Chapitre 16
Deux semaines après avoir reçu la visite de son père, Caroline broyait du noir. Elle savait. Et ce simple détail ruinait sa vie quotidienne à un mensonge insupportable. Elle savait. Pourtant, elle n'avait rien dit, et n'avait pas changé son comportement envers ses camarades. Elle voulait que le traitre n'en sache rien. Elle voulait gagner.
Cet après-midi-là, la Serpentard affronta des Détraqueurs, sous l'œil inquiet de son professeur de DCFM. C'était son dernier examen. Et dire que les ASPIC étaient arrivés comme un cheveu dans la soupe. Caroline avait révisé comme une désespérée durant ces quelques jours, évitant soigneusement Remus par la même occasion. Ce qu'elle lui avait dit, après que son père se soit en allé, avait considérablement mis à mal leur relation. La jeune femme s'en mordait les doigts à chaque seconde qui passaient, cruelles, en emportant tout sur leurs passages et ne laissant que des souvenirs craquelés. Le professeur Lupin était quelqu'un d'exceptionnel. Et elle avait tout gâché.
Elle ne le regarda pas, en entrant dans la salle où l'examen de DCFM devait avoir lieu. Il se tenait près de la porte, pour encourager ses élèves stressés jusqu'à la moelle. Pourtant, Caroline aurait pu distinguer cette lueur qui brillait dans les yeux de Remus, si elle n'était pas aussi têtue. Cette lueur malicieuse et désireuse qui ne brillait que pour elle.
La jeune femme ressortit de la salle, un sourire satisfait aux lèvres. Heureusement d'ailleurs, car elle avait confectionné la potion la plus médiocre que le professeur Rogue n'ait jamais vu. Les experts n'ont pas manqué de lui adresser un regard désobligeant, et malpoli.
─ Alors Caro, comment ça s'est passé ? Le professeur Lupin était très anxieux, rajouta Bianca de sa bonne humeur habituelle.
─ Mieux que les autres en tout cas, grimaça la Serpentard. Et arrête avec le professeur Lupin !
─ Tu devrais aller t'excuser pour ce que tu lui as dit…
─ Peut-être, mais il ne me laissera pas l'approcher, à moins que je ne l'emprisonne dans une salle.
Un sourire vicieux naquit aux coins des lèvres de Bianca. Caroline regretta instantanément ses paroles. Ce n'était pas une bonne idée. La jeune femme secoua la tête lentement, une main renfermée sur son bouquin Moldu (la lecture Moldue l'aidait à se détendre). Bianca soupira, mais n'insista pas.
─ Percy n'a pas arrêté de venir me parler cette semaine, râla Blanche-Neige en regardant le Griffondor qui se pavanait devant une assemblée d'élèves exténués.
─ Vous finirez ensemble, j'en suis sûre.
Bianca fourra un coup de poing dans le livre de Caroline, qui s'en était servi pour se protéger.
─ Jamais de la vie, plutôt travailler chez Barjo et Beurk que de sortir avec cet abruti.
─ Tu n'aimes par Barjo et Beurk ? On trouve de chouettes choses là-bas, comme du poison pour droguer les gens…
─ C'est charmant.
Bianca fouina dans la poche de sa robe, et en sortit une mornille luisante. Elle la fit tourner entre ses doigts, jetant des coups d'œil de part et d'autre.
─ Et si on pariait Caro ?
La jeune femme fronça les sourcils, soudainement inquiétée par le ton inquisiteur de son amie. Elle savait.
─ Parier quoi ?
─ Tu le sais, j'en mettrais ma main à couper, siffla-t-elle tout bas.
Caroline écarquilla les yeux, et chercha de l'aide auprès de Percy. Mais ce dernier ne la regardait pas. Son regard effrayé n'échappait à personne, sauf à lui. Et dire que cet abruti était l'un de ses rares amis.
─ C'est bon, détends-toi Caro, aboya-t-elle en riant. Je ne vais pas te manger toute crue. Mais je parie que tu finiras avec le professeur Lupin à la fin de l'année…
La Serpentard se détendit aussitôt. Elle savait. Mais qui n'avait jamais eu de doute ? Était-ce raisonnable de douter de son père ? C'était un Auror de la trempe de Maugrey Fol Œil. Jack avait appris à ses côtés. C'était l'un des meilleurs à l'heure actuelle.
