Chapitre 25

Caroline grattait sa cheville distraitement. Des pelures de peau tombaient par terre sous la vivacité de ses ongles. C'était assez dégoûtant, mais absorbée par les allées et venues de Kreattur, elle n'avait pas senti la brûlure que provoquait l'irritation. Caroline était pliée en deux pour scruter l'elfe de maison par-dessous la table, analysant attentivement son manège. Cette satanée créature s'amusait à la rendre folle, à faire disparaître ses sous-vêtements de ses tiroirs et à l'insulter honteusement dans son dos, de sa voix sinistre et monocorde dont Caroline avait la sainte horreur. Elle avait toujours peur de l'entendre le soir au creux de son oreille, quand elle s'endormait. Kreattur s'introduisait dans sa chambre à tout bout de chant, même lorsqu'elle était à moitié nue. Vraiment, Caroline détestait cette bestiole.

« Sirius ne me croit pas, qu'est-ce qu'il en sait celui-là d'abord… »

Elle se redressa, le dos douloureux de sa contorsion, et planta ses lèvres dans son jus d'orange. La bestiole avait une cachette. C'était évident, sinon où aurait-il pu mettre le kilo de culottes qu'il lui avait chipé ? Non, décidemment, elle lui ferrait cracher le morceau. Caroline siffla son jus d'orange en une gorgée, à deux doigts de s'étouffer, et mordilla sa paille jusqu'à ce qu'elle ait des petits bouts de plastique éparpillés sur la langue. La bestiole ne s'était pas montrée ce matin et n'était réapparue qu'à cet instant, à la fin de l'après-midi. C'était on ne peut plus douteux, Caroline était parfaitement consciente que Kreattur préparait un mauvais coup. Comme ces affreux Griffondor au temps où elle était encore à Poudlard.

Et puis, deux mois s'étaient écoulés depuis la révélation affligeante de Remus. Deux longs mois à subir les monologues incessants de la bestiole, de Tonks et de Molly Weasley. Seul Sirius la laissait tranquille, simplement parce qu'il n'était jamais là, à proprement parler. Toujours occupé par ce maudit Ordre du Phénix, il l'avait délaissée comme un vieux fromage pourri. Elle n'aurait pas dû se sentir si vexée et si déçue. Pourtant, c'était bel et bien le cas. Caroline connaissait parfaitement bien les fromages pourris Moldus. Elle se serait comparée aujourd'hui à un bon fromage bleu puant et couvert de moisissures, si immonde que personne n'avait envie de le lâcher du regard, ni de le toucher. Mais le pire ne résidait pas dans le fait que Sirius l'ignore, ou que Tonks lui tienne la jambe jour et nuit, non, le pire était d'un tout autre ordre.

Remus.

Ce lâche de loup-garou n'avait pas remis le pied au Square Grimmaurd depuis deux mois. Pas une seule fois, ou du moins, il s'était arrangé pour qu'elle ne soit pas dans les parages lors de ses visites occasionnelles. Remus n'avait pas changé, il commettait toujours les mêmes erreurs. Elle pourrait comprendre qu'il la trouve trop jeune, qu'il ait le béguin pour l'Auror douée – ce mot lui avait brûlé la langue – qu'était Tonks, qu'il ait peur que sa maladie ne devienne un fardeau pour elle. Caroline aurait éventuellement pu faire un effort pour comprendre ces raisons. Mais là, Remus défiait les lois de la logique, ce que les Moldus détestaient par-dessus tout ! Il l'avait évitée, ce qui était "normal" en pareilles circonstances, mais en plus, il avait fait de même avec Tonks. La jeune femme était très énervée et désespérée de l'indifférence de Remus. Elle subissait ce que Caroline avait déjà vécu et vivait toujours en son for intérieur. La Serpentard aurait pu s'en réjouir, la narguer et enfoncer le clou. Mais non. Elle n'éprouverait pas une seule once de joie à agir de la sorte, car Remus l'avait encore déçue. Il n'assumait rien, fuyait encore et encore, prétextant des raisons toujours plus idiotes.

« Où est Kreattur ? » aboya-t-elle soudainement.

Molly sursauta, n'ayant pas l'habitude d'entendre la douce voix de Caroline. La fille de Jack ne se confiait pas, ne lançait jamais une conversation qu'elle aurait jugé trop fatigante. Pour qu'elle ouvre la bouche d'une façon aussi spontanée, ce devait être quelque chose de très important.

« Ce n'est pas la peine de crier Caroline », se lamenta Sirius.

Il était apparu dans son dos, marmonnant ces mots dans la nuque de la Serpentard, qui se braqua aussitôt. Les muscles tendus, le visage crispé, elle se retourna d'un bloc et le dévisagea froidement.

« Je crie parce que l'heure est grave », fustigea-t-elle. « Je n'ai quasiment plus de…

- Kreattur ne te vole pas tes culottes », la coupa-t-il d'un ton las. « Pourquoi ferrait-il une chose pareille ?

- Ça, il faut demander à la morte qui beugle depuis son tableau à longueur de journée ! »

Elle adorait médire sur la mère de Sirius, car elle n'avait toujours pas digéré l'insulte de la matriarche. Une "traînée", et puis quoi encore ?

« Personne n'est intéressé par tes culottes, jeune fille, alors abandonne ton entêtement. Tu n'as pas autre chose à faire ? »

Caroline fut doublement vexée, de un parce qu'il n'était pas intéressé par ses culottes, et de deux parce qu'il ne la croyait pas. Sirius lui jeta un regard moqueur, puis s'assit à côté d'elle. Son épaule frôla la sienne, Caroline ne put s'empêcher de renifler son odeur masculine et entêtante à pleines narines. Non, non, elle n'était pas devenue folle, juste incroyablement frustrée. Frustrée que ses envies ne soient jamais comblées.

