Chapitre 26

Caroline déposa fébrilement ses lèvres sur celles de Sirius, goûtant enfin à ce nectar interdit. Il n'avait pas flanché, pas cillé une seule fois. Elle pressait leurs deux bouts de chair lentement, jusqu'à ce que la langue de Sirius ne vienne titiller sa lèvre inférieure et quémander l'accès à sa bouche. Caroline le lui accorda avec impatience. Elle caressa la nuque de Sirius d'une main ferme, le laissa balader les siennes sur ses reins, puis ses fesses, d'un toucher plus que sensuel. Elle frémissait de plaisir sous ses gestes experts, s'abandonnant totalement à lui. Franchement, qui aurait pu penser qu'un jour elle fourrerait sa langue dans la bouche du prisonnier poisseux d'Azkaban ? Jamais elle n'aurait imaginé tomber sous le charme d'un autre homme que Remus. Le plaisir que lui procurait Sirius envoûtait littéralement Caroline, mais pourtant, derrière cet échange passionné, il lui manquait un petit quelque chose, cette sensation légère qui enveloppait son cœur de plénitude. Celle que Remus faisait miroiter en elle lorsqu'il posait la main sur sa peau, sur son intimité, et osait la posséder en étant guidé par son seul désir charnel - et non par ce qui était de convenance entre un homme mûr et son ancienne élève.

En l'occurrence, ce n'était pas Remus qui l'embrassait, et même si Sirius était plus douée et à l'aise que lui, ce n'était pas suffisant à taire sa peine et l'envie massacrante qu'elle choyait au fond d'elle de serrer encore une fois Remus dans ses bras. Nom d'une chouette, était-elle réellement en train de trahir son précieux Remus avec son meilleur ami ? Elle n'aurait jamais dû se sentir coupable, ils n'étaient pas ensemble et ne l'avaient jamais été. Malgré tout, un puissant malaise l'empêcha de savourer entièrement ce baiser, emmêlé de culpabilité et de remords. Sirius ne le vit pas, ses yeux embrumés par le désir ne voyaient rien d'autre que Caroline. De toute façon, il ne pourrait pas comprendre la complexité de l'être farouche qu'elle était. Seul Remus le pouvait.

Caroline brisa le baiser doucement et se retira de Sirius, ses joues rosées témoignant de sa gêne et de son impatience passée. Certes, Remus l'empêchait de vivre pleinement l'instant présent mais elle avait quand même pris énormément de plaisir à embrasser Sirius. Tout son être était en contradiction, c'était un paradoxe inextricable pour sa cervelle de fausse Moldue.

« Tu es jaloux de Daryl ? demanda-t-elle, extrêmement mal à l'aise.

- Evidemment. »

Le sourire aguicheur de Sirius lui fit plaisir, qui ne serait pas flattée en pareilles circonstances ? Mais l'énorme poids qui pesait à présent dans sa poitrine la dissuada de lui rendre son sourire. Elle s'assit sur le bord de son lit, la tête baissée.

« Je ne peux pas.

- Je sais. »

Elle releva les yeux brusquement, paniquée à l'idée qu'il puisse être au courant pour Remus, puis paniquée à l'idée que Remus apprenne ce qu'elle avait fait.

« Comment ça tu sais ?

- Ces choses-là se sentent, je ne suis peut-être pas celui que tu espérais embrasser ce soir.

- Ce n'est pas ça.

- Alors, quoi ? »

Les mots lui manquaient. Elle ne pouvait rien lui dire sur Remus, elle ne pouvait rien lui dire sur les cadavres d'Edgard et Celia. Elle ne pouvait que lui mentir.

« Kreattur est en train d'espionner derrière le porte », débita-t-elle sans réfléchir.

L'air sceptique de Sirius n'arrangea rien à sa maladresse.

« Quelque chose me dérange beaucoup, mais cela n'a rien à voir avec toi », avoua-t-elle avec un certain sourire narquois. « Et Kreattur me vole vraiment mes culottes. »

Sirius avait une fois de plus ce regard incandescent qui la fixait, bien trop intense pour elle.

« Tu es douée pour cacher ce que tu ressens Caroline, mais ça ne t'aidera pas à te sentir mieux de me mentir sans arrêt. »

Il soupira. La Serpentard était démasquée, elle tombait de très haut, elle qui croyait que Sirius était dupe.

