisse angoissante. Elle dévala les marches du perron, sa baguette en main, prête à se protéger contre n'importe qu'elle mauvaise sort (elle s'en convainquait du moins). Mais il n'y avait personne dehors, non plus. Caroline se retourna et contempla la maison abandonnée, stupéfaite :

─ La Cabane Hurlante, murmura-t-elle.

La Serpentard frissonna de l'air frais, qui soulevait ses cheveux dorés, et dévoilait son cou à la nuit noire. Elle quitta le périmètre de la propriété, passablement effrayée, et trottina pour rejoindre le centre de Pré-au-Lard. Les rues désertes du village renforcèrent la sensation asphyxiante qui oppressait sa poitrine. Caroline avait peur. Elle se dépêcha de bifurquer dans la ruelle menant à la maison de Goerges. Seulement, une emprise se referma vigoureusement sur son bras droit.

Caroline hurla, se débâtant avec ses dernières forces. Ses yeux étaient clos ; elle ne voulait pas affronter le visage de son tortionnaire. Les muscles de la Serpentard lâchèrent soudainement, ramollis par cette tension insoutenable qui tiraillait son être. Alors qu'elle sombrait doucement dans l'inconscience, une voix taillada froidement ses oreilles :

─ Je peux savoir ce que tu fais ici, Caro ?

Bianca dévisageait gravement son amie. Caroline ouvrit les yeux de stupeur, et découvrit les visages inquiets de ses deux « amis ». Bianca et Daryl se tenaient devant elle, de grandes capes noires recouvrant leurs corps athlétiques. Caroline recula instinctivement, obligeant Daryl à la lâcher. Un silence pesant régnait entre eux. Une angoisse doucereuse sauta à la gorge de Caroline :

─ Et vous, que faîtes-vous ici ? rétorqua-t-elle sèchement.

Son air soupçonneux n'échappa pas à ses deux camardes. Bianca afficha une moue agacée, avant d'émettre un léger bruit scandalisé. L'attitude de Caroline était risible. Ou terriblement intelligente. Ils étaient suspects. Et puis, celui qui pensait n'avoir aucun regard posé sur lui… n'aurait-il pas tendance à se relâcher et commettre l'erreur de trop ? Le coupable se croyait sûrement introuvable, et Caroline comptait profiter de l'assurance démesurée que véhiculait cet être machiavélique.

Elle voulait gagner, à ce jeu du chat et de la souris.

─ Tu avais disparue, à nouveau, alors nous t'avons cherché, déclara Bianca, les mains sur les hanches.

─ Aucun professeur ne vous aurait autorisé à sortir du Château.

Caroline tâta sa poche à la recherche de sa baguette magique. Une étrange lueur brillait dans les yeux de ses camarades. Leurs sourires chaleureux n'étaient plus les mêmes. Ils avaient cédé leurs places à d'inquiétants rictus.

« Un seul sort Caro, sinon ils t'auront. Georges est tout près, tu y arriveras. »

Elle sortit lentement sa baguette, et s'apprêtait à réciter sa formule magique, quand une main se posa délicatement sur la sienne, avortant son geste défensif. Cette chaleur réconfortante électrisa son corps de la tête au pied, provoquant de délicieux fourmillements dans sa nuque. Caroline détourna la tête, et vit Remus, sur son flanc droit. Elle ressentait son corps collé au sien, protecteur, dressant une barrière entre elle et le monde extérieur. Cette proximité dangereuse revigorait son esprit de bien-être, et de plaisir.

─ Caroline, vous êtes incorrigible, soupira-t-il solennellement.

La Serpentard le regardait, passablement déçue d'elle-même. Elle savait que Remus n'approuvait pas, et n'approuverait jamais sa décision d'avoir quitter le Château, seule, durant la nuit. Ce dernier s'écarta légèrement, coupant court aux désirs de la jeune femme :

─ Rentrons.

─ Au nom des Moldus, je dois vous répondre par la négative… vous ne pouvez pas comprendre, répondit-elle, d'un sourire crispé et vaseux.