« Elles sont de confections Moldues, alors non, je ne compte pas abandonner avant de les avoir retrouvées.

- T'en as besoin pour ton travail ? »

Caroline écarquilla les yeux, bégayant d'incompréhension :

« Qu'est… qu'est-ce que tu entends par-là ?

- Il paraît que tu travailles dans un endroit particulier. »

Sirius sourit de ce petit air malin qui lui allait si bien. Il avait entendu les rumeurs qu'elle s'efforçait de faire taire avec toutes les peines du monde. Caroline prit la mouche. Ce n'était peut-être pas un palace, mais le petit bar Moldu où elle travaillait avait son charme. Elle était, évidemment, la seule à le penser. Molly était venu y faire un tour, il y a trois semaines, et était ressortie du « Crado's » avec la mine effroyable qu'elle réservait à son mari lorsqu'il ne rentrait pas au Quartier Général durant trois jours de suite. Insalubre, pervers, dégoutant furent les mots qu'elle pestiféra le soir-même aux membres de l'Ordre présents. Puis, la semaine dernière, qu'elle ne fut pas sa surprise de voir débarquer Tonks, le sourire jusqu'aux oreilles.

« C'est glauque ici, avait-elle constaté sombrement, vérifiant la propreté des tables de son index.

- Non, c'est juste un endroit pour les Moldus dur à cuir. »

Caroline aimait bien le « Crado's », elle s'y sentait en sécurité la plupart du temps car elle savait pertinemment que Voldemort ne mettrait jamais les pieds dans un tel endroit. C'était une bonne planque. En revanche, contrairement à la famille Weasley et Tonks, Sirius ne lui avait jamais glissé un seul mot sur son nouveau travail. Elle avait cru comprendre qu'il s'en fichait éperdument... jusqu'à aujourd'hui.

« Ça t'intéresse tout à coup ? »

Sirius soupira en repoussant la tasse de café que venait de lui apporter Molly et se tourna vers Caroline pour la regarder dans les yeux. Elle s'efforça de ne pas rougir. Les prunelles de Sirius la perturbaient énormément lorsqu'il prenait le temps de la contempler comme si elle était la seule femme qui comptait pour lui. C'était réellement troublant.

« Depuis deux mois, tu es infernale Caroline. J'ai l'impression que tu penses que je n'en ai rien à faire de toi, et tu t'en prends à moi pour ça.

- Pas du tout. »

Mensonge. Honteux mensonge. Caroline aurait culpabilisé si c'était Remus en face d'elle, elle détestait lui mentir. Mais dans le cas de Sirius, elle n'avait aucun scrupule ni remord à lui cacher la vérité.

« Nous avons beaucoup de choses à faire pour l'Ordre, tu le sais.

- Et le professeur Lupin, enfin Remus, il compte revenir une fois ici ? demanda-t-elle sèchement.

- Ça t'intéresse tout à coup ?

- Ne joue pas à ce petit jeu avec moi ! », s'emporta-t-elle.

Elle était infernale, certes, mais c'était entièrement la faute de Remus. Sirius ricana de l'intempestivité de Caroline, puis abandonna son sourire mesquin.

« Remus est en mission.

- Je le sais déjà, merci, je demande juste quand il compte revenir !

- Je n'en sais rien, t'as quelque chose à lui dire ?

- Non », se renfrogna-t-elle. « Mais il doit toujours m'apprendre à faire un Patronus. »

Un mensonge de plus ou de moins, qu'est-ce que cela changerait ? Sirius n'y voyait que du feu.

« Je vais au Crado's si vous me cherchez », grommela-t-elle, en voyant que Sirius n'avait nullement l'intention de répondre à sa question.

- Fais attention à tes culottes », rajouta-t-il avec un clin d'œil lubrique. « Ils ont peut-être les mains baladeuses là-bas, c'est pour ça que tu ne les trouves plus. »

Son insinuation agaça Caroline alors qu'elle brûlait littéralement de gêne. Elle profita de s'éclipser hâtivement pour qu'il ne voie pas les dégâts de ses calomnies sur son visage cramoisi. Sirius lui adressait à peine la parole depuis deux mois, et aujourd'hui, il lui parlait de ses culottes ? Mais qu'elle mouche l'avait piquée ? Caroline transplana une fois hors du périmètre sécurisé de l'Ordre. Elle était tellement distraite par la voix rauque et sensuelle de Sirius qu'elle faillit s'arracher un bras en ouvrant la porte couverte de treillis rouillé du pub. Le « Cardo's » avait une décoration assez originale. Des crânes, de longs draps noirs sur les murs, des fauteuils de cuir tranchés au couteau, des tables et des chaises en bois complétement usées. C'était une sorte de grotte secrète, dans laquelle Remus aurait parfaitement pu se sentir à son aise et se confondre avec les meubles. Caroline était formelle, il ne manquait plus que les affreux costumes en tweed de son ancien professeur pour compléter la décoration du lieu.

A son arrivée, Caroline salua ses deux collègues – des Moldues – d'un air morne et revanchard. On les surnommait Britney et Sady. Pour les intimes, c'était une autre affaire et Caroline n'avait pas cherché à en savoir plus à ce sujet.

« Salut Caro ! Alors, raconte-nous tout, tu as passé une bonne nuit ? » sourirent-elles à l'unisson.

Caroline, habillée d'une vieille robe de sorcière que Sirius lui avait gentiment prêtée, les sonda suspicieusement du regard.

« Euh, ça va.

- Ah ne me dis pas que le beau blond qui te cherchait hier soir ne t'a pas trouvée ? » souffla Sady d'une moue déçue.