« Qu'est-ce qu'il se passe avec Remus ? Pourquoi tu lui en veux autant ? Je connais mon ami et il ne se comporte pas normalement avec toi. À réfléchir, il ne s'est jamais comporté normalement avec toi. Qu'est-ce que ça cache ?

- J'imagine que tu as une idée », se défendit-elle farouchement, prise de court.

Caroline retint sa respiration. Sirius était décidément pragmatique et à ce rythme-là, la vérité ne lui échapperait pas encore longtemps.

« Remus est quelqu'un que j'apprécie beaucoup et j'ai la nette impression que tu es de mauvaise foi avec lui.

- De mauvaise foi ?

- Oui. »

Caroline était plus qu'incrédule, voire même affligée. Si tu savais. Remus était le fautif dans toute cette histoire, pas elle. Et elle était assez de mauvaise foi pour le reconnaître.

« Tu connais son secret depuis longtemps, il t'a marqué à vie l'épaule avec cette cicatrice, mais tu insistes sur le fait que sa maladie n'a rien à voir avec ton comportement.

- C'est exact. »

Quoi ? Pourquoi lui répondait-elle ? Caroline avait envie de se tirer les cheveux. Ne jamais encourager Sirius à découvrir la nature sa relation avec Remus, surtout pas après l'avoir embrassé !

« Alors tu avoues qu'il y a quelque chose de bizarre entre vous. »

Elle mit un temps infiniment long à dénicher le mensonge qui sauverait la peau de ses fesses. Caroline transpirait toute l'eau de son corps, son stress atteignant son apogée.

« Je n'avoue rien du tout. C'est un fait que je n'aime pas le professeur Lupin, je n'ai pas besoin de me justifier. Il m'a fait vivre un enfer à Poudlard, il m'a même mis une retenue parce que je batifolais avec Bastien dans les couloirs. Sans parler de l'horrible décision qu'il a prise de me mettre en binôme avec Percy pour ré-ouvrir le Club de Duel. Puis, la suite tu la connais. Il a failli m'arracher un bras et bien que je sois conciliante, je ne trouve pas normal qu'il puisse vivre le cœur léger après tout ça. »

Une part de vérité de chaque mensonge, c'était là la clé du succès. De plus, Sirius semblait convaincu par son discours. Il ferma les yeux et se gratta la barbe distraitement. Caroline le détailla de la tête au pied. Ce qu'elle voyait lui plaisait beaucoup, évidemment, mais elle avait trop de scrupules pour se jeter dessus une nouvelle fois. Et des scrupules, elle n'en avait jamais ordinairement.

« Je vais te laisser, j'ai quelque chose à faire, amorça Sirius en se levant.

- Tu fuis », marmonna-t-elle tout bas, pour qu'il n'entende pas.

Sirius déposa un tendre baiser sur le coin des lèvres de Caroline, la surprenant par son audace. Il lui sourit narquoisement, passant une main dans ses cheveux blonds et sortit de sa chambre. Caroline resta pantoise et ahurie. Il ne fuyait pas. Il ne lui avait pas révélé avoir embrassé Tonks – ce qui aurait été un pur scandale. Et il ne lui avait pas prouvé maintes fois qu'il ne la méritait pas. Non, Sirius était différent de tout ce qu'elle avait connu jusqu'à aujourd'hui. Et cela l'effrayait beaucoup.


Noël arriva à grands pas. Caroline avait adopté le comportement fuyant de Remus envers Sirius, limitant les rares moments où ils se retrouvaient seuls. Heureusement qu'il était très occupé par l'Ordre. Elle avait travaillé d'arrache-pied au « Crado's » ces dernières semaines pour l'éviter un maximum. Oui, Remus était un très bon professeur, il avait réussi à lui inculquer l'art de la diversion et l'art de la fuite improvisée. Elle était très affligée par son comportement mais elle n'avait pas trouvé d'autres solutions. Dire la vérité à Sirius était impensable.

Pour son dernier jour de travail avant les fêtes de Noël, Sady lui avait offert un pull avec une tête de cervidé. C'était le plus beau cadeau que Caroline ait reçu d'un Moldu. Rentrée au Square Grimmaurd, elle s'était affalé sur son lit et lisait un bouquin Moldu sereinement.

