Chapitre 19

Caroline sirotait un cocktail à la noix de coco au bord d'un lac, encastré entre deux petites montagnes. Elle aimait sa vie de Moldue, tout était d'un banal réconfortant. Voilà un an qu'elle voyageait à travers le Monde, et travaillait dans de petits commerces pour gagner de quoi vivre.

Cette vie de liberté l'exaltait, malgré l'absence de magie dans son quotidien. C'était un sentiment fou qui lui donnait envie de traverser les années, et de connaître la suite de son histoire.

Une main se posa brusquement sur son épaule, brisant le flux irrégulier de ses douces pensées. Elle se retourna, son chapeau couleur pêche couvrant ses longs cheveux blonds qui retombaient sur sa poitrine.

─ C'est pas vrai…

Sa voix s'éteignit dans sa gorge, tant la déception était grande. Elle avait vraiment un mauvais karma. Cet îlot de paradis était méconnu des Moldus et des Sorciers, jamais elle n'aurait pensé confronter cet idiot ici. Elle agrippa le costume flambant neuf de Percy, manquant de l'égorger au passage. Cet abruti lui offrait un sourire des plus moqueurs. Elle le traîna sur la berge du lac, afin de s'éloigner de la foule de Moldus qui lézardaient eux-aussi sur la terrasse.

Percy était devenue encore plus arrogant en l'espace de ces douze mois. Ses cheveux étaient toujours bouclés en queue de tire-bouchon, roux et brillants. Seul son costume le différenciait de l'ancien Griffondor lèche-botte qu'il était.

─ Pince-moi si je rêve, c'est quoi cette affreuse tenue de prosti…

─ Qu'est-ce que tu fiches ici ? hurla-t-elle en enfonçant l'un de ses doigts dans le torse maigre du Weasley.

Percy claqua sa main, et obligea Caroline à reculer. Il avait sa baguette en main. « Quel objet dangereux entre les mains d'un imbécile », pensa-t-elle farouchement. Percy se retourna, scrutant le paysage d'un œil distrait. D'après le costume qu'il portait, Caroline en conclut qu'il avait réussi à se frayer une place au Ministère. Cette simple idée eut l'effet d'une bombe dans son esprit critique. Elle n'aurait jamais cru que ce crétin concrétiserait ses rêves de grandeur.

─ Il s'est passé beaucoup de choses en ton absence, répondit-il finalement en ôtant sa chaussure d'une marre de boue.

─ Je m'en moque.

─ C'est Bianca qui m'a envoyé ici, rétorqua-t-il durement devant la nonchalance de Caroline. Elle veut que je te transmette ceci.

Percy tendit une lettre à la jeune femme, cachetée par le sceau du Ministère. Alors Bianca était elle-aussi entrée au Ministère. Caroline eut un sourire discret. Son amie lui manquait beaucoup. Mais pourquoi avait-elle envoyé Percy à sa place ? Ce mystère l'intriguait tout de même énormément.

L'ancien Griffondor tira sur sa veste pour réajuster ses manches, et déclara d'un ton moqueur :

─ Je n'ai pas le temps de rester, mais je pense que nous nous reverrons, Caroline.

Elle savait parfaitement ce que contenait la lettre de son amie. Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'est la raison qui incitait Bianca à lui demander de revenir à Londres. Quoi qu'il en soit, rien ne lui ferrait changer d'avis. Pas même le souvenir de Remus.

─ Je ne reviendrai pas Percy.

─ Je n'en serais pas aussi sûre à ta place.

Et il transplana à l'abri des regards indiscrets. Caroline resta seule, les pieds dans l'eau, à fixer la lettre d'un blanc immaculé. Devait-elle la lire ou renoncer définitivement à sa vie de sorcière, et par extension, renoncer à Remus ?

C'était un véritable dilemme.

Mais avait-elle réellement le choix ?


Deux mois plus tard.

Caroline se hâta de rejoindre le lieu du rendez-vous. Sa cape virevoltait sous les assauts du vent, s'enroulant autour de son corps tel un serpent avare. La douceur de l'été s'estompait gentiment en cette fin d'août. Les feuilles des arbres dans la rue gagnaient de jolies couleurs orangées. Caroline les regardait, empreint d'une certaine nostalgie, tout en humant l'air à plein poumons.

