Chapitre 15
Remus lui offrit une tasse de thé, et tous deux s'assirent sur le canapé en cuir brun, trônant dans ses appartements. Caroline regrettait déjà la chaleur de son professeur. Ce dernier avait avorté leur étreinte bien trop rapidement à son goût. Alors qu'elle buvait tranquillement son thé à la cannelle, Caroline remarqua un étrange objet, posé sur le bureau de Remus. Elle l'avait déjà vu auparavant.
La Carte du Maraudeur.
La jeune femme bondit sur ses deux pieds, et saisit la carte promptement. Elle avait enfin la chance de contempler les allées et venues de ses camarade, matérialisés en petits points fourmillants. Mais que faisait ce parchemin jaunis dans les appartements de son professeur ? Nom d'une bouse de dragon, la chance avait tourné ! Avec cette carte, elle pourrait espionner les faits et gestes de ses amis suspects.
Alors qu'elle bavait sur l'objet magique, Remus s'était levé à son tour, et fixait la jeune femme d'un air surpris. Caroline se décida finalement à lâcher sa découverte, presque agacée :
─ Que fait la carte du Maraudeur dans votre bureau ?
Remus gardait un visage incroyablement impassible. Malgré tout, Caroline savait qu'il n'était pas réellement calme. Elle cherchait à l'induire en erreur. La jeune femme était persuadée qu'il connaissait les Maraudeurs, de près ou de loin.
─ Où avez-vous entendu parler de cette carte ? soupira-t-il.
Un sourire contagieux trancha le visage pâle de Caroline. Elle frôla le parchemin du bout des doigts, récitant d'une voix ronronnante :
─ Les jumeaux Weasley l'ont donnée à Harry Potter, avant les vacances de Noel. Il l'a utilisée pour se rendre à Pré-au-lard, avec ses amis. Mais j'imagine que Potter n'a pas été très discret…
La Serpentard croisa enfin les prunelles brillantes de son professeur, qui semblait… contrarié. Ce changement inexpliqué interpella la jeune femme. Qu'avait-elle encore fait ? Remus s'approcha de son élève, la tête penchée sur le côté, prêt à dégainer ses doux reproches :
─ Pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé ?
─ Je ne pensais pas que c'était si important.
Mensonge. Caroline n'avait souhaité qu'une chose : qu'Harry Potter soit surpris à Pré-au-Lard en toute illégalité, et punis en conséquence. Seulement, le garçon était malin. Elle n'avait pu jubiler de cette victoire, bien qu'il ait découvert la triste vérité sur le sort de ses parents et Sirius Black. Caroline en avait éprouvé un sentiment de satisfaction profond, mais aujourd'hui, à l'heure où des dessins sombres se profilaient à l'horizon, la Serpentard venait à regretter son comportement cynique. Le revers de fortune l'avait touchée de plein fouet. La vérité l'avait blessée à son tour. Toute sa vie reposait sur un mensonge. Caroline était arrivée à la conclusion que la peine d'Harry Potter n'était pas différente de la sienne. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle arrêterait de le regarder d'un air machiavélique. Non. Elle arrêtait simplement de ricaner de son malheur.
─ Sirius Black recherche Harry, et avec cette carte, il pourrait arriver à lui directement !
Perdue dans ses pensées, Caroline en avait oublié la présence de Remus, et ses remontrances de mauvais goût. Elle avait l'impression que seul Harry comptait pour lui. Qu'était-elle pour lui, mis à part « l'élève écervelée » qui cherche à l'embrasser depuis des semaines ? Caroline s'énerva subitement :
─ Je vous signale que des personnes cherchent à m'atteindre, moi-aussi !
─ Ce n'est pas pareil.
─ Parce que Sirius était votre ami, n'est-ce pas ? Vous savez comment il a réussi à s'introduire dans la Château, et c'est pour ça que vous êtes en train de m'enquiquiner !
La tension se relâcha légèrement, quand Remus comprit que Caroline était à bout de nerfs. Il ne savait toujours pas ce que Georges lui avait révélé, et pourquoi elle avait eu tant besoin de cette étreinte.
─ Comment le saurais-je ? demanda-t-il de sa voix envoûtante, en se rapprochant d'elle.
─ Parce que je vous l'ai dit. Je l'ai vu ce soir-là, alors que vous étiez dans la for… peu importe où vous étiez, vous savez que Black est Animagus et vous me faîtes passer pour une folle !
Remus avait perçu le malaise de Caroline, pauvrement dissimulé derrière sa colère, au moment d'énoncer la raison de son absence. Savait-elle ? Il se posta devant son élève, la surplombant de sa mine éreintée :
─ Que voulez-vous que je vous dise Caroline ?
Qu'il lui mentait depuis le début de l'année. Peut-être avait-il eu raison. Si elle n'avait pas éprouvé ce douteux désir, elle n'aurait pas parlé à son professeur plus de trente minutes durant toute l'année. Elle n'aurait jamais eu envie de le connaître. Et c'était ici que la différence s'engageait. La Serpentard s'intéressait à lui, de manière sincère, ce qu'il cherchait vainement à éviter depuis le début.
─ La vérité, et arrêtez de tourner autour du pot.
Remus soupira gravement, laissant retomber son corps meurtri sur le coin de son pupitre. Il baissait les yeux, certain que ces paroles donneraient raison à son élève :
─ Sirius était mon ami, oui, avec James, et Peter. Nous étions un groupe très soudé. Durant Poudlard, mes amis ont cherché à devenir des Animagi. Vous connaissez déjà la suite Caroline. Sirius fut capable de se transformer en un chien… au pelage noir.