« Dépêchons », entendit-elle à l'étage inférieur.

Les pas précipités des membres de l'Ordre informèrent Caroline que quelque chose de grave était arrivé. Elle descendit les marches en courant, sautant sur Tonks dès qu'elle vit les cheveux hirsutes de l'Auror dans son champ de vision.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Tonks hésita à lui révéler la nature de leurs mines sinistres, Maugrey la pressant d'un regard tranchant. Tous étaient embrigadés dans le couloir, prêts à quitter les lieux.

« On va au Ministère. Il s'est passé quelque chose. »

Caroline vit les membres de l'Ordre sortirent successivement du Square Grimmaurd jusqu'à ce qu'elle se retrouve seul avec Sirius, au beau milieu de la nuit et surtout, au beau milieu d'un couloir où il aurait tout le loisir de la coincer pour la faire parler, ou pire, la faire taire avec sa langue qui caresserait son cou du lobe de son oreille à sa clavicule, puis descendrait lentement sur ses seins, en accord avec ses mains baladeuses qui se poseraient là où elle avait tellement chaud... Hors de question. Caroline s'élança à la poursuite de Tonks désespérément.

« Caroline ? s'étonna l'Auror en voyant la Serpantard débouler sur le perron, avant qu'elle ne transplane.

- Ne partez pas sans moi ! »

D'abord décontenancée, Tonks hocha la tête et lui tendit la main. Caroline s'en saisit sans se soucier de ce qui l'attendrait au terminus. Tant qu'elle ne resterait pas enfermée en compagnie de Sirius, tout se passerait bien. Il n'y aurait aucun débordement de nature suggestive et aucun fluide échangé.

Lorsqu'ils arrivèrent au Ministère, Caroline vit tous les autres sorciers brandirent leurs baguettes. Le hic, c'était qu'elle était partie si précipitamment du Square Grimmaurd que la sienne était restée dans la poche de son pull, posé sur son lit. Oui, elle se baladait dans le Ministère en pyjama Moldu. Ce n'était pas si embarrassant qu'on pourrait le croire, elle s'en accommodait parfaitement bien. Mais sa baguette aurait été la bienvenue. La peur au ventre, elle cala sa démarche sur celle de Tonks. Nom d'une bouse de dragon, qu'est-ce qu'elle fichait en compagnie de l'Ordre, au beau milieu de la nuit au Ministère de la Magie, habillée d'un simple pyjama et surtout, sans avoir pris sa baguette ? Caroline grimaça. Elle n'avait vraiment rien à faire dans cette coalition de sorcier. Elle n'était même pas fichue d'emporter sa baguette, c'était dire le niveau d'incompétence qui lui incombait. Le professeur Rogue n'avait parfois pas tort. De plus, Daryl était plongé dans l'affaire Bianca avec acharnement, sans n'avoir rien trouvé de concret à ce jour. La mort de Celia et d'Edgard était toujours entourée de mystères.

« Ils l'ont trouvé. »

Un autre membre de l'Ordre leur fit signe de le suivre et Caroline comprit enfin la raison de leur présence ici. Arthur Weasley était au sol, dans un épanchement de sang, des marques de morsures à foison sur le visage. Caroline écarquilla les yeux, horrifiée, et porta la main à sa bouche. Le père de Percy s'était fait attaqué. Elle ne s'approcha pas de lui et attendit à l'écart qu'il soit transporté à St-Mangouste. Caroline vit Remus émerger de la foule de sorciers et s'approcher d'elle, quelque peu hésitant.

« Je ne m'attendais pas à te voir ici, souffla-t-il de son air irrésistible.

- Il va s'en remettre ? »

La préoccupation de Caroline était telle qu'elle oublia momentanément la rancœur qu'elle éprouvait envers lui. Remus fourra ses mains dans ses poches et jeta un coup d'œil à Arthur par-dessus son épaule.

« Il est encore trop tôt pour le dire.

- Comment vous avez su ?

- C'est Harry.

- Potter ? répéta-t-elle.

- C'est lui qui nous a prévenu, oui. Apparemment, il aurait vu la scène dans son sommeil et il a averti Dumbledore immédiatement.