Elle avait bel et bien ouvert la lettre de Bianca. Cependant, deux mois s'étaient écoulés avant que sa curiosité ne prenne le pas sur ses convictions. Elle avait d'abord eu l'intention de la lire, puis de la brûler, comme si de rien n'était. Comme si rien ne la rattachait au monde des sorciers.

Et pourtant, elle était ici, à chercher le 12 square Grimmaurd. La lettre de Bianca n'avait contenu rien de plus qu'un mot griffonné à la hâte, « reviens vite Caro, je t'attends au 12 square Grimmaurd, à Londres ».

En arrivant dans ladite ville, Caroline avait fait un crochet par la Chemin de Traverse pour dégoter sa baguette magique, enfermée dans un coffre-fort à Gringott's. En se baladant dans la ruelle bondée, elle était rapidement tombée sur des dizaines de coupures de la Gazette des Sorciers. Caroline les avait ignorée, plusieurs fois, avant de finalement abdiquer à l'entrée de chez Fleury et Bott…

« Le garçon qui ment. »

Elle avait immédiatement reconnu la photo d'Harry Potter. Il était devenu un peu plus costaud que la dernière fois qu'elle l'avait vu, avant de monter à bord du Poudlard Express. Caroline détestait le Griffondor, mais elle avait du mal à croire qu'il pouvait mentir sur un sujet aussi épineux. Le journal s'était froissé dans ses mains, maintenant qu'elle avait compris la raison de son retour parmi les sorciers. Celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom était revenu.

Un frisson parcourut son échine alors qu'elle s'élançait dans une rue sombre, bordée d'arbres aux allures menaçantes et dérangeantes. Plus personne n'était à l'abri aujourd'hui. L'ombre du Seigneur des Ténèbres semblait voler au-dessus de tous, sournoise et meurtrière. Caroline n'en avait que plus peur, à présent qu'elle se sentait seule dans ce monde qui ne semblait plus être le sien. Et puis, l'homme qu'elle aurait voulu avoir à ses côtés dans ces moments difficiles l'avait jeté comme une vieille chaussette Moldue. Elle n'avait définitivement plus aucune raison de pointer le bout de son nez ici.

Caroline s'arrêta finalement devant une rangée de bâtisses identiques. Bien entendu, le numéro 12 n'existait pas. "Ce serait trop facile", maugréa-t-elle tout bas. La jeune femme caressa son menton légèrement, puis toqua à l'une des portes voisines après avoir inspecté les alentours. Le Moldu qui y vivait l'ouvrit de quelques centimètres et passa la tête dans l'entrebâillement tout en refermant habilement son peignoir kaki de sa main libre.

─ Bonsoir, désolée pour le dérangement Monsieur le Moldu, mais je cherche le 12 square Grimmaurd…

Son ancien patron adorait ce surnom, dont il ignorait tout bien entendu. Il trouvait ces quelques mots jolis dans la bouche de la Serpentard, alors il riait toujours, en se bidonnant le ventre et en lui offrant un franc sourire. Caroline avait pris l'habitude de l'appeler ainsi, si bien qu'aujourd'hui, elle ne faisait plus aucune distinction entre lui et les autres Moldus qui lui ressemblaient. Le Moldu en question jeta un coup d'œil au ciel noir, vraisemblablement étonné par la présence de Caroline sur le pas de sa porte à cette heure tardive.

─ Le numéro 12 n'existe pas. Qui êtes-vous ? questionna-t-il, suspicieux.

─ Je viens de sortir de prison, rétorqua-t-elle distraitement en jetant un coup d'œil à la façade du bâtiment.

Il l'observa regagner le milieu de la ruelle passablement inquiété, puis il referma la porte en veillant bien à la fermer à clé. De son côté, Caroline était préoccupée. C'était bien ici qu'elle avait rendez-vous. Elle lâcha son sac, s'assit sur le trottoir et contempla la façade une nouvelle fois. Un détail attira son attention au bout d'une dizaine de minutes. Une silhouette plus exactement. Une personne avançait dans sa direction, à pas lents. Caroline la reconnut immédiatement.

─ Daryl ?

Le jeune homme avait bien changé. Il portait de pauvres habits noirs, sa cape était déchirée en partie et ses cheveux blonds avaient encore poussé de quelques centimètres. Il ressemblait à un vrai baroudeur Moldu. Daryl marcha jusqu'à Caroline avec un sourire soulagé.