─ Et moi je crois qu'il va fuir, comme il l'a toujours fait.
Une douleur sournoise gonflait en elle, partant de sa poitrine et circulant dans tout son corps, n'épargnant rien sur son passage.
─ Arrête Caro, il t'adore, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Même Bastien, cet attardé, l'a remarqué.
─ Ce n'est pas suffisant qu'il m'adore Bianca, ça ne le sera jamais d'ailleurs.
─ Tu broierais moins du noir si tu allais simplement t'excuser, lui reprocha-t-elle vainement.
Caroline leva la tête en direction de Remus, qui se tenait toujours près de la porte, encourageant les derniers élèves. Cet homme avait fait chaviré son petit cœur noir, alors qu'à priori, il ne possédait aucune des qualités que Caroline convoitait. La vie réservait parfois de surprises, et Remus en était assurément une. Allait-elle regretter si elle le laissait s'en aller, sans d'autres explications ? Son cœur se contracta à l'idée de ne plus jamais lui parler. Elle l'aimait trop à présent pour qu'il brise le cœur aussi facilement.
─ Viens Caro, on va se chercher à manger dans la Grande Salle, et on va se balader vers la berge du Lac Noir.
Bianca attira Caroline, et toutes deux marchèrent tranquillement dans les allées vides du Château. Tout le monde était dehors, pour profiter de la chaleur presque estivale de cet après-midi de révisions (la plupart des élèves avaient encore un examen le lendemain). Elles s'emparèrent de plusieurs petits pains sucrés, et ressortir en rigolant de la Grande Salle. Caroline avait retrouvé ce sourire qui lui avait cruellement manqué ces derniers mois. Car elle savait. Et elle ferait tout pour piéger son bourreau.
─ Salut Caroline, souffla une voix à côté d'elle.
Elle ne l'avait pas vue, pourtant Celia était assise sur l'un des murets accolés à la cour intérieur du Château. Son air vulnérable fit regretter à Caroline de l'avoir traitée aussi méchamment. Celia était trop jeune pour être coupable. Quant à cette question de farce, elle ne lui en tenait plus rigueur (néanmoins, elle l'aurait forcée à manger des Veracrasses deux ans plus tôt). De plus, Bastien avait été dupé, mais par quelqu'un d'autre.
─ Salut Celia, lui sourit-elle.
─ J'espère que tes examens se sont bien passés, et je voulais encore m'excuser pour cette « farce » …
Elle jeta un regard furtif à Bianca, qui la fixait férocement. Blanche-neige ne savait pas que Caroline avait été informée de son implication dans cette histoire. Cette dernière fit comme de rien, et répondit dans un élan de bonté (satané Remus !) :
─ Ce n'est rien, j'espère que tu obtiendras tes BUSES, tu es plutôt chouette comme fille.
Ce compliment avait eu de la peine à sortir de sa bouche, et Caroline eut l'air constipée en crachant ces quelques mots, tout en plissant les yeux, légèrement répugnée d'elle-même (le cœur y était au moins). Bianca ricanait doucement sur sa droite, constatant l'énorme changement qu'avait opéré Remus sur sa meilleure amie. Il l'avait rendue meilleure et sensible aux autres, sans pour autant la délester de sa mauvaise foi légendaire. Elle le remercierait à l'occasion pour cet exploit.
─ Eh bien, nous allons y aller, intervint Blanche-Neige.
Celia hocha la tête humblement, et fixa la main de Caroline, qui s'avançait dans sa direction. La Poufsouffle sourit, ses pommettes s'enflammant, et serra cet accord silencieux que lui offrait la Serpentard. Elles étaient peut-être amies, en fin de compte.
Les deux jeunes femmes quittèrent Celia, et par la mère occasion le Château. Alors qu'elles empruntaient le chemin menant au Lac Noir, Bianca aperçut Daryl à l'autre bout du parc.
─ Je n'en ai pas pour longtemps, attends-moi ici Caro.
