Chapitre 21
Les prunelles de Caroline se révélèrent doucement à la nuit, sèches et vidées de toutes peurs. Ses oreilles n'entendaient plus que le chant plaintif de certains oiseaux, qui n'avaient pas encore retrouver le confort douillet de leur nid. Caroline baissa les yeux sur sa poitrine et découvrit la jolie couleur pourpre de ses habits Moldus. Elle était à la fois émerveillée par le rayonnement de ces petits éclats de verre, incrustés dans sa peau veloutée, et la Lune qui brillait dans le ciel. Sa forme parfaitement ronde, ses impuretés, sa lumière. Caroline se délectait de ce paysage réconfortant, qui n'avait de cesse de l'impressionner. Jamais elle n'avait pris conscience de la beauté de cet astre, avant de rencontrer Remus.
Remus.
Ses pensées dérivèrent dans un océan de rêve, oubliant totalement qu'elle était censée le haïr au plus profond de ses entrailles. Elle mourrait d'envie de mêler à nouveau ses lèvres aux siennes. Sachant que ce ne serait jamais le cas, le cœur de Caroline se serra et elle eut un avant-goût de la déception qu'elle éprouverait si elle tentait à nouveau de le faire céder. Et puis, il était peut-être passé à autre chose. Il avait peut-être rencontré une autre femme. Les yeux de Caroline s'embrumaient de plus en plus au fil de ses pensées. Elle ferma les yeux pour tenter de retenir ses larmes. Ils n'avaient pas eu l'occasion de parler hier, ce qui incitait Caroline à penser que Remus l'avait oublié. Elle avait beau dire qu'elle le haïssait, qu'elle n'avait plus envie de lui parler, ce n'était pas vrai. Son cœur tambourinait toujours en sa présence, comme au premier jour. S'imaginer qu'elle ne toucherait jamais plus son costume rêche et ses lèvres si douces était totalement inconcevable pour elle. Elle désirait passer un instant de plus à ses côtés, avant de mourir de la main d'un Mangemort.
Caroline lâcha un soupir désabusé. Aujourd'hui, elle n'était pas avec Remus, ni dans un bar Moldu en compagnie d'un bon verre d'alcool. Sa vie n'était pas aussi rose qu'elle l'aurait voulu. Et Merlin sait qu'elle détestait le rose ! Doucement, elle prit appui sur son avant-bras, enfonçant profondément les éclats de verre dans sa chair, et se redressa douloureusement.
─ V'là !
La jeune femme faillit tomber à la renverse quand une silhouette surgit de nulle part et qu'un nez pointu frôla grossièrement son œil droit. La personne était beaucoup trop près, son haleine légèrement alcoolisée remuait les intestins de Caroline et lui donnait envie de dégobiller sur ses chaussures.
─ Ah ça alors…
Caroline dévisagea l'individu de taille moyenne qui tripotait un objet ressemblant étrangement à un chaudron. La jeune femme n'avait jamais vu cet homme auparavant, ni au Ministère, ni au quartier Général de l'Ordre du Phénix.
─ Mondingus Fletcher, se présenta-t-il en se courbant.
La jeune femme esquissa une grimace dégoutée. Son haleine putride d'alcool fermenté était insoutenable. Il continuait à serrer nerveusement son chaudron dans ses bras, comme s'il cherchait à s'enfuir à tout moment. En voilà une bonne affaire, marmonnait-il, ils n'y verront que du feu, je devrais peut-être y retourner avant qu'ils ne se doutent de quelque chose.
─ Et vous êtes connu par-là, Monsieur Fletcher ?
Le petit homme sursauta et lâcha un petit cri aigu, ayant oublié que Caroline était juste à côté de lui. Mondingus accorda enfin une bribe d'attention à Caroline, qui avait déjà sorti sa baguette et la brandissait sur sa gorge. Il remarqua alors l'état des bras de la Serpentard, de ses habits et des milliers de petits éclats qui brillaient à la lumière de la Lune. La langue de Mondingus ne fit qu'un tour.
─ Nom de nom, c'est quoi tout ça ? s'écria-t-il en la pointant du doigt et en reculant de quelques mètres.