─ Tu es enfin là.

Il posa l'une de ses mains sur l'épaule de la jeune femme, et d'un air chaleureux, il l'attira à elle délicatement. Caroline en était bouche bée. Que faisait-il exactement ? Son emprise devint plus ferme, il la serrait dans ses bras avec force et douceur. Elle avait même l'impression qu'une de ses mains caressait son omoplate droite. Autant dire qu'elle était extrêmement mal à l'aise.

─ Je suis content de te revoir, soupira-t-il dans sa longue barbe.

─ Euh, moi aussi, répondit-elle d'une voix froide et tremblante.

Des années qu'ils ne se parlaient plus et s'évitaient presque, alors pourquoi agissait-il comme une sangsue ? Caroline en était presque irritée. Daryl la relâcha enfin, après cinq secondes interminables à la tenir dans ses bras. Contrairement à Percy, Daryl avait énormément changé. Par la crotte de nez de Merlin, se pourrait-il que Bianca ait eu raison de s'accrocher à lui ? Peut-être qu'il était finalement récupérable.

─ Où est Bianca ? Et c'est quoi cet endroit ?

Daryl s'apprêtait à lui répondre, quand elle le coupa subitement :

─ Et pourquoi avoir envoyé cet abruti de Percy me délivrer la lettre ? ragea-t-elle, en cognant son épaule du bout du doigt.

Quelque chose changea dans le regard de Daryl, quelque chose que Caroline ne perçut pas, trop occupée à déblatérer des âneries sur le dos de l'ancien Griffondor.

─ Tu connais Bianca, elle en fait toujours trop...

Daryl s'était retourné, et faisait face à la façade. Il semblait agiter sa baguette faiblement en l'air. Caroline était presque déçue que son amie ne soit pas là pour l'accueillir en personne. Elle s'était réjouie de la revoir, elle et ses beaux cheveux d'ébènes. Après quelques secondes d'attente, Caroline comprit enfin où était passé le numéro 12.

─ Tu as de la chance, les Weasley sont ici ce soir, et les autres ne devraient pas tarder à ramener Potter.

─ Harry Potter...

Il ne manquait plus que celui-ci. Sa vie commençait à devenir bien ennuyante. Toutes les personnes qu'elle cherchait à éviter semblaient irrémédiablement se rattacher à elle comme des aimants magiques. Elle ne devait pas tarder à repartir, toute cette histoire ne sentait pas bon, parole de Moldu.

─ Il y a beaucoup de choses qui se sont passées durant ton absence, lâcha Daryl dont les yeux semblaient se voiler.

Caroline baissa les siens, prise d'une empathie qu'elle ne connaissait pas et qu'elle n'appréciait pas du tout :

─ Potter n'est pas très futé, mais ce n'est pas un menteur comme les journaux le racontent.

Daryl n'insista pas, et laissa Caroline baigner dans ses pensées. Il écarta finalement les bras, sans grande conviction, et lui montra la porte qui était apparue sous leurs yeux. Elle était d'un style ancien, de bon goût. Caroline effleura la poignée et l'ouvrit sans plus attendre.

─ Bienvenue dans l'ordre du Phénix.

Ils entrèrent ensemble dans cette vétuste demeure. Elle n'avait aucune idée à qui appartenait cet endroit, ni même ce qui s'y déroulerait. Caroline avança dans un long couloir recouvert de poussière, qui se jetait dans une grande salle à vivre. Son cœur se contracta. Quelques personnes étaient attablées à la table de la salle à manger, dont la famille Weasley et le fameux Sirius Black.

─ Caroline Dorm. Voilà un an qu'on ne t'a pas aperçue par ici, s'exclama Arthur Weasley, réellement surpris par la présence de la jeune femme. Jack n'a pas arrêté de me parler de toi ces derniers temps. On pense beaucoup à toi, tu sais.

─ Heureuse de vous revoir, Monsieur et Madame Weasley, répondit-elle d'un air crispé.

Daryl poussa Caroline pour qu'elle s'avance encore un peu. Sirius Black avait beaucoup changé. Ses cheveux bruns étaient propres et son visage était libre de toute la crasse qui s'y était déposé durant ses années de captivité. C'était d'ailleurs un bel homme aujourd'hui. Ce dernier se leva et remercia Daryl, qui reprit place autour de la table. Il échangea rapidement quelques bribes de conversation avec Arthur. Depuis quand faisait-il ami-ami avec les Weasley, lui le cruel Serpentard qui traumatisait de jeunes Griffondor ? Caroline le dévisagea sans même se cacher, estomaquée par son comportement.