La Serpentard tenait enfin la confirmation de ces hallucinations. Ce chien existait bel et bien. Caroline avait tant de questions, qu'elle n'arrivait même plus à les contenir dans son esprit. Certaines disparaissaient au profit d'autres. Elle ne perdit pas de temps :
─ Pourquoi m'avoir menti ?
─ Personne ne sait que Sirius Black est un Animagus. Nous avons gardé ce secret. J'ai longtemps hésité à le dire au professeur Dumbledore.
─ Mais vous ne l'avez pas fait. Au final, Sirius Black rôde autour d'Harry Potter à cause de vous.
La mauvaise foi de Caroline eut plus d'impact sur Remus qu'elle ne l'avait souhaité. Il fronça les sourcils, sa voix devenue plus sèche qu'à l'accoutumée :
─ Je n'ai pas aidé Sirius Black à s'évader, ni à entrer dans le Château.
─ Vous l'avez aidé par omission.
Caroline le défia de ses prunelles sombres, profitant de contempler son visage charmant (se rincer l'œil n'a jamais fait de mal à personne…), et rajouta négligemment :
─ Ce Peter, c'est celui que Black a tué après avoir trahi les Potter ?
Remus ne chercha pas à savoir d'où Caroline tirait cette information, répondant d'un air distrait :
─ Peut-être.
Elle relâcha ses épaules voûtées, et s'avança en direction de son professeur, avec son air massacrant. Remus comptait les pas qui la rapprochait de lui. Caroline était en colère, mais il n'était pas certain que ce soit réellement contre lui. Vingt minutes auparavant, elle se tenait contre lui, comme si elle s'accrochait à une bouée de sauvetage Moldue.
─ J'ai confisqué la carte à Harry il y a quatre jours, avant de constater que vous n'étiez plus dans le Château.
Caroline sourit, mal à l'aise. Alors il avait su qu'elle était à Pré-au-Lard grâce à la carte. Ce que Bianca et Daryl n'aurait pu deviner aussi facilement. Elle avait brûlé la note de Georges. La gorge de la jeune femme se serra d'appréhension. Définitivement, leur alibi ne tenait pas la route.
─ Il m'a dit qu'il avait vu le nom de Peter sur la carte.
« Le petit gros ? Le doigt restant ? » Caroline sourit intérieurement, et répondit le plus naturellement possible :
─ Et alors ? La carte peut se tromper, non ? Après tout, on ne sait pas d'où elle vient, ni qui l'a créée…
─ La carte ne ment jamais.
─ Vous en avez l'air certain, professeur.
Caroline comprit que Remus n'avouerait pas aujourd'hui. Ni même demain. Elle avait l'étrange sensation que ces Maraudeurs étaient reliés à lui, d'une manière ou d'une autre. Peut-être même qu'il était l'un d'entre eux. Cette pensée enflamma le cœur de Caroline. Remus était doué, et cette carte était l'idée d'un génie. Une admiration soudaine engorgea le flux de pensées de la Serpentard. Remus était quelqu'un de très intéressant.
Néanmoins, son professeur n'était pas bavard, et elle reconnut qu'il avait déjà fait un grand effort ce soir. Caroline récupéra sa tasse de thé, finit de la boire cul-sec. Devait-elle lui parler du passage secret, sous le Saule Cogneur, que Sirius Black avait emprunté ?
─ Pourquoi êtes-vous en colère, Caroline ?
─ Parce que vous me mentez tout le temps, et que vous refusez que je vous touche.
Remus ignora sa réponse :
─ Que Georges vous a-t-il dit ?
─ Cela vous intéresse ?
Le regard sévère de Lupin inhiba la rancœur de Caroline, qui se renfrogna machinalement sur elle-même :
─ Certaines choses. Je n'ai pas envie d'en parler.
Caroline décida de ne pas lui parler du chien noir, ni de la cabane hurlante. Ce n'était pas une priorité. Pourtant, quelque chose la tracassait dans cette histoire. Des années que cet endroit restait silencieux, bien loin des cris qui avait fait sa renommée. Que pouvait être ces cris ? Et pourquoi donc existait-il un passage reliant directement Poudlard à cet endroit ? Remus voulut l'inciter à se confier, mais la jeune femme rebroussa chemin, jusqu'à la porte de son bureau :
─ Je vais y aller, merci pour le thé, professeur.
─ Attendez.
Caroline se retourna, passablement étonnée. Jamais il ne l'avait retenue. Son cœur s'emballa aussitôt, imaginant déjà les deux bras de Remus entourer sa taille et plaquer sa poitrine contre son torse. La bouche de son professeur se promènerait alors sur sa jugulaire, mordillant sa peau pâle pour en dévorer la moindre parcelle. Malheureusement, Caroline déchanta vite en constatant que Remus n'avait pas bougé de son pupitre, et la carte du Maraudeur avec attention.
─ Qu'est-ce qu'il y a ? questionna-t-elle mollement.
─ Regardez.
Elle s'avança, suivant le doigt que Remus pointait sur la carte. De petits pas se déplaçaient au deuxième étage, alors que le couvre-feu était dépassé. Ce n'était pas bizarre en soit. Certains élèves bravaient les interdits. Sauf que…
─ Par la culotte de Merlin, que font Bianca et Celia au deuxième étage ? souffla-t-elle catastrophée.
Remus haussa les épaules. Décidément, elle aurait préféré que son professeur la couvre de caresses. Caroline foudroyait les deux noms, quasiment côte à côte, aveuglée par un certain mécontentement. Que faisaient-elles dans ce couloir, à cette heure-là ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir.