Elle n'avait pas envie de révéler son entrevue nocturne avec Goerges devant ses deux « amis ». Quelles étaient les chances pour qu'ils soient innocents, après ce soir ? Elle espérait seulement que Remus ait compris son petit manège, et prenne la bonne décision. Ce dernier la dévisageait d'un air consterné et surpris, mais il discernait son malaise, à la manière dont elle le fixait intensément. Lupin resta stoïque, et se tourna à contrecœur vers Blanche-Neige et Daryl, comme s'il avait l'impression d'être manipulé :

─ Rentrez au Château. Vous passerez dans mon bureau demain matin, pour m'expliquer la raison de votre présence, à Pré-au-Lard, au beau milieu de la nuit.

Les deux élèves restèrent impassibles, puis partirent en direction de Poudlard, sans protester. Bianca saisit le bras de Daryl, et lui chuchota à l'oreille, un petit sourire angélique collé aux lèvres. Elle ressemblait à la vraie Bianca que Caroline adorait. D'ailleurs, la Serpentard aurait voulu, à cet instant, rentrer avec eux. Mais le temps avait un autre dessein pour elle (Caroline aimait répéter ce que les Moldus lui racontaient). Elle attendit qu'ils soient suffisamment éloignés, avant de préciser, de manière concise :

─ Georges m'a donné rendez-vous. Il sait qui a tué sa fille.

─ Ce n'est pas une raison pour vous promener seule, au beau milieu de la nuit, répondit Remus sévèrement.

Caroline baissa les yeux, puis reprit d'une voix enjôleuse :

─ Vous vous êtes inquiété pour moi, professeur ? Ce n'est pas la première fois…

La Serpentard sourit à Remus, et rapprocha son corps du sien, respectant la limite invisible imposée par celui qu'elle désirait embrasser. Remus, de son côté, avait envie de la serrer dans ses bras, après l'énorme frayeur qu'il avait eue en constatant qu'elle n'était plus dans le Château. Caroline posa l'une de ses mains sur l'épaule de son professeur, ricanant presque de joie. Un premier pas. Cependant, la jeune femme déchanta rapidement :

─ Ôtez votre main Caroline.

─ Seulement si vous m'ôtez mes hab…

─ Vous ne cesserez donc jamais de faire du chantage ?

Elle ria légèrement, puis relâcha l'épaule incandescente de Remus. La jeune femme lisait l'inquiétude dans ses beaux yeux chocolat, accompagnée de reproches. Elle aurait pu l'embrasser, à ce moment précis. Inconsciemment, le regard de Remus se baladait sur ses lèvres et ses yeux, en alternance. En aurait-elle le courage ? Peut-être. Mais le temps manquait, et Caroline gardait son objectif en tête :

─ Je dois voir Goerges, professeur, c'est très important…

Remus soupira, cachant ses mains dans ses poches. Caroline était têtue, et le seul moyen de se débarrasser d'elle, était le compromis. Elle était définitivement incorrigible. Il lui emboîta le pas, et énonça sa condition nonchalamment :

─ Ne vous attardez pas, Caroline. Je vous accorde uniquement quelques minutes.

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Georges était assis dans son fauteuil, un verre de Whisky Pur-Feu dans la main. Il jouait avec ce bonheur liquide, d'un geste monotone et insonore. Son visage, aux traits vieillissants, brillait d'un regard embrumé et mélancolique. L'expression peinée de ses deux prunelles trahissaient l'homme qu'il était : un alcoolique chagriné par une vie trop difficile à endurer. Caroline ferma la porte d'entrée gentiment, évitant tout grincement sinistre. Puis elle s'avança craintivement au centre de la pièce, découvrant Georges dans une simple robe de tissu, aux couleurs de sa Maison. Aux couleurs des Serpentard. Il l'avait achetée dès son premier jour à l'école de Sorcellerie Poudlard. Au contraire de Jack, Georges était heureux que Caroline ait été répartie à Serpentard. Le simple sourire de cette fillette redorait son cœur d'espoir, à l'époque. Mais aujourd'hui, Caroline avait l'impression que son visage pâle, et ses beaux cheveux dorés ne ferrait jamais plus sourire l'homme affalé et soûls qui traînait dans son fauteuil miteux. Aussi miteux que ceux dont les Moldus se débarrassaient au bord des routes, ou dans les forêts. Le silence donnait une impression de déjà-vu à Caroline. Elle avait regardé d'innombrables films Moldus, en noir et blanc, où le suspense était manié avec talent. L'ambiance y était similaire, enveloppée d'un duvet de chaleur feutrée. Finalement, Goerges leva ses yeux en amandes dans sa direction, dans un geste qui parut douloureux. Le vieil ivrogne adressa un pauvre sourire à la Serpentard, et l'invita, d'un air coi, à s'assoir dans l'un de ses déplorables fauteuils.