- Je vois. »

Caroline regarda Arthur d'un drôle d'air. Elle était tellement effrayée que cet homme brave et courageux soit dans cet état épouvantable. Le danger était bel et bien réel. Caroline reconnaissait aujourd'hui l'horreur des jours sombres qui s'approchaient à grands pas. Voldemort devenait réel, il n'était plus seulement une menace lancée en l'air, que personne n'avait encore vu de ses propres yeux.

« Ce n'est pas parce que je te parle que je t'ai pardonné Remus », jugea-t-elle nécessaire de préciser.

Remus était impassible, peiné pour Arthur, mais il ne laissait pas d'autres sentiments s'échapper de ses traits fatigués. Caroline lui montra discrètement Tonks du doigt.

« Tu l'évites comme moi, j'avoue que j'ai du mal à te comprendre. J'ai envie de te cogner la figure tellement j'ai la haine, quand je pense à tout ce que tu m'as fait, j'en tremble de rage. La nuit, je n'arrive pas à dormir des fois, car je rêve de te transformer en steak et te t'offrir en pâture aux autres loup-garou. Mais même avec tout ça, je sais que la vie ne tient qu'à un fil et je ne peux pas m'empêcher d'avoir des remords et de regretter d'être aussi loin de toi. Tout pourrait changer demain, tu pourrais être mort, et moi je resterais ici avec mes regrets, à pleurer jusqu'à la fin de ma vie. Je ne veux pas ça. Je ne veux pas de toute cette merde ! »

Caroline termina son monologue avec des larmes brillant au coin de ses yeux. La réalité fut telle qu'elle était choquée. Confrontée aux abominations de Voldemort, elle perdait foi en tout ce dont elle croyait. Remus encaissa le venin de la Serpentard avec philosophie. Ce n'était pas vraiment elle qui parlait, mais plutôt la peur. Caroline n'était pas fleur-bleue, ni sentimentale. Soit elle cachait bien son jeu, soit elle était terrifiée.

« Je suis venu te voir l'autre jour, à ton travail, mais tu n'étais pas là. »

C'était donc lui le beau blond ? Sady et Britney avaient décidément des crottes de chauve-souris dans les yeux. S'étaient-elles collées à lui comme elles s'étaient collées à Percy ? Une pointe de jalousie piqua son cœur.

« C'est Sirius qui m'a dit que tu travaillais là-bas maintenant.

- Laisse-moi deviner, tu trouves que c'est un coupe-gorge insalubre et dégoûtant, où je pervertis mon âme si chaste ? récita-t-elle en imitant à la perfection Molly.

- C'est tout à ton honneur Caroline, tu as l'air d'avoir trouvé un travail qui te plaît, je suis content pour toi. Qui je serais pour remettre en question tes choix ? Je n'ai pas été capable de garder le seul vrai travail que j'aie jamais eu. »

Par le crotte de nez salée de ce bon vieux Merlin, pourquoi était-il si touchant et parfait ? Caroline versait littéralement pour lui, Remus avait toujours les mots justes quand il le fallait, il était d'une gentillesse et d'une douceur incomparable, même avec ceux qui ne le méritaient pas.

« Tu n'as pas le droit de faire ça.

- Quoi ?

- D'être gentil avec moi.

- Je ne vais pas t'insulter non plus.

- Mais tu pourrais être plus sec et plus désagréable, juste un peu, sinon je culpabilise de l'être avec toi.

- Je ne le ferais pas Caroline », murmura-t-il tout bas de sa voix éraillée.

Ce qu'elle redoutait arriva. Son ventre se tordit, signe manifeste qu'elle mourrait envie de lui sauter à la gorge et de parsemer sa peau de baisers fiévreux. De plus, les lèvres de Remus étaient plus tendres et chaudes que celles de Sirius, et ses doigts glissaient sûrement à la perfection sur…

« Arrête avec cette voix, elle a trop d'effet sur moi », s'écria-t-elle soudainement, ramenée à la raison.

Elle se retourna pour vérifier que personne ne l'ait entendu hurler, puis reporta toute son attention sur Remus. Il la regardait, à la fois surpris et amusé. Cela lui faisait un bien fois de l'avoir retrouvée. Caroline lui avait beaucoup manqué ces derniers mois, il était toujours anxieux à l'idée de rentrer au Square Grimmaurd après plusieurs semaines et de découvrir que Sirius s'était – pardon pour l'expression – tapée Caroline.

