Blaise Cendrars – « Vivez, ah ! Vivez donc, et qu'importe la suite ! N'ayez pas de remords. Vous n'êtes pas Juge. »


Chapitre 17

Georges gisait à terre, la mine paisible, comme si rien ne s'était passer. Et peut-être qu'il ne s'était rien passé. Caroline cligna des yeux, plusieurs fois, espérant qu'il se relèverait, un grand sourire aux lèvres. Mais ce n'était pas une farce, cette fois-ci.

Il était mort.

Elle sentit une angoisse dévorante affoler son petit cœur. Qui avait tué Georges ? Son regard se posa aussitôt sur Celia, dans un réflexe regrettable. Elle gisait au sol, elle-aussi. Une main se refermait sur son visage à la peau mate, déformant ses traits avec force, dans le seul but de la punir.

Mais elle n'était pas morte.

Bianca s'était redressée, des larmes coulant le long de ses joues, salies par de la terre. Sa baguette pointait Elly, penchée au-dessus de Celia, un air courroucé ayant dérangé son visage angélique. C'était elle qui avait osé lancer un sortilège de mort sur le vieux Monsieur Crowney.

Personne ne parlait, mais ils n'en avaient pas besoin. Elly ensorcela le corps de sa cadette, et la força à se relever. Bianca ne bougeait pas, les mains tremblantes, alors que les sœurs s'éloignaient à pas tranquille. Elly se retourna finalement, avant de disparaitre :

─ Ne crois pas que ce soit terminé Caroline, rien ne l'est jamais.

Caroline ne regardait pas sa vielle amie, craignant d'être encore plus mal qu'elle ne l'était déjà. Elle désirait se révolter contre le monde entier. Tout ceci n'était pas réel à ses yeux. Tout ceci était aussi réel que ses hallucinations. La jeune femme serra les poings, à genoux sur le sol, déversant de petites larmes discrètes. Bianca s'approcha d'elle, mais aucune parole ne pouvait réconforter la Serpentard. Un chagrin aussi profond ne pouvait être guéri, ni même soulagé avec de simples mots, contrairement au romans Moldus qu'avaient dévorés la jeune femme.

Couchée par-dessus le corps de Georges, elle pleurait, à la hauteur de l'amour qu'elle lui avait porté. Contrairement à ce qu'Elly avait dit, c'était fini. Caroline avait déjà perdu.

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Elle se retrouva dans le parc du Château, un instant plus tard. Elle n'aurait pu dire combien de temps elle avait marché. Peut-être une minute, peut-être une heure. La seule chose qu'elle savait, c'était que Georges n'aurait plus l'occasion de se dresser contre le temps. Son corps commençait déjà à se décomposer, de l'intérieur, et rien ne l'empêcherait. Bianca tenait la main de Daryl, serrées l'un contre l'autre. C'était fini. Le tableau de Caroline s'était peint d'un drame, et l'ambiance n'en était que plus morose. La Serpentard ne s'arrêta pas de marcher, et son chemin la mena au fin fond des cachots, dans son dortoir. Elle s'assit sur son lit, ôta sa robe crasseuse, et se coucha sur le côté.

Georges.

C'était lui qui lui avait offert son premier bouquin Moldu. Ils étaient dans une rues de Londres, avec son père, Claire et Elsa. Caroline ne connaissait rien des Moldus, en ce temps-là, mis à part les rares histoires que Jack lui avait contées (elle appréciait tout particulièrement les contes des frères Grimm). Personne ne s'intéressait vraiment à ces gens ordinaires. Sauf sa grand-mère et Georges.

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─ Caroline, dépêche-toi !

Elsa appelait sa sœur, qui maintenait ses prunelles soigneusement rivées sur la vitrine d'une boutique Moldue. Des centaines de livres s'entassaient joyeusement devant elle. Caroline était à la fois émerveillée, et fascinée.

─ Qu'est-ce que tu fais ?

Sa sœur s'était rapprochée, et avait posé les mains sur ses épaules. Caroline souffla tout bas, comme un secret qui ne devait pas être révélé :

─ Est-ce que les Moldus lisent autant ?

─ Oui, je pense.

─ Mais que lisent-ils ? Ils ne connaissent pas la magie…

Caroline se demandait réellement de quoi pouvaient-ils bien parler, ces bouquins. Les Moldus n'avaient rien de magique dans leur quotidien. Leur vie était ennuyeuse, aux yeux de la petite fille.

─ D'histoires, et d'autres. Il n'y a pas que la magie, Caro.

─ Comme les Contes que papa me lit ?

─ Si tu veux. Allez viens, il ne va pas être content si nous nous éloignons trop. Et ne perds pas ton temps avec ces Moldus, tu entreras à Poudlard et tu étudieras la magie, comme moi, sourit-elle.

Elsa avait un beau sourire. Son visage solaire rayonnait, avec les longs cheveux blonds cendrés qui encadraient son visage ovale. Elle avait les yeux clairs, comme leur mère. C'était une jolie fille. Caroline hocha la tête, éblouie par la mine chaleureuse de sa sœur, et elles rejoignirent le petit groupe de tête en courant. Caroline tira sur le bras de son père, un grand sourire aux lèvres :

─ Papa, papa, est-ce qu'on pourrait acheter un nouveau livre Moldu ?

Elsa lança un regard désapprobateur à sa petite sœur, mais finit par sourire d'un air résigné. Elle ressemblait vraiment à leur mère.

─ Arrête tes enfantillages Caroline, si tu veux apprendre à lire, nous utiliserons les livres de ta sœur. La lecture de ces bouquins fantaisistes ne t'aidera en rien.

Caroline fut très déçue, et lâcha la manche de son père immédiatement. Elle marcha la tête baissée, jusqu'à ce qu'ils trouvent une petite auberge où s'assoir pour boire un chocolat chaud. Caroline prit place à côté de Claire, toujours aussi attristée. Ce petit air abattu n'échappa pas à Monsieur Crowney.