─ N'hésite pas à faire comme chez toi, Caroline. Il y assez de place pour toi et pour moi, susurra Sirius en se plantant devant elle.

La jeune femme reporta son regard sur lui, en sursautant malgré elle. Sirius était très près. Il était même trop près. Son souffle heurtait le sien, si bien qu'elle avait l'impression qu'il pompait son oxygène. Elle avait envie de reculer, mais malheureusement, elle était déjà acculée contre le mur.

─ Cet endroit vous appartient ?

─ C'est la maison de mes parents, elle est devenue le repère de l'Ordre du Phoenix. Harry et les autres ne devraient plus tarder, ajouta-t-il avec un clin d'œil ravageur.

Caroline resta impassible, se demandant si cet homme avait réellement un lien avec ce criminel pouilleux qui servait d'ami à Remus.

─ C'est quoi l'Ordre du Phénix ? demanda-t-elle sans grand intêrét, en se grattant le nez.

─ C'est une société secrète dont je fais partie, avec bien d'autres sorciers. Elle a pour but de faire face à Voldemort et à ses Mangemorts.

La jeune femme eut l'impression que le popotin de Merlin lui tombait dessus. Par la barbe de Dumbledore, pourquoi se trouvait-elle à l'endroit même où elle aurait souhaité ne jamais se trouver ? En plus de devoir supporter Harry Potter, elle se jetait dans la gueule du loup ! Elle n'était pas de taille contre les Mangemorts, ni contre le Seigneur des Ténèbres. Elle ne devait en aucun cas leur montrer qu'elle était dans le camp de Potter. Tout ceci était une pure catastrophe.

─ Suis-moi, je vais te montrer une chambre où tu pourras dormir ce soir, il est déjà tard et tu dois être bouleversée…

─ C'est ça, répondit-elle d'un air désespéré.

Il ne parut pas le prendre mal et la conduisit dans sa chambre, où elle s'enferma rapidement sans même penser à le remercier. Pourquoi Bianca l'avait-elle amenée ici ? Et pourquoi n'était-elle pas là ? Caroline bougonna pendant dix bonnes minutes, en se plaignant de la décoration veillotte de la pièce, avant de s'endormir comme une masse en travers de son lit. Elle était épuisée.

Elle se réveilla en sursaut, une heure plus tard. La jeune femme balaya son visage de sa main frêle pour essuyer quelques gouttes de transpiration, puis ramassa sa baguette magique. Lentement, elle sortit de sa chambre et ferma le peignoir qu'elle venait de revêtir. Elle descendit les escaliers doucement. Il était passé vingt-trois heures, mais elle avait horriblement soif. Avant d'entrer dans la salle à manger, elle posa son oreille contre le bâtant de la porte. Plusieurs personnes étaient à l'intérieur. La conversation portait autour d'Harry Potter. Caroline écouta quelques secondes, puis s'immobilisa, raide comme un piquet. La voix de Remus. Il était là, à quelques mètres seulement. Remus lui avait tellement manqué, malgré le fait qu'il l'ait jeté comme une vulgaire chaussette. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui, et de rêver à l'embrasser encore une fois. Son cœur battit à tout rompre dans sa cage thoracique, les doigts crispés sur la lanière qui maintenait son peignoir en place. Elle manqua de se prendre la porte en pleine tête, quand cette dernière s'ouvrit brusquement.

─ Ah Caroline, tu tombes bien, j'allais te chercher ! Entre !