« Le mieux, c'est que tu arrêtes de parler », déclara-t-elle confiante.

Elle n'avait pas pensé que, dans ce cas, la seule manière qu'ils avaient d'interagir était les gestes. Remus réduisit la distance qui les séparait aussitôt, forçant Caroline à reculer, sans succès puisqu'elle était déjà acculée contre le mur. Faite que personne ne les voie ! Remus enfouit son nez dans le cou de Caroline, qui ne pipa mot, trop stressée à l'idée que quelqu'un ne les surprenne dans cette fâcheuse position.

Loin de la rebuter, l'odeur de Remus la tranquillisa et l'épée de Damoclès qui tournoyait au-dessus de sa tête s'envola. Elle était terriblement bien dans les bras de Remus. C'était tout ce qu'elle souhaitait.

« Pourquoi tu fais ça ? »

Remus déposa ses lèvres dans le creux de son cou en soupirant.

« Je ne veux pas te perdre Caroline.

- C'est un peu trop tard pour t'en rendre compte.

- Après ce que tu as vu aujourd'hui, je pense que tu sais qu'il n'est jamais trop tard. »

Après lui avoir soufflé tristement à l'oreille, Remus se dégagea brusquement et retourna se confondre dans le groupe de sorciers affairé auprès d'Arthur. Il était temps de partir. Caroline, encore chamboulée par la voix de Remus, peina à suivre Tonks dans les allées obscures du Ministère. Imaginer son père travailler aussi tard dans cette ambiance lugubre lui donnait le cafard.

« Comment va mon père ? » demanda-t-elle à Tonks.

Son travail était un sujet de discorde entre eux. Son père était contre le fait qu'elle s'abaisse à travailler au « Crado's ». Ils s'étaient alors éloignés, comme à chaque fois qu'un conflit éclatait entre eux. Mais l'attaque d'Arthur lui avait ramoné les méninges. Elle s'était imaginée aux pieds de son père, victime de cette même agression, et crevait de douleur à l'imaginer mort. Ils n'étaient pas proches, mais il était quand même son père, sa seule famille. Le perdre était impensable. Jack était si fort et doué qu'elle le croyait invincible. Mais comme tout le monde, il avait une brèche dans son armure. Caroline avait longtemps cru que ce serait sa foi implacable qui le conduirait à sa perte. Aujourd'hui, elle ne jurait plus de rien.

« Jack est fatigué. Il ne cherche pas Sirius et forcément ses collègues commencent à devenir de plus en plus… »

Tonks chercha ses mots, puis contempla Caroline avec bienveillance.

« Ses choix et son autorité sont de plus en plus contestés. »

Elle aurait pu s'arrêter là, mais Tonks avait à cœur de réunir cette famille dissolue avec le temps.

« Ton père est en train de perdre pied. Toute sa vie est vouée au bureau des Aurors. Si on le pousse à démissionner, que lui restera-t-il ?

- Moi. »

Tonks lui offrit un beau sourire sincère. Certes, il lui resterait Caroline mais ce n'était pas suffisant.

« Jack ne connaît rien d'autre que son travail, il s'est jeté dedans avec acharnement pour taire sa souffrance. Il t'aime, c'est certain, mais tu ne seras pas toujours là pour lui. C'est normal, tu as ta vie, et il sait que tu ne changeras pas tes plans pour lui. »

Entendre Tonks parler d'eux de cette manière, comme s'ils étaient une vraie famille, lui fit énormément plaisir.

« Il est seul Caroline. »

La Serpentard se mordit la joue. Les paillettes miroitantes que les Moldus jetaient dans ses yeux l'avaient rendu aveugle au monde des sorciers. Elle ne s'était jamais doutée de la solitude de son père. Caroline grinça des dents, ne pouvant renier le sentiment de culpabilité qu'elle ressentait encore et encore. Elle avait fait tout de travers.