Sady était une très belle femme, perchée sur des hauts talons et portant des collant sous une petite jupe courte, ainsi que des tops moulant sa poitrine aguicheuse. Tout était original au « Crado's ». Caroline était très surprise d'apprendre que le patron acceptait de la prendre à l'essai.

« Le beau blond ?

- Oui, je ne me rappelle plus de son nom… mais un très bel homme, charmant et bien élevé. On en voit pas beaucoup par ici, ça ne m'a pas étonnée quand il nous a dit qu'il te cherchait. »

Caroline avait beau réfléchir, elle ne connaissait pas de beau blond charmant. Bien sûr, Daryl était blond, mais il n'était absolument pas charmant.

« Ce n'est pas grave ma chérie, il reviendra", tempéra Britney avec un clin d'œil. « Mais peut-être que tu devrais changer ton affreuse robe avant quand même, au cas où », nota-t-elle en secouant la tête d'un air désapprobateur.

- Le patron aime les originaux, t'inquiète pas Caro, on t'aime bien avec tes vieux habits fripés. Ils étaient à ta grand-mère ?

- Non, ils sont à un ami », répondit Caroline en haussant les épaules.

Les Moldus étaient parfois étranges à se soucier autant de leur apparence. Sirius sera content d'apprendre que ses habits ne plaisent qu'aux grand-mamans Moldues. Caroline se cala derrière le bar et commença à empiler les verres vides, réfléchissant toujours à l'identité mystère de cet homme.

En début de soirée, les premiers clients entrèrent dans le pub et le défilé se succéda jusqu'à minuit, heure à laquelle Caroline terminait son service. Sady et Britney prennent le relais, lui disait-on gentiment quand elle proposait de travailler jusqu'à la fermeture. La Serpentard réunissait ses affaires lorsqu'un nouveau client pénétra dans la grotte secrète et ne fasse des émules.

« Caro chérie, tu as du succès dis donc, y a un autre homme qui t'attend au bar. Il est pas très sympa je trouve », grimaça Sady en retouchant son rouge à lèvres.

La Serpentard se décala et scruta le comptoir. Il ne manquait plus que ça ! Percy regardait nerveusement autour de lui, une énorme grimace flanquée à la place de ses fines lèvres. Caroline ricana, savourant le malaise évident du Weasley. Comme sa mère, le « Crado's » n'avait pas assez de magie pour lui plaire. Elle vit soudainement Britney se coller à Percy, le poussant à lui payer un verre. Outré, le Weasley la gratifia d'un regard dégoûté. Caroline éclata de rire et le rejoignit en traînant le pas.

« Qu'est-ce que tu fais ici Weasmoche ? »

Une fugace lueur de soulagement traversa ses yeux. Percy reprit rapidement contenance, fier et droit à la manière d'un magistrat.

« C'est quoi toutes ces filles qui se trémoussent ? Tu n'as pas honte de travailler dans un endroit pareil ? »

Caroline bailla pour lui montrer son désintérêt face à cette question.

« Qu'est-ce que tu veux ?

- Je voulais vraiment voir si ce que ton père essayait de cacher était vrai, rétorqua-t-il narquoisement.

- Laisse-moi deviner, le fait que je travaille dans un bar Moldu me rend suspecte de côtoyer Sirius Black ?

- Peut-être.

- Tu te moque de moi ? J'ai encore le droit de faire ce que je veux de ma vie, même si mon père s'en retrouve incommodé. Je n'ai aucune leçon à recevoir de toi. Tu ne parles même plus à tes parents, tu es aveuglé par le pouvoir. Comme moi, tu ne sers absolument à rien, mon cher Weasmoche. »

Un client éméché s'avança difficilement jusqu'à Caroline et passa son bras par-dessus ses épaules.

« Poupée, tu pourrais me mettre une nouvelle bière ? » beugla-t-il dans son oreille.

Son souffle alcoolisé lui donna la nausée. Elle lui toussa sur son visage et le lui donna un coup de coude pour qu'il recule, tout ceci sans aucune amabilité. Après tout, son service était terminé.

« Allez voir ailleurs si j'y suis ! Ah ces Moldus, ils ne savent pas où sont leurs limites », maugréa-t-elle.

Le motard obtempéra, trouvant en Sady sa bouée de secours. Percy était presque choqué du comportement de cet homme et surtout par celui de Caroline. En présence des Moldus, elle était différente, plus ouverte et apaisée.

« Je suis l'assistant du Ministre, moi au moins je ne traîne pas dans cet infâme… »

Percy jeta un coup de tête en direction du chaos général de la salle. Caroline croisa les bras, fâchée. Ce n'était pas le paradis, d'accord, mais c'était le seul boulot qu'elle avait réussi à dénicher. Il était dur pour un Sorcier de fournir un dossier complet pour être embauché en bonne et due forme. Une école de Sorcellerie ? Vous vous fichez de moi ? Caroline méritait qu'on respecte ses choix.

« Il paraît que tu n'as même pas remarqué que ton ancien patron était soumis au sortilège d'Imperium, alors qu'est-ce que t'en sais ? Voldemort est peut-être ici, dans la pièce d'à côté. Tout le monde fait des erreurs Percy, mais certaines sont plus graves que d'autres. »

Le Weasley gonfla sa poitrine, essayant de paraître plus imposant malgré sa carrure fragile :

« En effet, comme coucher avec son professeur.

- Encore cette histoire ?

- Le professeur Lupin est dangereux », s'impatienta-t-il.

Si elle n'était pas aussi bornée et têtue, Caroline aurait vu que Percy s'inquiétait pour elle. Le conflit étant leur seul moyen de communication, ils étaient durs pour eux de s'aventurer sur le terrain des émotions sans faire de reproches à l'autre.