─ Ma petite Caroline, je suis content de te voir.

Georges but cul-sec son verre, et ne tarda pas à le remplir une nouvelle fois. Caroline était mal à l'aise. Jamais elle ne l'avait vu ingurgiter autant d'alcool de ses propres yeux. Ses vieilles habitudes étaient maintenant ancrées dans sa chair, et il n'avait plus l'audace de taire ces rumeurs qui gangrénaient le cœur des habitants de Pré-au-Lard. Personne n'avait pitié de lui, et Georges s'en moquait bien ; il oubliait, à mesure que l'alcool ravageait ses sens et sa conscience.

─ Tu as bonne mine, rajouta-t-il faiblement.

Il claqua son verre sur la table basse, et se pencha en avant, son souffle nauséabond percutant le visage de Caroline. Elle sursauta légèrement, rassurée que Remus soit finalement venu, et qu'il l'attende à l'extérieur de la bâtisse. Goerges détailla Caroline, s'attardant sur la moindre imperfection de sa figure ronde, comme s'il regardait quelqu'un d'autre. Comme s'il la regardait. Sa fille hantait sa vie, et Caroline avait longtemps cru l'avoir remplacée. Mais c'était faux, il ne l'avait pas oubliée, même après toutes ces années.

─ Pourquoi ? osa-t-elle questionné, en référence à la nuit où Claire était décédée.

Il recula son haleine putride, balançant son corps alcoolisé de chaque côté du fauteuil, et caressa sa longue barbe grise :

─ Ma fille a été tué… sur un malentendu, si l'on peut s'exprimer ainsi, ria-t-il grassement.

Ce rire amer n'était que cendres dans sa bouche. Georges était inquiétant, avec ce sourire malsain collé aux lèvres. Caroline serrait ses lèvres, souhaitant terminer cet échange au plus vite. Son esprit la sommait de rentrer Château, en compagnie de Remus. Gorges n'était pas en état de s'exprimer lucidement. Du moins elle le pensait.

─ Elle n'aurait pas dû mourir cette nuit-là.

─ Que s'est-il passé ?

Son interlocuteur la dévisagea gravement. Caroline transpirait allégrement, stressée à l'idée de connaître, enfin, la vérité. Le visage impassible de Georges se mouva en un rictus sévère :

─ C'est toi qui aurait dû mourir Caroline, et non ma fille. C'était toi qui était inscrite sur la liste des Mangemort. Ce n'était pas ma gentille Claire.

Caroline écarquilla les yeux, blessée par le ton arrogant qu'avait employé Georges. Il détourna le regard, laissant son corps pencher d'avant en arrière, dansant au rythme effréné de la colère qui grondait en lui.

─ Si nous avions eu le courage de refuser ta présence dans notre maison, ma fille serait toujours en vie…

La plainte de Goerges s'élevait dans la pièce, tranchante et acérée, prête à écorcher vive le cœur de Caroline.

─ Alors pourquoi suis-je toujours en vie ?

─ Parce que celui qui a tué ma fille, n'a pas eu le courage de te tuer toi.