Caroline était exaspérée de voir ce voleur se méfier d'elle alors qu'il était certainement le plus louche des deux. Mondingus fit disparaitre son précieux chaudron dans l'une de ses poches, puis se frotta les mains avec un sourire ravi.
─ Ah j'ai sûrement ce qu'il vous faut pour vous requinquer jeune fille… oh bien sûr, ce n'est pas très… enfin disons que ce sera un secret entre nous, il ne faudrait pas que le Ministère l'apprenne…
Mais d'où sortait cet escroc ? Caroline le fixait et l'écoutait sans une once d'intérêt. Le sourire chaleureux de Mondingus n'avait rien de sincère, il cherchait à l'escroquer. Un ingrédient miracle pour soigner tous vos maux.
─ Et puis Dumbledore me surveille maintenant…
Pourquoi fallait-il qu'elle tombe sur un individu pareil à cet instant-ci ? Caroline devinait que ce Mondingus n'était pas venu dans le coin pour une visite de courtoisie. Si Dumbledore le surveillait, c'était qu'il avait bel et bien quelque chose à se reprocher. Était-il venu pour voler les Weasley ? Caroline s'en fichait bien, mais elle avait peur que son agresseur ne se soit déguisé sous les traits de ce Mondingus Fletcher. Plus les secondes s'égrainaient, plus elle devenait méfiante et nerveuse à son égard. La baguette de la jeune femme scintilla légèrement de petits éclairs colorés.
─ Vous voulez me tuer ou quoi ? Baissez cette baguette, nom de nom !
Caroline n'hésita pas une seule seconde quand elle le vit trifouiller discrètement dans la poche de son costume. Malheureusement, son sortilège frôla l'oreille de Mondingus, paniqué et suant à grosses gouttes, et continua sa course un peu plus loin. Ce dernier ne rata pas sa cible en revanche. Caroline fut violemment percutée par un petit faisceau bleu et tomba à la renverse, l'estomac mitraillé d'une douleur vive. Quand elle rouvrit les yeux, Mondingus avait disparu. Elle se retrouvait à nouveau seule parmi les roseaux. L'obscurité l'entourait et la douleur dévorante que lui avait infligé le sortilège de l'escroc renforçait la sensation de malaise qui flottait dans l'air. Caroline ne pouvait pas rester ici, elle était une proie facile. Elle ramassa hâtivement sa baguette, cracha l'air de ses poumons engorgés et transplana aussitôt.
ooo
─ Il va me le payer ce maudit « Fletcher », grogna Caroline, les quatre fers en l'air dans le buisson en face du 12 Square Grimmaurd.
Elle souffla la mèche de cheveux qui lui barrait la vue, puis roula sur le côté. Ses jambes n'étaient pas stables, elle se tordait la cheville sur le moindre caillou. Les vingt mètres qui la séparaient de la porte de l'Ordre du Phénix lui parurent interminables. Elle toqua timidement de la paume de la main, épargnant celle-ci de picotements désagréables. Epuisée, elle s'appuya contre cette dernière et laissa ses muscles se reposer un instant.
Par malchance, la porte s'ouvrit dans la foulée. Caroline tomba la tête la première dans les pieds d'un étrange personnage. Elle le reconnut en une fraction de seconde, à sa jambe dure et glacée. La jeune femme souffla de dépit et darda un regard apeuré sur l'œil vicieux qui bougeait frénétiquement dans l'orbite de son hôte. Le bougre ne parlait pas. Caroline avait comme l'impression qu'il cherchait à la pousser dehors pour refermer la porte, comme si elle était une chose dont il fallait absolument se débarrasser.
Contre toute attente, le bras puissant d'Alastor empoigna le coin de sa chemise et il releva Caroline sans aucune difficulté. La jeune femme se rattrapa à son épaule, et pour la première fois de sa vie, elle se dit qu'elle aurait préféré se retrouver collée à Percy, plutôt qu'à Maugrey Fol Œil.
─ Comme si on avait besoin de ça ! l'entendit-elle grogner.
La jeune femme esquissa un sourire intimidé. Ses lèvres étaient encore recouvertes de sang et de terre, elle ne ressemblait plus à grand-chose.
─ Contente de vous revoir...