« Pas du tout ! C'est le sorcier le plus courageux que je connaisse, et le plus doué. Sa maladie n'a rien à voir avec son intégrité. Quand tu as le nez qui coule, je ne viens pas te dire que tu es dangereux. »

Percy ne crut pas utile de lui préciser qu'un rhume et que la lycanthropie n'étaient pas comparables, car Caroline ne le reconnaitrait jamais. Sa mauvaise foi était légendaire.

« Et qu'est-ce qu'il dit de ton nouveau "travail" ? »

L'hésitation qu'eut Caroline mit la puce à l'oreille de Percy.

« Oh, il n'en sait rien j'imagine.

- Ça ne le regarde pas. »

Elle se renfrogna sur elle-même. Caroline n'avait aucun compte à lui rendre. Ils n'étaient pas ensemble, il n'avait aucun droit sur elle. La Serpentard savait que Remus désapprouverait et peut-être même qu'elle s'était lancée dans l'aventure du « Cardo's » pour le fâcher. C'était tout bénéfice. Irritée par les accusations et la mauvaise humeur de Percy, elle l'invita à sortir du bar d'un fou le camp Percy hargneux.

« Il ne manquerait plus que tu t'habilles comme ces dépravées », dit-il une fois sur le parking.

Caroline soupira. Derrière tous ces reporches, elle était persuadée qu'il souffrait da la situation. Percy aimait beaucoup sa famille et pour quelqu'un comme lui, couper tout lien devait être très dur moralement. De plus, le Ministre se servait de lui uniquement pour faire enrager Arthur. Il n'était qu'un pion et Percy ne s'en rendait même pas compte. Elle avait de la peine pour lui, il restait toujours le Percy fier et insupportable avec lequel elle s'était chamaillée durant sept longues années. Il restait son ami.

« Rentre chez toi Percy, ta mère est…

- Ne sois pas si suffisante avec moi Caroline », s'énerva-t-il. « Tu verras, vous avez tous tort de soutenir Potter et Dumbledore. »

Dans un grandement sourd, le Griffondor disparut dans la nuit. Percy refusait de voir la réalité en face, une vraie tête de mule. Mais Caroline n'était pas encore prête à la sermonner et à le résonner. Rien ne le pourrait en ce moment.


Caroline pénétra dans le Square Grimmaurd, épuisée de sa soirée et plus particulièrement de l'attitude désinvolte de Percy. Elle vivait tous les jours avec sa mère et elle savait qu'elle souffrait terriblement de son absence. Percy n'avait rien à faire de cet amour. Caroline l'aurait traité d'abruti si elle n'évitait pas elle-aussi son père. Néanmoins, l'amour que portait Molly à son fils était incomparable à celui que Jack portait à sa fille. Caroline maudissait parfois Percy d'être aussi chanceux.

Excédée, elle défonça la porte de la salle à manger, mais fut stoppée net dans son élan par une poitrine opulente. Caroline hoqueta de surprise, le nez plongé entre les deux seins de Molly qui lui barrait le chemin. La mère de Percy referma la porte derrière elle.

« Désolé caroline, tu ne peux pas entre pour le moment."

Elle détailla Caroline d'un œil réprobateur. La Serpentard se grattait le nez nerveusement, essayant d'ôter l'image de celui-ci dans les seins de Molly.

« Tu étais encore là où je pense ?

- Oui, puisque c'est mon travail. »

Le ton cassant de la Serpentard ne perturba pas Molly. Elle avait l'habitude de son insolente mauvaise foi.

« Enfin Caroline, je t'ai dit que tu devrais chercher autre chose, je suis sûre que ton père pourrait te trouver une place au Ministère. C'est ce que tu voulais quand tu étais plus jeune, rétorqua-t-elle d'une voix douce.

- C'était le rêve d'Elsa, pas le mien. Et elle n'aurait pas voulu que je poursuive les rêves d'un fantôme.

- Nous savons tous que tu aimes les Moldus et que tu n'aimes pas la façon dont ils sont traités parfois par les sorciers. Tu ne pourras pas changer ça si tu restes dans ce coupe-gorge délabré. »

Ce sujet revenait fréquemment sur le tapis. La révolution des Moldus. Caroline appréciait la préoccupation que nourrissait Molly à son égard, chose qui lui avait manqué toutes ces années. Mais se rabaisser à vivre comme l'entendait un Weasley était hors de question.

« La réunion est terminée », tonna une voix.

Caroline se retourna et sourit de mauvaise foi à Sirius. Il était contrarié ou préoccupé, elle ne savait pas exactement la nature de son froncement de sourcil. Elle se poussa sur le côté pour laisser quelques membres sortir de la salle à manger. Caroline tomba ensuite nez à nez avec son ancien professeur de potions. Celui-ci haussa un sourcil, ses lèvres s'étirant finement dans un rictus désobligeant.

« Bonsoir professeur.

- Miss Dorm, j'ai entendu dire que vous aviez encore eu une brillante idée. Les Moldus peuvent se féliciter de vous compter parmi eux. »

Sa voix débordait de sarcasmes. Caroline grinça des dents, Rogue avait toujours le chic pour l'irriter.

« Autant que les élèves de Poudlard se félicitent de vous avoir comme professeur », rétorqua-t-elle du tac-au-tac.