─ Je m'excuse Jack, j'ai oublié que j'avais une commission à faire.

Georges les laissa seuls une bonne vingtaine de minutes. Quand il revint, Jack paya l'addition et le groupe rentra au Manoir hâtivement. Caroline traînait les pieds, mais son père avait d'autres soucis pour le remarquer. Il ne savait pas, que ce jour-là, elle avait désiré ce livre plus que tout au monde. Avant de franchir la porte d'entrée, Gorges appela Caroline discrètement. Elle descendit le perron, et se planta face à lui, son visage taciturne le fixant cruellement.

─ Tiens.

Il sortit un livre de sa poche, qui paraissait pourtant trop petite pour le contenir. Caroline écarquilla les yeux.

─ Qu'est-ce que c'est ?

─ Un livre Moldu, sourit-il. C'est le premier que j'ai lu, quand j'avais ton âge. J'ai cru comprendre que ça pourrait t'intéresser.

Caroline prit le livre, des étoiles pleins les yeux, avant de rétorquer :

─ En quoi les Moldus seraient intéressants ?

Gorges soupira doucement, et ôta son chapeau, pour le place contre sa poitrine. Parfois, Caroline jalousait Claire ; son père était l'exact opposé du sien. Peu d'enfants auraient préféré Jack à Georges.

─ Caroline, nous n'avons pas besoin de magie pour vivre des aventures extraordinaires, comme ton père t'en lit le soir. Les Moldus possèdent le droit de rêver à un monde où la magie changerait tout. Et toi tu sais bien, que la magie n'est pas aussi belle qu'elle le prétend. Sinon pourquoi tous ces gens mourraient ?

Le Seigneur des Ténèbres avait déjà recueilli de nombreux adeptes. Le nombre de morts augmentaient tous les jours, sous les yeux innocents de la petite fille.

─ Les Moldus paraissent vivre simplement pour toi, mais ils ont créé des choses merveilleuses, que nous n'aurions jamais eu l'occasion de découvrir sans eux.

Une curiosité sans faille naquit dans le cœur de Caroline, qui buvait les paroles de Georges avidement. Elle avait envie de découvrir ces fameuses choses qu'ils avaient créés. Et c'était ce qu'elle s'emploierait à faire dans le futur.

─ Leur vie n'est pas inintéressante, crois-moi. Tu pourras le comprendre, quand tu seras plus grande.

─ Alors pourquoi cherchent-ils à les tuer ?

Caroline frissonna en pensant à ces hommes et femmes masquées, qui tuaient par le compte de ce Seigneur des Ténèbres. La magie noire détruisait le monde des Sorciers, et de son jeune âge, Caroline n'arrivait pas à en comprendre la raison.

─ Parce qu'ils sont justement différents. Parfois les choses ne sont pas aisées à comprendre Caroline. Certaines personnes n'ont pas pris la peine de s'intéresser à eux, et voilà le résultat.

Georges remarqua que le visage de Caroline s'était renfermé, et affichait ce petit air taciturne que Jack détestait. Il continua, en pointant l'objet qu'elle tenait dans ses petites mains :

─ Alors je te conseille de t'intéresser à eux, en commençant par ce bouquin, souffla Georges avec malice.

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Caroline sourit, en se remémorant ce jour-là, qui était l'un des plus beaux de sa vie. Georges avait été l'un des premiers à lui apprendre à lire, et lui avait transmis son respect des Moldus. Maintenant qu'il n'était plus ici, à la surveiller, la jeune femme regretta toutes ces années passées à le craindre. Le temps et ses facéties changeaient les gens, les marquant de drames et de bonheur. Mais qu'avait-il à offrir, quand il ne restait plus personne pour l'affronter ? Le temps serait seul, et n'aurait aucune raison d'exister. Et si nous étions seuls, sans avoir à subir les effets du temps, la vie n'aurait plus aucun sens. Caroline ne pouvait s'empêcher d'être effrayée par cette force invisible.

─ Caro, tu as de la visite.

Bianca se tenait dans l'encadrement de la porte, désolée, cachant le fameux invité dans son dos. Caroline était prête à les chasser, tous les deux, quand elle reconnut ce visage étrangement familier qui la regardait d'une douceur rassurante. Remus s'était avancé au centre de la pièce, les mains dans les poches, entièrement dédié à Caroline. Elle ne bougea pas, toujours couchée sur le flan, regardant son professeur s'assoir sur le bord de son lit, près de sa figure barbouillée.

─ Je… vous laisse, déclara Bianca, avant de quitter le dortoir.

Remus hésitait, se livrant un véritable combat intérieur. Elle était vulnérable, et il savait qu'elle apprécierait sûrement un geste chaleureux de sa part. Remus finit par poser sa main dans les cheveux de la jeune femme, faisant violence à sa morale, et caressa sa chevelure dorée délicatement, en ramenant quelques mèches derrière ses oreilles. Caroline ferma les yeux, savourant la sensation de sa main contre sa peau.

─ Bianca m'a tout raconté, le professeur Dumbledore s'est rendu personnellement dans les bois, avec votre père.

Le regard vitreux de la Serpentard baignait dans un océan lointain, trop lointain pour que quiconque puisse l'y déranger.

─ J'ai perdu professeur, murmura-t-elle. Elles ont gagné.

─ Vous êtes encore là Caroline.

La jeune femme se recroquevilla sur elle-même, genoux contre poitrine, pourtant détendue au contact de Remus. Elle avait encore une épreuve à affronter, pour être en paix avec elle-même :

─ Je suis désolé, professeur, pour ce que je vous ai dit.

Elle avait peur qu'il n'enlève sa main, et qu'il se braque. Mais il resta bien sagement à ses côtés, la main brûlant son épaule de plaisir.