─ Euh, non…

Arthur empoigna son épaule, et entraîna la jeune fille à l'intérieur. Une foule de personnes inconnues apparut devant ses yeux exorbités, sans qu'elle ne puisse produire le moindre son. Heureusement qu'elle avait pensé à mettre un peignoir, elle était vraiment d'une classe folle avec. Caroline leva les yeux au ciel de dépit, puis fixa Maugrey Fol Œil sans pouvoir bouger le moindre cil. Qu'il était effrayant avec ces cicatrices ! Caroline dégagea son regard, et le posa instinctivement sur la jeune Auror que son père lui avait montré à la réception du Ministère. Tonks, si sa mémoire était bonne. Elle avait l'air gentille et forte, tout ce que Caroline n'était pas. L'ancienne Serpentard déglutit difficilement, cherchant à fuir par la porte… qu'Arthur venait de refermer. Elle était piégée. Par chance, leur réunion avait l'air d'être terminée. Beaucoup d'Aurors sortaient à présent de la salle, d'autres restaient assis et la dévisageaient comme une bête curieuse. Caroline préféra concentrer son regard sur Arthur, debout à ses côtés, afin d'éviter de croiser les douces prunelles de Remus. Il était assis à la table, mais hors de question de lui accorder ne serait-ce qu'un regard de considération. Elle était toujours blessée par ce qu'il lui avait dit en quittant Poudlard. Il ne méritait pas qu'elle s'intéresse à lui.

Molly appela les enfants d'une voix forte en bas des escaliers. Ils descendirent aussitôt comme des éléphants enragés (c'était surtout le ressenti de l'ancienne Serpentard). D'ailleurs, Caroline se faisait bousculer par tout le monde à force de rester plantée au milieu du passage. Seulement, elle n'osait plus faire le moindre geste. On aurait dit une vraie greluche.

─ Miss Dorm, je pensais que vous vous étiez perdue dans l'immensité de votre bêtise.

Son oreille tiqua. Caroline perdit son sourire crispé et se retourna sur son ancien professeur de potions. Severus Rogue portait toujours son éternel costume noir. Elle se contenta de lever un sourcil dédaigneux, déconcertée par la situation. Pourquoi était-il dans cette salle à manger ? Surtout que Black était juste à côté d'eux. N'avait-il plus envie de le tuer ? Curieuse idée. Elle perdait foi en son professeur pour le coup. Il était beaucoup plus imposant avec sa petite lueur de folie au fond des yeux.

─ Vous ici ? rétorqua-t-elle piteusement.

Il ne prit pas la peine de lui répondre, et disparut par la porte sans un regard en arrière. Caroline gonfla ses joues d'exaspération, devenant rouge comme une tomate. Pourquoi diable Bianca lui faisait-elle subir la présence de tous ces abrutis ?

─ Viens t'assoir Caroline, je te sers une tasse de thé ?

Madame Weasley n'écouta pas sa réponse et empoigna Caroline pour la forcer à s'assoir sur le banc. Décidément, c'était une manie chez eux. Le banc craqua subtilement, mais elle n'eut pas la joie de passer au travers pour se cacher sous la table. Caroline resta ensuite pétrifiée, les bras croisés sur sa poitrine. Molly avait bien choisi sa place, elle était assise juste en face de Remus, et à la droite d'Harry Potter. Caroline jeta un coup d'œil au Griffondor qui ne se pria pas pour lui montrer toute l'aversion qu'il ressentait pour elle. Par la barbe de Merlin, qu'elle détestait les mimiques de ce Potter ! La jeune femme n'eut d'autres choix que de se concentrer sur la tasse de thé que Molly venait de poser devant elle. Caroline ne voulait pas parler à Remus, elle ne voulait même pas le regarder. Pourquoi fallait-il qu'elle se retrouve en face de lui ? Il n'y avait pas pire place dans la salle ! De plus, Tonks était à côté de lui et c'était tout bonnement insupportable pour Caroline. Son père était si fier de cette fille qu'elle en éprouvait de la jalousie. Décidément, c'était une journée pourrie sur tous les tableaux.

Caroline continua à fixer sa tasse pendant une dizaine de minutes. Remus n'avait pas ouvert la bouche une seule fois durant ce laps de temps. Peut-être était-il aussi troublé qu'elle. Peut-être regrettait-il ses paroles. De toute manière, Caroline n'était pas prête à lui pardonner. Dans la salle, seul Harry et Sirius parlait d'une certaine prophétie. La jeune femme n'écoutait même pas ce qu'ils disaient. Elle était trop occupée à penser à la manière dont elle pourrait s'y prendre pour quitter la table, le plus discrètement possible. Dans un élan de courage insoupçonné, elle s'excusa tout bas auprès de Molly et sortit de table en veillant à ne faire grincer ni le banc, ni la porte. Et tout ceci en ignorant superbement Remus, qui lui avait doucement demandé : "Où vas-tu ?".