Son ancien professeur ne perdit pas son sourire ironique. Alors qu'il s'apprêtait à lui clouer le bec, Sirius entoura la taille de Caroline pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Rogue vit le regard paniqué de la Serpentard, puis son visage virer à la teinte pivoine. Le sourire charmeur de Sirius n'échappa pas à l'œil aiguisé du professeur de potions, qui ne connaissait que trop bien cette manie qu'avait Black à emballer et sauter sur tout ce qui bougeait. Rogue ouvrit la bouche, mais retint sa remarque acerbe lorsqu'il vit Lupin sur le pas de porte de la salle à manger. Il fixait Sirius et Caroline d'un drôle d'air. Rogue ne put s'empêcher de ricaner intérieurement. De toute évidence, il y avait de l'eau dans le gaz et il ne pouvait que s'en enorgueillir.

Rappelée à la réalité, Caroline repoussa gentiment Sirius et perdit les couleurs rougeoyantes de son visage en croisant les prunelles chocolat de Remus. Par la barbe flambée de Merlin, il était enfin là ! Son cœur battit la chamade, et elle s'en voulu d'être aussi contente de le voir.

« Je vois que vous cas s'est encore empiré », lâcha Rogue, en guise d'au revoir.

Le professeur de potions ne se pria pas pour quitter cet endroit de malheur. Caroline était bête comme ses pieds. Mais sa bêtise l'arrangeait pour une fois.

De son côté, Remus avait les bras croisés, fermé comme une huitre. Son visage pourtant impassible n'arrivait pas à masquer toute la peine qu'il ressentait à voir Caroline dans les bras de Sirius, même si ce contact n'était rien de plus qu'une simple étreinte.

« Ce n'était qu'une simple accolade professeur, rien de plus. »

De même que Caroline avait menti ce jour-là, Remus devinait que leur proximité n'avait rien de chaste. Depuis quand étaient-ils aussi proches ? Bien qu'il désire que Caroline aille de l'avant, déniche un parfait Moldu qui la rendrait heureuse, il était ravagé par la jalousie. Remus savait que tout était de sa faute. Pourquoi lui avait-il parler de Tonks ? Il ne l'aimait comme il l'aimait elle. Et voir son meilleur ami la tenir par le bout de chair qu'il n'avait osé toucher l'agaçait considérablement. Il ne pouvait pas lui parler de ce qui s'était passé avec la jeune fille à Poudlard. Remus avait trop honte d'avoir profité d'elle et de l'avoir jetée aussi sèchement. Il était tellement dégoûté de lui-même.

« Caro, tiens c'est pour toi. »

Sirius s'était éclipsé aux côtés de Maugrey. Caroline était à présent harponnée par Daryl. Il lui tendit une enveloppe couverte de sang.

« Ce n'est pas mon sang », clarifia-t-il aussitôt.

Sans perdre de temps, Daryl saisit le bras de Caroline et la conduisit à l'étage, dans un lieu un peu plus calme et secret.

« Pourquoi elle est tâchée de sang ?

- A toi de me le dire. J'ai trouvé cette lettre dans la cachette.

- La cachette ?

- Celle qui me permet de prendre des nouvelles de Bianca », rétorqua-t-il froidement.

Le cerveau de Caroline avait du mal à enregistrer toutes ces nouvelles données. Vraisemblablement, Daryl reçoit de nouvelles de Bianca, tout comme elle, par le biais d'une cachette.

« Depuis quand tu reçois des lettres comme ça ? poursuivit-il du même ton glacial.

- Depuis que je suis revenue, et alors, tu es jaloux ? Je n'arrive pas à croire que tu savais qu'elle allait bien et que tu n'as rien dit à personne !

- Parce que je ne reçois plus de nouvelles depuis bien longtemps », rétorqua-t-il en empoignant le haut de la robe de Caroline.

Son regard troublé se mêla à celui de Caroline, et elle vit enfin son ancien ami défaillir, quelques larmes brouillant son visage de baroudeur. Il ressemblait à l'enfant drôle et empli de vie qu'elle avait rencontré pour la première fois dans le Poudlard Express. Celui qui mangeait volontiers les Choco-Grenouilles et lui offrait de beaux sourires. Oui, celui-là lui avait tant manqué.

« Comment ça tu n'en reçois plus ?

- Bianca m'a promis de me donner des nouvelles lorsqu'elle est partie et cette cachette nous servait à échanger des lettres, exactement comme celle-ci. »

Il brandit la lettre ensanglantée au bout de sa main.

« Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

- Bianca ne voulait pas qu'on la cherche, ni toi, ni l'Ordre.

- Pourquoi elle m'envoie ces lettres alors ? »

Daryl se clama un peu et lâcha le col de Caroline. Elle défroissa sa robe et planta un regard de fer sur lui.

« Aucune idée. »

C'était une mauvaise nouvelle. Une très mauvaise nouvelle. Toute cette histoire était bizarre, voire démente.

« Dis-le-moi maintenant, depuis quand tu reçois ces lettres ? répéta fermement Daryl.

- Depuis que je suis revenue. Elle m'a dit de n'en parler à personne. Bianca est sur les traces d'Elly et Celia. Elle m'a conduit dans un entrepôt Moldu…

- Celui qui a brûlé ?

- Oui », répondit soupçonneusement Caroline. « Il y avait des photos de ma mère et Edagrd.

- Je le sais. »

Cette annonce la choqua.

« TU LE SAIS ?

- Je suis déjà allé dans cet entrepôt, avec Bianca, et j'y ai vu ce que tu as vu. C'était il y a des mois de ça. »

Avait-il vu la photo d'elle et Remus ? C'était certain, à moins que quelqu'un l'ait rajouté entre temps. Caroline s'indigna.

« Et tu ne m'as rien dit ?