L'ancien Auror posa sa main sur le sommet de son crâne, démêlant ses cheveux d'un geste distrait. Caroline baissait les yeux, malgré elle, bien qu'elle n'ait rien à se reprocher. Ce n'était pas de sa faute. Elle n'était qu'une enfant. Comment aurait-elle pu sauver Claire, son amie d'enfance ? D'innombrables questions se tortillaient dans son esprit. Malgré tout, une seule valait la peine d'être prononcée à haute voix :

─ Qui était-ce ?

─ N'aurais-tu pas une idée ?

L'hostilité de Georges lui déplaisait beaucoup. Elle avait l'impression que cette question était aussi fâcheuse que la dernière. Caroline jeta un coup d'œil furtif à la fenêtre, recherchant du soutien auprès de Remus. Mais elle ne le vit pas. La sentence tomba aussitôt, cruelle et poignante :

─ Ta chère maman, ma petite Caroline.

─ Ce n'est pas possible, elle est morte de maladie, rétorqua-t-elle mécaniquement.

─ Après toutes ces années, tu crois toujours ce que ton père te raconte ?

Non, elle ne croyait plus en son père. Caroline avait envie de crier, hurler à l'encontre de cet homme qui la fixait d'un regard dégoûté et blessé. Elle n'avait plus aucun souvenir de sa mère, et ne l'avait pratiquement pas connue. Pourquoi rejetait-il la faute sur ses frêles épaules ? Devait-elle continuer à endurer les actes de sa famille, à elle seule ?

« C'est de ta faute si Elsa est morte. C'est de ta faute si Claire est morte. C'est de ta faute si ta mère l'a tuée. C'est de ta faute si Jack doit mentir. »

Caroline repoussa toutes ces voix dans un élan de sagacité, et reprit :

─ Pourquoi aurait-elle dû me tuer ?

─ Parce que le Seigneur des Ténèbres le lui avait demandé.

Elle sentit une douleur lancinante dans sa poitrine, sournoise, à l'image de la vie qu'avait menée sa mère.

─ Maman était un Mangemort ? chuchota-t-elle effarée.

─ Pas officiellement. Ton père ne l'a su qu'au moment où elle est venue lui demander de l'achever, après avoir assassiné ma fille.

Caroline répéta, hébétée :

─ C'est… papa qui l'a tuée ?

Goerges hocha la tête, emplissant son verre de rhum aux épices, cette fois-ci. Il but lentement quelques gorgées, pour satisfaire sa soif grandissante et dévorante. Toute cette discussion lui donnait un mal de crâne que seul l'alcool avait l'intelligence d'atténuer.

─ Qui a tué Elsa ? demanda Caroline, d'une voix sourde.

─ Edgard Morval. Tu en as entendu parlé, je crois. C'était le meilleur ami de ta mère. Elle lui avait demandé ce « service ».

Cet homme, affiché sur les murs du Ministère, était donc l'assassin de sa sœur. Caroline avait envie de se venger, et de retrouver cet homme par tous les moyens en sa possession. Remus l'aiderait sûrement, du moins elle l'espérait. Néanmoins, une pensée saugrenue la submergea : peut-être est-ce lui qui viendra à elle. Peut-être était-il réellement l'un des complices qui l'avaient kidnappée. Caroline grinçait des dents, offusquée par ces révélations outrageuses :

─ Papa le sait ?

─ C'est pour cela qu'il l'a gardé à l'œil toute ces années. Il ne lui a laissé aucun répit, jusqu'à quelques mois en arrière, où il a perdu sa trace.

La jeune femme ne voulait plus rien entendre. Tout ceci était parfaitement irréel. Georges mentait. Il était aigri par la mort de sa fille, et cherchait à tout prix à rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. En réalité, c'était de sa faute si elle était morte. Il aurait dû la protéger. Caroline se leva brusquement, déclarant d'une voix cinglante :

─ Je n'y crois pas.

─ C'est ce qui s'est réellement passé, Caroline.

─ Non, tu délires complétement. D'ailleurs, tu ne peux pas rester sobre plus de quelques minutes par jour ! Pourquoi te croirais-je, hein, le soûlard de Pré-au-Lard ?