─ Vous aviez raison, lâcha-t-il au bout de quelques secondes.

Remus avait la mine chagrinée, ce qui enserra le cœur de Caroline un peu plus fort. Elle n'avait eu en aucun cas l'intention de le blesser.

─ Non, j'ai dit tout ça sous le coup de la colère. Je n'en pense pas un mot.

La peau de Caroline frissonna de plaisir, alors que Remus glissait sa main le long de son dos. Elle était à présent posée sur l'une de ses omoplates. Il avait longtemps appréhendé cette discussion, et maintenant qu'il était confronté à l'inconscience de Caroline, Remus regrettait amèrement d'avoir laissé leur relation évoluer ainsi.

─ Ça ne change rien, je ne peux pas changer ce que je suis.

─ Je n'ai pas peur, déclara Caroline d'une voix embrumée.

─ Vous devriez.

Remus se releva brusquement, tournant le dos à son élève, et frotta son menton en baissant la tête. Elle devinait qu'il regrettait tout ce qui s'était passé. Il n'arriverait jamais à se décharger de ce fardeau que représentait sa culpabilité. Caroline avait beau y mettre toute son énergie, il la rejetterait toujours, au moindre obstacle qui se dresserait devant eux. Caroline s'appuya contre la tête de lit, maintenant confortablement positionnée pour le contempler. Il était séduisant, et charmant, dans son costume de deuxième main. Elle lâcha quelques larmes, en appréciant cette image qu'elle perdrait sûrement en quittant le Château.

─ Je me réveille toujours le matin, sans me souvenir de rien. Parfois, je découvre des cadavres d'animaux. Et la peur d'avoir mordu quelqu'un me prend directement. Sans oublier les propres morsures que m'inflige… Vous ne savez pas ce que représente ma monstruosité, Caroline. Vous ne comprenez pas toute la souffrance que ma maladie implique.

─ Arrêtez.

─ Et si je vous mordais, que se passerait-il ?

Elle n'en savait rien.

─ La potion du professeur Rogue permet de vous maîtriser, non ?

─ Severus ne sera pas toujours là pour me la concocter.

─ Je serais là moi.

─ Nous savons tous les deux que vous êtes aussi doué en potions, que vous l'êtes en DFCM, ria-t-il doucement.

Caroline n'avait aucune envie de défendre sa plaidoirie. Elle tourna la tête sur le côté, déversant ses dernières larmes, le cœur sec. Elle eut un sentiment d'injustice atroce. Rien n'avait fonctionné cette année. Elle ne récoltait que des déceptions et de l'amertume. Elle avait perdu.

─ Caroline, ne pleurez pas, soupira Remus, les yeux brillants.

─ Si vous n'êtes venu que pour me briser le cœur, vous pouvez partir, j'en ai eu assez, cracha-t-elle en toussant.

Remus fit quelque pas dans sa direction, avec l'intention de la calmer, mais Caroline se retourna aussitôt, pour le confronter :

─ Non, vous n'avez pas le droit ! Je ne suis pas là quand vous le désirez, et quand vous avez des remords, me fuir comme la peste !

Elle planta son regard chagriné dans le sien :

─ Tu dois choisir, Remus.

Cette familiarité étonna Remus, mais aussi Caroline. Elle ne fléchissait pas, soutenant son regard flamboyant. Aucun des deux n'osait bouger. Le cœur battant la chamade de la jeune femme était prêt à imploser sous cette tension étouffante. Il luttait contre cette envie irrépressible de la prendre dans ses bras, et l'embrasser fougueusement. Caroline le déshabillait entièrement de ses billes indécentes. Elle quitta son lit, lentement, ne détournant son regard pour rien au monde. Remus était paralysé sur place, et la laissa s'approcher de lui. La Serpentard posa l'une de ses mains sur le torse de son professeur, rougie par le désir alors que ses larmes n'étaient pas encore toutes séchées.

─ Ce n'est pas bien Caroline…

La jeune femme effleura ses lèvres du bout du doigt, pour l'inciter à se taire :

─ C'est trop tard professeur, pour éprouver des remords.

Remus fronça les sourcils, puis s'abandonna à l'instant présent. Il emprisonna Caroline dans ses bras, une main posée sur sa nuque, et l'autre caressant le bas de son dos sensuellement. Leurs bouches se touchaient presque. Caroline ressentait le souffle saccadé de Remus percuter ses lèvres chaudes et humides. Sa langue se délectait déjà du baiser qu'elle recevrait dans quelques secondes. Remus, lui, détaillait le visage de Caroline, s'attardant sur chaque détail. Elle était si belle, avec ce petit nez retroussé, et ses yeux en amandes. Ses grandes oreilles, qu'elle cherchait constamment à cacher sous sa masse de cheveux dorés, avaient un certain charme également. La jeune femme ne tenait plus. Le désir la consumait, alors que Remus continuait à caresser son dos, s'arrêtant à chaque fois à l'extrémité de ses reins.

─ Il n'est jamais trop tard, souffla-t-il.

Un déferlement de sensations prit en otage sa gorge, sa poitrine, son ventre, son entrejambe. Caroline se tortillait sur place, comme une anguille. Il aurait ri si la tension sexuelle n'était pas aussi écrasante. Remus fondit sur ses lèvres de Caroline, s'oubliant à cette étreinte charnelle, malgré le regret qui déjà broyait son esprit. Caroline attrapa la chevelure de Remus, l'attirant encore plus contre elle. Entrelacés au milieu du dortoir, Remus rompit leur baiser précipitamment, et la poussa légèrement sur le lit. Caroline s'apprêtait à enlever son pull, quand Remus la stoppa d'un geste doux :

─ Tu devrais dormir, Caroline, à présent.