Elle courut en direction de Daryl, posant un lapin à Caroline. La jeune femme s'assit dans l'herbe fraîche, caressant les brins qui la chatouillaient délicieusement. Son esprit transformait déjà cette douce pelouse en un homme couché dans un lit, aux draps de soie : Remus, dans son plus simple appareil. Elle en rêvait la nuit, et n'avait jamais osé le lui dire. Elle ria toute seule en imaginait la tête de son professeur s'il entendait parler de ses rêves érotiques.
Soudainement, un objet pointu se planta dans son dos, sans pour autant traverser sa robe de sorcier. C'était une baguette magique. Une terreur sans nom l'envahit, quand la voix rauque d'un inconnu résonna à ses oreilles, dans un souffle :
─ Ne crie pas, ne fais pas de mouvements brusques. Sinon tu y passes.
Caroline hocha lentement la tête, terrifiée jusqu'au bout des ongles. Personne ne la voyait depuis sa position, à la lisière de la forêt.
─ Tu vas te lever, et t'engouffrer dans la forêt sans un mot Caroline. Tu ne t'arrêteras pas de marcher tant que je ne te l'aurais pas ordonné.
Le ton autoritaire de l'homme lui indiquait clairement qu'elle n'avait pas intérêt à lui désobéir. Caroline enclencha ses articulations, et suivit les conseils de cet inconnu. Elle espérait que Bianca remarquerait rapidement son absence. L'étranger l'emmena très profondément dans la forêt, masquant leurs traces avec une facilité déconcertante. Personne ne les retrouverait à présent ; Caroline paniquait réellement. Ce n'était pas possible. C'était presque la fin de l'année. Comment avait-elle pu se laisser avoir aussi bêtement ?
Au bout d'un certain temps, il lui ordonna de s'arrêter. Caroline put enfin se retourner et confronter son ravisseur. Elle le reconnut sans mal, malgré le teint maladif qu'il arborait aujourd'hui. Edgard Morval avait vieilli, en comparaison des photos qui défilaient dans le Ministère. Caroline avala sa salive difficilement, tétanisée par la peur. Il se tenait sous la cime des arbres, à deux mètres de sa proie.
─ Alors Caroline, qu'en dis-tu ?
Une goutte de sueur longea sa carotide. Caroline s'arma de patience, pour formuler une phrase cohérente, sans bafouiller :
─ Je ne comprends pas.
Edgard éclata de rire. Ce son insupportable aux oreilles de Caroline fit échos à l'un de ses souvenirs les plus anciens. Elle l'avait déjà entendu, ce rire sortit tout droit de l'Enfer. Edgard venait au Manoir, au temps où il faisait encore bon de vivre chez les Sorciers. Sa maman l'invitait souvent.
─ Allons, tu es intelligente, Caroline. Tu es la fille de Jack après tout. Ce vieux roublard ne lâche jamais rien. J'ai eu un mal fou à sortir de ses radars, ses contacts sont partout. De vraies plaies.
─ Vous avez tué ma sœur.
─ Et je t'aurais tué toi, si j'en avais eu l'occasion. Le Seigneur des Ténèbres l'avait exigé, après que ta mère nous ait trahi. Mais ton père te protégeait, tout comme cet ivrogne.
Caroline garda le silence. Que répondre à quelqu'un qui voulait te tuer ? Non, ne faîtes pas ça ? La Serpentard fixa Edgard de sa mine translucide. Ses joues creusées et ses cheveux noir corbeau n'embellissaient pas son visage marqué de rides. Il n'avait pas dû passer de belles années, depuis que le Seigneur des Ténèbres avait été déchu. Une sombre folie semblait se profiler au fond de ses yeux globuleux. Il était certainement devenu fou, pour tenter de la tuer à Poudlard.
─ J'ai bien cru que nous n'arriverions pas à t'enlever en début d'année. Cet ivrogne est une vraie plaie, lui-aussi.
Nous. La jeune femme resserra le poing, ravivée par la douleur de la trahison. Pourquoi sa mère s'était alliée à lui ? Comment avait-elle pu préférer cet homme à sa famille ? Car Caroline avait compris que sa mère avait suivi Edgard, simplement parce qu'elle l'aimait. Cette idée la mettait particulièrement mal à l'aise. S'était-il passé quelque chose entre eux ? La jeune femme était dégoûtée, au simple fait d'y penser.