ooo

Caroline jaillit du 12 Square Grimerraud, suffocante. La vision de Remus l'avait bouleversée. Tous ses efforts pour l'oublier venaient d'être balayés en un instant. Son image était revenue la hanter et lui rappeler ô combien elle l'avait aimé. Elle avait envie de sentir ses bras autour de sa taille, de sentir ses lèvres embrasser les siennes, de sentir sa main chatouiller son intimité... En somme, Caroline désirait ardemment revenir en arrière, tout effacer du comportement égoïste de Remus. Car aujourd'hui, elle éprouvait beaucoup de rancœur à son égard. Tous ces souvenirs avaient un goût amer dans sa bouche, elle était terriblement blessée par le choix qu'il avait fait en quittant Poudlard.

─ J'espère que tu ne regrettes pas d'être venue, Caroline.

Cette douce mélodie que produisait le son de sa voix l'immobilisa totalement. L'amour rendait son cœur aussi fort qu'un artichaut. Caroline ferma les yeux, cherchant vainement à lui échapper.

─ Je n'ai pas envie de te parler.

─ Regarde-moi, s'il-te-plaît.

Caroline le devinait debout dans son dos, les mains dans les poches, comme il l'avait toujours fait. Elle adorait cette délicieuse nonchalance et son sourire séduisant. La jeune femme ouvrit les yeux difficilement, se retourna et dévisagea Remus froidement. Toute son énergie était employée à paraître désagréable. Remus put enfin croiser ces perles noires qu'il avait tant contemplées. Il s'avança avec espoir, mais Caroline l'en empêcha, en reculant de trois pas :

─ Ne t'approche pas de moi. Tu m'as déjà fait suffisamment de mal, tu ne crois pas ?

─ Caroline…

Remus soupira, ses beaux yeux brillant à la lumière de la lune. Caroline trouvait la situation paradoxale. Depuis quand la lune le rendait si attirant ? Elle dut employer toute sa mauvaise volonté pour le fixer méchamment, cruellement.

─ J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose, déclara-t-il doucement.

─ Qu'aurais-tu fait si c'était le cas ? Me déchirer l'autre épaule ? s'exclama-t-elle cyniquement.

Caroline ôta la blouse de son épaule, laissant sa cicatrice à la vue de son ancien professeur. Car oui, aujourd'hui, il n'était plus en position de la repousser avec cet argument. Il n'avait plus le droit de fuir lâchement, comme la dernière fois. Remus détourna le regard, blessé par la vue de cette marque indélébile qu'il avait laissée sur elle. Caroline eut un pincement au cœur en le voyant aussi peiné. Il était réellement gentil. La façon dont ses cheveux bruns retombaient sur son front pâle lui donnait envie d'y passer la main chaleureusement, malgré toute la haine qu'elle avait accumulée au fil du temps.

─ Je m'en veux tous les jours pour ça...

─ Et ta seule façon de le montrer, c'est de me révéler que tu as juste profité de moi ?

Remus voulut répondre, mais la porte de la vieille bâtisse s'ouvrit derrière lui. Sirius Black apparut dans l'encadrement, un sourire taquin ornant ses lèvres humides. Ce dernier se posta près de son ami d'enfance, intrigué de voir Caroline sur le trottoir d'en face. Elle transperçait Remus de ses yeux noirs, ne lui accordant pas la moindre attention. Il avait la nette impression que quelque chose s'était passé, vu la tension étouffante qu'il ressentait entre eux.

─ Je dérange peut-être ?

─ Pas du tout, intervint Remus le sourire aux lèvres.

Caroline était amère. Elle contourna les deux hommes en silence, et regagna sa chambre en étant extrêmement contrariée par la réponse de Remus. Ce dernier invita ensuite son ami à retourner à l'intérieur, sans rien rajouter de plus. Il avait le cœur lourd, mais ne souhaitait en aucun cas que Sirius intervienne dans toute cette histoire. Il se forçait à paraître détendu et serein, pour qu'il ne se doute de rien. Si Sirius apprenait ce qu'il s'était passé entre lui et Caroline... Remus préférait ne pas y penser. Tout ceci n'avait été qu'une erreur, même s'il avait beaucoup de peine à s'en convaincre.

Quad Caroline entra dans sa chambre, elle vit Daryl qui l'attendait, assis sur son lit. Il avait la mine fermée, ses mains reposaient sur ses cuisses comme deux poids trop lourds à porter. Ses cheveux blonds, longs et légèrement ondulés, étaient recouvert d'une couche luisante de sébum. Il semblait négligé, et pourtant, Caroline savait que ce n'était pas le cas.