En réalité, elle n'était pas en colère contre cette vérité accablante, mais contre l'air accusateur que lui lançait Goerges depuis le début de leur échange. Elle était blessée qu'il ose rejeter la faute sur elle, alors qu'ils étaient amis. Caroline sortit en trombe de la maison, et partit à pas de course en direction de la sortie du village. Remus la suivit, légèrement inquiet par l'aura destructrice qui l'habitait. Il discernait des larmes dégringoler le long de ses joues. De toute évidence, la vérité avait dû être brutale. Il tenta de s'approcher d'elle, à la fin de leur périple, mais elle se retourna violemment, une fois devant le portail de l'école :

─ Bonne nuit.

Elle quitta son champ de vision aussitôt. Remus fut frappé par le visage humide et déformé de Caroline, qui le regardait avec une douleur perceptible à travers ses yeux noirs. Elle pleurait, et cette fois-ci, ce n'était plus un simple chagrin d'amour.

OOO

Samedi après-midi. Caroline était d'humeur maussade depuis quatre jours, date à laquelle Georges lui avait révélé que sa mère était une meurtrière. Elle ne pouvait y croire, et malgré tout, Caroline avait l'intime conviction qu'il s'agissait de l'entière vérité.

─ Caro, on y va ?

Bianca pressa son épaule doucement, et la Serpentard hocha la tête, sans un bruit. Remus l'avait invitée à prendre le thé hier soir, mais Caroline avait décliné son offre, prétextant une fatigue assommante. Elle ne lui avait pas parlé depuis quatre jours, ni à Percy ou Bastien. Elle gardait ce secret à l'intérieur, ne sachant à qui donner sa confiance.

─ Le professeur Lupin nous attend pour notre retenue en fin d'après-midi, alors dépêchons-nous, claironna-t-elle.

Remus avait eu la bonté de leur infliger une simple retenue, à tous les trois, pour avoir quitté le Château en pleine nuit. Caroline l'avait passée en compagnie de Rusard, et de ses commentaires acerbes. En revanche, Remus avait tenu personnellement à s'occuper de celles de Bianca et Daryl. Elle savait pourquoi ; il cherchait lui-aussi le coupable.

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Les Trois-Balais étaient calmes, en cet après-midi ensoleillé. Caroline regardait ses amis, accoudée au bar, en attendant sa commande. Son regard valsait de la chevelure ébène de Bianca, aux yeux bleus de d'Elly et Daryl. Il ne pouvait en être autrement : l'un d'eux étaient coupables.

Elly n'avait pas d'alibi, et se montrait discrète dans cette affaire. Néanmoins, son flair concernant Celia était juste. Caroline était néanmoins consciente qu'il pouvait s'agir d'une stratégie. Le loup était déjà dans la bergerie après tout (les Moldus, des génies…).

Bianca avait un alibi lors de sa disparition, mais le piste du complice pouvait le discréditer. Elle avait également fomenté une « farce » contre elle, en s'alliant à Celia. De plus, elle se promenait dans Pré-au-Lard, à la nuit tombée, sans aucune explication valable. Assurément étrange.

Caroline possédait des indices similaires à ceux de Bianca, concernant Daryl. En revanche, elle était certaine qu'il n'avait pas participé à la « farce ». Seul Bianca et Celia en étaient les responsables pour l'instant. De plus, Caroline ne pouvait en déduire que Bianca l'avait droguée. Il s'agissait peut-être d'une troisième personne, étrangère au complot final. En outre, Daryl n'appréciait pas Caroline, ce qui le désignait d'office dans les suspects.

Percy. Caroline eut un sourire vicieux, et le raya de sa liste. « C'est un crétin, aucun risque que ce soit lui le coupable », se répéta-t-elle joyeusement.

Celia était assurément suspecte. Son comportement étrange, et ses mensonges la désignaient d'office en suspect principal. Seulement, Caroline n'arrivait pas à dénicher de mobile convainquant qui pousserait Celia à agir.

Bastien était également un abruti, tout comme Percy. Mais la jalousie l'avait peut-être conduit à commettre un enlèvement, ou à user d'un sortilège impardonnable. Caroline n'était pas dupe, il comprenait qu'un homme occupait ses pensées, et que ce n'était pas lui.