Il la transperça de son œil fou, d'un air froid et incroyablement imperturbable. La jeune femme déglutit en perdant son sourire, essayant tant bien que mal de se détacher de sa poigne de fer. Peine perdue, il la traîna jusqu'à la salle à manger, où s'étaient réunis quelques habitants de la maisonnée. Caroline ferma les paupières de toutes ses forces. Peut-être qu'elle pourrait disparaitre de cette façon…
─ Par la barbe de Merlin !
Alastor lâcha Caroline sur une chaise, le plus délicatement possible, puis inspecta la jeune femme sous toutes les coutures. Molly était derrière lui, guettant le visage livide de Caroline par-dessus son épaule.
─ Elle n'a pas l'air d'avoir subi de mauvais sort, commenta Alastor.
Il soupira, créant dans le cœur de Caroline un soupçon de culpabilité. Ses yeux vitreux perdirent le peu d'éclat qu'ils leur restaient. Déjà qu'elle ne voyait rien d'autre que le visage effrayant d'Alastor et les cheveux roux de Molly. Cette dernière inspectait les bras de Caroline avec effroi.
─ Je venais juste dire bonjour, murmura Caroline, pour tenter de noyer le poisson.
Ce n'était pas si grave après tout. Quelqu'un avait essayé de la tuer, mais ce n'était peut-être qu'une coïncidence. Non, cela ne l'était pas. Harry, Hermione et Ron la dévisageaient gravement. Caroline était connue à Poudlard pour ses idées saugrenues, mais ils étaient loin de se douter qu'elle était mêlée à de sombres histoires. Sirius s'approcha de Caroline et s'accroupit à sa hauteur. Il laissa sa main se balader sur la peau de la jeune femme, sur les briques de verre, cherchant à comprendre ce qu'elle avait encore bien pu faire. Remus n'avait pas tort, Caroline n'avait pas fini de le surprendre.
─ Pourquoi tu es recouverte de verre et de sang, Caroline ? Ne me mens pas, je le saurais tout de suite, l'avertit sérieusement Sirius.
Caroline gonfla ses joues, boudeuse et irritée d'être traitée de menteuse. C'était vrai qu'elle mentait souvent, mais il n'avait pas besoin de le dire devant tout le monde. La jeune femme humidifia sa bouche avec un peu de salive avant de s'exprimer.
─ C'est à cause de cet escroc là, ce maudit Mon…
─ Je vous dis que je suis allé faire un tour, je n'étais pas en train de vendre des objets volés !
Quand on parlait du Loup. L'ancienne Serpentard vrilla Mondingus Fletcher d'un regard glacial et sanguinaire. Cet abruti lui avait fait un mal de chien ! D'ailleurs, qu'est-ce qu'il fichait ici ? Était-il membre de l'Ordre ? Caroline explosa de rage.
─ Vous !
Fletcher sursauta une nouvelle fois. Il reconnut Caroline en une fraction de seconde. Deux options s'offraient à lui, fuir ou fuir. Il fit volte-face pour décamper, mais Alastor fut plus rapide que lui. Le chasseur de Mages noirs lui bloqua le chemin et le força à rester bien sagement avec eux.
─ Tu as fait la connaissance de Mondingus ? s'enquit Molly, en posant ses mains sur ses hanches.
Fletcher offrit un beau sourire à Caroline, pour la dissuader de raconter ce qu'il s'était passé. Sirius se redressa et marcha en direction du petit homme. Mondingus recula jusqu'à heurter le ventre de Maugrey.
─ Cet escroc voulait me vendre des…
─ Pas la peine de s'énerver, la coupa Mondingus d'une voix calme.
Caroline était épuisée et elle n'avait pas envie de se battre contre lui. Alastor entraîna Mondingus dans une autre pièce et referma la porte de la salle à manger. La jeune femme se retrouva en compagnie des trois Griffondor, de Molly et de Sirius.
─ Où est-ce que tu as croisé Mondingus ? lui demanda Sirius en s'asseyant près d'elle.
─ Au Terrier. J'étais allé voir si Percy était là, je voulais lui parler.
Un silence pesant suivit les propos de Caroline. Molly se retourna, faisant semblant d'être occupée, tandis que les trois Griffondor préférèrent quitter la pièce.