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─ Professeur, dépêchez-vous.
Caroline sortit du bureau de Remus en trombe, ce dernier sur ses talons. La carte tanguait dans les bras de la Serpentard, qui courait dans le couloir à vive allure. Une fois au deuxième étage, après avoir gravi les escaliers, Caroline jeta un coup d'œil dans la pénombre. Il n'y avait plus personne. Elle dégaina la carte, cherchant les noms de deux suspectes avidement. Elles s'étaient séparées. « Mince ! » La Serpentard se retourna aussitôt, l'adrénaline rongeant son cerveau de tout raisonnement logique. Remus montait tranquillement les escaliers, comme s'il se baladait au bord du Lac Noir. La Serpentard fulmina, chuchotant vilement à son encontre :
─ Qu'est-ce que vous faîtes bon sang ? Bianca et Celia se sont séparées, il faut qu'on les suive.
─ Caroline, calmez-vous.
Remus prit la carte dans ses mains, et la regarda un instant, avant de la ranger immédiatement dans ses poches. Caroline voulut protester, mais c'était trop tard. Un bruit suspect résonna dans son dos, entraînant la formation d'une fine pellicule de sueur sur son front. Elle avait compris. Celia et Bianca ne s'étaient pas séparées par hasard.
─ Professeur Rogue, salua Remus, pacifiquement.
Remus paraissait si détendu, alors que Rogue avait failli les surprendre avec la Carte du Maraudeur. Ce dernier dévisageait son élève et son collègue, analysant le moindre de leurs gestes. « Cet abruti a ruiné ma filature », pesta la jeune femme tout bas.
─ Ce n'est pas votre tour de ronde ce soir. Que faîtes-vous là ? demanda Caroline, un peu trop fermement à son goût.
─ Votre impertinence ne cessera donc jamais, n'est-ce pas ? Suivez-moi dans mon bureau, tout de suite.
Remus s'interposa, de sa présence rassurante et chaleureuse :
─ Allons Severus, nous discutions de…
─ Vraiment ? le coupa-t-il. A presque vingt-trois heures dans les couloirs ?
Caroline eut un rire jaune. Rogue était particulièrement désagréable, mais elle ne pouvait nier qu'elle adorait ses sarcasmes. Dans tous les cas, cette affaire « ne sentait pas bon », comme les Moldus disaient.
─ Je croyais que le professeur Dumbledore vous avait fait grâce d'un bureau, Lupin.
Que c'était cocasse. Remus ne sut quoi répondre à son collègue, qui transpirait de soupçons. Caroline devait trouver un stratagème, et vite. Certaines personnes avaient déjà remarqué qu'ils passaient beaucoup de temps ensemble, en dehors des cours. Et si le professeur Rogue venait à en douter, ce serait une catastrophe. Elle débita alors, sans réfléchir :
─ Et moi je croyais que vos cheveux étaient traités à la graisse de troll, mais apparemment, on a tous tendance à se tromper.
─ Dans mon bureau. Tout. De. Suite.
Jackpot ! Il attrapa son bras sans ménagement et la tira jusqu'à ses cachots, prenant soin d'ignorer son collègue au passage. Caroline était soulagée. Peut-être allait-il se concentrer sur sa retenue à présent.
Les cachots n'étaient pas accueillants. C'était un fait. Caroline le constatait depuis sept ans, et à chaque fois que son professeur l'y escortait, une boule se formait dans sa gorge. Jamais elle ne s'était habituée à cet endroit, bien qu'elle faisait croire le contraire. Les cachots lui rappelaient le Manoir. C'était peut-être pour cette raison qu'elle avait un sentiment d'inconfort au sein de ces murs.
─ Entrez.
Le professeur Rogue la laissa pénétrer dans son bureau, et ferma la porte derrière eux. Caroline resta debout, au centre de la pièce, relevant le menton pour regarder son professeur farfouiller dans ses armoires.
─ Qu'est-ce que vous faisiez avec Lupin dans ce couloir, Miss Dorm ?
La jeune femme déglutit, maintenant seule face à lui.
─ Je suivais Bianca et une autre fille.
Le Maître de Potions ne put cacher son étonnement, en stoppant sa recherche subitement. Caroline avait semblé sincère, pour une fois.
─ Et puis-je savoir pourquoi ? rétorqua-t-il avec agacement.
─ Parce que je les soupçonne de préparer un mauvais coup.
─ Cela ne vous accorde pas le droit de vous promener dans les couloirs après le couvre-feu.
─ Je discutais avec le professeur Lupin dans son bureau, quand nous avons… entendu Celia et Bianca dans le couloir. Et si vous faisiez votre travail, nous n'aurions pas dû le faire à votre place, ajouta-t-elle cinglante.
Le regard noir de son professeur flamba littéralement, alors que Caroline entrevoyait déjà la fin de son année à récurer des chaudrons. Néanmoins, que faisaient-elles dans ce couloir ? La Serpentard pensa au compte Moldu du Petit Chaperon Rouge. Le loup qui, dévorant la grand-mère, prit son apparence afin de tromper la petite fille. Cette histoire perdurait depuis des siècles chez les Moldus. Alors pourquoi serait-ce différent aujourd'hui ? Le coupable se cachait dans l'ombre, et attendait patiemment que sa proie tombe dans son piège.
OOO
Le lendemain, Caroline préféra se lever tôt, afin d'éviter ses camarades de chambre. Elle prit le petit-déjeuner en compagnie de Percy, qui l'accueillit par son éternel regard lassé :
─ Moi qui croyait avoir la paix cette semaine.