─ Vous aviez un complice.
─ Et tu sais de qui il s'agit, n'est-ce pas ? rétorqua-t-il posément.
Cette assurance désobligeante fit perdre pied à Caroline. Elle baissa les yeux, cachant les émotions qui s'emparaient de son visage pâle. Edgard s'approcha d'elle, dansant presque sur la pointe des pieds.
─ Je n'aurais pas pu réussir seul, si je n'avais pas eu ma merveilleuse nièce à mes côtés.
─ Pourquoi ? souffla-t-elle, désarçonnée.
─ Parce que je voulais te voir souffrir. Je voulais que tu te sentes seule. Comme moi, après que ta mère ait tué mon frère.
Le passé la rattrapait encore aujourd'hui, alors que Caroline avait voué une énergie colossale pour s'en écarter. Était-il amer qu'elle ait tué son frère ou parce qu'elle l'avait trahi ? Cette question s'insinuait malgré elle dans son esprit.
─ Elle ne devrait plus tarder maintenant…
Caroline ferma les yeux, dans un élan de refoulement vain. Elle n'avait d'autre choix que de la confronter à présent. La jeune femme rouvrit alors ses paupières, fixant Edgard d'un air vaincu. Un visage familier émergea du dos de ce dernier, un sourire rassurant aux lèvres. Comment pouvait-elle jouer la comédie aussi bien ? Caroline la dévisageait, impassible, de ses sombres prunelles. Les longs cheveux bruns de son amie étaient noués en une tresse, mais rien n'avait changé dans son allure studieuse. Même ses yeux bleus, qui l'avaient contemplée durant toutes ces années, la regardaient aussi joyeusement qu'avant.
─ Salut Caro, chantonna-t-elle.
Caroline ne répondit pas, trop blessée pour formuler ne serait-ce qu'un sarcasme. Les mots n'avaient plus de sens dans sa bouche. Quelque chose avait changé, au plus profond de son âme. C'était simple, Elly avait anéanti leur amitié.
ooo
Caroline ouvrit légèrement la bouche, et humecta ses lèvres du bout de la langue. Elle avait la bouche sèche, anxieuse et excitée à la fois. La Serpentard connaissait enfin le coupable, et bien qu'elle sût qu'il s'agissait de l'un de ses amis, la vérité fut terriblement blessante.
─ L'une de tes amies s'appelle Elly Brandwick, non ?
La jeune femme frissonna brusquement. Son amie, aux longs cheveux bruns et au teint frais comme la pêche, avait été la coupable idéale, et Caroline avait refusé de le croire. Percy n'était peut-être pas si stupide en fin de compte.
─ Sa mère s'est remariée, il me semble.
Son père continuait à parler, n'accordant que peu d'importance aux états d'âme de sa fille. Caroline répondit, d'une voix étriquée :
─ Oui, c'était avant qu'elle n'entre à Poudlard. Elle nous en a parlé le premier jour.
─ D'après les dossiers du Ministère, Elly a été adoptée par Charles Brandwick. En conséquence, elle ne porte plus le nom de son père biologique.
Caroline crut qu'un hippogriffe lui tombait dessus.
─ Elle s'appelait Elly Morval, fille d'Edmund Morval, et nièce d'Edgard Morval.
Caroline ne bougeait pas, stoïque, encaissant la nouvelle comme elle le faisait toujours. En silence. Car il n'impliquait pas de révélations extravagantes, ni même de questions gênantes. La Serpentard le trouvait reposant.
─ Tu as parlé d'un complice ? Proche de toi ? La question ne se pose plus Caroline.
Jack lui offrit l'un de ses plus doux regards, sans pouvoir réchauffer le corps froid de sa fille. Ce n'était pas suffisant. Un simple sourire ne suffisait pas à taire sa peine. Mais il ne le comprenait pas. Il n'était pas de ce genre, après tout.
─ Pourquoi aurait-elle fait ça ? demanda Remus.
─ Elle voulait punir Caroline, à mon avis. C'est en quelque sorte à cause d'elle que son père biologique est mort, ou du moins, elle doit le penser, compléta Georges le moins abruptement possible.