─ Alors tu vas enfin me dire où est Bianca ?

─ Tu ne la verras pas aujourd'hui.

Il sembla hésiter un court instant.

─ Elle a disparu il y a deux mois de cela, après avoir donné sa démission au Bureau des Aurors. Elle était sur la piste de Celia et Elly.

─ Comment ? rétorqua Caroline, estomaquée.

─ Elle ne voulait pas que je te le dise, mais je m'inquiète, ça fait maintenant deux semaines que je n'ai pas eu de ses nouvelles.

Caroline ne savait pas comment interpréter les paroles de Daryl. Elle n'en pouvait plus de cette journée. Elle n'était de retour que depuis quelques heures, et sa vie semblait irrémédiablement se compliquer.

─ Je ne peux rien te dire de plus.

Daryl ne s'attarda pas, et quitta la chambre de Caroline. Elle eut donc le plaisir d'être enfin en tête-à-tête avec la solitude. L'ancienne Serpentard ferma les yeux, puis se laissa tomber sur le lit telle une baleine échouée. Bianca n'était pas ici, et personne ne savait où elle se trouvait. Caroline avait comme un mauvais pressentiment.

ooo

─ Je me souviens de toi Caroline, tu étais dans la Cabane Hurlante ce jour-là.

Sirius entra dans la cuisine, la prenant en flagrant délit de vol de nourriture. Caroline s'étouffa brusquement avec un bout de gaufre. Elle dut prendre une petite gorgée d'eau pour tasser les deux gaufres qu'elle s'était empiffrée. Caroline déposa ensuite son verre sur la table, et jeta un coup d'œil discret à l'horloge. Il était à peine six heures du matin, personne n'aurait dû se lever aussi tôt. Et pourtant, Sirius l'observait, appuyé contre le cadre de la porte, un sourire taquin aux lèvres.

─ Je ne m'en souviens pas, mentit-elle en balançant dans son dos ce qui lui restait dans la main.

─ Vraiment ? Enfin bon, ce n'est pas grave, c'est peut-être mieux comme ça.

Son sourire en coin était des plus énigmatiques. Sirius savait qu'elle mentait, qui aurait pu oublier sa rencontre avec le célèbre évadé d'Azkaban ? Et qui aurait pu oublier la transformation de son professeur en Loup-garou ? Sans oublier qu'il l'avait gratifié d'une belle cicatrice à l'épaule.

Caroline fut très surprise par la chaleur qui se dégageait de Sirius, et de l'étonnante gentillesse dont il faisait preuve à son égard. Il était comme Remus. Caroline sentait un étrange sentiment monter en elle, un mélange d'irritation et d'agacement, mais aussi un brin de respect. Caroline planta son regard dans le sien, cherchant à raffermir son attitude désintéressée. Elle ne voulait pas éprouver de peine en pensant à Remus, elle voulait juste tout oublier et recommencer sa vie Moldue à l'autre bout du Monde. Néanmoins, elle devait d'abord découvrir ce qui était arrivé à Celia & Elly, en commençant par retrouver Bianca. Caroline s'avança en direction de Sirius, et s'arrêta à sa hauteur, fier comme un pan. Elle le narguait presque de ses petits yeux sombres.

─ Je n'ai pas l'intention d'entrer dans l'Ordre du Phénix.

Bianca ne manquait pas de toupet. Car Caroline était certaine que son amie l'avait fait revenir à Londres pour une seule et unique raison : qu'elle entre dans cette organisation dont elle détestait presque tous les membres, à l'exception de ceux pour qui elle avait un semblant d'admiration. Sérieusement, pourquoi aiderait-elle Harry Potter et Albus Dumbledore ? Ce n'était plus sa vie, elle était presque devenue une parfaite Moldue. Pourquoi voulaient-ils tous briser son rêve ? Et pourquoi Remus était-il venu lui parler, alors qu'il ne cherchait qu'à fuir en permanence ? Caroline maudissait sa vie en ce moment-même, tout était si compliqué quand la magie s'en mêlait.