Caroline se grattait le menton, son chocolat chaud fumant sur le comptoir. Elle n'avait aucun mobile. Pourquoi ses amis auraient-ils eu l'idée de lui faire subir ces évènements ? Et quels liens pourraient-ils avoir avec Edgard Morval ? Quelque chose lui échappait, un petit détail insignifiant. Et ce détail lui aurait permis de résoudre ce mystère immédiatement, elle en était persuadée.

─ Ta tête fume, arrête de réfléchir Caroline.

─ Tu devras t'y mettre des fois.

Bastien s'assit sur le tabouret à côté d'elle, le sourire aux lèvres. Caroline se leva, sans crier gare, et sortit du pub tranquillement. Elle n'avait pas envie de passer du temps avec ses trois amis. Son bourreau avait gagné. Il la forçait à renier ses amis, par la force des soupçons. Perdue dans le flot de ses interrogations, elle n'avait pas remarqué que Bastien avait quitté les Trois-Balais et la rattrapait au pas de course.

Inutile de préciser que le trajet jusqu'à Poudlard parut infernal à la Serpentard.

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Au château. Le Serdaigle la chahuta naïvement, mais Caroline restait stoïque à côté de lui, prête à vriller le moindre élève d'un regard meurtrier, s'ils osaient se montrer indiscrets. Elle n'avait pas besoin de rumeurs abracadabrantes, qui mettraient à mal sa « relation » avec Remus.

─ Que dirais-tu qu'on aille manger ensemble ? proposa Bastien, avec un sourire rayonnant.

Cet abruti lui changeait les idées, ce que Carline appréciait beaucoup en ce moment. Elle hocha la tête, faussement résignée :

─ D'accord, mais garde tes sales pattes dans ton assiette cette fois-ci.

Contre toute attente, Caroline éclata de rire, en se remémorant leur dernier diner en tête à tête. Elle réfléchit à la possibilité de dénicher un marteau, pour assurer ses arrières. Qu'il avait été angoissant ce jour-là… Bastien encercla ses épaules, et l'attira contre lui doucement. Malgré que son cœur soit entièrement dédié à Remus, Caroline ne put s'empêcher d'apprécier cette accolade. Tout était si facile avec Bastien. La jeune femme avait besoin de « contact physique », ce que Remus n'était pas prêt à lui offrir.

─ Tu es drôlement câline, commenta le Serdaigle, à son oreille.

─ Rêve pas trop.

Caroline ricana et tapa la tête vide de Bastien de sa main droite. Alors qu'un sourire fendait son visage de bout en bout, elle intercepta deux billes chocolat, reconnaissables à leur douceur enchanteresse.

Remus marchait dans leur direction.

Elle s'écarta de Bastien aussitôt, craignant que son professeur n'interprète cette proximité comme bon lui semblait. Ce serait un de ses arguments futurs, elle le pressentait. « Je vous ai vu avec Bastien, laissez-lui une chance… ». Caroline souffla d'agacement, à la seule pensée de ces mots irritants. Ils avaient déjà vécu tant d'épreuves ; elle ne pouvait se permettre de tout gâcher maintenant.

─ Bonsoir professeur !

Remus l'ignora et fixa Bastien, d'un air impassible :

─ Bonsoir.

Caroline était estomaquée. Remus recommençait à l'ignorer, comme une vulgaire chaussette puante. Elle crevait d'envie de lui courir après, et de le réprimander pour cette attitude enfantine. Cependant, elle resta aux côtés de Bastien, par esprit de contradiction. Elle ne souhaitait pas gâcher cette ambiance joyeuse qui la revigorait. La jeune femme avait même réussi à occulter la mauvaise nouvelle qui la chagrinait.

Alors elle décida d'aller voir son professeur après le repas.