─ Mais elle apprécie Charles pourtant, rajouta Caroline, aussi transparente que Nick-Quasi-sans-tête.
─ C'est un sang-mêlé Caroline, et pour une famille de Sang-Pur comme celle d'Elly, c'est pire que tout. Quoi que tu dises, rien ne valait plus que son père biologique.
─ Vous délirez complétement, tous.
Caroline réfutait tout en bloc. C'était de la folie. Elly ne l'aurait jamais fait souffrir, c'était son amie. Un sortilège Doloris, ce n'était pas possible, même dans le « meilleur » best seller de Gilderoy Lockhart. Elly n'aurait jamais eu assez de haine envers elle pour réussir à produire une telle magie.
─ Caroline, l'appela Remus.
Elle ne se retourna pas sur celui qui faisait battre son cœur. Après tout, personne ne savait. Et personne ne devait savoir. La Serpentard ne pouvait croire qu'Elly ait fait une chose pareille. C'était son amie. Depuis le premier jour.
─ Je dois y aller. Georges, suis-moi.
Georges regardait Caroline avec compassion. En passant près de sa protégée, il la réconforta d'une main forte, encerclant son épaule tremblotante. Mais elle n'avait pas oublié ce regard dégoûté qu'il lui avait octroyé, en lui annonçant que sa mère avait tué Claire. Alors Caroline retira son épaule vivement, et recula de quelques pas. Georges était dérouté d'être rejeté ainsi. Après tout, Jack n'avait jamais su trouver les bons gestes, les bonnes paroles pour sa fille. Il restait incroyablement froid, sans aucune émotion dessinant son visage de marbre. Elle devait être habituée à ne recevoir aucune marque d'affection.
─ Georges, répéta-t-il froidement. On se verra à la fin de ton année, Caroline. Monsieur Lupin, je compte sur vous pour garder un œil sur ma fille.
Remus acquiesça poliment de la tête. Georges accompagna Jack, le visage tombant de fatigue. Il était en paix à présent, mais si épuisé. Avait-il encore la force d'affronter les années de solitude qui l'attendaient ? Caroline le regarda s'en aller, le cœur serré, malgré son attitude revancharde. Jack et Georges disparurent du bureau du Directeur, et Caroline restait plantée là. Le monde s'écroulait peu à peu autour d'elle. Si Elly avait en effet une raison de lui en vouloir pour la mort de son père biologique, elle en aurait aussi une : elle s'était alliée au meurtrier de sa sœur. Caroline serra les poings, tranchant sa paume de ses ongles, laissant un mince filet de sang s'en échapper.
─ Que dois-je faire maintenant ? La confronter ou me taire ?
La voix de Caroline n'était plus qu'un murmure dans la nuit. Remus s'autorisa à faire quelques pas pour s'approcher d'elle, à présent qu'ils étaient seuls. La jeune femme haussa les épaules, prise d'un fou-rire nerveux :
─ Ma mère était une traitresse, qui a tué ma sœur et Claire, Elly m'a lancé un Sortilège Doloris pour venger une carcasse et l'homme que j'aime ne peut même pas me toucher !
Elle se retourna sur son professeur, qui la contemplait, médusé. Jamais elle n'avait exprimé aussi clairement qu'elle l'aimait et qu'elle était incroyablement frustrée de ne pas pouvoir l'embrasser à sa guise.
─ N'est-ce pas drôle, professeur ? Allez riez ! Ou bien est-ce que votre maladie vous en empêche ? Et dire que je suis tombée amoureuse d'un Loup-garou ! Pourrais-je tomber encore plus bas ?
Il la fit taire, précipitamment. Ses bras encerclèrent la jeune femme doucement, allumant un feu au creux de son estomac. Il plongea ses mains dans les cheveux dorés de Caroline, tout en la dévisageant de ses prunelles chocolat si brillantes et meurtries. Il se doutait que Caroline savait pour sa nature, mais il n'aurait jamais imaginé qu'elle s'en serve pour le blesser. Il déposa un baiser sur son front, frôlant sa peau veloutée de ses lèvres, qui étaient effectivement aussi douces qu'elle l'avait espéré. L'effet fut radical. Elle se détendit à son contact, une larme perlant enfin au coin de son œil droit. Remus retira ses lèvres de son front, et voulut s'écarter, mais Caroline le retint fermement par les poignets.