Sirius n'avait pas bronché, et soutenait son regard las. Mais le choix de Caroline était fait. Elle n'avait pas envie de s'embourber dans de nouveaux problèmes. Son seul désir était de retrouver les deux personnes qui avait gâché sa dernière année à Poudlard. Que justice soit faite pour Georges.

─ C'est à cause de Remus ? rétorqua Sirius, l'air de rien.

Caroline eut très chaud soudainement. Avait-il deviné quelque chose hier, dans la rue ? Elle garda son calme du mieux qu'elle put, car les deux perles qui la fixaient attentivement étaient réellement perturbantes. Sirius était troublant en lui-même. Elle n'aurait jamais cru que le prisonnier crasseux et cruel de l'année dernière était en fait un gentil sorcier, aussi charmant et séduisant.

─ Je suis une trouillarde, c'est tout. N'oublie pas que je suis une Serpentard et pas un stupide Griffondor, je ne pense qu'à mes fesses. Désolée.

Caroline quitta la pièce et le Square Grimmaurd, un petit sourire moqueur aux lèvres. Oui, elle était une Serpentard. Les autres avaient tendance à l'oublier parfois. Elle gardait sa vieille habitude qui consistait à fuir quand la situation devenait trop difficile à vivre. Elle ne se préoccupait pas des autres, elle n'avait pas changé en somme durant cette année de solitude. Remus avait cessé de faire effet sur elle, et comme les Moldus disaient, le naturel revenait toujours au galop.

─ Tu n'as pas répondu à ma question, lâcha Sirius dans un bref soupir.

Elle était trop loin maintenant. Bianca lui avait dit qu'elle refuserait, et elle avait eu raison (c'est d'ailleurs pourquoi il ne lui avait rien demandé). Caroline n'était pas comme elle. Ce n'était pas quelqu'un de foncièrement mauvais, ni de foncièrement bon. Elle voulait être libre d'agir comme bon lui semblait, sans que personne ne soit derrière elle, à lui reprocher ses agissements.

Caroline souhaitait juste vivre une vie des plus banales, sans aucune aventure de toutes sortes, comme le protagoniste de son livre Moldu préféré.

Beaucoup savaient que c'était un rêve des plus illusoires.


Bon, ce premier chapitre n'est pas fantastique, mais il amorce le début de cette deuxième partie ! Désolée pour ce petit moment d'absence, je sais que ça peut faire long... qu'en pensez-vous de ce chapitre ? Mine de rien, vos reviews me forcent à me bouger le popotin pour écrire la suite plus vite aha.

Merci à Mary Eileen Prince, Leslie (Et voilà ! Remus et Caroline se sont rencontrés ! Dommage que Sirius soit venu les interrompre... je l'aime bien ce Sirius d'ailleurs, Caro n'est pas prête de s'en débarrasser aha. J'espère ne pas avoir trop tardé, et je te remercie beaucoup pour ta review ! J'attends ton avis du coup aha. A très bientôt :D), Yaguel (Coucou ! Affreusement désolée pour toute cette attente, c'est vrai que les deux semaines étaient largement dépassées aha. Tes dernières reviews m'ont touchées et du coup, j'ai profité de ma journée de congé pour terminer le chapitre. Sinon, je crois que je l'aurais sorti la semaine prochaine... honte à moi aha. J'espère que cette suite t'a plu, ce chapitre ne me plaît pas trop pour ma part mais j'ai le nez dedans depuis des mois alors je ne sais plus quoi en penser. Voilà, j'attends ton avis alors et sûrement à dans deux semaines ! D'ailleurs, si je tarde trop, des fois je mets sur mon profil à quoi j'en suis et quand je risque de mettre la suite.. sur ce merci pour ta review, et à la prochaine :D), Amandine Valentine, faolbee, Polugritiya (Coucou ! Je te réponds ici, j'arrivais pas à t'envoyer de message privé, ça me mettait que je te spamais ou je sais pas trop quoi... enfin, le retour de Caroline c'est pour aujourd'hui, après un mois de silence radio... j'arrivais pas à m'y mettre bon sang, mais au final, il est là ! Tout beau et tout chaud ! J'espère que cette suite va te plaire ! A très bientôt :D), june746 et Claire-de-plume pour avoir commenté le prologue & l'histoire ! Je suis hyyyyyper contente !

Je ne peux rien promettre pour la suite, mais elle devrait arriver dans deux semaines car je suis certaine que j'aurais le temps de l'écrire. Alors à bientôt tout le monde :)