Caroline était rentrée au Square Grimmaurd en compagnie de Tonks. Elle était toujours insupportable aux yeux de Caroline, mais sa sollicitude envers Arthur et Jack l'avait menée à reconsidérer l'Auror, sans cette fâcheuse attirance qu'elle avait développée pour Remus. Bien que trop énergique et joyeuse, Tonks avait su amadouer Caroline et celle-ci était obligée de reconnaître que l'Auror était probablement quelqu'un de sympathique.

Après avoir appris qu'Arthur allait mieux, au fond de son lit à St-Mangouste, Caroline s'était rendu dans le bureau de Jack. Elle avait signé l'armistice et son père avait, mystérieusement, accepté de ne plus faire de remarques désobligeantes sur son travail. Caroline l'avait trouvé extrêmement pâle, s'était inquiétée pour lui mais Jack la rejetait encore froidement. Il la congédia en lui souhaitant de belles fêtes, précisant qu'il travaillerait ces prochains jours et qu'il l'inviterait au Manoir une autre fois. Caroline ne put que s'incliner devant sa persévérance à démontrer qu'elle ne comptait pas pour lui.

Avant de rentrer au Square Grimmaurd pour le repas de Noël qu'avait concocté Molly, la Serpentard fit un crochet par le bureau de Percy. L'odieux Griffondor était déjà rentré chez lui. Caroline lui laissa son paquet cadeau bien en évidence sur son bureau et sortit de la pièce, un sourire aux lèvres. Joyeux Noël Percy, de Caro et Sady. Sa collègue avait tenu à participer au cadeau et le résultat était pour le moins surprenant. Percy aurait enfin une bonne raison de les traiter de dévergondées.


Ce repas de Noël fut un des moments les plus difficiles à vivre. Les Griffondor étaient revenus de Poudlard, avec leurs tristes mines, assis devant leurs assiettes respectives en jetant des regards soucieux au père du rouquin, balafré de partout. Molly préparait les différents plats dans son coin. Et pour couronner cette joyeuse assemblée, Remus et Sirius étaient en train de discuter à l'écart à voix basse, si bien que Caroline se tendait à chaque fois qu'ils éclataient de rire ensemble. Elle n'avait pas fait attention aux aller-retours incessants de Kreattur, trop occupée à les épier discrètement du coin de l'œil. Par la barbe de Merlin, cette soirée était un cauchemar ! Molly invita Remus et Sirius à s'asseoir, et par chance, ils trouvèrent place aux côtés de la Serpentard, aussi transparente qu'un fantôme. Sirius à sa gauche, Remus à sa droite. Elle saisit lentement sa fourchette en prenant soin à n'effleurer aucun des deux sorciers. Fort heureusement, les Weasley rythmèrent le repas de banalités et Caroline n'eut pas à ouvrir la bouche, au risque de lâcher une bombe involontairement. Elle sentait la main de Sirius lui effleurer la cuisse doucement, au contraire de Remus qui n'avait rien tenté depuis le début du repas. Gênée, elle bougea sa jambe pour que Sirius arrête son manège. Il remontait de plus en plus haut sur sa cuisse, ses doigts glissant sur l'intérieure de celle-ci. Caroline sursauta et se retourna vers Remus.

« Professeur, vous qui savez beaucoup de choses, est-ce que les elfes de maison peuvent être fétichistes des culottes Moldues ? »

Remus la regarda avec de gros yeux ronds. Caroline quant à elle était soulagée car Sirius avait ôté sa main immédiatement. Et puis, elle était contente d'avoir l'attention de Remus.

« Je ne sais pas Caroline, répondit-il penaud.

- Comme toujours. »

Le naturel revenait au galop. Attention à la scène de ménage. C'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait pas contrôler ses ardeurs face à Remus.

« J'enseignais la Défense contre les Forces du Mal, pas les habitudes de vie des elfes de maison Caroline.

- Vraiment ? Seulement ça ? J'ai le souvenir que vous dispensiez des cours privés à certains élèves. »

Sirius et tous les autres observaient Remus et Caroline se lancer des piques. Par cours privés, elle entendait sûrement le baiser farouche qu'ils avaient échangés dans son dortoir, à la fin de l'année.

« Vous n'allez jamais au bout de ce que vous faîtes, maugréa-t-elle, son reproche ayant un double-sens subtile.