─ Pardonnez-moi, chuchota-t-elle dans le creux de son épaule.
Remus resserra son étreinte, et lâcha un soupir résigné. Même la parole prononcée avec le plus sincère des rires, gardait toujours un fond de vérité. Et sans attendre, il la délaissa et quitta le bureau sans un regard pour elle. Il lui pardonnerait peut-être, mais la cicatrice qu'il couvait au fond de lui s'était rouverte, et déversait des souvenirs qu'il aurait préféré oublier.
ooo
Elly s'avança, et releva le menton de Caroline d'un geste appliqué. La Serpentard voulut mordre sa main, mais elle était toujours paralysée par cette peur ingérable. Qu'allait-il lui arriver ? Dans les histoires Moldues, soit un preux chevalier viendrait à sa rescousse au dernier moment, soit elle finirait sur le sol, tuée de sang-froid. A réfléchir, elle préférait que le professeur Lupin la sauve des griffes de ses ravisseurs, mais il était peu probable que cette vision réconfortante n'arrive.
─ Allons Caro, ne fais pas cette tête, tu as la chance d'être encore vivante.
Pour combien de temps encore ? se dit-elle, en foudroyant Elly du regard. Cette dernière lui confia, en gigotant sa baguette magique :
─ Je me suis appliquée à ce que tu croies que tout le monde en avait contre toi. Comme dans ces livres de Moldus que tu traînes tout le temps, cracha-t-elle. D'abord, ce stupide Bastien, qui a cru bon de me croire quand je lui ai dit qu'une potion serait le meilleur moyen pour te récupérer. Il était désespéré, ricana-t-elle. Je lui ai alors donnée une fiole, et il l'a glissé dans ton premier verre, le jour de cette fête.
Alors Bastien s'était lui-aussi fait avoir par la princesse des glaces. Caroline regretta amèrement d'avoir soupçonné Bianca et Celia, alors que la vérité se cachait sous son nez. Bon sang, Percy avait raison, et ce détail l'énervait encore plus.
─ C'est moi qui t'ait envoyé dans le forêt Interdite, sous le sortilège de l'Imperium. C'est moi qui était dans l'ombre à te guetter.
Elly força Caroline à reculer, sa baguette pointée sur elle, avec la folle envie de réduire son corps en poussière. La Serpentard finit par demander :
─ Pourquoi tu me racontes tout ça ?
Pourquoi donc les criminels racontaient-ils leur plan avant de tuer leurs victimes ? Caroline pensait qu'elle avait une chance de s'enfuir. Elly relâchait son attention. Et sa baguette était toujours sagement cachée dans sa poche. Un seul sort, et elle pourrait prendre suffisamment d'avance pour quitter les bois avant qu'ils ne la rattrapent.
─ Je n'avais pas prévu que tu te rapproches de notre nouveau professeur de DFCM. Toi qui était si insociable. Le professeur Lupin m'a causé des ennuis, je ne pouvais plus agir librement. Il te surveillait de près, et de loin. Je n'ai pas pu te faire souffrir comme je l'avais prévu, raya-t-elle.
Elly se déconcentrait de plus en plus, à mesure que la colère influait en elle :
─ C'est moi qui ait soufflé à Bastien que quelque chose se tramait entre vous. Et c'est là qu'il a commencé à vous observer. Mais il n'a pas été assez rapide, rajouta-t-elle revêche. Les semaines s'étaient déjà bien écoulées avant qu'il ne se décide à parler aux professeurs. Et ce crétin n'a même pas été capable de prouver quoi que ce soit, alors que j'avais des dizaines de preuves accablantes, tonna-t-elle. Si ce cher professeur n'avait plus eu le droit de t'approcher, j'aurais pu achever mon œuvre.
─ Ton œuvre ?
─ Accrocher ta tête à l'entrée du Château.
Cette annonce choquante piqua la Serpentard au vif. Elle n'avait aucune intention de laisser sa tête orner Poudlard.
─ Ils auraient su que c'était toi.