- Ce ne sont pas mes affaires. Et Bianca me l'avait fait promettre, même si j'aurais préféré dénoncer le professeur Lupin pour ce qu'il a fait. »

Rebelote. En plus de Percy et Bastien, Daryl s'y mettait. Ce n'était pas très étonnent, Daryl n'a jamais apprécié Remus. Il ne lui parlait jamais, sa maladie le dégoutait. Caroline était surprise qu'il ait garder le secret après que Bianca se soit volatilisée.

« Sérieusement, tu as jeté Bastien pour le professeur Lupin ?

- Ce n'est pas tes affaires ! »

Daryl eut un petit sourire narquois. Caroline était tellement prévisible.

« Tu as reçu d'autres lettres ?

- Oui, avant ça quelqu'un s'est introduit au Manoir et a essayé de me tuer.

- Et tu nous dis ça que maintenant ? » s'exclama Daryl.

Rêvait-elle ou Daryl venait de lui reprocher de n'avoir rien dit sur un possible meurtre qu'il l'aurait bien arrangé ? Caroline était perdue.

« Toute cette histoire ne concorde pas. Bianca ne t'aurait jamais fait venir dans cet entrepôt.

- Tu penses que ce n'est pas elle qui m'a écrit toutes ces lettres ? »

Caroline s'était étranglée avec sa salive. Elle y avait déjà pensé, mais dire qu'elle n'en était pas l'auteur, c'était refusé de la croire vivante. Une logique difficilement assimilable pour la Serpentard.

« Personne d'autre ne connaît la cachette. Cette lettre est la preuve que Bianca est toujours là, quelque part. »

Caroline était soulagée du ton catégorique de Daryl.

« Ouvre là alors. »

Daryl déchira l'enveloppe et sortit une petite note dorée. Un carton d'invitation sur lequel était inscrit « là où tout a commencé ». Caroline fronça les sourcils, qu'est-ce ce charabia voulait dire ?

« J'ai une idée. »

Surprise, elle releva les yeux et questionna Daryl du regard.

« Avant, nous poursuivions Celia et Elly les deux, et on a fini par les trouver dans une baraque, il y a quelques mois en arrière. C'est sûrement là que tout a commencé », murmura Daryl sombrement.

Daryl se dirigea hâtivement vers les escaliers, sans demander son reste à Caroline.

« Attends ! Tu vas où ?

- Là où tout a commencé. »

Caroline râla, toute cette histoire était le fruit d'un cerveau d'hurluberlu. Qu'est-ce que fabriquait Bianca ? Elle en avait marre de tous ces mystères, elle en avait marre de Remus et Sirius. Cette vie la fatiguait.

« Cette lettre m'était destinée aussi ! Elle a fait en sorte que nous nous réunissions en cachant ce message dans votre cachette et en me l'adressant. Je suis concernée alors pas question que tu y ailles seul. »

Daryl leva les yeux au ciel mais lui fit un geste pour qu'elle se dépêche. Caroline avait gagné la bataille.


En quittant la Square Grimmaurd, Caroline se rappela le jour où elle avait surpris Sirius à parler aux Griffondor par le biais d'un sortilège qu'elle ne connaissait absolument pas. Faire apparaître sa tête dans une cheminée était plutôt sympa. C'était environ une semaine après qu'elle ait demandé à Remus de quitter les lieux. Ils avaient alors appris que Dolores Ombrage avait été nommée grande inquisitrice. Caroline en avait été estomaquée, Dumbledore ne pouvait-il rien faire contre le Ministère ? Pas étonnent que l'Ordre du Phénix s'en sorte aussi mal.

« Donne-moi la main, je t'y emmène. »

Caroline se dépêcha d'obéir et ils se retrouvèrent perdus au beau milieu de la campagne. Cela aurait été charmant s'il ne faisait pas nuit et qu'elle n'entendait pas les cris distincts de bêtes assoiffées de sang. Elle se mordait les doigts, anxieuse, et brandit sa baguette sous son nez pour éclairer les alentours.

« On est où là ? Ne me dis pas que t'es de mèche avec Elly et que tu m'as amené ici pour me trancher la tête ?

- Arrête de dire des sottises », désespéra Daryl.

Caroline plissa les yeux et soudain, elle la vit. La maison se révélait petit à petit à ses yeux, son ombre se détachait de l'aura malfaisante de la forêt. Elle ressemblait beaucoup au Manoir de Jack, avec ses grandes baies vitrées et son bois noble.

« C'est la maison du père d'Elly. Elle y a vécu jusqu'à ce que ta mère vienne le tuer. »

La Serpentard était oppressée par l'atmosphère des lieux. La terre portait encore la trace du drame.

« C'est là que tout a commencé pour elle. Toute sa rancœur envers toi est née ici. »

Daryl marcha jusqu'à la porte et observa l'intérieur du manoir par les proches fenêtres.

« Maintenant, à savoir pourquoi elle voulait qu'on vienne ici… »

Il baissa la poignée, baguette en garde, et entra lentement dans le Manoir. Caroline le rejoignit hâtivement. Ce n'était pas le moment de se séparer. A l'intérieur, une forte odeur de décomposition effleura leurs narines. Caroline toussa plusieurs fois et se pressa de cacher son nez avec le col de sa robe.

« C'est pas bon signe », railla Daryl dans le silence.

Caroline continua à découvrir la pièce principale, ses longs rideaux noirs, ses canapés bleus en cuir et la table basse en marbre. Le luxe suintait de tous les meubles. Caroline contourna un grand vase vide et pénétra dans la cuisine. L'odeur de pourriture était beaucoup plus prenant ici.

« Merde », souffla-t-elle, la panique s'emparant de tous ses sens.