- Difficile d'enseigner à des élèves trop têtus pour reconnaître qu'ils ont tort dans certaines situations. »

Caroline serra les poings. Était-il en train de dire qu'elle avait tort de s'accrocher à lui depuis le début ? Il dépassait les bornes, car si elle ne s'était pas investie autant dans leur "relation", ils n'auraient pas vécu tous ces moments ensemble.

« Tu manques par d'air », exhorta-t-elle furieusement.

La familiarité de sa tirade étonna plus d'une personne présente. Caroline se tut lorsqu'elle comprit son erreur, tout comme Remus qui avait clôt la sujet en soupirant. Rapidement, Molly reprit le fil de la conversation et servit les plats chauds. Caroline se jeta dessus avidement, oubliant les deux benêts assis à côté d'elle. Elle ne leur adressa plus le moindre regard de la soirée.

A la fin du repas de Noël, Caroline était repue et souriait bêtement à Ron, assis en face d'elle. Le Griffondor la dévisageait, ne sachant que dire à cet énergumène empli de mauvaise foi qui passait son temps à vociférer contre Remus. Daryl pénétra dans la salle à manger au même moment, sa faufila dans le dos de Caroline et lui murmura à l'oreille après avoir salué toute l'assemblée.

« J'ai trouvé ce que je cherchais.

- Alors ?

- Pas ici, suis-moi. »

Elle s'excusa, trop heureuse de s'échapper de ce calvaire, et trottina derrière Daryl, qui l'emmenait à l'extérieur du Square Grimmaurd.

« On va transplaner, prépare-toi. »

Caroline et Daryl apparurent devant une grande porte de métal, sinistre et menaçante. Elle grinçait énormément à cause du vent tempétueux qui s'était soulevé durant la journée. Daryl se faufila par l'ouverture, entraînant Caroline dans son sillage. Il ne lui avait pas lâché la manche de son pull une seule seconde. Cette attention stupéfia Caroline, presque consternée de ressentir de la joie pour un geste aussi insignifiant. Daryl s'arrêta à un endroit précis et la Serpentard buta dans son dos. Après un rapide coup d'œil aux alentours, elle ne comprit toujours pas ce qu'il voulait lui montrer.

« Pourquoi on est dans un cimetière ? C'est glauque de venir ici un soir de Noël.

- Regarde », s'agaça-t-il en fixant le sol.

Caroline baissa les yeux et vit une petite tombe de marbre à ses pieds. Elle luisait à la lumière pure de la lune.

« C'est impossible », souffla-t-elle médusée.

Elle n'arrivait pas à y croire. Sous ses yeux, une pierre tombale fraîchement gravée portait le nom d'Elly Morval, ainsi que le date de sa mort, en juin dernier. Des fleurs séchées étaient posées dessus, certainement là depuis plusieurs mois.

« Je l'ai découvert par hasard. Elle a été enterrée dans le même cimetière que son père.

- Mais elle ne peut pas être morte !

- Si elle l'est.

- C'est une imposture ! s'égosilla Caroline.

- Non, elle est vraiment au fond de ce cercueil. Il n'y a pas de doute possible. »

L'entêtement de Daryl eut raison de Caroline. Comment pouvait-il en être aussi sûr ? Elle sentit son cœur imploser dans sa cage thoracique.

« Mais si Elly est… et si les cadavres d'Edgard et Celia pourrissent dans le Manoir, alors… où est Bianca ? »

Caroline avait hurlé de désespoir. Elle ne comprenait absolument rien et Daryl ne faisait aucun effort pour lui expliquer, par le cul de Merlin, ce que tous ces mystères signifiaient. Son ami ferma les yeux, écoutant le vent remuer les branches des arbres morts. Bien qu'il fût maître de lui-même jusqu'à aujourd'hui, il ne put cette fois-ci retenir les larmes qui coulèrent discrètement sur le col de sa chemise.


Alors, ce chapitre ? Très différent de ce que j'avais prévu à la base, mais bon, c'est pas grave ahah.

Merci infiniment pour toutes les review sur le chapitre précédent, ça m'a fait chaud au cœur et j'y répondrais sans faute dans le courant de la journée (je poste le chapitre maintenant comme ça c'est fait) !

A bientôt pour la suite et sûrement la fin de l'intrigue concernant Bianca (à laquelle vous avez déjà sûrement une petite idée...) !