─ Qui penses-tu qu'ils croiraient ? La pauvre meilleure amie, qui n'a pas choisi sa famille, ou Sirius Black ?
Alors elle voulait faire porter le chapeau au prisonnier d'Azkaban. Mais elle ne s'attarda pas à ce détail. Caroline détectait le relâchement soudain d'Elly. Profitant qu'elle se soit retournée, la Serpentard empoigna sa baguette, et en l'espace d'une seconde, lança un sort de stupéfixion sur ses deux ravisseurs. Miraculeusement, elle toucha ses deux cibles, et sans plus attendre, elle entama le plus long sprint de sa vie.
Caroline courait à vive allure, évitant les arbres et sautant par-dessus les grosses racines. Elle était à bout de souffle, mais entrevoyait la lumière perçant la végétation de la forêt interdite. Avant de pouvoir crier victoire, elle heurta brusquement un obstacle moelleux. Son cœur battait à un rythme affolé ; elle espérait croiser le visage séduisant de Remus. Caroline releva la tête, mais ce n'était pas lui. Celia la regardait, avec une mine des plus surprises.
─ Je suis soulagée de te voir, déclara la Serpentard en reprenant son souffle.
─ Qu'est-ce qui t'arrive ? s'exclama Celia, légèrement paniquée.
─ Je te raconterai plus tard, mais il faut qu'on y aille !
Et Caroline comprit. Que pouvait bien faire Celia ici, dans la forêt, alors personne ne s'y introduisait, et encore moins durant les examens ? La coïncidence était trop évidente. Se serait-elle trompée sur elle ? Caroline avança d'un pas, pour sortir des bois, avant que Celia ne brandisse sa baguette à la hauteur de son visage.
─ Je crois que tu n'iras pas plus loin aujourd'hui, Caroline.
Le visage de Celia devint aussi machiavélique que celui d'Elly. Elle s'était faite avoir en beauté. Caroline ne bougea pas, lorgnant le bout de la baguette qui se baladait sur sa jugulaire.
─ Pauvre Caroline, je commençais à t'apprécier, tu sais.
─ Tu m'as piégée.
─ Bianca ne m'a jamais demandé de payer Anrick Lester, que crois-tu ? Elle n'avait même pas idée que tu la soupçonnais.
Caroline se sentit extrêmement stupide. Si elle lui en avait parlé, tout serait devenu clair. Et qu'avaient-ils tous à lui révéler leur complot ? Elle désirait que tout ceci s'arrête, et qu'elle retrouve le confort des appartements de son professeur.
─ C'est moi qui t'ait torturée la nuit où l'on t'a enlevée. Tu as crié, longtemps, et puis nous t'avons effacé la mémoire, chuchota-t-elle mesquinement.
Devant le regard incrédule de Caroline, Celia poursuivit :
─ Tes deux amis, Bianca et Daryl, n'auraient pas pu t'enlever, ils étaient aux Trois-Balais. Et quand elle est rentrée prévenir ton cher Lupin, Elly était déjà arrivée. Elle n'était pas suspecte, et ne l'a jamais vraiment été pour toi. D'ailleurs, je ne pensais pas que ce garçon que tu aimais était notre professeur de DFCM. Qu'elle drôle d'idée, ria-t-elle.
Caroline en fut vexée, contre toute attente. Mais la priorité était de gagner du temps :
─ Pourquoi toi ? Je connais leur mobile, mais pas le tien.
Elle était proche de la lisière de la forêt, et si quelqu'un la recherchait, cette personne la trouverait plus aisément ici qu'au milieu de la forêt.
─ Ton cher père n'a pas trouvé le lien qui me reliait à eux ? Je suis déçue.
Sa déception fit rapidement place à un sourire carnassier :
─ Mon plan se déroule comme prévu. A la fin de la journée, je serais la seule survivante. Toi, tu seras morte, car je n'avais pas pu te protéger d'Elly et Edgard. Ils me croiront tous, surtout après ce que tu as dit tout à l'heure, devant Bianca.
Caroline fulminait intérieurement. Mais pour qui se prenait-elle ?
─ Tu n'arriveras jamais à les tuer.