─ Percy n'est pas revenu au Terrier depuis quelques temps.
Sirius avait parlé tout bas, car Molly était toujours là et il ne souhaitait pas la peiner davantage. Caroline ne comprenait pas ce qu'il y avait de si dérangeant dans cette hisoire. Sa moue dubitative incita Sirius à continuer.
─ Tu l'as croisé depuis que tu es revenue ?
─ Oui, hier au Ministère. Il parait qu'il est devenu l'assistant de Fudge…
Elle ne put s'empêcher de grimacer et de lever les yeux au ciel. Cet abruti avait tout réussi dans sa vie et elle, elle n'avait même pas réussi à conquérir le cœur Remus.
─ Comme tu peux t'en douter, Percy s'est rangé du côté de Fudge et refuse de croire que tu-sais-qui est revenu. Il a dit des mots très durs à son père et depuis, il n'est jamais plus revenu au Terrier.
Caroline soupira faiblement, Percy était trop crédule et n'avait pas le recul nécessaire pour se rendre compte que le Ministre avait lui-aussi ses propres failles. Son ambition détruisait tout. A cause d'elle, Percy avait perdu l'une des seules choses qui ne pouvait être remplacée : une famille.
La jeune femme saisit le verre d'eau qui était posé sur la table en face d'elle et but une gorgée pour se rafraichir l'esprit. Elle se dit que sa peau tachetée de sang et de verre n'était pas si moche et que ce serait un joli déguisement pour la fête d'Halloween Moldue.
─ Et mon père, il est de votre côté ?
Sirius ricana doucement.
─ Il espérait seulement que sa fille fasse le bon choix. Lui ne peut pas faire autrement, il est directement sous les ordres de Fudge.
Caroline fut réellement surprise. Alors son père n'était-il pas dupe ? Elle avait peut-être été trop vite en besogne ce matin. Caroline essaya de se lever de sa chaise, sans y parvenir. Elle n'avait plus aucune énergie. Sirius posa une main sur son épaule et l'incita à rester assise encore un instant.
─ Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
Vite, un mensonge.
─ J'ai glissé sur une peau de banane chez moi, et je suis tombée contre la fenêtre, elle s'est brisée, et je me suis retrouvée incrustée de diamant.
Le sourire faussement ironique de Caroline n'amusa pas Sirius. Par la barbe de merlin, heureusement que ce n'était pas Remus en face d'elle, elle n'aurait jamais pu soutenir le regard réprobateur de son ancien professeur.
─ Et puis, en me rendant au Terrier, j'ai croisé ce Mondingus qui avait l'air de s'être rempli les poches chez les Weasley.
L'oreille de Molly tiqua et elle disparut aussitôt dans la salle. Caroline se retrouva seule avec Sirius.
─ Cet escroc m'a lancé un sortilège dans le ventre, c'était pénible…
Sirius croisa les bras, fixant Caroline sérieusement. Il savait que quelque chose d'autre s'était passé. Mais de toute évidence, la jeune femme ne dirait rien de plus. Il lâcha un soupire agacé.
─ Caroline, tu ne peux pas tout garder pour toi.
─ Je n'ai rien d'autre à dire.
─ Vraiment ? Je suis sûr que Remus ne serait pas de cet avis.
Une lueur de défi brillait dans les yeux du prisonnier d'Azkaban. Il se servait de son meilleur ami pour lui tirer les vers du nez. Caroline ne répondit rien et sa mine devint soudainement triste et peinée. Ses prunelles dévièrent automatiquement sur son épaule, là où la cicatrice dormait depuis un an.
─ Il s'en veut tous les jours pour ça, j'espère que tu ne lui en tiens pas trop rigueur, il a l'air de t'apprécier, il m'a parlé un peu de toi, déclara Sirius posément.
Caroline fronça les sourcils. Qu'est-ce que Remus avait bien pu lui dire à son sujet ? La tension devenait palpable dans la pièce.
─ Je suis fatiguée.
Elle coupait court à la discussion. C'était mieux ainsi, même si elle aurait aimé parler de Remus toute la nuit.
─ Bien, je vais te retirer ces briques de verre. Tu peux rester ici ce soir, je ne voudrais pas que tu glisser encore sur une peau de banane.