Si elle savait ce que ses paroles lui coûtaient… Il la désirait plus qu'elle ne le désirait. Mais il ne pouvait pas. Maintenant qu'ils s'étaient embrassés, Remus avait l'impression d'avoir failli à son devoir, et d'être réellement un monstre sans scrupules, pour avoir pu toucher l'une de ses élèves. Il paniquait à l'intérieur, mais s'efforça à ne rien montrer à la jeune femme. Elle avait déjà tant subi aujourd'hui. Sans attendre, il s'enfuit du dortoir, sous les yeux rêveurs de Caroline.

Les remords le rongeraient durant de longues années, mais cela, Caroline ne l'eut jamais su.

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─ Alors tu croyais que c'était moi ? s'exclama Bianca, les bras croisés.

Caroline et Bianca étaient assises sur le lit de cette dernière, en tailleur, prêtes à passer une soirée tranquille. La Serpentard n'avait pu s'endormir après la visite de Remus, et avait demandé à Bianca de lui raconter ce qui s'était passé, durant la journée. La perte de George asphyxiait encore son cœur, mais elle s'efforçait de ne plus y penser. « Comment pourrais-je ne pas les oublier, si la seule façon que j'ai d'avancer, c'est de les enfermer dans un coin de ma tête, pour ne plus penser à eux ? ». Elle plongea sa main dans le paquet de chocolat que Remus avait laissé à Bianca, en sortant précipitamment du dortoir. Bianca avait deviné que quelque chose s'était passé, mais n'avait rien dit, pour le plus grand soulagement de Caroline.

─ C'est assez suspect de te rencontrer la nuit à Pré-au-lard, si tu veux savoir, contra Caroline, en croquant son carré de chocolat.

─ Je cherchais le Sinistrose.

Caroline arqua un sourcil, sceptique :

─ Pardon ?

─ Tu sais bien de quoi je veux parler, j'ai vu une ombre étrange dehors, quand nous sommes sortis nous balader avec Daryl.

─ Vous baladez ? Cracha-t-elle, le bout de chocolat ricochant contre le genou de Bianca.

─ Caroline, c'est immonde ! Et oui, on aime garder un œil sur ce qui se trame dans le Château la nuit. Je ne suis pas bête, je me doutais bien que tu t'étais encore fourrée dans une histoire abracadabrante quand j'ai vu ton lit vide. Par contre, je ne pensais pas te rencontrer à Pré-au-Lard !

Bianca leva les bras au ciel, puis se calma en se raclant la gorge :

─ Peu importe, j'ai suivi ce chien, et j'ai emprunté un passage sous le saule cogneur. Il m'a semé après. Ce passage menait…

─ A la Cabane Hurlante, termina Caroline.

Blanche-Neige écarquilla les yeux. Elle était pourtant certaine d'avoir découvert un fabuleux passage secret… qui ne l'était plus vraiment à présent.

─ Comment tu sais ? s'étonna-t-elle.

─ J'ai moi-aussi vu ce chien, comme toi. Pratique ce passage, hein ? Je me demande bien à quoi il servait…

─ Tu crois que ce qu'on dit sur la Cabane Hurlante a un rapport avec ce passage ? Ces terribles grognements ou je ne sais quoi…

Caroline haussa les épaules, et reprit un chocolat. La cannelle. Remus avait bien choisi. Son cœur se serra au souvenir de sa bouche dévorant la sienne. Sans oublier sa main caressant ses hanches. Bianca fronça les sourcils, et donna un coup d'épaule à Caroline, avortant ses airs rêveurs. Caroline la foudroya du regard, puis demanda, en enfournant une nouvelle sucrerie dans son estomac (des bonbons Moldus qu'elle gardait dans sa valise, en cas de coups durs) :

─ Et pour Georges ?

Sa voix s'était brisée, malgré tous ses efforts pour garder la face. Mais elle n'avait plus besoin de faire semblant devant Bianca.

─ Ton père a masqué sa mort, et s'est occupé lui-même de son corps. Dumbledore est au courant. Ils se sont entendus sur la version des faits.

─ Alors, tout ceci restera secret ? déclara Caroline, peinée.

─ Oui, à moins que Celia et Elly ne refassent surface, mais ça m'étonnerait…

Caroline et Bianca se turent, profitant de la tranquillité de leur dortoir. Dans trois jours, elles quitteront Poudlard, pour toujours. La Serpentard avait de la peine à y croire, mais c'était bien l'une des dernières fois où elle dormirait dans ces draps. Tout ce qui s'était passé, ces sept années… Elle espérait seulement que le pire n'était pas à venir.

ooo

Le lendemain. Elle n'arrêtait pas de repenser à leur baiser. C'était un loup-garou. Et alors ? Ce mot revenait en boucle sur ses lèvres. Pourtant, elle ne comprenait pas le problème, ni même les réticences de Remus. Pourquoi agissait-il toujours en charmant professeur ? Caroline ôta son bonnet de chambre, ridicule avec ses petits points rouges, et enfila sa robe de sorcier hâtivement. C'était un soir de Pleine Lune aujourd'hui, et elle avait envie de le voir avant qu'il ne se transforme et soit handicapé durant une semaine. D'ailleurs, Remus devait encore être dans son bureau à cette heure-là. Elle remonta les escaliers des cachots avec détermination, malgré son air abattu, qui ne trahissaient en aucun la tristesse qu'elle ressentait à la perte de Georges.