─ Tu crois ? siffla-t-elle. J'ai toujours été la fille dans l'ombre, née à cause d'un père infidèle. Ce dernier est mort, et ma mère m'a abandonnée. J'ai grandi dans un orphelinat, je ne connaissais rien de ma famille. Je vivais l'Enfer. Puis, je suis entrée à Poudlard et ma vie a changé. C'était plus supportable, mais je ne savais toujours pas qui j'étais. Puis, l'été dernier, Edgard est venu me rendre visite. « Ma seule famille restante », comme il disait. J'étais la fille cachée de son frère, celle née d'une femme qu'il n'aimait pas.
Une colère sans nom déforma ses traits :
─ Alors qu'Elly a grandi dans une famille aimante, avec une mère et un beau-père… et elle ose se plaindre que son père est mort ? C'est moi qui devrait m'en plaindre, c'était aussi mon père ! Et Edgard, il croit qu'il est le seul à avoir perdu un membre de sa famille ? Il me répugne, c'est de sa faute s'il est mort ! Ils ne méritent pas cette vengeance ! Elle est à moi !
Celia était hors d'elle, et criait à travers les bois. Caroline espérait secrètement qu'elle ait ameuté des curieux. Mais personne n'avait l'air de vouloir la délivrer de ce mauvais pas. Celia leva sa baguette, et prononça sans trembler :
─ Endoloris.
Caroline se tordit instantanément de douleur. Elle n'arrivait plus à penser, seule la douleur pénétrait son esprit. Mais ce n'était pas fini. Un éclat de lumière toucha Celia de plein fouet, délivrant Caroline de son sortilège. La Serpentard détourna la tête difficilement, et perçut la masse noire qui se précipitait dans leur direction. Un autre éclat jaillit, alors que des mains glacées vinrent se poser sur ses joues :
─ Dépêche-toi, Caroline.
Daryl empoigna alors son épaule, et l'aida à se relever. Georges repoussait Celia avec facilité, bientôt rejoint par Bianca dont la chevelure se débattait dans les airs. Ils ne voulaient pas la blesser, et réussirent à l'immobiliser au bout de quelques secondes. Caroline était soulagée, Celia avait été neutralisée. Tous se détendirent immédiatement, laissant l'adrénaline s'échapper de leurs membres engourdis.
C'était une grave erreur.
Daryl encercla la taille de Caroline, voulut l'aider à marcher en direction de Georges et Bianca, quand une voix déchirante hurla à travers le bois :
─ Avada Kedavra !
Un corps tomba à terre lourdement. Caroline eut le souffle coupé, accrochée à Daryl, qui la tenait fermement dans ses bras. Que s'était-il passé ? Quelqu'un gisait sur le sol. Mais ce n'était pas Celia. L'horreur avait frappé une nouvelle fois… et une âme avait quitté le monde des mortels.
Voilà, le chapitre tant attendu ! Il ne reste plus que deux chapitres, jusqu'à la fin de Poudlard. Alors, pas déçu de ce dénouement ? Et qui n'a pas eu de chance à la fin ? Si jamais vous me laissez un gentil commentaire (ce que j'apprécie vraiment !), ne mentionnez pas trop les éléments de ce chapitre, histoire de ne pas révéler l'intrigue aux personnes qui voudraient lire cette petite histoire... si y en a aha!
Merci beaucoup à faolbee, AddictDoctorWho, Polugritiya, Lizziana (J'ai posté le plus vite que je pouvais aha ! Tu n'aimes vraiment pas Bastien, pourtant il y plein de qualité.. aha ;) Et tout à fait d'accord avec toi, Remus est le meilleur ! Le père de Caroline peut paraître implacable, mais je t'assure qu'il a d'autres facettes... Alors ce coupable ? Merci à toi !), Lu (Passionnée ? Je ne sais pas quoi dire, ta review m'a fait ultra plaisir et ce chapitre comblera tes attentes j'espère ! Je mijote cette "fin" depuis des mois !) et Mlanie (coucou ! Merci pour ta review, je suis contente que ça te plaise toujours et j'espère que ce chapitre t'a plu aussi ! Il y a encore un peu de suspense à la fin...) ! J'adore avoir vos retours :)
A bientôt pour la suite, qui sera là d'ici une semaine ! Bonne semaine ! :)