Le Serdaigle avait remarqué les mimiques de Caroline, à l'encontre de Remus Lupin, et sans qu'elle ne le sache, son cœur s'assombrissait encore un peu plus. Elle n'avait pas idée de ce qu'il s'apprêtait à faire, dans les jours suivants.

ooo

Caroline s'infiltra dans le bureau silencieux de Remus, sur la pointe des pieds, après avoir englouti un copieux repas. Bastien avait respecté sa promesse, et la soirée s'était déroulée sans anicroches. Caroline en était ravie. D'ailleurs, elle avait rayé le jeune homme de sa liste. C'était un abruti, comme Percy. Il n'y avait pas de danger.

Cependant, le Serdaigle ne pouvait lui offrir ce qu'elle recherchait. Du réconfort. Seul Remus avait le pouvoir de lui en apporter.

Remus avait entendu le bruissement de ses chaussures contre le sol, mais ne s'était pas retourné. Il était debout, devant son pupitre, triant de la paperasse en tout genre.

Timidement, elle s'immobilisa dans son dos, et encercla sa taille chaleureusement. Elle n'avait pas envie de réfléchir aux conséquences de son geste. Caroline souhaitait que ce soit facile aujourd'hui. Remus se raidit brusquement. Pourtant, il ne la repoussa pas, et resta figé, dos à elle. Il n'avait pas le cœur à lui refuser ce câlin étrange. Il devinait que la révélation de Georges l'avait profondément bouleversée, bien qu'elle n'ait rien dit à ce sujet. Remus soupira silencieusement, emporté dans le plaisir qu'il éprouvait à la sentir contre lui.

Cependant, il renia rapidement ce bonheur. Sa condition de monstre lui imposait de laisser la jeune femme hors de sa vie. Quelle était son élève ou non, il n'avait pas le droit de la priver d'une vie épanouissante.

Caroline enfouissait son visage dans la veste en tweed de Remus, reniflant son odeur peu agréable à pleines narines. Elle était heureuse d'être autorisée à le serrer dans ses bras. Pourtant, la peur qu'il s'éloigne tourmentait déjà son esprit. La jeune femme respirait lentement, profitant de cette étreinte, qu'il pouvait rompre à tout moment :

─ On dirait que la jalousie nous réussit, professeur…. se murmura-t-elle, avec un sourire attristé.


Affreusement désolée pour le retard ! J'ai eu très peu de temps à consacrer à cette histoire... Je poste vite ce chapitre-ci, et je retourne à mes révisions. Qu'en avez-vous pensé ? Encore deux chapitres de suspense !

Merci infiniment à faolbee, lolahg, Lu (coucou ! Et bien, je suis contente que le récit de Remus t'ait plu ! C'est vrai qu'on ne perçoit presque rien de lui... j'aurais peut-être dû le faire plus long d'ailleurs. Et pour Caroline, vraiment, ça me fait hyper plaisir que tu la trouves touchante, je ne m'en rends pas vraiment compte en ayant le nez dedans tout le temps. Merci à toi de lire cette histoire !), Lizziana (j'espère que la chapitre suivant va te plaire, et désolée pour le retard..), Ssavannah, Mlanie (coucou ! Merci pour tes reviews ! J'avais vraiment envie que le côté réaliste ressorte. Remus va peut-être craquer, ou peut-être pas. J'espère que tu aimeras la suite quoi qu'il arrive aha ! ;) En tout cas, merci beaucoup pour ta review, et d'ailleurs, l'intrigue va faire un bond dans le chapitre suivant. Je me réjouis de poster la suite !), Polugritiya, Lily (oui, je m'excuse pour ce retard, j'arrivais vraiment pas à le terminer ce chapitre aha, et pour la musique, je la mettrai dans quelques chapitres ! Merci à toi de suivre les aventures de Caro !), et Selena-sced pour toutes vos reviews sur le chapitre précédent ! Cela me fait super plaisir bien sûr !

Le prochain chapitre (qui sera beaucoup plus long d'ailleurs) sera d'ailleurs posté dans les alentours du 13 juillet... (j'aurai fini mes examens et serai enfin en vacances, youpi !)

A bientôt, pour la suite des aventures de Caro et Remus :)