Elle toqua deux fois à sa porte. Aucune réponse. En prenant garde que personne ne la surprenne, elle se faufila discrètement à l'intérieur de son bureau. Il n'était pas là. Elle inspecta la pièce la boule au ventre. Un détail attira son attention. Une potion fumante traînait sur son bureau, aux côtés de la carte des Maraudeurs, étalée de tout son long sur le pupitre. C'était la potion que le Professeur Rogue lui préparait chaque mois. Le Napel. Caroline huma les effluves atroces qui s'en dégageaient en grimaçant. Elle s'approcha ensuite du pupitre et jeta un coup d'œil curieux au parchemin magique. Elle le trouverait plus facilement avec la carte. En la consultant, Caroline s'étonna de ne trouver ni le professeur Rogue, ni Remus dans le Château. Ses prunelles sombres cherchèrent Remus du côté des serres mais il avait totalement disparu de la carte. C'est alors qu'elle vit le petit point de Rogue s'engouffrer sous le saule cogneur, en contre-bas du Château. Caroline comprit que quelque chose clochait. C'était ce passage qu'avait emprunté Sirius Black l'autre jour. Sans perdre de temps, elle referma la carte d'un coup de baguette et prit le chemin le plus court pour rejoindre la cour. La potion débordait du verre à chaque mouvement brusque. Elle râlait de ne pas avoir pris un contenant plus pratique.

─ Caroline ? s'écria une voix dans son dos, devant la Grande Salle.

Elle se retourna, essoufflée, le visage larmoyant de sueur. Bastien courait dans sa direction, avec cet air d'abruti qui l'énervait profondément. Il avait tenu à s'excuser plusieurs fois ces dernières jours, et Caroline l'avait écouté par bonté (merci Remus), sans vraiment croire en sa sincérité. Mais aujourd'hui, elle n'avait pas le temps. Remus devait prendre sa potion. Bastien s'arrêta près d'elle, et fixa le liquide vert dans sa main :

─ Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il dégoûté.

─ Une potion du professeur Rogue. Il m'a demandé de la lui apporter au plus vite.

Dans son stress, elle n'avait pas pensé à l'incohérence de son histoire. Elle se précipita à l'extérieur du Château avant que la voix puissante de Bastien ne retentisse une seconde fois :

─ Mais les cachots ne sont pas par-là ! Où vas-tu ?

Il lui courait après. Caroline pesta, et s'immobilisa avant d'arriver au saule cogneur. Croyait-il encore qu'elle rejoindrait Remus ? Bastien lui souriait naïvement dans tous les cas.

─ Ce n'est pas le moment. Lâche-moi un peu, tu m'énerves, Bastien.

Bastien secoua la tête, penaud, alors que Caroline amorçait déjà un sprint. La potion glissait entre ses doigts mais il en restait suffisamment pour Remus. Le saule cogneur était à portée de vue. Il était étrangement immobile, comparé à toutes les fois où elle avait manqué de recevoir l'un de ses branches sur la tête. Caroline s'en approcha méfiante. Pas la moindre branche ne se mouvait, et le tronc cachait toujours cette petite entrée. Elle s'y enfila, légèrement anxieuse. Des insectes lui tombèrent dans les cheveux, s'engouffrant dans sa robe. Remus avait intérêt de savourer ce verre de potion Tue-Loup. Ses dents grincèrent en entrevoyant enfin la sortie. Elle posa la potion sur le parquet, afin de s'hisser dans la grande pièce à vivre, vide. Caroline n'eut pas de mal à reconnaître la Cabane Hurlante, cette fois-ci. Il y avait du bruit à l'étage. Prudemment, elle ramassa la potion et monta les escaliers doucement. Elle arriva au début d'un couloir. De l'autre côté, elle distinguait nettement la robe noire de son Directeur de Maison. Sans vraiment prendre de pincettes, Caroline apparut à ses côtés, aussi livide qu'un ravioli cru.

─ Caroline ? s'exclama Remus les bras toujours orienté en direction de Rogue.

Rogue se retourna vivement sur elle, surpris de la voir aussi proche de lui. Caroline ne put s'empêcher de dévisager l'homme se tenant avec désinvolture devant eux. Sirius Black. Il était plus sale et épuisé que sur sa photo, mais impossible de se tromper. C'était le prisonnier d'Azkaban. La baguette de Rogue restait inexorablement pointée contre Remus et cet homme odieux. Caroline tremblait de frayeur, à la vue de ce criminel sanguinaire.

─ Que faîtes-vous là ? hurla Rogue, déchaîné.

Elle balbutia, tendant la potion loin devant elle, comme si elle espérait éloigner la source de ses ennuis pour tout effacer.

─ Je suis venue apporter… la potion du professeur Lupin….

Caroline se pinça la joue, dépitée. Remus baissa la tête, cachant le sourire qui voulait à tout germer au coin de ses lèvres. Il avait toujours apprécié son côté imprévisible. La jeune fille crut voir une vague d'étonnement dans le regard noir de Rogue. La potion fumante était au centre de la pièce, entre eux deux, Remus, Sirius Black et les trois jeunes Griffondor. Elle lâcha un hoquet de surprise en glissant ses prunelles sur eux. Que faisaient-ils tous ici ? Ronald Weasley avait l'air terrifié, les mains en sang, en tenant affectueusement un rat des champs.

─ Je ne crois pas que l'instant soit bien choisi par votre idiotie Miss Dorm, raya-t-il en lui attrapant le bras fermement.

─ Lâchez-moi !

Caroline se débattit, terrifiée par l'attitude de Rogue. Jamais elle ne l'avait vu dans un tel état de colère. Remus intervint d'une voix posée, cherchant à calmer son collègue :

─ Laisse-là Severus, s'il te plait.

─ Pour que tu puisses en profiter encore un peu ? Se moqua-t-il, dévisagé par la haine.

Rogue ne desserra pas sa main, la gardant près d'elle comme otage. Caroline n'appréciait pas qu'il pointe Remus de sa baguette, comme un étranger et un monstre. C'était irréaliste. Il menaçait Lupin pour quelque chose qu'il n'avait pas commis. Profitant d'un instant de distraction, alors qu'il avertissait Black doucereusement, elle lui donna un coup de coude dans ses côtes. Elle put s'échapper de sa main de fer. Caroline attrapa le bras de Remus et se posta près de lui. Rogue ne baissa pas sa baguette pour autant. Sa rage était encore plus grande.