─ Je dois te parler.
Le Griffondor croqua dans sa gaufre, l'air tout aussi blasé que son regard. Caroline eut envie de le secouer, mais l'énorme tas de livres qui les séparaient l'empêchaient de tout mouvement. Les ASPIC approchaient dangereusement, chose que la jeune femme avait complètement oubliée.
─ Je crois que c'est Bianca qui est derrière tout ce qui m'arrive.
─ Bonne nouvelle, pourquoi ne lui demanderais-tu pas ?
Percy l'énervait déjà.
─ C'est évident qu'elle niera.
─ Je crois que tu trompes de cible, Caroline. Bianca a toujours été de ton côté, je ne vois pas pourquoi elle ferrait ça.
La Serpentard savait que Percy avait une théorie. Et qu'il avait affreusement envie de la lui expliquer. Elle lui fit signe à regret. Weasley se redressa, et parla de sa voix assommante :
─ Je pencherai plutôt pour Bastien, ton prince charment, ou pour Elly.
─ Ce n'est pas mon prince charmant, raya la Serpentard.
─ C'est ce que tout le monde raconte, depuis hier. Le professeur Lupin n'est pas jaloux j'espère ?
─ Abruti.
Percy ricana, avalant son jus d'orange dans la foulée. Caroline croisa les bras, jetant des coups d'œil à la salle. Elle était presque vide. Seuls quelques Serdaigle et Poufsouffle prenaient le petit-déjeuner de si bon matin.
─ Pourquoi Elly ?
Caroline avait envisagé cette possibilité, mais ne savait qu'en penser. Elly était trop absorbée par ses études pour envisager de fomenter un plan de cette envergure.
─ Une intuition.
─ Pourrais-tu développer ? s'agaça-t-elle.
─ Elle n'a pas l'air très impliquée dans ce qu'il t'arrive, et faire porter le chapeau aux autres, c'est plutôt une bonne idée.
Percy lut une certaine incompréhension dans les yeux de sa camarade :
─ Tu ne trouves pas bizarre, que tout à coup, Bianca devienne la personne que tu soupçonnes le plus ? Alors que jusqu'ici, tu n'en savais rien ?
─ Des inattentions.
─ Elly est bien tranquille dans son coin. Personne ne la soupçonne. Et ce collier, tu ne sais toujours pas qui te l'a envoyé ?
─ Il n'avait rien de dangereux, crois-moi.
─ C'est quand même étrange.
Caroline et Percy plongèrent le nez dans leurs assiettes simultanément, l'un lassé et l'autre inquiété. Weasley avait peut-être raison. Mais n'était-ce pas trop prévisible que le coupable soit celui dont on ait jamais parlé auparavant ? Celui qui tirait les ficelles le savait, Caroline n'était pas dupe.
ooo
Caroline tournait en rond au deuxième étage. Elle n'avait pas envie de patrouiller. Elle n'avait pas envie de se coltiner Bastien pour la soirée. Ses envies étaient entièrement tournées vers le premier étage du Château. Et les « avantages » qu'il comportait. D'ailleurs, le Serdaigle n'arrêtait pas de la guetter depuis le début de leur ronde. Caroline bouillonna, dardant un regard féroce sur lui :
─ Arrête de me fixer, par la barbe de Merlin !
─ Tu m'hypnotises.
La jeune femme était si crispée que l'un de ses sourcils bougeait tout seul :
─ Tu sais quoi ? Nous devrions nous séparer, pour notre ronde. Je commence par le premier étage et toi le septième.
Caroline jubilait de son idée de génie, s'imaginant déjà aux côtés de Remus, quand Bastien l'interrompit sèchement :
─ Pour que tu puisses retrouver ton cher professeur, n'est-ce pas ?
─ De quoi tu parles ?
Bastien lui lança un regard froid et distant. Caroline comprit que le Serdaigle ne rigolait plus, et que la situation dérapait réellement :
─ Arrête Caroline, tu peux berner les autres, mais pas moi. Je te connais bien. Tu le regardes, comme jamais tu m'as regardé. Et vous êtes toujours au même endroit, au même moment.
─ Moi et le professeur Rogue ? Tu es tombé sur la tête ou bien ?
D'accord, ce n'était pas la meilleure des diversions.
─ Tu sais très bien que je parle de ce professeur Lupin, qui te regarde de cette façon si malsaine…
─ Tu dis n'importe quoi, le coupa-t-elle.
─ Il abuse de ta naïveté Caroline, je vais en parler au professeur McGonagall.
─ Pardon ? Je ne crois pas non, abruti !
Caroline dégaina sa baguette, et la pointa sur Bastien. Qu'allait-elle faire maintenant ? Elle pourrait l'arrêter quelques heures en l'immobilisant, mais le problème ne serait pas résolu. Il devait oublier. La Serpentard se dandina sur place nerveusement. Elle ne savait pas lancer le sortilège d'Oubliettes. Mais Remus le savait.
─ N'essaie pas de m'en empêcher. Si vous n'avez rien à vous reprocher, ce n'est qu'une visite de formalité.
─ Tu n'as aucune preuve.
─ Je vous ai suivis durant plusieurs semaines. Je vous ai vu à Pré-au-Lard, et j'ai entendu ce que tu lui as dit, siffla-t-il dégouté. J'ai intercepté tous vos regards, vos conversations silencieuses. Je sais que tu vas dans son bureau certains soirs, jusque tard dans la nuit.