Caroline le remercia silencieusement. Elle n'aimait pas cet endroit, mais c'était le seul où elle pourrait dormir sur ses deux oreilles. Sirius l'aida à se lever, il déposa sa main sur sa taille et l'entraîna à l'étage. Sa main chaude déclenchait chez Caroline une série d'idées inavouables. Elle s'en voulait presque d'éprouver cette envie envers lui. Il finit par la lâcher dans la chambre et Caroline put s'assoir sur le lit, en attendant que Sirius revienne avec des serviettes. Il les posa à côté d'elle, puis agita sa baguette d'un mouvement souple du poignet. Les briques de verres se retirèrent doucement de sa peau. Quand elles furent toutes ôtées, Sirius s'accroupit aux pieds de Caroline et posa la paume de sa main sous le pli de sa poitrine. Nom d'une bouse de dragon ! Remus n'avait jamais osé la toucher, et lui, il n'avait aucun scrupule à frôler le bas de ses seins. Caroline rougissait jusqu'à la racine de ses cheveux blonds, droite comme un piquet en attendant qu'il finisse son examen.
─ La douleur devrait s'estomper. Je connais bien Mondingus, le sortilège qu'il t'a lancé n'est pas bien méchant, susurra-t-il en ôtant finalement sa main.
Caroline ne sut que dire. Elle était un peu chamboulée. Pourquoi Remus n'était-il pas comme lui ? J'ai parié sur le mauvais cheval, soupira-t-elle. Si Remus entrait dans sa chambre à cet instant, elle ne le laisserait sûrement pas repartir sans avoir obtenu ce qu'elle désirait.
─ La salle de bain est juste à côté. Reposes-toi bien.
Il lui sourit et sortit dans la chambre en refermant la porte derrière lui. Caroline souffla de soulagement. Elle avait cru en l'espace d'une seconde qu'elle se jetterait sur lui tant ses pensées l'échauffaient. Sirius avait quelque chose d'attirant, Caroline ne pouvait pas le nier.
Heureusement, son image fut vite remplacée par celle de Remus.
ooo
Le lendemain, Caroline cala confortablement son sac en cuir Moldu sur ses épaules et descendit les escaliers lentement. Chaque marche craquait sous son poids. La jeune femme jeta plusieurs coups d'œil derrière elle, vérifiant qu'elle n'ait réveillé personne. Elle était presque en bas des escaliers quand le visage de Mondingus apparut à quelques centimètres du sien.
─ AH !
Caroline percuta le petit homme et ils basculèrent tous les deux contre le mur. Elle se retrouva à califourchon sur lui. Mondingus esquissa un sourire ravi et charmeur à l'attention de la jeune femme. Ils avaient les mains étrangement baladeuses. Caroline se dégagea avec horreur, arrachant par la même occasion la lettre que tenait Fletcher dans ses mains. Elle se méfiait de lui à présent. La bout de sa baguette éclaira l'enveloppe faiblement.
─ Ce n'est pas…
─ Qu'est-ce que vous faisiez avec cette lettre ? s'énerva Caroline.
Sur le papier était écrit en lettres grossières CAROLINE DORM. Mondingus se releva tranquillement, épousseta sa robe de chambre et répondit le plus naturellement du monde :
─ Je voulais juste m'assurer qu'elle n'était pas ensorcelée. Elle traînait sur la table de la cuisine.
─ Je suppose que vous intentions étaient honorables ?
Mondingus acquiesça fièrement de la tête. Il est encore pire que Percy. Caroline enfourna la lettre dans son sac, octroya un regard haineux à Mondingus et quitta le couloir pour se rendre à la porte d'entrée.
─ Si j'étais vous, je ferais attention, ils sont partout, même où nous ne pensions pas les trouver.
La voix du petit homme n'était plus qu'un murmure pour Caroline. Elle était sortie du Square Grimmaurd. Le soleil n'avait pas encore percé les nuages noirs qui recouvraient Londres d'un voile sombre et inquiétant. Il était encore tôt. Caroline avait abrité ses cheveux blonds sous une capuche épaisse et le reste de la cape s'enroulait autour de son corps balafré. Elle regrettait déjà ses habits de Moldus. Cette horrible cape la grattait dans le dos, mais c'était tout ce qu'elle avait trouvé dans l'armoire. Caroline avait l'impression d'avoir enfilé les habits de Remus. Un sourire moqueur aux lèvres, elle se faufila à pas de loups dans la nuit et emprunta un bus Moldu pour se rendre dans le centre de Londres.