─ Vous vous rangez du côté des meurtriers, Miss Dorm ? railla-t-il de plus belle.

─ Severus, tu es en train de commettre une erreur, répondit Lupin précipitamment. *

Caroline écarquilla les yeux de stupeur, quand des cordes jaillirent de la baguette de Rogue, et vinrent s'enrouler autour de Remus. Il tomba lourdement à terre, ligoté comme une saucisse Moldue. Sirius Black sauta instantanément sur Sirius Black, et parlementa avec lui, alors que la jeune femme s'agenouillait près de son professeur, choquée. Caroline s'approcha de l'oreille de Remus et lui chuchota paniquée :

─ Pourquoi Sirius Black était-il ici ? Pourquoi t'es-tu rangé de son côté ? Et pourquoi le professeur Rogue t'a ligoté ? s'égosilla-t-elle tout bas.

─ Calme-toi, Caroline.

Sa voix douce détendit Caroline, mais ce n'était pas suffisant à taire ses interrogations. Elle reste agenouillée près de Remus, écoutant Black et Rogue d'une oreille distraite. Elle ne comprenait rien à ce qui se passait dans cette Cabane de barjot.

─ Comment es-tu arrivée ici ? lui demanda Remus, furtivement.

─ La carte, elle était posée sur ton bureau. Et le passage sous le saule cogneur, je le connaissais déjà…

─ Tu ne t'es jamais remis de cette blague, grogna Sirius Black à côté d'eux.

Caroline ne bougeait pas, et fixa son professeur d'un air ahuri :

─ De quelle blague parle-t-il ?

─ Un jour, le père d'Harry a tendu un piège à Severus, et l'a conduit jusqu'à moi, alors que j'étais transformé en Loup-garou. J'aurais pu le tuer si Sirius n'était pas intervenu.

La jeune femme eut une expression peinée, et voulut l'embrasser, à le voir si triste. Mais il reprit, plus sévèrement :

─ Tu comprends Caroline ? Je suis dangereux et…

L'extrémité des cordes s'étaient envolées, et Remus était à présent suspendu dans les airs. Caroline recula prestement, avant de plaquer sa main contre sa bouche, éberluée par la rage de Rogue. Elle n'arrivait pas à en croire ses yeux. Pourquoi malmenait-il Remus ? Il n'avait rien à voir dans cette histoire. Il n'avait pas aidé Sirius Black. Si quelqu'un était à blâmer dans cette pièce, c'était elle. Caroline n'en pouvait plus de toute cette tension autour d'elle. Georges avait été assassiné par l'une de ses meilleurs amies et Remus avait été saucissonné par Rogue, sur un simple malentendu. Elle avait envie de se jeter sur lui, et de lui arracher les cheveux gras qui tombaient disgracieusement du haut de son crâne. Mais avant qu'elle n'ait pu agir, Rogue s'était encastré dans le mur d'en face. Les trois Griffondor avaient crié « Expillermus » simultanément. Caroline se jeta sur Remus, et défit ses liens hâtivement, profitant de le serrer dans ses bras au passage. Personne ne le vit heureusement. Tous avaient les yeux rivés sur le professeur Rogue, inconscient à terre. Caroline se détacha de Remus, et écouta la conversation avec intérêt. Sirius venait de sortir de sa poche une photo froissée, et la tendit aux autres. Remus demanda sombrement :

─ Où as-tu eu cette photo ?

Caroline commençait à amasser les pièces du puzzle. Harry assommait Black de questions, désireux de savoir enfin la vérité. Caroline appréciait néanmoins la voix suave de Remus au milieu de ce carnage.

─ Douze ans, c'est une vie étonnamment longue pour un rat des champs…

Dans un moment de lucidité, elle fit le lien entre tous les éléments. Son regard se posa sur la patte du rat. Il lui manquait un doigt. Caroline s'exclama, reconnaissant la sale bête que tenait Ron :

─ Mais c'est le vieux rat à Percy, déclara-t-elle dégoûtée.

Remus regarda son élève d'un air étonné.

─ Il était tout le temps fourré dans mes affaires, en première année, continua-t-elle, pour se justifier.

Caroline consentit à se taire pour de bon. Elle n'avait aucune raison valable d'être dans cette pièce qui plus est. Aucun élève sensé n'aurait apporté une potion Tue-Loup à son professeur, dans la Cabane la plus hantée de Grande-Bretagne, à moins qu'il n'y ait une histoire sous-jacente. Finalement, Remus et Sirius braquèrent leur baguette sur le rat. Caroline crut halluciner quand il se transforma en un petit homme potelé. Il était répugnant.

─ Sirius, Remus, mes chers vieux amis !

Il fonça droit vers la sortie mais ils l'arrêtèrent ensemble. Caroline fixait inexorablement son doigt manquant. « C'est immonde… ». Il reniflait comme une bête, posant ses petits yeux vicieux sur elle, puis sur Harry :

─ Harry, comme tu as grandi !

Alors ce Peter avec trahi James Potter, et ses amis. Caroline avait le cœur lourd, pour Remus, car elle comprenait aisément le sentiment qu'il avait dû ressentir. Ils voulurent le tuer, mais le jeune Harry s'interposa pour laisser la vie sauve à Peter. Caroline n'aurait su dire si c'était réellement une bonne idée. Mais elle restait proscrite dans son coin, à observer la scène comme un spectateur Moldu qui regarderait un film au cinéma.