Caroline était atterrée. Elle eut l'impression que sa liberté avait été entravée. Bastien avait volé tous ces moments de complicité qu'elle partageait avec Remus, et uniquement avec lui. La rage de s'être faite avoir monta en elle sournoisement. Elle voulait hurler, le transformer en haricot, et lui faire regretter. Seulement, il était trop tard pour réparer les dégâts. Remus n'accepterait jamais de lui ôter la mémoire. Le destin était condamné.
─ Et puis ce collier d'or, je sais que tu as été déçue que ce ne soit pas lui qui te l'ait offert.
Caroline se redressa soudainement, baissant sa baguette. Que venait-il de dire ? Le collier d'or. Ce détail interpella la Serpentard : comment Bastien avait-il su pour le collier ? Elle n'en avait parlé à personne, mise à part Percy. Alors comment pouvait-il savoir qu'elle avait reçu ce collier ? La réponse lui parut soudainement claire : c'était Bastien qui le lui avait offert. Il avait fait exprès d'attiser la jalousie de Remus, ou la déception de Caroline, pour les piéger. Mais s'il était à l'origine de ce plan peu scrupuleux, avait-il un lien avec le reste ?
─ Si tu crois que c'est ce qu'il faut faire, répondit Caroline en rangeant sa baguette.
Elle fixa son camarade, d'un résolu et insistant. Le Serdaigle partit alors, sans ce sourire narquois qui le caractérisait. Il était très sérieux. Elle n'aurait su dire s'il se préoccupait vraiment d'elle ou s'il agissait purement par jalousie. Dans tous les cas, elle s'en fichait. Il n'y avait rien de répréhensible pour l'instant, Remus ne l'avait pas touchée. Caroline s'en consolait maigrement aujourd'hui.
Elle resta dans le couloir, un long moment, à barboter dans d'innombrables réflexions. Celia l'avait mise en garde : la personne qui l'avait droguée n'était pas son amie. Alors, il s'agissait forcément de l'une de ses connaissances. Et la seule personne qu'elle connaissait à cette fête… était Bastien.
.
L'heure du verdict approcha. Caroline reçut une note urgente de son professeur de métamorphose, qui la conviait dans son bureau. La jeune femme était restée assise au milieu du deuxième étage, affable. Elle redoutait l'affrontement. Qu'allaient-ils lui demander ? Que Remus leur avait-il dit ? Elle aurait voulu lui parler avant, mais c'était trop risqué. Leur comportement aurait paru encore plus suspect. Caroline traîna son corps jusqu'au bureau de la vieille chouette, avec un énorme poids dans le ventre. Elle haïssait Bastien, évidemment, mais elle haïssait également cet écart générationnel qui la séparait de Remus. Quand elle se présenta à la porte, le professeur Rogue lui demanda d'attendre quelques minutes à l'extérieur. Bastien était déjà assis sur un muret, à l'écart, et la dévisageait :
─ Le professeur Lupin n'avait pas l'air inquiété, commenta-t-il, presque agacé.
Caroline avait peur qu'il se retourne contre elle, et l'accuse de le harceler. Cette idée l'avait effleurée évidemment. Ce serait une des seules solutions qui s'offraient à lui, s'ils perdaient leur crédibilité.
─ Les professeurs avaient l'air réellement intéressé par ce que je leur ai raconté, Caroline. Dis au revoir à ce cher Lupin, ricana Bastien, pour contenir sa nervosité.
La jeune femme s'enlisait, et n'avait qu'un seul plan pour se sortir de cet enfer. Une dernière carte à jouer, avant l'heure fatidique :
─ Je sais que c'est toi qui m'a droguée, à la fête. Alors je te conseillerai d'arrêter de faire le malin.
Caroline gardait un sérieux provocateur, alors qu'elle vit le Serdaigle pâlir subitement. Son coup de bluff avait payé. Bastien était tombé dans son piège (et Caroline remerciait les Moldus d'avoir inventé le « Poker »).
─ Ne dis pas n'importe quoi Caroline.
─ Tu penses peut-être que tu es le seul qui a mené ta petite enquête ? Que crois-tu que dirait la vieille McGonagall si je lui disais que tu m'as droguée il y a quelques mois ?
─ Que c'est un mensonge. Je n'ai jamais mis de potions dans ton verre.
─ J'ai arrêté de nier, tu devrais en faire autant. Elle m'a dit que c'était toi.
Caroline continuait à bluffer, espérant furieusement que Bastien ait quelque chose à se reprocher. Elle était si sérieuse, que le Serdaigle finit par abdiquer, légèrement plus nerveux qu'auparavant :
─ Attends, ce n'est pas ce que tu crois. C'était son idée…
La porte s'ouvrit sur eux brusquement. « Non, non, non ». Caroline était sur le point de découvrir un nouvel indice. Quelqu'un s'était servi de Bastien pour la droguer, mais qui ? Le professeur Rogue transperça Caroline de son regard abyssal, et l'invita à entrer d'un geste de tête vif. « Maudite chouette », grogna-t-elle en le rejoignant. A l'intérieur, les professeurs étaient disséminés dans toute la pièce. La jeune femme fut étonnée que le professeur Dumbledore ne soit pas ici. Minerva était assise derrière son bureau, et Remus adossé contre le mur, près d'elle. Flitwick se tenait bien droit à côté du professeur Chourave. Caroline jeta un coup d'œil furtif à Remus, qui avait l'air relativement serein. Elle se détendit légèrement.
─ Miss Dorm, je suppose que vous savez pourquoi nous vous avons convoquée.
Caroline ne savait pas quoi dire. Elle le sentait mal, au beau milieu de cet assemblée.