Deux cadavres en décomposition étaient assis à la table, droits sur leurs sièges en cuir, comme s'ils prenaient simplement le thé. On ne reconnaissait presque plus leurs visages, la peau décomposée tombait en lambeaux et on voyait par endroit leurs os. Caroline hoqueta durement dans l'intention de vomir. Sa poitrine fut parcourue de spasmes et son souffle se coupa aussitôt. Mais elle ne rejeta pas le contenu de son estomac. Elle fit le tour de la table, observant ces deux cadavres qui devenaient troubles, à force qu'elle manque d'oxygène. Elle suffoqua en tombant à genoux, tandis que Daryl arrivait en courant dans la pièce. Il eut un mouvement de recul en voyant la scène macabre, mais reprit rapidement ses idées et vola au secours de Caroline. Daryl lui murmura à l'oreille pour qu'elle se calme, des mots doux et d'encouragement qu'il n'avait pas l'habitude de prononcer. Quand le souffle de la Serpentard devint plus régulier, il se releva et inspecta les cadavres d'un peu plus près. Son verdict était sans appel.

« Ce n'est pas Bianca. »

Caroline soupira de soulagement. Elle avait eu tellement peur que son amie soit l'une de ces deux épaves.

« Celui-là, c'est un homme. Probablement. »

Daryl osa toucher le cadavre, mais un bruit de succion infâme lui ôta toute volonté de les déplacer. L'odeur était si insoutenable qu'ils ne pourraient jamais s'y habituer, peu importe le temps qu'ils passaient dans la pièce. Prenant son courage à deux mains, Caroline contempla les cadavres à son tour et remarqua des petits détails que Daryl n'aurait jamais pu différencier par lui-même.

« C'est Edgard, j'en suis certaine. »

Caroline se retourna vers le cadavre, assis face à Edgard, et l'inspecta sous toutes les coutures.

« Et elle, c'est Celia. »

La voix de Caroline s'écrasait sous la tension et l'horreur. Elle n'avait jamais imaginé trouver les cadavres d'Edgard et de Celia dans ce Manoir. Pourquoi étaient-ils là ? Où était passé Elly ? Et par la culotte moisie de Merlin, pourquoi Bianca les avait conduits ici, « là où tout a commencé » ? A moins que Bianca n'ait rien à voir dans cette histoire. Mais que se passait-il dans ce monde sorcier de barjot ? Caroline mourrait d'envie de prendre ses jambes à son coup et quitter le pays le plus vite possible.

« Ils sont là depuis des mois je dirais… ils sont vachement décomposés, constata Daryl avec un certain dégoût dans la voix, triturant la main molle d'Edgard.

- C'est peut-être un piège. »

Caroline et Daryl se jetèrent un regard entendu. La situation devenait insoutenable, ils s'attendaient à voir surgir des sortilèges de mort de chaque côté du Manoir. Sous la pression, les jambes de Caroline tremblaient et elle ne pouvait s'empêcher de regretter d'être venue ici sans une escouade d'Aurors. Ils se déplacèrent lentement jusqu'à la pièce d'à-côté, sans rien voir de suspect. Le Manoir revêtait une dérangeante aura de mort maintenant qu'il avait révélé ses sombres secrets. Caroline était rongée par le stress et la peur, elle suivait Daryl sans réfléchir.

« Sortons. »

Daryl et Caroline surgirent sur la pallier, désert. Il n'y avait personne qui les attendait. Mais le silence dérangeant de la forêt était de mauvais augure. Elle n'entendait plus les cris des bêtes, la nature semblait morte. Sans plus attendre, Daryl attrapa la main de Caroline et ils transplanèrent.


Les voilà revenus où ils avaient l'habitude de flâner. Caroline savourait son chocolat à la cannelle en regardant Madame Rosemerta, les yeux emplis de souvenirs. Les Trois-Balais était l'une des rares choses qu'elle gardait au plus près de son cœur. Bien sûr, il manquait Georges, affalé dans son coin, mais le lieu restait fidèle à ce qu'elle avait connu, chaleureux et vivant.

Le pub était plein à craquer cet après-midi. Caroline et Daryl s'étaient retrouvés ici par souci de nostalgie. Après ce qu'ils avaient vécu il y a quelques heures, Caroline avait l'impression de s'être rapprochée de lui et qu'ils partageaient maintenant beaucoup plus qu'un simple Choco-Grenouille.

En arrivant, Caroline avait noté la présence des Griffondor. Harry, Ron et Hermione buvaient sombrement des Bièraubeurre dans un coin de la pièce, avec d'autres élèves de Poudlard. La nomination de Dolores Ombrage en tant que grande inquisitrice ne devait pas les enchanter. Caroline n'avait aucun scrupule à s'en réjouir, car elle savait que la vie à Poudlard était devenue infernale.

« Je ne sais plus si ce qu'on a vu était réel ou non.

- L'odeur de mes habits ce matin l'était en tout cas. »

Caroline s'était arrangée pour ne pas croiser Sirius en rentrant, car ce maudit cabot devinerait aussitôt qu'elle lui cachait quelque chose de grave et n'arrêterait pas de la harceler pour qu'elle crache le morceau.

« Si je comprends bien, Bianca a arrêté de t'écrire environ trois semaines avant que je revienne. Ce qui voudrait dire que les lettres que je reçois depuis le début ne sont pas d'elle ?

- Ça m'étonnerait qu'elle nous ait conduit à ce Manoir pour nous montrer les cadavres. Ce n'est pas son genre, tu le sais.

- Je serais plus conciliante si tu me disais pourquoi elle est partie à leur recherche toute seule, comme un ermite. »

Daryl ne pipa mot pendant de longues secondes, interminables pour la Serpentard. Il but son chocolat chaud d'un trait, soudainement lassé d'être en compagnie de Caroline.