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Ils empruntèrent le tunnel en sens inverse. Caroline s'inquiéta de savoir Remus attaché à ce rat dégoûtant et à Ron. Leurs menottes les maintenaient ensemble. Drôle de cortège dans ce tunnel sombre. Elle pensait toujours à leur baiser et la fin probablement heureuse qu'ils pouvaient espérer ensemble. Certaines histoires impliquaient d'énormes contraintes, mais ce n'était pas pour autant que la fin n'en était pas heureuse. Elle croyait en la douceur de Remus, et c'était le seul qui parvenait à la faire sourire. Caroline ne put s'empêcher de rire niaisement à cette pensée, avant de reprendre cet air taciturne qui lui allait comme un gant. Il était le seul, et resterait le seul. Peut-être parce qu'il était simplement le premier, et que l'on gardait toujours un lien spécial avec son premier amour.

Le professeur Rogue flottait dans les airs, sous le joug de Black. Harry semblait heureux de voir son parrain. Il avait totalement changé d'expression face à lui, et elle décelait même du bonheur sur leurs deux visages. Black laissait volontairement le crâne de Severus racler le haut du tunnel, et Caroline ne put s'empêcher de grogner. Il allait passer ses nerfs sur elle, assurément, quand il se réveillerait. Une fois à l'extérieur, Sirius et Harry s'exilèrent. La Serpentard resta près d'Hermione, mal à l'aise. Que fichait-elle ici, avec ces Griffondors ? Remus enfonçait sa baguette dans le torse de Peter pour qu'il continue avancer, et sortit du passage essoufflé. Caroline lui adressa un beau sourire, pour lui signifier que tout allait bien, auquel Remus répondit discrètement. Evidemment, Peter s'était retourné et dévisageait Caroline perfidement.

─ Ne lui parles pas, le menaça Remus.

Peter s'excusa de sa voix criarde. Caroline fondait littéralement. Elle le déshabillait du regard, s'attardant sur chaque détail. Ses cheveux, son élégance, sa bouche, ses cicatrices. Elle aimait tout de cet homme. Sa nature ne changeait rien à ses sentiments. Mais quelque chose clochait… Caroline s'immobilisa brusquement. Remus n'avait pas pris sa potion ce soir. Elle leva la tête catastrophée vers le ciel, et vit la Lune apparaître sournoisement derrière les nuages.

─ Regardez ! S'écria Hermione, en la pointant du doigt.

Remus s'était arrêté et tremblait comme une feuille, dévoilant un regard bestial à travers des pupilles dilatées. Ses jambes s'allongeaient, déchirant ses chaussures et habits dans la foulée. L'expression si chaleureuse de son visage disparaissait à mesure que les poils envahissaient son corps.

Une allure féroce déchirait ses traits.

Caroline trébucha en arrière et tomba sur les fesses. Des dents acérées poussaient dans sa gueule. Son corps se courbait, trouvant une allure bestiale. Puis, il s'éleva, achevant sa transformation. Il était là. Le loup-garou grognait devant eux. Caroline chercha sa baguette dans l'herbe, car il se rapprochait dangereusement d'elle. Elle mit enfin la main dessus, et la brandit désespérée contre lui. « Ce n'est pas Remus, ce n'est pas lui », répéta-t-elle en boucle pour s'encourager à agir. Seulement, elle était incapable d'user de la magie contre lui. C'était bien Remus, mais sous une forme différente. Une larme coula de son œil peiné. Elle ne pouvait pas lui faire de mal. Il se dressait de tout son long, prêt à la tuer d'un seul coup de griffe.

─ Par la barbe de Merlin, chuchota-t-elle terrifiée du bout des lèvres.

C'était trop tard. Il s'était jeté sur elle, griffant férocement l'une de ses épaules. Ses crocs allaient se planter dans sa gorge. Elle sanglotait, impuissante ; ses bras n'étaient pas assez forts pour le repousser.

─ Remus, supplia-t-elle.

Sirius Black renversa la bête, sauvant Caroline d'une mort certaine, et s'acharna à lui tenir tête. Caroline se releva alors et rassembla les trois jeunes Griffondor près d'elle. Rogue flottait toujours dans les airs, inconscient. Elle regarda avec horreur le chien noir se faire éjecter par le Loup-garou.

─ Il s'enfuit !

Peter fuyait sous la forme de Croûtard, couinant de victoire. Caroline ne pouvait le poursuivre, tétanisée. Black disparut à la suite du rat, perdant énormément de sang. Remus se détourna à nouveau sur eux. Cette fois-ci, elle serait obligée de le blesser. Caroline ouvrit la bouche, mais avant qu'elle ne prononce la formule magique salvatrice, le Loup-garou entendit un cri provenant dans la forêt. Ils l'entendirent tous. Lupin s'enfouit instinctivement dans l'épaisse végétation. Caroline laissa Harry rejoindre son parrain, trop occupée par son cœur affolé. Elle avait vu ce dont il avait toujours voulu la protéger. Lui-même. Elle entreprit de laisser Hermione et Ron rejoindre le Château, et s'assit, chamboulée, à côté de son professeur de potions. Rogue ouvrit légèrement les yeux, et les posa instinctivement sur son élève. Il ne lui coûta qu'un instant avant de reprendre son air massacrant.

─ Miss Dorm, siffla-t-il, où est Black ?

Caroline restait penaude. Sa robe en lambeaux laissait entrevoir la profonde entaille dans son épaule. Elle perdait énormément de sang. Sa pâleur inquiéta son professeur, qui se redressa tant bien que mal. Il l'examina de son œil expert.

─ Lupin n'est pas prêt de remettre un pied dans ce Château, grogna-t-il doucereusement en la soulevant de ses bras agiles.

Une lumière blanche surgit de la forêt soudainement, et repoussa les Détraqueurs virevoltant dans le ciel. Caroline fixait cette lumière emplie d'amour, rêveuse. Elle aurait pu la comparer à la chaleur des bras de Remus, entourant sa taille. Son professeur de potions se dirigea hâtivement vers celle-ci, au lieu de rebrousser chemin en direction du Château. Caroline avait à nouveau, un mauvais pressentiment.