Trente minutes plus tard, elle était assise dans un petit pub, un chocolat chaud fumant devant elle. Les sorties à Pré-au-Lard, les Trois-Balais, les conversations autour d'un chocolat chaud. Tout ceci lui manquait. Poudlard avait réellement quelque chose de magique, que l'on ne retrouvait nul part ailleurs.
Caroline avait acheté un journal Moldu pour la peine. Elle le lisait tranquillement dans son coin. La lettre dormait encore dans son sac, elle n'avait pas eu la curiosité de l'ouvrir. Ou bien était-ce de la peur. Caroline n'aurait su dire.
─ Les nouvelles ne sont pas réjouissantes, hein ?
Elle releva les yeux de son journal et contempla les deux prunelles vertes qui la fixaient. Un jeune Moldu lui souriait de toutes ses dents. Ses cheveux châtains et sa barbe le vieillissaient, Caroline n'arrivait pas à deviner son âge.
─ Je suis Julien, se présenta-t-il.
─ Caroline, rétorqua-t-elle du tac au tac.
Sa moue fatiguée n'avait rien d'avenant. Elle pensait que le jeune homme allait s'enfuir en courant. Mais le Moldu n'avait pas dit son dernier mot. Il s'assit près de Caroline et croisa ses mains par-dessus la table.
─ Ce n'est pas contre vous mais je suis occupée, l'informa Caroline.
─ C'est la lettre qui vous tracasse ?
La mâchoire de Caroline se décrocha. Comment avait-il pu deviner ? Était-il une sorte de gourou Moldu ou était-il un véritable sorcier ?
─ Pas de panique, ria-t-il, je ne lis pas dans vos pensées mais je vous ai vu la prendre et la remettre dans votre sac plusieurs fois.
Et en plus, c'était un voyeur. Néanmoins, ce Julien avait su retenir son attention. Caroline lâcha enfin son journal et planta son regard dans le sien. Ce Moldu avait un certain charme. Il n'avait pas l'air d'être un citadin.
─ Si j'étais vous, je l'ouvrirais quand même cette lettre. Je ne voudrais regretter de ne pas l'avoir fait et d'être passé à côté de quelque chose.
Julien lui souriait joyeusement. Caroline en restait bouche bée.
─ J'espère que l'on se recroisera Caroline, dit-il en se redressant.
Le jeune homme lui offrit un dernier clin d'œil et sortit du pub sans plus attendre. La Serpentard le regarda traverser la rue, puis se ravisa. Elle ne le reverrait sûrement jamais. Cependant, le conseil de Julien n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Caroline fouilla dans son sac et en sortit la précieuse lettre. Elle déchira le haut de l'enveloppe avec appréhension.
« J'ai retrouvé leur trace. Ils se sont installés dans un entrepôt Moldu désaffecté, au sud de Londres, à la douzième avenue de la Missouri Place. Je n'ai pas encore réussi à savoir ce qu'ils mijotaient. J'espère que tu vas bien Caro. Je pense fort à toi et je suis désolée de ne pas être à tes côtés,
Blanche Neige »
Caroline froissa la lettre, la fourra dans son sac et sauta de sa chaise pour sortir en trombe du pub. Il était hors de question qu'elle laisse filer sa chance.
Petit chapitre que j'ai dû recommencer une bonne dizaine de fois... mais comme je n'avais pas publié depuis un mois, je le laisse tel quel. Le chapitre devait être doublement plus long mais tant pis ! J'espère qu'il vous plaira, même s'il ne se passe pas grand-chose. Remus devrait revenir au chapitre suivant dans tous les cas ;)
Merci à Chl007, Yaguel (Je te réponds demain !), Leslie (Je te réponds demain !), Amandine Valentine et faolbee pour leurs reviews !
Le prochain chapitre sera pour Noël ! A bientôt :)