« Je vais faire des recherches de mon côté sur cette histoire, toi, tu ferais mieux de rester au Square Grimmaurd, surtout si quelqu'un cherche à te tuer. »

Caroline le regarda s'en aller en continuant à savourer sa boisson chaude. Elle n'était pas pressée de rentrer. Elle scruta le pub de son œil hargneux comme elle en avait l'habitude. Certains visages lui étaient familiers.

Notamment celui du fameux Popey.

Elle ouvrit la bouche à s'en décrocher la mâchoire. Par la croûte faisandée qui recouvrait les fesses de Merlin, que faisait ce Moldu prétentieux ici ? Caroline la fixa pendant cinq bonnes minutes, observant son comportement de donjuan envers une autre cliente. Il ne manquait pas de toupet ! Caroline ne trouva qu'une seule explication à sa présence fortuite dans le pub. Ce n'était sûrement pas un Moldu. Pour le coup, elle le trouvait cent fois plus insupportable qu'avant.

Après avoir fini son chocolat, elle se dirigea vers lui, avec la ferme intention de le confronter à son imposture. Elle tapota sur son épaule avec son index pour qu'il se retourne. Quand il la reconnut, Julien perdit son beau sourire charmeur et son visage devint hostile.

« Ah salut.

- Pourquoi tu ne m'as pas dit que t'étais un sorcier ? s'agaça-t-elle.

- Ça aurait changer quoi que je te le dise ? »

Voyant l'incrédulité de la Serpentard, parce qu'elle l'était réellement, il rajouta dans un soupir :

« Ecoute, je ne suis pas un sorcier. »

Caroline avait de plus en plus de mal à encaisser les informations. Tout se bousculait dans sa tête. En une journée, tout avait basculé et ses certitudes s'étaient effondrées. Oui, elle avait reconnu Percy comme un ami et ce changement lui avait coûté énormément de dignité.

« Si tu n'es pas un sorcier, tu es quoi alors ? Tu n'as pas les pattes d'un centaure, ni les oreilles pointues des elfes, ni les écailles d'un dragon…

- Je suis un Carcmol. »

Bouche bée, caroline papillonna des yeux. Qu'avait-il dit ? Elle n'avait jamais connu de Carcmol, hormis Rusard. C'était pour le moins incongru.

« Tu es quand même pas un Moldu, ce qui fait de toi un imposteur. »

Julien écarquilla les yeux.

« Tu m'en veux de ne pas être un Moldu ?

- Oui, parfaitement ! »

Caroline planta un doigt dans son torse, en guise d'avertissement.

« Je n'ai aucune envie de manger avec toi, alors je ne t'inviterai jamais.

- Bien. »

Satisfaite, Caroline lui octroya un dernier regard confiant et sortit du pub, rattrapée in-extremis par les trois Griffondor. Ils demandèrent des nouvelles de l'Ordre, de Sirius et le petit roux lui demanda comment allait Percy. Depuis quand étaient-ils si bavards avec elle ? Ni une, ni deux, elle leur raconta que Sirius s'était fait bouffé par Remus lors d'une pleine lune et que le Square Grimmaurd était infesté de cafards, à cause de son cadavre à moitié rongé dont Kreattur ne voulait pas se débarrasser.

La blague ne leur plut pas du tout. Au moins, ils lui lâchèrent la grappe. Elle fit un crochet par le Crado's, y travailla quatre heures et rentra ensuite à l'Ordre pour faire une sieste.

« T'étais où cette nuit ? »

Caroline grimaça en découvrant Sirius s'était installé un fauteuil dans sa chambre et semblait attendre son retour depuis quelques heures déjà.

« Nul part, ici dans mon lit.

- Je t'ai vue partir avec Daryl. »

Elle passa près de lui pour enlever la lourde robe qui pesait sur ses épaules. L'habit se retrouva jetée sur la commode. Sirius observait ses faits et gestes avec une rare impatience.

« On est allé chez lui, ce n'est pas un mal. »

Sirius lui saisit soudainement le poignet, et tira sur son bras de sorte que Caroline tombe sur lui. Affalée contre son torse, dans une position inconfortable, son cœur convulsa de bonheur. Ce contact charnel lui avait manqué durant ces deux mois.

« Oui, c'est un mal quand je suis là à t'attendre.

- M'attendre ? Je ne vois pas pourquoi tu… »

Caroline était terriblement attirée par les lèvres de Sirius et ne finit pas sa phrase, happée par l'envie qu'elle sentait naître en elle. Son corps collé au sien, ses sens s'emballaient, elle ne pensait plus rien d'autre. Sirius était doué dans la séduction et son charme agissait sur les femmes aussi bien qu'à l'époque où il était encore à Poudlard. Caroline ne savait pas comment lutter contre cette odeur entêtante et masculine qui remplissait ses poumons. Son cœur rata un battement lorsque Sirius approcha ses lèvres lentement des siennes, amorçant un mouvement que Caroline n'avait pas envie d'arrêter. Par merlin, la mort pouvait frapper chaque jour. Pourquoi donc devraient-elles se priver de ces lèvres si exquises ?


Alright ! Ce chapitre est très long et j'espère qu'il vous a plu ! Caro a un nouveau travail, elle a découvert deux cadavres et elle est à deux doigts de s'abandonner à Sirius, que vouloir de plus ? Ahah, j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes qui se sont glissées dans le texte, je n'ai pas la force de le relire. Je suis fatiguée et je confond les mots en plus...

MERCI pour les reviews, vraiment vraiment vraiment ! Donc SaniaWive, Lucia Fila, Kahouete, faolbee, Chl007, Aselye, LilyPorridge, un suuuuper merci !

A la prochaine pour le prochain chapitre !