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La Serpentard resta consciente assez longtemps pour rencontrer le Ministre, en visite à Poudlard. Black avait été arrêté, et enfermé dans une cellule. Rogue jubilait à côté de son lit, son bras effleurant la jambe de la jeune fille par mégarde. Elle avait envie de lui hurler dessus, de le traiter d'infâme personnage pour avoir ligoté Remus, mais elle ne pouvait pas se donner en spectacle devant le Ministre de la Magie.

─ Caroline, qu'avez-vu eu à votre bras ? s'étonna Cornelius en s'approchant de la fille de Jack.

Elle n'osa pas regarder son professeur. Rogue allait mettre son grain de sel dans tous les cas. Elle n'avait pas le cœur à mentir au Ministre de la magie. Son père ne lui pardonnerait pas. Il soupçonnait déjà quelque chose de toute manière. Caroline soupira gravement, avant d'être coupée :

─ Miss Dorm s'est confrontée au saule cogneur, Monsieur le Ministre.

Rogue posa sa main sur l'épaule de Caroline, étrangement amical. Ses yeux ronds fixèrent son professeur. Avait-il menti pour protéger Remus ? Le Ministre n'en démordit pas :

─ Pourquoi étais-tu avec ton professeur, et Black, au milieu de cette forêt ?

─ Je me suis égarée, balbutia-t-elle.

─ Ton père s'est fait du souci. Il a voulu envoyé la moitié de ses Aurors ici, plaisanta-t-il en cognant son épaule fièrement.

Caroline retint un cri de douleur. Madame Pomfresh réprimanda le Ministre, qui se tourna gaiement vers Harry et ses amis. Rogue la gratifia d'un regard noir, et écouta le discours d'Harry au sujet de Sirius Black. Il ne put s'empêcher de réfuter en bloc ce que le Griffondor prônait.

─ Elle était là, elle vous le dira comme nous ! S'emporta le jeune Griffondor en pointant Caroline du doigt.

Elle était extrêmement mal à l'aise. Harry la pointait du doigt. Elle trouvait ce geste assez grossier, d'ailleurs. Le Ministre tenta de le calmer, mais il était décidé à les convaincre.

─ Allons, Harry, vous êtes sonnés, vous ne savez plus ce que vous avez vu…

Rogue s'abaissa à la hauteur de la jeune femme et lui murmura doucereusement à l'oreille :

─ Attention à ce que vous direz Miss Dorm, ce cher Lupin risque de ne pas passer la nuit, la menaça-t-il gravement. Il serait dommage que votre père apprenne la raison de votre présence dans la Cabane Hurlante, ainsi que tout le reste.

Elle déglutit. Caroline ne voulait pas mettre la réputation de Remus encore plus à mal. Son regard resta visser sur ses pieds. Il ôta sa main de son épaule, d'un geste entendu. Evidemment, le Ministre attendait que Caroline s'exprime au sujet de cette histoire invraisemblable. Elle chercha ses mots, et finit dire, résignée :

─ Je rejoins le professeur Rogue.

Le visage d'Harry se décomposa. Il se frotta, hors de lui, à son professeur de potions, ne supportant plus sa haine non dissimulée à l'encontre de Sirius. Caroline avait honte. Le chantage de son professeur l'avait réduite au silence si facilement. La porte de l'infirmerie s'ouvrit à nouveau, et le professeur Dumbledore entra tranquillement.

─ J'aimerais parler avec ces élèves en particulier, se contenta-t-il de répondre au regard interrogateur du Ministre.

Le Ministre et Madame Pomfresh sortirent alors sans faire d'histoire. Rogue se crispa et fit comprendre à Caroline de se taire. Elle hocha discrètement de la tête. Il sortit alors satisfait de la pièce. Harry ne perdit pas temps, et raconta sa version des faits au Directeur. Caroline trembla à l'énonciation du nom de Lupin.

─ Le professeur Lupin est bien incapable de raconter quoi que ce soit à l'heure qu'il est, argumenta-t-il sereinement.

A travers ses lunettes demi-lune, il observait la jeune femme. La déchirure au niveau de son épaule était béante. Elle en garderait un souvenir à vie. Remus allait s'en vouloir à la seconde même où il en serait informé.

Caroline avala sa potion somnifère, accablé par la douleur de son bras, cherchant à oublier l'horrible vision de Remus, transformé en Loup-garou. C'était donc là, les derniers mots qu'elle entendit durant cette soirée.


Hello à tous ! J'avoue avoir hésité très longtemps concernant la partie avec Remus... Mais je livre ce chapitre tel quel, j'espère la boucle a été correctement bouclée ahah. Et pour Georges, vous deviez bien vous en douter...

Sirius était enfin là, mais Caroline n'a pas eu l'occasion de discuter avec lui malheureusement ! C'était un long chapitre aha, et l'un de mes préférés de nouveau !

Encore merci à Brookh, Lizziana (Je te rassure, Bianca est toujours bien vivante, même si j'avais prévu que ce soit elle qui meurt à un moment donné... Et pour Remus, c'est vrai que ce n'était pas gentil, mais c'est la personnalité de Caroline de n'être pas très gentille à la base aha!), Lu (Plus de câlins ? Je ne sais pas si je pourrais accéder à ta requête avec Remus aha! Enfin, durant ce chapitre, on a franchi un cap... Encore merci à toi de me lire !), faolbee, Lily (moi aussi je l'adore !) et Guest (merci beaucoup pour ta review, ça me fait hyper plaisir que tu apprécies l'histoire de Caro !) pour toutes les reviews que vous avez laissés ! :)

A très bientôt pour le prochain chapitre, qui va arriver très vite, garder un œil ouvert ahah! Bonne soirée à tous !