─ Monsieur Dolve est venu nous faire part de ses préoccupations, concernant votre relation avec votre professeur de DCFM. Il dit et je cite : « vous avoir surprise à des heures tardives dans son bureau ou ailleurs, à discuter et échanger des regardes subjectifs ». Il mentionne également que « vous auriez plusieurs fois failli vous embrasser ». Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet ?
Honte, quand tu nous tiens. Caroline était choquée d'entendre de telles paroles, surtout quand cinq professeurs l'entouraient, et que l'un d'entre eux était directement concerné. Elle évita soigneusement de croiser le regard de son professeur de potions, et répondit, cinglante :
─ De toute évidence, Bastien a beaucoup d'imagination.
─ Que voulez-vous dire ?
C'était le moment, ou jamais.
─ Il est obsédé. Je vous rappelle que quelqu'un m'a enlevée cette année, et que c'est pour cette raison, que le professeur Lupin et moi discutons régulièrement.
─ N'essayez pas de nous endormir avec votre baratin, Miss Dorm, commenta le professeur Rogue.
─ Je vous rappelle que c'est vous qui me demandez ce que j'en pense, professeur, rétorqua-t-elle vexée.
Remus avait l'impression d'assister à une veille scène de ménage, ce qui était courant entre Caroline et son Directeur de Maison. Toute la tension qui régnait s'était évanouie, à mesure que la Serpentard répondait aux sarcasmes du Maître des Potions.
─ Si vous faisiez votre travail, je n'aurais pas à me coltiner le professeur Lupin, raya-t-elle.
Le professeur Flitwick écoutait les deux énergumènes avec ennui. Personne ne se décida à avorter leur échange :
─ Cela vous arrange bien, vous pouvez comploter ensemble et faire entrer Sirius Black dans le Château.
─ Quoi ? s'étonna Caroline.
Remus écarquilla les yeux. Mais de quoi parlaient-ils ? Le professeur Rogue se rapprocha de Caroline, déclarant doucereusement, penché en avant :
─ Je sais que vous avez vu quelque chose ce soir-là, Miss Dorm. J'ai vu l'expression de votre visage. Et je sais également que Sirius Black rôdait dans le Château.
Il devait faire référence à la nuit où Sirius Black s'était introduit dans le Château. La Serpentard paniquait intérieurement. Est-ce que Rogue savait que Sirius Black était un Animagus ? Elle essaya de se tourner vers Remus discrètement, mais le professeur des potions fut plus rapide :
─ N'essayez pas de me duper encore une fois. Qu'est-ce que complote Lupin ?
« Comment pourrais-je le savoir ? Il ne me dit rien du tout ! », cria-t-elle rageusement dans sa tête, en défiant Rogue de sa maigre carrure. Qui aurait pu croire que la conversation dérive ainsi ? Remus sortit de la pénombre, pour répondre à son collègue :
─ Severus, je ne complote rien du tout, alors…
─ Professeurs.
La voix sèche de Minerva McGonagall les fit taire malgré la mine furieuse qu'arborait Rogue. Caroline était soulagée, la vieille chouette avait beau être un vampire, elle était extrêmement utile ce soir. Le professeur Chourave eut un grand sourire elle-aussi. Caroline était certaine que son Directeur de Maison ne s'entendait pas avec elle. Ce qui l'amusait et lui donnait envie de les enfermer dans un placard, tous les deux, pour qu'ils puissent faire plus « ample connaissance ». Ou s'entre-tuer, c'était au choix.
─ Ce n'est pas le sujet de cet entrevue, professeur Rogue, rajouta-t-elle.
─ Est-ce que cette entrevue a bien lieu d'être, Minerva ? demanda Remus doucement.
La vieille chouette affichait son air sévère, mais Caroline devina qu'elle partageait le point de vue de Lupin.
─ Miss Dorm a eu une année compliquée, et je pense que les inquiétudes de Monsieur Dolve n'ont pas lieu d'être. Pour l'instant.
Caroline perçut l'énorme menace contenue dans ses deux petits mots. Et Remus également. Les mains dans les poches, il hocha la tête doucement pour rassurer son élève. Il avait l'air si détendu, alors qu'elle savait qu'il n'était pas à l'aise. C'était lui qui repoussait sans arrêt ses avances, et quand le moment fatidique était arrivé, c'était elle qui s'était rongé les sangs. Caroline dut reconnaître qu'un fossé les séparait. Il avait plus d'expérience, et savait gérer les situations de crises. Chose qu'elle fuyait ou subissait avec des sueurs froides.
─ Sachez néanmoins Caroline, que nous vous avons à l'œil.
Sur ce, les professeurs échangèrent des regards lourds de sens, et quittèrent à tour de rôle la salle, sans autre commentaire.
─ C'est tout ? demanda Caroline.
─ Faîtes attention, la fin de l'année approche Miss Dorm, ne faîtes pas quelque chose que vous pourriez regretter, ajouta Minerva avant de quitter la salle à son tour.
Il était évident que les professeurs avaient des soupçons. Mais Bastien n'avait pas eu assez de preuves pour les incriminer. Caroline laissa retomber l'énorme pression qui pesait sur ses épaules, et sortit dans la salle d'interrogatoire, les aisselles trempées, à force d'avoir stressé au beau milieu de cette assemblée d'accusateurs. La vieille chouette avait été de son côté, cette fois-ci. Peut-être que Remus avait raison. Il ne fallait pas qu'ils se rapprochent en étant ici, à Poudlard.
Caroline se dirigea directement vers Remus, qui attendait, de sa nonchalance habituelle. Elle était convaincue que son discours les avait sauvé. Il l'avait une nouvelle fois protégée. Caroline en éprouva un profond ravissement.
─ C'est Bastien qui m'a droguée, et envoyé le collier, pesta-t-elle à son encontre.
Remus fronça les sourcils, et voulut lui répondre, mais une longue cape noire brouilla sa vision. Le professeur Rogue s'était interposé entre eux, déclarant de sa voix désobligeante à Caroline :
─ Le professeur Dumbledore souhaite vous voir. Maintenant.
Elle jeta un coup d'œil à Remus, qui hocha la tête imperceptiblement, avec un faible sourire. Pourquoi le directeur voulait-il lui parler ? Avait-il deviné que quelque chose se tramait entre elle et Remus ? Pourtant, McGonagall avait été claire. Elle fit un pas de côté, mais son professeur lui barra le chemin :
─ Lupin va vous y accompagner. Le professeur Dumbledore souhaite vous voir tous les deux.
Un rictus malfaisant orna le visage cireux de Severus Rogue, quand ils devinrent livides à leurs tours. Caroline engagea le pas, la mine déconfite, avec une folle envie de prendre ses jambes à son cou. Elle marcha la tête pendante, sans regarder Remus, en direction de la potence (inutile de préciser que Caroline adorait les histoires de pirateries Moldues, et rêvait secrètement de devenir borgne pour porter un sublime cache-œil noir).
─ Respirez Caroline.
La chaleur de Remus l'irradia, quand il posa la main sur son bras. Caroline lui adressa un petit signe de la tête, puis chemina jusqu'au bureau du Directeur dans un silence pesant. Remus énonça le mot de passe, et l'escalier majestueux apparut dans l'embrasure. Elle monta, comptant les secondes qui la séparaient encore du jugement. Remus avait l'air si calme. Elle l'enviait presque. Sa main frêle toqua deux fois, et replaça rapidement quelques mèches de cheveux derrière ses oreilles. Pour tenter de faire bonne figure, Caroline se força à sourire, ce qu'elle ne s'obligeait qu'en de rare occasion. Un visage étrangement familier apparut alors :
─ Ma fille, nous t'attendions.
Caroline resta interdite, sur le pas de porte. Remus dut la pousser pour qu'elle entre enfin dans la pièce. Le professeur Dumbledore était assis à son bureau, scrutant ses invités d'un air malicieux. Caroline fixa son père, comme une bête curieuse, avant de reconnaître la silhouette dans un autre homme, dans le coin de la pièce. Georges. Albus ne tarda pas à se lever, et formuler posément :
─ Ne tardez pas Jack.
D'un regard entendu, le père de Caroline répondit :
─ Merci Albus, je vous dois une faveur.
Le Directeur referma la porte, laissant Caroline entourée des ces trois hommes qui avaient changé sa vie. Remus se rétracta dans l'ombre, aux côtés de Georges, et Caroline embrassa la joue de son père d'un geste froid.
─ Qu'est-ce que vous faîtes ici ?
─ C'est toi qui voulait me parler Caroline, il me semble, rétorqua Jack fermement.
Elle comprit que c'était le moment, celui qu'elle avait tant attendu. Le moment où son père arrêterait de lui mentir. Mais pourquoi avait-il attendu jusqu'à aujourd'hui ? A moins que ce soit Georges qui l'ait obligé à parler. Il pouvait faire chanter Jack s'il le désirait. Ou le faire renvoyer. Son père avait camouflé des meurtres pour protéger sa nomination de Chef du Bureau des Aurors. Il n'était pas venu pour elle ce soir, mais pour sauver sa peau. Typique de Jack.
La jeune femme se gorgea de courage, ravivé par les yeux brillants de Remus qui la regardait avec tendresse :
─ Elsa a toujours été ta préférée.
Caroline se confia, le cœur ouvert à l'instrument de torture qu'était Jack. Il ne faiblissait pas, fidèle à lui-même :
─ Et toi, tu étais la préférée de ta mère.
Remus fronça les sourcils. Venait-il d'affirmer qu'il préférait son enfant mort à celui qui se tenait devant lui, empli d'espoir ? Caroline l'avait toujours su, et ne s'en formalisa pas. Mais Remus ne comprenait pas. Cette idée le dérangea particulièrement.
─ C'est elle qui est venue dans la maison de Georges ce soir-là. En personne. Et non pas l'un de ses collègues Mangemort, reprit Jack.
Georges serra le poing à côté de Remus. Le professeur de DCFM regardait son élève ramollir au fil des secondes. Était-ce la raison de son air taciturne depuis ces cinq derniers jours ? Remus décolla son dos du mur, écoutant la conversation avec intérêt.
─ Mais elle n'a pu se résoudre à tuer sa précieuse Caroline, comme elle l'avait fait avec sa fille aînée.
Caroline sentit son cœur éclater en millier de flocons de sang. Elle avait l'air fière, cynique, ou même sarcastique, mais en réalité, la Serpentard n'était qu'un être humain blessé par la vie.
─ Comment… comment l'as-tu su ? demanda-t-elle, absente.
─ Elle est venue me voir après avoir tué Claire et voulait que je la libère de sa culpabilité. Il l'avait forcée, elle ne voulait pas. Elle était trop faible pour lui résister.
Caroline découvrait enfin la raison qui poussait Jack à haïr la faiblesse. Tout provenait de là. Sa femme, qu'il avait tant aimé, l'avait trahi pour celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom. Elle n'avait pas voulu, mais c'était ce qu'ils disaient tous.
─ Tu crois toujours que c'est de ma faute ? Qu'Elsa est morte à cause de moi ?
Remus retint sa respiration ; le père de Caroline était trop franc, et ne se souciait pas de blesser sa fille. Il avait de la peine pour elle.
─ Je ne l'ai jamais cru. Elsa était forte, affirmée et admirée de tous. Tu étais plus discrète et taciturne. Tu n'avais pas beaucoup d'amis. A l'époque, je voyais ta sœur comme digne représentante de notre famille. Mais en réalité, ta sœur et ta mère avait décelé chez toi ce que j'avais tant de mal à voir, et ce que j'ai toujours du mal à voir.
Jack marqua un temps d'arrêt, volontaire, en sa qualité d'orateur :
─ Je t'ai toujours aimée Caroline, mais différemment d'elle. Le temps n'a pas guéri mes blessures, et je ne te mentirai pas : Elsa serait peut-être toujours en vie, si elle n'avait pas eu de petite sœur.
─ Vos paroles sont graves, Jack, intervint Lupin, voyant Caroline perdre les dernières couleurs qui animaient son beau visage.
Il se retourna, et dévisagea Remus de son air austère :
─ Ma fille me demande la vérité, ne vous en mêlez pas.
Le professeur Lupin avança instinctivement, les mains levées en signe d'apaisement. Mais le père n'était pas aussi docile que sa fille :
─ Puis-je savoir ce que vous faîtes ici, Monsieur ? Vous êtes l'un des professeurs de ma fille ?
─ Je suis son professeur de DCFM, Remus Lupin.
Jack tournait autour de Remus, détaillant les pauvres habits du professeur de ses billes pénétrantes. Il avait le don de mettre ses interlocuteurs mal à l'aise, ce qui lui était très utile au moment d'interroger des criminels. D'ailleurs, Caroline n'osait imaginer la réaction de son père s'il apprenait que Remus connaissait Sirius Black, et sa capacité à se transformer en chien.
Malgré tout, la Serpentard savait ce que son père manigançait, en l'encerclant ainsi. Elle avait été élevée à bonne école, et tous deux se ressemblaient sur certains points. Elle incita son père à stopper son manège, sans succès. Heureusement, Jack était trop intelligent pour s'attaquer à la garde-robe de Remus, contrairement à Malefoy, qui s'en serait donné à cœur joie :
─ Ah, vous êtes donc le professeur chargé de la surveiller, Albus m'en a touché deux mots. Mais il me semble que ma fille a été victime d'un sortilège impardonnable récemment, où étiez-vous exactement ?
─ Caroline n'est pas la seule élève de cette école, Monsieur Dorm.
─ Oui, voilà, très juste. Alors que faîtes-vous ici ? Nous nous passerons de votre présence, Monsieur Lupin.
Caroline paniqua soudainement, et se dressa face à son père, la mine résolue :
─ C'est moi qui ait demandé au professeur Lupin de rester, alors il restera. Tu n'es pas au Ministère papa, ce n'est pas toi qui décide.
L'audace de la jeune femme surprit Jack, qui consentit à lâcher Remus du regard. Caroline souffla de soulagement, puis continua de son assurance retrouvée :
─ Cet homme, Edgard Morval, c'était le meilleur ami de maman non ?
Jack hocha la tête, grattant son menton doucement de sa main droite :
─ Effectivement. Après que Georges soit venu me parler, j'ai fait des recherches. Cet homme avait un frère, Edmund Morval.
─ Que lui est-il arrivé ?
─ Edmund a été assassiné, par ta mère.
La Serpentard s'insurgea :
─ Mais c'était le frère de son meilleur ami !
─ C'est Edgard qui a tué ta sœur, et c'est lui qui a influencé ta mère à se rallier au Seigneur des Ténèbres. Mais après avoir tué Claire, elle a ouvert les yeux et s'est rebellée, cherchant à atteindre Edgard, comme lui l'avait atteinte. Il l'avait manipulée. Alors ta mère a choisi de tuer son frère, la seule personne qui comptait vraiment pour lui.
─ Et qu'est-ce que cela change ?
Caroline s'impatientait gravement.
─ Cet Edmund était un homme respectable, qui ne trempait pas dans des affaires de Mangemort. Il avait une femme aimante, ainsi qu'un enfant… de ton âge.
Quelque chose frappa Caroline à cet instant. Morval. Ce nom ne lui était pas inconnu, elle l'avait toujours pressenti. Se pouvait-il qu'elle l'ait déjà entendu durant son premier jour à l'école de Sorcellerie Poudlard ?
Nom d'une bouse de dragon, évidemment !
La pièce manquante du puzzle était enfin entre ses mains. Caroline s'en souvenait à présent. Ce jour-là, en échangeant leurs premiers Chocogrenouilles dans le Poudlard Express, le nom Morval était sorti de la bouche de l'un de ses amis. Et c'était bien la seule erreur qu'il avait commise jusqu'à aujourd'hui.
Whaou ! Voilà pour ce chapitre, dans les temps ! Qu'est-ce que vous en avez pensé ? C'est un de mes préférés, je ne sais pas pourquoi aha. D'ailleurs, le coupable, c'est pour le prochain. Peut-être que vous avez déjà deviné de qui il s'agit...
J'ai répondu aux reviews des invités sur le chapitre précédent, et je remercie faolbee, lolahg et AddictDoctorWho pour leurs reviews ! Toujours un grand plaisir de vous répondre et savoir ce que vous en avez pensé !
Maintenant, le rythme des publications reprend son rythme initial (enfin les vacances !) et le prochain chapitre arrivera dans une semaine.
A très bientôt :)
